jeudi 17 novembre 2011

Essai historique sur l'utopie pédagogiste

On déplore aujourd'hui en France et dans bien d'autres pays la faillite de l'éducation officielle. 

Jean de Viguerie, dans cet essai, éclaire parents et professeurs sur les origines du désastre. Les principaux responsables sont les pédagogues.

Les innombrables réformes de l'enseignement, accomplies par les pouvoirs publics depuis un demi-siècle, ne représentent que la cause immédiate.

Les pédagogues contemporains bien connus, Freinet, Ferrière, Piaget, Meirieu, se réfèrent toujours à ceux des siècles passés, comme Érasme, Comenius et Jean-Jacques Rousseau. Le système utopiste, mis au point au cours du temps, est devenu aujourd'hui doctrine d'État et réglemente l'enseignement dans une grande partie du monde. On doit en démasquer le mensonge.

L'utopie pédagogique annonce la « réussite de tous » mais, en même temps, elle proscrit les véritables moyens d'apprendre et dévalue le savoir. Elle se targue de placer l'enfant au cœur du système scolaire — l'enfant « sujet » et non « objet » — mais en même temps elle lui refuse l'intelligence innée, la mémoire et l'appétit de savoir. Elle s'empare de lui, le façonne et le manipule. Toute la faillite vient de là. Libérons l'enfant de sa tutelle oppressive en en dénonçant l'utopie.

Table des matières
Introduction
1. Érasme
2. Coménius
3. Les pessimistes
4. Locke
5. Jean-Jacques Rousseau
6. Condorcet
7. Victor Considérant, disciple de Charles Fourier
8. Les pédagogues de l'« éducation nouvelle »
9. Philippe Meirieu
Conclusion
Bibliographie

Les pédagogues
Essai sur l'utopie pédagogique
par Jean de Viguerie
paru aux édition du Cerf
Paris, octobre 2011
160 pages

L'auteur

Jean de Viguerie est professeur émérite des universités françaises. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Ancien Régime et la période révolutionnaire.





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France — « Personne ne doute que vos enfants soient heureux et instruits »... Et pourtant parents traînés en justice par l'État

Sylvie et Régis Martin-Rodriguez avec leur avocat, Cédric Plantavin. Photo PQR/Laurent THEVENOT
Sylvie et Régis Martin-Rodriguez
avec leur avocat, Cédric Plantavin.
« Nous avons peur de servir d’exemple ». En décidant d’instruire leurs enfants à la maison, comme la loi les autorise, Sylvie et Régis Martin-Rodriguez ne s’attendaient certainement pas à se retrouver un jour devant un tribunal. C’est pourtant ce qui leur arrivera cet après-midi à Bourg-en-Bresse, où ils vont comparaître en correctionnel.

Ce couple éduque lui-même ses deux enfants, Tom, 11 ans et Lilou, 8 ans. Deux enfants particulièrement intelligents et éveillés, tout le monde vous le dira. « Même l’inspecteur l’a écrit, rappelle Sylvie Martin-Rodriguez. Dans l’un des courriers, il a dit “Personne ne doute que vos enfants soient heureux et instruits”... Alors pourquoi est-on là ? »

La question mérite d’être posée puisque ce qui est obligatoire en France, c’est l’instruction, pas l’école. Simplement, la contrepartrie à cette liberté consiste en des contrôles de plus en plus tatillons de l’Éducation Nationale, via l’Inspection d’académie, afin de vérifier que les enfants ne sont pas, par exemple, embrigadés dans des sectes. (Il existe bien d'autres embrigadement idéologiques que les sectes religieuses.) La volonté est légitime, le traitement de ce genre d’affaires par l’administration plus contestable.

Passible de 6 mois fermes et 10 000 $ d’amende

Pour la famille Martin-Rodriguez, c’est en 2009 que les problèmes vont démarrer. Le 16 juin, un inspecteur passe dans la vallée de la Valserine pour contrôler les enfants. « Il a souhaité tester directement les connaissances de nos enfants, ce qu’il n’a pas le droit de faire » explique Sylvie, qui ne s’oppose pas au contrôle lui-même des méthodes d’instruction, mais aux modalités de ce contrôle qu’elle estime contraires à la loi.

Voilà ce que l’avocat de la famille allait plaider tout comme les modalités puisque Sylvie Martin-Rodriguez explique « qu’elle n’a jamais reçu la mise en demeure » pourtant obligatoire avant cette citation au Procureur de la République. Reste qu’ils sont inquiets puisqu’ils encourent jusqu’à 6 mois de prison ferme et 10 000 dollars d’amende.

Menace de l'État de retirer les enfants 

« Nous vivons un cauchemar jour après jour. Ce qu’il semble y avoir derrière, c’est aussi la menace de nous retirer nos enfants » poursuit encore Sylvie Martin-Rodriguez.

Ce douloureux cas individuel est même en passe de devenir le symbole de beaucoup de parents pour une éducation en dehors du cadre de l’Éducation nationale.

Coup de théâtre, le procureur veut étudier le dossier

Dès le début de l'audience au tribunal, l’étude du « dossier » des parents Rodriguez prit un tour assez inattendu, avec le renvoi de l’affaire par le tribunal au 22 mai prochain.

le procureur Guérin s’était expliqué : « J’ai reçu un peu tard les conclusions de leur avocat. Son dossier est très sérieux, très charpenté, il y a de très bons arguments et il soulève plusieurs problèmes juridiques. Le dossier mérite une étude suivie… »

Pris de cours, les époux Martin-Rodriguez entourés d’un petit comité de soutien descendu du Pays de Gex, ont mis un peu de temps à savoir si la chose était positive ou non. Avant d’être rassurés par leur défenseur.

Lionel Tarlet, l’inspecteur d’académie n’aura pas dit grand-chose sur ce report. La procédure judiciaire est le fait de son prédécesseur, mais il l’assume. « Il y a un décret du 5 mars 2009 que nous devons faire appliquer… »

Pour le quidam, ce décret ne dit pas grand-chose. Mais pour l’avocat des parents, cette petite phrase a un sens, qui va en leur faveur. « Je considère que c’est bon signe » expliquait Me Plantavin qui traite par ailleurs sept affaires du même genre dans l’Hexagone. « C’est la première fois que l’Éducation nationale française évoque ce décret. Jusqu’alors, elle se basait sur un texte de 1999. Ce décret de 2009, c’est justement là dessus que nous bâtissons nos conclusions. »

Bref, les parents Martin-Rodriguez vont donc pouvoir continuer d’enseigner à Tom et Lilou quasiment jusqu’à la fin de l’année scolaire officielle. Sans être « embêtés » par une convocation au tribunal, entre des trafiquants de drogue ou des escrocs.

Et sans anticiper sur le devenir de l’affaire, on se dit que si le tribunal prend encore six mois avant de se décider, c’est aussi qu’il considère qu’il n’y a pas urgence ou mise en péril grave pour l’éducation des deux enfants.




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mercredi 16 novembre 2011

Euthanasie — comité d'experts de la SRC partial ? Outil politique pour justifier un choix préétabli sur un sujet sensible ?

Radio-Canada a fait grand cas d'un rapport d'un comité de la Société royale du Canada (SRC) qui recommande au gouvernement fédéral de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté. L'article en ligne sur le site de Radio-Canada et le sujet au téléjournal de 22 heures de ce mardi 15 novembre se contentaient de reproduire les propos de ces experts, sans interroger les opposants à ce rapport controversé. Nous pensons qu'il est bon qu'on entende ces autres voix.

Parmi les opposants, La Euthanasia Prevention Coalition du Canada (EPCC). Celle-ci a déclaré mardi que le comité de six experts qui a rédigé le rapport de la Société royale du Canada était « partial ».

« Je dénonce depuis deux ans la composition de comité partial, dès le début j'ai été très inquiet », a déclaré le président de la EPCC, M. Schadenberg, ajoutant qu'un comité d'experts représentant les deux côtés de la question aurait été plus utile, même si son travail avait débouché sur deux rapports distincts.

M. Schadenberg a déclaré qu'il n'était pas surpris que le groupe d'experts ait choisi de ne pas retenir un certain nombre d'études, dont une publiée l'an dernier qui révélait que 32 % des euthanasies en Flandre (Belgique) avaient été effectués par des médecins sans demande explicite ou même le consentement des patients.


L'éthicienne Margaret Somerville interrogée sur ce rapport (en anglais)

Selon M. Schadenberg, il faudrait davantage mettre l'accent sur le besoin d'améliorer les soins palliatifs pour tous les Canadiens afin qu'ils prennent une décision éclairée en fin de vie.

L'éminent bioéthicien américain Wesley J. Smith se rallie à ce constat et déclare que, pour ce que qui est du comité de la SRC, « les dés étaient pipés en faveur de l'euthanasie  au Canada ».

Dans un communiqué de presse émis en octobre, la SRC avait prétendu que le rapport serait « équilibré, exhaustif, indépendant, libre de tout conflit d'intérêts et fondé sur une connaissance approfondie de la recherche publiée se rapportant aux questions qui ont été posées. »

Smith a souligné que la « partialité [du rapport] n'est même pas subtile. »

« Les "commissions d'experts" qui conseillent sur des questions de politiques publiques sensibles sont généralement des outils politiques conçus pour arriver à une conclusion prédéterminée afin de préparer la mise en œuvre d'un changement politique souhaité », a-t-il ajouté.

Le professeur de philosophie de l'Université Queen's, Udo Schuklenk, qui a présidé le comité, est un philosophe pro-euthanasie notoire.

Dans un essai où il expliquait pourquoi il était athée, Schuklenk a soutenu que les religions « gênent » « la prise de décision de notre fin de vie » , car les religions « rejettent toutes les demandes de nombreux mourants de mettre fin à leur vie dans la dignité ».

Smith a critiqué la décision de la Société royale canadienne de choisir Schuklenk comme président alors qu'il est de notoriété publique que Schuklenk avait des convictions claires en faveur du suicide assisté. Pour le professeur Smith, la sélection de Schuklenk indiquait d'emblée les conclusions attendues de ce comité.

Le comité comprenait également Sheila McLean, qui a plaidé en faveur de la légalisation du suicide assisté dans son livre "The Case for Assisted Suicide", Jocelyn Downie, auteur de "Dying Justice", un livre exhortant la dépénalisation de l'euthanasie et le suicide assisté, et Johannes J.M. van Delden, un chercheur néerlandais sur l'euthanasie.

Me Pierre Deschamps, spécialiste en droit de la santé, a qualifié d'«extrême» la position des experts signataires du rapport, entre autres choses parce qu'elle ne limite pas la pratique de l'euthanasie aux malades en phase terminale.

« Cela ouvre la porte à une situation où tout un chacun qui serait fatigué de la vie et qui aurait plus de 18 ans pourrait demander à ce qu'on l'aide à se suicider », dit Me  Deschamps, qui avait consulté hier un résumé du rapport. Me Deschamps souligne aussi que les auteurs du rapport semblent placer l'autonomie de la personne au-dessus de toutes les autres valeurs qui participent au tissu social de la société.

Or, « en société, dit-il, il y a des balises et des contraintes ».

La spécialiste du droit de la santé à l'Université McGill, Margaret Somerville, a aussi exprimé « une forte opposition » aux conclusions du rapport, qu'elle a qualifié de « manifeste pro-euthanasie ». Margaret Somerville, qui est elle-même membre de la Société Royale du Canada, conteste en particulier les données du rapport quant à l'absence d'abus dans certains pays où l'euthanasie et le suicide assisté sont légalisés, soit aux Pays-Bas et en Oregon.

Entretemps, au Québec

Entretemps, au Québec un sondage récent d'Environics révélait que 81 % des Québécois craignent que, si l’euthanasie est légalisée, on ne mette fin à la vie des malades sans leur consentement. Une majorité dans toutes les régions du Canada choisit également d’investir davantage dans les soins palliatifs et dit craindre que des personnes âgées se sentent contraintes d’accepter l’euthanasie pour diminuer les frais des soins de santé si l’euthanasie était légalisée au Canada.

L'association Vivre dans la dignité a mené une analyse indépendante exhaustive des quelque 427 mémoires et présentations orales à la Commission sur mourir dans la dignité. « Les chiffres sont clairs. Parmi les mémoires et présentations faites devant la CSQMD, 99 % considèrent que les soins palliatifs constituent le choix digne pour les Québécois en fin de vie. De plus, 60 % sont totalement opposés à l’euthanasie et au suicide assisté. « Seulement un tiers (34 %) des personnes qui ont participé aux auditions étaient favorables à l’euthanasie. »




Sources (partielles) :  Vancouver Sun, Le Devoir et Vivre dans la dignité.




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Conférence sur l'éducation par Marybeth Hicks


On nous annonce une conférence de Marybeth Hicks sur l'éducation qui aura lieu samedi prochain, le 19 novembre.


Conférence sur l'éducation et la famille
Avec Marybeth Hicks
Samedi 19 novembre 2011
à 14 h 00
Salle de spectacle L’Entrepôt
2901, boul. St-Joseph,
Lachine H8S 4B7
10 $ par personne



La conférence se déroulera en anglais avec traduction simultanée en français.

Pour toute information et pour confirmer votre présence:

Jocelyne Gibert
450-967-9922

jocegibhotmail.com
Service de garde sur place (gratuit)

Marybeth Hicks, auteur et chroniqueuse en matière familiale au Washington Times, nous entretiendra de son livre : Bringing up Geeks: How to Protect Your Kid’s Childhood in a Grow-up-too-fast World.


Image of Marybeth HicksDans un monde aux valeurs superficielles, de pression des amis sur les adolescents et au consumérisme débridé, le monde a besoin de plus de AEPE (Geek en anglais)  : d'authentique, enfants à plein potentiel et enthousiastes. Aujourd'hui, la « culture sympa » a changé la façon dont les enfants grandissent. Plutôt que de jouir d'une enfance innocente, tout en développant des caractèers forts et authentiques, les enfants d'aujourd'hui peuvent devenir cynique, même blasés, s'ils absorbent certaines messages néfastes d'une culture dominante populaire qui encourage le matérialisme, des comportements à haut risque, et les droits de l'âge adulte mais les responsabiltés d'une adolescence dans cesse prolongée.

Auteur et mère de quatre enfants Marybeth Hicks propose une autre voie, elle montre aux parents comment ils peuvent aider leurs enfants à acquérir l'enthousiasme nécessaire pour poursuivre leurs passions, pas simplement la dernière mode, ainsi que la confiance nécessaire pour résister à la pression des autres enfants et éviter des comportements destructeurs, comment cultiver l'amour de l'étude qui les aidera à exceller à l'école et dans la vie et, enfin, la maturité pour apprécier la famille ainsi que leurs amis et prendre de bonnes décisions morales.




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La « droite » française [et la CAQ ?] ne saisit pas qu’elle est plus à gauche que les gauches de nombreux pays

Pour Philippe Nemo, la France de 2011 souffre d'un nombre attristant de problèmes, qu'elle ne pourra résoudre qu'en se délivrant de l'idéologie qui a provoqué la plupart d'entre eux en aveuglant les Français : le socialisme.

Dans le présent recueil, Philippe Nemo a rassemblé quelques-uns des articles qu'il a consacrés ces dernières années à cette question. Ils portent sur les problèmes institu­tionnels qui brident la démocratie dans notre pays, sur la censure pratique et légale qui empêche les débats sociétaux, sur l'immigration qui menace de défaire le lien social, sur l'État-providence qui mine l'esprit de responsabilité, sur la fiscalité dont la France détient quasi­ment le record mondial, ou encore sur la crise profonde que connaît notre éducation scolaire et universitaire. Mais Philippe Nemo reste raison­nablement optimiste. L'emprise du socialisme sur la gestion du pays est un phénomène récent (il remonte seulement aux années 1980) et donc superficiel. Quand le pays aura trop souffert, quand les intellectuels critiques lui auront expliqué les raisons profondes de la paralysie et de la régression qu'il subit, il se réveillera du socialisme comme d'un mauvais rêve.

Le peuple a perdu son pouvoir au profit de la haute fonction publique et les syndicats

Le drame français se situe moins dans le niveau pourtant exorbitant de sa dette publique que dans des institutions qui empêchent la démocratie d’effectuer son travail salutaire de contrôle des élus et qui empêchent l’économie privée de s’adapter au changement. Le peuple a perdu son pouvoir au profit d’une « double oligarchie », la haute fonction publique et les syndicats, explique Philippe Nemo dans un ouvrage admirable de lucidité sur le mal qui ronge la France, le socialisme. Car il précise d’emblée que, conséquence du monopole d’Etat sur l’école et les médias, « la droite française ne se rend pas compte qu’elle est plus à gauche que les gauches des grands pays européens et anglo-saxons ».

L’auteur analyse et décrypte ce qu’il nomme la perversion du jugement moral et l’intériorisation des principes socialistes sur les sujets devenus tabous chez nos voisins tels que l’école, l’immigration ou l’État-providence.

Le premier drame, c’est la « suppression du parlement ». Le président décide de presque tout, il nomme le premier ministre et le parlement est à son service. Les députés ne peuvent être élus qu’avec l’investiture d’un grand parti. La véritable élection se fait dans l’état-major du président actuel ou futur. Le président nomme et tient en main ses députés. « C’est le rétablissement d’un pouvoir absolu, plus étendu, à maints égards, que celui des rois de France sous l’absolutisme », selon ce spécialiste des civilisations. L’impuissance du parlement signifie « que la société civile ne peut tenir en échec l’appareil de l’État ». C’est l’État au contraire qui « impose à la société ses volontés ». Le statut de la fonction publique a facilité le changement. De fait, les fonctionnaires sont devenus majoritaires à la Chambre des députés et ils ne sont incités ni par leur culture ni par leurs intérêts corporatifs à exercer quelque contrainte que ce soit sur la fonction publique.

La deuxième composante de l’oligarchie, ce sont les syndicats et groupes activistes, deux groupes pourtant peu représentatifs. L’Élysée [la présidence française] et les « partenaires sociaux », représentent respectivement 12,5 % des électeurs et 5 à 10 % des salariés. Cette seconde oligarchie n’a cessé de monter en puissance. On a cédé à ses revendications et on lui a assuré son financement. Car aujourd’hui, « l’argent dont disposent les syndicats est principalement d’origine publique », selon l’auteur. Cette prise de pouvoir ne figure nullement dans la Constitution. Et il n’est inscrit nulle part dans cette dernière « que les décisions du parlement et du gouvernement ne sont exutoires que si elles ont trouvé grâce aux yeux de ces groupes privés et minoritaires », assure Philippe Nemo.

Transfert de richesses non vers les pauvres, mais vers le secteur public

Cette structure doublement oligarchique s’est traduite par une croissance incessante du secteur public tandis que les économistes s’étonnaient des rigidités à la baisse des prélèvements obligataires. Ce transfert de richesses ne va pas des riches aux pauvres, mais il est horizontal, du secteur privé au secteur public.

Les particularités institutionnelles de la France ne subsistent souvent qu’en raison d’obstacles massifs au débat public. Le manque de pluralisme des opinions empêche le développement d’une économie du savoir et la concurrence des idées. Pourtant c’est la source naturelle de l’innovation et de la croissance. « La paralysie intellectuelle est le fruit d’une logique potentiellement obscurantiste qui rappelle l’Inquisition », explique l’auteur dans un chapitre absolument brillant. On a créé en France un dispositif judiciaire qui présente d’indéniables analogies avec ce tribunal. Pour l’auteur, nous sommes revenus à la période d’avant le XIIe siècle lorsque Abélard fit la distinction entre péché et crime. Grâce à lui, les sentiments intimes étaient placés hors de portée du droit pénal. Grâce à lui la science pouvait se développer.

Mais depuis quelques décennies, les lois de censure se sont multipliées avec les lois Pleven (1972), Gayssot (1990), le décret de 1993 et la loi sur la Halde (2004). Des propos non seulement publics mais aussi privés devenaient punissables. L’État s’arrogeait le droit d’intervenir dans le contenu des conversations privées, pouvoir auquel, jusqu’à cette date, seuls des régimes totalitaires avaient prétendu. Il devint également un délit de porter atteinte par des propos publics ou privés à l’honneur» ou à la «&nbp;considération ». La France impose aux juges une mission de discernement idéologique. On entre dans une totale insécurité juridique. Ce qui frappe dans cette police des idées, c’est son caractère crypto-religieux, selon l’auteur. Les socialistes espagnols et allemands ont pu, pour des raisons de justice et d’efficacité économique, supprimer l’impôt sur la fortune. En France, selon Nemo, « celui qui suggère une telle mesure passe pour un ennemi juré des pauvres et un personnage asocial qui ne mérite pas qu’on lui parle ».

L’analyse des « vices éthiques » de la fiscalité française vaut également le détour pour la présentation de ses mécanismes, une fiscalité conçue comme « une atteinte sans contrepartie à la propriété et au travail de chacun ». Celui qui gagne son argent honnêtement à la sueur de son front est opprimé par le fisc. C’est immoral, car depuis Locke, on sait que les droits naturels de l’homme se déclinent en trois termes, la vie, la liberté et les biens. L’être de l’homme est donc indissociablement lié à son avoir. C’est pourquoi l’impôt confiscatoire n’est pas seulement une entrave à l’économie, mais « il transforme l’homme », selon Philippe Nemo. Cette politique de spoliation nuit à tout le pays puisque le progrès est toujours apporté par des individus qui ont été libres d’explorer des voies nouvelles.

Le réveil de la France est possible, mais pour l’auteur il viendra « quand la pauvreté induite par la collectivisation de tous les ressorts de la vie sociale sera devenue insupportable ».

Source partielle : Le Temps

La France aveuglée par le socialisme,
par Philippe Nemo,
aux éditions François Bourin,
Paris,
paru le 4 novembre 2011,
416 pages,
ISBN-10 : 2849412783


Voir aussi

« Extirper l'hérésie et le blasphème » ?

Faut-il continuer à réprimer les propos qui peuvent exposer à la haine ou au mépris, des « pré-crimes » ?



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Essai sur les méfaits de la télévision

D'après une étude de l'Unesco de 1998, l'écran domine la vie des enfants « dans l'ensemble des zones urbaines et rurales électrifiées à travers le monde ». 88 % des enfants de la planète reconnaissent Terminator, presque la moitié voudrait lui ressembler, mais la plupart sont incapables de citer un seul personnage clé de l'histoire de leur pays.

« Sophie, 2 ans, regarde la télé une heure par jour. Cela double ses chances de présenter des troubles attentionnels en grandissant » affirme Michel Desmurget, docteur en neurosciences et chercheur à l’INSERM dans son ouvrage  TV Lobotomie.

Mais « critiquer la télévision, c’est, en bout de chaîne, éreinter celui qui la regarde. Si vous affirmez "la télé est toxique pour les enfants", la fameuse ménagère de moins de 50 ans traduira "je suis une mauvaise mère et j’éduque mal mes gosses". Ce genre d’idées passe d’autant plus mal qu’une armée d’"éminents spécialistes" s’évertue à saturer l’espace public de propos lénifiants », admet ce chercheur. Cela ne l’a pas empêché, bien au contraire, de publier en février dernier un ouvrage de référence, au terme de quatre ans de recherche. Cet ouvrage repose sur des centaines d’études scientifiques publiées dans le monde au sujet des effets de la télévision sur l’intelligence et la santé.

L’ouvrage est doté d’un appareil critique très complet composé de 1193 notes très exactement... Toute affirmation repose sur des études scientifiques dont les références exactes sont données en annexe pour que chacun puisse vérifier par soi-même. « Cette dénonciation de la nocivité de la télévision est ‘tellement difficile à entendre’ qu’il fallait donner les notes et références scientifiques », explique le Dr Desmurget.
Les enfants regardent la télévision en moyenne près de 15 heures par semaine y compris pendant les vacances scolaires, soit 780 heures par an (Statistique Canada, 2001.) C'est à peine moins que les 846 heures prescrites par an aux écoliers du primaire et les 900 heures aux élèves du secondaire du Québec.
Ce bilan scientifique serait, selon l'auteur, effrayant. Plus on regarde la télévision, plus on a regardé la télévision, plus on l’a fait jeune, plus on augmente toutes choses égales par ailleurs les probabilités d’événements défavorables pour soi-même à tous les âges de la vie. De fait, pour croire aux résultats cités de cette étude, il faut fondamentalement être accessible à la pensée statistique.

Pour lui, « le poste est un voleur de temps. Il est aussi une cause d’isolement social, une source de paresse intellectuelle, un agent de stérilité cognitive et un vecteur de déstructuration psychique ». Savez-vous qu’« un écolier du primaire passe, tous les ans, plus de temps devant le tube cathodique que face à son instituteur (956 heures contre 864 en France) » et que cela représente 75 % de son temps libre ?


De fait, la liste des effets nocifs de la télévision est assez impressionnante. Citons en quelques-uns, en développant ceux qui concernent l’éducation et la famille :

—  Des études montrent que même à l'âge précoce de 0 à 3 ans, le simple fait d’avoir la télévision allumée dans une pièce sans la regarder aurait des effets sur le développement intellectuel. La raison profonde de cette déficience en matière de maturation de l’intelligence ne serait pas liée à la qualité déficiente (ou non) des programmes, mais à la nature non interactive de la télévision.

— La télévision « empêche le déploiement optimal des fonctions cérébrales », compromettant ainsi « l’ensemble du devenir intellectuel, culturel, scolaire et professionnel de l’enfant ».

— La télévision fait apparaître des troubles du langage chez l’enfant, associés à des troubles de l’élocution, notamment parce qu’elle limite les interactions entre les personnes réelles et laisse moins de temps aux activités ludiques spontanées.

— La télévision occasionne des retards de langage et fait baisser le niveau de compétence langagière, elle limite l’acquisition de vocabulaire et l’accès aux compétences syntaxiques de base.

— La télévision a un « impact négatif sur l’attention, les facultés d’apprentissage et la réussite scolaire à long terme ». Avec un risque accru de quitter l’école sans diplôme et de ne jamais s’asseoir sur les bancs de l’université. Voir la troublante courbe historique des résultats obtenus aux tests d’admission dans les universités américaines, corrélés avec un retard d’une vingtaine d’années avec la pénétration de la télévision dans les foyers  (p. 92).

— La télévision occasionne des difficultés en lecture, et fait baisser le temps de lecture, qui se trouve réduit à la portion congrue ; ainsi, un flux cathodique permanent (la télévision en bruit de fond) diminue de presque 30 % le temps de lecture des 5-6 ans, qui passe de 49 à 35 minutes quotidiennes en moyenne.

— La télévision fait baisser le niveau scolaire général, en français comme en mathématiques et, par manque d’interaction, n’aide en rien à apprendre les langues étrangères.

— La télévision fait baisser le niveau universitaire. Un seul exemple : « Jean aimerait obtenir un MBA. Il est sur la liste d’attente d’un établissement prestigieux et sent "les pieds [sic] de Damoclès au-dessus de sa tête". » L’étudiant soumis depuis la petite enfance à une forte exposition à la télévision souffre de très graves lacunes en orthographe, en conjugaison, en syntaxe, en vocabulaire, il manque de logique, de capacités analytiques et d’esprit de synthèse – tout cela lui interdit tout accès à des savoirs complexes.

— La télévision, « troisième parent cathodique », réduit de manière draconienne « le volume et la qualité des interactions parents-enfants », mutilant ainsi la sociabilité intrafamiliale.

— La télévision castre l’imaginaire enfantin ; les enfants rejouent les scripts des films et des séries et n’inventent plus de jeux.

— La télévision augmente la consommation de tabac et d’alcool et la fait commencer plus tôt.

— La télévision pousse au sexe de plus en plus jeune et génère des taux élevés d’avortements chez les adolescentes (cf. une étude qui porte spécifiquement sur l’addiction à la série mythique « Beautés désespérées », « Desperate housewives » en... France) et démontre qu’elle multiplie par trois le risque de grossesses non désirées chez les adolescentes.)

— La télévision accélère le déclin du niveau cognitif des vieillards et accroît les maladies d’Alzheimer.

— La télévision constitue une addiction psychologique chez les enfants et les adultes, notamment en accaparant l’attention par le changement perpétuel.

— La télévision augmente l’obésité. Regarder la télévision plus de 2 heures par jour multiplie le risque de surpoids d’un enfant de 3 ans de 2,6 % ; pour un adolescent, ce risque augmente de 55 %.

— La télévision diminue l’espérance de vie, en ayant une forte influence négative sur les pathologies cardiovasculaires.

— La télévision favorise la violence. Aux États-Unis, 60 % des émissions télévisées contiennent des actes de violence, qui, le plus souvent sont réalistes et n’occasionnent ni remords ni sanction.
« La télévision n'exige du spectateur qu'un acte de courage, mais il est surhumain, c'est de l'éteindre ».

Pascal Brucker, La Tentation de l'innocence, Grasset, Paris, 1995
Dans son ouvrage, Desmurget cite Lamennais qui, il y a deux siècles, écrivait : « l'esprit est appelé de trop de côtés ; il faut lui parler vite ou il passe. Mais il y a des choses qui ne peuvent être dites ni comprises si vite, et ce sont là les plus importantes pour l'homme. Cette accélération du mouvement qui ne permet de rien enchaîner, de rien méditer, suffirait seule pour affaiblir et à la longue détruire entièrement la raison humaine. » Que dirait Lamennais en voyant la télévision d'aujourd'hui ?

Ce qui frappe le lecteur averti est la divergence entre les conclusions que l'auteur de cet ouvrage tire à partir des très nombreuses études tirées essentiellement des revues de médecine, d’épidémiologie et de psychologie et le consensus lénifiant des spécialistes des médias qui insistent plutôt sur les filtres sociaux à la réception et donc sur le côté anodin de tous ces contenus.

Et le Professeur Desmurgets de conclure : après la cigarette ou le resto rapide, nul doute que la télévision sera la prochaine grande question de santé publique. Il donne cinq pistes aux parents responsables : au mieux « zéro télé » pour toute la famille ; sinon, pas de poste dans la chambre des enfants ; pas de télévision avant 6 ans ; moins de 3 heures par semaine devant un écran (télévision ou vidéo) pour les écoliers et les collégiens, et jamais le soir ; et pour les adultes, avoir toujours à l’esprit les risques d’isolement, de maladies, de déclin cognitif…

Si Michel Desmurget a raison et que de nombreuses études scientifiques prouvent l'effet néfaste de la télévision, pourquoi l'État doit-il continuer à la financer à hauteur de plus de 1,1 milliard $ par an au Canada...



Biographie de l'auteur

Michel Desmurget est docteur en neurosciences. Après avoir fréquenté plusieurs grandes universités américaines (MIT, Emory, UCSF), il est aujourd'hui directeur de recherche à l'INSERM. Il est l'auteur de Mad in USA.

TV Lobotomie
par Michel Desmurget
aux éditions Max Milo
dans la collection L'Inconnu
à Paris
paru le 3 février 2011
318 pages
ISBN-10: 2315001455





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mardi 15 novembre 2011

Les attentes salariales des étudiants canadiens sont irréalistes

Les étudiants nés depuis 1980 s'attendent à gagner dès leur première année de travail un salaire moyen de 48 860 $ pour les hommes et 42 060 $ pour les femmes. Ce n'est pas beaucoup plus que ce que les jeunes diplômés gagnent en moyenne aujourd'hui : 43 119 $ pour les hommes et 35 926 $ pour les femmes.

Premier chèque
Ce qui est plus surprenant c'est qu'après cinq ans, ces jeunes étudiants s'attendent à gagner en moyenne 67 766 $ pour les femmes et 84 868 $ pour les hommes. Pour atteindre ces salaires, les hommes devraient bénéficier d'une augmentation salariale annuelle de 15,8 % et les femmes de 2,8 % alors que, dans la vraie vie, l'augmentation de salaire annuelle moyenne est plus proche de 3 %.

Mais le plus troublant c'est le salaire maximal que se voient gagner ces étudiants. Les femmes pensent qu'elles atteindront un salaire maximal moyen de 125 664 $ alors que les hommes croient qu'ils gagneront 171 036 $ au summum de leur carrière.

Si cela s'avérait,  il faudrait les classer parmi les 1 % objets de critiques acerbes des « indignés ». Ces salaires irréalistes ne s'expliquent pas (uniquement) par une confiance démesurée en soi, les étudiants nés depuis 1980 pensent que les salaires supérieurs à 100 000 $ pour des diplômés sont la norme. Les étudiantes de cette cohorte pensent que les personnes avec le même niveau d'éducation qu'elles gagnent en moyenne 100 036  par an. Les étudiants pensent que ceux qui ont le même diplôme qu'eux gagnent en moyenne 130 139 $ par an. En réalité, seuls 4 % des Canadiens avaient des salaires supérieurs à 100 000 $ en 2010. Très peu de diplômés universitaires canadiens gagnent autant que ce que les étudiants nés depuis 1980 croient être un salaire normal.

Il peut paraître paradoxal ou ironique que les étudiants qui commencent leur carrière aient de telles ambitions salariales alors que l'on parle de récession à répétition dans tout le monde industrialisé. Mais, selon Sean Lyons de l'Université de Guelph, la faute ne retombe pas uniquement sur ces étudiants. En effet, on leur a répété que la retraite massive des baby-boomers allait créer une carence de travailleurs et que les employeurs se les disputeraient. Mais voilà qu'avec la récession et la fonte des fonds de pension les baby-boomers contiennent de travailler même après l'âge de la retraite et les offres d'emploi ne se matérialisent pas.


Peut-être que le salaire moyen des professeurs associés (agrégés en France) induit également en erreur les étudiants : ils s'élevaient à 113 148 $ en 2010, alors que le salaire moyen des Canadiens âgés de 25 à 54 ans était de 48 458 $.

L'étude a été menée par le chercheur Sean Lyons de l'Université de Guelph, Linda Schweitzer de l'Université Carleton et Eddy Ng de l'Université Dalhousie avec un échantillon de 3007 Canadiens, dont 906 nés depuis 1980.

Source : Generational Career Shift





vendredi 11 novembre 2011

Le Monopole de l'Éducation paie Google pour que son argumentaire arrive en tête

Le gouvernement québécois a payé Google pour s'assurer que son argumentaire apparaîtrait avant celui des associations étudiantes dans les recherches que les internautes pourraient faire sur le sujet des droits de scolarité dans les universités québécoises.

Une recherche sur Google basée sur les acronymes des principales associations étudiantes - FECQ, FEUQ et ASSÉ - fait donc apparaître un lien payant vers un nouveau site du ministère de l'Éducation, www.droitsdescolarite.com, où il y défend la hausse des droits de scolarité.

Selon la porte-parole du ministère de l'Éducation, Esther Chouinard, la création du site a été confiée à la firme Cossette pour un montant de 50 000 $.

Dave Leclerc a expliqué que le lancement de ce site s'inscrit dans un plan de communication plus large. Le comité chargé de conseiller le gouvernement en matière d'aide financière aux études avait demandé à Mme Beauchamp de bien informer les étudiants de son plan et des mesures d'aide disponibles pour assurer l'accessibilité aux études supérieures.

Le lancement du site Internet et l'achat des mots-clés constituent une partie de la réponse du ministère à cette recommandation, a indiqué M. Leclerc.

« C'était une demande du Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études, où siègent sept étudiants, a-t-il fait valoir. On ne fait pas de campagne à la télévision, on ne fait pas de campagne à la radio, on ne fait pas de campagne dans les journaux, qui sont les campagnes les plus dispendieuses. »

Joint au téléphone vendredi après-midi, le président de ce comité, Pierre Grondin, s'est dit plutôt satisfait du lancement du site du ministère. Selon lui, le gouvernement en a profité pour faire passer son message, mais l'information à transmettre y est aussi présente.

Jeudi, plus de 12 000 étudiants ont manifesté dans les rues de Montréal contre la hausse des droits de scolarité annoncée par le gouvernement Charest.

Le lancement du site Internet au lendemain de cet événement relève d'un « certain hasard », selon Dave Leclerc.

Source : Presse Canadienne.

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Les faibles frais de scolarité appauvrissent les universités québécoises et ne garantissent pas un meilleur accès




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jeudi 10 novembre 2011

Chèque éducation ou laisser l'argent aux parents ?

Le chèque éducation, aussi appelé bon scolaire, bon d'études ou chèque scolarité, est un système qui permet aux parents de financer directement l'école dans laquelle leur enfant sera scolarisé. Ils financent directement l'école de leur choix.

Milton Friedman a fait des chèques éducation un de ses principaux combats, en particulier dans Capitalisme et liberté (1962).

En France, les partisans de cette mesure se retrouvent d'une part dans les associations de parents et d'enseignants qui veulent promouvoir la liberté d'enseignement : SOS Éducation ou Créer son école. L'instauration du chèque scolaire a fait partie du programme de l'ADQ.

Toutefois, pour les libertariens, le chèque éducation est une demi-mesure, qui entérine la mainmise de l'État sur l'éducation. Il s'apparente à une tentative de « mimer » le marché plutôt que de laisser les acteurs décider réellement.

Pour William L. Anderson du Mises Institute : « Les bons scolaires ne sont rien d'autre qu'une autre forme du "socialisme de marché" d'Oskar Lange. Ils sont une tentative de "jouer au marché" en utilisant un matériel socialiste, quelque chose qui n'a pas réussi en Union soviétique et qui échouera à la fin ici ». 

Pour Murray Rothbard, les bons scolaires sont une extension de l'État-providence qui force les classes moyennes, ainsi que les personnes sans enfant ou celles qui éduquent leurs enfants à domicile, à subventionner aussi bien l'école publique que l'école privée : « De loin, le meilleur "chèque éducation", le seul dont on ait besoin, est le billet de banque gagné honnêtement, pas celui qu'on vole à autrui, même si autrui n'est qu'un simple contribuable. »

En outre, pour l'Alliance pour la séparation de l'école et de l'État, confier de l'argent du Trésor public, même indirec­tement, à des établissements privés et confes­sionnels ne pourra mener qu'à une emprise croissance du gouvernement sur les écoles non gouver­ne­mentales et, sans doute, sur le programme enseigné dans les écoles confes­sionnelles, de sorte que les écoles privées deviendront de plus en plus des copies conformes (plus chères) des écoles publiques. À noter que c'est déjà le cas au Québec dans les écoles  privées qu'elles soient subventionnées ou non. C'est ce qui conduit certaines personnes à prôner la fin du financement par l'État de l'éducation.

Enfin, pour certains le chèque éducation n'étant qu'une autre forme de subvention, comme l'éducation publique, on l'accorde à des groupes sociaux dont la contribution économique à la société est souvent déficitaire. Bénéficiant de cet effet d'aubaine, ces groupes ne perçoivent pas le prix de l'éducation de leur descendance souvent nombreuse. Pour les immigrants de pays où l'éducation est médiocre, il s'agit d'un bénéfice important et immédiat. La société subventionnerait de la sorte indirectement la naissance d'enfants dans des milieux qui accumulent souvent le plus de difficultés.

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Pas de bons points pour les classes hautes technologies ?


Démonter et remonter 25 chaînes de vélo en classe sans outils et sans se salir les doigts ? Disséquer une grenouille virtuelle sans scalpel ni paillasse ? Dialoguer en mandarin avec une collégienne de Fouilly-les-Oies ? Rien de plus facile ! Il suffit de faire appel aux TICE, ces technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement et de disposer d’autant d’ordinateurs que d’élèves. A la fin de la séance, le professeur, ou plutôt le moniteur, n’aura suscité aucune vocation de mécano, de chirurgien ou d’interprète, mais qu’importe, les élèves se seront fait plaisir.

Le récent rapport de la mission parlementaire « Réussir l’école numérique en 2012 » menée par Jean-Michel Fourgous est un véritable panégyrique de la « révolution numérique » qui va toucher tous les établissements scolaires. Car il ne s’agit plus d’apprendre à se servir d’un ordinateur, ce qui relève d’un simple savoir-faire, mais d’enseigner par le biais de ce nouvel outil. Il devrait donc être question de pédagogie, de savoirs, de méthodes, de connaissance, donc, in fine, de culture. Or il n’est question que d’investissements, de technologies, de matériels, de tests, de scores, d’information… Demain, par la grâce de l’informatique, tout sera parfait : manuels innovants, pratiques performantes, professeurs soulagés, parents conquis, élèves heureux, entreprises assurées de nouveaux marchés… La parfaite utopie, celle de Big Brother, est pour demain.

Faut-il, dans cette optique, penser que la technologie est LA réponse (notamment aux inégalités), et que les résultats aux tests suffisent à révéler la qualité de l’apprentissage ? Il semble bien que la réalité soit plus complexe.

En effet, ces TICE ne sont pas nées d’hier, et nos édiles se gardent bien de se référer aux nombreuses études qui, outre-Atlantique, remettent en cause cet outil magico-pédagogique que serait l’ordinateur en classe. Que disent ces études ?

— que les scores ne sont pas à la hauteur des investissements : ainsi, dès 2005, le district scolaire pilote de Kyrene en Arizona a investi 33 millions de dollars pour moderniser ses écoles, en les équipant de tableaux interactifs et d’ordinateurs. Or, depuis 2005, les scores du district aux tests nationaux en lecture et mathématiques stagnent, alors même que les résultats des élèves de l’État d’Arizona ont augmenté (New York Times, 04/09/2011).

— Que l’on ne sait pas très bien mesurer l’efficacité réelle des TICE, faute d’avoir conçu de bons outils d’évaluation. Si le QCM classique n’est pas la meilleure façon d’évaluer les compétences acquises devant un ordinateur, ne devient-il pas urgent d’engager une réflexion sur ces tests ?

—  Que l’argent étant une ressource limitée, les budgets alloués au numérique le sont au détriment d’autres options, tels les cours de musique, d’art ou d’éducation physique.

—  Que cette surenchère technologique profite plus aux fournisseurs qu’aux enseignants et aux élèves. Aux États-Unis, la vente de logiciels éducatifs pour les classes a représenté 1,89 milliard de dollars en 2010. On estime que les dépenses en matériel représenteraient cinq fois ce montant. En retour, les enseignants sont moins nombreux, moins bien payés et moins bien considérés. (voir « Une salle de classe sans prof » , in Courrier international, 14/03/2011).

—  Enfin et surtout, que les élèves apprennent mieux en interaction avec un professeur : ils peuvent formuler leur pensée dans leur propre langage, hasarder des hypothèses et recevoir des récompenses plus élevées que le simple « OK, bravo » émis par la machine.

Ces réflexions sur l’utilisation des nouvelles technologies éducatives ont le mérite de poser la question de notre rapport à la technologie. Tout ce qui est lent et compliqué n’a pas sa place sur le petit écran, que ce soit celui de la télévision ou de l’ordinateur. Celui-ci découpe les tâches en petites unités distinctes les unes des autres, reliées par le bouton « suivant » ; les menus déroulants rendent difficile tout retour en arrière, toute comparaison avec d’autres sources, mais cela importe peu dans une logique linéaire où le mieux est toujours devant…

« Quand j’ai un vers latin dans la tête, je tape quelques mots [sur l’écran] et tout arrive : le poème, l’Énéide, le livre IV… Imaginez le temps qu’il faudrait pour retrouver tout cela dans les livres ! Je ne mets plus les pieds en bibliothèque » écrit Michel Serres (« Petite Poucette, la génération mutante », in Libération, 03/09/2011). Certes. Mais si Michel Serres a encore des vers latins dans la tête, ce n’est pas à ses compétences en informatique qu’il le doit, mais bien à ses professeurs de latin ou aux heures passées dans les livres.

Aujourd’hui, selon une étude de l’association Sauver les lettres, un grand nombre de lycéens de 1re S [équivalent première de cégep spécialisation scientifique] ignorent la différence entre « or » et « donc » ! De plus, comme le remarque Michel Desmurget (TV Lobotomie, Max Milo, 2011), les étudiants ne savent ni définir les mots clefs pertinents ni hiérarchiser les sources d’information, limitant ainsi leurs capacités à mener des recherches de fond sur internet. Pour les générations nées avec l’informatique « grand public », la maîtrise de l’outil est loin d’être correcte.

Que devient le pédagogue quand tous les élèves de la classe sont rivés à leur écran ? Il n’est plus, comme le veut l’étymologie, « celui qui mène les enfants », qui les conduit sur le chemin du savoir, qui les motive, qui les aide à se surpasser. Les TICE emploieront, d’une part, des spécialistes en chambre qui concocteront des programmes et, d’autre part, des « moniteurs », voire des surveillants, plus formés pour rebrancher une souris que pour expliquer le carré de l’hypoténuse ou la religion romaine archaïque. Plus de maître fascinant par son savoir, passionné et passionnant. Plus d’élèves prometteurs ou turbulents, non plus. Seront-ils pour autant de simples machines programmées pour appuyer sur « Vrai » ou « Faux », puis sur « Suivant » ? Pour reproduire des contenus formatés par un inconnu ? On en viendrait à espérer que les crédits ne suivront pas!

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