lundi 17 mai 2021

Capitole, la police prête à coopérer pacifiquement ? « Restez pacifiques et calmes » (vidéo)

Le plus gros mensonge du 6 janvier était que les « émeutiers » étaient en quelque sorte responsables de plusieurs morts ce jour-là. Très tardivement, le coroner de Washington DC a confirmé que, à part Ashli Babbitt une manifestante désarmée tuée par un policier toujours anonyme, tous les morts étaient morts de causes naturelles — y compris l’officier Sicknick, que la plupart des Américains croient encore avoir été assassiné à coups d’extincteur inexistant par des partisans de Trump.

La police du Capitole, à la fois dans ses déclarations officielles et dans ses fuites aux copains des médias, a contribué à diffuser ce mensonge. Lire Intox radio-canadienne — l’« assaut du Capitole » et le policier « frappé à coups d’extincteur » (m à j)

De nombreux émeutiers sont toujours emprisonnés. Le célèbre chaman végane aux cornes de bison est toujours dans une geôle gouvernementale en attente de son procès.

Une vidéo récemment divulguée montre des officiers de la police du Capitole des États-Unis parlant avec plusieurs manifestants du 6 janvier — y compris Jacob Chansley, le soi-disant « chaman QAnon » — à l’intérieur du Capitole cet après-midi-là. Cette vidéo semble étayer l’affirmation de M. Chansley selon laquelle il a été admis au Capitole avec l’autorisation de la police.

Un agent, identifié comme l’agent Keith Robishaw, semble dire au groupe de Chansley que la police capitoline ne les empêchera pas de déambuler dans le Capitole. « Nous ne sommes pas contre… vous devez nous montrer. . . pas d’attaque, pas d’assaut, restez calme », prévient Robishaw. Chansley et un autre manifestant demandent à la foule d’agir pacifiquement. « Cela doit être pacifique », crie Chansley. « Nous avons le droit de nous rassembler pacifiquement. »

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Réforme de la loi 101 : « demi-mesures juridico-bureaucratiques », une guerre de retard et encore plus d'anglais intensif...


Extraits d’un texte de Frédéric Lacroix, suivi de la réaction du journaliste Pierre Allard ancien éditorialiste du Droit (Gatineau) qui connaît bien la situation des Franco-Ontariens, excellents bilingues (le Graal de M. Legault apparemment) qui s’assimilent très vite à l’anglais. En italique nos remarques.

Simon Jolin-Barrette a enfin déposé sa réforme de la loi 101. En même temps, le Premier ministre du Québec, M. François Legault, a publié un court message sur Facebook. Dans ce texte, il affirme deux choses : « Qu’il y avait urgence d’agir » et que « Il va y avoir des personnes qui vont dire que le projet de loi ne va pas assez loin. Il va y en avoir d’autres qui vont dire qu’il va trop loin. Ça va démontrer que notre position est raisonnable. »

[…]

M. Legault a d’ailleurs rempilé un peu plus tard en conférence de presse en affirmant que la position du Parti québécois d’appliquer la loi 101 au cégep était « extrémiste ». Il est consternant de voir le Premier ministre adopter, en pleine Assemblée nationale et le jour même du dépôt d’une réforme de la Charte de la langue française, le langage historique des opposants à la Charte qui qualifiaient, eux aussi en 1977, les clauses scolaires de la loi 101 de mesure « extrémiste ». Je l’avoue : avec cette sortie, ce mot, mon Premier ministre m’a fait honte. On se croyait revenu, l’espace d’un instant, à l’ère Couillard et aux « braises de l’intolérance ».

La CAQ, le PLQ et le PLC, même combat ?

Et manque de pot pour le calcul politique de M. Legault : autant le Parti libéral du Québec que le Parti libéral du Canada ont bien accueilli le projet de loi 96 (PL 96). La cheffe du Parti libéral, Mme Anglade, s’est même plu à donner le baiser de Judas au projet en soulignant que les propositions du PLQ visant les cégeps étaient plus « costaudes » que celles mises de l’avant par la CAQ. En effet, la CAQ propose un contingentement des places en cégep anglais qui n’équivaut même pas au gel proposé par le PLQ (la CAQ permet une croissance des effectifs des cégeps anglais).

Mais le PLQ proposait aussi de « bonifier » l’offre de cours en français dans les cégeps anglais, de prioriser les « ayants droit » pour ce qui est de l’accès aux cégeps anglais, des mesures qui ne sont pas dans le PL 96. Il semble que la CAQ ait réussi à coaliser les fédéralistes en faveur du PL 96, ce qui est probablement la dernière chose que souhaitait M. Legault.

[…]
 
[Angle juridique et non démographique ni culturel]

Simon Jolin-Barrette est un avocat. Dans le PL 96, toute la question linguistique est envisagée d’un point de vue strictement juridique. Le ministre est à mon avis tombé dans le piège à ours dressé par Pierre Elliott Trudeau en 1969. Dans sa Loi sur les langues officielles, Trudeau séparait la langue de la culture et concevait toute la question de la langue sous l’angle juridique. Il allait effectuer ce travail avec sa Charte des droits de 1982. Cette façon de voir les choses a marqué profondément les esprits. Au Canada, la judiciarisation du politique dévore tout sur son passage, incluant la langue. Avant, pour parler de langue, on questionnait des artistes. Aujourd’hui, on interroge des avocats.

[…]

Il faut noter que les démographes sont beaucoup moins « érotisés » que les juristes par le PL 96. Celui-ci ne contient en effet aucune mesure permettant d’affecter les déterminants majeurs du recul du français. Il n’arrêtera pas la minorisation en cours des francophones au Québec. Car toutes les mesures structurantes ont été soigneusement écartées du PL 96 pour éviter de provoquer de la « chicane ». Par exemple, le 

  • contingentement des cégeps ne règle aucunement la question de la dynamique linguistique au collégial, 
  • l’article sur les municipalités bilingues assure leur permanence, 
  • aucune mesure ne cible l’immigration, 
  • l’affichage va rester bilingue, etc.

Le PL 96 ne contient aucune mesure susceptible de frapper l’imagination, aucune mesure qui constitue un signal fort selon lequel le français revient au centre du jeu. Une collection de demi-mesures, peu importe leur nombre, ne constitue pas un « plan costaud ».

La langue, ce n’est pas d’abord et avant tout un objet juridique. C’est un objet culturel, social. Cela, le projet de loi l’ignore totalement.

Le bilinguisme soustractif et une guerre de retard

Il était d’ailleurs dramatique d’entendre M. Legault, en conférence de presse lors du dépôt du projet de loi, promettre qu’il allait « intensifier » l’anglais intensif au primaire. [Encore !!!!! C’est un jeu à somme nulle : plus d’anglais, c’est moins d’autres matières en français, c’est inacceptable.] Voilà une mesure, introduite par Jean Charest en 2011, qui est déjà en train d’acculturer à grande vitesse les jeunes francophones. Comme le soulignait pudiquement une série d’articles récents dans le Devoir, une partie de la jeune génération est en train de sombrer dans le bilinguisme soustractif, où la langue qui est en train d’être soustraite est le français. De ce point de vue, le Québec français ressemble de plus en plus à l’Ontario français. Valoriser encore plus l’anglais dans les écoles primaires va mener carrément à l’anglicisation à grande échelle des jeunes. Cela a d’ailleurs débuté à Montréal.

Le PL 96 ignore aussi cela. Le projet de loi de M. Legault aurait été bon en 1999. Là, il arrive trop tard. La CAQ prépare en 39 la guerre de 14-18.

Un des leviers essentiels pour rehausser le statut du français, qu’ignore le PL 96, c’est de le valoriser dans les écoles. C’est notre langue, notre histoire et notre culture qui doivent être mieux et plus valorisées dans nos écoles. Il s’agit même d’une urgence nationale. On pourrait presque dire : valorisons le français dans les écoles et Netflix se chargera de l’anglais.

Résumons : pour le français, le PL 96 se contente d’une vaste collection de demi-mesures juridico-bureaucratiques. Mais, pour l’anglais, M. Legault a déjà en tête d’en mettre encore plus à l’école. Pour l’anglais, il veut agir sur le terrain culturel et éducatif, ce qu’il refuse de faire pour le français. Il est facile de savoir qui sortira gagnant de cette partie de souque à la corde [lutte à la corde].

Le recul du français au Québec va s’accélérer.

Nous reproduisons ci-dessous un extrait de la réaction pertinente de M.  Pierre Allard, journaliste, ex-éditorialiste au quotidien Le Droit, Grand prix de journalisme Olivar-Asselin 2014 et Prix Omer-Héroux en 2021. Il rappelle le fait que personne ne semble avoir relevé un commentaire pourtant essentiel de François Legault pendant la conférence de presse qui a suivi, jeudi matin, la présentation du projet de loi de Simon Jolin-Barrette à l’Assemblée nationale.

Il était interrogé par l’éditorialiste Robert Dutrisac, de journal Le Devoir. Celui-ci évoquait la situation des élèves francophones hors Montréal qui pourraient choisir d’aller à un cégep anglais pour acquérir une meilleure connaissance de l’anglais.

Voici ce que le Premier ministre a répondu :

On a un défi au primaire et au secondaire de mieux enseigner l’anglais. Il y a une méthode qui a fait ses preuves, c’est l’anglais intensif en 5e ou 6e année. Je sais que ça s’implante de plus en plus dans les écoles. Je pense qu’on est rendu à 20 ou 25 % (des écoles françaises). Il faut continuer à travailler à l’amélioration de l’enseignement de l’anglais au primaire et au secondaire. Je pense que c’est important.

J’étais abasourdi. J’ai dû le réécouter pour m’assurer d’avoir bien entendu. La solution pour réduire l’intérêt que portent nos élèves de langue française aux cégeps anglais, c’est de commencer à les angliciser dès le primaire ? Un moyen de franciser le Québec serait une immersion totale en anglais pendant quatre ou cinq mois, à un âge où l’apprentissage du français est incomplet et fragile chez nos élèves, surtout dans le contexte nord-américain ?

Plus de la moitié des jeunes Québécois francophones sont déjà bilingues. Enfin, aux fins des recensements, on les juge capables de se débrouiller en français et en anglais. Mais quelle est la qualité du français parlé et écrit ? Le plus souvent faible, avec un vocabulaire pauvre et des tas d’anglicismes ou de mots anglais. Près de la moitié des nôtres sont analphabètes fonctionnels. Et on veut mettre l’accent sur l’anglais dans nos écoles primaires et secondaires ?

C’est un suicide culturel assisté, financé par l’État. Heureusement, seulement le quart de nos écoles ont mis en place l’anglais intensif depuis son lancement par l’ignoble Jean Charest en février 2011 (voir mon éditorial dans Le Droit du 25 février 2011 intitulé Fossoyeurs du français). Mais c’est déjà trop. Et voilà que François Legault veut étendre ce funeste programme qui dit, clairement, à nos élèves, que l’anglais est assez important pour interrompre l’enseignement en français pendant une demi-année scolaire !

Le message, c’est qu’ils auront besoin de l’anglais au Québec dans leur vie quotidienne, au travail, dans leurs loisirs, dans le commerce. Et moi qui croyait qu’on voulait ériger un Québec où la langue commune serait le français, où l’on parlerait et écrirait un français de qualité qui servirait à la maison, dans la rue, à l’école, et qui serait essentiel au travail.

N’allez pas croire que je ne suis pas conscient de l’importance de l’anglais sur le continent nord-américain. Je suis né et j’ai grandi en Ontario. Et ce que j’ai appris, c’est que le jour où une collectivité canadienne-française est entièrement bilingue, les générations suivantes sont de plus en plus anglaises et évoluent vers l’unilinguisme anglais. Voilà ce qui arrivera au Québec dans quelques générations si on ne crée pas un milieu qui impose le respect de la langue française.

Ce n’est pas vrai que tous les Québécois doivent apprendre l’anglais et devenir bilingues. L’ensemble de la population — la majorité du moins — doit pouvoir vivre en français seulement. Et la qualité de cette langue doit s’améliorer. Si cela paraît irréalisable, alors aussi bien arrêter tout de suite de prolonger l’agonie. Si, cependant, l’objectif semble atteignable, alors il faudra un projet de loi autrement plus « costaud » que celui qui nous est présenté.

 


On remarquera que ni Frédéric Lacroix ni Pierre Allard  ne parle de démographie ci-dessus : 

  • rien sur une diminution de l’immigration non francophone de naissance et assimilable, 
  • rien sur une hausse de la fécondité des Canadiens français (qui était légèrement sous la fécondité moyenne du Québec, voir graphique ci-dessus, détails ici) et 
  • donc des mesures qui aideraient la classe moyenne à avoir les enfants qu’ils désirent (les familles veulent un peu plus d’enfants qu’elles n’en auront en moyenne, le coût des enfants est un obstacle), 
  • des mesures qui valoriseraient la famille et les enfants dans la société, 
  • des études peut-être plus courtes mais tout aussi utiles, aussi bonnes, voire meilleures, etc.
 
Voir aussi
 
  
 
 
 
 

Baisse de niveau : comparaisons en calcul et dictée de 1987 à 2017

Bonus

L’école à la française, l’égalité des chances, l’excellence, la République et tout le toutim. En 6e (11-12 ans), les élèves des quartiers « immigrés » (REP+) sont 60 % à avoir une maîtrise « insuffisante » ou « fragile » des « connaissances et compétences en mathématiques », contre 31 % en moyenne.

Pape François et les médias — L’art de ne pas parler du génocide des chrétiens d’Irak

Un texte d’Ingrid Riocreux, agrégée de lettres modernes et docteur de l’université Paris IV-Sorbonne, Ingrid Riocreux est spécialiste de grammaire, de stylistique et de rhétorique. Pour Riocreux, pape des médias, François l’est essentiellement parce que ses propos paraissent souvent comme calibrés afin de se couler dans le discours médiatique.

Langue des médias

La presse n’a rien à ôter ni à ajouter à ce qu’il dit. S’il plaît aux journalistes, c’est grâce à sa maîtrise de ce que, pour ma part, j’avais naguère proposé d’appeler « la langue des médias ». Nous l’avons encore constaté lors de son voyage en Irak. « Fléau du terrorisme », « conflits religieux souvent nourris par un fondamentalisme incapable d’accepter la coexistence pacifique des différents groupes ethniques et religieux » : ces expressions feutrées se signalent par un art d’éviter le mot juste. Elles pourraient être tout droit sorties de la bouche d’un journaliste, mais elles sont signées du pape François. « Le terrorisme » : on désigne la méthode pour ne pas cibler l’idéologie qui en use. « Un fondamentalisme », avec ce petit article indéfini qui donne envie de demander « lequel ? ». « Conflits religieux » : cette expression nous est malheureusement familière et sert à masquer des situations de persécutions sous l’image trompeuse d’une responsabilité partagée et d’une brutalité réciproque, selon la thèse qui voudrait que toutes les religions engendrent par nature la haine et la violence. De même, et de manière générale, alors que l’ONU avait alerté très tôt sur le caractère génocidaire des dispositions de l’État islamique à l’égard des chrétiens, les médias se sont employés, lors de cette visite papale en Irak, à effacer la différence entre agresseurs et agressés.

« Nous ne pouvons pas nous taire lorsque le terrorisme abuse de la religion » dit encore le pape François. Cette affirmation pleine de bonne volonté laisse croire à une interchangeabilité, à une équivalence profonde entre les religions. L’hyperonyme « la religion » noie dans une catégorie commune toutes les croyances. Comme personne n’est dupe, on en vient à percevoir « la religion » comme une manière de désigner l’islam, à croire que celui-ci serait, pour ainsi dire, la religion par excellence. Dans un passé récent, je me suis intéressée aux expressions telles que « la religion s’invite au travail », souvent employées dans des titres de presse. Elles annoncent toujours un développement exclusivement consacré à l’islam ; « la religion » fait partie de ce sous-code commun que nous comprenons tous et que certains d’entre nous parlent même couramment. Cette expression permet de dire sans dire ; de renoncer au terme exact au profit d’une énonciation moins risquée de vérités qui auraient tôt fait, aux yeux de la nouvelle morale dominante, de verser dans la « stigmatisation ».

Finalement, de la part du pape François, cette rhétorique de la périphrase, de l’allusif et de l’imprécis pourrait se comprendre comme une marque de prudence, visant à ne pas mettre en danger les catholiques encore présents sur place. Il cherche vraisemblablement à leur apporter son soutien sans pointer leurs persécuteurs afin de contribuer, autant qu’il est possible, à une forme d’apaisement. Mais nos médias ne devraient pas avoir ces scrupules. Pourquoi, lorsqu’on ne représente aucune des parties en présence, s’obstiner à ne pas dire ce qui fut ? Le pape François, indique Le Monde, est en visite « sur les terres meurtries par les djihadistes » : élégante et poétique métonymie qui permet de jouer sur deux aspects gênants de la réalité factuelle. D’abord, nier les victimes en ne les évoquant qu’à travers l’allusion à leurs terres ; ensuite, résumer la menace aux « djihadistes ». On pense au mythe de la Résistance construit par la propagande gaullienne, après la Libération : les Français unis dans le rejet collectif de l’occupant et l’Allemagne nazie seule porteuse de toutes fautes. Dans le cas de l’Irak, se focaliser sur les seuls « djihadistes » donne l’impression que le danger a déferlé, identifiable, limité, momentané, puis a été éliminé. Or, où le groupe terroriste a-t-il puisé sa force de nuisance sinon dans la bienveillance et l’approbation qu’il a rencontrées, s’assurant ainsi des complicités et une implantation locale qui ont consolidé ses prises ?

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Diminuer la part Canadiens français menace la perennité du français au Québec

Scène de rue à Montréal
Un texte de Charles Gaudreault, Ingénieur M.Sc.A, Chercheur indépendant paru dans le Journal de Montréal. 
 
La conclusion qui s’impose au vu de l’article de Charles Gaudreault qui souligne la différence d’attachement au français de la part des Canadiens français et des immigrants, c’est que l’immigration de masse affaiblit fortement la place du français et qu’il faut privilégier la natalité locale et plus particulièrement des Canadiens français.  
 

Depuis l’automne dernier, les articles sur le déclin du français à Montréal se multiplient. On affirme que la loi 101 n’est pas respectée et on suggère que plusieurs Montréalais, tout particulièrement les jeunes, seraient indifférents à la langue française. Globalement, « l’usage du français est en chute libre au Québec » selon Charles Castonguay dont l’analyse se base sur les données de recensement.

On évite cependant de parler de l’épineuse question démographique. Les démographes québécois abordent généralement le sujet en utilisant des formules savantes, ils diront par exemple que « ce sont les processus démographiques qui sont déterminants pour l’avenir des groupes français et anglais du Québec, et non la mobilité linguistique ».

Si on traduit, cela veut dire que les seuils migratoires et la natalité jouent un rôle encore plus décisif que la francisation et l’assimilation linguistique pour l’avenir de la langue française. Ce sont ces facteurs qui détermineraient réellement les tendances lourdes à long terme.

Scène de rue à Montréal
Pour mettre les choses en perspectives, en 2016 par exemple le Québec accueillait 52 000 immigrants tandis qu’il comptait 85 000 naissances. Considérant que 87 % des immigrants arrivés au Québec s’installent dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, on peut déduire que c’est 45 000 immigrants qui s’y établiront, même si certains d’entre eux arrivent d’abord dans une autre ville du Québec. Cette année-là, le compte des naissances était de 44 000 pour la RMR ; le nombre des naissances était donc égal avec celui du nombre d’immigrants.

Dans une telle situation, les immigrants de 1re génération et de 2e génération deviennent rapidement majoritaires. D’ailleurs selon une étude de Statistique Canada de 2017, les immigrants de 1re et 2e génération formeront près de la moitié de la population canadienne en 2036 dans l’ensemble du Canada.

Déclin du poids démographique

J’aimerais aborder un phénomène parallèle à celui du déclin du français, celui du déclin du poids démographique de ceux que l’on appelait anciennement les Canadiens français.

Au congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) qui a lieu cette semaine (du 3 au 7 mai), je présentais mes résultats de recherche où j’annonçais que les Québécois d’origine canadienne-française qui représentait 79 % de la province au recensement de 1971 glisseraient sous les 50 % en 2042, principalement à cause de seuils migratoires élevés. 

 

Faible attachement au français dans les rues de Montréal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je pose maintenant la question suivante : se pourrait-il que le déclin du poids démographique des Québécois d’origine canadienne-française ait une influence sur le déclin de la langue française ?

Par souci d’inclusivité, nous avons réduit le débat à la dimension linguistique sans tenir compte de la démographie du groupe ethnique majoritaire.

Pourtant, pour que le terme québécois soit inclusif, il faut nécessairement admettre l’existence des Québécois d’origine canadienne-française ; autrement nous dirons qu’il y a des Québécois d’origine huronne, des Québécois d’origine haïtienne, des Québécois d’origine chinoise et… des « Québécois de souche », ce qui peut rendre les Québécois d’origine immigrante ou autochtone mal à l’aise en plus de poser un problème de nature sémantique. 

Faible attachement au français dans les rues de Montréal

Attachement à la langue française nettement moins fort chez les immigrés

Ceci étant dit, les Québécois d’origine canadienne-française déclinent rapidement au Québec et ceux-ci perdront leur statut de groupe majoritaire avant le milieu du siècle actuel. Ceux-ci sont certainement déjà minoritaires sur l’île de Montréal. En ce qui concerne la langue française, le taux de transfert linguistique des allophones vers le français serait de 55 % selon le démographe Marc Termote. On peut donc raisonnablement supposer que les Montréalais d’origine immigrante ne développent pas le même niveau d’attachement à la langue française que les Montréalais d’origine canadienne-française.

Si cette hypothèse est confirmée, alors il n’est pas étonnant que les Montréalais soient, dans une proportion croissante, relativement indifférents au sort de la langue.

Évidemment, d’un point de vue individuel, on trouvera certainement plusieurs néo-Québécois dont l’attachement envers la langue française dépasse largement celui du Canadien français moyen.

D’ailleurs, nul doute que les immigrants installés en région s’assimilent facilement sur les plans linguistique et culturel puisque les Québécois d’origine canadienne-française y sont largement majoritaires. 

Bilinguisme du gouvernement CAQ à Mont-Laurier [95 anglophones de naissance sur 13 630 habitants en 2011 soit  0,70 % de la population !]
 

Par contre, à Montréal, dans bien des quartiers, le rapport démographique est inversé et l’origine canadienne-française y est minoritaire. Dans ce contexte, on peut s’attendre à ce que les nouveaux arrivants soient de plus en plus intégrés par des immigrants de 1re et de 2e génération. Par conséquent, on peut difficilement s’attendre à ce que les Montréalais d’origines immigrantes atteignent globalement le même niveau d’attachement à la langue française que les Montréalais d’origine canadienne-française.

En somme, considérant que le poids démographique des Canadiens français est en déclin, on peut supposer qu’à long terme, les Montréalais seront de moins en moins attachés à la langue de Maisonneuve. C’est là une réalité démographique têtue qui relève du constat, sans égard pour les préférences morales ou politiques de chacun.

Source

Voir aussi 

Les Canadiens français deviendraient minoritaires au Québec en 2042 (étude détaillée en français)

Le déclin démographique des Canadiens français au Québec

vendredi 14 mai 2021

Nouveau coup de la Brinks ? Cette fois, c'est l'exode des cerveaux !


Nouvelle version du coup de la Brinks ? Cette fois, c’est l’exode des cerveaux cégépiens [lycéens de première et terminale en France] déçus de ne plus pouvoir être aussi nombreux à étudier en anglais aux frais du contribuable québécois. C’est la fable que répand la Presse (vos impôts à l’œuvre). Préparez vos mouchoirs et tremblez !

Le projet de loi 96 déposé jeudi propose de « geler la proportion des étudiants dans le réseau collégial anglophone ». Québec veut garder la proportion des étudiants dans le réseau collégial anglophone à 17,5 % et par la suite s’assurer que celle-ci « ne puisse être qu’égale ou inférieure à celle de l’année précédente ».

Les directeurs généraux des cégeps anglophones de l’île de Montréal estiment que ce plafonnement des inscriptions « ne répondra pas aux désirs de nombreux jeunes Québécois(es) de fréquenter [leurs­] établissements ».

« De nombreux parents d’ici souhaitent que leurs enfants deviennent bilingues dans un Québec français. Limiter notre capacité à servir ces étudiant(e)s dans le secteur public en encouragera plusieurs à quitter la province », écrivent les directions de ces cégeps.

Comme l’a montré Frédéric Lacroix dans Pourquoi la Loi 101 est un échec les élèves ne vont pas au cégep anglais pour y apprendre l’anglais (ils le connaissent déjà, sinon ils y seraient perdus). Ils y vont le plus souvent pour étudier à partir de là en anglais, puis travailler en anglais au Québec et participer à l’anglicisation du Québec.

Ce carnet pense que la mesure annoncée par la CAQ qui consiste à accorder 17,5 % des places disponibles dans les cégeps aux cégeps anglophones est bien trop généreuse alors que les anglophones de naissance au Québec ne représentaient, en 2016, que 8,1 % de la population. Plus de deux fois moins !

La moindre des choses aurait été d'appliquer la loi 101 aux cégeps. Dans des pays bilingues comme la Belgique où il existe en réalité des unilinguismes territoriaux, il n'y a plus d'établissements publics (primaires, secondaires, universitaires) en français depuis environ 50 ans en Flandre belge. Rappelons que la Constitution canadienne n’impose pas que le Québec subventionne un réseau d'éducation post-secondaire en anglais, mais uniquement un réseau scolaire jusqu’au secondaire.

Limiter à 17,5 % les places en cégeps anglophones ne peut que renforcer la sélection qui y est déjà pratiquée, augmentant ainsi l’attirance vers ces cégeps perçus comme plus prestigieux. Il faut plutôt briser cet appétit délétère en appliquant la loi 101 aux cégeps tout en augmentant la qualité des cégeps français en les dotant plus généreusement que les cégeps anglophones. L’inverse de ce que la CAQ a pratiqué avec le collège Dawson en finançant son agrandissement au coût de 100 millions de dollars. 

On pourrait aussi encourager certains cégeps francophones à être plus exigeants que d'autres cégeps, notamment pour certains programmes dont ils deviendraient l'établissement de pointe, afin de favoriser une image d'établissements collégiaux sélectifs. Redorant ainsi l'image de l'éducation en français. Réduit à sa seule clientèle anglophone, le secteur collégial anglophone deviendrait un petit secteur forcé d'accepter tous les anglophones pour éviter de fermer trop de classes et de programmes. Ces cégeps anglophones deviendraient alors moins sélectifs et moins prestigieux.



Le coup de la Brink’s se réfère aux événements du dimanche 26 avril 1970 quand du matériel du siège montréalais de la Royal Trust fut dramatiquement chargé et emporté à Toronto sous haute surveillance armée dans 9 fourgons blindés de la Brink's. Le lendemain, l’événement fit la une de tous les grands journaux et soulèva l’idée d’une possible fuite des capitaux advenant l’élection d’un gouvernement souverainiste au Québec.

Le lundi matin, la nouvelle était donc partout au Québec, au Canada, et même aux États-Unis. Le Chicago Tribune titrait « L’argent commence à fuir le Québec par peur d’une victoire séparatiste ». Des décennies plus tard, Jacques Parizeau se souvint : « Les Québécois ne savaient pas ce que c’était que des actions d’entreprises » et non pas du numéraire (billets de banque ou métaux).

Tous les médias reprirent l’information de l’article initial de The Gazette diffusée par l’agence de Presse canadienne, selon lequel chacun des neuf camions de la Brink’s était assuré pour 50 millions. Voilà de quoi impressionner les électeurs puisque ces 450 millions de 1970 valaient 3,1 milliards de nos dollars de 2021.

Conrad Harrington, président du conseil du Royal Trust, qualifiera les allégations de fuite de capitaux du Québec vers l’Ontario de « non-sens complet » puisqu’en tant que plus importante société fiduciaire au Canada, le Royal Trust effectuait continuellement des transferts de cet ordre, sans la moindre motivation politique.

Voir aussi

Québec — Un réseau collégial de plus en plus anglophone

Les enfants de la loi 101, l’école en français : une immersion forcée, ensuite ruée vers l’anglais

« Fuir le Québec » : Radio-Canada prise en flagrant délit de désinformation ?

La Presse de Montréal : « Cégep en anglais, mais pas pour la vie. » Vraiment ?

Pourquoi la loi 101 est un échec 

Étude — La conversion des Européens aux «valeurs de droite»

Des majorités de « droite » sont aux commandes de la plupart des gouvernements nationaux en Europe.

Le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) a effectué une étude pour sonder l’évolution des Européens (Français, Britanniques, Italiens et Allemands) sur plusieurs thèmes politiques. Le diagnostic d’un déplacement vers la « droite » de la société se fonde ici sur l’assimilation de valeurs à la culture de droite, dont le nationalisme via la question identitaire, le libéralisme économique et le libéralisme politique indexé à l’individualisme.

  1. En moyenne, dans les quatre démocraties étudiées, 39 % des répondants s’autopositionnent à droite (entre 6 et 10 sur l’échelle), 27 % à gauche (entre 0 et 4) et 20 % au centre (5).
  2. L’autopositionnement à droite est en tête dans chacun des quatre pays de l’étude : 44 % des Italiens se situent à droite (31 % à gauche), 40 % des Britanniques (25 % à gauche), 38 % des Français (24 % à gauche) et 36 % des Allemands (26 % à gauche).
  3. Alors que les seniors sont réputés voter traditionnellement plus à droite que les jeunes, nos données montrent que les nouvelles générations sont les plus nombreuses à s’autopositionner à droite. Dans l’ensemble des pays, 41 % des 18-24 ans et 41 % des 25-34 ans se positionnent entre 6 et 10 sur l’échelle, soit un niveau comparable à celui des 65 ans et plus (40 %), mais supérieur de 5 points à celui des 50-64 ans (36 %).
  4. En cinq ans, la proportion de Français se situant à droite de l’échiquier politique s’est accrue de manière continue, passant de 33 % en 2017 à 38 % en 2021. Sur la même période, la proportion des citoyens se situant à gauche est restée stable (25 % en 2017 et 24 % en 2021), malgré une légère baisse en 2020 (22 %).
  5. La perception de l’immigration est dominée par un jugement négatif. En moyenne, six citoyens sur dix (60 %) sont d’accord avec l’affirmation « il y a trop d’immigrés dans notre pays » (contre 36 % et 4 % qui ne répondent pas).
  6. Plus de la moitié des répondants (56 %) pensent que leur pays doit se fermer davantage sur le plan migratoire, moins d’un quart (23 %) s’ouvrir davantage et 21 % prônent le statu quo. Les Français (63 %) apparaissent comme les plus réfractaires à l’ouverture, devant les Allemands (54 %), les Italiens (54 %) et les Britanniques (53 %).
  7. Dans les quatre démocraties étudiées, les sympathisants des partis de gauche sont plus nombreux à être « pro-fermeture » que « pro-ouverture » ou en faveur du statu quo — à l’exception des sympathisants Parti démocrate (Partito Democratico) italien.
  8. En France, 62 % des citoyens estiment que l’islam représente une menace pour la République.
  9. En France, la crainte de l’islam est largement partagée par les personnes qui se situent dans le bloc de droite (81 %). Le bloc de gauche apparaît très clivé sur cette question : près d’une moitié des sympathisants de gauche (45 %) est d’accord avec l’item « l’islam représente une menace pour la République », l’autre moitié (52 %) n’est pas d’accord et 3 % des personnes questionnées n’ont pas répondu.
  10. Une majorité des répondants (54 %) considèrent que « pour faire face aux difficultés économiques », il faut « que l’État fasse confiance aux entreprises et leur donne plus de liberté ». L’option « que l’État contrôle les entreprises et les réglemente plus étroitement » est choisie par 41 % des personnes interrogées (5 % répondent ne pas savoir).
  11. La confiance portée aux entreprises est inversement proportionnelle à leur taille. La confiance envers les petites et moyennes entreprises (PME) est très élevée (74 %) et elles font même partie des institutions qui suscitent le plus de confiance, mais celle exprimée à l’égard des grandes entreprises, publiques (45 %) et privées (44 %) reste minoritaire.
  12. La portée médiatique du discours de l’écologisme punitif et de la décroissance connaît des limites de propagation au sein de l’opinion. Pour 76 % des personnes interrogées, « on peut continuer à développer notre économie tout en préservant l’environnement pour les générations futures ». Les Italiens sont les plus nombreux (84 %) à penser que croissance et protection de l’environnement sont compatibles. Ils sont suivis par les Allemands (74 %), les Britanniques (74 %) et les Français (72 %).
  13. Les sympathisants des différents partis des quatre démocraties répondent majoritairement que l’« on peut continuer à développer notre économie tout en préservant l’environnement pour les générations futures ». C’est notamment le cas chez les sympathisants du Parti socialiste (73 %), d’Europe Écologie-Les Verts (67 %) et du PCF/FI (67 %) en France ; des Grünen (80 %) et du SPD (73 %) en Allemagne ; du Labour Party (73 %) et du Green Party of England and Wales (69 %) au Royaume-Uni ; du Partito Democratico (88 %) en Italie.
  14. Nos données montrent que l’individualisme, à droite comme à gauche, est érigé en norme sociale. Une large majorité des répondants estiment que « les gens peuvent changer la société par leurs choix et leurs actions » (80 %), que « les gens de leur pays ont la possibilité de choisir leur propre vie » (69 %), et, dans une moindre mesure, qu’ils ont « une liberté et un contrôle total sur leur propre avenir » (63 %).
  15. Près de trois quarts de l’ensemble des citoyens (71 %) jugent que « beaucoup de personnes parviennent à obtenir des aides sociales auxquelles elles n’ont pas contribué ». C’est 46 points de plus que les répondants n’étant pas d’accord avec cet item (25 %). Une analyse par pays montre que c’est en France, où 57 % des ménages ne paient pas d’impôt sur le revenu, que les citoyens sont les plus nombreux (73 %) à juger que beaucoup de personnes touchent des aides sociales auxquelles elles n’ont pas contribué. Ils sont suivis par les Britanniques (72 %), les Italiens (72 %) et les Allemands (68 %).
  16. Plus de la moitié des répondants (55 %) considèrent que « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment » (contre 42 % qui « ne sont pas d’accord » avec cette proposition). En un an, la proportion des individus considérant que les chômeurs profitaient du système est restée stable en France (passant de 50 % en février 2020 à 51 % en février 2021) et en Allemagne (de 61 à 60 %), tandis qu’elle s’est effondrée de 22 points au Royaume-Uni (de 78 % à 56 %).
  17. L’effort individuel est mis en avant par les personnes interrogées. Plus des deux tiers d’entre elles (68 %) estiment en effet qu’« en faisant des efforts, chacun peut réussir ». Une importante majorité des répondants se situant à gauche (58 %) de l’échiquier politique abonde dans ce sens, même si les répondants sont encore plus nombreux à droite (71 %). Notons que les différences entre les États sont significatives : 74 % des Britanniques, 69 % des Allemands, 68 % pour les Français et 55 % pour les Italiens.


jeudi 13 mai 2021

Covid — New York Times affirme que le CDC a grandement exagéré le risque de contamination à l'extérieur

Un officier de Miami Beach confrontant un homme sans masque l’année dernière. Depuis, la Floride a levé toutes les restrictions sans augmentation des cas.

Lorsque les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains (CDC) ont publié de nouvelles directives le mois dernier pour le port du masque, ils ont annoncé que « moins de 10 pour cent » de la transmission de Covid-19 se produisait à l’extérieur. Les médias de grand chemin (voir ci-dessous pour RFI) ont répété la statistique, et elle est rapidement devenue une description standard de la fréquence de transmission à l’extérieur.

Mais le nombre est presque certainement trompeur.

Il semble basé en partie sur une classification erronée de certaines transmissions Covid qui ont en fait eu lieu dans des espaces clos (comme expliqué ci-dessous). Les fonctionnaires de la CDC ont choisi un point de référence — 10 pour cent — si élevé que personne ne pouvait raisonnablement le contester.

Ce point de référence « semble être une énorme exagération », a déclaré le Dr Muge Cevik, virologue à l’Université de St Andrews. En vérité, la part de la transmission qui s’est produite à l’extérieur semble être inférieure à 1 pour cent et peut être inférieure à 0,1 pour cent, ont affirmé plusieurs épidémiologistes au journaliste du New York Times. Les rares transmissions extérieures qui se sont produites semblent presque toutes avoir eu lieu dans des endroits bondés ou lors de conversations très proches.

Dire que moins de 10 % de la transmission de Covid se produit à l’extérieur revient à dire que les requins attaquent moins de 20 000 nageurs par an. (Le nombre réel dans le monde est d’environ 150.) C’est à la fois vrai et trompeur.

Ce n’est pas seulement une erreur de calcul. C’est un exemple de la façon dont le CDC a du mal à communiquer efficacement et laisse de nombreuses personnes perplexes quant à ce qui est vraiment risqué. Les responsables de la CDC ont accordé une telle priorité à la prudence que de nombreux Américains sont déconcertés par la longue liste de recommandations de l’agence.

Le CDC continue de traiter la transmission à l’extérieur comme un risque majeur. L’agence affirme que les personnes non vaccinées devraient porter des masques dans la plupart des environnements extérieurs et que les personnes vaccinées devraient les porter dans les « grandes réunions publiques » ; les camps d’été (des types de colonies de vacances) devraient obliger les enfants à porter des masques pratiquement « tout le temps ».

Ces recommandations seraient davantage fondées sur la science si près de 10 % de la transmission de Covid se produisait à l’extérieur. Mais ce n’est pas. Il n’y a pas une seule infection à Covid documentée dans le monde en raison d’interactions occasionnelles en plein air, comme croiser quelqu’un dans une rue ou manger à une table proche d’une autre table.

Le mystère de Singapour

Si vous lisez les recherches universitaires que le CDC a citées en défense de la référence de 10 pour cent, vous remarquerez quelque chose d’étrange. Une très grande partie des cas supposés de transmission à l’extérieur se sont produits dans un seul cadre : les chantiers de construction à Singapour.

Dans une étude, 95 des 10 926 cas de transmission dans le monde sont classés comme ayant eu lieu à l’extérieur ; tous les 95 sont des chantiers de construction de Singapour. Dans une autre étude, quatre des 103 occurrences sont classées comme ayant eu lieu à l’extérieur ; encore une fois, tous les quatre proviennent de chantiers de construction de Singapour.

Cela n’a évidemment pas beaucoup de sens. Il semble plutôt s’agir d’un malentendu.

Les données de Singapour proviennent à l’origine d’une base de données gouvernementale de la ville-État. Cette base de données ne classe pas les cas sur les chantiers de construction comme transmission extérieure, a déclaré Yap Wei Qiang, un porte-parole du ministère de la Santé. « Nous ne les avons pas classés selon qu’ils se sont produits à l’extérieur ou à l’intérieur », a déclaré Yap au correspondant du New York Times. « Cela aurait pu être une transmission à l’air libre sur le chantier ou cela aurait pu se produire à l’intérieur des bâtiments de construction. »

Le correspondant du New York Times a poussé ses recherches, il a découvert des raisons de penser que bon nombre des infections pouvaient s’être produites à l’intérieur. Sur certains des chantiers de construction où Covid s’est répandu — comme un complexe pour la société financière UBS et un projet de gratte-ciel appelé Project Glory — les enveloppes en béton des bâtiments ont été en grande partie achevées avant le début de la pandémie. (Cette vidéo de Project Glory a été tournée plus de quatre mois avant que le premier cas de Covid ne soit signalé à Singapour.)

Singapour est chaud toute l’année, aussi les travailleurs auraient cherché l’ombre des espaces clos pour tenir des réunions et déjeuner ensemble, a déclaré Alex Au de Transient Workers Count Too, un groupe de défense des droits des travailleurs temporaires. Les électriciens et les plombiers auraient travaillé en contact particulièrement étroit.

Les écoles sont-elles à l’extérieur ?

Pourquoi, alors, les cas de Singapour ont-ils été classés comme ils l’ont été ?

Quand les chercheurs ont commencé à collecter des données Covid du monde entier, beaucoup ont choisi de définir les espaces extérieurs de manière très large. Ils ont estimé que presque tous les lieux qui étaient un mélange de l’extérieur et de l’intérieur étaient à l’extérieur.

« Nous avons dû nous contenter d’une classification pour les chantiers », de déclarer Quentin Leclerc, chercheur français et co-auteur de l’un des articles analysant Singapour, « et nous avons finalement opté pour une définition extérieure large. » Un autre article, publié dans le Journal of Infection and Public Health, ne classait que deux lieux comme étant à l’intérieur : « les logements de masse et les établissements résidentiels ». Tous ces lieux furent considérés comme étant à l’extérieur : « bureau, soins de santé, éducation, événements sociaux, voyages, restauration, loisirs et achats ».

On peut comprendre pourquoi les chercheurs ont préféré une définition large. Ils voulaient éviter de manquer des cas de transmission à l’extérieur et de suggérer ainsi, à tort, que l’extérieur était plus sûr qu’il ne l’était en réalité. Mais ce choix avait un gros inconvénient : les chercheurs ont compté de nombreux cas de transmission à l’intérieur comme ayant eu lieu à l’extérieur.

Et pourtant, même avec cette approche, ils ont constaté qu’une infime partie de la transmission totale avait eu lieu à l’extérieur. Dans le document contenant 95 cas s’étant prétendument produits à l’extérieur à Singapour, ces cas représentaient néanmoins moins de 1 pour cent du total. Une étude irlandaise, qui semble avoir été plus précise sur la définition du plein air, a estimé la part de cette transmission à 0,1 %. Une étude de 7 324 cas en Chine a révélé un seul cas de transmission en plein air, lors d’une conversation entre deux personnes.

« Je suis sûr qu’il est possible que la transmission se produise à l’extérieur dans les circonstances appropriées », de dire le Dr Aaron Richterman de l’Université de Pennsylvanie, « mais si on devait chiffrer ce risque, je dirais beaucoup moins de 1 %. . »

L’approche scientifique britannique

Le journal du New York Times a demandé au CDC. comment cela pourrait justifier le taux de référence de 10 %. Un responsable a envoyé cette déclaration :

Les données sur la transmission à l’extérieur sont rares. Les données dont nous disposons soutiennent l’hypothèse selon laquelle le risque de transmission à l’extérieur est faible. 10 pour cent est une estimation prudente d’une récente étude systématique d’articles évalués par des pairs. Le CDC ne peut pas fournir le niveau de risque spécifique pour chaque activité dans chaque communauté et pèche par prudence lorsqu’il s’agit de recommander des mesures pour protéger la santé. Il est important que les personnes et les communautés tiennent compte de leurs propres situations et risques et prennent les mesures appropriées pour protéger leur santé.

Pécher par prudence — en exagérant les risques de transmission à l’extérieur — peut sembler avoir peu d’inconvénients. Mais cela a contribué à la confusion générale du public sur ce qui compte vraiment. Certains Américains ignorent les directives élaborées du CDC et abandonnent leurs masques, même à l’intérieur, tandis que d’autres continuent de harceler les gens qui se promènent à l’extérieur sans masque. C'est aussi la raison pour laquelle les masques ont été imposés lors de compétitions athlétiques.

Pendant tout ce temps, les preuves scientifiques pointent vers une conclusion qui est beaucoup plus simple que le message du CDC : les masques sont importants à l’intérieur, mais importent peu à l’extérieur.

Les autorités sanitaires britanniques, notamment, semblent l’avoir compris. Alors qu’elles ont été draconiennes pour ce qui est des mesures imposées dans les lieux clos, à l’extérieur, cependant, les masques restent très rares en Grande-Bretagne.

Cela ne semble certainement pas poser de problèmes. Depuis janvier, les décès quotidiens de Covid en Grande-Bretagne ont diminué de plus de 99 %.

Source : New York Times.

Voir aussi
 
  
 
 
 

Le théologien Guilbeault s'embrouille dans sa volonté de bannir « la haine » de l'internet

(Ottawa) Alors qu’à Ottawa, les conservateurs continuent de s’opposer au projet de loi C-10, les élus à Québec ont adopté sans tambour ni trompette une motion unanime (le Québec en est un spécialiste) affirmant l’appui de l’Assemblée nationale aux mesures proposées par cette réforme de la Loi sur la radiodiffusion, mais apparemment uniquement parce que ce projet protégera le contenu québécois (francophone) sans mentionner de réserves sur les aspects liberticides potentiels de ce projet de loi.

Dimanche, Guilbeault a déclaré dans une interview à CTV que le projet de loi conférerait au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) le pouvoir de règlementer  les comptes YouTube qui rapportent de l’argent ou qui comptent des millions de téléspectateurs. Il est revenu sur cette déclaration à CTV que ce n’était pas le cas et qu’il s’était exprimait de façon « peu claire » lors de l’entrevue. Alors que le projet de loi, qui octroie au CRTC le pouvoir de réguler le contenu canadien sur des plateformes numériques comme Netflix, a été déposé en novembre, la controverse sur son impact sur la liberté d’expression n’est apparue qu’il y a seulement quelques semaines. C’est alors que le gouvernement a supprimé un amendement qui exemptait auparavant de la réglementation du CRTC le contenu produit par des particuliers.

En réponse à ces menaces, Jordan Peterson qui a près de 3,7 millions d’abonnés sur YouTube (1 million de plus que la CBC) a défié Trudeau de réglementer son compte YouTube :


Ignorant cette controverse importante, la motion, déposée par la députée solidaire Catherine Dorion, invitait l’Assemblée nationale à rappeler « que la production culturelle québécoise et sa spécificité sont menacées par l’absence d’encadrement des grandes plateformes de contenu en ligne comme Netflix ou Spotify ».

Elle visait aussi à reconnaître que « l’actuel projet de loi C-10 […] constitue une avancée significative pour la protection et la promotion de la culture québécoise et que, par conséquent [l’Assemblée nationale] affirme son appui aux mesures proposées par ce projet de loi ».

Enfin, elle exigeait que le gouvernement canadien réglemente les plateformes numériques de façon stricte et de façon à assurer « une large part » de contenu francophone. 

Québec solidaire a fait envoyer par le président de l’Assemblée nationale du Québec le texte de la motion au ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, ainsi qu’à tous les chefs de partis d’opposition fédéraux. L’appui des 125 élus québécois s’ajoute à la liste grandissante des acteurs des milieux culturels et des communications qui se mobilisent en faveur de l’adoption du projet de loi C-10 qui cause la controverse à Ottawa depuis plusieurs jours et qui embarrasse le ministre Guilbeault.

Transcription du « débat » parlementaire :

Reconnaître que le projet de loi fédérale modifiant la Loi sur la radiodiffusion constitue une avancée pour la protection et la promotion de la culture québécoise et affirmer l’appui de l’Assemblée aux mesures proposées par ce projet de loi

Mme Dorion — M. le Président, je demande le consentement de cette Assemblée pour débattre de la motion suivante conjointement avec la ministre de la Culture et des Communications, la députée de l’Acadie, le chef parlementaire du troisième groupe d’opposition et la députée de Marie-Victorin :

« Que l’Assemblée nationale rappelle que la production culturelle québécoise et sa spécificité sont menacées par l’absence d’encadrement des grandes plateformes de contenu en ligne comme Netflix ou Spotify ;

« Qu’elle souligne l’importance des nombreuses représentations faites de longue date par le Québec pour défendre son droit à l’exception culturelle, notamment auprès de l’UNESCO et du gouvernement canadien ;

« Qu’elle reconnaisse que l’actuel projet de loi C-10 déposé à la Chambre des communes, qui vise à assurer une contribution des grandes plateformes en ligne à la production culturelle canadienne et québécoise ainsi qu’une assurance de découvrabilité de ce contenu culturel sur ces plateformes, constitue une avancée significative pour la protection et la promotion de la culture québécoise et que, par conséquent, elle affirme son appui aux mesures proposées par ce projet de loi ;

« Qu’elle exige du gouvernement canadien qu’il réglemente strictement ces plateformes, afin d’assurer une large part de création, de production et de présentation d’émissions originales de langue française pour la protection et la promotion de la culture québécoise et que, par conséquent, elle affirme son appui aux mesures proposées par ce projet de loi ;

« Qu’elle exige du gouvernement canadien qu’il réglemente strictement ces plateformes, afin d’assurer une large part de création, de production et de présentation d’émissions originales de langue française, comme demandé par de nombreux acteurs [du] milieu de la culture et des communications aux Québec ;

« Qu’elle exige du gouvernement fédéral qu’il respecte les compétences législatives et les interventions du Québec dans ce domaine ;

« Que l’Assemblée nationale rappelle l’existence d’un consensus politique historique en faveur du rapatriement au Québec de tous les pouvoirs en matière de culture et de communications et de tous les budgets fédéraux en culture et communications selon la proportion historique du Québec et qu’elle demande au gouvernement du Québec de travailler en ce sens. »

Le Président — Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion ?

M. Jolin-Barrette — Consentement, sans débat, M. le Président.

(Mise aux voix)

Le Président — Consentement, sans débat. Je vous demande vos votes respectifs. M. le leader du deuxième groupe d’opposition ?

M. Nadeau-Dubois — Pour.

Le Président — M. le leader du gouvernement ?

M. Jolin-Barrette — Pour.

Le Président — M. le leader de l’opposition officielle ?

M. Fortin — Pour.

Le Président — M. le leader du troisième groupe d’opposition ?

M. Ouellet — Pour.

Le Président — Mme la députée de Marie-Victorin ?

Mme Fournier — Pour.

Le Président — Cette motion est donc adoptée. M. le leader du deuxième groupe d’opposition.

M. Nadeau-Dubois — Oui, merci, M. le Président. Je vous demanderais de faire parvenir une copie de cette motion d’abord au ministre du Patrimoine canadien, M. Steven Guilbeault, ainsi qu’aux chefs des différentes formations politiques représentées à la Chambre des communes du Canada.

Le Président — Et ce sera fait. M. le chef du troisième groupe d’opposition.

 


Steven Guilbeault, le Ministre du Patrimoine canadien, a effectué des études en morale internationale et en théologie de la libération. Il a depuis de nombreuses années taillé ses longs cheveux, qui lui ont longtemps valu le surnom de « Jésus ». Il a été très influencé par un oncle missionnaire à Haïti, dont il avait pensé suivre les traces et à cause de qui ses parents ont adopté l’une de ses deux sœurs, d’origine haïtienne. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à s’inscrire en sciences religieuses à l’Université de Montréal, au milieu des années 1990. Il abandonna cependant rapidement l’idée de devenir missionnaire religieux. Il a, toutefois, gardé une fibre moralisatrice de gauche, de prophète écologiste et de missionnaire du correctivisme politique.

Voilà donc que le ministre du Patrimoine présentera le tout premier projet de loi sur le contrôle d’Internet (C-10) à être déposé au Parlement fédéral canadien dans les « prochaines semaines », a-t-il révélé lors d’une vidéoconférence.

« Mon travail consiste à assurer la sûreté et la sécurité de la population canadienne », a déclaré le ministre. Nous croyions naïvement qu’il s’agissait de promouvoir le patrimoine canadien comme la production artistique en langue française, de conserver les libertés ancestrales des citoyens, de les protéger de la censure arbitraire des monopoles du BigTech.

Guilbeault a révélé que le projet de loi qui sera déposé sera la première étape dans la création d’un « environnement plus sûr pour toutes les personnes en ligne et pas seulement pour une poignée de gens ». Le projet de loi réglementerait le contenu blessant au-delà de ce qui est déjà réprimé par le Code criminel, selon Blacklock’s Reporter.

« Avec le projet de loi que nous déposerons, peu importe que l’entreprise soit canadienne ou non », a déclaré Guilbeault. Peu importe où l’entreprise est enregistrée ou où se trouvent leurs serveurs.

« Une fois qu’une publication sera signalée, elle devra être retirée dans les 24 heures suivant son signalement », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas beaucoup de pays qui le font actuellement. »

« Je pense que ce sera un très bon remède à un certain nombre de problèmes, mais cela ne résoudra pas tout », de dire M. Guilbeault.

Guilbeault a déclaré que le discours de haine fera « certainement » partie du projet de loi déposé, ainsi que d’autres « préjudices en ligne ».

Le respect des ordonnances de suppression des propos « haineux » sera contrôlé par un organisme de réglementation nouvellement créé. Les entreprises informatiques qui ne censureront pas les messages qui déplaisent au gouvernement s’exposeront à des sanctions financières, selon un rapport publié par iPolitics.

Le ministre Guilbeault a tourné en dérision la liberté actuelle d’Internet la décrivant comme « un cauchemar » pour beaucoup de gens, forçant certains à « se retirer de ce débat public parce que les conditions dans lesquelles nous leur demandons de participer ne sont tout simplement pas durables ». Il n’a fourni aucun exemple précis ou explicatif.

« Nous savons qu’il s’agit d’une minorité d’acteurs, mais une minorité très organisée, très forte, et quelque chose doit être fait », a-t-il déclaré de manière cryptique.

Tout en évoquant la censure des commentaires « blessants » en ligne, Guilbeault n’a pas divulgué plus de détails sur les tenants et aboutissants de la nouvelle législation. Il s’est contenté de commentaires vagues et généraux sur la sauvegarde des « valeurs fondamentales partagées par les Canadiens », notamment « la démocratie, une gouvernance inclusive et responsable, un pluralisme pacifique et le respect de la diversité et des droits de la personne ». Le respect de « la diversité », l’euphémisme pour désigner l’imposition de l’idéologie diversitaire, voire woke.

Guilbeault a admis que le gouvernement n’a pas tenu « de consultation publique » sur les détails du projet de loi. « Cela étant dit, il est évident qu’une fois le projet de loi déposé, il y aura d’autres consultations par un comité parlementaire, et une fois le projet de loi adopté — et j’en suis convaincu — il y aura d’autres consultations.

« Les gens verront ce que contiendra le projet de loi une fois qu’il sera déposé », a-t-il commenté.

Pourquoi encore renforcer la réglementation sur la haine alors que le Canada a déjà des lois sur le discours haineux depuis au moins 1970 ?

Pour le directeur des campagnes Coalition pour la vie, David Cooke, « discours de haine en ligne » est un terme utilisé par le Parti libéral pour attaquer et dénigrer tout discours qui ne correspondrait pas aux valeurs « non canadiennes » de la gauche. « Si M. Guilbeault arrive à ses fins, ce qui était naguère des canaux de communication libres et ouverts — où les idées pouvaient être échangées et où les différences étaient diffusées — deviendra le porte-voix de la propagande gouvernementale », d’ajouter David Cooke. Il s’agirait de reprendre en mains les moyens de communication qui échappent au contrôle du gouvernement depuis l’avènement de l’internet.

Pour Mark Buell, vice-président pour l’Amérique du Nord à l’Internet Society, le véritable défi est plutôt l’« environnement politique qui a permis aux géants de la technologie de devenir si puissants. Le plan de Guilbeault ne résout pas ce problème et pourrait, par inadvertance, renforcer ces mêmes entreprises, qui ont à la fois l’argent et les ressources nécessaires pour se conformer à toutes les exigences réglementaires, contrairement à leurs plus petits concurrents. Cela consoliderait la position dominante de Big Tech et empêcherait de nouveaux joueurs — y compris des jeunes pousses canadiennes innovantes — de les concurrencer. » 

On ne voit pas en quoi cela serait dans l’intérêt de l’économie canadienne, des Canadiens et du Patrimoine que M. Guilbeault devrait préserver.

Voir aussi

Cour suprême du Canada — « toutes les déclarations véridiques » ne doivent pas « être à l’abri de toute restriction » 

Le wokisme : des protestants puritains athées

Tribunaux suprémacistes (arrêt Whatcott, suite)

Arrêt Whatcott : la Bible pas « haineuse », mais le juge Rothstein a-t-il tout lu ?

Reproduire une annonce d’une revue homo et un verset biblique : un discours haineux ?

Zemmour : non à la repentance, « la faiblesse attise la haine »

Colombie-Britannique — université annule conférence sur les violences antifa après menaces de violences par antifa

Carence de crimes haineux, il faut les inventer ?

Lois contre « discours haineux » — Employée aborigène poursuit des étudiants pour « embarras et humiliation » (M-à-j)

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants des idées dérangeantes 

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Correctivisme politique et les tribunaux : « Extirper l’hérésie et le blasphème » ?  

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Une police de l’opinion au Québec ? 

Menaces de mort contre une chroniqueuse opposée à la promotion de l’homosexualité dans les programmes scolaires (aucune poursuite)

« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » (sauf l’islamophobie, l’homophobie, la transphobie, etc.)

 

Écologie — Non, le ciel ne nous tombera pas sur la tête !

Le 9 mai, des « marches pour le climat » ont eu lieu dans plusieurs villes françaises pour réclamer une législation environnementale plus contraignante. « Écoutez la science ! » s’écrie Greta Thunberg, égérie du mouvement écologiste mondial. Selon elle, ou selon Jacques Attali le 7 mai sur la chaîne Cnews face à Éric Zemmour, l’apocalypse climatique est proche à cause du réchauffement climatique dont serait responsable l’activité humaine. Le niveau des océans monte, la glace disparaît aux pôles, des tempêtes géantes, des sécheresses et des inondations monstrueuses condamnent notre planète. À court terme, l’économie mondiale va s’effondrer si nous ne changeons pas radicalement le mode de fonctionnement de nos sociétés…

« Je ne crois pas que “la science” dise ce que vous croyez qu’elle dit », répond Steven Koonin, Docteur en physique diplômé du M.I.T., sous-secrétaire d’État responsable de la recherche dans le domaine de l’énergie pendant la présidence Obama. Il a aussi été responsable des énergies renouvelables pour le géant pétrolier BP. Koonin est un scientifique d’abord agacé, puis inquiet, de voir la dérive d’activistes et de grands médias qui cherchent à imposer par idéologie ou intérêt économique une vision catastrophiste du futur. Oui, la Terre se réchauffe (comme elle le fait de manière cyclique depuis la nuit des temps). Oui, le développement industriel a contribué à amplifier le phénomène ces dernières décennies. Il est donc normal de s’en préoccuper, mais pas de soumettre la politique à une fable apocalyptique.

Une importante littérature scientifique, émanant d’experts de l’ONU, existe déjà. Il s’agit de savoir la lire, en évitant tout prisme idéologique, explique Steven Koonin. Les épisodes caniculaires ne sont pas plus nombreux aujourd’hui aux États-Unis qu’au début du XXe siècle. Les pics de température n’ont pas augmenté depuis 50 ans. La calotte glaciaire du Groenland ne fond pas plus vite qu’il y a 80 ans… Et, contrairement aux déclarations de Greta Thunberg et autres collapsologues, l’économie mondiale ne va pas s’effondrer à cause du changement climatique.

Steven Koonin a étudié le rapport entre réchauffement climatique et économie, à la demande d’une grande firme d’investissement. Il a fondé son analyse sur les études d’évaluation réalisées par les experts de l’ONU, comme le AR5 (5th Assessment Report—2014).

1°) Les prédictions cataclysmiques ne se sont pas vérifiées jusqu’à maintenant. Sans doute parce que le niveau d’incertitude climatique particulièrement élevé à l’échelle régionale rend l’extrapolation globale fragile, voire impossible. Selon Koonin, les incertitudes sont telles qu’on pointe du doigt l’activité humaine pour expliquer tout épisode inhabituel.

2°) De nombreux facteurs influencent l’économie. La politique suivie par un gouvernement, les règles régissant le commerce, le développement technologique, la corruption ont un impact majeur, et ces facteurs peuvent changer d’un pays à l’autre sans qu’on puisse les prévoir. Il est donc très difficile de prédire que l’économie du monde va s’effondrer à cause du changement climatique global tant l’échelle régionale prévaut. C’est d’autant plus hasardeux qu’on devrait prendre en compte la capacité d’adaptation des sociétés humaines. Le réchauffement peut même dans certaines régions se révéler une aubaine, par exemple en permettant de cultiver plus et mieux…

Malgré toutes ces incertitudes, le rapport de l’ONU (AR5, 2e groupe de travail) a échafaudé un scénario à l’horizon 2100. L’augmentation de la température sur la Terre ne dépasserait pas 3 °C. L’impact négatif de ce réchauffement à l’échelle planétaire sur l’économie globale serait au maximum de 3 %. 80 ans nous séparent de l’année 2100. On parle donc d’un impact négatif sur la croissance économique annuelle de 0,04 % en moyenne (3 % divisés par 80). Or, les experts de l’ONU tablent sur une croissance économique annuelle de 2 % jusqu’en 2100. L’impact climatique serait alors de 0,04 % sur 2 % chaque année, c’est-à-dire une croissance rendue à 1,96 %. L’ONU table donc sur une conséquence négligeable du réchauffement climatique sur l’économie mondiale. Leur rapport souligne que les autres facteurs comme l’évolution démographique, le développement technologique, la gouvernance ont un poids sensiblement plus lourd. Il n’y a pas non plus aujourd’hui d’évidence scientifique démontrant que ces facteurs décisifs seraient influencés par le réchauffement climatique. Concernant par exemple les mouvements migratoires, la politique et la pauvreté restent les critères déterminants.

Écoutons donc la science, pas les mauvais augures, conclut Steven Koonin (voir son article dans le National Review en lien ci-dessous). L’état actuel de nos connaissances scientifiques indique que le réchauffement climatique ne provoquera pas d’apocalypse ni en 2040 ni en 2100… Méfions-nous de ceux qui brandissent « l’urgence climatique » comme priorité politique. Ils ont souvent des motivations idéologiques.

Sources : La Sélection du jour et National review