jeudi 13 mai 2021

Le théologien Guilbeault s'embrouille dans sa volonté de bannir « la haine » de l'internet

(Ottawa) Alors qu’à Ottawa, les conservateurs continuent de s’opposer au projet de loi C-10, les élus à Québec ont adopté sans tambour ni trompette une motion unanime (le Québec en est un spécialiste) affirmant l’appui de l’Assemblée nationale aux mesures proposées par cette réforme de la Loi sur la radiodiffusion, mais apparemment uniquement parce que ce projet protégera le contenu québécois (francophone) sans mentionner de réserves sur les aspects liberticides potentiels de ce projet de loi.

Dimanche, Guilbeault a déclaré dans une interview à CTV que le projet de loi conférerait au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) le pouvoir de règlementer  les comptes YouTube qui rapportent de l’argent ou qui comptent des millions de téléspectateurs. Il est revenu sur cette déclaration à CTV que ce n’était pas le cas et qu’il s’était exprimait de façon « peu claire » lors de l’entrevue. Alors que le projet de loi, qui octroie au CRTC le pouvoir de réguler le contenu canadien sur des plateformes numériques comme Netflix, a été déposé en novembre, la controverse sur son impact sur la liberté d’expression n’est apparue qu’il y a seulement quelques semaines. C’est alors que le gouvernement a supprimé un amendement qui exemptait auparavant de la réglementation du CRTC le contenu produit par des particuliers.

En réponse à ces menaces, Jordan Peterson qui a près de 3,7 millions d’abonnés sur YouTube (1 million de plus que la CBC) a défié Trudeau de réglementer son compte YouTube :


Ignorant cette controverse importante, la motion, déposée par la députée solidaire Catherine Dorion, invitait l’Assemblée nationale à rappeler « que la production culturelle québécoise et sa spécificité sont menacées par l’absence d’encadrement des grandes plateformes de contenu en ligne comme Netflix ou Spotify ».

Elle visait aussi à reconnaître que « l’actuel projet de loi C-10 […] constitue une avancée significative pour la protection et la promotion de la culture québécoise et que, par conséquent [l’Assemblée nationale] affirme son appui aux mesures proposées par ce projet de loi ».

Enfin, elle exigeait que le gouvernement canadien réglemente les plateformes numériques de façon stricte et de façon à assurer « une large part » de contenu francophone. 

Québec solidaire a fait envoyer par le président de l’Assemblée nationale du Québec le texte de la motion au ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, ainsi qu’à tous les chefs de partis d’opposition fédéraux. L’appui des 125 élus québécois s’ajoute à la liste grandissante des acteurs des milieux culturels et des communications qui se mobilisent en faveur de l’adoption du projet de loi C-10 qui cause la controverse à Ottawa depuis plusieurs jours et qui embarrasse le ministre Guilbeault.

Transcription du « débat » parlementaire :

Reconnaître que le projet de loi fédérale modifiant la Loi sur la radiodiffusion constitue une avancée pour la protection et la promotion de la culture québécoise et affirmer l’appui de l’Assemblée aux mesures proposées par ce projet de loi

Mme Dorion — M. le Président, je demande le consentement de cette Assemblée pour débattre de la motion suivante conjointement avec la ministre de la Culture et des Communications, la députée de l’Acadie, le chef parlementaire du troisième groupe d’opposition et la députée de Marie-Victorin :

« Que l’Assemblée nationale rappelle que la production culturelle québécoise et sa spécificité sont menacées par l’absence d’encadrement des grandes plateformes de contenu en ligne comme Netflix ou Spotify ;

« Qu’elle souligne l’importance des nombreuses représentations faites de longue date par le Québec pour défendre son droit à l’exception culturelle, notamment auprès de l’UNESCO et du gouvernement canadien ;

« Qu’elle reconnaisse que l’actuel projet de loi C-10 déposé à la Chambre des communes, qui vise à assurer une contribution des grandes plateformes en ligne à la production culturelle canadienne et québécoise ainsi qu’une assurance de découvrabilité de ce contenu culturel sur ces plateformes, constitue une avancée significative pour la protection et la promotion de la culture québécoise et que, par conséquent, elle affirme son appui aux mesures proposées par ce projet de loi ;

« Qu’elle exige du gouvernement canadien qu’il réglemente strictement ces plateformes, afin d’assurer une large part de création, de production et de présentation d’émissions originales de langue française pour la protection et la promotion de la culture québécoise et que, par conséquent, elle affirme son appui aux mesures proposées par ce projet de loi ;

« Qu’elle exige du gouvernement canadien qu’il réglemente strictement ces plateformes, afin d’assurer une large part de création, de production et de présentation d’émissions originales de langue française, comme demandé par de nombreux acteurs [du] milieu de la culture et des communications aux Québec ;

« Qu’elle exige du gouvernement fédéral qu’il respecte les compétences législatives et les interventions du Québec dans ce domaine ;

« Que l’Assemblée nationale rappelle l’existence d’un consensus politique historique en faveur du rapatriement au Québec de tous les pouvoirs en matière de culture et de communications et de tous les budgets fédéraux en culture et communications selon la proportion historique du Québec et qu’elle demande au gouvernement du Québec de travailler en ce sens. »

Le Président — Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion ?

M. Jolin-Barrette — Consentement, sans débat, M. le Président.

(Mise aux voix)

Le Président — Consentement, sans débat. Je vous demande vos votes respectifs. M. le leader du deuxième groupe d’opposition ?

M. Nadeau-Dubois — Pour.

Le Président — M. le leader du gouvernement ?

M. Jolin-Barrette — Pour.

Le Président — M. le leader de l’opposition officielle ?

M. Fortin — Pour.

Le Président — M. le leader du troisième groupe d’opposition ?

M. Ouellet — Pour.

Le Président — Mme la députée de Marie-Victorin ?

Mme Fournier — Pour.

Le Président — Cette motion est donc adoptée. M. le leader du deuxième groupe d’opposition.

M. Nadeau-Dubois — Oui, merci, M. le Président. Je vous demanderais de faire parvenir une copie de cette motion d’abord au ministre du Patrimoine canadien, M. Steven Guilbeault, ainsi qu’aux chefs des différentes formations politiques représentées à la Chambre des communes du Canada.

Le Président — Et ce sera fait. M. le chef du troisième groupe d’opposition.

 


Steven Guilbeault, le Ministre du Patrimoine canadien, a effectué des études en morale internationale et en théologie de la libération. Il a depuis de nombreuses années taillé ses longs cheveux, qui lui ont longtemps valu le surnom de « Jésus ». Il a été très influencé par un oncle missionnaire à Haïti, dont il avait pensé suivre les traces et à cause de qui ses parents ont adopté l’une de ses deux sœurs, d’origine haïtienne. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à s’inscrire en sciences religieuses à l’Université de Montréal, au milieu des années 1990. Il abandonna cependant rapidement l’idée de devenir missionnaire religieux. Il a, toutefois, gardé une fibre moralisatrice de gauche, de prophète écologiste et de missionnaire du correctivisme politique.

Voilà donc que le ministre du Patrimoine présentera le tout premier projet de loi sur le contrôle d’Internet (C-10) à être déposé au Parlement fédéral canadien dans les « prochaines semaines », a-t-il révélé lors d’une vidéoconférence.

« Mon travail consiste à assurer la sûreté et la sécurité de la population canadienne », a déclaré le ministre. Nous croyions naïvement qu’il s’agissait de promouvoir le patrimoine canadien comme la production artistique en langue française, de conserver les libertés ancestrales des citoyens, de les protéger de la censure arbitraire des monopoles du BigTech.

Guilbeault a révélé que le projet de loi qui sera déposé sera la première étape dans la création d’un « environnement plus sûr pour toutes les personnes en ligne et pas seulement pour une poignée de gens ». Le projet de loi réglementerait le contenu blessant au-delà de ce qui est déjà réprimé par le Code criminel, selon Blacklock’s Reporter.

« Avec le projet de loi que nous déposerons, peu importe que l’entreprise soit canadienne ou non », a déclaré Guilbeault. Peu importe où l’entreprise est enregistrée ou où se trouvent leurs serveurs.

« Une fois qu’une publication sera signalée, elle devra être retirée dans les 24 heures suivant son signalement », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas beaucoup de pays qui le font actuellement. »

« Je pense que ce sera un très bon remède à un certain nombre de problèmes, mais cela ne résoudra pas tout », de dire M. Guilbeault.

Guilbeault a déclaré que le discours de haine fera « certainement » partie du projet de loi déposé, ainsi que d’autres « préjudices en ligne ».

Le respect des ordonnances de suppression des propos « haineux » sera contrôlé par un organisme de réglementation nouvellement créé. Les entreprises informatiques qui ne censureront pas les messages qui déplaisent au gouvernement s’exposeront à des sanctions financières, selon un rapport publié par iPolitics.

Le ministre Guilbeault a tourné en dérision la liberté actuelle d’Internet la décrivant comme « un cauchemar » pour beaucoup de gens, forçant certains à « se retirer de ce débat public parce que les conditions dans lesquelles nous leur demandons de participer ne sont tout simplement pas durables ». Il n’a fourni aucun exemple précis ou explicatif.

« Nous savons qu’il s’agit d’une minorité d’acteurs, mais une minorité très organisée, très forte, et quelque chose doit être fait », a-t-il déclaré de manière cryptique.

Tout en évoquant la censure des commentaires « blessants » en ligne, Guilbeault n’a pas divulgué plus de détails sur les tenants et aboutissants de la nouvelle législation. Il s’est contenté de commentaires vagues et généraux sur la sauvegarde des « valeurs fondamentales partagées par les Canadiens », notamment « la démocratie, une gouvernance inclusive et responsable, un pluralisme pacifique et le respect de la diversité et des droits de la personne ». Le respect de « la diversité », l’euphémisme pour désigner l’imposition de l’idéologie diversitaire, voire woke.

Guilbeault a admis que le gouvernement n’a pas tenu « de consultation publique » sur les détails du projet de loi. « Cela étant dit, il est évident qu’une fois le projet de loi déposé, il y aura d’autres consultations par un comité parlementaire, et une fois le projet de loi adopté — et j’en suis convaincu — il y aura d’autres consultations.

« Les gens verront ce que contiendra le projet de loi une fois qu’il sera déposé », a-t-il commenté.

Pourquoi encore renforcer la réglementation sur la haine alors que le Canada a déjà des lois sur le discours haineux depuis au moins 1970 ?

Pour le directeur des campagnes Coalition pour la vie, David Cooke, « discours de haine en ligne » est un terme utilisé par le Parti libéral pour attaquer et dénigrer tout discours qui ne correspondrait pas aux valeurs « non canadiennes » de la gauche. « Si M. Guilbeault arrive à ses fins, ce qui était naguère des canaux de communication libres et ouverts — où les idées pouvaient être échangées et où les différences étaient diffusées — deviendra le porte-voix de la propagande gouvernementale », d’ajouter David Cooke. Il s’agirait de reprendre en mains les moyens de communication qui échappent au contrôle du gouvernement depuis l’avènement de l’internet.

Pour Mark Buell, vice-président pour l’Amérique du Nord à l’Internet Society, le véritable défi est plutôt l’« environnement politique qui a permis aux géants de la technologie de devenir si puissants. Le plan de Guilbeault ne résout pas ce problème et pourrait, par inadvertance, renforcer ces mêmes entreprises, qui ont à la fois l’argent et les ressources nécessaires pour se conformer à toutes les exigences réglementaires, contrairement à leurs plus petits concurrents. Cela consoliderait la position dominante de Big Tech et empêcherait de nouveaux joueurs — y compris des jeunes pousses canadiennes innovantes — de les concurrencer. » 

On ne voit pas en quoi cela serait dans l’intérêt de l’économie canadienne, des Canadiens et du Patrimoine que M. Guilbeault devrait préserver.

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Le 9 mai, des « marches pour le climat » ont eu lieu dans plusieurs villes françaises pour réclamer une législation environnementale plus contraignante. « Écoutez la science ! » s’écrie Greta Thunberg, égérie du mouvement écologiste mondial. Selon elle, ou selon Jacques Attali le 7 mai sur la chaîne Cnews face à Éric Zemmour, l’apocalypse climatique est proche à cause du réchauffement climatique dont serait responsable l’activité humaine. Le niveau des océans monte, la glace disparaît aux pôles, des tempêtes géantes, des sécheresses et des inondations monstrueuses condamnent notre planète. À court terme, l’économie mondiale va s’effondrer si nous ne changeons pas radicalement le mode de fonctionnement de nos sociétés…

« Je ne crois pas que “la science” dise ce que vous croyez qu’elle dit », répond Steven Koonin, Docteur en physique diplômé du M.I.T., sous-secrétaire d’État responsable de la recherche dans le domaine de l’énergie pendant la présidence Obama. Il a aussi été responsable des énergies renouvelables pour le géant pétrolier BP. Koonin est un scientifique d’abord agacé, puis inquiet, de voir la dérive d’activistes et de grands médias qui cherchent à imposer par idéologie ou intérêt économique une vision catastrophiste du futur. Oui, la Terre se réchauffe (comme elle le fait de manière cyclique depuis la nuit des temps). Oui, le développement industriel a contribué à amplifier le phénomène ces dernières décennies. Il est donc normal de s’en préoccuper, mais pas de soumettre la politique à une fable apocalyptique.

Une importante littérature scientifique, émanant d’experts de l’ONU, existe déjà. Il s’agit de savoir la lire, en évitant tout prisme idéologique, explique Steven Koonin. Les épisodes caniculaires ne sont pas plus nombreux aujourd’hui aux États-Unis qu’au début du XXe siècle. Les pics de température n’ont pas augmenté depuis 50 ans. La calotte glaciaire du Groenland ne fond pas plus vite qu’il y a 80 ans… Et, contrairement aux déclarations de Greta Thunberg et autres collapsologues, l’économie mondiale ne va pas s’effondrer à cause du changement climatique.

Steven Koonin a étudié le rapport entre réchauffement climatique et économie, à la demande d’une grande firme d’investissement. Il a fondé son analyse sur les études d’évaluation réalisées par les experts de l’ONU, comme le AR5 (5th Assessment Report—2014).

1°) Les prédictions cataclysmiques ne se sont pas vérifiées jusqu’à maintenant. Sans doute parce que le niveau d’incertitude climatique particulièrement élevé à l’échelle régionale rend l’extrapolation globale fragile, voire impossible. Selon Koonin, les incertitudes sont telles qu’on pointe du doigt l’activité humaine pour expliquer tout épisode inhabituel.

2°) De nombreux facteurs influencent l’économie. La politique suivie par un gouvernement, les règles régissant le commerce, le développement technologique, la corruption ont un impact majeur, et ces facteurs peuvent changer d’un pays à l’autre sans qu’on puisse les prévoir. Il est donc très difficile de prédire que l’économie du monde va s’effondrer à cause du changement climatique global tant l’échelle régionale prévaut. C’est d’autant plus hasardeux qu’on devrait prendre en compte la capacité d’adaptation des sociétés humaines. Le réchauffement peut même dans certaines régions se révéler une aubaine, par exemple en permettant de cultiver plus et mieux…

Malgré toutes ces incertitudes, le rapport de l’ONU (AR5, 2e groupe de travail) a échafaudé un scénario à l’horizon 2100. L’augmentation de la température sur la Terre ne dépasserait pas 3 °C. L’impact négatif de ce réchauffement à l’échelle planétaire sur l’économie globale serait au maximum de 3 %. 80 ans nous séparent de l’année 2100. On parle donc d’un impact négatif sur la croissance économique annuelle de 0,04 % en moyenne (3 % divisés par 80). Or, les experts de l’ONU tablent sur une croissance économique annuelle de 2 % jusqu’en 2100. L’impact climatique serait alors de 0,04 % sur 2 % chaque année, c’est-à-dire une croissance rendue à 1,96 %. L’ONU table donc sur une conséquence négligeable du réchauffement climatique sur l’économie mondiale. Leur rapport souligne que les autres facteurs comme l’évolution démographique, le développement technologique, la gouvernance ont un poids sensiblement plus lourd. Il n’y a pas non plus aujourd’hui d’évidence scientifique démontrant que ces facteurs décisifs seraient influencés par le réchauffement climatique. Concernant par exemple les mouvements migratoires, la politique et la pauvreté restent les critères déterminants.

Écoutons donc la science, pas les mauvais augures, conclut Steven Koonin (voir son article dans le National Review en lien ci-dessous). L’état actuel de nos connaissances scientifiques indique que le réchauffement climatique ne provoquera pas d’apocalypse ni en 2040 ni en 2100… Méfions-nous de ceux qui brandissent « l’urgence climatique » comme priorité politique. Ils ont souvent des motivations idéologiques.

Sources : La Sélection du jour et National review


mercredi 12 mai 2021

Contre le ressentiment qui hante notre époque, le manuel d’antiwokisme de Jordan Peterson

Le professeur canadien est un ovni intellectuel absolu dont le succès aussi ahurissant que fulgurant dit quelque chose de notre époque. Il publie 12 nouvelles Règles pour une vie (Michel Lafon), un ouvrage de développement personnel à rebours de la rhétorique victimaire de notre époque hypersensible. Recension d’Eugénie Bastié.

Un chroniqueur du New York Times l’a un jour qualifié d’« intellectuel actuel le plus influent du monde occidental ». Son livre 12 Règles pour une vie s’est vendu à 5 millions d’exemplaires et est traduit en cinquante langues. Il a 3,7 millions d’abonnés sur YouTube, où sa vidéo la plus regardée (8,5 millions de vues) s’intitule Introduction à l’idée de Dieu et dure 2 heures 30. Avec son grand front, sa gestuelle digne des meilleurs orateurs et son obsession pour l’art soviétique, Jordan Peterson est un phénomène. Un ovni intellectuel absolu dont le succès aussi ahurissant que fulgurant dit quelque chose de notre époque. Il publie ces jours-ci en France un nouveau livre 12 nouvelles règles pour une vie — au-delà de l’ordre, la suite de son premier ouvrage.

Ce docteur en psychologie, professeur à Harvard puis à l’université de Toronto s’est fait connaître il y a peine cinq ans lorsqu’il a formulé publiquement son opposition à une loi proposée par le gouvernement de Justin Trudeau contre la discrimination des étudiants transgenres, affirmant son refus d’utiliser les pronoms dits de genre neutre (zie, xe, sie, ey, ve, tey, hir…) plutôt que les pronoms traditionnels (he, she). Son deuxième coup d’éclat médiatique fut une interview sur la chaîne Channel 4 (4 millions de vues sur YouTube) où il atomise Cathy Newman [voir vidéo ci-dessous sous-titrée en français], une journaliste féministe qui l’interrogeait sur sa volonté de blesser les trans : « Pour être capable de penser, il faut prendre le risque d’être offensé. » Depuis, il est caricaturé en prophète masculiniste par les gauchistes américains qui en font l’intellectuel organique du trumpisme. Mais Peterson déjoue les étiquettes dans lesquelles on voudrait l’enfermer.

Quasiment métaphysiques

Sorte d’hybridation entre Éric Zemmour pour l’antipolitiquement correct et de Boris Cyrulnik pour la résilience, il est aussi connu pour les règles de vie qu’il délivre à son public. Par son caractère positif et concret, 12 nouvelles règles pour une vie déstabilisera les lecteurs français conservateurs plus habitués aux déplorations apocalyptiques et au démon de la théorie qu’au prosaïsme du développement personnel. Mêlant habilement des anecdotes sorties de son cabinet de psychologue, des commentaires de films de la culture populaire et des extraits de la Bible, Peterson délivre en 12 chapitres 12 règles de vie à la fois très concrètes et quasiment métaphysiques. On y trouvera aussi bien des réflexions universelles sur les invariants de l’humanité que des conseils pratiques pour améliorer sa vie conjugale. De la première, « Éviter de constamment dénigrer la créativité et les institutions sociales » à la douzième, « Soyez reconnaissants malgré vos souffrances », une philosophie se dégage, qu’on pourrait qualifier de libérale-conservatrice.

C’est toute l’habileté de Jordan Peterson de justifier rationnellement et de remettre au goût du jour des préceptes de morale universelle dont on trouve des exemples aussi bien dans le Décalogue biblique que dans les grands Walt Disney. Son idée centrale est celle de la philosophie classique : l’homme est un animal social par excellence et les institutions et les traditions ne sont pas des instruments de pouvoir au service des dominants, comme tente de le faire croire la vulgate féministe et antiraciste, mais des solutions qui ont traversé le temps. La réalité sociale est infiniment plus complexe que le réductionnisme idéologique qui consiste à lire le monde entier selon une grille abstraite et simple : l’algorithme freudien (tout est sexualité), l’algorithme marxiste (tout est économie) ou l’algorithme foucauldien (tout est pouvoir). « Renoncez à l’idéologie » (règle 6), nous dit Peterson. Il pulvérise les dogmes victimaires de notre époque hypersensible qui pousse les individus à attribuer sans cesse leurs malheurs au « système » qu’il s’agisse du patriarcat, du privilège blanc ou du capitalisme.

L’honnête homme que dépeint Peterson est l’antithèse de l’homme nouveau des progressistes ou des existentialistes, qui trace sa destinée en levant tous les déterminismes qui pèsent sur lui. Il est celui qui sait la nécessité de l’ordre et intériorise la contrainte sociale non pas comme tyrannie imposée, mais comme le tuteur d’une vie bonne. « Les limites, les contraintes, les frontières arbitraires — les règles, les règles tant redoutées — assurent non seulement l’harmonie sociale et la stabilité psychologique, mais rendent également possible la créativité qui permet de renouveler l’ordre », écrit avec profondeur Peterson. Et le professeur de citer Jésus, qui respecte l’autorité de la loi — jusqu’à se laisser tuer — tout en les contournant parfois pour un Bien supérieur, mais aussi les héros de Harry Potter qui se caractérisent par la socialisation dans un monde extrêmement codifié et l’infraction des règles pour servir la Cause. Il nous faut « tolérer une certaine dose d’arbitraire pour conserver l’unité du monde », « comprendre la nécessité des règles, le chaos auquel elles permettent d’échapper », tout en sachant parfois « servir l’esprit de la loi plutôt que la lettre ». Car toute société a besoin aussi de renouveler ce qu’il y a en elle d’obsolète.

Le ressentiment de l’homme blanc

Certes, le côté « éthique protestante » du petersonisme, qui axe la réussite sur la responsabilité individuelle — « aide-toi et le ciel t’aidera » — agacera peut-être les Européens blasés que nous sommes. Mais ce livre est bien plus que l’essai d’un coach de vie tel que l’Amérique en produit à la pelle. C’est un parfait manuel d’antiwokisme, à destination d’une jeunesse à qui l’on inocule à haute dose la culpabilité quand elle est blanche et le ressentiment quand elle appartient aux minorités.

Le succès de Peterson auprès des jeunes hommes — il admet que 80 % de son public sur YouTube est masculin — en dit long sur le manque auquel il répond. Contrairement à ce que veulent faire croire ceux qui le dépeignent en prophète de l’« altright » violente, Peterson n’est pas de ceux qui soufflent sur les braises du ressentiment de l’homme blanc en colère. Mais qui au contraire cherchent à construire plutôt que déconstruire, programme unique de la morale depuis quarante ans.

12 nouvelles règles pour une vie,
Au-delà de l’ordre,
par Jordan B. Peterson,
chez Michel Lafon,
le 6 mai 2021
395 pp.,
19,95 euros
ISBN-13 : 978-2749944876

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La Floride a levé les restrictions Covid le 3 mai dernier

Depuis la levée des restrictions sanitaires liées au Covid-19, le 3 mai dernier, par Ron De Santis, le gouverneur républicain de Floride, des milliers d’Américains se sont rués dans les stations balnéaires de cet État. Quelques semaines auparavant déjà, comme ci-dessous à Lake Boca Raton le 25 avril, l’affluence y était inédite.

Près de 9 millions de Floridiens, soit 41,9 % des 21,5 millions d’habitants de la Floride, ont reçu au moins une dose d’un vaccin anti-Covid. La même proportion qu’au Québec en ce 12 mai.

Ron De Santis a dénoncé les strictes restrictions encore en place dans de nombreux autres États, suggérant que ceux qui continuent de forcer leurs résidents à respecter ces mesures prouvent qu’ils ne « croient pas aux vaccins ».

Les chiffres de la Covid-19 n’ont pas connu de hausse depuis la fin des restrictions en Floride. En fait, le nombre de cas a, baissé d’environ 15 %. Le nombre de décès est stable, voire à la baisse avec une moyenne de 62 morts.




En 1839, on se félicitait, on se vantait même du réchauffement des climats froids

En 1839, le marquis de Custine entreprit un voyage en Russie, principalement à Saint-Pétersbourg mais également à Moscou, Iaroslavl, Vladimir, et brièvement, à Nijni Novgorod. Plusieurs années après son retour, il publia La Russie en 1839 présentée comme un recueil de lettres écrites pendant son voyage. En Europe, le livre connut un grand succès auprès du public. Outre la qualité des observations de Custine, ce succès résultait de l’hostilité d’une grande partie de l’opinion publique à l’égard de la politique étrangère russe. On a rapproché La Russie en 1839 de De la démocratie en Amérique, publiée quelques années auparavant par Tocqueville.

On relate que l’empereur russe Nicolas Ier jeta de rage le livre du marquis de Custine quand il y lit que la Russie était la prison des peuples. Custine avait été reçu en audience privée par le tsar. Monarchiste convaincu, Custine s’était attendu à voir en Russie un État modèle, mais son voyage au travers du pays et ses rencontres l’avait dressé contre l’absolutisme.

Dans sa « lettre » du 14 juillet 1839 daté de Saint-Pétersbourg, Custine se moque de la « prétention risible » des Russes qui aimaient alors à penser que le climat de leur pays se réchauffait :

À l’époque de Custine, le réchauffement climatique était considéré comme un bienfait. Les Russes s’en targuaient à tort selon le marquis.

Aujourd’hui, les Québécois écologistes qui habitent des villes au climat aux hivers plus rudes que celui de Saint-Pétersbourg ou de Moscou, craignent que le Québec n’ait un climat plus clément à l’avenir alors que ce réchauffement pourrait être une chance, une revanche pour ce peuple français qui n’a hérité que d’une partie glaciale du continent. 

Non, il faudrait absolument éviter cela au Québec pour les écologistes, quitte à nous appauvrir en rendant l’énergie plus chère afin de lutter contre un bienfait pour le Québec. 

Pour ce carnet, il faut plutôt s’adapter aux « changements climatiques », profiter de ceux-ci quand ils sont bénéfiques et chercher à optimiser la dépense énergique en évitant le gaspillage. On nous promet que « Le climat de Montréal pourrait ressembler à celui de Cincinnati en 2050 ». Nous nous sommes laissés dire que des Américains survivaient encore aujourd’hui à Cincinnati… Notez que, considérant la lenteur du réchauffement climatique (+1,7 °C) en 70 ans (1948-2019) au Canada, nous doutons très fort que cela soit le cas dans aussi peu que 30 ans.


Climagrammes, moyenne maximale et minimale pour chaque mois

Moscou 
au cours des dix dernières années (2006-2016)


 Saint-Pétersbourg
Aéroport de Poulkovo au cours des 10 dernières années (2010-2019)
 

 Québec
Aéroport international Jean-Lesage (période : 1981-2010)



Les stations météorologiques de Saint-Pétersbourg disposent de données depuis près de 300 ans ; il n’existe aucune donnée météorologique systématique pour aucune autre ville en Russie pour une aussi longue période de temps. La température s’y est bien réchauffée. La plupart des températures minimales absolues à Saint-Pétersbourg par mois ont été enregistrées dès le XVIIIe, XIXe ou début du XXe siècle, tandis que le début du XXIe siècle représente la plupart des maxima de température.

Cette amélioration des conditions n’a rien d’inusité. La période qui précéda la visite de Custine en 1839 correspondait à la fin du Petit Âge glaciaire. En Angleterre, la Tamise gela pour la première fois en 1607, pour la dernière fois en 1814. Les canaux et rivières des Pays-Bas se muèrent en glace lors de plusieurs hivers ; ainsi celui de 1794-1795, pendant lequel la cavalerie française menée par Charles Pichegru s’empara de la flotte hollandaise, prise dans les glaces. Lors de l’hiver de 1780, la zone fluviale de New York devint solide : on marchait entre Manhattan et Staten Island ; les liaisons de commerce par voie maritime sont bloquées. 

La place du Palais à Saint-Pétersbourg à Noël 2019

mardi 11 mai 2021

La Chine se prépare à annoncer une baisse historique de sa population, démenti officiel

La population de la Chine s'élevait officiellement l'an dernier à 1,411 milliard d'habitants, a annoncé mardi l'Empire du Milieu, en présentant les résultats de son recensement décennal. Par rapport au précédent recensement effectué en 2010, la population de la Chine a progressé de 72 millions d'habitants, soit une hausse de 5,38% en 10 ans, a précisé devant la presse le Bureau national des statistiques (BNS).

 La publication des résultats de ce recensement, attendus début avril, a été retardée de plusieurs semaines, alimentant l'idée selon laquelle les chiffres seraient embarrassants pour le régime communiste. Depuis 2017, le taux de natalité est en baisse régulière, en dépit de l'assouplissement l'année précédente de la politique de l'enfant unique, autorisant la naissance d'un deuxième enfant. Le taux de natalité est tombé en 2019 à 10,48 pour 1 000 habitants, soit son niveau le plus faible depuis la fondation de la Chine communiste en 1949. 

Les Chinois restent généralement soumis à une limite de deux enfants par famille et des voix s'élèvent pour supprimer cette barrière afin d'encourager la natalité. Les raisons de la baisse de la natalité sont multiples: baisse du nombre de mariages, coût du logement et de l'éducation, fertilité plus tardive pour les femmes qui privilégient davantage leur carrière... 

Des démographes ont mis le pays en garde contre une évolution à la japonaise ou à la sud-coréenne, avec une baisse de la population et un excès de personnes âgées par rapport aux jeunes et aux actifs. En mars, le Parlement a adopté un projet de relèvement progressif de l'âge de la retraite au cours des cinq prochaines années, au grand dam d'une bonne partie de l'opinion publique.

Billet du 5 mai 2020

Les vacances du 1er mai sont arrivées, et les mandarins rouges du Bureau national des statistiques (BNS) sont restés muets. Les autorités chinoises avaient promis de révéler « le 10 avril » les résultats très attendus du recensement national conduit en 2020, qui doit mettre à jour, pour la première fois depuis une décennie, les chiffres de la population de la seconde puissance mondiale. Après des semaines de spéculations, le BNS a une nouvelle fois retardé l’échéance, nourrissant encore l’hypothèse d’une crise démographique encore plus profonde qu’anticipée, aux lourdes implications sociales, économiques et géopolitiques pour la Chine renaissante du président Xi Jinping (Hsi Tsin-p'ing), déjà vieille avant d’être riche. « Ça veut dire que les chiffres sont très moches. Et le bureau des statistiques a besoin de temps pour les retravailler », persiflent des internautes sur Weibo, la messagerie en ligne, surnommée le Twitter chinois.

Sous pression, le bureau s’est fendu d’un communiqué lapidaire, jeudi dernier, affirmant que « la population chinoise a continué de croître en 2020 », mais se gardant de révéler les données tant attendues. Une réplique à un article explosif du Financial Times (voir le billet originel ci-dessous), la veille, qui affirme que la population chinoise a déjà commencé à se réduire comme peau de chagrin, une première depuis les famines du Grand Bond en avant de l’ère maoïste. Rattrapé par un vieillissement plus grave qu’anticipé et une natalité en chute libre, l’empire du Milieu serait déjà en recul, à l’instar du Japon, ou de la Corée du Sud, bien avant d’avoir atteint le niveau de développement de ses voisins d’Asie du Nord-Est, ce qui annonce un cortège de défis socio-économiques pour le régime communiste, pointe le quotidien londonien.

La plupart des démographes officiels à Pékin jugent cette affirmation fracassante exagérée, mais admettent que le recul de la natalité est plus grave qu’anticipé, et que la population chinoise est sur le point d’atteindre son pic. Le nombre de morts devrait excéder celui des naissances dès 2022, affirme He Yafu, interrogé par le très nationaliste Global Times, journal affilié au Parti.

Déjà sous la barre de 1,28 milliard d’habitants

Le nombre de nouveau-nés a chuté de 24 % l’an dernier dans la capitale Pékin, un record depuis une décennie, en ligne avec les chiffres de nombreuses municipalités de la façade côtière prospère du pays, comme Wuxi dans le Jiangsu, ou Shenyang dans le Nord-Est industriel.

« La sévérité de la crise démographique en Chine dépasse l’imagination, et les perspectives économiques sont bien plus sombres que l’ont prédit les économistes », juge Yi Fuxian, chercheur à l’université de Wisconsin-Madison. Le démographe affirme que la population est en recul depuis 2018, qu’elle est déjà sous la barre de 1,28 milliard d’habitants, bien loin du 1,4 milliard mis en avant par le pouvoir et relayé par les organisations internationales.

La Chine a perdu son statut de « pays le plus peuplé du monde » depuis 2013, dépassé par l’Inde (1,36 milliard), affirme Yi, qui juge les statistiques volontairement gonflées, notamment à l’échelon local, par des cadres en quête de subventions, ou de bons points de Pékin. Il y aurait ainsi 140 millions de faux « hukou » (permis de résidence), estime le chercheur basé aux États-Unis.

Sous pression, le bureau s’est fendu d’un communiqué lapidaire, jeudi dernier, affirmant que « la population chinoise a continué de croître en 2020 », mais se gardant de révéler les données tant attendues. Rattrapé par un vieillissement plus grave qu’anticipé et une natalité en chute libre, l’empire du Milieu serait déjà en recul, à l’instar du Japon, ou de la Corée du Sud, bien avant d’avoir atteint le niveau de développement de ses voisins d’Asie du Nord-Est, ce qui annonce un cortège de défis socio-économiques pour le régime communiste, pointe le Finacial Times.

La plupart des démographes officiels à Pékin jugent cette affirmation fracassante exagérée, mais admettent que le recul de la natalité est plus grave qu’anticipé, et que la population chinoise est sur le point d’atteindre son pic. Le nombre de morts devrait excéder celui des naissances dès 2022, affirme He Yafu, interrogé par le très nationaliste Global Times, journal affilié au Parti.

Le nombre de nouveau-nés a chuté de 24 % l’an dernier dans la capitale Pékin, un record depuis une décennie, en ligne avec les chiffres de nombreuses municipalités de la façade côtière prospère du pays.

« La sévérité de la crise démographique en Chine dépasse l’imagination, et les perspectives économiques sont bien plus sombres que l’ont prédit les économistes », juge Yi Fuxian, chercheur à l’université de Wisconsin-Madison. Le démographe affirme que la population est en recul depuis 2018, qu’elle est déjà sous la barre de 1,28 milliard d’habitants, bien loin du 1,4 milliard mis en avant par le pouvoir et relayé par les organisations internationales.

La Chine a perdu son statut de « pays le plus peuplé du monde » depuis 2013, dépassé par l’Inde (1,36 milliard), affirme Yi, qui juge les statistiques volontairement gonflées, notamment à l’échelon local, par des cadres en quête de subventions, ou de bons points de Pékin. Il y aurait ainsi 140 millions de faux « hukou » (permis de résidence), estime le chercheur basé aux États-Unis.

De lourds défis

Ces manipulations statistiques viennent aggraver le vieillissement spectaculaire de l’empire du Milieu. Depuis l’an 2000, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans a été multiplié par deux et représentera 14 % de la population, rattrapant le taux des pays développés (20 % en France) à une vitesse inédite dans l’histoire. La Chine a rejoint le cercle des sociétés âgées en 22 ans, là où la France a mis 140 ans, et les États-Unis sept décennies, pointe un récent rapport alarmiste de la banque centrale de Chine (PBOC). Une trajectoire spectaculaire rendue possible par la radicale politique de l’enfant unique lancée en 1978, couplée à l’extraordinaire décollage économique des quatre dernières décennies.

Mais en brûlant les étapes, « l’usine du monde » s’expose à de lourds défis qui menacent le « rêve chinois » de renaissance du président Xi. « Les pays développés ont généralement atteint le stade du grand âge lorsqu’ils avaient des revenus élevés tournant autour de 30 000 dollars par habitant. Dans notre pays, il n’est que de 10 000 dollars », s’inquiète le rapport commandé par les argentiers chinois. Quatre fois moins qu’en France, pour faire face à une hausse à venir des maladies du grand âge, dans un système où l’État-providence reste rudimentaire.

« Étant donné les profondes implications démographiques sur le régime fiscal ou le secteur immobilier, les autorités sont sur le qui-vive à l’heure de révéler le recensement », pointe une note d’Eurasia Group. Si Pékin peut s’appuyer encore sur une croissance de 6 %, le vieillissement devrait accroître les tensions sur le système de retraite, et affaiblir la demande immobilière dans les villes de second rang, juge le cabinet américain.

Le « plus grand marché » du monde

L’inéluctable repli démographique est également lourd d’enjeux géopolitiques, à l’heure où Pékin affirme ses ambitions mondiales, sous la houlette de Xi, champion d’un nationalisme décomplexé. Ces statistiques de « déclin » sont en contradiction avec l’image d’une Chine en pleine ascension projetée par le pouvoir, et qui use de la taille de son marché pour séduire les investisseurs, et parfois intimider les chancelleries.

« Avec ses fausses données démographiques, la Chine a trompé les pays étrangers et les investisseurs, faisant passer un vieux chat malade pour un lion plein de vigueur », juge Yi Fuxian. La diplomatie chinoise aime à rappeler à ses principaux partenaires économiques comme l’Union européenne, qu’ils ne peuvent se passer de la profondeur du « plus grand marché » du monde, qui devrait devenir le premier PIB mondial d’ici à la fin de la décennie.

Le décrochage démographique vis-à-vis de l’Inde est également un enjeu délicat à gérer sur le front intérieur, alors que le régime chinois célèbre en fanfare le centenaire du Parti, et promet la prospérité d’ici à 2049, dans un environnement mondial lourd d’incertitudes, marqué par une rivalité croissante avec l’Amérique. De quoi faire trembler les mandarins du Bureau national des statistiques, et justifier un délai précieux pour la divulgation des résultats du recensement, afin d’avoir le temps de présenter des chiffres « présentables ».

La politique de l’enfant a créé des petits princes qui ne veulent pas d’enfants

L’intraitable politique de l’enfant unique imposée par Pékin à la fin des années 1970 pour enrayer la « bombe démographique » a imposé dans les esprits l’idée d’un foyer familial réduit, sapant les efforts des autorités qui aujourd’hui tentent au contraire de relancer la natalité. L’expérimentation sans précédent dans l’histoire de l’humanité a laissé des traces psychologiques durables sur une génération de « petits princes » choyés, mais souvent solitaires, et tétanisés par les immenses attentes placées en eux. « Je vois que beaucoup de maris sont nuls. Ils ne font pas le ménage, ne participent pas à l’éducation de l’enfant. Ce sont des bébés géants », persifle Xiao (Hsiao) Yuan interrogée par le Figaro.

Mao, qui affirmait que les « femmes soutiennent la moitié du ciel », encourageait leur rôle actif au sein du prolétariat, mais le décollage économique, couplé à l’afflux des filles à l’université a fait voler en éclats le modèle ancestral, dans lequel elles étaient cantonnées à une position de mère au foyer. « Désormais, les Chinoises ont une double peine. Elles ont une carrière tout en s’occupant du foyer. Alors, elles retardent le plus possible la maternité », explique la sociologue Li Yinhe. Dans cette culture confucéenne et ultra-compétitive dès le plus jeune âge, les parents dépensent sans compter pour l’éducation de leur progéniture, des cours de piano aux meilleurs répétiteurs, et préfèrent investir leurs ressources sur un seul bambin. Ils marchent ici sur les traces d’autres sociétés pétries de confucianisme, comme la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour.

Ces réalités sonnantes et trébuchantes, couplées aux désirs d’accomplissement individuel des nouvelles générations, sont en décalage avec les admonestations désormais natalistes du Parti communiste, qui remet au goût du jour les valeurs traditionnelles longtemps piétinées par la Révolution culturelle, sous la houlette de Xi Jinping (Hsi Tsin-p'ing). « La famille est la cellule de base de la société et l’école de la vie. Quels que soient les changements des modes de vie, nous devons y intégrer les valeurs socialistes fondamentales, et promouvoir les vertus familiales traditionnelles de la nation chinoise », a déclaré le dirigeant le plus autoritaire depuis Mao.

Ces incantations peinent à se traduire dans les maternités, malgré l’autorisation d’avoir un deuxième enfant accordée depuis 2016. Le taux de natalité a poursuivi son déclin depuis, en dépit des politiques d’aides volontaristes déclinées par les autorités. Et cette trajectoire devrait se poursuivre, jugent les experts. « Je pense que les mesures gouvernementales auront très peu d’effets sur ma génération », affirme en écho Ouyang Zhezhe (Ouyang Tchö-tchö). Cette tendance devrait encore accélérer le vieillissement de la population, alors que le nombre de Chinois âgés de plus de 60 ans a pratiquement doublé lors de la dernière décennie, pesant sur les perspectives socio-économiques du géant renaissant qui deviendra « vieux » avant d’avoir rejoint le club des pays développés. La réticence des nouvelles générations à enfanter illustre les limites de la reprise en main idéologique du Parti sur la société, orchestrée par Xi. « Le gouvernement ne peut plus traiter les gens comme des “choses”, affirme Yi Fuxian (Yi Fou-hsien). La population ne peut s’ouvrir ou se fermer comme l’eau du robinet. »

 


 Billet du 29 avril 

Le retard de la publication des résultats du septième grand recensement, initialement prévue pour début avril, agite la Chine. La situation est pourtant prévisible : on s’attend à une baisse de la population chinoise. Pour certains observateurs, cette inflexion démographique est inévitable, et ses effets devraient se faire sentir rapidement.

C’est un média britannique qui a annoncé la nouvelle le 27 avril. La Chine est sur le point de signaler son premier déclin démographique depuis la famine liée au Grand Bond en avant, politique économique désastreuse de Mao Tsé-Toung qui a causé la mort de dizaines de millions de personnes à la fin des années 1950 », rapporte le Financial Times.

Une précision délicatement enlevée dans la version en chinois, qui met plutôt l’accent sur le contexte actuel : « La Chine annoncera son premier déclin démographique depuis 1949, malgré l’assouplissement de la stricte politique gouvernementale en matière de planification familiale, censée inverser la chute du taux de natalité. »

Chine — Malgré la fin de la politique de l’enfant unique, la natalité continue de baisser

 Moins de 1,4 milliard de Chinois

Bien que les mots aient été pesés avec prudence, la version chinoise de l’article du Financial Times a aussitôt été supprimée du réseau social chinois Weibo le 28 avril. Selon le quotidien économique, le dernier recensement s’est achevé en décembre et devrait ramener la population totale du pays à moins de 1,4 milliard. Alors que, précise le journal, « en 2019, la population chinoise aurait dépassé la barre des 1,4 milliard d’habitants ».

Aucun média chinois n’aborde pour l’instant ces chiffres, « très sensibles », comme le souligne le journal britannique. Les discussions sur ce sujet sur les réseaux sociaux, comme Douban, ont tout simplement été supprimées et bloquées.


« Dans les plus brefs délais »

Conscient que la société chinoise est très préoccupée par ce recensement, le Bureau national des statistiques (BNS) a fait une déclaration à ce propos le 16 avril, que rapporte le média économique Diyi Caijing (Ti-yi Ts’ai-tsing en transcription française) : « Nous accélérons l’avancement de nos travaux et nous nous efforcerons d’annoncer les résultats définitifs dans les plus brefs délais. »

En mars, le BNS avait déclaré que les résultats du recensement seraient publiés début avril, a rappelé le Réseau chinois d’actualités (中国新闻网) sur Weibo.

« Certaines régions ont déjà publié des statistiques préliminaires sur le nombre de naissances en 2020. À en juger par ces données, certaines baisses sont importantes », a toutefois indiqué l’administration. Une précision perçue par les Chinois comme une tentative de préparer le terrain à la publication des résultats définitifs.

La fin de la structure familiale « idéale »

Comme tous les dix ans, l’Empire du Milieu évalue sa population. Mais ce septième recensement pourrait signifier un bouleversement dans la vie des Chinois. Spécialiste des études urbaines, Huang Hancheng (Houang Han-tch’eng) a partagé ses inquiétudes quant à la structure familiale dans un article publié sur le réseau social Wechat : « Si, en 2020, le nombre moyen de personnes par ménage est inférieur à trois, cela signifie que la structure familiale traditionnelle [promue par Pékin comme idéale pendant les années du système de l’enfant unique] a été renversée. »

Une menace pour les ambitions de Pékin

Sur un ton très alarmant, le magazine Foreign Affairs explique que le dépérissement de la famille chinoise est désormais pratiquement inévitable et que ses conséquences se feront sentir rapidement. Il se traduira en effet une population active moins importante et plus de personnes âgées : « Cela imposera de lourdes charges financières aux individus et limitera leur capacité à se déplacer et à poursuivre des carrières entrepreneuriales risquées. »

Pour le média américain, l’État chinois verra sa puissance économique et sa politique de défense réduites. « Dans une mesure que les dirigeants chinois n’ont peut-être pas encore anticipée, l’évolution de la structure de la famille chinoise constitue une menace pour les ambitions de grande puissance du pays dans les décennies à venir », assure le magazine.

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lundi 10 mai 2021

« L’élite diplômée croit mériter son succès et ne se sent désormais aucun devoir »

Dans La tyrannie du mérite, traduit en français chez Albin Michel, le professeur renommé de philosophie politique à l’Université de Harvard analyse l’obsession du diplôme depuis quarante ans dans nos démocraties. Selon Michael Sandel, l’élite diplômée développerait une forme d’ingratitude envers la société. Elle mépriserait les « perdants », qui, en retour, nourriraient un grand ressentiment. Extraits d’un entretien accordé au Figaro.


LE FIGARO. — Votre livre commence par la révélation en 2019, aux États-Unis, d’un réseau de tricherie permettant à des parents fortunés de faire entrer leurs enfants dans de prestigieuses universités de l’Ivy League moyennant finances. Qu’a révélé ce scandale ?

Michael SANDEL.  Pour faire entrer leurs enfants dans des universités prestigieuses, des parents fortunés ont fait appel à un consultant qui non seulement a soudoyé certains responsables d’université, mais a également créé de faux documents. Ça a été un scandale et ils ont été poursuivis en justice. Cet épisode a révélé combien l’accession au diplôme est devenue obsédante dans la méritocratie américaine, au point que des parents désespérés emploient des moyens illégaux pour y parvenir. Mais cela a révélé aussi le rôle de l’argent dans la méritocratie.

Car, en réalité, les voies légales d’entrée à l’université favorisent aussi les plus riches, puisque deux tiers des étudiants de l’Ivy League (groupe des huit universités privées du nord-est des États-Unis les plus prestigieuses du pays, NDLR) viennent de familles très aisées. Plus votre famille est riche, plus il y a de chances que vous obteniez de bons résultats aux examens d’entrée. En cela, la discrimination positive n’est qu’une solution tronquée, qui aide les étudiants issus de minorités raciales et ethniques défavorisées, mais ne prend pas en compte les autres. Et, de ce fait, les étudiants issus de familles pauvres ou issus de la classe ouvrière ont un gros désavantage et sont sous-représentés dans les universités.

Un documentaire sur ce scandale des admissions a été diffusée par Netflix

 Quand cette obsession pour le diplôme a-t-elle débuté en Occident ?

— Elle s’est déployée au cours des quatre dernières décennies, et cela a à voir avec deux tendances de la mondialisation néolibérale. Celle-ci a creusé les inégalités. Mais elle a également enclenché un changement d’attitude envers le succès, avec un fossé plus profond entre les soi-disant gagnants et les perdants. Et ce parce que les gagnants de la mondialisation en sont venus à croire que leur succès était le leur, à la mesure de leur mérite et de leur réussite éducative. Ils ont fini par penser que les perdants le sont parce qu’ils ont échoué à acquérir l’instruction nécessaire pour s’épanouir dans l’économie mondialisée.

À mesure que les inégalités se sont creusées, l’avantage économique à avoir un diplôme s’est amplifié. Les avantages de revenu des diplômés sur les non-diplômés se sont accentués en même temps qu’ont été gonflés l’estime sociale et le prestige associés au fait d’être diplômé plutôt que d’exercer un métier qui ne nécessite pas d’études. L’enseignement supérieur est devenu le gardien, l’arbitre du succès dans une société méritocratique axée sur le marché. Cela a contribué à l’intensification de la compétition pour l’admission dans les universités d’élite hautement sélectives.

 

Les emplois de col blancs (ingénieurs, informaticiens, radiologistes, etc.) sont de plus en plus délocalisés

— Ne pensez-vous pas que le mépris, l’arrogance de l’élite envers ceux qui n’y appartiennent pas est un phénomène universel ? En quoi le mépris des élites méritocratiques est-il différent ?

— Vous avez raison. Ceux qui sont au sommet ont toujours trouvé un moyen de croire qu’ils méritaient leur place et que ceux qui sont en bas la méritaient aussi. C’est une tendance universelle. Mais, à la différence de notre société méritocratique, dans les sociétés aristocratiques ou de caste, cette histoire était moins crédible, car, si le sort d’une personne était déterminé par l’accident de sa naissance, alors tout le monde savait au fond que c’était une question de chance. Que ce succès et cette richesse n’étaient ni mérités ni gagnés.

La société américaine prétend être supérieure aux sociétés aristocratiques précisément parce que les gens ne sont pas « coincés » dans leur classe d’origine. […] Les gens sont libres de travailler dur pour exercer leurs talents. Et donc, contrairement aux sociétés aristocratiques, ceux qui réussissent méritent leur succès. Et ils développent une forme d’ingratitude envers la société. Vous connaissez l’expression française « noblesse oblige »… Eh bien, tout cela a disparu : la nouvelle élite ne se sent plus aucun devoir, contrairement à l’aristocratie, car elle croit ne devoir son succès qu’à elle-même.

— La société américaine repose en particulier sur le mythe de l’autodidacte, l’idée qu’en travaillant dur n’importe qui peut se hisser en haut de l’échelle sociale. Ce mythe n’existe plus ?

— Il existe encore. La croyance selon laquelle l’ardeur au travail amènera au succès et à la capacité de s’élever persiste. Selon un sondage récent réalisé au niveau international, quand on demande si travailler dur est important pour réussir dans la vie, 73 % des Américains disent oui, pour 25 % seulement des Français. Mais, paradoxalement, la mobilité sociale est légèrement supérieure en France qu’aux États-Unis. Comparés à de nombreux pays européens, et notamment les pays du Nord, les États-Unis ont moins de mobilité sociale, mais plus de croyance que cette mobilité sociale est possible. Si vous naissez dans une famille pauvre, la probabilité de devenir riche étant adulte est de seulement 1 sur 10 ou 12. Et ce hiatus entre le mythe et la réalité conduit à un immense ressentiment et une grande frustration.

— Vous expliquez dans votre livre que les populistes, et en particulier Trump, ont su exploiter cette frustration que génère la société méritocratique. Comment ?

— Les démocrates, de Bill Clinton à Barack Obama, en passant par Hillary Clinton, ont mis l’accent sur l’augmentation de la mobilité ascendante grâce à l’enseignement supérieur. Tout leur message était : si vous voulez être compétitif et gagner dans l’économie mondiale, allez à l’université. Ce que vous gagnerez, disaient-ils, dépendra de ce que vous apprenez. Mais ils ne se sont pas rendu compte que ce conseil apparemment inspirant était une insulte implicite à ceux qui ne sont pas diplômés. La « diplomanie » est la dernière discrimination acceptable.

Les élites éduquées dénoncent le racisme, le sexisme, mais sont sans complexes quand il s’agit de critiquer les moins éduqués. Si vous n’êtes pas allé à l’université et si vous avez des difficultés économiques, votre échec est de votre faute. Cette manière de traiter les inégalités par la mobilité ascendante individuelle à travers l’enseignement supérieur a eu pour effet d’aliéner les personnes sans diplôme universitaire. Et cela a créé du ressentiment contre les élites bien qualifiées et bien éduquées. Aux États-Unis, deux tiers de la population n’a pas de « bachelor » [licence]. En Europe aussi. Donc c’est une erreur d’avoir créé une économie qui affirme que la condition nécessaire d’un travail digne et d’une vie décente est un diplôme universitaire que la plupart des gens n’ont pas.

Cette démesure méritocratique a créé une immense frustration envers les élites qualifiées qu’ont exploitée des gens comme Trump. C’est une des raisons pour lesquelles les classes populaires ont abandonné les partis de gauche, qui étaient les partis de travailleurs, mais sont devenus les partis des diplômés. Les partis de droite populiste ont récupéré cet électorat non diplômé. C’était le clivage le plus frappant lors des dernières élections américaines. Deux tiers des hommes blancs sans diplôme ont voté pour Trump.

L’une des conséquences de la méritocratie est l’apparition d’un discours technocratique, qui substitue aux clivages idéologiques la division entre « intelligent et stupide »…

La valorisation des personnes bien qualifiées et bien éduquées a conduit à un nouveau tournant dans le discours public. On n’évalue plus les politiques publiques en termes de gauche ou de droite, de juste ou d’injuste, de promotion de l’égalité et de lutte contre les inégalités, mais en termes technocratiques apparemment neutres, « intelligent » (« smart » NDLR) contre « stupide ». Cela est lié au jargon de l’ère numérique, car maintenant nous parlons de téléphones intelligents (smartphones), de bombes intelligentes, de thermostats intelligents, et même de grille-pain intelligents. De même, « intelligent » est devenu une rhétorique de gouvernement.

Obama par exemple, en technocrate invétéré, ne cessait d’employer ce mot pour qualifier ses politiques : il parlait de « diplomatie intelligente » de « régulations intelligentes » d’« investissements intelligents » de « politique commerciale intelligente » etc. C’est un exemple de la façon dont la méritocratie et la technocratie s’associent dans le discours public. Cela renforce également l’idée que les experts plutôt que les citoyens devraient décider de la politique en démocratie parce que décider de la politique est une question d’intelligence plutôt que de bien ou de mal ou juste contre injuste.

— N’est-il pas normal que les gens les plus intelligents et les plus qualifiés dirigent les affaires publiques ?

— Nous préférons généralement des gens bien éduqués pour gouverner. 

Mais ce qui rend quelqu’un capable de gouverner, ce n’est pas seulement l’expertise technocratique. C’est aussi une identification à tous les membres de la société. Et parfois, être trop instruit peut vous couper du réel. Il y a un livre très célèbre sur les conseillers politiques de Kennedy qui ont conduit les États-Unis dans le fiasco de la guerre du Vietnam et qui s’appelait The Best and Brightest (« les meilleurs et les plus brillants »), un titre ironique puisqu’il montrait que la débâcle du Vietnam avait été conduite par les esprits les plus brillants, les technocrates les plus qualifiés qui aient jamais été rassemblés à Washington. Et ça a continué pendant quarante ans.

Notamment pendant la crise financière de 2008 où l’élite a renfloué les banques et sauvé Wall Street tout en faisant très peu pour les gens ordinaires qui avaient perdu leurs maisons et leurs emplois. Les experts et les technocrates, pour la plupart économistes ont assuré que la mondialisation néolibérale, le prétendu consensus de Washington allait accroitre le PIB et que certes, il y aurait des gagnants et des perdants, mais que les gains des gagnants couvriraient les pertes des perdants. Mais cela a créé des inégalités de plus en plus profondes, une stagnation des salaires, la dérégulation de la finance et les délocalisations de l’industrie, tout cela a conduit à un immense ressentiment qui a pavé la voie à Donald Trump.

Et c’est ainsi que l’expertise technocratique de l’ère méritocratique a mal tourné. Pendant cette pandémie, nous avons vu ce ressentiment à l’égard des experts se diriger envers les spécialistes de la santé publique, ceux qui nous disent que nous devons porter des masques et que nous devons nous éloigner socialement et que nous devons nous faire vacciner. La conséquence de l’ère méritocratique, c’est que l’expertise est désormais hautement politisée. De sorte que Trump et ses partisans étaient contre le port de masques et dans certains cas, très sceptiques quant au vaccin. La défiance envers les experts est devenue un problème politique.

— Mais la méritocratie n’est-elle pas, pour paraphraser Churchill, le pire des régimes à l’exception de tous les autres. Quelle est l’alternative ?

— Le contraire de la méritocratie n’est pas l’aristocratie, c’est la démocratie. Et j’entends par là une notion civique de démocratie plus forte que celle que nous avons actuellement. Nous devons changer le projet politique, en nous concentrant moins sur le souci d’équiper les gens pour une compétition méritocratique et davantage sur le renouvellement de la dignité du travail. Rendre la vie meilleure pour la majorité des gens qui n’ont pas de diplôme. Par exemple, nous investissons énormément d’argent dans l’enseignement supérieur, mais nous négligeons la formation professionnelle et technique. Nous devons redonner de la dignité et du prestige à des formes de travail qui ne nécessite pas d’être très qualifié [intellectuellement]. Je pense qu’il faut aller au-delà du credo libéral sur l’égalité des chances et travailler à l’égalité des conditions, qui n’est pas l’égalité de résultats qui bien sûr est utopique.

Il faut créer au sein de la société civile des institutions mixtes, des espaces publics et des lieux communs (écoles, bibliothèques, parcs, centres de santé, évènements sportifs et culturels) qui rassemblent des personnes de différents milieux sociaux. Car le problème de notre société méritocratique divisée entre gagnants et perdants, c’est que ceux qui sont riches et ceux qui ont des moyens modestes sont de plus en plus séparés dans la vie sociale. Ils vivent, consomment et se divertissent dans des lieux différents, envoient leurs enfants dans des écoles différentes. Or, si la démocratie n’exige pas une égalité parfaite, elle exige que des personnes d’horizons différents se rencontrent, se heurtent au cours de leur vie quotidienne, car c’est ainsi que nous apprenons à négocier et à vivre avec nos les différences et c’est ainsi que nous prenons soin du bien commun.

 

La tyrannie du mérite
Qu’avons-nous fait du bien commun ?,
de Michael J. Sandel,
chez Albin Michel,
publié le 17 mars 2021,
384 pp.,
22,90 €
ISBN-13 : 978-2226445599 


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dimanche 9 mai 2021

Patrick Buisson : « les réactionnaires ont souvent un tour d'avance »

 
 
Beaucoup de choses intéressantes, sauf que nous pensons que si le premier problème est bien l’immigration, l’islam est également un problème amené par l’immigration. En outre, le remplacement ethnique est aussi cause de soucis et de divisions, voir les États-Unis où le problème n’est certainement pas l’islam, mais plutôt la communautarisation ethnique croissante du pays avec son cortège de rancœurs, de ressentiments et de revendications sempiternelles victimaires, son antiracisme de petit comptable vétilleux qui classe tout le monde selon son ethnie afin de prendre des mesures continuelles pour établir l'« égalité » entre ces catégories.

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samedi 8 mai 2021

YouTube a censuré l'émission de Sud-Radio sur le Grand Remplacement

YouTube a censuré l'émission de Sud-Radio où André Bercoff accueillait Renaud Camus pour la réédition de son célèbre livre Le Grand remplacement.  Pour contrer cette censure, nous avons versé cette émission sur une plateforme concurrente.