vendredi 13 octobre 2023

Triple système : l'intelligence intuitive rapide, l'intelligence logique lente et, enfin, la curiosité, le regret et le doute

C’est l’un des paradoxes de la condition humaine : de l’apparition d’Homo sapiens, il y a 300 000 ans, à son entrée dans l’histoire et aux temps modernes, l’homme a connu un singulier perfectionnement de ses capacités intellectuelles. Il ne cesse, pour autant, de se tromper.

Les psychologues se sont penchés, depuis la fin du XIXe siècle, sur cette énigme. Récompensé par le prix Nobel d’économie en 2002, Daniel Kahneman l’avait expliquée par la concurrence, dans notre cerveau, entre une intelligence intuitive, approximative et rapide (ce qu’il appelle le système 1), et une intelligence logique, fondée sur l’analyse, plus sûre, mais plus lente (système 2). Nos erreurs seraient dues à la prévalence, dans de nombreuses circonstances, de la démarche intuitive, elle-même affectée par le jeu des émotions primaires — peur, joie, tristesse ou colère —, sur la démarche logique. Le constat avait paru remettre en cause les analyses de Jean Piaget, selon lequel la sortie de l’enfance consistait en un passage progressif de comportements dictés par des intuitions trop rapides à une plus grande rationalité grâce au développement des capacités d’abstraction.

Disciple de Piaget, professeur de psychologie à l’université Paris-Cité, fort d’une réputation internationale pour ses travaux sur le développement cognitif de l’enfant, Olivier Houdé propose ici une théorie nouvelle, qui vient surmonter la contradiction entre les deux hypothèses en les dépassant. Appuyé sur les connaissances que nous donnent les formidables progrès de l’informatique et de l’imagerie médicale, et au terme de vingt ans de travail à la tête du Laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant, il estime en effet que procède des neurones de notre cortex préfrontal, à l’avant du cerveau, notre capacité d’inhiber nos réflexes intuitifs en activant au contraire les algorithmes d’où émane la pensée réfléchie.

Le propos ne relève pas de la spéculation théorique : il a des conséquences pratiques d’une immense portée dans la mesure où Olivier Houdé estime que c’est dès lors à cette disposition (système 3) que l’éducation doit d’abord s’adresser en encourageant non la seule logique mais, au terme d’une démarche qui soit presque « morale », les émotions « contrefactuelles » — doute, regret, curiosité — qui entretiennent la crainte de se faire abuser par les apparences ; qu’elle doit certes apprendre à lire, à écrire, à compter, mais plus encore à trier, déduire, raisonner.

Il a réuni et étoffé ici cinq de ses ouvrages pour les ordonner autour de cette question essentielle : Comment raisonne notre cerveau ? Le volume pourrait paraître intimidant au profane. Il suscite au contraire chez le lecteur un constant intérêt. Olivier Houdé ne s’y contente pas en effet de livrer les résultats de ses études et d’apporter une vision toute nouvelle des mécanismes de l’intelligence. Il a replacé son travail dans l’histoire longue de la pensée. Comme il le souligne lui-même, son hypothèse rejoint en effet la théorie de Platon, distinguant « trois systèmes de l’âme » — le désir impétueux, la raison et la volonté — qui correspondent aux trois systèmes de la psychologie contemporaine. « Platon avait déjà compris, écrit-il, une chose importante : le système 2, la raison ou la logique pure, ne peut rien sans le courage et l’ardeur du système 3. » Contre Aristote et sa foi dans la toute-puissance du logos, il avait mesuré que la raison logique n’avait pas en elle-même, dans son formalisme, la force nécessaire pour contrôler le réflexe intuitif, et, partant, l’arrêter ; qu’elle avait besoin du secours de la volonté.

Avant de mettre en scène les grands débats contemporains sur la construction de la logique, d’éclairer le mystère de la persistance, chez l’adulte, de comportements irrationnels, Olivier Houdé fait dès lors, sous cet angle, un survol passionnant de toute l’histoire des idées : comment saint Augustin a décrit dans le De Trinitate illusions et biais perceptifs qui encombrent l’esprit humain ; comment saint Thomas d’Aquin a résolu dans sa Somme l’opposition entre foi et raison en montrant qu’il s’agissait de deux chemins pour atteindre la même vérité. Voici plus loin Montaigne dénonçant dans le fanatisme la prédominance du désir et des impulsions sur la réflexion ; voilà Pascal opposant l’esprit de finesse à l’esprit de géométrie, Hume soulignant combien contiguïtés spatiales ou temporelles, associations d’idées, ressemblances configurent la mémoire humaine en de puissants mécanismes d’assemblage qui conditionnent nos sentiments et, par là, nos idées.

En reliant l’univers aride de la recherche à l’histoire deux fois millénaire de la pensée philosophique, Olivier Houdé nous offre ainsi, sous les couleurs d’un travail purement scientifique, un livre essentiel : à l’heure où domine l’irrationalité, la tyrannie de l’émotion, la superficialité d’une pensée fascinée par la vitesse de réaction des machines, l’abondance d’informations placées sur un pied d’égalité, l’autorité des écrans numériques et leur propension à nous faire réagir de manière intuitive, la tentation de nous en remettre, in fine, aux algorithmes de l’intelligence artificielle, il nous invite à faire usage de la plus précieuse de nos capacités : celle de nous dominer.


Recension : Figaro Histoire

Comment raisonne notre cerveau, 2e édition

par Olivier Houdé
aux Presses universitaires françaises,
dans la collection « Que sais-je ? »,
564 pages,
ISBN-10 : 2 715 418 590
ISBN-13 : 978-2715418592

jeudi 12 octobre 2023

« Testament », le plus récent Denys Arcand

Synopsis

Dans une ère de luttes identitaires, Jean-Michel, un célibataire de 70 ans, a perdu tous ses repères dans cette société et n’a plus grand-chose à attendre de la vie. Mais voici que dans la maison de retraite où il réside, Suzanne, la directrice, est prise à partie par de jeunes manifestants (wokes) qui réclament la destruction d’une fresque offensante à leurs yeux. Alors qu’il observe avec ironie cette époque post pandémique où tout lui semble partir à la dérive, Jean-Michel reprend en main sa vie… et celles des autres.

Selon le journaliste et essayiste Christian Dufour

Il est des signes qui ne trompent pas, comme le public d’une banale représentation  d’après-midi qui applaudit spontanément à la fin du film, comme ce fut le cas vendredi au cinéma Quartier Latin.

Courez voir «  Testament » de Denys Arcand, clairement son œuvre la plus forte. Film à la fois drôle et (presque) désespéré, ne craignant pas la caricature jusqu’au burlesque, implacable de lucidité et sans compromis, nostalgique, désenchanté, touchant et sensible, éminemment personnel et québécois tout à la fois.

Ne serait-ce que pour la performance de Sophie Lorain, courez voir le magistral « Testament » de Denys Arcand, à mille lieues des bons sentiments faciles et des aveuglements idéologiques à la mode.

Avec également Rémy Girard bien sûr, accompagné d’une panoplie d’acteurs québécois: Caroline Neron, Guylaine Tremblay, Marie-mai, Danièle Lorain, Robert Lepage, Denis Bouchard, Yves Jacques, Louis-José Houde, Clémence Desrochers, Guillaume Lambert, Sophie Faucher, Pierre Curzi, René Richard Cyr, Danielle Fichaud, Louise Turcot, Geneviève Schmidt, Johanne-Marie Tremblay, Marcel Sabourin et d’autres.


 
L'effacement du vieil homme blanc ?

 

Québec — Explosion du nombre de prétendus « réfugiés » émargeant à l’aide sociale

Les dépenses en aide sociale liées à l’accueil de ceux qui se disent réfugiés ont pratiquement triplé en un an. Le gouvernement du Québec estime que c’est à Ottawa de payer la note.

L’augmentation massive du nombre de demandeurs d’asile au Québec a pratiquement fait tripler, en un an, les dépenses en aide sociale liées à leur accueil. Préoccupé, le gouvernement Legault somme le fédéral de payer la facture.

Selon un document interne du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale consulté par l’Agence QMI, 40 142 des 273 305 des adultes ayant reçu en juin dernier une aide de dernier recours de la part du gouvernement du Québec — soit environ 14,6 % — étaient des demandeurs d’asile.


Malgré un ralentissement depuis la fermeture du chemin Roxham en mars dernier, cela représente une véritable explosion par rapport aux années précédentes. À pareille date l’an dernier, 17 544 demandeurs d’asile recevaient de l’aide sociale, et seulement 7429 en juin 2021.

Or, le nombre de prestataires excluant les demandeurs d’asile est quant à lui en baisse de 1,6 %. « Une diminution de la clientèle de l’assistance sociale aurait été observée, n’eût été l’arrivée massive des demandeurs d’asile », peut-on lire dans le document du ministère.  

« Ce qui se passe en ce moment, c’est que pour une personne qui sort de l’aide sociale au Québec, il y a 10 [prétendus] réfugiés qui rentrent sur le programme », illustre une source gouvernementale. « Et ça serait moins grave si le fédéral mettait moins de temps à délivrer des permis de travail. » Pression financière

Le stress occasionné par cette augmentation sur les ressources financières du programme d’aide sociale est considérable : les dépenses supplémentaires encourues par les sommes versées aux réfugiés en aide de dernier recours sont passées, pendant la même période, de 12,1 millions $ mensuellement à 30,5 millions $.

Devant cette tendance, Québec estime contribuer au-delà de ce qui lui revient et rappelle que les demandeurs d’asile sont sous la responsabilité d’Ottawa [qui a facilité leur arrivée en assouplissant l’obtention de visas pour les ressortissants de pays pauvres souvent demandeurs d’asile].

« Le Québec respecte son devoir humanitaire. Cependant, notre capacité d’accueil est atteinte et nos organismes communautaires sont débordés », a indiqué le cabinet de la ministre de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau, dans une déclaration écrite.   

« Le gouvernement canadien doit rembourser l’ensemble des dépenses encourues par le gouvernement du Québec pour l’accueil des demandeurs d’asile et s’assurer d’une répartition plus équitable de ces personnes à travers le Canada », a-t-on ajouté.

Selon les plus récentes données de Statistique Canada, le Québec accueille 147 000 des 260 000 réfugiés au pays, soit 57 % du total canadien, alors même que le poids démographique du Québec dans la fédération n’est que de 22,2 %.  


Prestations d’aide sociale versées à des demandeurs d’asile


Juin 2017 : 2 616 742 $

Juin 2018 : 6 723 869 $

Juin 2019 : 7 316 975 $

Juin 2020 : 9 905 664 $

Juin 2021 : 5 474 411 $

Juin 2022 : 12 064 994 $

Juin 2023 : 30 479 406 $  


Proportion des demandeurs d’asile parmi les prestataires d’aide sociale


Juin 2017 : 1,2 %

Juin 2018 : 3,2 %

Juin 2019 : 4 %

Juin 2020 : 4,9 %

Juin 2021 : 3 %

Juin 2022 : 6,8 %

Juin 2023 : 14,6 % (40 142 réfugiés sur les 273 305 adultes ayant reçu en juin dernier une aide)

Source : Journal de Québec

Voir aussi

L’afflux des « réfugiés » à l’aéroport de Dorval (Montréal) engorge le contrôle aux frontières

Trudeau a fermé la porte de Roxham pour ouvrir grand la fenêtre des aéroports en assouplissant les règles 

Un nombre record de demandeurs d’asile passent désormais par les aéroports (Une majorité est arrivée par avion : ils ont demandé l’asile sur-le-champ à l’aéroport ou encore dans un bureau d’IRCC après un certain temps, selon la ventilation des données disponible. On compte ainsi environ 31 000 demandeurs d’asile pour les 5 premiers mois de 2023 au Québec. Si le rythme d’ajout de plus de 4000 par mois se poursuit, le niveau de 2022 sera atteint, soit un peu plus de 58 000 au total.)

Les demandeurs d’asile liés à une hausse record des assistés sociaux au Québec (Entre les mois de juin 2022 et juin 2023, le nombre de demandeurs d’asile prestataires de l’assistance sociale est passé de 17 544 à 40 142, un sommet historique. La prise en charge des demandeurs d’asile a coûté environ 35 millions de dollars en juin au Québec)

 
Canada — Un million de résidents non permanents de plus que les chiffres officiels

 

Octobre 732 — Charles Martel et le tournant décisif de Poitiers

Extrait de Contre-histoire de France Philippe Delorme sur la bataille de Poitiers, qui marque, en 732, un coup d’arrêt à l’expansion du djihad.

En 719, Es-Sameh ibn Malik el-Khawlani, émir gouverneur de l’Espagne — le Zama des chroniques chrétiennes – passe les Pyrénées. Narbonne, à l’abri de ses anciennes murailles romaines, oppose une âpre résistance. Ses défenseurs mâles sont passés au fil de l’épée, femmes et enfants sont réduits en esclavage. Selon la loi musulmane, chrétiens et juifs qui refusent de se convertir sont ravalés au rang de dhimmis — ou « protégés » — et soumis à un tribut particulier.

Pendant quatre décennies, Arbouna — Narbonne — sert de base arrière à des opérations de conquête ultérieures, en direction du nord, de la mystérieuse contrée des Francs, réputée pour ses richesses fabuleuses et que les Sarrasins surnomment la « Grande Terre ». En 721, Zama et ses troupes déferlent vers l’ouest. Ils enlèvent Béziers et Carcassonne, mais leur élan est brisé devant Toulouse, le 8 juin, par le duc Eudes, qui a rameuté les milices d’Aquitaine.

Harcelé au sud, Eudes redoute surtout son voisin du nord

Zama, quant à lui, est tombé dans l’engagement, le corps percé d’une lance. Dès 725, le nouveau wali — gouverneur — d’Hispanie, Anbaça ibn Suhaim el-Kalbi — connu sous le nom latinisé d’Ambiza —, déclenche une nouvelle campagne. Il consolide ses positions en Septimanie, met la main sur Nîmes et envoie des détachements en reconnaissance le long de la vallée du Rhône. Ils traversent la Provence et la Burgondie, mettant à sac Vienne, Lyon, Mâcon et Chalon-sur-Saône, pillant et ravageant les établissements religieux. Les plus hardis auraient même poussé une pointe jusqu’à Besançon et Luxeuil, sur les contreforts des Vosges.

Harcelé sur son flanc méridional, Eudes d’Aquitaine redoute aussi les appétits de son puissant voisin septentrional, le Franc Charles Martel, maire du palais d’Austrasie et de Neustrie. Il décide alors de s’aboucher avec un certain Othman ibn Ali Nesa — alias Munuza —, commandant les troupes musulmanes en Cerdagne et qui rêve de créer une principauté indépendante. Il semble qu’aux termes de leur alliance, conclue en 729, Eudes lui aurait accordé la main de sa propre fille — prénommée Lampégie ou Numérance.

La suite des événements reste mal connue et leur chronologie incertaine. Vers 731, Charles Martel, vainqueur des Alamans et des Souabes, aurait mené plusieurs campagnes sur la rive gauche de la Loire et occupé la ville de Bourges. La même année, Abder-Rahman ibn Abdallah el-Ghafiqi — ou Abdérame —, récemment nommé wali d’El-Andalous par le calife Hicham, mate la rébellion de Munuza. Sa tête est expédiée à Damas, en manière de trophée. Puis, au printemps de 732, il rassemble à Pampelune une puissante armée et franchit le col de Roncevaux dans l’idée de châtier le duc d’Aquitaine et de mettre le pays en coupe réglée.

Remontant l’ancienne voie romaine, les envahisseurs se dirigent vers Bordeaux. Le duc Eudes tente vainement d’arrêter Abdérame près du confluent de la Dordogne et de la Garonne. Après Bordeaux, c’est Agen, Périgueux, Saintes et Angoulême qui sont dévastés, le long d’un sillon de flammes et de sang. La basilique Saint-Hilaire, dans les faubourgs de Poitiers, est réduite en cendres. Comme la cité résiste, Abdérame abandonne le siège et se dirige vers la Loire.

Charles Martel, appelé à la rescousse par Eudes, va dès lors intervenir. La rencontre décisive aura lieu sur la route de Tours. Quelque part entre la Vienne et le Clain, ou peut-être au-delà de Châtellerault, vers Sainte-Maure-de-Touraine.

Encore une fois, le détail des opérations nous échappe. On lira dans une chronique du pseudo-Frédégaire, qui se veut l’historien de l’époque, cette phrase : « Le prince Charles se disposa vaillamment à les combattre, accourut pour les attaquer, renversa leurs tentes par le secours du Christ, se précipita au milieu du carnage, tua leur roi Abdérame, et détruisit complètement l’armée de ses ennemis. »

Finalement, les infidèles battent précipitamment en retraite.

Les historiens s’interrogent sur la date exacte de cet affrontement au retentissement symbolique. Un jour d’octobre, en 732 selon la tradition, ou plutôt en 733. Charles y gagne son surnom de « Martel » car, rapporteront les Grandes Chroniques de Saint-Denis, au XIIIe siècle : « Comme le marteau débrise et froisse le fer, l’acier, et tous les autres métaux, aussi froissait-il et brisait par la bataille tous ses ennemis et toutes nations étrangères. » Les années suivantes, il imposera son protectorat à l’Aquitaine et soumettra la Burgondie, plaçant ses leudes, ses fidèles, les plus dévoués aux postes clés.

La bataille de Poitiers — que les Anglo-Saxons désignent « bataille de Tours » — apparaît de nos jours comme un enjeu mémoriel clivant, objet de prises de position idéologiques, d’un antagonisme aussi marqué qu’excessif. Dès le XIXe siècle, Chateaubriand affirme que, « sans la vaillance de Charles Martel, nous porterions aujourd’hui le turban ». Dans la Gaule poétique, parue en 1813, Marchangy renchérit : « Sans [cette victoire], la France eût infailliblement perdu son nom, sa religion, ses lois et ses mœurs. Toutes ses cités seraient peut-être maintenant remplies de mosquées, de sérails, de bazars et de minarets. »

Au contraire, Anatole France soutiendra qu’« en arrêtant les Arabes à Poitiers, c’est la civilisation qui fut arrêtée ». Récupérée par la IIIe République dans la perspective de l’expansion coloniale, la figure de Charles Martel sera vouée ensuite aux gémonies par Hitler qui aurait souhaité que « le mahométisme triomphât », afin de contrer « l’influence judaïque et son produit, le christianisme ».

Depuis quelques décennies, on assiste à une nouvelle relecture de Poitiers sous le prisme du « choc des civilisations ». Dans son livre paru il y a vingt-sept ans, l’Américain Samuel Huntington fait de cette bataille de Poitiers l’un des épisodes capitaux du conflit millénaire qui opposerait un « bloc occidental » à un « bloc musulman », résolument irréconciliables.

En face, le blogue islamiste Assalafiyyah explique que « les musulmans étaient implantés dans certaines régions de la France actuelle bien avant les Francs et donc bien avant la France ».

Redoutant d’être taxés d’islamophobie, d’aucuns tendront à minimiser l’impact historique de l’événement, d’en faire une « simple razzia », à l’instar du site Mediapart qui, en 2014, caricature Charles Martel en « putschiste ambitieux venu envahir l’Aquitaine », et soutient que « l’idée d’une invasion arabo-musulmane destinée à conquérir le territoire français ne correspond à aucune vérité historique ».

Poitiers devient la « bataille du Pavé des martyrs »

Il n’en reste pas moins que le djihad, la guerre sainte en vue de propager la foi du Prophète, a constitué le moteur de l’élan formidable qui a conduit les Arabes à quitter leurs déserts pour aller faire boire leurs chevaux jusque dans les eaux de l’Indus et du Guadalquivir. L’hagiographie musulmane parle d’ailleurs de Poitiers comme de la « bataille du Pavé des martyrs », un lieu saint où l’on peut entendre les anges du ciel inviter les croyants à la prière. De même, depuis le baptême de Clovis, une ferveur chrétienne toute particulière animait les Francs, même s’ils n’entrevoyaient chez les « ismaéliens » qu’une forme nouvelle d’hérésie.

Abdérame et ses compagnons — dont beaucoup étaient berbères et mal convertis — n’avaient qu’une idée assez vague de la « Grande Terre » qui s’étendait au nord des Pyrénées. Sans doute n’y voyaient-ils a priori qu’un champ de rapines à exploiter. Mais une victoire à Poitiers leur aurait permis de s’installer durablement dans la région, de la coloniser et, à terme, de l’intégrer au Dar el-Islam.

Il apparaît ainsi que le mouvement parti de La Mecque un siècle auparavant avait alors atteint sa plus haute crue, comme le flux aux marées d’équinoxe.

Contre-Histoire de France
Ni romance, ni repentance —La vérité sur notre passé
par Philippe Delorme,
aux éditions Ring,
paru le (27 octobre 2022,
à Paris,
496 pages
ISBN-10 : 2 379 340 250
ISBN-13 : 978-2379340253

mercredi 11 octobre 2023

La chute des naissances se confirme en France

Le France aura eu en 2022 le nombre de naissances le plus faible depuis la fin de la seconde Guerre mondiale. Et ça continue. Un triste palmarès tenu par l’Insee qui mérite d’être examiné de près. Car nous vivons ainsi, et depuis bientôt dix ans, le troisième plongeon de la natalité française depuis la fin du babyboom d’après-guerre : celui-ci aura duré trente ans, jusqu’en 1975. C’est à partir de cette année-là que l’on voit s’effondrer le nombre des naissances qui se situait autour de 850 000 par an ; en 1976, il tombe à 720 000. il y aura certes un redressement ensuite jusqu’à 805 483 en 1981. Mais on ne fera pas mieux.

Que s’est-il passé ? Le retournement qui a suivi le baby-boom a accompagné un événement majeur : la légalisation de l’avortement par la loi Veil du 17 janvier 1975. Nous allions perdre près de 80 000 naissances en deux ans. Valéry Giscard d’Estaing, à qui une partie de l’opinion de droite tint rancune de cette loi, demandera à sa ministre déléguée à la Famille, Monique Pelletier, de présenter, au printemps 1980, un vaste plan d’aide au troisième enfant. Mais ce sera trop tard. Élus en mai et juin 1981, François Mitterrand et sa majorité contestent cette politique et réduisent ce plan d’aide de moitié. Le nombre des naissances baisse à nouveau jusqu’à la récession de 1993.
 

Le retour de la [censément] droite aux affaires, avec Édouard Balladur à la fin de la présidence Mitterrand, puis avec l’élection de Jacques Chirac, redresse la natalité. Cela se poursuit quand Lionel Jospin devient premier ministre en 1997, puis sous le quinquennat de Chirac et celui de Nicolas Sarkozy.

Mais dès son élection, en 2012, François Hollande met fin à la politique familiale qui avait rebâti les bonnes années de notre natalité vis-à-vis de l’Europe ; la baisse reprend et s’aggrave, avec une seule et brève interruption durant l’épidémie de Covid ; elle nous entraîne à un niveau désormais inférieur à 700 000 naissances en France métropolitaine. Une crise quasi générale. « Dans l’ensemble de l’Union européenne, nous dit l’insee, les naissances n’augmentent qu’au Portugal. » 
 
Mais une crise peut en cacher une autre. il y a quarante ans, sur 800 000 naissances, on comptait quelque 100 000 nouveau-nés issus de l’immigration. Cette proportion n’a pas cessé de s’accroître. En 2001, 620 000 bébés avaient deux parents français ; vingt ans après, ils n’étaient plus que 509 000 ; en 2001, 182 000 nouveau-nés avaient au moins un parent étranger ; vingt ans plus tard, ils étaient 233 000… si l’on ajoute que sur les 700 000 naissances actuelles, 65 % ont lieu hors mariage, le tableau s’avère complet.

mardi 10 octobre 2023

Les personnes transgenres plus affectées par les maladies cardiovasculaires

Si « les preuves d’une augmentation ou d’une diminution des taux de diabète chez les hommes et les femmes transgenres restent floues »[1], celles que les personnes transgenres sont confrontées à des taux plus élevés de maladies cardiovasculaires « ne cessent de s’accumuler ». Le Dr Dorte Glintborg, du département d’endocrinologie de l’hôpital universitaire d’Odense, au Danemark, a présenté ses derniers travaux sur le sujet lors de la réunion annuelle de l’Association européenne pour l’étude du diabète qui s’est tenue à Hambourg, du 2 au 6 octobre.

Un surrisque constaté chez les hommes et les femmes transgenres

Dans une étude publiée dans The European Journal of Endocrinology, le Dr Glintborg a analysé avec ses collègues les dossiers médicaux de 2671 personnes transgenres au Danemark [2]. L’âge médian de la cohorte était de 22 ans pour les hommes transgenres (les femmes qui se disent homme), de 26 ans pour les femmes transgenres (les hommes qui se disent femmes). Une population par définition présentant des taux faibles de maladies cardiovasculaires, étant donnée son jeune âge.

Les chercheurs ont constaté un risque de maladies cardiovasculaires « significativement plus élevé chez les hommes et les femmes transgenres que chez les hommes et les femmes témoins ». En effet, les hommes transgenres présentaient un risque 2,2 fois plus élevé que les hommes témoins et un risque accru de 63 % par rapport aux femmes témoins. Les femmes transgenres de leur côté présentaient un risque accru de 93 % par rapport aux hommes témoins, et un risque accru de 73 % par rapport aux femmes témoins.

Des résultats à approfondir

Selon les chercheurs, « environ un tiers du risque accru de maladies cardiovasculaires » pourrait être attribué au traitement hormonal suivi par les hommes transgenres. En revanche, ils ne sont pas parvenus à expliquer le surrisque observé chez les femmes transgenres par l’hormonothérapie. Ils soulignent ne pas avoir été en mesure d’étudier l’influence de l’indice de masse corporelle (IMC), des antécédents familiaux, du « stress de minorité » et des facteurs liés au mode de vie (alimentation, tabagisme, exercice physique), sur les résultats de l’étude.

« De nombreux traitements médicamenteux différents sont utilisés tout au long du parcours de transition des hommes et des femmes transgenres », rappelle le Dr Glintborg qui souhaiterait étudier « le plus grand nombre possible de combinaisons pour déterminer leurs effets sur la santé des personnes transgenres ».

 

[1] Certaines études ont révélé un risque plus élevé de diabète de type 2 chez les femmes transgenres. En effet, « les traitements hormonaux tels que les œstrogènes augmentent la masse grasse et diminuent la masse maigre, et l’augmentation des œstrogènes est généralement associée à un risque accru de maladie auto-immune et d’inflammation ». Toutefois « ces résultats n’ont pas pu être confirmés par d’autres études ».

[2] 1270 hommes transgenres et 1401 femmes transgenres

                                                                 Source : News medical, Megan Craig 6/X/2023 – Via Généthique

Enseignante chrétienne renvoyée après avoir refusé d’enseigner « l’idéologie LGBT extrême » dans une école dite chrétienne

Glawdys Leger, 43 ans, a enseigné les langues étrangères modernes pendant 12 ans avant d'être licenciée l'année dernière par l'école Bishop Justus, une école de l'Église d'Angleterre, à Bromley, dans le sud de Londres. 



Elle affirme avoir été "traitée comme une dangereuse criminelle" pour avoir refusé d'enseigner des leçons "extrêmes et politiquement partisanes" sur les LGBT, qui avaient été intégrées aux cours d'éducation religieuse dispensés aux élèves de 7e et 8e année de l'école.

Elle affirme avoir également exprimé ses convictions aux élèves lors d'une discussion sur les questions LGBT, à savoir que Dieu croit que les humains sont nés hommes et femmes et que le fait d'être LGBT est un péché.

La fondation éducative Aquinas de l'Église d'Angleterre a ensuite signalé Mme Léger à l'agence de régulation de l'enseignement (Teaching Regulation Agency) après qu'elle ait prétendument contrarié un élève en partageant son point de vue sur les questions LGBT et qu'elle ait continué à partager d'autres points de vue au cours de l'enquête de la fondation et des auditions qui ont suivi. Dans son renvoi à l'agence, l'établissement a déclaré qu'il n'était "pas certain qu'elle continue à partager ces opinions avec les jeunes".

Pansexuelle, asexuée et intersexuée

Mme Leger, qui est soutenue par le Christian Legal Centre, affirme que le matériel utilisé pour les cours de religion, qu'elle a également enseignés, intitulé "Qui suis-je", présentait aux enfants des classes 7 et 8 - âgés de 11 à 13 ans - des identités telles que pansexuel, asexuel et transsexuel.
 

Les États-Unis d'Amérique (et le Canada) sont-ils vraiment plus productifs que l'Europe ?

La croissance de la productivité a été plus élevée en Europe occidentale qu'en Amérique.

L'économie de l'Union européenne représente aujourd'hui 65 % de la taille de l'Amérique en dollars, contre 90 % il y a tout juste dix ans. Le ralentissement de la croissance démographique est en partie responsable : le nombre d'Européens a augmenté de 1,6 % depuis 2012, contre 6,1 % pour les Américains. Il n'en reste pas moins que le PIB par personne est plus élevé aux États-Unis qu'en Europe, et qu'il y a progressé beaucoup plus rapidement.


C'est pourquoi les commentateurs et les réseaux pensants (les laboratoire de réflexion) ont entrepris de comparer les économies de certains des pays les plus riches d'Europe à celles des États les plus pauvres d'Amérique. Mais les comparaisons basées simplement sur le PIB par personne sont de mauvaises mesures du bien-être économique. Les biens et les services coûtent plus cher dans certains pays que dans d'autres, et le fait de travailler plus n'améliore pas toujours la situation des gens. Si l'on tient compte de ces facteurs, il apparaît que des pays comme le Danemark et l'Autriche sont en fait plus productifs que l'Amérique.

La première étape de la comparaison des différentes économies consiste à convertir les chiffres nationaux dans une monnaie commune. Mais un dollar achète nettement plus dans certains pays que dans d'autres, car le coût des biens et services non échangeables, tels que le logement ou les repas au restaurant, varie considérablement. Pour mesurer le niveau de vie, il faut convertir les chiffres du PIB en "parité de pouvoir d'achat" (PPA).

Les performances économiques de l'Europe sont bien meilleures en termes de PPA qu'en termes nominaux. En 2012, les prix aux États-Unis n'étaient supérieurs que de 5,4 % à ceux de l'UE aux taux de change du marché. Aujourd'hui, l'écart est de 46 %, en grande partie grâce à un dollar fort. Si l'on tient compte des PPA, le PIB de l'UE représente environ 95 % de celui des États-Unis, soit le même pourcentage qu'il y a dix ans. Il n'en reste pas moins que le PIB par personne ajusté à la PPA a augmenté plus rapidement en Amérique que dans la plupart des pays d'Europe occidentale.
 
En termes de PPA/habitant, le Canada se classe 14e, ce qui n'est absolument pas glorieux. Loin en dessous de la Suisse, ou même de la Belgique par exemple.

Si l'on se concentre plutôt sur la productivité, en divisant ces chiffres par le nombre d'heures travaillées, l'écart se creuse davantage. En raison de la démographie - l'Europe occidentale compte une plus grande proportion de personnes âgées que l'Amérique - et des différences en matière de congés payés, de pensions et d'allocations de chômage, les Européens travaillent moins que les Américains. Sur une base horaire, des pays comme l'Autriche, la Belgique et le Danemark ont une longueur d'avance. En France, en Allemagne et en Suède, la productivité a également augmenté plus rapidement au cours des dix dernières années qu'aux États-Unis (8e place) et au Canada (qui est à la 17e place).

De tels ajustements sont une science inexacte. Les conversions en PPA peinent à rendre compte des différences de qualité des biens et des services, et de nombreux pays calculent différemment les heures travaillées. Mais dans l'ensemble, les Européens de l'Ouest tirent autant d'avantages de leur travail que les Américains. Pour réduire l'écart en termes de PIB total, il faudrait augmenter le nombre d'heures de travail, soit par le biais de l'immigration, soit en augmentant le temps que les citoyens passent au travail. Les Européens pourraient bien rejeter ce compromis, car ils ont tendance à valoriser le temps libre, même si les chiffres du PIB ne le font pas.

lundi 9 octobre 2023

Québec — les élèves « assument avec une étrange fierté de mal écrire en français et de ne pas le maitriser »

Un texte de Frédéric Lacroix qui reproduit une lettre d'un enseignant du collège Montmorency qui veut rester anonyme. 


J’ai publié récemment un texte intitulé « L’anglicisation de Laval », texte qui faisait le tour de certains indicateurs démolinguistiques issus des recensements canadiens. J’y démontrais que le recul du français-et l’avancée de l’anglais- était proprement spectaculaire à Laval depuis une vingtaine d’années.

Un lecteur qui est également professeur au collège Montmorency à Laval et qui souhaite rester anonyme m’envoie ce témoignage sur la situation du français dans son cégep. Comme souvent, ce genre de témoignage, branché directement sur le terrain, donne une vision qu’un tableau statistique peine à fournir. On peut y constater que les données statistiques issus des recensements sont probablement bien en retard sur la réalité et que l’état de déliquescence du français à Laval est probablement beaucoup plus avancé que plusieurs ne veulent l’admettre ou que ne le reflètent les indicateurs linguistiques.
 

À Laval, le français est une langue en chute libre sur le plan symbolique, au point où les jeunes francophones, socialisés dans un univers numérique anglophone et dans une « province » qui dévalorise implicitement et presque ouvertement sa seule langue officielle, subissent déjà, à 17-18 ans, une érosion de leur vocabulaire de base dans cette langue alors qu’ils trouvent facilement les mots en anglais. Disons-le : à Laval, chez les jeunes, l’assimilation collective à l’anglais est en marche.

Quant aux allophones, leur intégration à la « majorité francophone » est, disons, de plus en plus sujet à caution. À lire ce texte, l’on comprend que le gouvernement Legault a probablement une vingtaine d’années de retard dans sa lecture de la dynamique linguistique.

Au cégep Montmorency

 Au collège Montmorency où j’enseigne, le français est dans un sale état.

Oubliez l’intégration d’anglicismes au sein de discussions ou de travaux en français : il y a belle lurette que la régression du français a largement dépassé la simple notion de vocabulaire emprunté de l’anglais.

Aujourd’hui, on fait passer pour des « anglicismes » des termes qu’on refuse simplement de traduire adéquatement. Ainsi, dans certains travaux étudiants, on peut lire des phrases comme : « C’est à ce moment que le policier a pris son « gun » » ou encore « Elle marchait tout bonnement sur le « sidewalk ». On ne parle pas ici d’anglicismes comme « timing » ou « brainstorm », qui seraient déjà plus faciles à accepter en raison de traductions plus ou moins évidentes. On parle de termes ayant des équivalents français directs, mais pour certains, qui en oublient leur vocabulaire français, le terme en anglais leur vient naturellement et ils n’essaient même pas de le retraduire vers le français.

Une aliénation linguistique

Remarquez le processus d’aliénation linguistique : une personne francophone, qui a grandi en français toute sa vie, finit par oublier des termes de vocabulaires aussi simples que « fusil » et « trottoir », mais les identifient très facilement en anglais. Déjà, on peut repérer un problème majeur, mais c’est pire que cela : la personne en vient à ne même plus tenter une traduction en français pour réappliquer le vocabulaire qu’elle a pourtant toujours su. Lorsque questionnés sur ces mots anglais intégrés au sein d’une phrase en français, certains étudiants se défendent candidement : « Mais monsieur, c’est ok, j’ai mis des guillemets! » ou encore « Mais monsieur, vous avez compris ce que je voulais dire! »

Lorsque réprimandés pour ces erreurs linguistiques (rappelons une évidence que plusieurs aimeraient ignorer : le collège Montmorency est un cégep francophone où la langue d’usage est le français et où les travaux sont réalisés en français), les étudiants ne se gênent pas pour émettre de profonds soupirs d’insatisfaction et de découragement, ni de rappeler à voix haute, devant toute la classe, que « ça serait tellement plus simple en anglais! »

Ce type de réflexion est répandu, et pas que chez les étudiants immigrants : plusieurs jeunes francophones y adhèrent.

On aura beau leur offrir tous les outils du monde pour les aider en français, rien n’y fait : pour les étudiants, le français est ringard, difficile et inutile. L’indifférence et l’insouciance triomphent, quand ce n’est pas directement du dédain ou du mépris. Ils assument avec une étrange fierté de mal écrire en français et de ne pas le maitriser. Avisés qu’ils peuvent perdre jusqu’à 10% de leur note pour les fautes de français, nombreux sont ceux à préférer cette pénalité qu’à prendre 5-10 minutes pour corriger leur texte.

Dans un des cours donnés par un collègue, les étudiants avaient à élaborer une mise en scène à partir d’un court texte. En groupe, les étudiants ont demandé s’ils pouvaient traduire eux-mêmes le texte en anglais pour faciliter l’exercice. Vous avez bien lu : ils rejettent un texte en français, qu’ils comprennent clairement (puisqu’ils arrivent à le traduire), et préfèrent alourdir la tâche en effectuant une traduction vers l’anglais plutôt que de traiter le texte en français, tel qu’il est.

Dans les discussions orales, même son de cloche : les étudiants se parlent fièrement en anglais dans les corridors ou même en classe. Et avant qu’on ne réitère le sempiternel faux argument qui cherche à minimiser ce phénomène sous prétexte que « mais c’est bien qu’ils pratiquent leur anglais », mettons les choses au clair : ce n’est pas de la « pratique ». Ces conversations sont légion et n’ont rien d’un exercice formateur ou pédagogique. Exemple de conversation entendue à la cafétéria : « And then I was like, you know, oh my god! I can’t believe you just said that, you bitch! No way! That girl needs to chill out big time… »


Je peux vous garantir que ce ne sont pas des formulations apprises dans un cours d’anglais. Et il ne s’agit pas d’un moment d’imitation ou de parodie d’un extrait de film ou autre mise en scène : il s’agit d’une conversation du quotidien entre amies, qui était à 100% en anglais.

Autre phénomène en hausse : les interventions d’étudiants en classe qui incorporent de plus en plus d’anglais, avec des mots fourre-tout aussi issus de l’anglais.

Exemple de question reçue : « Monsieur, selon vous, ce serait qui le… I mean… ce serait qui le best director ever? » Et tout cela sans compter les innombrables intégrations de termes en anglais tout simplement plaqués dans une phrase, sans ajustement, sans conjugaison, sans réappropriation.

Exemple entendu le matin : « Bof rien de spécial, j’ai spread mes toasts avec du beurre de peanuts. » On acceptera évidemment sans trop de reproche les anglicismes « toasts » et « peanuts », mais les verbes repris de l’anglais tels quels ont la cote : oubliez les verbes anglais conjugués pour la syntaxe française (j’ai callé un taxi / on a switché les rôles), désormais, le verbe anglais conserve sa forme intacte, et on n’essaie même plus de lui donner une apparence francisée.

Inversion du rapport langue première/langue seconde

Il n’y pas si longtemps, les professeurs fournissaient un effort de francisation de textes issus de l’anglais pour les présenter en français aux étudiants, histoire de faciliter la compréhension et parce qu’on ne pouvait jamais présumer du bilinguisme des étudiants. Cette tendance est désormais inversée : plusieurs préfèrent étudier des textes ou des films en anglais plutôt que de lire, écouter ou réfléchir en français.

La culture américaine triomphe

Les ramifications de ce déclin du français sont très nombreuses, mais il y a fort à parier que l’hégémonie culturelle américaine, combinée à une dévalorisation du français au sein de nos propres institutions, contribuent colossalement à la perdition du français chez les étudiants.

Pour la plupart d’entre eux, ils ne consomment que de la culture anglophone : films, téléséries, musique, médias sociaux, balados, YouTube… tout est en anglais. À Montmorency, les étudiants qui consomment de la culture québécoise sont l’exception et non la règle.

L’élastique linguistique va sauter

Le déclin du français m’apparait alors comme un élastique avec deux forces qui tirent chacune de leur côté : d’un côté, la dévalorisation générale du français, et de l’autre, une admiration sans réserve de l’anglais. A mon avis, la rupture de l’élastique linguistique est donc imminente.


Le mouvement d'opposition à l'activisme LGBTQ2SAI+ dans les écoles prendrait de l'ampleur

Pour la chroniqueuse Barbara Kay du National Post, la fixation croissante sur le genre à l'école a suscité une vague de protestation à l'échelle du Canada - et la science serait du côté des contestataires. Sa chronique traduite ci-dessous.

En 2017, la fille de six ans de Jason et Pamela Buffone, parents ontariens, est arrivée à la maison bouleversée. Son enseignante de première année, selon l'enfant de six ans, avait informé la classe que "les filles ne sont pas réelles et que les garçons ne sont pas réels". Il a été révélé par la suite que l'enseignante novice avait profité de multiples occasions pour promouvoir l'idéologie radicale du genre auprès de ses élèves à l'aide de livres de contes et de vidéos.
 

La discussion sur le genre ne fait pas partie du programme scolaire de l'Ontario pour la première année, mais l'enseignante a contourné cette contrainte en présentant le matériel comme des " occasions pédagogiques " - des leçons spontanées basées sur le jugement personnel de l'enseignant quant à leur pertinence. Les "moments d'enseignement" sur le genre se sont poursuivis et l'anxiété de la fille a augmenté. À la fin de l'année, elle a été transférée dans une autre école.

Les plaintes des Buffone ont été bloquées par la hiérarchie. Ils ont finalement déposé une requête devant le Tribunal des droits de la personne de l'Ontario au nom de leur fille, alléguant une "discrimination en matière de services éducatifs, en raison du sexe et de l'identité de genre, contraire au Code des droits de la personne". L'argument des Buffones était que "l'identité de genre" et "l'expression de genre", qui sont protégées par le Code des droits de la personne de l'Ontario, incluent les personnes dont l'identité correspond à leur sexe, c'est-à-dire la plupart des enfants. Le conseil scolaire a soutenu que la loi n'offrait une protection qu'aux personnes historiquement désavantagées. Les Buffone ont perdu leur procès.

Tout au long de leur périple, les Buffone ont reçu des encouragements privés de la part d'autres parents, mais sont restés seuls lorsqu'ils ont exprimé publiquement leurs inquiétudes concernant la pédagogie du genre lors des réunions sur le programme scolaire. Pamela Buffone a été galvanisée par son isolement et s'est plongée dans la recherche sur l'idéologie radicale du genre : ses théories, son enracinement dans la pédagogie et le modèle controversé d'« affirmation » de la transition qui en a découlé. Elle a tendu la main à des dissidents dans l'enseignement et les soins de santé qui avaient été contraints de confirmer rapidement le genre déclaré par des patients  en dépit de leur conscience et de leur bon sens.