vendredi 17 juin 2022

France — Les élèves du hors contrat victimes d’une organisation chaotique du bac

Comme tous les autres candidats, les élèves de terminale des écoles hors contrat ont passé pour la première fois le nouveau baccalauréat. De nombreux dysfonctionnements sont pourtant pointés du doigt dans l’organisation de leurs épreuves.


 

À l’instar des événements du Stade de France, le passage du baccalauréat pour les élèves du hors contrat montre, lui aussi, les limites de l’État en matière d’organisation. Trois ans après l’entrée en vigueur du fameux « bac Blanquer », l’édition 2022 était la première à ne pas être impactée par l’épidémie de Covid-19. Pour la première fois, les nouvelles modalités du bac sont organisées pour les plus de 700 000 candidats : épreuves de spécialité, grand oral, part importante de contrôle continu,… Pourtant, les 4 000 élèves de terminale scolarisés dans le hors contrat ont jusqu’ici été confronté à différentes injustices, allant d’une différence de traitement dans les épreuves à la désorganisation de l’État.

De graves défaillances dans l’organisation

« En mai, lors des épreuves de spécialité, on a fait face à de nombreux dysfonctionnements, » signale à Famille Chrétienne Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école. Dans un communiqué publié il y a peu, l’association dénonce même « une négligence qui s’apparente à de la maltraitance. » En cause ? Les conditions d’organisation déplorables de nombreuses épreuves. Les exemples sont légion. Anne Coffinier cite par exemple celui-ci : « Alors que des élèves étaient convoqués dans l’immense Parc des expositions de Villepinte, il n’y avait aucune signalétique pour les guider. Pire : l’entrée indiquée sur leur convocation était fermée à clef. Les candidats n’ont pu y pénétrer qu’en entrant par un grillage déchiré… »

Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, la mauvaise surprise

Le père d’une lycéenne passant son bac cette année raconte également le passage d’une épreuve orale de latin. Convoquée avec des camarades à 14 heures à la maison des examens d’Arcueil, sa fille se retrouve confrontée à une administration ne connaissant pas l’existence de cette épreuve et à l’absence de l’examinateur. Ce dernier arriva finalement avec deux heures de retard et divisa alors le groupe en deux. La première partie put passer l’épreuve, l’autre devait revenir le lendemain. Ces défaillances ne sont malheureusement pas des exceptions regrette Anne Coffinier qui expose d’autres exemples hallucinants. « Lors des épreuves de spécialité, les convocations ont souvent été envoyées au dernier moment aux établissements. Par exemple au collège Stanislas, à Paris, lors des premières épreuves, l’établissement avait été prévenu qu’il était centre d’examen la veille à 20 heures… Le lendemain à 9 heures, quand les candidats se sont rendus sur place, rien n’était prêt bien sûr ! » Antoine, élève de terminale dans un établissement hors contrat de région parisienne a conscience du désintérêt de l’Éducation Nationale pour eux : « On est la cinquième roue du carrosse ! À presque toutes mes épreuves, je sentais l’exaspération des examinateurs de devoir faire passer l’examen à des élèves du hors contrat ! »

« Un bac à deux vitesses »

Dans le nouveau baccalauréat, 40 % de la note finale est attribuée au contrôle continu. Pourtant, cette nouveauté ne concerne pas les candidats du hors contrat. Les notes reçues pendant l’année dans ces établissements ne sont pas reconnues par l’Éducation Nationale. Les élèves ont donc dû passer des « épreuves ponctuelles » dans chaque matière afin de remplacer le contrôle continu. Antoine témoigne : « On a le sentiment que les épreuves que nous avons passées sont plus dures que le contrôle continu dans les lycées publics et sous-contrat… La perspective de jouer toute sa note sur une épreuve plutôt que sur l’ensemble des notes de l’année est tout de même assez stressante ! » « On a donc un bac à deux vitesses, dénonce Anne Coffinier. Tout le monde a le même diplôme mais les gens le passent différemment. Cela montre bien que ce sont des élèves de seconde zone pour l’Éducation Nationale ».

Pourtant, ces difficultés ont-elles été mises volontairement sur la route des candidats du hors contrat ? « La question de l’intentionnalité est toujours compliquée… Ce que je sais c’est que l’Éducation Nationale ne souhaite pas le développement des écoles indépendantes. On cherche à leur compliquer l’existence pour les décourager, ça c’est clair ! » Afin de faire toute la lumière sur les défaillances du bac 2022, l’association Créer son école a demandé la constitution d’une commission d’enquête afin de définir les responsables d’une telle désorganisation et obtenir une compensation pour les élèves ayant subi des préjudices. Affaire à suivre donc…


Source : Famille chrétienne


jeudi 16 juin 2022

Justin « La Science » s'accroche inexplicablement à l'obligation vaccinale pour voyager au Canada (m à j)

Mise à jour du 16 juin

L’avocat Keith Wilson conteste devant les tribunaux l’obligation vaccinale imposée par le gouvernement Trudeau en invoquant la Charte des droits et des libertés.

Alors que le gouvernement fédéral exhorte M. Wilson à abandonner sa poursuite, celui-ci refuse. « C’est clairement un sujet sur lequel le tribunal doit se prononcer. Le gouvernement a dit à plusieurs reprises… qu’il réinvoquera sans hésitation l’obligation vaccinale pour voyager, il réinvoquera sans hésitation cette obligation envers les travailleurs fédéraux et les travailleurs des aéroports. Nous allons donc le prendre au mot et nous voulons que l’affaire soit portée devant les tribunaux », a déclaré M. Wilson.

Étonnamment, M. Wilson affirme que lors de son contre-interrogatoire de l’épidémiologiste en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, celle-ci a admis que l’agence n’avait jamais recommandé la vaccination des voyageurs aériens au gouvernement fédéral comme stratégie d’atténuation. « Elle a de son propre gré affirmé que la raison [pour laquelle la vaccination ne fut pas recommandée] était qu’il n’y avait pas de preuves scientifiques que cette mesure serait efficace », a déclaré M. Wilson.

[Voir aussi : Le dernier signataire survivant de la Charte poursuit en justice le Canada pour son imposition de la vaccination aux voyageurs]


Mise à jour du 14 juin 2022

Le gouvernement Trudeau renonce à l’obligation de vaccination contre la Covid pour les voyages intérieurs en avion et en train au Canada, les voyages en avion vers l’étranger et les travailleurs sous réglementation fédérale. 

Cependant, le gouvernement Trudeau applique toujours l’obligation vaccinale pour les voyageurs entrant au Canada. Les camionneurs transfrontaliers ne sont toujours pas exemptés non plus. Pourquoi Trudeau ne peut-il pas simplement abandonner tout ce cinéma Covid et mettre fin aux obligations pour de bon ?

On apprend par ailleurs que la Dre Theresa Tam, chef de l’Agence de la santé publique du Canada

, a tenté de convaincre Trudeau de lever les obligations et les restrictions de voyage à plusieurs reprises au cours des derniers mois, mais que Justin Trudeau s’y est opposé.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic Leblanc, a en effet menacé que ces assouplissements pourraient être annulés si, selon le gouvernement, la situation s’aggravait à nouveau sur le front de la COVID-19. Dans un tel scénario, le retour à l’obligation vaccinale pourrait se faire sur la base de la triple ou quadruple vaccination, a évoqué le ministre Duclos du gouvernement Trudeau.

Le ministre des Transports Omar Alghabra (au centre avec lunettes) a annoncé la suspension de l’obligation vaccinale pour les voyages intérieurs. Il était accompagné pour l’occasion du ministre de la Santé Jean-Yves Duclos (à droite) et du ministre des Affaires intergouvernementales Dominic Leblanc.

Plus de détails.


Message du Conseil des aéroports du Canada, le 7 juin 2022


Billet du 30 mai 2022

L’Italie lève toutes les restrictions Covid-19 à partir du 1er juin

Après l’Espagne, la Belgique et l’Allemagne et plus de 70 autres pays dans le monde (voir la liste ci-dessous), un autre pays européen a décidé de lever des restrictions imposées aux voyageurs dans le cadre de la lutte contre le covid-19. Il s’agit de l’Italie, selon ce que rapporte le site spécialisé SchengenVisaInfo.

Lundi 30 mai, les autorités italiennes ont décidé de lever toutes les restrictions imposées dans le cadre de la lutte contre la propagation du covid-19, à partir du 1er juin. Selon le ministre italien de la Santé, cité par SchengenVisaInfo, « l’obligation de présentation d’un passeport Covid-19 à l’arrivée en Italie ne sera pas prolongée ». Voir pour plus de détails Il Sole 24 Ore.

En effet, l’obligation de présentation d’un certificat Covid-19 prendra fin ce mardi 31 mai 2022, ce qui fait que les nouvelles mesures d’allégement entreront en vigueur dès demain, mercredi 1er juin.

À partir de cette date, tous les voyageurs, quel que soit leur pays d’origine, ne seront plus tenus de détenir « un certificat de vaccination, de guérison ou de test valide lorsqu’ils arriveront en Italie », a indiqué le ministre. Tous les voyageurs seront autorisés sans aucune restriction.

Le 15 juin, l’obligation du port du masque devrait également être abolie dans les cinémas, théâtres et spectacles en salle. Mais l’obligation pourrait encore subsister pour les transports, du moins longue distance.

 

Face au mot « ludique », des lycéens en détresse

Face au mot « ludique », de nombreux lycéens qui passaient ce mardi leur épreuve du bac de français sont restés pantois.

Ce mardi marquait le début des épreuves du baccalauréat pour près de 187 000 élèves du cursus professionnel. La première d’entre elles, l’épreuve de Français, comportait le sujet suivant : « Selon vous, le jeu est-il toujours ludique ? »


Si l’on en croit Twitter, au sortir de cette épreuve de nombreux étudiants ont buté sur le terme « ludique » dont ils ne comprenaient pas la signification.

Alors le niveau de vocabulaire de la génération Z est-il en train de péricliter ? On a posé la question à une autrice, un professeur de français et une doctorante en Sciences du langage.

Ils étaient, ce mardi, 186 200 étudiants de la filière professionnelle à se lancer dans le grand bain. La saison officielle du bac pro a débuté dès 9 heures avec un examen de Français. Une épreuve qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment à cause de la question suivante : « Selon vous, le jeu est-il toujours ludique ? ». À en croire Twitter, de nombreux lycéens ont séché : impossible pour eux de mettre une définition derrière le mot « ludique ».


« En effet, beaucoup parmi les élèves que je surveillais ne connaissaient pas le mot ludique, d’autres ont buté aussi sur le mot sanglot », constate Frédéric Martel, professeur dans un CFA hôtelier. Domitille Rivière, professeur de français, explique : « Connaître un mot et savoir l’employer est différent de le comprendre sans l’utiliser ». Elle poursuit : « un élève de 17 ans ne se sert pas de ce terme au quotidien, il parle plutôt de quelque chose de “fun”, d’autant que dans ces conditions, il manque souvent de confiance en lui, et le stress de l’épreuve joue aussi ». L’enseignante tempère néanmoins : « Un jeune de cet âge est malgré tout censé maîtriser ce mot, surtout que le texte de Leïla Slimani donnait de nombreux indices. Un élève qui avait bien compris le texte se trouvait parfaitement en mesure de répondre ».

« Je ne suis pas étonnée, tranche d’entrée de jeu, Aude Denizot, autrice de Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? Je constate de véritables lacunes en vocabulaire depuis vingt ans que j’enseigne ». Voir « épique à la place d’hippique », « balisé à la place de banalisé » ou encore « invoqué à la place d’évoqué » est ainsi devenu monnaie courante dans les copies que corrige l’enseignante depuis quelques années.


Ce qui est « écrit est acquis »

La raison ? « L’usage massif, dès les plus petites classes, des photocopies ou des supports préremplis », confie celle qui est aussi professeure de droit à l’université du Mans. Ces polycopiés empêchent les élèves de s’exercer à l’écriture : « Si l’on reprend l’exemple du mot “ludique”, il a probablement été utilisé dès le CM2 [3e année du primaire]. Mais était sûrement déjà préinscrit sur un polycopié de travail », argumente Aude Denizot, ajoutant que ce qui est « écrit est acquis » et non l’inverse.

Un autre frein à la richesse du champ lexical ? Le manque de lecture. « C’est dans l’objet livre traditionnel que l’on puise une grande partie de son vocabulaire », note l’autrice. Un constat que partage, Frédéric Gendarme, professeur de français dans un collège privé parisien : « Mes élèves n’ont pas perdu le goût de la lecture, mais se sont éloignés des classiques, pourtant toujours au cœur des programmes scolaires. » Les mangas l’emportent sur les romans et, dès le collège, Honoré de Balzac et la richesse de son vocabulaire ne font pas le poids face à One Piece.

Si le professeur de français note bien la « difficulté des élèves à varier de vocabulaire ou à apporter de la nuance dans leur rédaction », il ne les réprimande pas pour autant. « Il faudrait revoir certaines œuvres du programme et dans le contexte de cette épreuve, contester la cohérence de l’énoncé avec le public concerné », explique-t-il.

Un vocabulaire qui aurait mué… vers le franglais ?

« Je m’interroge. Le terme ludique est-il si courant en 2022 ? Je n’en suis pas convaincue », s’interroge alors Auphélie Ferreira, doctorante en Sciences du langage. La sociolinguiste, pour qui il est important de remettre l’église au milieu du village, le mot « ludique » ne fait tout bonnement pas partie du quotidien des lycéens : « Le vocabulaire a changé. Il ne recouvre pas les mêmes zones et les mêmes âges. »

Une question de génération et d’usages qui poussent notre doctorante à se poser une autre question. « Une personne âgée connaît-elle le terme “disrupter” ? Ou “distanciel” ? Pour autant, dit-on de cette même personne âgée que son niveau de français dégringole ? ». La réponse est non (le Trésor de la langue française ne connaît pas ces mots). Mais encore faut-il se demander si « disrupter », par exemple, est du français ou simplement du franglais. En français on traduit « to disrupt » depuis des siècles par « interrompre », « déranger », « perturber », etc. Il en va de même pour « ludique » remplacé depuis quelques années en France par « fun » anglais. L’anglais déplacerait simplement le français chez les jeunes dont les sources sont massivement en ligne et souvent (mal) traduites de l’anglais.

En sociologue, avant de conclure, la chercheuse affirme qu’il faut d’abord faire une recherche : « À ce jour, il n’existe aucune étude qui compare le niveau de vocabulaire des jeunes de même profil sociodémographique sur différentes générations. »

Au Québec, ceci ne se passerait pas

Ce genre d’embarras ne se produirait pas au Québec. En effet, les élèves peuvent consulter le dictionnaire (papier ou électronique) lors des examens de français… Il suffit de baisser la barre.

France — Les lycées hors contrat s’estiment lésés

L’association Créer son école veut la mise en place d’une commission d’enquête sur la gestion de l’examen. Article du Figaro.

Quelque 4 000 élèves venant de lycées hors contrat ont été interrogés à l’écrit, la semaine passée, dans les matières du tronc commun.

« On est au-delà de l’irrespect, ce n’est même plus une discrimination idéologique, c’est un manque absolu d’organisation pratique », dénonce Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école. Établissements d’accueil fermés à l’arrivée des élèves, examinateurs oraux absents ou mal informés, sujets de première distribués à des élèves de terminale : les lycées privés hors contrat dénoncent des conditions d’examen du bac désastreuses pour leurs élèves. « Le jour de sa convocation, ma fille a dû attendre tout l’après-midi dans un centre d’examen. On lui a finalement demandé son numéro de portable pour la reconvoquer par SMS le lendemain », s’indigne une mère de famille. Elle apprendra plus tard que les deux examinateurs prévus pour la journée ne se sont pas déplacés.

Le ministère de l’Éducation nationale a confirmé des dysfonctionnements en Île-de-France, mais aussi en province. Contrairement aux lycées publics et privés sous contrat, qui passent 60 % des épreuves au contrôle continu, les élèves du privé hors contrat doivent passer l’intégralité des épreuves du bac en contrôle terminal. Ils sont évalués dans toutes les matières du programme en terminale, mais aussi en première. Après avoir passé les épreuves de spécialité comme leurs camarades du privé et du public, les quelque 4000 élèves concernés ont été interrogés à l’écrit dans les matières du tronc commun cette semaine. Ainsi Jeanne, élève en terminale à Ipesup à Paris, a passé l’anglais ce vendredi à la Maison des examens d’Arcueil. Cela fait plusieurs semaines qu’elle doit jongler entre quatre centres d’examens, très éloignés les uns des autres : Arcueil (92), mais aussi Villepinte (93), les 13e, 19e et 16e arrondissements de Paris. Un marathon, devenu une épreuve en raison de retards systématiques : « Ce matin par exemple, je devais sortir à 12 h 30 et j’ai terminé à 13 h 30 », raconte la jeune fille.

Rupture d’égalité

Pour Michel Naniche, directeur de l’école Diagonale, les examinateurs n’ont souvent pas été informés que certains élèves bénéficiaient de tiers-temps en raison de handicap. Les élèves ayant des épreuves aménagées pour composer sur ordinateur ont aussi souffert, avec des problèmes récurrents de logiciels, d’imprimantes et de clés USB. Des problèmes d’importance quand on sait que certains établissements hors contrat sont justement choisis pour leur capacité à s’adapter aux élèves handicapés ou dyslexiques qui en bénéficient.

« On a vraiment eu des problèmes tous les jours », résume Jean-Marc Fitoussi, directeur de l’école Progress qui compte une centaine d’élèves de terminale dans son établissement. L’association Créer son école a demandé la mise en place d’une commission d’enquête en vue de faire la lumière sur la gestion de l’examen, mais aussi pour obtenir une compensation du préjudice subi par les élèves ainsi que des sanctions pour les responsables des dysfonctionnements. Pour Jean-Marc Fitoussi, les causes de cette désorganisation sont évidentes : « On oblige nos élèves à passer toutes les épreuves en présentiel, mais, comme ils ne représentent qu’une quantité marginale de lycéens, on ne prend pas la peine d’organiser des conditions de passage adéquates. »

Au-delà des problèmes d’organisation, Créer son école dénonce une rupture d’égalité dans un examen national et demande que les élèves du hors contrat bénéficient du contrôle continu s’il est de mise partout ailleurs. « Même les élèves du Cned, qui peuvent se faire aider chez eux, bénéficient du contrôle continu. Les élèves du hors contrat doivent être traités comme les autres », déclare la présidente, Anne Coffinier.

Venu d’Albi pour passer son bac à Ipesup et ainsi mieux s’entraîner pour intégrer une classe préparatoire, Colin, 18 ans, est admis l’an prochain en prépa ECG (commerce) à Sainte-Geneviève à Versailles. S’il comprend cette volonté de contrôle de l’éducation nationale vis-à-vis du hors contrat, il regrette que les épreuves soient bien plus dures que celles passées par les autres lycéens. « En éducation morale et civique (EMC) par exemple, nous devons faire quatre exposés, le grand oral est bien plus simple », estime-t-il.

Le gouvernement justifie sa défiance à l’égard des écoles hors contrat par une volonté de lutter contre le séparatisme islamiste. « Les établissements hors contrat sont régulièrement inspectés et contrôlés et c’est une bonne chose », souligne Hervé Rolland, président de la Fondation pour l’école. Mais, pour lui, cette suspicion systématique est infondée. « Je rappelle que la majorité des écoles hors contrat ne sont pas confessionnelles. On y retrouve 12 % d’écoles catholiques, 3 % d’écoles protestantes et 3 % d’écoles musulmanes », précise-t-il.


mercredi 15 juin 2022

15 juin 1215 — Signature de la Grande Charte (Magna Carta)

La Carta Libertatum, connue dans le monde anglo-saxon sous le nom de Magna Carta, est une charte de soixante-trois articles arrachée par le baronnage anglais au roi Jean sans Terre le 15 juin 1215 après une courte guerre civile. Elle fut notamment marquée par la prise de Londres, le 17 mai, par les rebelles. Les barons étaient excédés des exigences militaires et financières du roi et de ses échecs répétés en France, en particulier à Bouvines et à La Roche-aux-Moines. Jean sans Terre était le fils d’Henri II Plantagenêt issu d’une famille princière française et d’Aliénor d’Aquitaine, également princesse française comme toutes les épouses des rois d’Angleterre de 1152 à 1445. Il ne parlait pas anglais, mais français. Ce fut le cas de tous les rois d’Angleterre jusqu’à Henri IV qui régna de 1399 à 1413. Il fut, en effet, le premier roi à parler l’anglais comme langue maternelle, mais il maîtrisait bien sûr aussi le français.

Contexte : revers cuisants du roi d’Angleterre en France 

Après l’échec des alliés de Jean sans Terre à la bataille de Bouvines, Philippe de France garda tous les territoires de Jean sans Terre en France du Nord, y compris la Normandie, fief ancestral des souverains anglo-normands. L’Aquitaine devait rester aux mains des Anglais jusqu’en 1453 qui marqua la fin de la guerre de Cent Ans. Jean, piètre chef militaire, avait ainsi perdu de considérables revenus. La perte des territoires français, surtout la Normandie, avait considérablement réduit le revenu de l’État et il aurait fallu lever des impôts énormes pour essayer de les reconquérir. Quelques barons d’Angleterre furieux de ses défaites et de ses exigences financières, se réunirent et s’emparèrent de Londres par la force le 10 juin. Ils contraignirent le roi Jean à accepter les « Articles des Barons », auquel son Grand Sceau fut apposé dans le pré de Runnymede le 15 juin 1215. En échange, les barons renouvelèrent leurs serments de fidélité à Jean le 19 juin.


La Grande Charte conclut une longue suite de défaites infligées au roi d’Angleterre, seigneur d’Irlande et duc d’Aquitaine, Jean sans Terre, par le roi de France Philippe Auguste

Des droits concédés à la noblesse et aux hommes libres et non aux serfs

Cette « Grande Charte des libertés d’Angleterre » garantit le droit à la liberté individuelle principalement pour la noblesse anglo-normande et de rares « hommes libres », mais elle en exclut la majorité de la population, les serfs. Elle limite l’arbitraire royal et établit en droit l’habeas corpus qui empêche, entre autres, l’emprisonnement arbitraire. Le texte garantit les droits féodaux, les libertés des villes contre l’arbitraire royal et institue le contrôle de l’impôt par le Grand Conseil du Royaume.

Une grande partie de la Magna Carta a été copiée, presque textuellement, de la Charte des Libertés (déjà !) d'Henri Ier, publiée quand Henri était monté sur le trône en 1100, et qui soumettait déjà le roi à certaines lois concernant la façon de traiter les fonctionnaires ecclésiastiques et les nobles, et accordant de façon réelle certaines libertés individuelles à l’Église et à la noblesse anglaise.

mardi 14 juin 2022

Études de médecine : la fin de l’eldorado belge pour les Français ?

Les étudiants français sont toujours plus nombreux à tenter leur chance en Belgique en 2021, ils étaient près de 35 % à présenter l’examen d’entrée là-bas. Mais le remplacement de cet examen par un concours pourrait changer la donne, d’autant qu’il devrait s’accompagner de la baisse du nombre de non-résidents, donc de Français, autorisés à étudier.

Examen d’entrée aux études de médecine en Belgique (francophone) en 2007

Petite révolution en Belgique francophone. Qui pourrait rejaillir sur les très nombreux étudiants français qui y vont pour tenter médecine. À partir de 2023, l’examen d’entrée en études de médecine-dentisterie en Fédération Wallonie-Bruxelles sera remplacé par un concours d’entrée. Une réforme qui reverrait à la baisse le pourcentage d’étudiants étrangers autorisés à y faire leur cursus. Ce n’est pas la première fois que nos voisins belges modifient les modalités de sélection en médecine. Au milieu des années 1990, la décision est prise de réglementer l’offre médicale en fixant chaque année un nombre de médecins agréés par l’institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami). Sans tergiverser, la Flandre met en place un examen d’entrée, qui devient en 2017 un concours, respectant ainsi le nombre de numéros Inami qui lui est accordé. À l’inverse, la Fédération Wallonie-Bruxelles teste différents filtrages (en fin de troisième année, en fin de première année), passe plusieurs années sans aucune sélection, avant d’instaurer en 2017 un examen d’entrée. Mais les francophones diplôment toujours un nombre de médecins dépassant le nombre de numéros Inami qui leur est attribué, piochant chaque année dans le stock de numéros des années suivantes et constituant ainsi une « dette » grandissante. « Il faut bien le reconnaître, cela a constitué une certaine cacophonie », admet Vincent Blondel, le recteur de l’université catholique de Louvain.

Satisfaction des universités

Pendant plus d’un demi-siècle, cette dichotomie entre les néerlandophones et les francophones empoisonna la vie politique belge. Les tensions étaient telles que, en 2021, le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, tapa du poing sur la table. Via un projet de loi, il menaça de mettre en place un système de délivrance d’attestations de contingentement en fin de première année d’études, qui seules permettraient d’obtenir un numéro Inami, laissant ainsi les autres étudiants ayant réussi leurs examens sans perspective. Un projet inacceptable pour les francophones. Des négociations s’ouvrirent entre le gouvernement fédéral, compétent sur les questions de santé, et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, chargé de gérer l’enseignement supérieur dans la partie francophone du pays. Les deux parties parvinrent finalement à un accord au printemps 2022. En échange de la garantie que tous les étudiants recevraient bien un numéro Inami à l’issue de leurs études, et d’un calcul « plus fin » des besoins en matière d’offre médicale par la commission de planification fédérale, la Fédération Wallonie-Bruxelles s’engagea à remplacer à partir de 2023 son examen par un concours d’entrée, comme le pratique déjà la Flandre. Pour 2028, les quotas sont fixés à 744 pour la partie francophone et 1 104 pour la partie néerlandophone. Ils évolueront en fonction des besoins pour les années suivantes.

« Je ne dis pas que c’est le grand soir, mais je pense que cela va apaiser les relations entre les communautés. On a la preuve qu’on est capables de fonctionner ensemble sur la base d’un fédéralisme mature », se réjouit auprès du Figaro Valérie Glatigny, ministre du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment chargée de l’enseignement supérieur.

« Nous clôturons un chapitre épineux qui s’est éternisé pendant plus de vingt-cinq ans. Nous repartons d’une feuille blanche sur la base d’une estimation objective des besoins par la commission de planification fédérale », réagit le ministre fédéral de la Santé. Les universités concernées, au nombre de cinq, se disent également satisfaites. « C’est la solution la plus respectable au vu de l’épée de Damoclès qui planait au-dessus de la tête des étudiants », commente Nicolas Mavroudakis, doyen de la faculté de médecine à L’ULB [Bruxelles]. « C’est une bonne solution, je suis heureux de l’issue de ces négociations », renchérit Vincent Blondel, le recteur de L’UCL [Louvain-La-Neuve, mais avec un hôpital universitaire à Bruxelles]. « Ça permet aux étudiants d’étudier sereinement », complète Françoise Smets, doyenne de la faculté de médecine de L’UCL.

Les étudiants sont quant à eux partagés. Si tous se félicitent de la garantie d’obtenir un numéro Inami à la sortie de leurs études, certains rappellent leur opposition à toute forme de sélection, qu’elle prenne la forme d’un examen ou d’un concours. « Les étudiants soulignent que l’enseignement secondaire en Belgique est très inégalitaire et donc que, s’il y a une sélection dès l’entrée en études de médecine, ceux qui ont été moins favorisés dans le secondaire seront pénalisés », résume Françoise Smets. 

« L’enseignement secondaire belge est connu pour être l’un des plus inégalitaires de L’OCDE », insiste Yazdan, en deuxième année à L’UCL. Ceux qui ont le plus de chance de réussir « sont ceux qui viennent d’un milieu favorisé. Le concours va renforcer le caractère élitiste des études de médecine et favoriser un entre-soi social dans la profession », estime Lucas van Molle, président de la Fédération des étudiants francophones (FEF). « Nous pouvons comprendre cette position, reprend Françoise Smets. Mais nous pensons qu’une sélection reste indispensable pour plusieurs raisons. Et qu’il vaut mieux qu’elle ait lieu à l’entrée pour éviter à ceux qui échouent de perdre un an, deux ans ou trois ans, et pour faire disparaître toute idée de compétition entre étudiants par la suite. » Tiziana, en quatrième année à l’ULB, est également d’avis qu’« il faut bien sélectionner quelque part ». « Il y a beaucoup de jeunes qui veulent faire médecine. On ne peut pas prendre tout le monde… De toute façon, le vrai problème, ce n’est pas “concours ou examen ?” Pour moi, la question, c’est de savoir si, sur le long terme, le nombre de médecins sera suffisant. »

Côté flamand, les réactions sont plus que mitigées.

« Pas certain que tous les doyens flamands voient cet accord d’un bon œil », glisse un francophone. « Certains sont encore très rancuniers, parce que la Fédération Wallonie-Bruxelles ne s’est pas mise en ordre aussi vite et efficacement que la Flandre. » Par la voix de sa vice-présidente, Valérie Van Peel, le parti [nationaliste flamand] N-VA dénonce quant à lui un « pardon général », et ce « seulement en échange de la promesse d’organiser un concours d’admission ». La ministre Valérie Glatigny l’assure pourtant : l’examen d’entrée en médecine en Fédération Wallonie-Bruxelles aura bel et bien lieu cet été pour la dernière fois. Ou plutôt pour les dernières fois, puisque deux sessions sont organisées, une le 5 juillet, l’autre le 27 août. Les candidats peuvent se présenter soit à la première, soit à la deuxième, soit aux deux. L’examen est composé de deux épreuves comportant chacune quatre matières : une de connaissance et compréhension des matières scientifiques (chimie, biologie, physique, mathématiques), l’autre de communication et analyse critique de l’information. Pour être reçu, un candidat doit obtenir une moyenne supérieure à 10 sur 20 dans chacune des deux parties, avec un minimum de 8 sur 20 dans chacune des huit matières. Cet examen est extrêmement sélectif. En 2021, 5443 candidats s’étaient présentés à la session de juillet, 3975 à la session d’août. 483 avaient été retenus à la première session (soit 8,9 %), 744 à la seconde (soit 18,7 %).

Adieu aux notes minimales

Dès 2023, l’examen sera remplacé par un concours d’entrée, qui devrait avoir lieu en une session unique organisée à la fin du mois d’août. Les modalités de ce concours ne sont pas encore totalement définies, mais les huit matières qui composaient déjà l’examen d’entrée devraient être maintenues. « La vraie différence, c’est que, plutôt que de prendre tous ceux qui ont plus de 10/20, on prendra le nombre d’étudiants qui a été négocié », explique Vincent Blondel. Autre différence de taille : adieu les notes minimales dans chacune des matières. Troisième différence : la baisse du pourcentage d’étudiants non-résidents autorisés à suivre des études de médecine en Fédération Wallonie-Bruxelles. « Le gouvernement envisage une réduction du nombre maximal (de non-résidents, NDLR), passant de 30 % à 15 %, afin de garantir une offre de soins suffisante à la population et de limiter le risque de pénurie lié à des praticiens qui quittent le territoire au terme de leurs études, et ne contribuent donc pas au renouvellement de la force de travail », est-il indiqué dans le communiqué du 26 mai. Ce changement « envisagé » pourrait bouleverser la donne pour les jeunes étrangers désireux de devenir médecins. Notamment les étudiants français, qui sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance en Belgique, attirés par la proximité des universités, la qualité de la formation et l’utilisation du français comme langue d’études et de travail. En 2017, 13,4 % des jeunes qui présentaient l’examen d’entrée en études de médecine étaient de nationalité française ; en 2021, ils étaient près de 35 %. Plus globalement, aujourd’hui, la moitié des candidats à l’examen d’entrée sont non-résidents. Le quota maximum de 30 % d’étudiants non-résidents a été atteint pour la première fois l’année dernière. À l’avenir, si ce quota diminue de moitié, il pourrait être atteint chaque année. La fin de l’eldorado belge pour les étudiants francophones, venus de France et d’ailleurs ?

Le concours va renforcer le caractère élitiste des études de médecine et favoriser un entre-soi social.

Lucas van MOLLE, président de La Fédération des étudiants Francophones FEF


lundi 13 juin 2022

Pour la sixième année consécutive, l’Algérie est privée d’Internet pour cause de Bac.

Pour la sixième année consécutive, l’Algérie est privée d’Internet pour cause de bac. Les épreuves de l’examen de fin du cycle secondaire ont démarré ce dimanche 12 juin et les principaux services de messagerie et les réseaux sociaux étaient inaccessibles dès la matinée.

La promesse de ne pas bloquer la connexion cette année n’a pas été tenue. Même la connexion filaire a été perturbée.

La mesure a été prise pour éviter la triche. L’avènement d’Internet et des réseaux sociaux fait craindre aux autorités une fraude massive et une fuite des sujets à grande échelle. Depuis quelques années, l’obsession de lutter contre la triche a pris le dessus sur le reste, bien que les épisodes de grande fuite des sujets ne soient pas très fréquents.

Le plus mémorable est celui de 1992. À l’époque, ni Internet ni la téléphonie mobile et ses terminaux n’existaient pas encore mais l’examen a dû être refait à cause de l’ampleur de la fraude. D’où les critiques qui ciblent les mesures actuelles de blocage de la connexion.

Le scénario de 1992 est la preuve que les méthodes « classiques » de triche peuvent être aussi, sinon plus, dévastatrices que ce que permettent aujourd’hui les nouvelles technologies.

De plus, des techniques existent pour limiter les velléités de fraude, ou même les annihiler, comme l’interdiction des terminaux dans les salles d’examen et le brouillage du réseau dans les environs le temps que durent les épreuves. Mais c’est, semble-t-il, le « risque zéro » qui est recherché, un objectif pas évident à atteindre ni dans les examens scolaires ni dans d’autres domaines.

L’Algérie a aussi durci sa législation en la matière. Un amendement du Code pénal effectué en 2020 prévoit des peines de prison allant jusqu’à 10 ans pour toute tentative de fraude ou de fuite des sujets, et jusqu’à 15 ans si la fuite cause l’annulation partielle ou totale de l’examen.

Un problème de fond

Cette année les autorités ont frappé très fort contre des responsables indélicats pris la main dans le sac à l’occasion des épreuves du Brevet de l’enseignement moyen (BEM) qui ont eu lieu la semaine passée (du 6 au 8 juin).

dimanche 12 juin 2022

« J’ai détruit mon corps en pensant que ça irait mieux » : les regrets de Mila*, redevenue femme

Après sept ans de testostérone et plusieurs opérations chirurgicales, le retour à la case départ pour cette « détransitionneuse » ne peut pas être total. Récit du Figaro (30 mai 2022).

« Je n’ai plus de seins. Je n’ai plus d’utérus. Je n’ai plus d’ovaires. Je dois dealer [composer] avec les conséquences désastreuses de ma transition », écrivait Mila, fin 2021.

L’époque où elle s’appelait « il » est révolue. À 26 ans, Mila* a tourné la page de la transidentité. La jeune fille qui s’était transformée en homme est redevenue une femme. Un gars, une fille… Depuis un peu plus d’un an, Mila est ce que l’on appelle une « détransitionneuse ». Sa chevelure châtain, plaquée en arrière, encadre un visage aux traits fins. Sa voix a retrouvé des tonalités moins graves. À l’état civil pourtant, elle est encore un homme. Une étape qu’il lui reste à franchir, car il faut le temps de prouver à la justice qu’elle ne reviendra pas une nouvelle fois en arrière. Aujourd’hui, elle déroule d’une voix posée les années où elle a vécu dans la peau d’un homme. Comme un souvenir déjà ancien.

Mais après sept ans de testostérone et plusieurs opérations chirurgicales, le retour à la case départ ne peut pas être total. « J’ai détruit mon corps, mais on m’y a aidée. J’ai détruit mon corps en pensant que ça irait mieux. (…) Je n’ai plus de seins. Je n’ai plus d’utérus. Je n’ai plus d’ovaires. Je dois dealer [faire face] avec les conséquences désastreuses de ma transition », écrivait-elle fin 2021, traversée par une « terrible colère ». Un an plus tard, la colère s’est atténuée. Mila a repris le fil de sa vie là où elle l’avait laissé, à l’adolescence. Comme si sa transition n’avait été qu’une parenthèse. « Je me suis refait la même coupe de cheveux qu’à l’époque. Je me suis enfin penchée sur les problèmes que j’avais occultés en transitionnant », explique-t-elle. Quel regard porte-t-elle cette période ? À l’adolescence, élève d’un collège catholique d’une petite ville de province, Mila comprend qu’elle est attirée par les filles. Au lycée, ses préférences se confirment. Mais être « une fille qui aime les filles » la met mal à l’aise. Elle en conclut qu’elle était destinée à être un garçon. D’autant qu’en pleine agitation du vote de la loi mariage pour tous, elle se fait traiter de « sale lesbienne ». Sur des forums dédiés à la communauté trans, sa conviction d’être née dans le mauvais corps se renforce. « Cela fait un peu bizarre au début. Il y a des moments de doute où l’on se demande si on n’est pas en train de s’inventer une vie. Mais à 16 ans et demi, le cerveau arrive facilement à s’accrocher à cette idée. Et puis une fois qu’on s’est lancé, il semble impossible d’en sortir », témoigne-t-elle.

Arrivée à Paris, elle se tourne vers des associations trans où on lui conseille un médecin complaisant qui délivre des ordonnances de testostérones sans poser trop de questions. « Au premier rendez-vous, il m’a dit : “Quand je vous vois, je vois un homme”. Cela a été très rapide », rapporte Mila. Le jour de ses 18 ans, elle se fait sa première piqûre d’hormones. Pendant quelques années, ce traitement lui suffit, car son corps se métamorphose rapidement. Sa voix mue. Elle devient « velue comme un ours ». Son visage et ses épaules s’épaississent. Et puis, peu à peu, Mila ne supporte plus son corps. « Mon sexe, mes seins me dérangeaient. Avec la “testo”, j’ai pris du poids et un début de ventre est apparu. Je suis devenue obsessionnelle, je comptais toutes mes calories. J’étais au bord de l’anorexie », se souvient-elle. Amère, elle dénonce : « Pendant toute cette période, je n’ai eu aucun suivi psychologique. »

« J’étais comme anesthésiée »

Un peu avant ses 21 ans, elle subit une première opération — une hystérectomie — pour se débarrasser de douleurs gynécologiques et faciliter son changement de sexe. Certes, elle n’a « jamais voulu avoir d’enfants » mais savoir que l’on ne pourra jamais en avoir est « différent ». En 2018, un tribunal acte son changement de sexe à l’état civil. Mila, devenue Milo, commence sa vie d’adulte comme « Monsieur ». Pour faire correspondre complètement ses papiers à son identité, elle subit une mammectomie (ablation des seins) un an plus tard. Son dernier lien avec la féminité est rompu. Reste un torse « plat et balafré ».

« À cette époque, j’étais clairement en dépression, décrypte-t-elle. Mon mal-être est allé crescendo. Après les régimes drastiques, j’ai développé une tendance à la boulimie. Je ne voyais plus personne en dehors de ma famille. Je n’avais plus de vie amoureuse. Ma vie sociale était détruite. Pourtant, à aucun moment je ne remettais en cause ma transidentité. J’étais comme anesthésiée, déconnectée de mes émotions. » C’est en poussant la porte d’un psy que Mila recommence à se poser des questions. Elle fait également une rencontre décisive avec une femme qui a suivi le même chemin qu’elle : « Ensemble, nous avons pu avancer, nous poser toutes les questions qui étaient trop difficiles à affronter seules. Sans son soutien, ce cheminement aurait été impossible ». Le retour en arrière ne se fait pas d’un coup. Pendant quelques mois, Mila se considère comme « non binaire ». « Une étape jusqu’au jour où j’ai compris que je n’étais pas et ne serais jamais un homme. Et surtout compris que j’étais une femme. »

« Réveillée d’un long cauchemar »

Pour se retrouver, il ne suffit pas d’arrêter la testostérone. En l’absence d’ovaires, Mila doit prendre des œstrogènes pour renouer avec sa féminité. Il lui faut aussi accepter l’irréversible. « Aujourd’hui, je suis mutilée. Cela a été un gros deuil de me rendre compte que les médecins m’avaient laissé me stériliser à 21 ans et que j’avais ruiné mon corps, confie-t-elle. Heureusement, j’ai échappé à un début de calvitie. J’ai pu retrouver mon visage et ma peau n’a pas été trop abîmée. » Avec le recul, elle analyse ce passage vers un autre genre comme une forme « misogynie intériorisée » qu’elle a finalement réussi à surmonter. Aujourd’hui, Mila éprouve le sentiment de s’être « réveillée d’un long cauchemar » et a accepté d’avoir fait fausse route. Elle refuse de laisser le désarroi altérer son grand sourire. Sa seule inquiétude est pour les enfants trans et les adolescents qui s’engagent dans une transition.

« Avant 25 ans, le cerveau n’a pas fini de se développer. Souvent, les regrets apparaissent à partir de cette période de la vie, quand les tourments de l’adolescence ont fini de nous tirailler. Comment est-ce possible de laisser des mineurs prendre ce type de décision ? C’est une aberration totale », interpelle-t-elle. Alors, bien qu’il lui ait fallu du temps pour accepter de raconter son histoire, de faire confiance, elle juge important de faire entendre sa voix pour mettre en garde.

*Le prénom a été modifié.

Voir aussi 

États-Unis — Biden élimine aide fédérale aux écoles qui ne permettront pas aux transgenres d’utiliser les espaces féminins  

Trudeaupie — Le Canada recense sa population selon cinq « identités de genre »

Ados transgenres, des dégâts irréversibles  

Alabama — Interdiction des traitements pour les mineurs qui se disent « trans »  

L’opinion sur l’utilisation des bloqueurs de puberté aux États-Unis est en train de changer 

Biden signe décret qui permet aux étudiants nés hommes de concourir chez les femmes s’ils se sentent femmes

Zemmour : Arrêter la puberté des enfants est criminel et le ministre de l’Éducation adoube cela ! (vidéos) 

La justice britannique recommande l’arrêt des transitions de genre avant 16 ans

Ministère de la Justice du Québec finance les pronoms trans

États-Unis — Viol d’une élève dans les toilettes pour filles, sodomisée par un élève trans, couvert par des autorités scolaires (m à j) 

France — l’extrême gauche et les lobbies LGBT menacent de brûler une école catholique « usine à fachos » 

Effacement des femmes : Teen Vogue parle de « non-propriétaire de prostate » 

Québec — Hausse des changements de sexe à l’état civil 

Né homme, la justice ordonne qu’il soit déclaré « mère » de son enfant 

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La religion woke, une taxonomie  

Questionnements de genre chez les enfants : un colloque pour éclairer parents et professionnels  

Le Sénat du Canada adopte en priorité le projet de loi C-4 interdisant les « thérapies de conversion »  

Un nageur qui se dit femme pulvérise les records de natation féminine aux États-Unis

Pressions, censure : les coulisses des médias de grand chemin

Aude Lancelin est une journaliste de gauche. Après un long parcours dans les médias de grands chemins (notamment comme ex-directrice adjointe de L’Obs puis de Marianne) elle a fondé le média indépendant QG. Elle a tiré de sa longue expérience la conviction que plus rien de décisif ne pouvait être accompli dans des endroits abîmés par le pouvoir, les intérêts industriels privés, ou les agendas politiques secrets.

Comment lutter contre la puissance des médias de masse qui façonnent l'opinion et orientent les choix politiques ?

Extrait sur Bernard-Henri Lévy, ce cuistre

Extrait sur le pouvoir de Google sur la presse française


samedi 11 juin 2022

Le plus gros bobard ? Un an plus tard, toujours aucune preuve de tombes anonymes dans les anciens pensionnats indiens...

Texte de Louis Fournier, écrivain et journaliste à la retraite, paru dans le Devoir le 11 juin 2022.

Il y a un an, le 27 mai 2021, on annonçait la découverte, par géoradar, de ce qu’on a décrit comme les restes de quelque 200 enfants autochtones disparus. Ces enfants auraient été enterrés dans un cimetière secret, situé dans un verger, près de l’ancien pensionnat des Oblats de Marie-Immaculée établi dans la réserve de Kamloops en Colombie-Britannique. On a d’abord parlé d’une fosse commune, une nouvelle démentie, mais qui est restée dans notre imaginaire, puis de tombes anonymes, ce qui n’est pas encore avéré.

En effet, nous n’avons aucune preuve matérielle de cette présumée découverte, car le géoradar est une technologie qui n’identifie pas directement les restes humains. Selon l’anthropologue qui a fait la recherche, seule une excavation serait probante. Mais la communauté autochtone locale est divisée sur le sujet et on peut douter sérieusement que des fouilles puissent avoir lieu. Qui donc établira alors la véracité des faits ?

Selon le Centre canadien de vérité et réconciliation, 51 élèves sont décédés durant les 80 ans d’existence du pensionnat. Grâce aux recherches de l’historien Jacques Rouillard, on connaît maintenant les lieux de sépulture de plus de la moitié de ces enfants, selon les informations disponibles. Quatre d’entre eux sont inhumés à Kamloops dans le cimetière de leur réserve situé non loin du pensionnat, ce qui fait douter de l’existence d’un autre lieu de sépulture secret. Vingt-quatre autres enfants sont enterrés dans le cimetière de leur propre réserve. L’historien a pu consulter les certificats de décès conservés dans les registres d’état civil de la province. Ces enfants ne sont donc pas disparus. Comment croire alors que les dépouilles de 200 enfants aient pu être enfouies près de l’école, à l’insu des familles et du conseil de bande ?

Depuis l’annonce de Kamloops, des groupes autochtones ont fait part de la « découverte » par géoradar de centaines de tombes anonymes, dans des cimetières abandonnés et déjà connus. Dans le cas du pensionnat des Oblats à Marieval en Saskatchewan, les 750 tombes étaient celles de personnes de tous âges, dont plusieurs n’étaient pas des Autochtones, a révélé l’enquête d’un journaliste de la CBC. Un certain lobby autochtone évoque le spectre de la « disparition » de milliers d’enfants. La Commission de vérité et réconciliation a qualifié l’existence des pensionnats de « génocide culturel », mais jamais elle n’a parlé de génocide physique.

Si des enfants sont disparus, n’est-ce pas parce que le ministère fédéral des Affaires indiennes refusait de payer les frais pour rapatrier les corps dans les réserves, empêchant ainsi les familles de les enterrer chez elles ? Le gouvernement Trudeau, déjà pétri de repentance, doit assumer les conséquences de cette politique odieuse. Et n’oublions pas que le système colonial des pensionnats autochtones fut créé et financé par l’État canadien en vue d’assimiler ces enfants.

Les souffrances, les luttes et la résilience des Autochtones ne peuvent qu’inspirer la plus grande bienveillance. Mais la victimisation à outrance n’aidera pas leur cause, qui est aussi la nôtre : la vérité et la réconciliation. Le meilleur chemin vers la réconciliation n’est-il pas de chercher et de connaître toute la vérité ? Les médias, dont c’est la mission, doivent nous aider à aller au fond des choses.


Billet du 27 mai 2022 (jour anniversaire de la « découverte »)

L’absence de preuves liées à la panique morale qui a suivi la prétendue découverte de sépultures d’enfants morts à Kamloops et ailleurs dans l’Ouest est répercutée dans la presse américaine. Extraits d’un article du New York Post.

[…]

Jacques Rouillard,
professeur à l’Université de Montréal,
a déclaré que
si un génocide culturel
avait eu lieu à l’école de Kamloops,
« il devrait y avoir des fouilles ».
Mais « tout est resté flou.
Les Canadiens se sentent coupables
alors ils se taisent. »


Mais un groupe d’une douzaine d’universitaires canadiens ne croit pas à toute cette histoire.

« Pas un seul corps n’a été retrouvé », a déclaré au [New Yok] Post Jacques Rouillard, qui est professeur émérite au département d’histoire de l’Université de Montréal. « Après […] des mois de récriminations et de dénonciations, où sont les restes des enfants enterrés au pensionnat indien de Kamloops ? ».

Le porte-parole de Tk’emlúps te Secwépemc, Larry Read, a confirmé au [New York] Post cette semaine qu’aucun corps n’a encore été exhumé de l’école de Kamloops et qu’aucune date n’a été fixée pour commencer les fouilles. Il a ajouté que le rapport montrant les résultats du radar à pénétration de sol (GPR) n’a pas été publié par la communauté, mais qu’il pourrait l’être à l’avenir.

M. Rouillard, qui a été le premier à défendre ce qu’il a appelé l’absence totale de preuves de l’existence de fosses communes dans un essai publié en janvier, ne nie pas que de sévices auraient pu être commis dans les pensionnats.

Mais lui et d’autres personnes remettent en question le récit surchargé de l’école de Kamloops, selon lequel des enfants auraient été assassinés et enterrés dans ce qui, selon certains anciens élèves, était un verger de pommiers.

[…] Le 17 mai 2021, la communauté avait engagé Sarah Beaulieu, une jeune anthropologue de l’Université de la vallée du Fraser, pour scanner et étudier le site. Mme Beaulieu a scanné le site entre le 21 et le 23 mai et le groupe a annoncé ses découvertes choquantes le 27 mai.

Mme Beaulieu a déclaré que les capteurs à distance avaient détecté des « anomalies » et ce qu’on appelle des « reflets » qui indiquent que des restes d’enfants pourraient être enterrés sur le site. Mme Beaulieu n’a pas répondu aux courriels envoyés par le [New York] Post.

[…] Comme M. Rouillard, Tom Flanagan, professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Calgary, ne croit en rien à l’histoire.

« C’est le plus grand bobard de l’histoire canadienne », a déclaré Flanagan au Post. « Toute cette histoire de tombes non marquées et d’enfants disparus a déclenché une panique morale. Ils en sont venus à croire des choses pour lesquelles il n’y a aucune preuve et l’histoire a pris vie d’elle-même. »

Étrangement, Rouillard, Flanagan et leurs associés ont une sorte d’allié en la personne d’Eldon Yellowhorn, professeur et président fondateur du département d’études indigènes de l’Université de Fraser Valley — là même où travaille Sarah Beaulieu.

M. Yellowhorn, qui a grandi dans une ferme de la réserve indienne de Peigan et dont plusieurs membres de la famille ont fréquenté les pensionnats, est à la fois archéologue et anthropologue. Il fait partie de la nation Pied-Noir. Depuis 2009, il recherche et identifie les tombes des enfants autochtones ayant fréquenté les pensionnats du Canada, après avoir été engagé par la puissante Commission vérité et réconciliation du Canada.

Cependant, bon nombre des tombes qu’il a identifiées dans les pensionnats d’autres régions du pays proviennent de véritables cimetières et la façon dont ils sont morts n’est pas toujours claire.

Certains de ceux qui ont été trouvés avaient succombé à la maladie, a déclaré Yellowhorn, citant un cimetière où il est apparu que de nombreux enfants avaient péri de la grippe espagnole il y a un peu plus d’un siècle.

« Je peux comprendre pourquoi certaines personnes sont sceptiques quant au cas de Kamloops », a déclaré Yellowhorn au Post. « Tout cela est très nouveau. Il y a beaucoup de désinformation qui circule. Les gens parlent sous le coup de l’émotion ».

Pour Yellowhorn, les preuves réelles de la présence d’un charnier sur le site de Kamloops sont minces.

« Tout ce que le radar vous montre, c’est qu’il y a des anomalies ou des reflets », a-t-il dit. « La seule façon d’en être certain est de fouiller la terre et de vérifier ce qui se trouve en dessous. Nous ne sommes pas encore arrivés au point où nous pouvons le faire. C’est un travail énorme. »

Malgré son propre scepticisme, M. Yellowhorn affirme qu’il est tout à fait possible que si des fouilles sont un jour menées à Kamloops — de véritables restes humains soient découverts, un peu comme ce fut le cas en 2014 en Irlande après que le géoradar révéla des anomalies dans l’un des célèbres foyers pour mères et bébés du pays.

La professeure canadienne Frances Widdowson a déclaré que personne n’ose mettre en doute la parole des chefs autochtones au Canada de nos jours, ce qui rend difficile la vérification de leurs affirmations concernant les restes enterrés d’enfants.

Les gardiens du savoir, après tout, ne peuvent pas être remis en question, car cela serait perçu comme un « manque de respect » », a écrit Widdowson dans « The American Conservative » en février. Widdowson est un ancien professeur titulaire de l’université Mont-Royal à Calgary.

Widdowson a écrit que les propos « macabres » sur les enfants autochtones enterrés circulent depuis plus de 25 ans et sont « maintenant fermement ancrés dans la conscience canadienne ». Mais elle ajoute qu’il n’y a toujours pas de preuves tangibles.

Les professeurs canadiens contestent également les rapports selon lesquels au moins 150 000 enfants indigènes furent contraints de fréquenter les pensionnats, ce qui est aujourd’hui accepté comme parole d’évangile au Canada.

Flanagan et d’autres affirment que ce chiffre est au mieux trompeur, car un grand pourcentage de parents indiens ont volontairement opté pour les pensionnats, car c’était le seul moyen pour leurs enfants de recevoir une éducation.

Tomson Highway, Cri pur et dur, est un auteur-compositeur et pianiste canadien bien connu. Aujourd’hui âgé de 70 ans, il était le plus jeune d’une famille de 12 enfants qui vivaient dans une tente plantée sur un banc de neige sur une île d’un lac dans le nord-ouest du Manitoba. […]

 « J’y suis allé parce que mon père le voulait », dit Highway à propos de son père, un chasseur de caribous et champion de traîneau à chiens qui était analphabète. « Mon frère aîné était également analphabète. Il ne voulait pas que la même chose arrive à nous autres, les enfants. Alors nous y sommes allés. »

Highway a dit que l’école Guy Hill n’était pas parfaite et qu’il a été témoin et victime de certains sévices. Mais « je n’ai pas vu de morts étranges », a-t-il dit. « La plupart des Blancs qui étaient là étaient gentils. L’éducation que j’y ai reçue… m’a préparé à la vie. »

 

Source : New York Post


Billet originel du 26 mai 2022

Extrait et résumé d’un texte de Brian Giesbrecht, juge à la retraite de la Cour provinciale du Manitoba, de Nina Green, chercheuse indépendante, et Tom Flanagan, professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Calgary.