mercredi 14 juin 2017

Débat sur le mondialisme heureux

Chronique d’Éric Zemmour sur l’ouvrage « Non, ce n’était pas mieux avant » de Johan Norberg, écrivain, journaliste et conférencier suédois, mais il pourrait aussi bien être québécois ou belge « progressiste » et « mondialiste ».

D’abord la présentation de l’éditeur de cet ouvrage :
Chaque jour, à la télévision, dans la presse, sur Internet et dans la bouche des hommes politiques, nous sommes abreuvés du même discours catastrophiste : le chômage, la pauvreté, les désastres environnementaux, la faim, la maladie et la guerre sont partout. Et pourtant !

Pourtant, l’humanité a fait davantage de progrès au cours des cent dernières années que depuis l’apparition d’Homo sapiens. Pourtant, l’espérance de vie a plus que doublé au XXe siècle, alors qu’elle n’avait pas significativement évolué auparavant. Pourtant, la pauvreté a davantage reculé au cours des 50 dernières années que pendant les cinq siècles qui ont précédé.

Contrairement aux idées reçues, l’humanité a connu, au cours des dernières décennies, un progrès et une amélioration de ses conditions de vie sans précédent. Quel que soit le critère considéré, on peut sans conteste affirmer que « c’est mieux maintenant ». Et il y a même toutes les raisons de croire que ce sera encore mieux... demain.

Évidemment, Zemmour n’est pas aussi enthousiaste que l’éditeur...

Un éloge de la modernité sans nuances. Un plaidoyer manichéen pour la mondialisation et les sociétés « ouvertes ».

« Au XIXe siècle. on disait que les Européens amenaient la civilisation aux “sauvages”. Notre auteur suédois a simplement remplacé le vilain mot de “colonisation” par le beau nom de » « mondialisation » et le tour est joué !

Pangloss est de retour. Le mentor de Candide, brocardé par Voltaire pour son optimisme impénitent, pour son « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles » sans cesse asséné à son jeune protégé devant les pires catastrophes, est devenu une vedette des médias français et occidentaux qui lui tressent des louanges. Il faut dire que notre Pangloss est un social-démocrate suédois qui parle le globish english. Sa providence divine est le libre marché. Ses évangiles sont les œuvres des théoriciens libéraux, de Friedman à Popper. Son paradis est la « société cosmopolite ouverte et fluide ». Jadis, le modèle de l’humanité était le Christ souffrant sur la croix ; désormais, le modèle radieux vers lequel tous les humains doivent tendre est le Suédois ouvert sur le monde, tolérant, féministe et gay friendly : « La prochaine génération grandira dans un climat de tolérance et d’acceptation plus marquées que jamais, au grand dam des réactionnaires. »

Le diable est dans le populisme. Le déclinisme, le socialisme, le protectionnisme, le nationalisme sont les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Pour sa version française, notre Pangloss scandinave a reçu la bénédiction enthousiaste de son préfacier Mathieu Laine, qui est au libéralisme ce que les compagnons de route des années 50 étaient au marxisme-léninisme : mêmes lendemains qui chantent, même certitude scientifique d’être dans le vrai. Le progressisme néolibéral est un millénarisme qui a remplacé les oraisons par les statistiques. Aussi menteuses, mais aussi intimidantes les unes que les autres. Notre Pangloss scandinave nous bombarde de chiffres selon la méthode du « tapis de bombes » chère à l’aviation américaine. Il a tout détruit, avant qu’on ait le temps de s’interroger sur leur pertinence.

Sa vision de l’histoire est simple, voire simpliste : avant les Lumières, il y a l’obscurantisme. Après, l’homme occidental se libère de ses chaînes religieuses, mais aussi (et surtout) mercantilistes et protectionnistes. La libre-pensée et le libre marché amènent le bonheur aux peuples occidentaux. Qui, après les années 50, le diffusent dans le reste de la planète.

On se croirait revenu au bon temps des livres progressistes du XIXe siècle. À l’époque, on disait que les Européens amenaient la civilisation aux « sauvages ». Notre auteur suédois a simplement remplacé le vilain mot de « colonisation » par le beau nom de « mondialisation » et le tour est joué ! Mais depuis, on croyait que la Première Guerre mondiale et sa suite, la seconde et son cortège d’horreurs, avaient tué cette naïve vision irénique du progressisme scientifique. Que nenni ! Notre Pangloss suédois ne veut pas voir que la grande différence avec les guerres d’antan est que celles d’aujourd’hui sont à la fois industrielles et totales, que le degré de destruction et d’implication des peuples a été décuplé. Il s’enferme dans un économisme et un matérialisme asphyxiant : la croissance entraîne la tolérance ; la récession provoque intolérance, discrimination et racisme.

Il nous dit : « Le bon vieux temps était épouvantable. » On ne savait pas que des époques qui avaient donné à l’humanité Rabelais, Pascal, Molière, Racine, Bossuet, Voltaire, Rousseau, Balzac, Flaubert étaient aussi monstrueuses. Il nous dit : « La Suède de mes ancêtres était l’Afrique d’aujourd’hui. » Mais où sont dans l’Afrique d’aujourd’hui les cathédrales du Moyen Âge, les toiles de Michel-Ange, de Rembrandt, Poussin, Watteau, Fragonard, Boucher ? Il nous assène que « le niveau de bonheur augmente dans le monde entier ». Et pour le prouver : « Rien qu’en 2015, les Chinois ont acheté plus de 400 millions de téléphones intelligents. » C’est dire s’ils sont heureux !

Il a l’habileté de répondre aux questions qu’on ne pose pas, mais de ne pas répondre aux questions qu’on se pose. Il nous assène que les progrès de l’hygiène et de la médecine depuis deux siècles ont éradiqué de nombreuses maladies. Mais qui a prétendu le contraire ? Il compare l’incomparable, nous dit que « notre espérance de vie » est passée de 35 ans à 80 ans en quelques siècles, sans nous expliquer clairement que cette moyenne statistique était avant tout plombée par la mortalité infantile de masse. Et il oublie que sa fameuse espérance de vie recule, depuis quelques années, aux États-Unis dans les classes populaires blanches. [voir par exemple : L’espérance de vie baisse aux États-Unis, une première depuis 20 ans]

Il rappelle avec raison aux écologistes que l’utilisation des engrais azotés a permis d’augmenter notre quantité quotidienne d’alimentation et la disparition des famines. Mais il se tait pudiquement sur la destruction des cultures vivrières en Afrique et le développement massif dans les pays occidentaux de l’obésité et du diabète, provoqués par cette malbouffe industrielle. [Voir : L’obésité explose dans le monde... le nombre d’obèses a plus que doublé dans 73 pays du monde depuis 1980... Le surpoids et l’obésité ont progressé plus vite chez les enfants que chez les adultes sur les 35 dernières années] Il exhume l’argument convenu des partisans du libre-échange sur « la sortie de la misère » de 2 milliards d’hommes. Mais il passe sous silence l’entrée dans la misère des classes populaires et moyennes des pays occidentaux. Si la mondialisation a réduit les inégalités entre pays, elle a accentué celles au sein des pays, au plus grand profit du 1 % qui s’est considérablement enrichi.

C’est pour cette raison que les intellectuels et juristes libéraux ont changé subrepticement la conception même de la démocratie, qui n’est plus « le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple », mais « la protection des minorités » contre la loi de la majorité. Cette nouvelle approche, érigée sous le magistère de la religion des droits de l’homme, désagrège les peuples et les nations au profit d’un individu-consommateur, et de communautés sexuelles et religieuses qui imposent leur vision du monde, souvent conflictuelles. Sur ce chaos qui gronde règne une classe dominante, les fameuses élites mondialisées, qui ont fait sécession de leurs nations respectives, comme l’avait finement analysé Christopher Lasch. Toute classe dominante a besoin d’une idéologie qui légitime ses privilèges et son hégémonie. Qui chante ses louanges en faisant oublier que « l’histoire est tragique ». Notre Pangloss suédois et tous ses thuriféraires médiatiques sont avant tout ses hommes de main, ses hommes de mots et de chiffres ; en clair ses agents de propagande. Et après eux, le déluge.



Non ce n’était pas mieux avant
de Johan Norberg
publié le 24 mai 2017
chez Plon
à Paris
272 pages
ISBN-13 : 978-2259253260

lundi 12 juin 2017

Décrypter les médias - Il faut schroumpfer

Extrait de l’ouvrage d’Ingrid Riocreux sur la langue des média. Voir notre billet Cours de rhétorique et de décryptage des médias à l’école. Ingrid Riocreux est agrégée de lettres modernes et docteur de l’Université Paris-Sorbonne. Elle est actuellement chercheuse associée à l’Université Paris IV.

Obligation de schtroumpfer

On peut penser ici à ce grand moment de télévision inquisitoriale que fut l’interview de Marine Le Pen par Bruce Toussaint dans la matinale d’iTélé le 12 janvier 2015.

« Êtes-vous Charlie ? » demande le journaliste à la présidente du FN, reprenant le mot d’ordre de la grande manifestation de la veille. Agacée, la présidente du FN répond que dans l’hypothèse où cela revient à lui demander si elle défend la liberté d’expression, la réponse est évidemment oui ; mais que cette réponse est négative, en revanche, si on lui demande ainsi d’adhérer à la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Toutefois, ce discours ne plaît pas à Toussaint qui réitère sa question. Il veut entendre un bien clair et bien scandaleux « Je ne suis pas Charlie ».

Le fameux « Je suis Charlie » est la formule la plus vide ou, au choix, la plus ambiguë qui soit ; elle a permis de faire défiler côte à côte des gens pour qui elle n’avait pas le même sens en donnant l’illusion de l’unité.

Pour les uns, elle signifiait, « à bas l’islam (ou telle forme de l’islam) », pour d’autres « à bas la République impuissante et veule », pour d’autres encore, « à bas les religions ». C’était un slogan-schtroumpf : « Schtroumpfons tous· ensemble ! » — « oui, schtroumpfons ! ». Sauf que le verbe schtroumpfer n’a pas le même sens pour tous les Schtroumpfs en présence. Donc personne ne sait ce que signifie « être Charlie » ; mais il est ignominieux de ne pas être Charlie.



Quelles que soient ses motivations, celui qui n’est pas Charlie tombe sous le coup d’une condamnation a priori. Il ne veut pas schtroumpfer avec les autres.

Si Marine Le Pen concède qu’elle n’est pas Charlie, inutile pour elle de soigner sa justification. Son propos sera réduit au titre « Marine Lepen affirme : “Je ne suis pas Charlie » » qui défilera toute la journée dans le bandeau au bas de l’écran.

Nous sommes encore sur iTélé le 16 juillet 2015 à 22 h 20. Romain Desarbres interroge Guillaume Larrivé sur la politique migratoire de l’Union européenne et lui demande ce qu’il pense du mur que la Hongrie veut faire construire à sa frontière. Réponse de l’invité : « C’est une initiative de la Hongrie ». Romain Desarbres : « Initiative... regrettable ? » Le journaliste est gentil : il va jusqu’à suggérer les bonnes réponses à ses propres questions. On rêve tous d’un pareil jury du concours. Face à cette attitude, les hommes politiques ont trois options :
  • jouer la provocation en affirmant que non, ils ne sont pas opposés à cette initiative ;
  • courber l’échine et affirmer que, bien entendu, il s’agit là d’un mur de la honte et que tout le monde doit le condamner avec la plus grande fermeté selon la formule consacrée ;
  • ne pas exprimer de point de vue.

Guillaume Larrivé choisit la troisième possibilité : « Je ne veux pas commenter les décisions d’un pays étranger ». Sa réponse est claire et le Journaliste [avec une majuscule, l’archétype du journaliste] devrait donc passer à la question suivante.

Mais, après la suggestion de l’adjectif « regrettable », Romain Desarbres entend bien accomplir au mieux sa mission inquisitoriale (il ne s’agirait pas d’encourir un blâme du CSA [organe de surveillance de l’audiovisuel], qui veille) : « Vous ne voulez pas condamner ce mur 7 » L’invité doit saisir la perche qui lui est tendue une dernière, fois, ou confirmer qu’il a consciemment et obstinément refusé de la saisir. Par calcul ou par conviction, Guillaume Larrivé ne condamnera pas le mur. Encore un qui ne veut pas schtroumpfer.

Dans un ouvrage paru en 2011 et intitulé Le Petit Livre bleu, Antoine Buéno montrait que la société des schtroumpfs constitue un « archétype d’utopie totalitaire ». Comme un journaliste lui faisait remarquer que les petits hommes bleus n’ont pas l’air opprimés ni malheureux, il répondait qu’« on peut vivre pas trop mal dans une société non démocratique ». Une société non démocratique où l’on ne vit pas trop mal, c’est peut-être une bonne description de la nôtre.




Description de l’ouvrage d’Antoine Buéno, Le Petit Livre bleu


Les Schtroumpfs peuvent être étudiés sous une infinité d’angles : culturel, esthétique, marketing, économique, juridique, historique, sociologique, psychologique, psychanalytique. Pédagogique également : ils s’adressent en priorité à un public d’enfants. Une telle approche explique certains traits saillants du monde des Schtroumpfs, comme l’absence de sexualité. Le village des Schtroumpfs peut apparaître comme la métaphore d’une classe d’école. 

Mais allons plus loin dans l’analyse : Les petits lutins de Peyo se ressemblent tous : bonnet blanc, collant blanc, corps bleu, petite schtroumpf bleue, excepté le grand Schtroumpf, ils vivent en collectivité et travaillent tous à une cause commune : réparer le village après le passage d’un méchant, bâtir un pont sur la rivière Schtroumpf... l’initiative privée est rarement récompensée, elle est même la plupart du temps réprimée, ils prennent leur repas tous ensemble dans une salle commune, ils ont un chef unique, ils sortent très rarement des limites de leur petit pays... Cela ne vous évoque rien ? Une dictature politique par exemple ? 

Antoine Bueno, professeur à l’IEP de Paris, nous propose une étude intéressante autant que divertissante émaillée d’exemples divers pris dans l’œuvre de Peyo. Son raisonnement étayé en étonnera plus d’un, et livrera aussi toutes les réponses aux questions fondamentales que pose la série, comme la taille réelle des Schtroumpfs. A l’issue de la lecture, nous espérons qu’il vous aura convaincu d’une chose : Le monde des Schtroumpfs semble bien un archétype d’utopie totalitaire. Alors, cela change-t-il pour autant le regard que nous portons dessus ? En aime-t-on moins les petits lutins de Peyo ? Sans doute pas. Faut-il s’en inquiéter ? C’est toute la question...


Roger Scruton sur le progrès, le progressisme, le conservatisme et le populisme


Extrait d’un entretien avec Roger Scruton publié dans Le Figaro, philosophe anglais né le 27 février 1944 au Royaume-Uni, il est l’auteur de plus de trente livres. Depuis 1992, il occupe des postes de professeur invité à Boston University, à l’American Enterprise Institute de Washington D.C., à l’Université de St Andrews, et à l’Université d’Oxford où il est membre du Blackfriars Hall. En 1982, il cofonde la Salisbury Review, revue politique conservatrice qu’il dirige pendant 18 ans.

LE FIGARO. — Emmanuel Macron estime que le nouveau clivage est entre « conservateurs » et « progressistes ». Ce clivage vous paraît-il plus pertinent que celui entre droite et gauche ?

Roger SCRUTON. — Le problème de la politique, c’est qu’elle est souvent binaire. Le progrès contre le regret, l’avenir contre le passé, les ouverts contre les fermés : ce sont souvent ceux qui définissent les oppositions qui veulent s’en sortir gagnants. Ce sont des clichés. Moi, je suis pour le progrès dans la science, la tradition dans les arts, la continuité dans la morale et pour ne rien faire d’autre que le nécessaire en politique. En situation de paix et de relative opulence, je crois que la politique doit rester à sa place. Pour moi, c’est cela le conservatisme. Quant au progrès, c’est un slogan. Il fut utilisé par les jacobins, les fascistes et les communistes qui se voyaient l’instrument de l’avenir. L’avenir est une excuse pour quantité de crimes. C’est une idole qui exige qu’on lui sacrifie les hommes du présent. Le passé n’est pas une excuse pour les crimes du présent. Il est ce qui est achevé, il ne demande aucun sacrifice. Le passé est beaucoup plus inoffensif que l’avenir. Le progrès justifie tout, là où la Tradition ne demande aucune justification. D’un point de vue rationnel, l’idéalisation du futur est extrêmement dangereuse.

LE FIGARO. — On accuse souvent le conservateur d’être renfrogné, replié sur lui-même, triste et nostalgique. Peut-on être un conservateur joyeux ?

Roger SCRUTON. — Absolument. Pour moi, le conservatisme, c’est la philosophie de l’amour ! L’amour de ce qui existe, de ce que nous possédons et avons hérité. Lorsqu’on aime vraiment, on accepte les imperfections de l’objet aimé. Cette acceptation de la vie ordinaire qui est au fondement du conservatisme peut être joyeuse. Regardez Chesterton, c’est l’exemple type du bon vivant conservateur : son œuvre est pleine d’un rire tendre pour l’humanité et sa stupidité. J’ai passé ma vie, en tant qu’intellectuel, à fréquenter des gens de gauche, car j’y étais obligé. Ce sont les gens les plus tristes du monde ! Ils se détestent les uns les autres, ils ont des ennemis partout, refusent le dialogue et sont animés par le ressentiment. Qu’y a-t-il de joyeux dans le marxisme groupusculaire ? Quelle joie y a-t-il dans les écrits de Lénine ? Un peu chez Marx, mais sous la forme du sarcasme…

LE FIGARO. — Il semble que la joie soit le propre du conservatisme britannique. En France, l’antimodernité a quelque chose de douloureux et de tragique…

Roger SCRUTON. — Il est très compliqué d’aborder le conservatisme français : il est comme enterré dans la littérature et dans l’art, mais pas explicite. Dans Voyage au bout de la nuit, de Céline, les sentiments de base sont conservateurs, mais l’action est entièrement sombre et négative. Idem chez Balzac, où la peinture de l’ordre social est conservatrice, mais là aussi sinistre. Je crois qu’il y a là une tristesse créée par la Révolution, qui n’est jamais partie. Comme un deuil d’avoir perdu la bataille, une nostalgie. [Note du carnet : nous pensons qu’il y a de cela en effet, le culte de Révolution par la République alors que celle-ci fut sanguinaire, cruelle et mesquine le tout au nom du progrès. On se souvient du mot célèbre de Talleyrand : « Celui qui n’a pas connu la vie avant 1789, n’a pas connu la douceur de vivre. » Le prince de Bénévent savait de quoi il parlait, né en 1754, il survit à la Révolution, connaît l’Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet, une longue vie de 84 années.]

LE FIGARO. — Oui, d’ailleurs le conservatisme a tellement mauvaise presse qu’aucun politique n’ose s’en réclamer. Est-ce la même chose au Royaume-Uni ?

Roger SCRUTON. — Au Royaume-Uni, seuls 10 % des universitaires votent pour le Parti conservateur et ils étaient quasiment tous contre le Brexit. Ils appartiennent tous à la couche cosmopolite de la société et se proclament contre la vie bourgeoise. Depuis John Stuart Mill, qui disait « les conservateurs forment le parti stupide », ils identifient le conservatisme à l’arriération et à la bêtise. Pour nous, conservateurs, c’est ce genre de remarque qui est stupide. D’ailleurs, en général, le conservateur ne peut dissocier la politique d’une certaine forme de stupidité.

LE FIGARO. — Pourquoi cette honte à se dire conservateur ?

Roger SCRUTON. — Parce que le conservatisme a du mal à se justifier. C’est ce que Burke a dit sur le préjugé ou Pascal sur les raisons du cœur : il y a des raisons que la rationalité libérale ignore, qui sont des raisons enterrées dans les pratiques humaines. Des traditions qui sont le fruit d’interactions sociales. Il est très facile de justifier les idées libérales : elles ne proposent que de libérer l’homme, d’aller de l’avant, de combattre l’injustice. On peut trouver des tas de bonnes raisons d’être de gauche.

Mais la vraie raison, la raison profonde de la société, échappe à ce genre de raisonnement. Prenons la question du mariage. Si l’on s’interroge sur la raison derrière le mariage traditionnel entre un homme et une femme pour la vie, il est très difficile de trouver une raison. Comme il est très embêtant de donner des raisons objectives d’une opposition au mariage entre homosexuels. Pourquoi n’auraient-ils pas le droit ?

La raison profonde derrière l’idée du mariage traditionnelle n’était jamais connue des gens qui l’ont pratiquée. Idem pour l’inceste. C’était un tabou dont les gens ignoraient la raison, cachée dans les profondeurs de la nature humaine. Le mariage n’est pas un contrat d’exclusivité entre individus pour le plaisir sexuel, mais un vœu entre deux personnes pour transcender le contrat, mettre l’accord de côté et se dévouer entièrement à quelque chose qui n’existe pas encore, une descendance. Ce n’est pas un contrat de jouissance, mais une renonciation.

La rationalité libérale n’admet que l’explicite, là où le conservateur met sa foi dans l’implicite. Peut-on encore faire valoir des raisons implicites dans un monde libéral ? La tradition existe, mais elle ne reçoit pas de crédibilité politique. Pourtant, il est impossible de fonder une politique uniquement sur la raison. Sinon, c’est 1789 ou 1917. Il faut à un moment respecter ce que les gens sont, leur passé. Sinon, on les torture. Aujourd’hui, les bonnes consciences de gauche torturent les pauvres gens, les accusant d’être racistes et xénophobes parce qu’ils veulent être chez eux. Ce mépris pour la nature humaine a coûté aux travaillistes le pouvoir et aux cosmopolites, le Brexit.

LE FIGARO. — Une expression très à la mode est celle de « populisme », mot infamant destiné à discréditer toute critique de la mondialisation libérale. Le conservatisme est-il une forme de populisme ?

Roger SCRUTON. — Le populisme est un mot utilisé par la gauche pour désigner le peuple quand il ne l’écoute pas. Quand le peuple prend une autre direction que celle tracée pour lui par les intellectuels de gauche, ils en tirent la conclusion qu’il a été manipulé par des démagogues.

LE FIGARO. — Mais les démagogues existent. Il y a dans le populisme un « antiélitisme » qui semble incompatible avec la pensée conservatrice…

Roger SCRUTON. — Il y a en effet une vraie tentation populiste qui est de dire : le peuple a toujours raison contre les intellectuels. Mais dans la vie, parfois les intellectuels ont raison et parfois le peuple a tort. La foule a toujours tort. Qu’est-ce que la politique ? La tentative de séparer le peuple de la foule, pour que le peuple soit une voix organisée autour d’une idée nationale. Je crois que le populisme n’est rien d’autre que l’exploitation des sentiments conservateurs de la foule. Trump et Le Pen n’ont rien de conservateur, mais ils prennent les aspirations conservatrices des peuples sans les transformer en projet. Nous, conservateurs, ne devons pas être démagogues. Mais nous savons que les sentiments du peuple comptent, en particulier ceux qui ne sont pas explicités et raisonnés, mais qui procèdent de l’expérience concrète de membres d’un corps constitué, des communautés locales, de la société, d’une vie qui exige des sacrifices.

LE FIGARO. — Benjamin Disraeli avait théorisé le torysme « one nation » et plaidé pour une responsabilité des élites envers les masses. Est-ce là le rôle du conservatisme ?

Roger SCRUTON. — Ce que Disraeli et son mouvement ont voulu faire, c’était utiliser la politique et la culture pour imposer des limites à la spéculation économique. Il était contre les grands dirigeants d’usine, les exploiteurs. Il voulait leur rappeler l’unité sociale profonde du pays qu’ils étaient en train de détruire en créant deux nations, celle des pauvres et celle des riches.

Avec la mondialisation, nous sommes revenus à cette situation de deux sociétés : l’une cosmopolite, qui profite des bienfaits du transfrontiérisme, et l’autre de la vie ordinaire, qui fait tourner le pays. C’est même pire : au XIXe siècle, la bourgeoisie profitait des pauvres, mais de pauvres auxquels elle était liée, qu’elle croisait sur le palier ou à l’église. Aujourd’hui, la classe libérale n’a plus rien en commun avec ceux qu’elle exploite : elle ne les voit pas.

Ce que voulait Disraeli, c’est l’unité de la nation, pas seulement autour du droit de propriété, mais aussi autour du devoir des propriétaires, de ceux qui réussissent, envers les plus défavorisés, à la manière d’une famille. Voilà la grande tâche de la droite : c’est de réconcilier profondément ces deux classes. On ne doit pas se contenter de verser des injures sur l’élite libérale ou d’entretenir à coups de subventions les défavorisés. Il faut ouvrir une conversation.

LE FIGARO. — De nombreux penseurs comme Christopher Lasch ou Jean-Claude Michéa ont montré une incompatibilité fondamentale entre libéralisme et conservatisme. Qu’en pensez-vous ?

Roger SCRUTON. — C’est une question fondamentale : comment contrôler le marché pour qu’il ne vienne pas détruire ce à quoi nous sommes attachés ? Il faut reconnaître que le marché est nécessaire : on n’a jamais trouvé d’autre moyen de coordonner la vie économique d’une grande société. Cela a été prouvé théoriquement par l’école autrichienne et pratiquement par l’URSS.

La circulation de l’information qu’exigent les échanges économiques ne fonctionne qu’à travers le marché. Mais il y a des limites, des choses qu’on ne peut pas marchandiser, des profits excessifs qu’on ne peut pas tolérer. Comment renforcer ces limites ? Dans le passé, il était reconnu que certaines choses ne pouvaient pas être achetées : l’amour, la maternité, l’honneur, la famille, tout ce qui relève des relations humaines intimes. On dit que la prostitution est le plus vieux métier du monde : mais son interdiction est bien aussi ancienne ; en tout cas, si elle était tolérée, elle était aussi marginalisée.

LE FIGARO. — Face à la montée du péril djihadiste, le conservatisme doit-il désormais « conserver » ce qu’il a combattu, à savoir l’héritage hédoniste et libertaire de Mai 68 ?

Roger SCRUTON. — Je déteste la presse satirique et la musique pop. Mes enfants aiment la musique pop. Mais pour les islamistes, ce n’est pas une faute de goût, mais un crime. Ils n’attaquent pas nos salles de concert au nom de Beethoven, mais au nom d’Allah, parce qu’ils détestent la musique en soi. Ils se sentent offensés par la vue des gens qui s’amusent, qui acceptent le monde. Leur religion, dans sa forme extrême, est un rejet du monde. Je valorise davantage une civilisation qui permet au mauvais goût d’exister. Il y a une hiérarchie de valeurs, et la liberté est au-dessus de la beauté.

LE FIGARO. — Mais personne n’a envie de mourir pour le libéralisme…
 
Roger SCRUTON. — C’est vrai. Mais on meurt rarement pour un « isme ». La seule chose que le communisme a créée, ce sont des martyrs pour un « isme ». En général, on meurt pour la liberté. Mais pas la liberté comme abstraction, la liberté de la patrie, de la presse, de la pensée. L’expérience concrète d’une communauté dont il convient de défendre l’existence. C’est le sentiment de base de la décence commune que nous avions oublié : celui de mourir pour ce à quoi nous sommes attachés.

La maternelle à 4 ans n’a pas atteint ses objectifs, Québec en crée 100 classes de plus

On se rappellera qu'il y deux mois sortait une première étude sur la qualité éducative de la maternelle quatre ans, depuis son déploiement en 2013, démontre qu’elle n’a pas atteint ses objectifs. Ceci s’expliquerait par un manque de qualité, selon la psychologue et professeure Christa Japel au Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM, qui a piloté l’étude. La conclusion de son étude est sans équivoque : l’initiative a raté sa cible, puisqu’elle ne réussit pas à favoriser la préparation à l’école des enfants issus de milieux défavorisés.

Une nouvelle qui ne surprenait pas les lecteurs de ce carnet au vu des études précédentes qui tendent à montrer que l’éducation formelle très précoce a — en général — peu d’effets à long terme. Les gains observés en maternelle s'atténuant au bout d'une année d'école. Voir Maternelle publique et gratuite : sans effet sur les résultats au primaire, « Le système de garderie universel en Suède forme des enfants moins instruits » et Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique. Ceci dit dans certains cas avec des enfants très défavorisés et des programmes de très bonnes qualités, on peut obtenir de bons résultats. Mais cela ne s’applique pas à un grand nombre d’enfants, il faut vraiment que les enfants viennent de milieux dysfonctionnels ou qui ne permettraient pas à l’enfant d’apprendre la langue d’enseignement avant qu’il ne rentre à l’école.

Eh bien ! malgré cet échec, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, annonce l'ouverture de 100 classes de maternelle 4 ans à temps plein dès la prochaine rentrée scolaire. Ces classes de maternelle qui accueillent des enfants dès l’âge de 4 ans sont créées en complément des services de préparation à la maternelle déjà offerts aux tout-petits dans les services de garde éducatifs. Ces classes de prématernelle visent particulièrement les enfants des milieux défavorisés qui ne fréquentent pas des services de garde éducatifs et qui ne bénéficient pas de cette période d’adaptation à la vie scolaire.

Les élections approcheraient-elles ? S'agit-il de cocher la case « Nous avons créé beaucoup de classes de maternelles à 4 ans » ? Même si l'argent des contribuables n'est pas nécessairement dépensé au mieux dans ce domaine ?


France — Des professionnels dénoncent les risques de l’éducation à la sexualité trop précoce

Le pédopsychiatre Maurice Berger alerte l’opinion sur « l’éducation à la sexualité » précoce chez les enfants. Le Dr Berger est ancien chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne, ex-professeur associé de psychologie à l’Université Lyon 2, et psychanalyste. Il déclare d’emblée être athée et en faveur de l’avortement, il le précise, car les croyants sont d’office disqualifiés ou qualifiés d’extrémistes par les « tolérants » qui pensent pour nous et savent ce qui est bon pour les enfants d'autrui.



Nous, professionnels de la psychologie et de la psychiatrie, du psychotraumatisme et de l’enfance, dénonçons les risques de « l’éducation sexuelle » et des « droits sexuels » mettant en danger les enfants, sous couvert d’idéaux de « prévention » et d’« égalité ».

De fait, les plans gouvernementaux français sur « l’éducation à la sexualité », prenant source dans des textes internationaux portés par l’OMS, la planification familiale et l’ONU, dont nous critiquons la dangerosité pour les enfants, sont en cours d’application dès la maternelle en France.

Ce site Internet a été développé pour alerter, informer, donner un lieu d’expression et d’échange aux professionnels et être facteur de ressources documentaires. Nous revendiquons, au regard des risques inhérents à de tels programmes, que soit entendu et pris en compte l’avis des professionnels spécialisés dans la psychologie, tout particulièrement de l’enfant et du psychotraumatisme.

Une pétition intitulée « Stop à la dangereuse imposture des “droits sexuels” et de “l’éducation sexuelle” » a été créée.


Pétition


Novlangue — Exit les immigrants illégaux, fini les sans-papiers, désormais c'est migrant au statut précaire

De Radio-Canada cette réserve inépuisable de correctivisme politique et de novlangue, cet extrait d’un reportage d’avril 2017 :

« Nous sommes chez Médecins du Monde, une clinique qui prodigue certains soins de santé gratuits à des migrants au statut précaire. »

« Braulio est un demandeur d’asile dont la demande a été refusée en 2009. » Il vit dans la clandestinité depuis huit ans, c’est un immigrant illégal donc.

« Après avoir épuisé leurs recours, ceux dont la demande d’asile est refusée reçoivent un avis de déportation et doivent ensuite se présenter à l’aéroport. »

« À long terme, ces personnes espèrent pouvoir régulariser leur statut [en restant suffisamment longtemps illégalement]. En attendant, l’accès aux soins de santé est pénible et il est difficile de voir la lumière au bout du tunnel. »

On comprend bien la portée de cet euphémisme : leur statut est précaire à cause d’une administration tatillonne ou injuste, il suffira d’attendre avec ou sans campagne médiatique jouant sur l’émotionnel (regardez comme cette fillette est charmante et on veut la renvoyer avec ses parents !) pour que cette précarité se transforme en des papiers finalement délivrés par une administration obtuse.

Ce terme n’est pas tout neuf, le ministère de l’Éducation du Québec (sous brève gouvernance du PQ, mais cela ne change habituellement rien aux tendances lourdes au sein de ce ministère) l’avait déjà utilisé en 2013 : « Québec facilite l’admission à l’école des enfants de migrants à statut précaire » encore décrits par la périphrase dont « leurs parents [sont dans l’incapacité] de fournir des documents officiels nécessaires à l’obtention d’un code permanent ».

Le projet de loi 144, présenté le 9 juin 2017 à l’Assemblée nationale, élargit « la portée du droit à la gratuité des services éducatifs dans le but d’assurer l’accessibilité à l’école pour les enfants à statut d’immigration précaire ».

Voir aussi

Novlangue : « implanter des mesures d’appui au vivre ensemble »

« Avoir droit » ou « être obligé » ?

Parlez-vous le français socialiste ?

Sélection novlangue de la semaine (en construction)

Sélection novlangue de la semaine (2)


Novlangue au Monopole : le mot athée désormais tabou

Ne dites plus... parlez pédagogiste...

Lexique du Plateau

Novlangue — OQLF prescrit « action positive » plutôt que « discrimination positive »



dimanche 4 juin 2017

375e de Montréal, récupération multiculturaliste ? (m-à-j)

Nous avions déjà fait part de nos craintes de voir le 375e anniversaire de la fondation de Montréal récupéré politiquement par le parti du « vivre ensemble » multiculturel qui occulterait la fondation d’une ville française point d’appui d’une colonie française, d’un effort mené par des gens très pieux (Ville-Marie) et l’importance de cette ville du point de vue historique et linguistique pour la francophonie nord-américaine.

Denis Bombardier revient sur cette récupération :

TOUS DES IMMIGRANTS ?

Rien ne nous sera épargné­­. Montréal est en fête et cette commémoration de la fondation de Ville-Marie par nos ancêtres français permet au maire Denis Coderre de conclure que « nous sommes tous des immigrants ». Tous, mais d’abord et avant tout les Canadiens français de souche. On a bien compris­­ le message.

Le maire n’en est pas à un raccourci près lorsqu’il veut nous faire part de la réflexion qui inspire ses initiatives. Pour comprendre sa vision orthodoxe du multiculturalisme, ne l’oublions pas, puisque Denis Coderre­­ a été dans une vie antérieure ministre libéral à Ottawa. Le multiculturalisme s’est développé et s’est épanoui, si l’on peut dire, pour en arriver à cette création surprenante qu’est le Canada post national tant vanté et incarné par Justin Trudeau. Dans ses voyages à l’étranger, il commande l’admiration­­ de nombre de gens qui ignorent par ailleurs ce qu’est le Canada­­ en dehors des clichés. Et c’est à l’initiative de Pierre-Elliot Trudeau, père de la Charte des droits que le multiculturalisme, cette réponse au nationalisme québécois, s’est imposé. Que Denis Coderre prenne ses aises avec l’histoire et nos ancêtres français ne devrait donc pas nous surprendre.

EXPANSION FRANÇAISE

Le hic est que les Français venus coloniser­­ le Canada n’étaient pas des immigrants. Ils ne fuyaient pas leur pays. Ils voulaient l’agrandir jusqu’en ces contrées lointaines sur lesquelles ils misaient pour s’enrichir. Pour imposer leur civilisation également. Il s’agissait, pour ces navigateurs qui étaient des aventuriers et pour ces missionnaires animés d’une foi vibrante et conquérante, de prendre possession du territoire au nom du roi de France. Ils ne se déracinaient donc pas, ils s’installaient tout simplement dans des terres qu’ils s’appropriaient, parfois en négociant des traités avec certaines tribus. Comme les Anglais l’ont fait eux-mêmes à l’intérieur de leur empire.

PROCÈS

Le procès du colonialisme de ces grands empires a déjà été fait. Avec raison, d’ailleurs. Mais on ne peut pas réécrire l’histoire selon les critères moraux d’aujourd’hui. Les idéologues qui plaquent notre réa­lité actuelle à la lecture de celle du passé en arrivent, eux, à conclure que nous, les Blancs, sommes criminels de tous les malheurs du monde. En prenant possession de la Nouvelle­­-France, nous serions devenus­­ les initiateurs du génocide des autochtones et à ce jour, nous en demeurons les coupables.
Cette petite phrase prononcée par le maire Coderre pour bien montrer son ouverture aux communautés culturelles du Québec d’aujourd’hui est une façon de dénoncer insidieusement les Québécois qui se revendiquent de leur histoire, de leur culture propre et de leurs ancêtres, qui ont bâti ce pays. C’est une invitation à un déracinement collectif de la majorité francophone. Quel paradoxe tout de même de lancer le message aux immigrants de conserver leur culture d’origine et d’exiger des Québécois de souche qu’ils se fondent, eux, dans cette diversité culturelle canadienne en marche.

Et si les Québécois, par leur silence et leur mémoire défaillante, donnaient­­ raison au maire Coderre ?
« 375 ans d’accueil »

Le Devoir publiait vendredi une chronique de Cathy Wong, chroniqueuse au Devoir, à Radio-Canada et la plus jeune présidente du Conseil des Montréalaises, une instance consultative auprès de l’Administration municipale en ce qui a trait à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la condition féminine. Son article voulait célébrer la dimension autochtone de Montréal et les 375 années d’« accueil » de la communauté autochtone.
Tanite nita tshipa tshi uni-tshissitutatan (Où es-tu que je n’oublie pas)

La place Jacques-Cartier, la rue Amherst (ce gouverneur anglais qui avait suggéré de donner des couvertures souillées aux autochtones pour leur transmettre la variole), le boulevard de Maisonneuve sont tous des espaces publics qui témoignent d’un Montréal colonial. Où sont ceux qui valorisent notre histoire millénaire ? Dans cet esprit, la « Commission de toponymie sauvage de Montréal », une initiative citoyenne, s’est prêtée à une action de dénomination l’été dernier. Le temps d’une action intempestive, l’angle des rues Mackay et Sherbrooke se nommait désormais ȣgmakw, le nom du frêne abénaquis. Ce genre de geste citoyen nous rappelle que, en dehors des quatre murs d’un musée, les références aux Premières Nations sur le territoire montréalais sont encore limitées. Où es-tu que je n’oublie pas ? se demande [la poétesse montagnaise] Joséphine Bacon. L’effacement de l’histoire entraîne aussi l’effacement de la mémoire. Pour l’amour de notre ville, multiplions les lieux de reconnaissance des Premières Nations.


En quête de son identité autochtone, Joséphine Bacon nous renvoie à notre vivre-ensemble. Depuis 1642, les Premières Nations accueillent sur leur territoire des vagues de migration : les Français d’abord, ensuite les Anglais, les Italiens, les Haïtiens, les Chinois, etc. Depuis 375 ans, nous sommes tous des enfants de grandes migrations et le territoire autochtone d’Hochelaga continue à accueillir les trois quarts des immigrants du Québec.

« Accueil » des Français par les Iroquois autour de Montréal
Si les Français furent bien accueillis par les Montagnais, les Hurons et les Algonquins, ils furent mal accueillis par les ennemis de ceux-ci. Il n’y a pas de tradition uniforme d’accueil des Français de la part des autochtones. C’est un point de vue racialiste (les Autochtones unis par opposition aux blancs), un point de vue anachronique.

Cette chronique étrange de cette habituée du Devoir, de Radio-Canada et animatrice de l’émission Droit de cité à CIBL FM a d’abord suscité cette réaction de Mathieu Bock-Côté :


Une fraude historique, entretenue par l’école québécoise

Mathieu Bock-Coté revenait à la charge le lendemain :,

Le 375e anniversaire de Montréal nous rappelle à quel point l’histoire est l’objet d’immenses manipulations idéologiques.

L’une d’entre elles cherche à nous faire croire que nous serions tous des immigrants, mis à part les Amérindiens, seuls vrais fondateurs de la ville et du pays.

Les Français ? Ils n’auraient été qu’une vague migratoire parmi bien d’autres dans l’histoire de Montréal. Ensuite seraient venues d’autres vagues, les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Italiens, les Grecs et tant d’autres.

Immigrants ?

Il faut dire que ce n’est pas vraiment nouveau. Même au ministère de l’Éducation, on tient aussi ce discours à propos du Québec.
On déclasse symboliquement la Nouvelle-France d’un trait de plume. On fait disparaître la France et son effort de colonisation. On réécrit l’histoire. On en invente une nouvelle, mensongère, mais conforme aux canons de la rectitude politique. C’est une histoire multiculturaliste. Une histoire fabulée.

On comprend l’enjeu politique de cette réécriture.

Il s’agit de nier aujourd’hui que la majorité historique francophone soit le cœur de la nation. On veut en faire une communauté parmi d’autres, ayant le même statut que n’importe quelle communauté immigrée­­.

Cette thèse a des conséquences identitaires.

On justifie historiquement un nouveau droit fondamental, celui de ne pas s’intégrer à la nation d’accueil.

On veut transformer les Québécois­­ francophones en étrangers­­ chez eux.

Nouvelle-France


Prétendre que nous sommes tous des immigrants, c’est insulter l’histoire de ceux qui ont fondé, défriché et inventé ce pays.
C’est humilier la mémoire de la Nouvelle-France. C’est mépriser sa grandeur mystique et conquérante. C’est nier nos racines françaises.
C’est nier notre identité et ridicu­liser nos combats pour la préserver.

Redisons-le : nous ne sommes pas tous des immigrants.

Nous voulons bien accueillir dans des proportions raisonnables ceux qui veulent s’ajouter à nous pour peu qu’ils s’intègrent. Nous ne voulons­­ pas pour autant nous effacer­­ et disparaître.


Absence de timbre commémoratif


Postes Canada publie fréquemment des timbres qui commémorent des événements historiques. Voici ceux disponibles en cette veille de la Fête des Patriotes... Nous avions déjà parlé de l’historicité problématique liée à un de ces timbres célébrant Mathieu da Costa pour le mois de l’histoire des Noirs alors qu’on ne sait même pas si da Costa est venu au Canada...! Mais bon, rien donc sur l’aspect historique de la fondation de Montréal.



On apprenait cette dernière semaine de mai que Postes Canada venait de publier pour la première fois un timbre pour l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Adha. Plus tôt cette année, Postes Canada et India Post ont décidé de produire la toute première émission conjointe de deux timbres soulignant le Diwali, la fête des Lumières célébrée par les hindous. Ils seront émis le même jour dans les deux pays à l’automne 2017. Postes Canada émettra également un timbre consacré à Hanoukka en l’honneur de la fête juive de huit jours qui a lieu en décembre. Selon Postes Canada « Les timbres consacrés à l’Aïd, à Diwali et à Hanoukka s’appuient sur la tradition de nos timbres de Noël. Ils témoignent de notre fierté de vivre dans un pays diversifié des points de vue religieux, culturel et traditionnel. »




« Je ne suis pas une immigrée, mais une descendante de colons »

L’essayiste américaine (la polémiste pour ses adversaires) Ann Coulter s’est également insurgée contre l’utilisation du slogan « Tous immigrés ! » de la part de ceux qui veulent ouvrir au maximum les frontières des pays occidentaux.

À l’accusation qu’elle était ignorante et que, descendante de colons, elle était une immigrante comme tous, Ann Coulter a répliqué que « Non, les immigrants déménagent dans un pays préexistant, les colons en créent un nouveau. Je ne vis pas dans la “Nation cherokee” ». (Nations des Chéraquis sous le régime français... Puisqu’on parle d’histoire.)


Éducation — Bilan d'un quinquenat socialiste en France

Une année scolaire s’achève, et une autre va redémarrer d’ici quelques mois, après de longues grandes vacances pour les scolaires. Dans le même temps, beaucoup, parmi le personnel enseignant, comme chez les parents d’élèves, ont poussé un gros « ouf » de soulagement à l’annonce du départ de Najat Vallaud-Belkacem, qui aura marqué l’histoire de la Ve République comme étant l’une des ministres les plus détestées par une large frange de la population.

Son remplaçant, M. Blanquer, semble vouloir aller à contre-courant de la pédagogie de Madame Belkacem. Effet d’annonce, effet Macron, ou réelle volonté de changement ?

—  Quel bilan tirez-vous du quinquennat Hollande en matière d’éducation ?

Anne Coffinier, présidente de la Fondation pour l’école — Le quinquennat Hollande s’est ouvert sur une promesse tonitruante : le recrutement de 60 000 professeurs supplémentaires, qui n’a en pratique pas pu être tenue, notamment parce qu’elle s’est heurtée à la crise des vocations enseignantes. Du coup, d’une part, l’on a dangereusement baissé le niveau de recrutement des enseignants titulaires dans certaines disciplines où les candidats sont rares et, d’autre part, l’on recourt à un nombre excessif de contractuels aucunement formés (comme l’a montré l’émission d’Envoyé spécial).

À cela s’est ajoutée la réforme des rythmes scolaires : un cauchemar pour les parents en termes d’organisation, avec un contenu pédagogique douteux, et un casse-tête coûteux pour les maires.

De plus, le quinquennat a vu la mise en œuvre d’une prétendue réforme du collège d’une part et des programmes d’autre part, dont la nocivité a été unanimement dénoncée. Cette réforme dictée par un égalitarisme aveugle a fait beaucoup de mal à l’école publique qui n’a pu maintenir les filières et les matières les plus exigeantes, sous prétexte que tous les élèves ne seraient pas capables de suivre des tels enseignements.

Pour finir, il faut noter la promotion obsessionnelle par l’Éducation nationale d’une approche moralisatrice (même si c’est une anti-morale) et déconstructiviste de tout sujet abordé à l’école. Najat Belkacem s’est adonnée à un véritable matraquage idéologique faisant feu de tout bois pour inculquer dès le plus jeune âge aux enfants les nouvelles tables de la Loi issues de la théorie du genre et de la sainte charte de la laïcité. Ces délires ont pris des proportions affligeantes et nombre de familles très attachées à l’école publique ont dû se replier sur l’école privée pour préserver leurs enfants de telles âneries.

Enfin, les ministères de Vincent Peillon comme de Najat Belkacem ont été marqués par une antagonisation voulue et revendiquée des relations entre la famille et l’école, puisque le gouvernement a officiellement confié à l’école publique la mission d’arracher les enfants à l’influence de leur famille. C’est dans cet état d’esprit que Najat Belkacem a lancé une véritable chasse aux sorcières contre les écoles indépendantes, parce qu’elles sont plus soucieuses d’être en harmonie avec la vision éducative des familles (dans le respect de l’ordre public et des bonnes mœurs, bien sûr) que d’être conformes aux attentes idéologiques de l’Éducation nationale.

Ainsi, des centaines et des centaines d’écoles indépendantes ont été inspectées en moins d’un an par de véritables commandos venus en nombre avec un esprit trop souvent inquisitorial et malveillant. C’est ainsi que de toutes petites écoles ont été inspectées de manière impromptue par des brigades constituées d’une dizaine d’inspecteurs ! Najat Belkacem a prétexté la nécessité de prévenir la radicalisation islamiste pour renforcer les inspections sur toutes les écoles indépendantes (alors que les terroristes français étaient tous, faut-il le rappeler, des enfants de l’Éducation nationale), et a fini par inspecter surtout les écoles catholiques indépendantes, alors qu’elle se résignait — impuissante — à voir fonctionner comme si de rien n’était l’école musulmane Al-Badr de l’imam Rahhaoui de Toulouse pourtant condamnée par le juge à la fermeture.

Que vous inspire la nomination du nouveau ministre de l’Éducation nationale ? Il semblerait que le ton et la pédagogie ne soient pas les mêmes qu’avec Belkacem, qui en fit même la grimace…

—  La nomination de J.M. Blanquer est en soi une assez bonne nouvelle. Il connaît le système éducatif, a une vraie volonté de réforme, et sait très bien ce que des écoles réellement libres peuvent apporter au pays et à son école publique. Tout dépendra de l’attitude des syndicats qui sont, hélas !, capables de bloquer ses réformes « par principe ». Jusqu’à présent, aucun ministre de l’Éducation nationale n’est arrivé à imposer sa volonté à cette administration. Y arrivera-t-il ? Saura-t-il neutraliser les forces corporatistes et sectaires si bien implantées dans ce ministère depuis si longtemps ?

— Comment se porte l’école, en cette fin d’année scolaire 2016-2017 ?

—  Mal, secouée par des réformes successives qui l’ont bouleversée sans régler le fond des problèmes. Les professeurs sont très fatigués, très las de cette situation. Ils savent qu’il faut tout réformer profondément, mais ont peur de souffrir encore et en vain, comme ce fut leur expérience ces 15 dernières années.

Ils ont perdu la confiance dans l’administration centrale et à notre sens, le seul moyen de réformer est de rendre l’initiative aux professeurs eux-mêmes, sans plus rien leur imposer de nouveau depuis la rue de Grenelle, si ce n’est d’être responsables de leurs méthodes et de leurs résultats. C’est l’esprit de ce que veut faire le nouveau Ministre, mais y arrivera-t-il ? Une telle liberté pour les professeurs et les écoles rimerait avec l’effondrement du pouvoir des syndicats qui se nourrissent de la centralisation, de l’uniformité statutaire, etc. Il faut libérer les professeurs de la chape de plomb que le pouvoir abusif des syndicats et de l’administration hypertrophiée fait peser sur eux sans leur apporter de soutien et de solution dans leur vie quotidienne de professeur. C’est en rendant aux professeurs leurs libertés professionnelles et en les jugeant sur leurs résultats professionnels et non plus sur leur conformité idéologique qu’on rendra de nouveau attractif le métier de professeur.

— Quels vont être les points clés pour les rentrées à venir ?

— La question est de savoir si les ambitions affichées par le duo Macron-Blanquer vont être suivies d’effet : relèvement du niveau du baccalauréat par exemple, davantage d’autonomie pour les directeurs d’établissement. L’assouplissement de la réforme des rythmes scolaires, laissé à la discrétion des communes, est au moins une bonne chose, facile à mettre en place. Quels seront leurs rapports avec les syndicats ? C’est là la clef, comme pour les autres réformes de Macron d’ailleurs (cf. réforme du droit du travail).

Un moyen de forcer les syndicats à évoluer est de permettre à de vraies alternatives à l’Éducation nationale de se développer, conformément aux idées de Condorcet. Tant que l’école publique est seule à bénéficier du privilège de la gratuité, elle se met à l’abri de toute véritable concurrence et donc de toute obligation de se remettre en cause et d’être véritablement juste et performante. Si le Ministre veut sauver l’école publique, il faut qu’il la soumette à des stimulations extérieures et libère le choix des parents. En disant cela, je ne fais aucunement l’apologie d’une quelconque privatisation de l’Éducation nationale. Je soutiens juste que les privilèges dont l’Éducation nationale jouit jouent en fait contre elle et qu’il est temps de l’en libérer et de lui demander de faire ses preuves comme c’est le cas pour les écoles libres.

— Et au niveau de la Fondation pour l’école, quelles sont vos réussites de ces dernières années ? Et les perspectives qui s’ouvrent à vous ?

Les écoles indépendantes sont entrées dans le paysage. Les 93 créations d’écoles à la rentrée dernière montrent que la forme de l’école réellement libre est une forme qui convainc un nombre toujours croissant de personnes de tous milieux et de tous horizons.

Cet essor des écoles indépendantes s’inscrit dans une tendance profonde de la société civile à vouloir se réapproprier des pans entiers d’action assumés par l’État — souvent mal. C’est une sorte de logique de « reempowerment » qui est à l’œuvre, conformément au principe de subsidiarité.

Nous avons toujours cru à la Fondation pour l’école et à Créer son école que le meilleur service que l’on pouvait rendre à l’école publique était de la pousser à la réforme par une stimulation extérieure. L’effet positif de l’essor des écoles hors contrat sur les écoles sous contrat se fait déjà sentir. Sous peu, je ne doute pas qu’on verra un effet similaire sur les écoles publiques. Le fait que le Ministre Blanquer soit pragmatique et qu’il connaisse la réalité des écoles indépendantes françaises et étrangères est encourageant.

Il faut relever aussi que le thème de la liberté scolaire s’est invité de manière décisive dans la campagne, et ce à plusieurs reprises (rapports Fillon/Poisson, débat Marine Le Pen/Najat Vallaud-Belkacem, éléments de programme de Macron sur davantage de liberté et de souplesse au sein de l’Éducation Nationale…).

Au nombre des succès de cette année à mettre à l’actif de notre Fondation pour l’école, on trouve la censure par le Conseil constitutionnel du caractère inconstitutionnel du projet du Ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem de prendre le contrôle des créations d’écoles indépendantes en passant d’un régime de déclaration à un régime d’autorisation.

S’agissant de nos projets et priorités pour ces deux prochaines années, ils portent sur deux axes : premièrement, le soutien pédagogique aux professeurs à travers la création d’une Plateforme numérique de partage de cours et le renforcement de nos actions de formation, et, deuxièmement, le renforcement de l’accessibilité au droit au libre choix de l’école.

— Le niveau scolaire a-t-il vraiment baissé en France ? Qu’est-ce qui permet de l’affirmer par delà l’idéologie ?

— Faire confiance aux retours de terrain et au bon sens, au-delà des indicatifs objectifs comme les classements type PISA ou TMISS. Nous avons tous, autour de nous, des enfants qui galèrent pour apprendre à lire, des parents déboussolés qui n’arrivent pas à aider leur fils ou leur fille dans leurs devoirs du soir aberrants, des parents de collégiens qui s’étonnent de ce que leurs classes de 3e (14-15 ans) ou leurs 4es (13-14 ans) n’ont lu qu’un livre en un an… Il faut faire confiance à tous ces échos qui nous renseignent, sur le fait que, oui, le niveau baisse. Il n’y a qu’à voir aussi le succès dans les titres de presse des séries d’articles/jeu-concours du type » Repassez votre certificat d’études ! » (L’internaute, Le Parisien, Valeurs actuelles, réédition des énoncés chez Larousse…) pour mesurer l’écart qui s’est creusé, depuis des décennies bien sûr, mais avec une accélération ces dernières années.

Si on veut creuser un peu plus, on peut s’amuser aussi à faire des comparatifs de programmes officiels… des sujets de maths, qui passent en quelques années de la 6e, puis à la 5e, puis à la 3e… tout cela, ce sont des signes d’abaissement du niveau !

Source

mercredi 31 mai 2017

Canada— un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?

Selon des experts démographes, le Canada connaît le taux de changement ethnique le plus rapide dans le monde occidental.

Près de 70 % des résidents de Vancouver seront des minorités visibles, ou des non-blancs, en moins de deux décennies, explique Eric Kaufmann, professeur à l’Université de Londres Birkbeck en Angleterre, sur la base de projections de Statistique Canada.

De plus, a déclaré Kaufmann, Patrice Dion, professeur de l’Université de Laval, a travaillé avec les responsables de Statistique Canada pour élaborer des projections qui suggèrent que le Canada dans son ensemble, au taux actuel d’immigration, sera près de 80 % non blanc en moins d’un siècle.

Près de sept habitants sur 10 de la ville de Vancouver seront des minorités visibles, ou des non-blancs, en moins de deux décennies, explique Eric Kaufmann, professeur à l’Université de Londres, Birkbeck, citant les projections de Statistiques Canada.

Bien que le rythme rapide des changements démographiques n’entravera probablement pas l’économie canadienne, a déclaré Kaufmann, il continuera d’avoir un grand effet sur la composition ethnique de villes telles que Toronto et Vancouver.

Ces deux villes canadiennes seront bientôt, ou sont déjà, devenues une « majorité minoritaire », un terme décrivant des lieux où une ou plusieurs minorités ethniques (par rapport à la population du pays) constituent la majorité de la population locale.

Le professeur Kaufmann a déclaré en outre que Patrice Dion, professeur à l’Université Laval, a travaillé avec les responsables de Statistiques Canada pour élaborer des projections qui suggèrent que le Canada dans son ensemble, avec le taux actuel d’immigration, sera à près de 80 % non blanc en moins d’un siècle. « Je pense qu’on peut raisonnablement conclure que le Canada sera composé de 20 % blancs, 65 % non blancs et 15 % de race mixte d’ici 2106 », de déclarer le professeur Kaufmann.

 

Selon une étude de 2017, publiée par Statistiques Canada et intitulée Immigration et diversité : projections de la population du Canada et de ses régions, 2011 à 2036, les immigrants représenteraient entre 24,5 % et 30,0 % de la population du Canada en 2036, par rapport à 20,7 % en 2011. En 2036, entre 55,7 % et 57,9 % des immigrants au Canada pourraient être nés en Asie, en hausse par rapport à la proportion de 44,8 % estimée en 2011, alors qu’entre 15,4 % et 17,8 % seraient originaires d’Europe, ce qui représente une baisse par rapport à 2011 (31,6 %). Ensemble, les immigrants et les personnes de deuxième génération pourraient représenter près d’une personne sur deux au pays (entre 44,2 % et 49,7 %) en 2036, en hausse par rapport à 2011 (38,2 %).

Selon les résultats des présentes projections, au sein de la population en âge de travailler (15 à 64 ans), les personnes de minorités visibles pourraient représenter entre 34,7 % et 39,9 % en 2036, en forte hausse par rapport à 2011 (19,6 %)

En 2036, le principal groupe de minorités visibles demeurerait, selon tous les scénarios de projections, celui des Sud-Asiatiques. Le groupe des Chinois demeurerait le deuxième en importance. Les groupes de minorités visibles qui connaîtraient les accroissements les plus rapides seraient cependant ceux des Arabes, des Philippins et des Asiatiques occidentaux en raison du fait qu’ils sont proportionnellement plus nombreux au sein de la population immigrante que dans la population en général.

La proportion de personnes se déclarant sans religion au sein de l’ensemble de la population augmenterait et pourrait représenter entre 28,2 % et 34,6 % en 2036 (24,0 % en 2011). Cette proportion serait semblable à celle des catholiques (entre 29,2 % et 32,8 % en 2036, en baisse par rapport à 2011 (38,8 %)). En 2036, la religion catholique demeurerait celle comptant le plus d’effectifs.
La population ayant une religion autre que chrétienne pourrait presque doubler d’ici 2036 et pourrait représenter entre 13 % et 16 % de la population canadienne, une proportion qui s’établissait à 9 % en 2011. Les confessions musulmane, hindoue et sikhe, surreprésentées dans l’immigration par rapport à leur poids démographique dans l’ensemble de la population, verraient le nombre de leurs adhérents s’accroître plus rapidement, même si celui-ci continuerait de ne représenter qu’une proportion modeste de l’ensemble de la population canadienne.

Source : Vancouver Sun

Voir aussi

Chute importante prévue du français dans les foyers québécois

mardi 30 mai 2017

Association de femmes contre les « droits des trangenres » ?

L’association Pour le droit des femmes (PDF) a dénoncé en comité parlementaire sénatorial le projet de loi C-16 au motif que l’adéquation de plus en plus souvent faite entre sexe et genre nuisait aux femmes. La présidente, Michèle Sirois, a rappelé le cas de l’haltérophile Laurel Hubbard qui est passée chez les femmes après sa transformation et qui domine depuis la compétition. « La participation croissante d’hommes se disant transgenres aux sports féminins met en péril la chance de jeunes filles et de femmes de gagner des épreuves sportives, et ce, à tous les niveaux. Les femmes ont donc toutes les raisons de contester l’arrivée d’athlètes de sexe masculin dans leur compétition. Avec C-16, cette contestation deviendra difficile parce que les équipes féminines s’exposeront à des poursuites. »



Mme Sirois a aussi soutenu, en évoquant l’exemple britannique, que le transfert de prisonniers transgenres dans les pénitenciers féminins menaçait la sécurité des femmes. En 2017, le transfert du violeur Martin Ponting, devenu Jessica Winfield, dans une prison pour femmes a suscité la colère chez ces dernières. Quant à la transgenre Paris Green, elle a été retournée dans une prison pour hommes quand il a été découvert qu’elle utilisait sa physionomie masculine pour avoir des rapports sexuels avec les autres détenues. La British Association of Gender Identity Specialists a écrit au Parlement britannique en 2015 qu’un nombre disproportionné de prédateurs sexuels condamnés les consultait et qu’un des moteurs principaux de leur désir de devenir femme était de faciliter leur accès à des victimes. Mme Sirois craint que C-16 ne permette plus d’avoir un débat lucide et véritablement ouvert sur le sujet.

Concernant les enfants, Mme Sirois a déclaré que « le projet de loi C-16, en banalisant le changement d’identité de genre, sans la définir, ouvre la porte aux pires dérives. On assiste à une augmentation fulgurante des demandes de changement de “genre” de la part d’enfants qui ne se conforment pas aux stéréotypes de genre, par exemple les petits garçons qui aiment les robes de princesse ou des adolescentes mal à l’aise avec leurs seins. » Or les études seraient pourtant très claires : « plus de 80 % des enfants qui présentent une dysphorie du genre deviennent des adultes confortables dans leurs corps. » Pour la présidente de l’association PDF, les mutilations, comme les mastectomies sur des adolescentes, l’administration de bloqueurs de puberté et la prise d’hormones à vie peuvent avoir comme effet la stérilisation, une sorte de castration chimique de ces enfants. Tout cela quasiment à leur insu, sans leur consentement éclairé. Elle a conclu son intervention en se demandant comment cela pourrait-il être dans l’intérêt supérieur des enfants.

Le Sénat n’aura finalement pas modifié le projet de loi gouvernemental interdisant la discrimination visant les personnes transgenres. Les craintes de ceux qui présagent une guerre des pronoms restent ainsi entières. Voir notre billet sur ce sujet. MM. Cameron et Pardy avaient proposé d’amender le C-16 pour y spécifier que le refus d’utiliser des pronoms non genrés ne constitue pas une violation de la loi. Les sénateurs n’ont pas retenu l’idée. Le projet de loi a été adopté en comité tel quel. Le projet de loi devrait être adopté sous peu, puisqu’il ne reste qu’à être voté en séance plénière au Sénat.

Statistiques

La Société américaine de chirurgie plastique (ASPS) a publié son premier rapport sur l’évolution du nombre de chirurgies transgenres effectuées aux États-Unis, opérations de plus en plus appelées « chirurgies de confirmation de genre ». Ces chiffres montrent une augmentation de près de 20 pour cent en 2016 par rapport à l’année précédente.

L’ASPS, qui représente 94 % de tous les chirurgiens plasticiens agréés aux États-Unis, a révélé que les membres de l’organisation ont effectué 3 256 chirurgies « transmasculine » et « transféminine » l’année dernière.

Contrairement à une perception répandue, le nombre d’opérations génitales transformant les organes génitaux masculins pour en faire des organes d’apparence féminine ou en transformant les organes génitaux féminins pour en faire des organes d’apparence féminine est minuscule. NBC News a rapporté que seules 15 chirurgies sur plus de 3 200 procédures en 2016, soit environ 0,5 %, étaient des opérations génitales, toutes réalisées sur des hommes qui cherchaient à « faire une transition ». Aucune opération génitale n’a été effectuée sur les femmes qui cherchent à « faire la transition ».

Chez les hommes à la femme, la grande majorité des procédures (92 pour cent) étaient des opérations du sein. Sept pour cent étaient faciales.

Ces chiffres sont quelque peu différents de ceux publiés par des organismes militants. L’an dernier, le National Center for Transgender Equality avait publié un rapport basé sur un sondage sur près de 28 000 Américains transgenres selon lequel la plupart des personnes transgenres n’effectuaient pas d’interventions chirurgicales de « réaffectation de genre », seuls 11 % des transgenres se disant « femme » ayant subi l’ablation de leurs testicules et 12 % ayant subi une vaginoplastie. Cependant, selon ce sondage, environ la moitié de ces transgenres auraient déclaré qu’ils aimeraient avoir de telles interventions, mais qu’ils manquaient d’argent pour ce faire.

L’ASPS a, toutefois, déclaré que s’il n’était pas possible d’attribuer une marge d’erreur à son enquête sur le nombre de « confirmations de genre », elle appliquait la même méthodologie qu’elle utilise par ailleurs depuis toujours dans son rapport statistique annuel.

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