jeudi 29 mai 2025

Le 29 mai 1453, Constantinople tombe

Le 29 mai 1453, Constantinople tombe. La ville est prise par le sultan Mehmet II, dénommé dès lors le «conquérant» (Fathi). Constantin XI Paléologue meurt, les armes à la main, anonyme dans la masse des guerriers.

La chute de Constantinople marque la fin d’un empire qui, depuis la chute de Rome, avait maintenu l’Occident dans l’ère chrétienne : l’Empire byzantin. Cette ville , qui porte le nom de son bâtisseur Constantin, revêt une symbolique particulière.

Les Turcs du sultan Mehmet II sont parvenus à mettre Constantinople à sac par un déploiement colossal d’artillerie, de guerriers et de navires. Les récits des témoins oculaires de cette bataille sans précédent mettent en lumière la puissance de l'Empire ottoman, qui parvient à faire de la basilique Sainte-Sophie une mosquée stambouliote.


Perte majeure pour l’Occident chrétien, la prise de la ville résulte d’un long abandon, d’un délaissement des marges de l’empire, qui représentaient pourtant un point de contact central avec l’ennemi turc. La prise constitue l’apogée de la lutte entre l’Occident chrétien et l’Orient musulman.

L'auteur : Sylvain Gouguenheim, historien médiéviste, spécialiste de la Réforme grégorienne, est l'auteur de Constantinople 1453. La ville est tombée, Perrin, Paris, 2024, 372 p., 25 €, ISBN-13 : 978-2262101145

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mercredi 28 mai 2025

Les menaces américaines rapprochent le Groenland du Danemark

La peur de l'invasion mine le mouvement antidanois.

LES ESPIONS AMÉRICAINS disposent de formidables outils de collecte de renseignements. Chaque jour, ils peuvent être en train de siphonner les relevés téléphoniques de terroristes présumés ou de suivre les troupes russes en Ukraine.

Aujourd'hui, cependant, les espions peuvent être amenés à espionner une cible beaucoup plus proche de chez eux : le Groenland. Selon un récent rapport du Wall Street Journal, l'administration Trump a demandé à ses agences de renseignement, notamment la CIA et la National Security Agency, d'intensifier la surveillance du mouvement indépendantiste du Groenland et d'identifier les habitants favorables aux projets américains sur l'île arctique.

Il s'agit du dernier rebondissement en date dans la volonté affichée du président Donald Trump d'acheter ou de conquérir ce territoire autonome de 56 000 habitants, qui fait partie du royaume du Danemark. Une visite en mars du vice-président, J.D. Vance, au cours de laquelle il a affirmé que le Danemark n'avait « pas fait du bon travail pour les habitants du Groenland », avait déjà fait monter la pression.

Mais les allégations d'espionnage ont suscité l'indignation générale des Groenlandais et des Danois. « L'espionnage à l'encontre d'un allié et d'un partenaire est totalement inacceptable », a déclaré Jens-Frederik Nielsen, premier ministre du Groenland. Le gouvernement danois a rapidement convoqué l'ambassadeur des États-Unis pour lui faire passer un savon. Les législateurs envisagent de fermer le consulat américain à Nuuk, la capitale.

L'intérêt initial de M. Trump pour le Groenland, et la frénésie médiatique qui s'en est suivie, ont contribué à raviver le débat sur l'indépendance du Groenland. Mais ses prédations continues semblent désormais avoir l'effet inverse : Le Groenland et le Danemark se rapprochent.

Les élections au parlement groenlandais, qui compte 31 membres, ont permis aux Démocrates de l'opposition de remporter une majorité écrasante, eux qui sont favorables à des liens plus étroits avec le Danemark et à une évolution plus lente vers l'indépendance. La nouvelle coalition au pouvoir a déclaré qu'elle ferait preuve de prudence en ce qui concerne l'indépendance (c'est-à-dire qu'elle n'est pas près d'y parvenir).

Les relations entre le Groenland et le Danemark se réchauffent sensiblement. Lors d'une visite à Copenhague fin avril, M. Nielsen a convenu avec Mette Frederiksen, premier ministre danois, de faire front commun face aux menaces américaines « irrespectueuses ». M. Nielsen s'est envolé pour le Groenland en compagnie du roi du Danemark, Frederik X, pour une visite qui se voulait solidaire. Vêtu d'un manteau chaud orné des drapeaux danois et groenlandais, le roi a rencontré des centaines d'habitants autour d'un café au centre culturel de Nuuk.

Le gouvernement danois a accepté d'augmenter ses maigres dépenses pour la défense de l'Arctique. Pipaluk Lynge, président de la commission des affaires étrangères du parlement groenlandais, s'est félicité de la coopération avec le Danemark pour contrer les menaces américaines. «Nous ne pouvons pas nous en sortir sans eux.»

Les partisans de l'indépendance sentent une perte de vitesse. Kuno Fencker, un député au tempérament de feu, déplore la baisse de l'enthousiasme. « Les Groenlandais ont désormais très peur d'une invasion américaine », soupire-t-il, accusant la presse danoise et internationale d'attiser la paranoïa. La politique de l'île, habituellement sereine, est également devenue plus venimeuse. M. Fencker, qui s'est rendu à l'investiture de M. Trump en janvier, a porté plainte pour diffamation contre Aaja Chemnitz, une compatriote groenlandaise siégeant au parlement danois, après qu'elle a qualifié sa virée à Washington de menace pour l'intérêt national.

Pour l'instant, les menaces répétées de M. Trump ont masqué les frustrations de certains Groenlandais face à l'héritage de la domination coloniale danoise. Mais les vieilles blessures sont profondes.

L'une des questions névralgiques reste celle des 4 500 filles et femmes inuites auxquelles des médecins danois ont posé de force des stérilets contraceptifs dans les années 1960 et 1970. De nombreux Groenlandais affirment qu'il s'agit d'une forme de génocide. Le gouvernement danois n'a pas encore présenté d'excuses officielles. Les résultats d'une enquête conjointe sont attendus en septembre, ce qui pourrait entraîner une nouvelle vague de soutien à l'indépendance. « Nous avons perdu une bataille », concède M. Fencker. « Mais la guerre n'est pas terminée ».

Source: The Economist



Le « patriarcat blanc » à la belle époque

Tiré de Qu'elle était verte ma vallée (1941), cette vignette avec un chant gallois et les hommes qui se sont échinés dans la mine qui remettent leurs gages à la matriarche qui les attend à l'entrée de la maison.



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mardi 27 mai 2025

Québec — taux de chômage des immigrants récents (moins de 10 ans) est plus du double de celui des Québécois d'origine

 
Selon un rapport de l'Institut du Québec d'octobre 2024: 
L'afflux important d'immigrants temporaires a conduit à une expansion rapide de la population active, qui a surpassé le rythme de création d'emplois. Ce sont les immigrants eux-mêmes, tant permanents que temporaires, qui en ont payé le prix. Ainsi, au Québec, le taux de chômage des personnes natives du Canada a très peu augmenté au cours de la dernière année pour atteindre un très faible 4,6 %, tandis que celui des immigrants permanents récents (11 %) et temporaires (12,5 %) s’est considérablement accru.

lundi 26 mai 2025

PIB par habitant : l’Italie rattrape la France, mais les fondamentaux démographiques transalpins demeurent négatifs

Georgia Meloni,
Présidente du Conseil des ministres d'Italie

Les derniers chiffres de la Commission européenne révèlent que Rome rejoint ses voisins européens, en termes de richesse par habitant. Malgré cette bonne performance, le pays connaît une crise démographique et une productivité amorphe.

Nouvelle victoire pour la droite italienne? Le PIB par habitant des Italiens, à parité de pouvoir d’achat, est désormais identique à celui des Français. C’est le constat de la Commission européenne dans ses dernières prévisions de printemps, qui prennent en considération la période 2020-2025, relèvent Les Échos.

En 2025, l'Italie fait enfin jeu égal avec la France en termes de PIB par habitant, effaçant un écart qui s'établissait encore en sa défaveur de 10,1 % en 2020. La péninsule divise presque par deux la distance qui la sépare de l'Allemagne, avec un écart qui passe de 24,3 % à 13,9 % au cours des cinq dernières années. Elle se rapproche enfin de la moyenne de la zone euro, dont elle n'est désormais séparée que de 5,9 % au lieu des 10,7 % de 2020.

Cette nouvelle information reflète le formidable rebond de l’économie transalpine depuis la pandémie de Covid-19. Par rapport à son niveau de 2019, le PIB italien a progressé dès 2022 de 3,9 %, contre seulement 1,5 % en France et 0,8 % en Allemagne. Mais il y a d’autres raisons à cette renaissance italienne : le pays a largement bénéficié du plan de relance européen.

Des chiffres en trompe-l’œil

« Ce sont des chiffres en trompe-l’œil, relativise l'économiste Jacopo Sala. L'Italie profite d'une situation conjoncturelle, mais ses graves difficultés structurelles demeurent. Ces bons résultats du PIB par habitant reposent essentiellement sur les bonnes performances de son marché du travail, conjuguées à son hiver démographique. »

Selon les derniers chiffres du patronat, 847.0000 emplois ont été créés depuis 2022, dont 672.000 CDI et 175.000 autoentrepreneurs. Un record historique qui s'ajoute à celui du taux d'emploi au plus haut, à 62,3 % de la population active.

Cette dernière ne cesse pourtant de se contracter, en raison du vieillissement accéléré des Italiens dont le nombre ne cesse de diminuer. Entre 2020 et 2025, le pays a perdu 707.000 habitants, le faisant passer sous le seuil symbolique des 60 millions.

« Ce n'est pas tant que les Italiens produisent plus, c'est surtout qu'ils sont moins nombreux à se partager la richesse produite », estime Jacopo Sala, rappelant les piètres performances transalpines depuis le début du siècle. Selon l'Istat, entre 2000 et 2019, le taux de croissance moyen a été de 0,38 % et n'a dépassé les 1 % qu'en 2015 et 2016.

Une productivité amorphe

Si l'on considère le poids global de l'économie italienne dans la zone euro, il est passé de 18,9 % en 2000 à 15,7 % attendu cette année. Alors que le moteur de la croissance tournait au ralenti, celui de la productivité tombait en panne. En 2000, le travailleur italien moyen générait un PIB supérieur de 18,2 % à celui de son collègue dans la zone euro, en moyenne. Un niveau qui s'est effondré, à -1,1 % en 2020.

Si la productivité d'un Italien dépassait celle d'un Français en 2000, elle était inférieure de 9 % en 2020 et de 2,1 % cette année. La légère amélioration de ces dernières années n'enrayera pas le déclin de la production industrielle, qui a reculé de 20 % depuis 2000. Sur la même période, la productivité horaire a progressé d'à peine 1,3 % en Italie tandis qu'elle bondissait de 15 % en France et de 20 % en Allemagne et en Espagne.

« Cela s'explique par les secteurs sur lesquels repose traditionnellement la croissance italienne, ajoute Jacopo Sala. L'hôtellerie, la restauration, le tourisme, le commerce au détail… demandent un important capital humain mais sont peu innovants. La Banque d'Italie pointe également la responsabilité des entreprises qui ont négligé les investissements en recherche et innovation, surtout après le Covid et la guerre en Ukraine. Elles ont préféré embaucher des travailleurs peu qualifiés à qui elles versent les salaires parmi les plus bas d'Europe. »

Les pays du Sud sur le devant de la scène

Si la richesse par habitant a augmenté en Italie, c’est également parce que la natalité est de plus en plus faible. Le nombre d’habitants, qui est tombé sous le seuil symbolique des 60 millions, a fondu de plus de 700 000 personnes sur les cinq dernières années. Par conséquent, les parts de PIB pour chaque habitant sont plus élevées.

Ces nouveaux chiffres italiens contrastent tout de même avec ceux de ses voisins européens du Nord. L’Allemagne tâtonne pour sortir durablement de deux années de récession et la France fait du surplace, avec des croissances proches de 0, tout en voyant ses déficits se creuser. Les pays du Sud, de leur côté, reviennent sur le devant de la scène. Des pays comme l’Italie, mais aussi l’Espagne, ont aujourd’hui des économies plus dynamiques que les deux mastodontes européens.

L'Afrique du Sud s'apprête à assouplir la discrimination anti-blanche pour attirer Starlink d'Elon Musk

Le gouvernement sud-africain de l'ANC a fait un pas important vers la modification de ses lois discriminatoires BEE strictes dans le secteur des télécommunications.

Le projet de loi intervient quelques jours après la rencontre entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son homologue américain. (Voir ici : Échange tendu entre le président sud-africain et donal Trump devant la presse internationale)

Le gouvernement sud-africain a fait un pas important vers la modification de ses lois strictes sur le Black Economic Empowerment (BEE) dans le secteur des télécommunications, introduisant un changement de politique qui pourrait ouvrir la voie au service Internet par satellite d'Elon Musk, Starlink, pour lancer des opérations dans le pays.

Cette décision fait suite à des discussions tendues entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le président américain Donald Trump visant à réparer les relations diplomatiques et économiques qui s'effritent.

Blancs défavorisés

Actuellement, les opérateurs de télécommunications en Afrique du Sud sont tenus de céder 30 % de leurs parts à des groupes dit historiquement défavorisés - une réglementation conçue pour remédier à l'héritage de l'apartheid (quand l'Afrique du Sud puissance économique de l'Afrique) et favoriser des groupes d'investisseurs noirs.

M. Musk, qui est né en Afrique du Sud, a vivement critiqué ces politiques discriminatoires, qu'il a qualifiée d'« ouvertement raciste » et qu'il accuse d'être à l'origine du retard de l'absence de Starlink en Afrique du Sud alors que ses voisins y ont accès (voir la carte ci-dessus, le bleu clair représente les zones couvertes par Starlink).


Vendredi, le ministre des communications et des technologies numériques, Solly Malatsi, a dévoilé un projet de directive qui propose d'autoriser un programme d'équivalence en actions au lieu de transferts directs de propriété.

Selon ce modèle, les entreprises pourraient remplir leurs obligations en matière de prise de contrôle par des noirs en investissant dans des fournisseurs locaux, en créant des emplois ou en finançant des petites entreprises détenues par des Noirs.


« La politique vise à fournir la certitude politique nécessaire pour attirer les investissements dans le secteur des TIC », a déclaré le ministère dans un communiqué, ajoutant que le changement bénéficierait aux diffuseurs, aux fournisseurs d'accès à Internet et aux opérateurs de réseaux.

Le projet de règlement est maintenant ouvert à la consultation publique pendant 30 jours avant d'être finalisé.

Précédent d'équivalence d'actions

L'Afrique du Sud a déjà autorisé des modèles d'équivalence d'actions pour des géants mondiaux de la technologie tels que Microsoft, Hewlett Packard et Samsung Electronics.

Une exception similaire a été accordée à l'industrie automobile en 2019, afin d'encourager les investissements tout en respectant les objectifs de discrimination pro-noire.

Le changement de politique est largement considéré comme faisant partie d'un effort plus large de l'administration Ramaphosa pour stimuler les investissements étrangers et stabiliser les relations commerciales avec les États-Unis, qui se sont fortement détériorées sous Trump.

Le président américain a réduit l'aide, expulsé l'ambassadeur sud-africain et menacé de nouveaux tarifs douaniers.

Les deux gouvernements ont publié une déclaration commune après leur réunion à Washington, s'engageant à renforcer les échanges commerciaux, à augmenter les investissements bilatéraux et à coopérer en matière d'échanges technologiques.

Bien que la question de Starlink ait été abordée, les responsables ont précisé que le changement de politique proposé devait bénéficier à l'ensemble du secteur des télécommunications.

Dans le même ordre d'idées, le Lesotho a accordé une licence d'exploitation à Starlink quelques heures après avoir nié que cette décision était liée à des concessions commerciales américaines.

S'il est mis en œuvre, le projet de politique pourrait donner lieu à une nouvelle vague d'investissements dans les infrastructures technologiques en Afrique du Sud, en particulier dans les zones rurales, où l'accès à l'internet reste rare.

Selon une étude gouvernementale réalisée en 2023, seuls 1,7 % des ménages ruraux du pays disposent d'un accès fiable à l'internet.

Voir aussi
 
 
Trump déclare qu'il supprime tout financement à l'Afrique du Sud en raison de la discrimination anti-blanche (extraits de la loi sur l'Éducation de base et sur l'expropriation sans compensation).
 
 

Vivre-ensemble : chef du 3e parti (13 %) en Afrique du Sud chante « Tirez pour tuer, Tuez le Boer, tuez le fermier » devant stade comble

Une semaine à Orania, cette petite ville qui refuse le multiculturalisme sud-africain

 
 

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l’« unité » ?

Afrique du Sud — volonté de spolier les terres et d’angliciser les écoles malgré la constitution

Le père d'Elon Musk, Errol Musk, a été attaqué sur sa ferme alors qu'il s'y trouvait avec sa fille de six ans. Il a repoussé l'attaque et tué trois des assaillants noirs (ci-dessus au début de la vidéo, en anglais).

Pays de naissance des « réfugiés » arrivés au Québec en 2024


 

Le montant versé en aide financière de dernier recours à des demandeurs d'asile a atteint un sommet au Québec en 2024, soit 507,7 millions de dollars, en hausse de 37 % comparativement à la somme de 369,4 millions versée en 2023. Il était de 161,4 millions en 2022. Ce montant ne comprend pas par exemple les frais liés à la scolarisation des enfants de ces réfugiés. (Source)

dimanche 25 mai 2025

L'acteur militant Mathieu Kassovitz : « Il y a des Français de souche, cela s'appelle des fins de race ».

Dans les écoles publiques québécoises, 1 enseignant sur 10 ne détient pas de brevet d'enseignement

Le nombre d'enseignants non légalement qualifiés a franchi un nouveau sommet: on en recense désormais au moins 10 400, ce qui représente 1 enseignant sur 10 dans les écoles publiques québécoises.


Dans certaines régions, cette proportion est d’ailleurs beaucoup plus élevée. Elle atteint même 61% dans une école primaire de Lanaudière.

Ces données provinciales obtenues par Le Journal de Québec proviennent d’une collecte de renseignements réalisée par le ministère de l’Éducation en mars à laquelle ont participé 92% des centres de service scolaires.

Les enseognants non légalement qualifiés (NLQ), qui ont obtenu un contrat en vertu d’une «tolérance d’engagement», représentent désormais 9,9% du personnel enseignant, une proportion qui ne cesse d’augmenter, puisqu’elle était de 8,9% il y a un an.

Ce portrait n’est d’ailleurs que la pointe de l’iceberg, puisqu’il exclut les aspirants profs inscrits aux formations courtes de deuxième cycle en éducation (plus de 1000 l’an dernier) et les suppléants à la journée.

Il s’agit d’une tendance qui n’est pas près de s’essouffler, souligne la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement.

«On le sait, avec le nombre de retraites qui est prévu et le nombre d’élèves qui augmente, ça ne peut qu’augmenter encore l’an prochain. Je ne sais pas où ça va s’arrêter», laisse tomber son président, Nicolas Prévost.

Ces recrues viennent prêter main-forte à un réseau scolaire, qui ne peut se passer d’eux dans un contexte de pénurie causée par l'arrivée massive d'enfants d'immigrants et de candidats réfugiés, si bien que des employeurs les courtisent ouvertement.

Les centres de service de Montréal et des Patriotes, en Montérégie, sont actuellement à la recherche d’enseignants NLQ d’ici la fin de l’année scolaire ou pour la rentrée, peut-on lire sur des offres d’emploi disponibles en ligne.

Des profs quittent le navire

Ces profs sans brevet représentent toutefois une charge de travail supplémentaire pour le personnel en place.

Le taux de roulement élevé ajoute à la lourdeur de la tâche, puisque les profs NLQ sont aussi nombreux à abandonner le navire en cours d’année, soulignent les directions d’école.

Certains y renoncent de gré ou de force, comme Emilie Lacas, qui est en arrêt de travail pour épuisement professionnel depuis le début du mois d’avril.

Cette vétérane, qui cumule huit années d’enseignement sans brevet dans des écoles secondaires de Lanaudière, a dû rendre les armes en raison de groupes particulièrement difficiles.

«D’une année à l’autre, tu flippes un 25 cents et tu ne sais pas sur quoi tu vas tomber», affirme celle qui enseignait le français.

Mme Lacas déplore que les NLQ se retrouvent souvent avec les groupes les plus difficiles et les tâches plus complexes «dont personne ne veut» alors qu’ils sont les moins expérimentés.

Cette année, elle devait enseigner le français à deux niveaux, ce qui implique deux fois plus de planification.

«On a une plus grosse charge de travail que le prof à côté qui enseigne la même chose depuis 20 ans», déplore celle qui détient un baccalauréat en sexologie et un certificat de niveau universitaire en administration.

«Je ne sais pas encore si je vais revenir l’an prochain», dit-elle.

Au cabinet du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, on rappelle que le nombre d’élèves dans le réseau scolaire ne cesse d’augmenter. «On a donc plus de postes à combler année après année», indique son attaché de presse, Antoine de la Durantaye.

Plusieurs universités offrent désormais des programmes courts de 30 crédits, pour former plus rapidement les enseignants sans brevet, «mais force est de constater qu’on doit en faire plus», ajoute-t-il, tout en précisant que le cabinet «travaille sur différentes avenues en ce moment».

Les hausses salariales et les aides à la classe, consenties dans la dernière négociation avec les enseignants, contribuent par ailleurs à rendre la profession plus attrayante, ajoute-t-il.

Après les dernières négociations salariales, un enseignant à l'échelon 8 verra son salaire passer de 62 820 $ annuellement à 79 292 $ en avril 2027, ce qui représente une augmentation de 23,8 % sur cinq ans (jusqu'à 26,2 % en considérant l'effet composé). À l'échelon 12, le salaire passera de 74 199 $ à 91 261 $ par année, soit une augmentation de 21,1 % sur cinq ans (jusqu'à 23 % en tenant compte de l'effet composé). Ceux qui sont au sommet de l'échelle salariale, à l'échelon 16, verront leur salaire passer de 92 027 $ à 109 151 $ à la fin de la convention collective. Le salaire moyen au Québec en 2025, selon les données les plus récentes de Statistique Canada, s'élève à environ 64 351 $ par année (ou 1 237,52 $ par semaine), basé sur les chiffres de janvier 2025, avec une augmentation de 5,4 % par rapport à janvier 2024.

Enseignants non légalement qualifiés dans les écoles québécoises

Mars 2025: 10 400 (9,9%)

Octobre 2024: 9184 (9,1%)

Février 2024: 7949 (8,9%)

2022-2023: 6484 (7,3%)

2021-2022: 4783 (6,1%)

Les données des années scolaires 2021-2022 et 2022-2023 représentent le nombre de tolérances d’engagement octroyées par le ministère de l’Éducation pendant une année complète. Les statistiques à partir de février 2024 représentent plutôt le nombre d’enseignants embauchés en vertu d’une tolérance d’engagement à ce moment précis de l’année. La proportion a été calculée à partir du nombre total de postes d’enseignants dans les écoles publiques québécoises provenant du Tableau de bord du ministère de l’Éducation.

Source: ministère de l’Éducation du Québec, Journal de Québec

Éducation : le succès du cours Clovis, une école d’excellence dans la France rurale

En 2027, il faudra se donner les moyens de reproduire à l’échelle nationale de la France le succès du cours Clovis, une école d’exception à La Fère, dans la France périphérique.

Les jeunes ruraux pauvres se projettent deux fois moins dans les études supérieures

La Fère est emblématique de la France dite périphérique. Hier couverte de gloire et enjeu de batailles décisives, La Fère, ville natale du père d’Henri IV, choyée par Mazarin et Anne d’Autriche, ancien siège de l’école royale d’artillerie, semblait vouée à la disparition. 2 800 habitants, 30 % de chômeurs, des commerces qui ferment les uns après les autres. Plus d’avenir pour les adultes, pas de perspective pour les jeunes… jusqu’à ce qu’en 2017 un petit groupe de trentenaires, décidé à renverser le cours d’un destin trop triste, installe quatre Algecos sur le stationnement d’une enseigne commerciale de maxi-discompte désaffectée, et lance un appel : « Élèves décrocheurs de la région, venez apprendre et grandir avec nous ! » Le cours Clovis – nous sommes à 40 kilomètres de Soissons – était né. Huit ans plus tard, les résultats de sa pédagogie tiennent du miracle.

Dans cette région qui cumule les records (pauvreté, chômage, alcoolisme), les élèves du cours Clovis entrent en CP avec un niveau inférieur à celui des réseaux d’éducation prioritaire renforcés (les élèves en plus grande difficulté)... pour entrer en 6e avec un niveau supérieur à la moyenne nationale. Le succès ne s’arrête pas là : depuis trois ans, les élèves de 3e obtiennent des résultats semblables aux 10 % des élèves les plus favorisés de France, alors qu’ils font partie des 10 % les plus défavorisés.

Et pourtant, le coût annuel par élève du cours Clovis, qui est hors contrat et donc non subventionné par l'État, est significativement inférieur au coût moyen d’un élève de l’Éducation nationale : 6 500 euros par an contre 7 900 euros (primaire). D’où vient le miracle et peut-on le reproduire à l’échelle nationale en 2027 ?

Il y a ce qui se donne à voir dans cette école d’exception : l’uniforme pour masquer les disparités de revenus et de conditions, et libérer parents et enfants de la tyrannie dispendieuse des marques ; le vouvoiement des professeurs par leurs élèves et réciproquement ; les professeurs qui jouent au foot et au basket avec leurs élèves pendant la récréation à même le stationnement de voitures.

La discipline, bien sûr, mais d’où vient cette joie sereine sur les visages des enfants ; cette absence de tensions et de violences ; ce je-ne-sais-quoi où se mélangent le respect, la fierté d’en être ? Le directeur d’Excellence Ruralités, Jean-Baptiste Nouailhac, a la réponse. « Il n’y a pas de miracle, mais un projet fondamental : nous mettons des personnes (les professeurs) devant d’autres personnes (les élèves) ; nous ne broyons pas l’humain dans une procédure ou une bureaucratie. Des petits effectifs permettent un suivi personnalisé de chaque élève. Le projet éducatif ici, ce n’est pas de faire rentrer les élèves dans des cases idéologiques, quelles qu’elles soient ; c’est de faire en sorte que l’élève puisse voler de ses propres ailes. Nous éduquons à la liberté et à la maîtrise de soi, dans une époque où il est de plus en plus difficile de résister aux intrusions et aux tentations et prescriptions des petits écrans. » Et pour enfoncer le clou, et le compas, Pythagore vient à la rescousse : « Nul n’est libre s’il n’est maître de lui-même. » CQFD.


Révolution culturelle

Comment réussir le déploiement à l’échelle nationale, au-delà du cours Clovis et de deux nouvelles écoles lancées en Charente et dans le Morvan ? Cela passe d’abord par une forme de révolution culturelle à l’Éducation nationale. Remettre la personne au centre, c’est troquer une approche massifiée par une approche granulaire, de personne à personne. Les outils numériques le permettent. Pierre d’angle du succès d’une école comme de toute entreprise humaine : son chef. Un chef d’établissement, en effet, doit avoir les moyens juridiques et financiers de son autorité; pouvoir recruter l’équipe d’enseignants qu’il souhaite, au prix qu’il aura décidé – dans le cadre d’un budget global, et en privilégiant la personnalité, la motivation, son adhésion au projet éducatif, plutôt que des enseignants choisis par le syndicat et au titre de l’ancienneté.

Comment financer cette révolution culturelle – où le principe du doublement des salaires des enseignants doit être acté, afin de rémunérer les enseignants français dignement – et au niveau de leurs homologues allemands ?

Neuf des 10 départements les plus touchés par les retards de lecture sont ruraux

Les marges de manœuvre sont toutes trouvées dans les pantagruéliques effectifs administratifs de l’Éducation nationale, tant à Paris que dans chaque établissement. 600 000 agents « encadrent » 10 millions d’élèves dans l’Éducation nationale, soit 1,5 fois plus que dans l’enseignement catholique. À l’instar de l’hôpital et d’autres services publics essentiels, le mal est là, et croissant (48 % d’effectifs non enseignants en hausse depuis 2015, source Ifrap) : dans la bureaucratisation à outrance. La solution est toute trouvée : aucun départ à la retraite ne sera remplacé chez les non-enseignants pendant le prochain quinquennat ; gel total des embauches pour ce corps déjà obèse. Priorité absolue donnée à la « ligne de front » – les enseignants, et à l’initiative des chefs d’établissement. Ce sont eux qui savent faire, au plus près des élèves ; pas des bureaucrates syndiqués à Paris, récitant souvent un mauvais catéchisme idéologique.

Une idée du cours Clovis, dont la stratégie est d’aider les élèves de leur région à pleinement se réapproprier leur territoire, son histoire et sa marque glorieuses, nous identifions le triptyque gagnant pour l’Éducation nationale en 2027. Plus un euro pour l’administratif, tout pour les enseignants ; dévolution maximale des pouvoirs au chef d’établissement et que les meilleures écoles gagnent ; et remettre la personne de l’élève, son histoire et son territoire, au cœur du nouveau contrat éducatif français. Si nous y arrivons en 2027, les enseignants-mousquetaires de La Fère n’auront pas démérité de leurs ancêtres dumasiens.


Source : JDD