jeudi 1 novembre 2018

Chronique de la parentalité moderne : une femme qui se dit homme et qui accouche est-elle le « père » de son bébé ?

Au Royaume-Uni, un femme qui se dit homme transgenre accouche d’un enfant, mais refuse d’être mentionnée sur l’acte de naissance comme étant sa mère. Elle propose d’être désigné comme étant simplement son « parent ». Elle explique en effet qu’ayant fait la démarche sociale, publique et juridique d’être devenu homme, il ne pourrait pas supporter d’être désigné par un terme « intrinsèquement féminin ». « Cela revient à définir le mot mère : est-ce que cela signifie la mère de l’enfant ou la personne qui a donné naissance à l’enfant ? Il semble que le registraire général [de l’État-Civil] va faire valoir que cela signifie la personne qui a donné naissance à l’enfant ».

Ce n’est pas la première fois qu’une femme qui se dit homme donne naissance à un enfant, ni au Royaume-Uni, ni dans le reste du monde, mais c’est la première fois qu’il refuse le qualificatif de mère. Le « parent 2 » existe déjà sur les formulaires, pour les couples de même sexe, en cas d’adoption, cet homme transgenre réclame l’introduction du « parent 1 ».

Par ailleurs, en France, à l’inverse, un homme « devenu femme » réclame le statut de mère de son enfant... La cour d’appel de Montpellier est saisie d’un dossier « complexe » : Bernard et Marie sont mariés et parents de deux enfants, lorsqu’en 2011, Bernard « décide de devenir une femme, sans pour autant subir d’intervention chirurgicale ». Ce changement de sexe est accepté juridiquement par le tribunal de Montpellier qui reconnait « de façon irréversible son appartenance au sexe féminin, sans qu’aucune opération de réassignation sexuelle n’ait été exigée ni pratiquée ». Trois ans plus tard, Marie donne naissance à un troisième enfant « conçu biologiquement avec Bernard devenu entretemps Claire ». Pour cet enfant, Marie et Claire veulent être reconnues comme mères de l’enfant, ce qui est impossible. Claire refuse par ailleurs de passer par une procédure d’adoption, et ne peut pas être « qualifiée de père puisqu’elle est femme ». Saisi, le tribunal de grande instance de Montpellier estime alors que par « son acte de procréation masculine qu’elle revendique, Claire a fait le choix de revenir de façon unilatérale sur le fait qu’elle est désormais reconnue comme une personne de sexe féminin, et doit en assumer les conséquences ». C’est de cette décision que les « deux femmes » ont fait appel, et que la cour d’appel de Montpellier devra trancher le 14 novembre prochain.

Pour l’avocat de l’enfant, « Claire doit être reconnue comme le père de l’enfant ». Ainsi « ce troisième enfant aura lui aussi une mère et une filiation paternelle. Même si elle est assurée par une femme. Cela donne à cet enfant une égalité de droit par rapport à ses frères, et cela stabilise sa filiation » estime-t-il.

Sources : BioEdge, Jessica Smith (29/X/2018) et La Dépêche (24/X/2018)



mercredi 31 octobre 2018

Toujours plus d'État et de monopole : convertir les garderies privées en CPE

Les chercheurs d’un institut qui se dit indépendant et « progressiste » (étatiste serait un meilleur terme) recommandent de cesser de créer de nouvelles places en garderies privées au Québec et de convertir l’ensemble des garderies privées non subventionnées en centres de la petite enfance (CPE).

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) précise dans une note publiée mardi que l’État doit, selon lui, créer précisément 67 246 places en CPE et rétablir le financement des services de garde subventionnés au niveau de 2013. Les auteurs de la note affirment qu’une telle conversion permettra de diminuer le crédit d’impôt pour garde d’enfant. L’IRIS a observé que depuis 2007, le nombre de garderies privées non subventionnées a augmenté de 1 382 %. L’Institut salue la promesse du nouveau gouvernement du Québec de mettre fin à la modulation des frais de garde, mais la note préparée par le militant Philippe Hurteau — qui écrit dans le magazine d’extrême gauche Presse-toi à gauche !] démontrerait selon ses dires qu’il faut aller plus loin. Il suggère au gouvernement de consacrer 892,4 millions $ pour que chaque enfant inscrit dans une garderie privée non subventionnée puisse avoir accès à un CPE pour profiter, à son avis, de meilleurs services éducatifs [*], d’un milieu de socialisation et de repas de qualité.




[*] Aucune étude sérieuse ne prouve que les résultats à long terme des CPE sont globalement meilleurs que ceux des garderies privées, ni bien sûr des enfants gardés à la maison par un parent (ce serait plutôt l'inverse dans ce cas). Les études qui insistent sur la qualité des CPE mesurent celles-ci non sur les résultats des jeunes à l’école, au secondaire par exemple, mais en prenant des critères qui favorisent les CPE : des éducatrices plus formées (mais de manière vraiment utile ?), plus de dépenses, des locaux payés par le contribuable plus conformes à la réglementation, etc.


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Je me suis intéressé aux garderies universelles lorsque Michael Baker est venu à Queen’s et a présenté les résultats de la recherche qu’il avait faite avec Kevin Milligan et Jon Gruber. Ils avaient constaté que le programme de garde d’enfants du Québec, l’accès à des services de garde subventionnés universels, aboutissait à une augmentation d’effets comportementaux défavorables chez l’enfant et de résultats préjudiciables dans la famille.

Je vais être franc : je n’y avais pas cru. Je pensais l’inverse.

[...]

Lorsque les parents envoient leurs enfants à la garderie [ou le CPE, débat un peu stérile au Québec], ils finissent par s’occuper nettement moins de ceux-ci, ils lisent notamment nettement moins à leurs enfants. Les parents supposent que leur enfant bénéficie de nombre d’activités éducatives dans les garderies. Ils pensent qu’il s’agit plus d’une éducation précoce que d’une garde précoce. Ce que nous avons constaté, c’est que les enfants qui sont vraiment très peu stimulés à la maison bénéficient de la garderie qu’ils y reçoivent plus de stimulation qu’à la maison. Mais pour les autres enfants, ils finissent par s’en tirer plus mal parce qu’une garde collective n’est pas aussi efficace qu’une garde individuelle.



Garderies privées et CPE : plus ciblées, moins universelles, de meilleure qualité et soutenir d’autres choix...

La maternelle à 4 ans au Québec, étude : peu d’effets positifs


Une nouvelle étude souligne les conséquences néfastes des garderies « universelles » québécoises

« Le Québec, leader en matière de petite enfance » (Mais comment le Québec a-t-il atteint sa première place et la Saskatchewan sa mauvaise note ? Par un effet de système qui favorise les provinces dépensières dans le domaine, pas par une mesure réelle de l’efficacité quelconque des sommes dépensées.)

Les CPE québécois ne sont pas un exemple à suivre

Allemagne — Légère baisse de la natalité après quatre années de petite hausse

En 2017, le nombre des naissances a baissé en Allemagne par rapport à l’année précédente, selon les données publiées mercredi par l’Office fédéral de la statistique (Destasis).

En 2017, environ 785 000 nourrissons étaient nés, soit 7 000 de moins que l’année précédente. Le taux de natalité se situait à 1,57 enfant par femme contre 1,59 enfant par femme, en moyenne, l’année précédente.

Les données font apparaître une différence significative — en termes de taux de natalité — entre les femmes qui ont un passeport allemand (1,45 enfant par femme en moyenne) et les femmes qui vivent en Allemagne, mais qui sont ressortissantes d’autres pays (2,15 enfants par femme en moyenne). Les taux de natalité observés parmi les femmes étrangères vivant en Allemagne ne sont pas aussi élevés, cependant, qu’il y a un an.

À l’exception de Berlin, les taux de natalité en Allemagne de l’Est (qui votent le plus pour les nationalistes de l'AfD) étaient supérieurs à ceux de l’Allemagne de l’Ouest. Les taux les plus faibles ont été enregistrés à Berlin (ville très à gauche sur le plan des mœurs).

Les chiffres officiels suggèrent que le léger regain dont l’Allemagne a bénéficié entre 2012 et 2016 ne se poursuit pas, même si les taux de natalité se stabilisent à un niveau relativement élevé pour l’Allemagne. En 2011, l’indice de fécondité était de 1,39 pour l’Allemagne. Rappelons qu’il faut 2,1 enfants par femme pour que la population se renouvelle. La natalité allemande est désormais similaire à la natalité québécoise. Avec 1,45 enfant par femme allemande, quatre grands-parents ont 2,9 enfants et, si ceux-ci ont la même fécondité, 2,1 petits-enfants allemands.

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Pourquoi le patriarcat a de l’avenir

Allemagne — La formation des réfugiés un énorme défi

Bavière — Une croix dans chaque bâtiment public (M-à-j : réactions)

Démographie : la population de la Turquie rejoint celle de l'Allemagne à 82,8 millions d'habitants en 2018 (Rappel de la population de l'Allemagne en 1927 : 63,9 millions, Turquie en 1927 : 13,7 millions).

lundi 29 octobre 2018

Ensauvagement — Où sont les pères ?

Texte de Chantal Delsol, de l’Institut. Dernier ouvrage paru : « Un personnage d’aventure : petite philosophie de l’enfance » (Cerf, 2017)

La stupeur domine à voir un garçon de 13 ans tué à coups de barres de fer par des adolescents de son âge aux Lilas (Seine–Saint-Denis). On a le sentiment — le souvenir ? — que « cela n’arrivait pas avant ». Les rixes et les règlements de comptes existent dans toutes les zones urbaines, et certaines en sont coutumières. Mais un jeune ado, presque un enfant ! Puis, on nous informait que, à Créteil, un lycéen a braqué un pistolet à bille sur son professeur afin d’être marqué présent pendant qu’un de ses camarades filmait la scène et la diffusait sur les réseaux sociaux…

L’enfant n’est pas le bon sauvage de Rousseau. Il attend son humanisation. Si on ne l’humanise pas d’une manière ou de l’autre il se hâte de demeurer au chaud dans la barbarie primitive. Ainsi, ce ne sont pas de mauvais enfants qui vont chercher la barre de fer pour assassiner le voisin de cité — ce sont des enfants qu’on a renoncé à humaniser. Ou pire encore, qu’on se refuse d’humaniser, par utopisme, par démagogie, par lâcheté d’adulte. Dans les sociétés mondiales, l’ordre social, celui qui permet d’éviter ce genre d’insupportable meurtre, peut être atteint de deux manières possibles. Ou bien l’enfant est éduqué à la liberté, c’est-à-dire en permanent apprentissage de la responsabilité personnelle, ce qui est en principe le cas dans les sociétés démocratiques qui sont des fabriques de citoyens. Ou bien l’enfant est élevé dans la soumission, et un État autocratique vient réprimer tout écart, en général avec tant de sévérité que finalement l’ordre règne. Dans le premier cas, l’enfant n’ira pas chercher la barre de fer parce qu’on lui a appris patiemment à remplacer la violence par les mots, et parce qu’il est contrôlé et accompagné par ses parents. Dans le second cas, il n’ira pas chercher la barre de fer parce qu’il sait que la police sera là avant lui, et que sa vie est ruinée s’il se livre à ce genre d’agression.

Le problème est que chacun de ces modèles sous-entend des conditions spécifiques. Notre modèle, celui occidental qui préfère l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité, et la fabrique de citoyens, requiert une éducation soignée, qui ne s’arrête pas à l’affection et au dressage. Éduquer à la responsabilité exige généralement deux parents, c’est-à-dire deux pôles d’autorité capables de maintenir l’équilibre entre l’affection essentielle et la prise de risque que nécessite tout apprentissage de la liberté. Pour cela, les psychiatres le savent bien, il faut généralement un père. L’affirmation s’entend évidemment de façon générale sans préjuger des exceptions nombreuses. On constatera que dans toutes les sociétés dont les pères sont absents ou lointains (sociétés polygames, sociétés matriarcales), le gouvernement est autocratique. Il n’y a pas de hasard si les sociétés occidentales démocratiques sont en même temps, traditionnellement, des sociétés patriarcales (mais certaines sociétés patriarcales peuvent être en même temps autocratiques, comme la Chine).

Aussi y a-t-il une grande incohérence à vouloir écarter les pères et récuser l’autorité des parents (interdire la fessée !), ou à vouloir comme c’est le cas des lois en cours, programmer délibérément des enfants sans père. On aura remarqué l’enthousiasme frénétique avec lequel nos médias tentent de nous convaincre des bienfaits du matriarcat. Lors de son 50e anniversaire, en 1995, les Nations unies ont déclaré que les Moso (une minorité ethnique de Chine, NDLR), une société matriarcale sans père ni mari, étaient un « peuple modèle », une « société parfaite » (je cite) !

On croit rêver. La société sans père est autocratique, parce qu’il faut bien à un moment donné stopper les méfaits du jeune barbare. Et la mère seule a beaucoup de mal à éduquer à la liberté en même temps qu’elle apporte l’indispensable affection, car l’un et l’autre s’entrechoquent et se contredisent. Des études sociologiques américaines et norvégiennes (un résumé de nombre de ces études figure dans Le Coût social de la famille déstructurée, de Paul C.Vitz, in Revue éthique, 1996, n° 21, équivalent en anglais disponible en ligne) ont été faites depuis vingt ans sur le devenir des enfants élevés par la mère seule. Sur des chiffres importants qui garantissent le sérieux des enquêtes, les résultats sont impressionnants. Les jeunes garçons délinquants sont le plus souvent ceux qui ont été privés de père. En France, on renâcle à publier ces enquêtes, et, placés devant ces chiffres, les sociologues ont tendance à récuser la corrélation, qui pourrait « discriminer » les familles monoparentales… Elle existe pourtant, sur le long terme et dans des pays fort divers (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Norvège… des dizaines d’études sont référencées dans l’article cité ci-dessus).

Si on ne veut pas de pères dans les maisons, on aura un jour prochain la police dans les lycées et une sévérité pénale singapourienne. Aujourd’hui, le garçon de 13 ans est assassiné parce que nous sommes dans une situation politico-sociale de transition : nous avons une société démocratique (et non un État policier) et en même temps l’autorité parentale et paternelle est dénigrée ou récusée. Nous ne pourrons pas demeurer longtemps dans cette situation. Il nous faudra accepter de légitimer une autorité d’un côté ou de l’autre — aucune société ne peut vivre dans une situation anomique, où les enfants s’entretuent.

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Idées reçues sur les blancs américains, écart moral et culturel croissant des classes sociales : les classes moyennes supérieures sont plus religieuses, plus souvent traditionnelles, plus souvent encore mariées que les classes sociales moins nanties.

Richard Martineau : « L’école sert à extirper l’enfant de son milieu familial et à l’exposer à d’autres valeurs » [sexuelles]. Permissives ?


Québec — Hausse constante de l'utilisation d'antidépresseurs chez les jeunes

La consommation d’antidépresseurs est en hausse constante chez les jeunes, en particulier chez les adolescentes.

Selon les derniers chiffres obtenus auprès de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), 2157 jeunes filles âgées de 14 à 17 ans ont eu recours à des antidépresseurs en 2017 comparé à 826 en 2007, soit une augmentation d’environ 160 %.

Les filles sont deux fois plus nombreuses à avoir recours à ce type de prescription que les garçons du même âge, un phénomène qui existe depuis déjà plusieurs années.

Les antidépresseurs sont prescrits pour traiter la dépression, mais aussi l’anxiété, qui pourrait représenter environ la moitié des cas, estime le pédopsychiatre Frédéric Charland, président du comité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Association des médecins psychiatres du Québec.

Ce dernier n’est pas étonné par l’augmentation du recours à la médication chez les jeunes filles, puisqu’on observe depuis déjà plusieurs années davantage de troubles de l’humeur chez les femmes, peu importe l’âge, précise-t-il.

Augmentation généralisée

L’augmentation ne concerne toutefois pas seulement les filles. De manière générale, le nombre total de jeunes Québécois de 17 ans et moins qui consomment des antidépresseurs est passé de 1886 à 4098 en 10 ans, ce qui représente une hausse de 115 %.

Les troubles de santé mentale sont effectivement en augmentation, mais ils seraient aussi plus détectés qu’avant, précise le Dr>/sup> Charland.

Or, le recours à la médication préoccupe Joël Monzée, professeur de psychiatrie à l’Université de Sherbrooke. Il est plus facile au Québec d’avoir accès à une prescription qu’à un psychologue, déplore-t-il. « On a mis beaucoup d’argent collectivement sur le médicament et on a oublié que l’esprit humain a parfois besoin d’autre chose que de prendre une pilule ».

Cette préoccupation est partagée par le Dr Charland, qui déplore aussi le manque de suivis thérapeutiques. « Lorsque les traitements psychosociaux ne sont pas disponibles, c’est la médication qui vient prendre la place. »

La médication peut toutefois être incontournable dans le cas d’un jeune qui a des idées suicidaires, précise toutefois M. Monzée. « Il vaut mieux médicamenter que d’oser risquer un drame », lance-t-il.

Lorsqu’un jeune a recours à la médication, l’intervention au niveau psychologique reste tout aussi nécessaire pour éviter que le patient ne revive des épisodes de dépression ou d’anxiété une fois la médication cessée, précise-t-il.

Juges européens : droit de blasphème contre christianisme, mais délit de blasphème contre l'islam ?

Selon le docteur en droit Grégor Puppinck, en confirmant jeudi la condamnation d'une Autrichienne qui avait évoqué en public la «pédophilie» de Mahomet, la CEDH reconnaît l'existence d'un délit de blasphème. Grégor Puppinck est docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ). Il est membre du panel d'experts de l'OSCE sur la liberté de conscience et de religion. Il est l'auteur d'une étude sur l'objection de conscience et les droits de l'homme, publiée aux éditions du CNRS en 2016. Prochain livre à paraître: Les droits de l'homme dénaturé (Le Cerf, novembre 2018).

Les faits. En Autriche, lors d'une conférence organisée au sein du FPÖ et intitulée «connaissance élémentaire de l'islam», la conférencière et responsable du FPÖ a été condamnée pour avoir dit, à propos du mariage de Mahomet avec une fillette de 6 ans et de sa consommation sexuelle à l'âge de 9 ans: «Comment appelons-nous cela, si ce n'est de la pédophilie?». Elle voulait notamment alerter sur la pratique du mariage des mineurs dans l'islam, suivant l'exemple de Mahomet. Alors qu'elle a contesté en 2012 cette condamnation devant la Cour européenne des droits de l'homme, cette dernière a confirmé la décision des juges autrichiens dans un arrêt rendu public jeudi 25 octobre. L'ECLJ est intervenu dans cette affaire pour défendre la plaignante.

— La Cour européenne des droits de l'homme vient de confirmer la condamnation d'une Autrichienne qui avait évoqué lors d'un meeting la «pédophilie» de Mahomet. Sur quel motif s'appuie cette condamnation?

Grégor PUPPINCK. Le seul véritable motif de cette décision est la peur des musulmans. La Cour le dit expressément: les autorités autrichiennes ont eu raison de condamner ces propos pour préserver la «paix religieuse» et la «tolérance mutuelle» dans la société autrichienne. Selon la Cour, les États auraient à présent, et c'est nouveau, «l'obligation d'assurer la coexistence pacifique de toutes les religions et de ceux n'appartenant à aucune religion, en garantissant la tolérance mutuelle».

La Cour développe plusieurs arguments à l'appui de sa conclusion.

D'abord, elle juge l'intention même de la conférencière, et la condamne en estimant qu'elle n'a pas tant cherché à informer le public qu'à «dénigrer» Mahomet et à démontrer «qu'il n'est pas digne d'être vénéré», et par suite à inciter à la violence. Ainsi, dénigrer Mahomet n'est pas protégé par la liberté d'expression: il ne faudrait en parler qu'avec respect et des bonnes intentions!

La Cour a jugé ensuite - de façon incroyable - que ces propos n'étaient pas l'expression d'un fait mais d'un jugement de valeur personnel et hostile, car la conférencière n'aurait pas resitué les faits dans leur contexte historique, ni précisé que la première épouse de Mahomet était bien plus âgée que lui. Dès lors, elle aurait «généralisé» la pédophilie de Mahomet de façon malveillante. Pour la Cour, alors, la conférencière était de mauvaise foi, et c'est «légitimement» que les musulmans auraient pu se sentir «offensés» par ces propos et que les juridictions autrichiennes les ont condamnés.

Cette décision est grave à mes yeux. D'abord parce qu'elle se résigne à l'intolérance et même à la violence des musulmans face à la critique, et qu'elle renonce à défendre fermement la liberté d'expression sur l'islam. En fait, c'est la violence même des musulmans qui justifierait et exigerait que leurs croyances soient davantage protégées contre les critiques.

Plus profondément, cette décision est aussi très grave car elle fait primer les objectifs de «tolérance mutuelle» et de «coexistence pacifique» sur la liberté de pensée et d'expression en matière religieuse. Elle permet de museler la critique de l'islam au nom du vivre-ensemble. Cela va à rebours de la modernité occidentale qui exige au contraire de soumettre l'islam à la critique historique, sans peur de bousculer les croyances de ses adeptes et même de provoquer des tensions.

Mais pour estimer et protéger le débat critique et la controverse, il faut encore croire en la vérité et en la vertu. Ce n'est malheureusement pas le cas de cette décision qui est purement relativiste. Faire de la tolérance et de la coexistence des valeurs et des objectifs en soi est une abdication de l'esprit. La société européenne ne doit pas renoncer à être fondée sur la justice et la vertu qui sont, par définition, intransigeantes.

Ultimement, la logique de la coexistence et du vivre-ensemble repose sur le dogme absurde de l'égalité des religions. Pour ma part, je suis convaincu qu'il est urgent de détruire ce dogme, de critiquer et de comparer les religions par rapport à leur contribution au bien de l'humanité. Quant à la liberté d'expression, je pense que seule la diffusion d'obscénités gratuitement offensantes et inutiles au débat ainsi que les propos incitant à la violence immédiate peuvent être restreints. Tout autre propos - surtout lorsqu'il s'appuie sur des faits réels - devrait être protégé au titre de la liberté d'expression.

— La décision rendue par la CEDH aurait justifié la condamnation des caricatures de Charlie Hebdo, mais aussi de Voltaire, Ernest Renan ou encore Auguste Comte. La Cour européenne des droits de l'homme n'est pas vraiment Charlie...

N'est-il pas étonnant de voir la CEDH maintenir un «délit de blasphème» alors même que, partout en Europe, il tend à disparaître? Les Irlandais s'apprêtent par exemple à le retirer de leur Constitution.

Oui, il est vrai que depuis 2009, les instances internationales et européennes se sont toutes déclarées en faveur de l'abolition du délit de blasphème. C'est pourquoi il a été retiré du droit local alsacien en 2016, et que les Irlandais s'apprêtent à faire de même prochainement. Cette décision de Strasbourg va donc à contre-courant.

La Cour a adopté une position inverse en accordant sa protection à des blasphèmes contre la religion chrétienne.

En fait, cette tendance est une réaction de défense face à l'offensive menée à l'ONU par l'Organisation de la Conférence Islamique pour créer en droit international un délit de blasphème sous l'appellation de «diffamation de l'islam». Il y a donc eu un conflit en droit international entre les conceptions musulmane et occidentale de la liberté d'expression en matière religieuse. La Cour, dans cette affaire, a opté pour la conception musulmane… conforme à la charia.

— En somme, la CEDH défend ceux qui blasphèment contre le christianisme, mais condamne ceux qui blasphèment contre l'islam...

Force est de constater que dans deux jugements récents, la Cour a adopté une position inverse en accordant sa protection à des blasphèmes contre la religion chrétienne. Il ne s'agissait pas, dans ces affaires, de débat historique, mais de simples publicités commerciales et d'activisme politique.

Il y a d'abord eu l'affaire des publicités représentant le Christ et la Vierge Marie comme des junkys tatoués et lascifs. La Cour de Strasbourg n'a pas admis la condamnation de ces publicités, alors même qu'elles choquaient gratuitement, dans un seul objectif commercial. Elle a condamné la Lituanie.

Il y a ensuite eu l'affaire des «Pussy Riot», ce fameux groupe d'agitatrices punk qui avait été lourdement condamné en Russie pour avoir organisé un concert sauvage dans le chœur de la Cathédrale orthodoxe de Moscou. Ici encore, la CEDH a protégé leur liberté d'expression, reconnaissant tout au plus qu'une réaction au manquement à des règles ordinaires de conduite dans un lieu de culte aurait pu être justifiée.

On peine à s'expliquer la divergence d'approches de la Cour entre ces différentes affaires.

— Ailleurs dans le monde, une jeune femme, Asia Bibi, a été condamnée à mort pour blasphème. Que font les défenseurs des droits de l'homme?

L'ECLJ dispose d'un bureau au Pakistan qui y défend courageusement les nombreux chrétiens persécutés, tels qu'Asia Bibi. Face à l'islam, nous avons aussi besoin en Europe de défenseurs courageux des droits de l'homme. Ce n'est pas le signal que donne la Cour européenne avec cette décision... J'espère que cette affaire sera rejugée, en appel, devant la Grande Chambre de la Cour européenne, et que celle-ci saura alors faire preuve du courage qu'exigent les circonstances actuelles.

Source

Élection de Bolsonaro au Brésil : impact sur les écoles et universités

Dans les classements du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), référence dans le domaine de la mesure des performances des systèmes éducatifs, le Brésil fait office de mauvais élève parmi les pays développés. Il se classe entre la 59e et la 65e place en mathématiques, sciences et lecture.

Jair Bolsonaro préconise donc de changer le contenu et les méthodes des programmes scolaires, avec « plus de mathématiques, de sciences et de portugais », et ce « sans endoctrinement ni sexualisation précoce ». Défenseur des valeurs chrétiennes et de la famille, soutenu par les évangéliques ultraconservateurs, il fait ici référence à son adversaire du second tour, Fernando Haddad. En 2011, alors qu’il était ministre de l’Éducation, ce dernier avait fait distribuer dans les écoles des manuels contre l’homophobie. En août dernier, Jair Bolsonaro avait affirmé à la télévision que ces manuels étaient des « trousses homos », poussant les enfants vers l’homosexualité. Il avait brandi le Guide du zizi sexuel de Titeuf, de l’auteur suisse Zep [plus de détails ici], qui vise à expliquer la sexualité aux enfants.


En dehors des valeurs chrétiennes, le candidat du PSL souhaite mettre en avant dans les programmes scolaires le patriotisme et le nationalisme. Le général Ribeiro Souto, responsable du volet éducation du programme de Jair Bolsonaro, compte mettre en place une « nouvelle bibliographie pour les écoles » pour « enseigner la vérité sur 1964 », date du coup d’État miliaire qui a instauré la dictature jusqu’en 1985.

Enfin, Bolsonaro veut réduire les quotas de places réservées aux Brésiliens noirs dans les universités publiques et dans la fonction publique. « Je ne dirai pas que je vais mettre fin aux quotas, car cela dépend du Congrès. Peut-être, réduire le pourcentage. Non seulement pour l’université, mais aussi dans les concours de la fonction publique. Pour l’amour de Dieu, mettons fin à cette division au Brésil. » (Source)

La loi 12 990 du 9 juin 2014 réserve 20 % des postes vacants dans les concours publics des administrations publiques fédérales, des municipalités, des fondations et des sociétés d’économie mixte ou à économie mixte contrôlées par le gouvernement aux personnes qui se disent noirs ou mulâtres. Les quotas d’admission dans les universités et les établissements fédéraux d’enseignement technique moyen sont définis par la loi n° 12 711 du 29 août 2012. Cette loi exige que 50 % des postes vacants de chaque sélection soient réservés Grâce à diverses mesures de discrimination en faveur des noirs, métisses et mulâtres, le pourcentage de Noirs et mulâtres inscrits dans les universités publiques fédérales est passé de 20 % en 2011 à 40 % en 2016. Notons que le président brésilien ne peut modifier ces lois de son propre chef, il faut que le congrès brésilien où son parti est minoritaire passe une loi. Laquelle loi pourrait être déclarée anticonstitutionnelle par la Cour suprême fédérale. En effet, le tribunal a déjà reconnu la constitutionnalité de la réservation de postes vacants pour les Noirs dans les universités publiques en 2012 et dans les concours publics en 2017.

Voir aussi

Brésil — discrimination raciale et en faveur des diplômés des écoles publiques dans les universités

Brésil: Rio réintroduit l’enseignement religieux facultatif

Parents brésiliens éducateurs à la maison condamnés en justice

État de droit (gouvernement des juges) contre démocratie ?

Les juges-prêtres (sur le livre L’emprise contemporaine des juges)

La Cour suprême du Canada : décideur politique de l’année 2014

Dicastocratie — « La réinvention du despotisme éclairé »

Histoire — Jean de Léry et les explorateurs français au Brésil (1555 à 1560)

dimanche 28 octobre 2018

Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, mythes et réalités

Recension par Hélène Renard.

L’affirmation qu’en Espagne arabo-musulmane (du VIIIe au XVe siècle) les fidèles des trois religions ont pu vivre une coexistence harmonieuse en un paisible paradis est une falsification de l’histoire. Telle est la thèse de l’auteur qui entreprend ici une démystification de cette vision idyllique (soutenue, affirme-t-il, par une propagande efficace et utile à certains). Les faits historiques, les textes (en particulier juridiques), les trouvailles archéologiques récentes la démentent. Il aborde dans les deux premiers chapitres la façon dont l’Espagne a été colonisée et conquise par les forces du Califat islamique, démontrant qu’il s’agissait bien d’un djihad, d’une invasion à motifs religieux, avec pour effets la destruction d’une civilisation, celle de l’empire chrétien gréco-romain et wisigothique.

À partir du troisième chapitre, il détaille les réalités quotidiennes de la vie à al-Andalus, société régie par la charia, gouvernée par un clergé islamique, proche du malikisme, école conservatrice de la jurisprudence musulmane, où des mots comme tolérance, liberté de conscience, n’avaient aucun sens. La prétendue convivencia était quotidiennement accompagnée de décapitations, d’empalements, de crucifixions à la fois contre les musulmans blasphémateurs et contre les chrétiens et les juifs non soumis. Sans parler du sort réservé aux femmes, excisées, lapidées ou réduites à l’esclavage sexuel. Ni des destructions innombrables d’églises. Les Chrétiens restaient des dhimmis, tolérés, mais avec des mesures humiliantes, car en position d’inférieurs ; de même pour la majorité des juifs. Et bien entendu, l’auteur examine en les nuançant les apports culturels des grands esprits de l’époque (Averroès entre autres). Il démontre, avec l’appui de nombreuses références, que l’Espagne islamique ne fut pas une période heureuse, ouverte, tolérante, n’en déplaise aux tenants du « multiculturalisme ».

POINTS FORTS

· L’éclairage totalement nouveau offert par ce livre remettant en cause une croyance largement répandue et une vision, héritée du XIXe siècle, qui ne s’appuyait pas sur les faits historiques.

· Avec 190 pages de notes détaillées, dont la lecture n’est pas moins intéressante que le reste du texte, les sources et références sont non seulement citées, mais largement expliquées.

· Le courage de l’auteur qui ne craint pas d’être traité d’islamophobe — ce qu’il n’est pas à l’évidence — et contredit sans sourciller les affirmations de ses confrères historiens quand elles vantent une tolérance qui n’a jamais pu exister, les lois et textes juridiques de l’Islam, généralement méconnus, s’y opposant.

· Les « perles » citées en tête de chacun des chapitres : une sélection d’affirmations surprenantes qui laissent le lecteur plus qu’étonné...

· La préface de Remi Brague (membre de l’Académie des sciences morales et politiques) qui, depuis longtemps, dénonce cette vision idyllique : « C’était trop beau pour être vrai ».

POINTS FAIBLES

· L’éditeur, courageux lui aussi, aurait cependant dû veiller à ce que les citations des historiens chantres d’un paradis tolérant soient mises dans une autre police de caractère de façon à les distinguer d’emblée du reste du texte et de l’analyse de l’auteur.

· Les innombrables exemples, références, preuves, sources citées finissent par rendre à la longue, du moins pour le non-spécialiste, la lecture mal aisée. Les spécialistes, eux, apprécieront cette abondance justifiée par l’objectif de démystification.

EN DEUX MOTS...

S’il existe des dizaines d’ouvrages et d’articles, tous orientés dans la célébration de cette période hispano-islamique, il est juste et enrichissant que paraisse enfin une étude permettant une approche différente, « dégrisante » dit Rémi Brague.

UN EXTRAIT

« Rares sont les périodes de l’histoire qui ont été si mal interprétées ou déformées que l’Espagne musulmane. La tolérance si vantée des dirigeants omeyyades fait partie de cette narration ou de ce roman historique. Nous avons vu que cette interprétation ne résiste pas à un examen attentif... »

L’AUTEUR

Dario Fernandez-Morera est américain, né en 1950, professeur au département d’espagnol et de portugais de l’Université Northwestern (Chicago). Docteur de l’Université Harvard, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’Espagne médiévale et s’est fait connaître par plusieurs monographies sur les auteurs du Siècle d’or. Dans sa version anglaise, paru aux États Unis, cet ouvrage a rencontré un grand succès auprès du public américain sous le titre The Myth of the Andalusian Paradise (2016).

Vidéo sur ce même livre 





Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus : Mythes et réalités
de Dario Fernandez-Morera
Paru chez Jean-Cyrille Godefroy
à Paris
le 13 septembre 2018
366 pages
ISBN-13: 978-2865533053

Voir aussi

Contes, légendes, clichés et réalité de l'Espagne musulmane

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »

Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

Manuel d’histoire — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Meilleur « vivre-ensemble » grâce à la connaissance ?

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La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l’Europe romane

Usage de la raison : Rémi Brague sur la prétendue primauté Averroès sur Saint Anselme, Saint Thomas d'Aquin (vidéo)

samedi 27 octobre 2018

Michel Houellebecq : le suicide de l'Occident résultat de deux déclins, l'un démographique, l'autre religieux

Texte prononcé par Michel Houellebecq à Bruxelles le vendredi 19 octobre lors de sa réception du prix Oswald Spengler 2018.

Des journalistes m’ayant demandé s’ils pouvaient écrire que j’avais été influencé par Oswald Spengler, j’ai répondu que c’était trop simplificateur, qu’il valait mieux que je m’explique plus longuement sur ce point. Tel est l’objet de ce discours.

Je fais moi-même partie du jury d’un prix. La Fondation 30 Millions d’amis est une fondation française qui se consacre à la défense de la cause animale ; ils ont créé un prix littéraire.

Tous les ans, les jurés reçoivent deux types de livres :

– des romans dont l’un des personnages principaux est un animal ;

– des essais. Soit des essais scientifiques sur tel ou tel aspect du comportement animal. Soit des essais plus militants, par exemple sur les conditions de vie des animaux en élevage industriel.

Tous les ans, les jurés se rendent compte qu’il est possible de comparer des romans entre eux ; qu’il est possible de comparer des essais entre eux. Mais qu’il est impossible de comparer un roman et un essai ; qu’on a affaire à des entités, strictement, incommensurables.

Nous avons fini par prendre la seule décision rationnelle, celle de diviser le prix en deux : un prix pour la fiction, un prix pour l’essai.

Remise du prix Oswald Spengler à Bruxelles
(Comme c'est une ville belge massivement francophone, tout ce qui est écrit est en anglais)


On peut dire que Flaubert a influencé les romanciers naturalistes. On peut dire que Baudelaire a influencé de nombreux poètes de la seconde moitié du XIXe siècle (l’influence peut aussi être négative ; dans une large mesure, Nietzsche n’est qu’une réponse à Schopenhauer).

Bref, les véritables influences littéraires se produisent entre des gens qui écrivent le même type d’ouvrage. Et du point de vue philosophie ou essais, on ne peut pas dire que j’ai fait grand-chose. Il y a très peu de textes, et le plus long doit faire vingt pages. En fait, on pourrait même se demander si je mérite le prix Spengler.

La première réponse qui vient à l’esprit, c’est plutôt : « non ». Quelqu’un comme Éric Zemmour, qui a réellement produit des essais historiques de grande ampleur, et bien documentés, le mériterait dans un sens bien davantage.

Pourtant, en y réfléchissant plus longuement, j’ai fini par me dire que la réponse était : « oui ». Et c’est là qu’il y a quelque chose de vraiment mystérieux dans le roman. Je dis mystérieux alors que j’ai déjà écrit pas mal de romans ; mais oui, pour moi, le mystère demeure, et je ne sais toujours pas comment font les romanciers, même si j’en suis devenu un. Mais le fait est qu’on apprend davantage sur la France de 1830 en lisant les romans de Balzac qu’en lisant une dizaine d’historiens, aussi sérieux, compétents et bien documentés soient-ils. Et que si quelqu’un écrit dans cent ans : « Sur l’Occident de la fin du XXe et du début du XXIe siècle, sur le déclin qu’il traversait à l’époque, Houellebecq offre un témoignage d’une grande valeur », c’est un compliment que j’accepte par avance.

Alors oui, dans ce sens, je me sens en droit d’accepter le prix Spengler.

vendredi 26 octobre 2018

Houellebecq : « l’intégration des musulmans ne pourrait fonctionner que si le catholicisme redevenait religion d’État »

Alors qu'on reparle de Michel Houellebecq pour ses propos sur la décadence européenne (voir la vidéo ci-dessous) et de la laïcité, rappelons que l'auteur à succès a une thèse originale sur l’intégration des musulmans.

Il a d’ailleurs la solution pour éviter la guerre civile en France. « Au fond, l’intégration des musulmans ne pourrait fonctionner que si le catholicisme redevenait religion d’État. Occuper la deuxième place, en tant que minorité respectée, dans un État catholique, les musulmans l’accepteraient bien plus facilement que la situation actuelle. Ils n’arrivent pas à se faire à l’État laïc, porteur d’une liberté de religion qu’ils ne comprennent pas. Le prophète Mahomet ne pouvait pas imaginer l’existence d’un athée », explique celui qui a écrit le très polémique Soumission, un livre d’anticipation où il imaginait l’arrivée au pouvoir d’un parti musulman. Avec une deuxième place, celle d’une minorité respectée dans un État catholique, les musulmans accepteraient mieux la légitimité de l’État français. Au contraire, au sein d’une société sécularisée avec un État laïc, ils considèrent la puissance publique comme un agent au service d’une guerre antireligieuse déguisée. Pour Michel Houellebecq, le régime de la laïcité n’est donc pas le meilleur garant de la concorde publique entre tous les citoyens pratiquant différentes religions.

Michel Houellebecq s’attaque ensuite à la politique. « La gauche (…) est à l’agonie. Ses idées sont mortes, le succès de Mélenchon ne reposait que sur lui-même, en aucun cas sur ses idées. » Et de poursuivre : « Il n’y a plus en France que la droite et l’extrême droite. La gauche a perdu sa force mobilisatrice. »

Dans le dernier numéro de Valeurs Actuelles, Michel Houellebecq réitère ce point de vue :




« Le remarquable retour du catholicisme » en France

Michel Houellebecq évoquait également dans cet entretien au Spiegel ce qu’il considère comme l’un des « moments les plus intéressants de l’histoire récente » et qu’il a pu observer en France. À l’occasion des manifestations contre le mariage pour tous, le monde politique a été abasourdi de découvrir une mobilisation de masse de cette population que l’on croyait disparue. « C’était un courant souterrain qui est remonté soudainement à la surface » : les catholiques français ont redécouvert à cette occasion leur poids et leur capacité de mobilisation.

Pour le romancier, ces mobilisations étaient beaucoup moins inspirées d’élans réactionnaires qu’on a pu le prétendre. Il les attribue essentiellement au renouveau lié aux mouvements charismatiques, qui ont su développer de nouvelles formes d’expressions et transformer la communication en s’inspirant des mouvements pentecôtistes. Le catholicisme que certains croyaient morts est apparu bien vivant et plein de vitalité.

Michel Houellebecq soulignait l’importance qu’il donne à la religion. Selon lui, elle joue un rôle moteur pour la constitution des communautés et elle aide à leur pérennité. Il explique : « J’ai la conviction qu’une religion, une vraie foi, est beaucoup plus puissante sur les esprits qu’une idéologie. Le communisme était une sorte de fausse religion, un mauvais ersatz, quand bien même il se présentait avec toute une liturgie ». C’est pour cette raison que, selon lui, il a pu disparaître. Ce ne sera pas le cas, explique-t-il, de l’islam ou du catholicisme.

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