samedi 11 novembre 2017

Bobard — Erreurs sur les Croix-de-feu (un parti d'« extrême droite » des années 30)

Dans son numéro d’avril-mai 2017, GÉO Histoire (Groupe Bertelsmann, allemand) publiait un numéro à l’extrême droite française (1870-1984, cela permet d’inclure le Front national). C’est un classique : les élections approchaient, il fallait donc lutter contre toute tentation. À notre avis, ce numéro de belle facture amalgame dans l’extrême-droite un peu tous les mouvements radicaux passant des Croix-de-Feu, aux Boulangistes pour aller jusqu’à des figures comme l’ancien ouvrier métallurgiste Jacques Doriot, anticolonialiste et... communiste dans les années 30 qui devait plus tard collaborer avec les Allemands, eux-mêmes nationaux-socialistes.

Le numéro d’octobre-novembre 2017 est lui consacré à l’Iran et aux émeutes raciales de 1917 dans le Sud des États-Unis. Pas le centenaire de la révolution bolchevique d’octobre 1917...

Or, dans le numéro d’avril-mai, la revue illustre un de ses articles sur les Croix-de-Feu par la photo ci-dessous. GÉO Histoire prétend que cette image montre des Fils et Filles de Croix-de-Feu défilent à Paris. L’article de GÉO Histoire prétend aussi que le service d’ordre des Croix-de-feu avait l’allure d’une milice, utilisait le salut fasciste et que, lors des émeutes très violentes du 6 février 1934, les manifestants des Croix-de-Feu auraient convergé vers le cœur de l’émeute de la Concorde. Bref, comme le dit la légende de GÉO,  « leurs parades ont contribué à assimiler les ligues au fascisme et aux jeunesses hitlériennes ». Ce n’est donc pas GÉO qui fait de l’amalgame, mais les Croix-de-Feu qui sont coupables de cette assimilation.

En réalité, le chef des Croix-de-Feu, le colonel de La Rocque refusa le coup de force. À son appel, les Croix-de-feu se disperseront rapidement. Bien que proches du palais Bourbon, siège de la Chambre des députés, ils se refusent à occuper celui-ci. Par la suite, la manifestation tourna à l’émeute sur la place de la Concorde, faisant au minimum 15 morts (dont 14 parmi les manifestants), 31 voire 37 morts si l’on compte les décès ultérieurs, et plus de 2 000 blessés.


Une erreur du Berliner Verlag et de l’agence Alamy

GEO n’est pas seul à commettre cette erreur. Le Berliner Verlag indique même que la photo aurait été prise à Paris en 1936. Selon la végétation, en été donc. Or les Croix-de-feu furent dissoutes par le Front Populaire en juin 1936.



Or, c’est faux !

La photo n’a rien à voir avec les Croix-de-feu et ce n’est pas la seule erreur dans ce numéro. Il s’agirait plutôt d’une photographie prise en Europe centrale... Le Géo de ce mois a donc dû publier un rectificatif (en petits caractères), la revue en profite pour corriger d’autres erreurs qui lui permettaient de déclarer « leurs parades ont contribué à assimiler les ligues au fascisme et aux jeunesses hitlériennes » : les Croix-de-Feu avaient interdit le salut fasciste dans leurs défilés, elles n’avaient pas l’allure d’une milice (ni armes ni uniformes). Et l’uniforme des enfants des Croix-de-feu ressemblait à ceux des autres mouvements de jeunesse non fascistes comme les scouts et les guides, etc.



Qui étaient les Croix-de-Feu ?

Les Croix-de-Feu sont l’Association des combattants de l’avant et des blessés de guerre cités pour action d’éclat (1927-1936), Il s’agissait d’un mouvement d’anciens combattants français dirigé par le colonel François de La Rocque. Rappelons ce qui animait le parti du colonel La Rocque :
  • Droit de regard de l’ouvrier sur la gestion de l’entreprise.
  • Profession organisée : coopération des industries par type d’activité et réunion des travailleurs par branches.
  • Association capital-travail
  • Salaire minimum.
  • Congés payés.
  • Veille de la qualité des loisirs populaires.
  • Vote des femmes.
  • Réforme des procédés de travail parlementaire.

Dans son étude fouillée sur le mouvement, l’historien toulousain Guillaume Gros annonce le chiffre de 500 000 adhérents au mouvement des Croix-de-Feu.

La Rocque passe chez ses opposants pour l’incarnation du fascisme français, en dépit d’une hostilité affirmée et répétée à l’antisémitisme et au nazisme : sa défense de la nation française primait pour lui devant tout autre type d’idées, spécialement si elles provenaient de l’étranger. L’antisémitisme observé au sein de sections du Parti Social Français, en particulier en Alsace et Moselle et en Algérie aurait été chaque fois condamné dans les termes les plus fermes par le colonel de La Rocque. Selon de nombreuses sources, notamment René Rémond et les auteurs du rapport parlementaire sur le service d'ordre du Front National en 1999, cette accusation, encore relayée de nos jours par ceux qui affirment qu’un fascisme français a existé dans les années 1930, est fausse. Le mouvement Croix-de-Feu n’a jamais été mû par une idéologie fasciste et La Rocque dénonçait d’ailleurs la religion d’État, le racisme et la lutte des classes comme les principaux obstacles à la « réconciliation nationale » tant souhaitée (discours du 23 mai 1936).

Le Grand Rabbin Jacob Kaplan, encore profondément marqué par la Première Guerre mondiale, organise le 14 juin 1936 avec les Croix-de-feu une cérémonie religieuse à la mémoire des anciens combattants juifs, faisant suite aux cérémonies organisées chaque année depuis 1933. Pour cela, il sera très critiqué par la LICA (Ligue internationale contre l’antisémitisme), et par de nombreux intellectuels de gauche. D’autre part, La Rocque sera attaqué par l’extrême droite, qui l’accusera d’être l’allié de la communauté juive.

Cela n’empêcha bien sûr pas le Front Populaire (socialistes, radicaux et communistes) de dissoudre les Croix-de-feu par un décret pris en conseil des ministres le 18 juin 1936, malgré un sursis du Conseil d’État. Et ceci en dépit du républicanisme des Croix-de-feu qui contrastait avec la plupart des ligues d’extrême droite réactionnaires ou fascisantes, dont La Rocque réprouvait l’activisme et l’anti-républicanisme systématique. La capacité du mouvement à mobiliser des foules nombreuses et organisées et le programme d’action sociale, très proche de celui du Front populaire, pouvaient séduire de nombreux militants parmi la classe ouvrière.



vendredi 10 novembre 2017

France — La droite conservatrice se trompe-t-elle au sujet de Blanquer ?

Ancien inspecteur d’académie et spécialiste de l’Éducation nationale, Laurent Wetzel démontre les failles, textes à l’appui, du ministre Jean-Michel Blanquer. Pour Laurent Wetzel, le ministre d’Emmanuel Macron ne mérite pas les lauriers que lui tresse la quasi totalité de la droite française.


jeudi 9 novembre 2017

Les aveux inquiétants de l'ex-président de Facebook

Après avoir fondé Napster, Sean Parker fut un temps président de Facebook. L’entrepreneur de 37 ans a confié dans une interview publiée ce jeudi sur Axios que rendre les gens totalement obsédés par Facebook était l’idée de départ de Mark Zuckerberg.

Facebook change votre relation avec la société, avec les autres. Ça interfère dans la productivité des gens de façon étrange. Dieu seul sait ce que Facebook fait au cerveau de nos enfants.
Sean Parker, ex-président de Facebook
« Le processus de pensée derrière les créations de ces applications, et Facebook était la première, était : Comment consommer le plus de temps et d’attention possibles ? »

Sean Parker
La réponse était simple dans la tête des créateurs : « Nous devons vous donner un petit coup de dopamine de temps en temps, en laissant les gens aimer ou commenter une photo ou un article. Ça vous amène à créer plus de contenu et ça vous mène à plus d’“aimes” et plus de commentaires. » C’est une boucle sans fin.

Sean Parker admet que Facebook est un monstre qui « exploite une faiblesse dans la psychologie humaine. » « Les inventeurs, les créateurs, comme moi, Mark Zuckerberg, Kevin Systrom pour Instagram, nous savions ça, mais nous l’avons quand même fait. »

Kevin se souvient de gens qui venaient le voir au début des réseaux sociaux pour leur dire qu’ils n’avaient pas de compte et qu’ils ne souhaitaient pas en avoir un. « Je disais : “Vous y viendrez”. Il me disaient : “Non, non, non. J’aime mes interactions dans la vraie vie. J’aime vivre le moment présent. J’aime l’intimité.” Et je disais : “Nous finirons par vous avoir”. »

Il rappelle que plus de deux milliards de personnes sont inscrites sur Facebook et les utilisateurs passent au moins vingt minutes par jour sur le site quotidiennement. « Cela change votre relation avec la société, avec les autres. Ça interfère dans la productivité des gens de façon bizarre. Dieu seul sait ce que Facebook fait aux cerveaux de nos enfants. »

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Comment le sens des mots viendrait aux nourrissons (de l'importance du sommeil et d'éviter les écrans avant de dormir, voir lien suivant aussi)

Les écrans, source de problèmes mentaux et sociaux chez les enfants ?

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Essai sur les méfaits de la télévision


« Ségrégation scolaire » : harcèlement scolaire des bons élèves

Le quotidien Métro (France) publie un article sur la difficulté de l’intégration des bons élèves dans certaines écoles. Il en ressort que :

  • Loin d’être valorisés par leurs camarades, les bons élèves sont souvent mis à l’écart.
  • Outre les insultes, ils sont souvent la cible de violences physiques et d’humiliations en tous genres.
  • Ils reçoivent peu de soutien des adultes et gardent des séquelles de ces expériences douloureuses.

mercredi 8 novembre 2017

Italie : une aide financière pour encourager la natalité

Pour faire face à un taux de fécondité très bas, l’Italie a décidé de créer un prêt en association avec des banques proposé à chaque nouvelle naissance.

Et si les banques italiennes incitaient leurs clients à faire des enfants ? C’est le but de l’accord qu’elles viennent de signer avec le gouvernement. À partir de 2018, à chaque naissance, les familles italiennes pourront contracter un prêt de 10 000 euros maximum. L’État garantit la moitié de cette somme, le remboursement pourra se faire pour sept ans. L’objectif est de permettre aux couples en situation précaire (et donc interdits d’emprunt) d’élever leurs enfants. Cette situation peine à convaincre ceux qui pourraient en bénéficier.

Situation critique

Pourtant, en Italie, il y a urgence. Depuis 2010, le taux de fécondité s’effondre. Avec 1,34 enfant par femme seulement [1,5 pour les Québécois francophones c’est à peine mieux], l’Italie fait partie des plus faibles d’Europe et donc du monde. Ce suicide démographique se traduit par une baisse de la population : les Italiens sont 86 000 de moins que l’an dernier. L’État italien s’en tire à bon compte avec cette mesure qui ne coutera qu’une dizaine de millions d’euros par an, beaucoup moins qu’un investissement dans des crèches ou dans de véritables allocations familiales. Mais il y a un risque que cela ne prenne pas et que la natalité continue de baisser.

Le reportage de France 2 mentionne plusieurs fois le fait que la construction de garderies serait une mesure plus efficace, ainsi les femmes pourraient travailler. Ce serait donc, si l’on comprend cette insistance sur les garderies plutôt que l’aide financière directe, le désir de travailler des femmes qui expliquerait le manque d’enfants et non le surcoût très important associé à la maternité et à la naissance de plusieurs enfants. Construire des garderies serait certainement plus coûteux que cette politique peu ambitieuse du gouvernement italien, mais peut-être faudrait-il faire mieux connaître dans le monde l’insuccès des CPE (centre de la petite enfance, garderies) québécois sur le plan démographique : leur coût ne fait qu’augmenter année après année alors que la natalité québécoise ne fait que baisser depuis 8 ans.

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Baisse continue du nombre de naissances au Québec, aucun parti politique n’en parle (m-à-j)

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Canada — un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?

Encore moins de bébés au Québec en 2016

Hausse record de la natalité en Pologne

Chute importante prévue du français dans les foyers québécois

Québec — Trois nouveau-nés sur dix ont au moins un parent né à l’étranger

Québec — Plus bas nombre de naissances depuis 8 ans, record de décès [mars 2016]

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Le coût des garderies québécoises


mardi 7 novembre 2017

Comment le sens des mots viendrait aux nourrissons

Chez les nourrissons, le sommeil joue un rôle crucial dans la formation du langage révèle une étude menée à l’Institut Max Planck des sciences du cerveau et de la cognition à Leipzig en Allemagne.

« L’objectif de cette étude intéressante était de déterminer comment le sommeil permet à un mot associé à une image de devenir un élément plus général du langage chez le nourrisson », note Philippe Peigneux (ci-contre), neuropsychologue à l’université libre de Bruxelles (ULB). Comment, par exemple, le mot chien en vient à désigner une catégorie bien précise d’animaux et pas seulement l’image d’un dalmatien ou d’un teckel. Pour vérifier ce nouvel apprentissage, les bébés ne parlant pas, l’équipe s’est servie d’un signal particulier qui apparaît sur l’électroencéphalogramme (EEG) lorsqu’un mot appris concorde avec l’image présentée et marque l’apprentissage de cette relation. Le mot chien prononcé devant l’image d’un canari ne donnera pas le même signal que devant celle d’un dalmatien.

À 3 mois, le bébé ne paraît pas encore capable d’associer un mot à une même catégorie d’objets qui lui sont présentés, son système nerveux ne faisant que le lien du mot à l’image donnée. Chez une centaine de bébés âgés de 6 mois, les chercheurs dirigés par Manuela Friedrich ont découvert une capacité temporaire à associer un mot à une catégorie si les enfants pouvaient faire une sieste juste après leur apprentissage. Et plus surprenant encore, quand la sieste dépassait 45 minutes, cette association était liée à la présence sur leur EEG de fuseaux de sommeil, connus pour être impliqués dans la consolidation en mémoire.

La phase du sommeil

Depuis 2010, on sait que la mémorisation des nouveaux mots chez l’adulte s’effectue au cours du sommeil à onde lente et qu’elle se caractérise par l’apparition de trains d’ondes plus rapides, les fuseaux, décelés par EEG dans la zone du cortex frontal associée au sens du mot. L’apparition du même type de fuseaux chez les bébés de l’expérience dont la sieste était prolongée suggère qu’ils mémorisent déjà des éléments généraux déduits au cours de leur apprentissage. « Des mois avant de pouvoir parler, dans des conditions expérimentales bien précises, les bébés de 6 mois apparaissent donc capables de créer des catégories sémantiques, souligne Philippe Peigneux. Cette préparation peut expliquer pourquoi vers l’âge de 18 mois, la capacité à utiliser les mots explose chez l’enfant : celui-ci a enfin acquis un répertoire de mots généraux qui va lui permettre d’organiser progressivement sa pensée et son vocabulaire. »

Savoir que les bébés comprennent beaucoup de choses avant de maîtriser la parole ne surprendra aucun parent, mais c’est en grande partie durant leur sommeil que les bases du langage et de cette compréhension se construisent. Une fois le langage parlé maîtrisé, le sommeil apparaît moins indispensable à l’apprentissage du vocabulaire général et des idées, même s’il reste nécessaire à leur mémorisation à long terme. Cela peut expliquer pourquoi au réveil des idées nouvelles ou plus claires peuvent nous venir à l’esprit, et le fait qu’il est peut-être préférable, pour consolider tout apprentissage, d’éviter de passer du temps devant des écrans juste avant d’aller se coucher.

QS et le PQ s'uniraient contre la « ségrégation scolaire »

Appuyé par le Parti québécois et Québec solidaire, le « Mouvement l’école ensemble » souhaite mettre un terme à ce qu’il appelle la « ségrégation scolaire » qui limite, selon lui, les perspectives d’avenir des enfants moins doués à l’école ou issus de familles moins nanties. Le mouvement prône la mixité sociale entre les murs des écoles publiques québécoises.

Selon un rapport du Conseil supérieur de l’enseignement au Québec, 41 % des élèves du secondaire fréquentent l’école privée (21 %) ou un programme particulier (20 %) qui sélectionne les élèves les plus performants du secteur public.

Le porte-parole du Mouvement l’école ensemble souhaite profiter de la prochaine campagne électorale, qui aura lieu dans quelque 18 mois, pour forcer les candidats à la députation à s’engager  sur ce dossier.

Le collectif de parents, dont les médias comme Radio-Canada relaient les demandes avec bienveillance,  estime que le système scolaire québécois serait le plus inéquitable de tous au Canada et propose trois mesures afin de « remettre l’école publique sur les rails » :
  • L’abolition immédiate du financement gouvernemental de l’école privée ;
  • La fin de la sélection des élèves qui fréquentent l’école publique ;
  • La consolidation de l’aide aux élèves en difficultés en ajoutant une offre d’enseignement enrichi pour les élèves les plus performants.

L'intérêt des parents et des élèves au centre des préoccupations ?

La priorité de ce mouvement de parents ne semble à nos yeux pas être d’améliorer l’instruction des élèves, de limiter les coûts de l’enseignement pour une qualité améliorée, mais de sauver « l’école publique » en privant les parents de choix et de s'assurer que plus d'écoles soient gérées par le gouvernement.

Ni ce mouvement L'École ensemble, ni aucun parti politique d’ailleurs, ne semble vouloir promouvoir le chèque-éducation qui permettrait aux enfants doués issus de familles pauvres de fréquenter l’école de leur choix, y compris privée. Pour ce carnet, cela semble la meilleure manière d’assurer l’accès à une éducation exigeante aux enfants méritants dont les parents n’ont pas les moyens financiers de les inscrire dans une école de leur choix.

Aucun parti ne semble non plus se demander pourquoi l’État provincial devrait gérer des écoles plutôt que de simplement garantir l’égalité des moyens — afin permettre à tous de choisir une école correspondant à leurs besoins et leurs mérites scolaires — ainsi que de s’assurer de la qualité des écoles par des inspections et la mise en place d’examens.

Dans l’ensemble du réseau privé, le taux global d’élèves handicapés ou élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) a presque doublé en 5 ans pour atteindre 13 % l’an dernier, comparativement à 22 % dans le réseau public. Le secteur privé fait donc sa part. D’ailleurs, près du quart des élèves considérés comme EHDAA dans le secteur privé fréquentent un établissement d’enseignement privé spécialisé en adaptation scolaire. Car école privée ne signifie pas nécessairement école réservée aux élèves brillants, mais choix de l’école. Bien que, rappelons-le, ce choix soit limité au Québec car le programme scolaire est imposé à toutes les écoles et que celles-ci ne peuvent recruter librement leurs enseignants, même dans les écoles dites privées, même celles non subventionnées (il en existe). Les écoles hors contrat en France, notamment, sont nettement plus libres sur ces deux questions.

Un préjugé est sous-jacent à l’argumentation du « Mouvement l’école ensemble » : de mauvais élèves, turbulents ou peu studieux, s’en tireraient mieux dans des classes ou des écoles ne subissant aucune ségrégation scolaire. Tellement mieux que cela primerait sur le retard que les meilleurs élèves pourraient souffrir de cette mixité obligatoire.  Mais est-ce si sûr ? Ne vaut-il pas mieux des écoles ou des classes adaptées à ces élèves ? (Voir ci-dessous, un billet sur les effets très limités de l’écrémage vers l’école privée.)

Enfin, qu’y a-t-il de foncièrement mal à départager les enfants ? Quel parent ne désire pas éviter à ses enfants une mauvaise influence, la fréquentation de camarades peu studieux, turbulents, voire violents ? 


Les réserves du PQ, l’ouverture de QS

Bien qu’il appuie la recherche de la mixité sociale au sein de l’école québécoise, le PQ diverge toutefois d’opinion sur les moyens d’y parvenir. Le porte-parole du PQ en matière d’Éducation, Alexandre Cloutier, a rappelé que son parti veut revoir le financement du système scolaire — tant privé que public — sans pour autant cesser le financement public de l’école privée.

« Il y a des écoles publiques plus coûteuses que l’école privée. Il y a des projets spécifiques qui sont encore moins accessibles dans les écoles publiques que dans les écoles privées. »

« Nous sommes d’avis qu’il faut revoir l’ensemble de l’œuvre, l’ensemble du financement, qu’il doit y avoir un débat de société sur le vivre ensemble et la ségrégation scolaire, souligne M. Cloutier. On pense qu’il y a plusieurs approches possibles et on partage la volonté de s’attaquer à ce vrai problème. »

De son côté, le porte-parole de QS en matière d’Éducation, Gabriel Nadeau-Dubois convient que les solutions avancées par le collectif sont contenues dans le programme de son parti, mais il se dit ouvert à la discussion notamment sur le financement public de l’école privée.

Tout en convenant que « ségrégation » était un « mot fort » qui pouvait choquer certaines personnes, le député Nadeau-Dubois estime qu’il est nécessaire d’y avoir recours pour « sonner l’alarme et pour souligner une situation qui ne peut plus durer ».

Rappelons que l’écrémage et la ségrégation existent déjà au sein même du réseau public par simple répartition spatiale des différentes classes socio-économiques. Le bassin d’élèves des écoles publiques de quartiers aisés est donc très différent de celui de quartiers pauvres. Que préconise le « Mouvement l’école ensemble » pour éviter cela ? Le busing, la mixité scolaire obligatoire au-delà des bassins géographiques scolaires traditionnels ?

Quant au manque de financement dont serait affecté l’école publique selon d’aucuns, rappelons que chaque enfant inscrit à l’école privée, permet à l’école publique de disposer de 4500 $ de plus par élève inscrit au privé (puisque cet enfant coûterait plus cher au Trésor public s’il était inscrit à l’école publique, voir lien ci-dessous) et que les dépenses du Monopole de l’Éducation québécois augmentent bien plus vite que l’inflation ou le nombre d’élèves.
Voir aussi

« Ségrégation scolaire » : harcèlement scolaire des bons élèves

Effet d’écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

L’IRIS et la ségrégation scolaire...

Québec — Moins d’élèves, mais dépenses en forte hausse

Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal (coûts supplémentaires en francisation et remédiation)

L’éducation aux États-Unis (le choix pour améliorer les résultats et baisser les dépenses)

Coûts des CPE [garderies] : multipliés par 11 pour atteindre à 2,4 milliards $, efficacité en question

Nombre d’élèves en difficulté a près de doubler en 10 ans, coût : 2,3 milliards par an

L’école privée ferait épargner 4452 $ par élève au Trésor public québécois

Échelle des traitements des instituteurs du Québec (2015)

L’école privée profite à tous les élèves québécois

Éducation : les variables non significatives (notamment les dépenses par élève) et la variable pertinente (la qualité)

Syndicats satisfaits : taux du nombre d’élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu’en 2015 (des classes de plus en plus petites, des résultats qui diminuent dans les épreuves internationales)

« Les écoles privées, c’est pour les riches »

Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?

Histoire incorrecte de l'école

Présentation de l’éditeur

La nostalgie de l’école républicaine méritocratique de Jules Ferry repose dans une large mesure sur une imposture. Seuls les faits historiques pouvaient le démontrer. Une mise en perspective est la plus efficace façon et surtout la plus honnête de se débarrasser d’illusions pédagogiques à l’origine de bien des difficultés de l’école d’aujourd’hui.

Beaucoup d’ouvrages dénoncent un état de fait, on découvre ici grâce à ce petit précis historique des données solides : il fourmille de citations et de faits pour aborder différemment les questions centrales du débat scolaire.

Un indispensable pour qui veut connaître l’histoire de l’éducation en France depuis les origines.

Biographie de l’auteur

Agrégée de lettres classiques, Docteur es lettres, ayant enseigné en classes préparatoires et dans le secondaire, Virginie Subias Konofal est responsable du pôle de culture générale de l’ILFM et membre du bureau de la Fondation pour l’école.

Entretien avec l’auteur par Monde et Vie (9 novembre 2017)

Quelle est l’origine de la Révolution pédagogique que nous vivons aujourd’hui ?

La grande question c’est : l’École est-elle un lieu de liberté et de libération ou un lieu de recentrement sur une communauté au nom d’une citoyenneté ? Ce dilemme apparaît dans toute sa force avec la Révolution française, à travers l’idée de nation. Au nom de la nation, chaque humain est pris comme membre d’un immense engrenage dont il doit être une pièce calibrée. L’enfant apparaît comme devant vivre au service de la société dans laquelle il reçoit une éducation pour devenir qui agriculteur, qui boulanger ou artificier, selon les besoins collectifs.

On trouve déjà cela chez certains penseurs des Lumières, comme Voltaire, par exemple, qui refusait que l’on donne une éducation à ses paysans, parce qu’ils n’ont besoin que de savoir cultiver la terre. Nous avons une lettre de Voltaire à Darnilaville, qui est très significative en ce sens : « Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu’il soit instruit ; il n’est pas digne de l’être ». La science qu’il pourrait acquérir le ferait sortir de sa condition et l’empêcherait de produire ce qu’il doit produire. La logique de Voltaire est celle du profit : « Si vous faisiez valoir une terre et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis »...

Mais n’y a-t-il pas un élan vers la science durant la Révolution française ?

Il y a chez un Condorcet une vision moins utilitariste, mais c’est un courant très minoritaire. Condorcet estimait qu’il fallait donner à tous un savoir spéculatif très élevé, dans une sorte d’éducation permanente. Il a fait de cette conviction cinq traités sur l’éducation, mais cela ne débouche sur rien, sa perspective était utopiste. Les Lakanal, les Le Pelletier de Saint Fargeau, les Daunou [voir les liens ci-dessous] qui rédigent des projets de loi sur l’éducation, au nom de la Révolution sont beaucoup plus utilitaires. L’école pour eux doit être le miroir de la société républicaine en devenir. Il n’y a pas chez eux cette idée que chaque individu doit recevoir un savoir académique complet.

Cette idée que chaque individu doit être instruit existait-elle avant le siècle des Lumières ?

Évidemment. Au XVIIe siècle, c’est l’objectif des jésuites aussi bien que des jansénistes, de donner à chaque individu ce qui est nécessaire à son salut. L’École alors n’est pas un objectif en soi. C’est un outil pour la réalisation spirituelle des individus. Chez les frères des Écoles chrétiennes aussi, c’est frappant : l’enfant est le véritable but de l’éducation et saint Jean-Baptiste de La Salle insiste beaucoup sur la relation interpersonnelle entre maîtres et élèves, sur l’idée aussi que les maîtres sont au service des enfants.

Votre vision n’est-elle pas trop binaire : le méchant État et la gentille Église...

Les choses sont évidemment plus compliquées que cela : au XIXe siècle, on perd le souci de l’individu qui était au cœur de la liberté pédagogique des jansénistes par exemple.

Pour l’État, l’École doit être au service de la société. Mais, à ce moment-là, l’Église va en quelque sorte entériner cette vision utilitaire, à son propre profit, en considérant l’École comme un bon outil pour rechristianiser la société après ce qui a été pour elle le drame de la Révolution française. L’École devient alors le lieu par excellence de la politisation de la société.

Contre cette politisation, le problème de l’École, c’est celui de la liberté d’enseignement ?

La liberté des parents, qui permettait d’instruire les enfants d’une façon qui respecte leur milieu ou leur culture d’origine, n’est plus prise en compte. L’État prenant le monopole de l’École, prétend savoir mieux que les individus eux-mêmes en quoi consiste leur liberté. Il n’y a plus qu’une version, unitaire et uniforme, de ce qui doit être enseigné... C’est le début d’un processus de déclin de l’École, qui se renforce au fur et à mesure que s’affirme cette volonté d’uniformisation.

L’École aujourd’hui ne va pas mal. Elle fait ce qu’elle avait prévu de faire depuis le début du XXe siècle.

Vous voulez dire qu’il n’y a plus de liberté pédagogique ?

À l’époque des jansénistes, le commentaire de texte était un travail qui permettait à l’élève d’indiquer son interprétation personnelle des textes. Aujourd’hui, il n’y a plus d’interprétation personnelle. On demande aux élèves d’appliquer des grilles d’interprétations déjà fabriquées, dans des itinéraires entièrement balisés. Ce qui compte n’est pas tant ce qu’ils ont à dire que la manière dont ils disent ce qui doit être dit sur un texte.

Avant on mettait l’accent sur l’obéissance physique, pour favoriser la liberté de la pensée. Aujourd’hui, on laisse pleine liberté à l’élève au plan physique, sur son habillement voire sur son attitude ; mais on bride sa façon de penser de sorte qu’il n’a le droit de répéter que « les bonnes idées » et qu’ils ne doit pas se poser certaines questions en dehors de ce champ.


Histoire incorrecte de l’école,
De l’ancien régime à aujourd’hui
par Virginie Subias Konofal
Parue le 4 octobre 2017
aux éditions du Rocher
à Monaco
168 pages
ISBN : 978-2268094939

Voir aussi :

« Les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents »

Condorcet : L’éducation publique doit-elle se borner à l’instruction ?

Mythe — C’est grâce à la République que l’enseignement est devenu obligatoire, public et gratuit (il est surtout devenu monopole gouvernemental laïc...)


« Il ne revient pas à l’école de changer les mentalités »

Le Devoir de Montréal : « L’école n’est pas au service des parents. »

Voltaire, cet inconnu, ce mythe, ce sectaire

Le côté sombre des Lumières

« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire »

ECR — Nos enfants n’appartiennent pas à l’État

Marie Geiss-Galimard : « Pour les Allemands, les enfants sont la propriété de l’État »

Le cours ECR « pour former des citoyens complets » (les parents privés du cours étant incomplets ?)

Tuerie dans une église du Texas, détail qui semble avoir échappé à Radio-Canada

Radio-Canada dresse un portrait du tueur de paroissiens texans :




Radio-Canada, comme les autres médias dominants, a surtout parlé d’un différend familial.

Étrangement, ces médias ne se sont pas fort intéressés aux opinions politiques ou religieuses de ce tueur. L’article de Radio-Canada ci-dessus n’en fait pas mention, par exemple.

Or, le Figaro révèle des détails supplémentaires sur les opinions religieuses du tueur
Devin Kelley était un utilisateur régulier des réseaux sociaux où il pouvait exprimer sa frustration et ses colères. Ses diatribes sur Facebook avaient pour cible la religion, l’Église, les croyants. Plusieurs de ses anciens camarades de classe ont relaté avoir pris leurs distances avec ce militant athée, au comportement hostile et aux fréquents accès de violence. La carrière militaire de Devin Kelley a été brève, sans envergure, et marquée par une fin abrupte.

Recruté en 2010 pour travailler comme logisticien dans une base de l’armée de l’air du Nouveau Mexique, État voisin du Texas, il a été traduit deux ans plus tard en cour martiale pour des violences à l’encontre de son épouse et d’un enfant, présenté selon les sources comme celui du couple ou de la femme seulement. Cette dernière a demandé le divorce la même année. Le caporal a été condamné à un an de détention, dégradé et renvoyé des rangs de l’US Air Force. En 2014, il a tenté sans succès d’obtenir en appel une révision de cette condamnation. Il semble que le militaire déchu ait ensuite déménagé, notamment dans le Colorado où son casier judiciaire mentionne des accusations de mauvais traitements envers des animaux.

Notons que Devin Kelley n’aurait jamais dû pouvoir acheter une arme à feu si les autorités gouvernementales avaient respecté la procédure à suivre : signaler les condamnations de Devin Kelley au fichier central.

Selon des informations obtenues par KPRC NBC2 à Houston auprès de la police d’El Paso, le tueur Devin Kelley se serait échappé d’un établissement psychiatrique au Nouveau Mexique en 2012.

Le rapport de police indique que les services de santé Peak Behavioral avaient informé les policiers que Kelley « représentait un danger pour lui-même et pour les autres qui avaient déjà été pris en train de piquer des armes à feu sur la base aérienne de Holloman pour mettre à exécution des menaces de mort que [Kelley] avait proférées à l’encontre de sa chaîne de commandement militaire. »


mercredi 1 novembre 2017

Québec, faiblesse en français et valorisation de l'anglais

Nous l’avons déjà mentionné, le nombre d’heures de français (et de matière donnée en français) a sensiblement diminué ces dernières années pour faire place à plus d’anglais, on apprend que pour la majorité des élèves qui décrochent en cinquième secondaire, c’est leur échec en français qui les éloigne de leur diplôme. (Voir aussi Quatre cents heures d’anglais de plus, centaine d’heures de français de moins ?)

La société d’État Radio-Canada nous apprenait le 18 septembre dernier qu’en 2016, la moitié des futurs enseignants québécois avaient échoué le « test de certification en français écrit pour l’enseignement ».

Un enseignant nommé Sylvain Dancause dont le carnet est relayé par le Journal de Montréal mentionne « l’éléphant dans la pièce » (pour employer un calque de l’anglais !), le problème évident et pourtant tabou, soit la valorisation de plus en plus grande accordée à la maîtrise de la langue anglaise et son corollaire, la valorisation de moins en plus moins grande accordée à la maîtrise de la langue française dans le système d’éducation québécois.

M. Dancause affirme tout simplement que la l’importance de plus en plus grande accordée à toujours plus d’anglais depuis le primaire pour finir par un cégep envoie un message subliminal qui résonne fort chez les jeunes et leurs parents : « l’anglais c’est full important, le français ça ne l’est pas ».

M. Dancause ne manque pas de noter que la Politique sur la réussite éducative, dévoilée par le Ministre Proulx en juin 2017, est muette comme une carpe quant à la maîtrise du français chez les élèves du secondaire.

Extraits du billet de M. Dancause :

[...]

J’ai lu la grande nouvelle de la semaine passée : « À leur premier essai, près de la moitié des futurs enseignants québécois ont échoué à l’examen de français obligatoire pour l’obtention de leur brevet d’enseignement l’an dernier. »

[...]

[J] » ai lu à maintes reprises qu’il fallait augmenter la cote R (ingard) des étudiants admis au baccalauréat en enseignement. À ce propos, je partage en partie l’idée de Paul Journet qui affirme que « l’idée n’est pas inintéressante, mais son effet serait limité. » De mon côté, je considère que la plupart des qualités d’un excellent enseignant n’ont rien à voir avec la cote R.

Bref, tout comme Patrick Lagacé, « je refuse donc de jeter la pierre à ces enseignants : ils sont le produit d’une culture qui se fiche de l’école... »

Néanmoins, j’ajouterais un petit quelque chose : ils sont aussi le produit d’une culture qui se fiche de sa propre langue.

Le français, qu’ossa donne ?

J’aimerais vous souligner un détail important dans toute cette histoire : ces jeunes enseignants sont passés dans nos écoles au cours des années 2000. So what?
Vous avez remarqué la modification de l’offre de service des écoles depuis une quinzaine d’années ? La multiplication des projets particuliers est effarante. Le menu offert passe par toute la gamme des sports, des arts et de la technologie.

Toutefois, le domaine qui a connu la plus grande progression est sans aucun doute celui des programmes de langues (lire ici d’anglais). Force est de constater que le francophone colonisé est un fan de la langue de Shakespeare.

L’anglais intensif a fait son apparition au primaire. Au secondaire, il y a une panoplie de programmes que j’appellerais « variation sur un même thème » : anglais plus, anglais enrichi, EESL, etc. Sachez que certains programmes au secondaire offrent aux élèves des cours d’anglais à raison du tiers de leur horaire.
Vous croyez cela suffisant ? Non. « Une majorité de Québécois, même chez les francophones, est favorable à un assouplissement de la loi 101 pour faciliter l’accès aux écoles anglaises au primaire et au secondaire. »

Je sais, l’anglais, c’est full important. Par contre, comme société, vous voyez le message subliminal envoyé à nos enfants ? [kcuf el siaçnarf] Vous voyez le déséquilibre quant à l’importance accordée à l’enseignement de notre langue seconde par rapport à notre langue maternelle ?

Vous avez vu des publicités d’écoles qui font l’apologie de leur super programme de français enrichi ? Est-ce qu’on vous a déjà fait la promesse (comme argument de vente) que votre enfant découvrira les grands auteurs francophones ? Vous connaissez une école qui insiste sur l’importance de la production littéraire dans l’offre de ses cours ?

J’entends votre silence.

Je ne veux surtout pas en rajouter, mais « alors que le nombre de cégépiens faibles en français ne cesse d’augmenter, la politique sur la réussite éducative reste muette sur les objectifs et mesures à mettre en place pour améliorer la maîtrise du français chez les élèves du secondaire. »

Le plus sérieusement du monde, les hautes instances universitaires demandent depuis deux ans au ministère de l’Éducation de restreindre à quatre le nombre de passations à l’examen de français : « On ne veut pas que les étudiants le réussissent à l’usure. On veut qu’ils comprennent l’importance qu’on accorde à la qualité de la langue. »

Are you kidding me?

Les jeunes habitants de mon « village d’enseignants » ne sont pas différents de ceux des autres villages. Très tôt, ils assimilent le message envoyé par leur société à l’égard de leur langue maternelle.

Albert Camus disait : « Ma patrie, c’est la langue française ». Eh bien, ma patrie à moi, elle est maganée et elle rêve en anglais.

L’ingénieur Pierre Cliche est revenu sur cette fascination (et culpabilisation constante) des francophones pour l’anglais au Québec (extraits) :
Dimanche dernier, à l’émission Tout le monde en parle, l’entrepreneur Mitch Gerber a mis en opposition les statistiques suivantes : alors que 80 % des Anglo-Québécois parleraient le français, seulement 40 % des Québécois francophones parleraient l’anglais. Souhaité ou non par M. Gerber, le résultat de cette boiteuse comparaison est le même : le constat que les Québécois francophones sont encore et toujours les cancres de la classe dans le domaine linguistique. Serait-ce une autre façon pernicieuse de nous asséner ce foutu « speak white » dont nous n’arriverons jamais à nous libérer, semble-t-il ?

La comparaison de M. Gerber, dont le fondement est vicié, aurait pu s’énoncer de façon tellement plus pertinente si ce dernier s’en était donné la peine ou en avait eu la volonté. Formulé autrement, voici ce que cela aurait pu donner : alors que les Franco-Ontariens (à 500 000, presque aussi nombreux que les Anglo-Québécois) et les Acadiens parlent pratiquement tous anglais, il n’y a que 80 % des Anglo-Québécois qui parlent français. Ou encore : alors que 40 % des Québécois francophones parlent anglais, moins de 10 % des anglophones hors Québec parlent le français. Ainsi énoncées, ces comparaisons donnent un portrait éminemment plus fidèle et surtout plus juste de nos compétences linguistiques qui, vues sous cet angle, se comparent très avantageusement avec la plupart des peuples.

[...]

Cela étant posé, il serait peut-être temps de cesser de nous faire croire que 100 % des Québécois francophones sont ou devraient être mus par un mystérieux attrait irrésistible pour l’apprentissage de l’anglais. Si tel était le cas, nous serions bien le seul peuple sur Terre à avoir collectivement un tel engouement qui ferait de nous, linguistiquement parlant, un peuple élu. Malheureusement, la réalité étant toute autre, efforçons-nous donc d’être tout simplement un peuple normal et heureux de l’être.

Ce constat établi, j’aimerais que l’on me dise pourquoi un Québécois francophone, au même titre qu’un Anglo-canadien, qu’un Français ou qu’un Italien, ne pourrait pas vivre une vie agréable et satisfaisante même s’il ne se sent pas tenu à apprendre une autre langue, poussé par une des nombreuses motivations qui incitent habituellement certaines gens à le faire ? Ce Québécois n’est pas pour autant moins honorable et respectable que les bilingues et trilingues qui ont fait ce choix par ambition professionnelle, par sens pratique, ou simplement par goût ou curiosité des autres langues et des autres cultures.

Bien que libéré depuis belle lurette de toute forme de colonialisme (britannique ou anglo-canadien), il est étonnant et navrant de voir à quel point les Québécois francophones souffrent toujours de ce qu’on pourrait qualifier de « colonialisme linguistique » lorsqu’il est question de l’anglais. Cette incapacité que nous avons d’en évaluer froidement sa nécessité et sa pertinence, cela, en tenant compte des goûts, aspirations et besoins de chacun est désolante et fausse le débat sur son importance et sa nécessité dans nos vies personnelles respectives. Malgré le contexte linguistique particulier du Québec, il serait tellement plus souhaitable de faire en sorte qu’il soit possible de vivre et de travailler en français au Québec, et ce, sans que ce soit un handicap pour les unilingues francophones.

Pourtant, bilingues (français, anglais) à 40 %, les Québécois francophones sont parmi les peuples les plus bilingues de la planète. Mais cela sera toujours insuffisant aux yeux des anxieux et des complexés de la langue. Malheureusement, la normalité n’est pas suffisante pour ces gens-là.