mardi 11 mars 2008

France — Une étude dévoile la loterie des notes du bac

Une même copie de bac peut atteindre jusqu'à un écart de onze points d'un correcteur à l'autre ! C'est le constat d'une récente étude de l'Iredu (Institut de recherche sur l'éducation) intitulée « La loterie des notes au bac ». Ces conclusions ne vont pas rassurer les futurs bacheliers [fin du CEGEP pour le Québec]. Bruno Suchaut, chercheur, y présente les résultats de cette expérience, révélée par l'Agence éducation formation (AEF). En 2006 et 2007, il a soumis trois copies d'élèves passant l'épreuve de sciences économiques et sociales à la correction d'une trentaine de professeurs, dans deux académies. Puis il a recueilli les notes et les appréciations sur chaque copie.

La conclusion est sans appel : il existe, pour chaque dissertation, des variations très fortes d'un correcteur à l'autre (de 5 à 16 sur 20 pour l'une d'entre elles ou de 8 à 18 pour une autre). L'écart de notation peut aller jusqu'à onze points, ce qui est énorme. En moyenne, il est cependant plus proche de deux ou trois points. Autre enseignement, il n'existerait pas de correcteurs « indulgents » ou «sévères», selon le chercheur : ces derniers ne sont pas « constants » dans leur pratique de notation. Ils peuvent noter très sévèrement une copie, puis généreusement les deux autres ou inversement !

Les commentaires des professeurs pour justifier leurs notes peuvent être parfois très contradictoires. Pour l'une des copies, le correcteur numéro 57 a attribué un 3. L'introduction n'est « pas satisfaisante », le propos n'est « pas très clair ». Le plan annoncé est « trop peu précisé, et la troisième partie est hors sujet… » Il a même la sensation que le candidat fait « du remplissage ». À l'inverse, le correcteur numéro 61 attribue un 13 à cette même copie. Pour lui, le «sujet est assez bien cerné ». Les notions clés sont « utilisées », les arguments sont « développés » et « permettent de mettre en évidence les différents mécanismes » du thème abordé.

France — l'école catholique sous contrat de plus en plus « laïque » ?

La Fondation de Service politique a réalisé fin 2007 une enquête sur la liberté scolaire (enseignements public et privé confondus) auprès de ses 30 000 correspondants. Alarmée par les réponses qu’elle a obtenues concernant les atteintes à la liberté religieuse, elle a lancé à nouveau un appel à témoignages. Plus de 3 000 réponses lui sont parvenues au total qui attestent de la gravité de la situation en général, d’autant plus que « les vexations à l’encontre de la foi catholique existent aussi au sein même de l’enseignement catholique ».

Sans prétention scientifique, cette démarche constitue tout de même un indice qualitatif sérieux sur la nature de la liberté religieuse jusque dans l’Enseignement catholique. Elle corrobore ce que maints parents ont vécu ou vivent encore avec leurs enfants scolarisés dans l’école sous-contrat.

Les parents, très majoritairement pratiquants, sont globalement insatisfaits de la qualité de l’enseignement dispensé tant dans le public que dans le privé catholique. Les réponses concernant les questions sur la liberté religieuse sont plus alarmantes encore. « L’enseignement public respecte-t-il la liberté de conscience de vos enfants ? » Réponse : « non » à 67 % ! Petit échantillon de quelques réponses révélatrices sur les torts subis à cause de la foi catholique dans l’Enseignement dit catholique (plus parfois encore que dans le public) :

— Nos sept enfants sont tous allés à l’école primaire dans l’enseignement public. Là, aucun problème, et même un respect total lorsque nous demandions en cas de voyage scolaire que nos enfants assistent à la messe du dimanche…

Alors que :

— Venez en province dans nos collèges soi-disant catholiques, vous serez édifiés. Sans compter que l’aumônerie des collèges publics est bien mieux que la pastorale proposée dans le sein du collège « catho »…

— Ma fille était au collège Saint-X. Elle est arrivée en classe avec une médaille très ordinaire. Le surveillant général l’a publiquement réprimandée en lui demandant de l’enlever parce qu’il était soi-disant « choqué par ce signe ostensible de religion », étant lui-même protestant…

— Ma fille s’est vu demander de rentrer sa médaille de baptême sous ses vêtements pour qu’elle ne soit pas visible.

— L’institutrice a arraché la médaille de ma fille.

— Mes enfants font l’objet de façon régulière de moqueries de la part des autres enfants parce qu’ils se disent ouvertement catholiques, parce qu’ils vont aux rares messes ou aux confessions proposées par le collège privé catholique.

— Un professeur à un élève : « Monsieur X, tout le monde sait bien ici que vous êtes un petit bourgeois catholique, n’ayant pas plus de jugeote que ce vieux débris qui vous sert de pape. » (Dans ce cas précis, des élèves musulmans prirent la défense de l’élève et… du pape.)

— L’année dernière en début d’année, le responsable de la catéchèse de l’école catholique a demandé à la classe d’une de nos filles : « Qui va à la messe le dimanche ? » Notre fille Marie a été la seule à lever le doigt. Le reste de son année n’a été que moqueries, méchancetés de la part de certains élèves de la classe. Nous envisageons de la mettre dans le public.

On induit évidemment de tous ces exemples le constat fait par Mgr Cattenoz (courage isolé dans l’épiscopat) : « Avouons-le, aujourd’hui beaucoup d’établissements catholiques n’ont plus de catholique que le nom (...). Je crois que la loi Debré, de 1959, qui avait pour but d’intégrer progressivement les écoles catholiques dans l’enseignement public, est finalement arrivée à ses fins. » Si bien qu’on pourrait reprendre à l’endroit de l’Enseignement catholique la mise en garde qu’adressait naguère à son beau-frère le P. de Foucauld concernant l’école publique soi-disant neutre : « L’air général y est mortel pour les âmes… » qui savait de quoi il parlait, lui le mécréant et le fêteur dans sa jeunesse.

lundi 10 mars 2008

France — l'école à la maison et les préjugés

Plus de 10 000 enfants sont instruits à domicile. Parmi eux, 1 000 à 3 000 ne sont pas même inscrits à des cours par correspondance. Incultes, mal élevés ? Pas du tout. Les « non-sco » égratignent le mythe de l'école républicaine.

Le magazine Le Point a enquêté, quelques extraits :

Car le pays se méfie de l'instruction en famille (IEF), craignant qu'elle ne masque maltraitances et dérives sectaires. En 1998, une loi renforçant les contrôles est votée. Au Sénat, Ségolène Royal s'inquiète : « La scolarisation des enfants doit être la règle [...] Interdire à l'enfant cette expérience fondamentale, c'est l'exclure de l'humanité, c'est le soumettre aux hasards des influences, c'est le rendre plus vulnérable en le faisant moins libre. » Bigre !

Face à cette méfiance, les familles se crispent. Il y a quelques semaines, une conférence de presse organisée par l'association Les Enfants d'abord a failli mal tourner : les journalistes relaient les habituelles interrogations. Une maman se révolte, leur demande quels sont leurs « préjugés ». Un jeune adulte qui n'a jamais mis les pieds à l'école élude une à une les questions qui, selon lui, « n'ont pas de sens ». Le ton monte, on frôle l'incident.

Surmontant ces « préjugés », nous nous sommes donc rendus dans des familles « non sco ». Surprise : ce ne sont pas ces parents raidis de principes, soucieux de contrôler étroitement leur progéniture, mais des familles plutôt « no logo », souhaitant éduquer leurs enfants « sans violence » mais non sans règles, et se mettre à l'écoute de leur spontanéité. Leur but : en faire des individus sûrs d'eux-mêmes, responsables et libres.

Claudia Renau a ainsi beaucoup réfléchi à l'éducation. C'est bien normal : elle était professeur d'histoire-géographie. « Il suffit d'interroger des élèves trois semaines après la leçon pour s'en rendre compte : ils ne se souviennent de rien. L'école ne s'appuie pas sur la motivation des enfants et échoue à transmettre les savoirs. Par contre, elle excelle à transmettre les valeurs souterraines de la société : la compétition, la soumission à la hiérarchie. » Claudia est donc aujourd'hui une adepte de l'unschooling [non-sco, dé-sco] pour ses filles, Auriane, 7 ans et demi, Loline, 5 ans, et Lilou, 2 ans. C'est la version la plus radicale de l'IEF, qui consiste à intervenir le moins possible. « A la limite, déclare Claudia, mon rôle se borne à leur fournir un accès Internet et un abonnement à une bibliothèque. » Auriane a appris à lire « à raison d'un ou deux mots par jour ». Elle écrit et passe de longs moments à découvrir les mots et l'orthographe, l'anglais ou l'espagnol sur un PC qui lui est propre. Pendant que Claudia explique ses choix, Loline fait de la peinture, joue à cache-cache avec sa petite soeur.

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Bien, mais la socialisation des filles ? Claudia sourit. Elle est « relais Paris » de l'association Les Enfants d'abord, et c'est elle qui organise le calendrier des activités. Toutes les semaines, un atelier de bricolage, une visite à la Cité des sciences, une initiation au cirque, au foot, etc. « Les enfants ne limitent pas leurs relations à des camarades issus du même milieu social ni du même âge. » La vraie mixité sociale et affective, c'est l'IEF qui la réaliserait.

[...]

voici Dali, une Française d'origine serbe, surdiplômée et mère de trois jeunes garçons. La petite famille vit au Blanc-Mesnil, dans une cité HLM, avec moins de 1 500 euros par mois. Dali aussi a beaucoup réfléchi : pourquoi cumuler deux salaires, consommer toujours plus et livrer ses enfants à ce « non-sens éducatif » qu'est l'école ? « Les élèves y vont par classe d'âge, séparés des aînés et ligués contre les adultes, alors que les enfants ne peuvent apprendre que par l'imitation ! » Autre lieu, autre ambiance : les Sanson sont catholiques et la maman ne voulait pas que son aîné redouble. Les cinq enfants suivent les cours du CNED. Les Evans, eux, sont des globe-trotteurs : à 6 ans, en Belgique, Mickael tombe sur un instituteur « très rigide » et devient agressif. Ni une ni deux, il est retiré de l'école. Son frère cadet, du coup, n'a jamais mis les pieds en classe !

[...]

Certains ados sont pourtant curieux d'essayer l'école. Mickael Evans, notamment, voulait savoir comment c'était, le lycée. « J'ai tenu trois mois. Quelle perte de temps ! Cinq à sept heures de cours par jour alors qu'à la maison, en deux heures, c'est plié. » Elsa Magnier a eu exactement la même expérience : « Quand j'ai repris le lycée en terminale, j'ai dû laisser tomber toutes mes activités. Etre enfermée six heures à ne rien faire m'épuisait. » Désocialisation patente ? Voire ! Mickael s'apprête à quitter le foyer familial pour suivre une première année universitaire en Angleterre, et Elsa a fait une prépa avant de poursuivre en école d'ingénieurs... à 19 ans !

À écouter les récits, la non-scolarisation n'a que des avantages. Des vacances au ski quand les pistes sont vides, des enfants « jamais malades », qu'on ne tire pas du lit le matin et dont la curiosité s'épanouit hors du carcan des programmes.

[...]

Aucune difficulté ne semble insurmontable aux familles, si ce n'est... ces fichus contrôles de l'inspection ! Des histoires terribles circulent sur le Net, comme celle de cette mère suspectée de dérives sectaires parce qu'elle faisait du yoga ! On n'ose y croire, mais la lettre que Claire a reçue de l'inspection académique est, elle, bien réelle : on lui refuse l'instruction en famille au prétexte que sa fille de 7 ans atteint, en fin de CP, un niveau de lecture de milieu de CP ! De la part d'une institution qui envoie bon an mal an 15 % d'illettrés au collège, cela ne manque pas de sel ! « L'école n'a qu'une obligation de moyens. Nous, une obligation de résultats », soupire Claire. Lisant la lettre, son mari, qui n'était pas chaud au départ pour déscolariser les petites, s'est exclamé : « Mais ce pays est communiste ! »

En France[ et au Québec], on pense volontiers que l'État fait mieux que l'individu, y compris en matière d'éducation. Aux Etats-Unis, on fait davantage confiance à la famille. Il y aurait 2 millions de home schoolers [comme on dit à Paris...] et pas seulement pour des motifs religieux. Des études ont montré que non seulement le quart de ces enfants avaient au moins un an d'avance sur les autres, mais que, contrairement à leurs pairs scolarisés, leurs origines sociales ou ethniques ne pesaient pas sur leurs résultats. En France, aucune étude à ce jour. Pourtant, les solutions bricolées des « non sco » méritent mieux que la suspicion de l'administration. Sandrine n'a pas son bac. Son aînée a appris à lire dans une méthode Boscher, qualifiée de réactionnaire par les « pédagos » [pire, cette méthode marche!]. Mais, pour les maths, Sandrine s'appuie sur une méthode canadienne très novatrice : « On voit les enfants comprendre au fur et à mesure, l'intelligence s'allumer dans leurs yeux. »

Alors, la journaliste, qui tous les matins abandonne la chair de sa chair aux griffes de l'institution scolaire, se rebiffe. Les mères n'ont-elles pas tout simplement le droit de souffler et de se décharger d'une partie de leurs responsabilités ? Un tel sacerdoce n'est pas à la portée de tous ! Valérie Vincent se récrie : « Quel sacerdoce ? Je ne scolarise pas mes enfants parce que je les aime. » Elle se reprend : « Euh... Cela ne signifie pas que les autres ne les aiment pas ! » On respire !

Ils ne sont pas allés à l'école

Maud Fontenoy

Dernier ouvrage : « Le sel de la vie » (Arthaud).

Sept jours après sa naissance, Maud embarque à bord d'une goélette avec ses parents et ses deux frères pour un périple de quinze ans, et sa scolarité se déroule par correspondance : « Mon père parfois blaguait : " Attention ! si tu ne travailles pas, tu iras à l'école ! ", comme s'il s'agissait de la pire des punitions. Et c'est vrai qu'à mon arrivée en terminale, ce fut un choc. L'école était l'inverse de tout ce que nous avions appris : la liberté, l'autodiscipline, la responsabilité. Mon premier combat a été de réussir mon bac. L'école a refusé de me présenter et j'ai dû m'inscrire en candidat libre. Je l'ai eu du premier coup. Plus tard, je me suis réconciliée avec l'Éducation nationale. Mais, si j'ai des enfants, j'aimerais bien leur rendre le temps et l'amour que mes parents m'ont donnés. »

Christopher Paolini

Auteur de la trilogie « Eragon » (éditions Bayard).

Le livre « Eragon », une sorte de « Seigneur des Anneaux », a été vendu à 8 millions d'exemplaires dans le monde, traduit en une quarantaine de langues et adapté au cinéma. Il est pourtant sorti de l'imagination d'un Américain de... 15 ans qui n'a jamais mis les pieds à l'école. Dans cet ouvrage de presque 2 000 pages, Christopher Paolini invente une géographie et pas moins de trois langues. « Je ne sais pas si, à la maison, on reçoit une meilleure éducation qu'à l'école, a-t-il expliqué à des fans qui l'interrogeaient. Mais le fait est que cela m'a laissé du temps pour écrire. » Certes.

Pierre-Gilles de Gennes

Prix Nobel de physique 1991, mort en 2007.

De santé fragile, le futur prix Nobel de physique ne met pas les pieds à l'école avant la 5e [12 ans]. Plus tard, sa mère le retire du lycée durant un an pour « parfaire [son] éducation au Louvre ». Tout cela ne l'empêche pas d'entrer à l'Ecole normale supérieure. D'où sa proposition décoiffante de réforme de l'Education nationale : « Je me pose parfois sérieusement la question de savoir si, actuellement, à nombre d'enseignants égal [...] il ne serait pas préférable de prendre les gens individuellement une heure ou deux par jour, [...] plutôt que de soumettre chaque gamin à la moulinette de la classe. [...] »

Pour La Pastorale, le cours d'éthique & culture religieuse est exempt de vraie culture religieuse et contraire au « vivre ensemble »

La revue catholique La Pastorale  du mois de mars publie un article assez percutant du philosophe Gérard Lévesque qui s'intitule : « Un programme sans véritable culture religieuse et contraire au «vivre ensemble ». L'article est cosigné par les professeurs de philosophie MM Marcel Bérubé, Charles Cauchy, Maurice Cormier, Michel Fauteux, Michel Fontaine, Richard Lussier et Gaston Nadeau.

La critique du cours s'articule le long de cinq axes :
  1. ce programme favorisera la transmission d'un savoir religieux superficiel,
  2. il pourrait plutôt susciter le dégoût du religieux et conduire à l'acquisition d'une inculture religieuse,
  3. les élèves (seront) laissés à eux-mêmes en les plaçant dans l'inconfort et l'angoisse de ne pouvoir faire la part des choses entre les diverses interprétations possibles,
  4. les auteurs affirment également que le savoir religieux pouvant répondre aux questions existentielles est non seulement ignoré, il est discrédité par la démarche générale que le programme préconise,
  5. enfin le programme ne va en rien faciliter le « vivre ensemble » en traitant les croyances des autres avec tant de superficialité, il en fera plutôt le sujet de quolibets, de critiques insignifiantes et de ridicules.
Quelques extraits :
[...]
Un savoir religieux de surface

Étrangement, les contenus de cours de culture religieuse du programme et leur description détaillée aux pages 67 à 74 ne font aucune mention du coeur même du phénomène religieux, la foi elle-même. Ce que les jeunes élèves auront à apprendre, ce sont plutôt divers aspects de la pratique religieuse, tels les rituels et les symboles religieux, les objets et lieux de culte, les célébrations et calendriers des fêtes, les fondateurs et guides spirituels, les postures de prière. C’est précisément parce que ces facettes extérieures ne constituent pas le cœur des croyances que de nombreuses personnes se disent croyantes même si ces aspects extérieurs n’ont pas
d’importance à leurs yeux, étant non pratiquantes.

C’est [pourtant] en allant derrière de telles manifestations extérieures qu’on peut commencer à comprendre une religion.

[...]

Au surplus, on sait que le caractère insolite, cocasse ou obsolète de certaines pratiques extérieures des religions témoigne de la difficulté qu’il y a à se faire des religions et de leurs pratiques une juste perception. La posture de prière particulière des musulmans ou le port chez les Juifs hassidiques du couvre-chef noir sur cheveux bouclés ne manquent pas de nous apparaître parfois étranges. Seule la connaissance de l’intérieur d’une religion permet de saisir le sens de telles manifestations. Les élèves du primaire ne pourront donc pas s’en faire une
juste perception. Il n’est pas exagéré de penser que les élèves pourront s’amuser de telles bizarreries et se moquer de ceux qui paraissent prendre tout cela au sérieux.

Le programme n’assurera donc aucunement le fait que les élèves deviendront respectueux des pratiques religieuses, ni respectueux des adeptes de ces pratiques ou des croyances qui s’y rattachent. Au contraire, le phénomène religieux risque fort de leur apparaître comme un bien drôle de phénomène !

Le dégoût du religieux
Pour que les élèves réussissent les examens, on les obligera à mémoriser une longue liste de mots difficiles servant à désigner ces aspects accessoires des diverses religions. Le programme n’en indique qu’une partie mais elle occupe déjà près de dix pleines pages : la croix huguenote, la menorah, le kirpan, le khanda, l’id el Adha, l’Id el Fitr, le Wesak, le Divali, le Tripitaka, le Bahgavad Gita, l’Aataentsic, le Nanajobo, le Glouskap, le Siddharta Gautarna ; et ainsi de suite de tout le reste qui n’a pour effet que d’allonger ce plantureux et indigeste menu scolaire.

Ce savoir encyclopédique, ésotérique et éclectique risque fort de s’avérer une culture du vide. Les élèves devront mémoriser la nomenclature de ces noms de rites, de célébrations, d’objets, de lieux, de symboles, car leur mémoire sera soumise à des évaluations et examens. Ils devront de plus se souvenir précisément à laquelle des nombreuses religions se rattache chacun de ces noms. Il n’y a pas de programme scolaire qui aura autant pour effet de faire des élèves, comme dit Montaigne, « des têtes bien pleines mais non bien faites ».

L’inculture religieuse

Quant aux questions au cœur du phénomène religieux que le désir de connaître de l’élève ne manquera pas de soulever, le programme misera sur la « combinaison » des contenus religieux avec les contenus du premier volet du programme sur les questions éthiques, et sur le dialogue entre élèves. Le programme illustre cette combinaison par un exemple qui déjà laisse perplexe : le grand récit de Noé et du Déluge servira à sensibiliser l’élève à bien traiter les autres êtres vivants, dont les petits animaux : chats, lapins, hamsters !

Pour prendre un exemple de notre cru relatif aux humains entre eux, on peut concevoir aisément qu’une interprétation éthique de la parabole de L’Enfant prodigue peut y voir le bienfait du pardon dans les relations interpersonnelles. Mais une lecture avec ces lunettes de l’éthique ne peut jamais être plus qu’une lecture de premier niveau; elle est incapable de rendre compte du véritable message du récit religieux.

Ainsi le récit de L’Enfant prodigue est tout normalement lié intrinsèquement au coeur du religieux, plus précisément à la préoccupation première et spécifique des grandes religions, la destinée humaine ultime. L’exégèse chrétienne enseigne que ce récit évangélique illustre l’ouverture des portes de l’au-delà grâce à la miséricorde de Dieu le Père représenté par le père de la parabole, malgré la faiblesse des humains qui en sont les créatures et les enfants, représentés par l’enfant prodigue accueilli à bras ouverts dans la maison familiale suite à ses mésaventures.

[...]

Le programme ne manifeste nulle part le moindre souci que les choses religieuses soient interprétées d’une façon conforme à cette véritable culture religieuse. Là aussi, il s’en tient à la surface des écrits sacrés pour en faire un usage réducteur qui les rapetisse: il les subordonne à l’éthique, laquelle est d’origine et de portée simplement humaines, forcément non religieuses et non confessionnelles.

[...]

C’est à l’élève, pourtant maintenu dans l’ignorance du savoir religieux véhiculé par la tradition, qu’est laissée la difficile tâche d’interpréter les textes sacrés. Le « rôle » de l’enseignant et sa «posture professionnelle» se limiteront à être un animateur, non un guide bien informé ou expert en la matière, et à se faire un devoir de « ne pas influencer les élèves dans l’élaboration de leur point de vue ». Parce qu’on est conscient que l’élève ne pourra y arriver correctement, même suite aux diverses interprétations issues de la discussion avec ses pairs, aussi peu éclairés que lui, le programme n’exige de l’élève que cette seule compétence à acquérir : « reconnaître les diverses façons de penser, d’être et d’agir à l’intérieur d’une même tradition religieuse, dans différentes religions de même que dans la société. » Il est hautement navrant de constater que les activités d’apprentissage sont vouées à cultiver l’ignorance et à jeter le jeune esprit des élèves dans l’inconfort et l’angoisse de ne pouvoir faire la part des choses entre les diverses interprétations possibles.
[...]

Le discrédit sur les croyances

Le savoir religieux pouvant répondre aux questions existentielles est non seulement ignoré, il est discrédité par la démarche générale que le programme préconise. Intarissable quand il s’agit de faire état des actes de la raison pure et froide (définir, analyser, discuter, élaborer un point de vue, délibérer, explorer, interroger, faire des liens, etc.

[...]

En soumettant le contenu religieux au seul examen de la raison éthique, le programme ne peut que disqualifier les croyances et l’univers religieux. C’est là une façon de miner à la base l’existence même de la foi et de la croyance religieuse. Bref, le programme omet de faire état de ce que le phénomène religieux contient de plus précieux relativement au cœur même des préoccupations humaines mentionnées ici dès le tout début. Il préfère mettre abondamment l’accent sur ce qu’il montre en surface et qui ne manque pas d’apparaître plein de bizarreries. Il n’y a donc rien dans ce programme pour représenter adéquatement et respecter les diverses confessions religieuses présentes au Québec. Ce programme est davantage une injure à l’égard du fait religieux comme tel, et une insulte aux croyants de toutes les confessions.

[...]

Or le programme vient amplifier cette difficulté [de dialogue et de vivre ensemble]. Il met la table à une situation comparable à celle où les vues de chacun, rabaissées à leur plus simple expression, sont rendues injustement insignifiantes ou ridicules, et où les intervenants ont tout ce qu’il faut pour montrer du doigt et dénoncer les failles et les côtés farfelus des convictions de leurs interlocuteurs.

Nous sommes en présence d’un programme dont les lacunes sont suffisamment graves et nombreuses pour ne pas pouvoir y donner notre adhésion.

France — Les filles réussissent mieux scolairement que les garçons

Selon la brochure Filles et garçons à l’Ecole, sur le chemin de l‘égalité, éditée vendredi par le ministère de l’Education nationale et disponible sur le site www.eduscol.education.fr, les filles réussiraient mieux scolairement que les garçons, sortiraient plus diplômées du système éducatif, mais ne feraient pas les mêmes choix d’orientation.

Les filles, qui représentent 49,7 % de l’ensemble des 14,8 millions d'élèves, apprentis et étudiants, sont tout d’abord « scolarisées plus longtemps ». L’espérance de scolarisation à l‘âge de deux ans est ainsi de 19,1 années pour les filles, contre 18,5 pour un garçon, selon des chiffres qui portent sur l’année 2005-2006.

Les filles sont plus souvent titulaires d’un bac général (163 796 contre 118 992) et les garçons d’un bac professionnel (58 136 contre 42 426). En collège, le taux de réussite au brevet en 2006 était d’un peu plus de 82 % pour les filles, contre près de 76 % pour les garçons. De même, pour la proportion d’une génération titulaire du baccalauréat en 2006 : 70 % des filles, contre 59 % des garçons ont obtenu leur bac.

Au primaire, les filles « redoublent moins souvent que les garçons quel que soit le milieu social d’origine ». A noter aussi qu’elles sont meilleures en français mais que les garçons les devancent en mathématiques. Dans le second degré, les filles vont davantage en ES (sciences économiques et sociales) et en L (littéraire) et les garçons en S (scientifique) et STI (sciences et technologies industrielles).

Sans surprise, on trouve « peu de filles en classes préparatoires scientifiques et peu de garçons en classes préparatoires littéraires », ajoute le document. Résultat : on compte « seulement 25% de femmes parmi les ingénieurs ».

A diplôme équivalent, « les filles s’insèrent moins bien en emploi que les garçons », précise le document. Autre enseignement : au niveau européen, 81 % des Européennes et 75 % des Européens âgés de 20 à 24 ans ont un diplôme du second cycle de l’enseignement secondaire.

jeudi 6 mars 2008

France — Il faut fermer les écoles maternelles !



Julien Dazay est aujourd'hui inspecteur de l'Éducation nationale. Avant, il était lui-même instituteur en maternelle. « J'ai commencé par le bas », déclare au Parisien l'homme qui avoue une petite cinquantaine d'années, mais pas son identité.

Sous le pseudonyme de Julien Dazay, il publie ces jours-ci un petit livre au titre choc : « Il faut fermer les écoles maternelles ». Un titre provocateur, à dessein.


Pour M. Dazay, l'école maternelle française va mal. Elle manquerait d'ambition, sa mission serait ambiguë de sa mission, son rôle peu clair... L'école maternelle française se meurt. Elle ressemble de plus en plus à une simple garderie qui confond éducation et enseignement, creuse les inégalités et ignore la demande pédagogique des parents. L'école maternelle devrait être réformée d'urgence. Pour l'avenir de nos enfants et celui de notre pays. Dans cet essai aux accents provocateurs, l'auteur dresse le tableau noir d'une institution inefficace et très coûteuse qui scolarise aujourd'hui 99,9 % des enfants de trois à cinq ans.

Pourquoi revoir de fond en comble ?

Dans son entretien au Parisien, l'inspecteur Dazay s'explique : « je constate le résultat en CP. Tous les enfants n'y arrivent pas à armes égales, avec les mêmes acquis. Cela veut dire que la maternelle ne remplit pas sa mission : amener tous les enfants aux mêmes chances de réussite. D'autant moins s'ils n'ont pas accès à la culture, et qu'on ne leur lit pas d'histoires dans leur milieu familial. »

Selon l'auteur, l'école maternelle souffrirait d'un manque de programmes clairs et bien définis, ils sont actuellement trop flous, superficiels et n'effleurent que six « domaines » : « vivre ensemble », « découvrir le monde », « savoir s'exprimer avec son corps », etc. Un docmaine comme « découverte du monde » est censé aborder des notions de calcul, de repérage dans l'espace et le temps. On y metrait un ensemble de disciplines sans en dire le nom, en laissant une immense liberté aux enseignants. L'auteur préconise pluôt un retour à des acquis disciplinaires très clairs pour tout le monde.

Le détail d'une journée donnée par M. Dazay est redoutable : avec pauses pipi à répétition, déshabillages, sieste et récréations. Et, en fin de compte, trente-cinq minutes d'enseignement sur trois heures de classe !

À ce compte-là, pourquoi ne pas revenir à des garderies à moindre coût et aux ambitions moins pompeuses  ou même, horresco referens, rendre l'argent de cette garde ruineuse aux parents pour qu'ils décident comment faire garder et éduquer leurs jeunes enfants ? Il est vrai que cela déplaît aux experts cooptés qui pensent pour les parents et utilisent le Monopole de l'État pour imposer leurs modes « scientifiques » et leurs préjugés.

« Respectons le droit des parents à choisir »

Communiqué de presse de la Coalition de la liberté en éducation

Granby, le 4 mars 2008 — Les parents de la région de la Haute-Yamaska sont invités à se mobiliser suite à l’imposition du cours obligatoire d’éthique et culture religieuse (ECR) qui sera dispensé dans les écoles tant publiques que privées dès septembre 2008.

Une marche est organisée à Granby le samedi 15 mars prochain pour permettre aux parents de réclamer l’exercice d’un droit fondamental : celui de choisir pour leur enfant. Car à compter de l’an prochain, l’État se substitue à la volonté parentale et impose ce cours à tous les enfants du primaire et du secondaire.

Organisée par la Coalition pour la liberté en éducation, cette marche aura pour point de départ le Parc Miner (face au 348, rue Principale) de Granby à 13 h 30. Les parents sillonneront les rues de la ville et se rassembleront ensuite devant les locaux de la commission scolaire (55, rue Court) afin d’entendre des conférenciers et de recevoir le formulaire d’exemption du cours mis au point par une équipe juridique.

Ce formulaire est actuellement distribué partout au Québec aux parents souhaitant se prévaloir du droit d’exemption qui leur est accordé dans la Loi sur l’instruction publique (article 222 § 2) et ainsi, soustraire leur enfant au cours d’éthique et de culture religieuse élaboré par le Ministère de l’Éducation du Québec. Le formulaire est également disponible sur le site de la Coalition :

www.coalition-cle.org

* ou article 30 sur l’enseignement privé pour les enfants fréquentant l’école privé.

Source : Marie-Josée Croteau (450) 378-5272

Les jeunes Québécois, de moins en moins bons en français

Le « bilan » sur l'évolution de la situation linguistique au cours des cinq dernières années, publié hier par l'Office québécois de la langue, nous apprend que les résultats des jeunes Québécois en dictée sont de moins en moins bons.

« Les résultats obtenus par les jeunes Québécois aux épreuves obligatoires à la fin des études secondaires et collégiales indiquent une régression de leur taux de réussite » résume l'étude qui constate également que les « principales faiblesses » ont trait à l'orthographe au secondaire alors qu'au collégial les faiblesses sont liées à la syntaxe ainsi qu'à l'orthographe.

Les résultats aux épreuves de cinquième secondaire du Monopole de l’Éducation, compilés par l’Office, montrent une dégradation des taux de réussite depuis 2000.

En 2004, les jeunes diplômés du secondaire réussissaient l’é­preu­ve, la rédaction d’un texte d’opinion de 500 mots, dans une proportion de 78 %. Ce taux de réussite a déjà dépassé les 90 %, mais, selon l’Office, le Monopole de l’Éducation aurait resserré ses critères de correction.

Même avec l’aide du dictionnaire et d'une grammaire, seuls 58 % des jeunes Québécois en 2004 réussissent le volet de la « forme ». L’orthographe — avec un taux d’échec de près de 50 % — représente le plus gros obstacle.

En apparence, les élèves semblent exceller en argumentation, avec plus de 95 % des jeunes qui obtiennent la note de passage, et ce, depuis 10 ans. Ces taux de réussite avaient d’ail­leurs fait dire à la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne cet automne que la grille d’évaluation était trop permissive et visait surtout à relever la note globale minée par les défauts objectifs observés en orthographe, grammaire et syntaxe.

Le portrait n’est pas meilleur chez ceux qui terminent leurs études collégiales et doivent, pour obtenir leur diplôme, rédiger une dissertation de 900 mots, avec l’aide d’un maximum de trois ouvrages de référence sur le code linguistique.

Alors que les cégépiens réussissaient dans une proportion de 88,6 % en 1998, ils ne sont plus que 81 % à subir l’épreuve avec succès en 2005.

Pour réussir ce test, un élève doit commettre moins de 30 fautes dans son texte, soit une erreur tous les 30 mots.

L’OQLF note que depuis 1997, le taux de réussite en orthographe baisse.

En outre, une autre étude de l’OQLF démontre que les futurs enseignants au secondaire utilisent une langue française « familière » une fois sur deux. Les auteurs de l'étude recommandent : « On devrait amener les futurs enseignants à utiliser plus de variantes soutenues, dans la mesure où ils agiront comme modèles linguistiques auprès de leurs élèves »

mercredi 5 mars 2008

ECR — Des opposants proposent l'exemption

Dans la Voix de l'Est :
Les opposants au cours d'éthique et culture religieuse ne lâchent pas prise. Ceux-ci manifesteront dans les rues de Granby, le 15 mars, et entendent remettre aux parents un formulaire d'exemption à ce programme, qu'ils accusent d'avoir été conçu en catimini par Québec.

Hier soir, des parents et membres de la Coalition pour la liberté en éducation en Haute-Yamaska (CLE) étaient réunis au restaurant Le Plus pour décrier ce cours. Celui-ci sera enseigné dès l'automne 2008 à tous les élèves de la 1re année du primaire au 5e secondaire.

Depuis septembre, les membres de la CLE multiplient les manifestations publiques pour clamer leur désaccord au gouvernement. Hier, un rassemblement a été annoncé au parc Miner, le samedi 15 mars, à 13 h 30. Les manifestants déambuleront rue Principale et feront un arrêt devant l'édifice de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, rue Court.

Le formulaire d'exemption conçu par Jean-Yves Côté, un avocat de Sainte-Julie, sera remis aux parents.

Celui-ci a fait valoir, hier, que le gouvernement enfreignait la liberté de choix des parents en imposant ce cours.

[...]

Les dirigeants [d'établissement] devront transmettre par écrit les conditions de refus, soutient l'avocat en ajoutant qu'une demande de révision pourra être formulée dans un tel cas. « Si c'est encore un refus, peut-être devrons-nous nous tourner vers les tribunaux », dit M. Côté.

Liberté brimée

La représentante de la CLE dans la région, Marie-Josée Croteau, l'enseignant au secondaire Patrice Gagnon et Chantal Ferland, professeure en 1ère année, ont également déploré, hier, l'atteinte à la liberté de choisir imposée par le gouvernement.

Et pour Mme Ferland, qui a suivi la formation pour offrir aux jeunes ce cours, il paraît impossible d'enseigner un contenu aussi lourd à des enfants de six ans. Par exemple, en première année, les élèves devront apprendre les noms de fêtes et rites religieux de six religions différentes, dit-elle. « Présentement, en première année, ils apprennent ce qu'est Noël et Pâques. »

vendredi 29 février 2008

Réplique au Devoir de Guy Durand : Gare à l'exagération

Bon rappel des faits et conclusion sensée de M. Guy Durand, auteur du livre Le Québec et la laïcité. Avancées et dérives (Liber, 2004) à un article du Devoir qui attaquait les parents en faveur de la liberté et du choix en matière d'éducation religieuse et de morale. Notons au passage que le Devoir a publié récemment plusieurs articles qui s'attaquaient directement aux parents opposés au nouveau cours d'éthique et de culture religieuse que le Monopole veut imposer à tous les enfants du Québec dès six ans et que ce soit dans les écoles publiques ou confessionnelles.

Relevons ici simplement l'inénarrable Un lobby catholique réclame un accommodement de Clairandrée Cauchy dont le titre contenait déjà trois imprécisions : lobby à un sens précis pour la Loi québécoise (la coalition en question n'en est pas un), cette coalition n'est pas catholique et regroupe des personnes non catholiques (dont M. Caldwell mentionné dans l'article ci-dessous) et il ne s'agit pas d'un accommodement, mais d'un droit et d'une liberté religieuse retirée récemment, mais laissons M. Durand rappeler les faits.
Mme Marie-Andrée Chouinard, vous semblez trouver outrancière la position de la Coalition pour la liberté en éducation [à propos du cours d'éthique et de culture religieuse]. Il ne faudrait quand même pas sombrer dans l'exagération.

Vous parlez de laïcité. Mais vous savez bien que la laïcité admet des modèles multiples, y compris des options en enseignement religieux confessionnel, comme dans la plupart des pays européens, y compris dans une partie de la France (Alsace-Moselle et certains départements d'outre-mer).

Le livre du sociologue et historien français Émile Poulat est très explicite sur l'absence de définition univoque de la laïcité et sur la multiplicité de modèles possibles (Notre laïcité publique. La France est une république laïque, 2003). Le Rapport Stasi, en 2003 (du nom du président de la Commission mise sur pied par le président de la République française pour analyser la question du port des signes religieux dans les écoles), va dans le même sens, affirmant que chaque État aborde le défi de la laïcité « avec la tradition qui est la sienne », y compris « le respect des habitudes et des traditions locales », en sachant « aménager des exceptions », faire «des nuances», admettre « des limites ». Et le rapport de préciser que l'approche de la Cour européenne «repose sur une reconnaissance des traditions de chaque pays, sans chercher à imposer un modèle uniforme de relations entre l'Église et l'État».

Plus spécifiquement, le rapport Stasi n'a pas demandé de changer le système d'options en Alsace et Lorraine « auquel est particulièrement attachée la population de ces trois départements ». De même qu'on ne l'avait pas enlevé en 1919 quand l'Alsace-Moselle est redevenue française parce qu'une grande majorité de la population tenait à sa particularité et préférait ne pas voir appliquée intégralement la loi de séparation de 1905.

Vous parlez d'une «décision collective de laïciser l'école, vieille de dix ans». Vous référez sans doute aux États généraux de 1995-96. Or, dans un premier temps, lors des consultations générales à travers le Québec, la majorité des participants étaient contre la déconfessionnalisation. Hors de Montréal, aucun des mémoires ne la réclamait. Il y eut beaucoup de témoignages en faveur de la pastorale scolaire.

Selon le commissaire dissident Gary Caldwell, le résumé produit par Communication-Québec était biaisé. Dans un deuxième temps, après un changement de ministre et de personnel jouxté à un changement de mandat, ainsi qu'une nouvelle consultation auprès de personnes ciblées, la Commission a prôné la nécessité de la déconfessionnalisation (revue Égards, no 15, printemps 2007).

Dans une entrevue accordée au Devoir, Jean Garon, le ministre de l'Éducation qui avait lancé les États généraux, a dénoncé le changement de mandat, le processus suivi et certaines conclusions. Dans le cas de la déconfessionnalisation, affirmait-il, «ce sont les commissaires seuls qui ont décidé» contre l'avis de la population (Le Devoir, octobre 1996). Incidemment, si les régions du Québec sont effectivement différentes, pourquoi imposer une voie unique ?

Vous êtes aussi insultée du fait que la Coalition parle «d'atteinte aux libertés fondamentales». Mais vous souvenez-vous que pour arriver à la situation actuelle, il a fallu amender deux chartes des droits ? L'article 93 de la Charte fédérale, sous de fausses représentations (engagement du gouvernement à garder des écoles confessionnelles); et l'article 29 de la Charte québécoise, presque en catimini (évoqué lors de la commission parlementaire, l'amendement a été inclus dans la dernière version du projet de loi 95 présenté le matin du 15 juin et voté en moins d'une heure sans vote nominal et donc sans qu'on sache la proportion de députés en faveur).

Savez-vous qu'en 2007-08, selon les statistiques du Secrétariat aux affaires religieuses, une forte proportion de parents choisissent encore les cours d'enseignement moral et religieux catholique et protestant : 76 % au primaire et 57 % au secondaire. Si on trouvait que le choix des options n'était pas clair, il eut été si simple d'ajouter des éléments de culture religieuse à l'option Formation morale et d'observer l'évolution de la population, plutôt que d'imposer d'autorité un cours uniforme.

Bref, si on veut «éviter que cette lutte n'atterrisse devant les tribunaux», comme vous le dites, le plus simple n'est-il pas de trouver une autre solution plus respectueuse de la diversité de la population ?