samedi 25 juin 2022

Grande Noirceur — Non, l'Église n'était pas de connivence avec le gouvernement et les élites

Dans un reportage radio-canadien assez schématique sur la Révolution tranquille et le concile Vatican II, la chaîne d'État avait affirmé que « l'Église est de connivence avec le gouvernement et les élites pour garder la population dans l'ignorance ». Voyons ce qu'il en était en général des relations entre l'Église catholique, l'État québécois et ses élites. Quelle était vraiment l'emprise de cette Église catholique romaine ? On trouvera ci-dessous un texte de Vincent Geloso sur le sujet, une adaptation d'une section de son livre Le grand rattrapage et le déclin tranquille – Une histoire économique et sociale du Québec depuis 1900, à paraître aux Éditions Accent Grave.

LES COMPORTEMENTS SOCIAUX DES QUÉBÉCOIS ET L'EMPRISE DE L'ÉGLISE ENTRE 1945 ET 1960*

L'affirmation la plus souvent répétée pour décrire la période de la « Grande Noirceur » (1945 à 1960) consiste à souligner l'emprise de l'Église catholique dans la vie sociale et économique du Québec. Il est vrai que les catholiques francophones du Québec étaient généralement très pieux et que l'Église était une force sociale avec une influence considérable. Néanmoins, il faut se poser deux questions qui sont souvent évacuées du débat, sciemment ou non: est-ce que la religiosité des Québécois était « anormale » et est-ce que l'Église imposait des lois et sa volonté en dépit des volontés individuelles ?

Au cours des années 1940 et 1950, les États-Unis étaient une société toute aussi croyante que le Québec. En fait, la myriade de croyances différentes attisait encore les feux politiques. Il suffit de penser à John F. Kennedy qui, lors de l'élection présidentielle de 1960, dût défendre ses origines irlandaises et sa foi catholique. Aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède, en Norvège et en Italie, les partis politiques majeurs de la droite portaient l'étiquette de « démocrates chrétiens » et plusieurs partis de gauche défendaient la « social-démocratie chrétienne ». En 1960, la constitution de l'Irlande était explicitement religieuse et incluait de nombreuses dispositions liant l'État et l'Église catholique. En Suède, les membres du clergé luthérien étaient (et ils le sont toujours) rémunérés par l'État(1). En Grande-Bretagne, les évêques siégeaient (et siègent toujours) à la Chambre des Lords. Plusieurs postes religieux, dont le tout-puissant évêque de Cantorbéry, sont comblés par recommandation du premier ministre britannique assujetti à l'approbation du monarque. Il serait donc malhonnête de considérer le Québec comme une société « attardée » sur la base de la religiosité de ses habitants.

Quant à la seconde question, il est possible de trouver des cas où l'Église était d'accord avec les actions du gouvernement. Mais l'Église au Québec a été longtemps en concurrence avec l'État. Il est tout aussi possible de trouver des cas où des décisions furent prises en dépit de l'opposition de l'Église que de cas où elles l'ont été avec son assentiment. En fait, pendant le Grand Rattrapage de 1945-1960, l'Église était probablement à son point le plus éloignée de l'appareil étatique québécois depuis la rébellion des patriotes.

Duplessis fait poirauter Mgr Cabana...
(deux dernières minutes de la vidéo)
Au cours des années 1930 et 1940, l'Église s'était positionnée en opposition tant au capitalisme qu'au socialisme(2). Ainsi, lorsqu'elle appuyait le gouvernement contre la « menace communiste », l'Église s'opposait aussi aux mesures économiquement libérales du gouvernement. En gros, les politiciens québécois ont accepté le message de l'Église contre le socialisme mais ont ignoré sa critique du capitalisme(3). Les politiciens, tant libéraux qu'unionistes, se moquaient même souvent ouvertement de l'Église, comme la série Duplessis de Denys Arcand l'illustre lorsqu'un secrétaire de Duplessis ignore et méprise un archevêque que le premier faisait patienter délibérément depuis plusieurs heures [voir deux dernières minutes ici]. L'historien Conrad Black rapporte en long et large le mépris du premier ministre Maurice Duplessis à l'égard du clergé qui « mangeait dans sa main »(4).

C'est pour cela qu'il est difficile de trouver des cas de lois adoptées spécifiquement pour protéger le statut de l'Église. Certes l'Église était omniprésente en éducation et en santé, mais il était possible de voir l'ouverture d'hôpitaux laïques privés ou d'écoles non confessionnelles ou de confessions différentes. En somme, l'Église n'avait pas un monopole légal même si elle était virtuellement maîtresse parmi les différentes dénominations. En dépit de son influence sur les individus, elle était le résultat d'associations volontaires. Elle produisait un sentiment de communauté et de spiritualité que plusieurs individus jugeaient – somme toute – nécessaire pour la conduite de leurs vies. La pression sociale qu'elle exerçait était puissante, mais celle-ci ne devrait pas être confondue avec la coercition légale puisque rien n'empêchait quelques courageux de briser les normes et essayer de changer l'avis des autres. En effet, puisque l'Église était composée de membres volontairement consentants, il était tout à fait possible de transgresser la foi catholique, de la renier ou même de se convertir à une autre confession. La croissance économique et le changement radical des mœurs de vie qui vont survenir dans les années 1940 et 1950 vont d'ailleurs pousser des centaines de milliers de Québécois à faire de telles transgressions.

[Omise discussion sur la prospérité comme cause de la fin de l'importance de la religion et de la famille. Explication plausible, mais qui omet le poids de l'État-providence qui remplace famille et religion en mutualisant fortement les risques et qui, pour nous, accroît l'irresponsabilité individuelle.]

Les transgressions bien avant 1960

Si nous voulons mesurer l'influence de l'Église, il faut alors se poser la question à savoir si les individus « brisaient » et « transgressaient » les diktats de celle-ci alors qu'elle n'avait aucun moyen de recourir à l'État pour assurer son statut prédominant.

Après la guerre, on trouve déjà des traces importantes de transgressions chez les Québécois. Avec les vagues de mariage de l'avant-guerre pour éviter la conscription, on aurait pu s'attendre à une augmentation temporaire du taux de divorce après la guerre. Toutefois, le niveau de divorce reste stable jusqu'en 1960 à des niveaux alors inégalés dans l'histoire du Québec.

 
Source:
 Sans auteur, Bilan du siècle: Taux des divorces, Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012).


En même temps que les divorces augmentent, les mariages diminuent relativement à la population.  [...] En ce qui a trait au nombre d'enfants par famille, on remarque une baisse considérable de la fécondité en dépit des encouragements de l'Église et du baby-boom relativement à l'Ontario.


Source: Sans auteur, Nombre total de mariages au Québec, Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012); 

Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.





Source (naissances): Robert Bourbeau, Base de Données sur la longévité canadienne, 2012. En ligne (page consultée le 19 juin 2012); 
Source (population):
 Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.



Selon l'historienne Danielle Gauvreau, en étudiant la fécondité des femmes, on peut voir si les couples avaient décidé de cesser d'écouter l'Église et de fonder plutôt leur famille selon leurs désirs individuels. À la lumière des statistiques, Gauvreau conclut – comme je le fais ici – que l'image du déclin de la fécondité qu'on associe à la Révolution tranquille précède celle-ci(10). En fait, elle affirme que cette croyance populaire « est inexacte en ce qu'elle occulte une portion non négligeable du déclin survenu avant les années 1960 et sans l'aide d'un moyen de contraception moderne comme la pilule ». Elle ajoute qu'elle est « en mesure de conclure que certains éléments de cette évolution constituent une réelle transgression de la morale chrétienne  »(11). [On notera, au passage, une confusion fréquente au Québec entre chrétienne et catholique.]

Encouragés par la croissance économique, ces comportements individuels démontrent le début d'une transgression chez les individus les plus susceptibles d'ignorer les commandements de l'Église. En fait, c'est à Montréal – la ville de loin la plus riche au Québec – qu'on remarque qu'à partir de 1948, entre 30 et 50 % des catholiques de l'île cessèrent d'aller à l'Église pour célébrer la messe(12). Dans le diocèse de Saint-Jean, 38 % des catholiques cessèrent d'aller à la messe dominicale au cours des années 1950(13). Une étude conduite en novembre 1958 dans trois villes de tailles différentes démontre que 32 % des habitants n'étaient pas à la messe le dimanche(14). Notons que ces proportions signifient que les Québécois célébraient la messe dans une proportion égale ou inférieure aux catholiques américains(15).

Même les congrégations religieuses semblent incapables de recruter adéquatement relativement à la population croissante du Québec. Entre 1941 et 1961, pour la première fois depuis 1901, les communautés religieuses voient leurs effectifs diminuer relativement à la population du Québec. Même le nombre de membres du clergé relativement à la population a diminué. Ceci est corroboré dans la littérature qui discute des pressions causées au sein de l'Église par le manque d'effectifs(16). En fait, c'est justement cette perte d'influence qui effrite le pouvoir de l'Église dans les écoles puisque le manque de personnel force les administrateurs religieux à embaucher une proportion grandissante de professeurs et enseignants laïcs(17)




Source: Sans auteur, Communautés religieuses, Québec, Effectifs des communautés religieuses masculines de 1901 à 1969, Université de Sherbrooke, 2012.
En ligne (page consultée le 14 mars 2012) et Sans auteur, communautés religieuses, Québec, Effectifs des communautés religieuses féminines de 1901 à 1969 , Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012); et Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026.: Estimations de la population, Ottawa, 2012.


 

Source (clergé): Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20e siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 163-164; Jean Hamelin et Nicole Gagnon, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III:
Le XXe siècle, 1898 à 1940, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 123.
Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.


Prenons ici la peine de se demander ce qu'aurait eu l'air le Québec aujourd'hui si ces tendances avaient continué librement (sans la Révolution tranquille). Est-ce que les Québécois auraient été tout aussi croyants qu'en 1960 ? Auraient-ils été moins croyants que maintenant ? Davantage?  Le déclin de l'emprise de l'Église sur la vie sociale du Québec aurait probablement pu se poursuivre sans le coup de grâce de la nationalisation des institutions religieuses en santé et en éducation. Par ailleurs, la sécularisation de secteurs comme l'éducation afin d'en moderniser le curriculum ne nécessitait pas du tout la nationalisation par l'État. Les États-Unis, une société où il y a beaucoup plus d'observance religieuse qu'au Québec, ont vécu une modernisation de l'éducation en grande partie dirigée par le choix des parents(18).

Le cas des États-Unis est très révélateur puisque la taille du clergé relativement à la population a chuté à partir de 1900 jusqu'à 1970 pour ensuite connaître un regain(19). Toutefois, la participation hebdomadaire aux activités religieuses au sein de toutes les confessions en 1995 était sensiblement inférieure à celle observée en 1960(20). En fait, elle a décliné entre 1960 et 1970 et s'est stabilisée aux environs de 40% par la suite. Chez les catholiques américains, la tendance est différente puisqu'elle a chuté de manière continue entre 1960 et 1997. Alors que la participation hebdomadaire dépassait les 70% chez les catholiques (un niveau similaire à celui du Québec) à l'aube des années 1960, elle se situait plutôt sensiblement en dessous du seuil des 50% à l'aube des années 2000(21)

[...]

Il y a une conclusion importante pour le Québec à tirer de tout cela: les réformes effectuées par l'État ne sont pas la cause du déclin des institutions religieuses, elles en sont plutôt le résultat. La véritable révolution tranquille s'est en fait produite au cours de la période de 1945 à 1960 et ce n'était pas qu'une révolution mais plutôt des millions de petites révolutions tranquilles qui se produisaient sur le plan individuel. Ce qui a suivi était tout simplement les fruits de ces révolutions.

Source Le Québécois libre 


1. Laurence Iannaccone, Roger Finke et Rodney Stark, « Deregulating Religion: The Economics of Church and State », Economic Inquiry, Vol. 35, 1997, p. 350-364.
2. Benoît Tessier, De quelle Grande Noirceur parlez-vous: Le Québec à l'époque de Duplessis, thèse de maîtrise, Département de science politique, Université d'Ottawa, 2000.
3. James Iain Gow, Histoire de l'administration publique québécoise, 1867-1970. Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1983, p. 297.
4. Conrad Black, Duplessis, Toronto, McClellan and Stewart, 1976, p. 665.
5. Robert Barro et Rachel McCleary, « Religion and Economic Growth across Countries », American Sociological Review, Vol. 68, No. 5, 2003, p. 760-781.
6. Gilles Paquet, « Duplessis et la croissance économique: une analyse exploratoire », dans Alain Gagnon et Michel Sarra-Bournet (eds), Duplessis: entre la Grande Noirceur et la société libérale, Montréal, Éditions Québec-Amérique, 1997, p. 212-213.
7. David Beito, From Mutual Aid to the Welfare State: Fraternal Socities and Social Services, 1890-1967, Chapel Hill, NC, North Carolina University Press, 2000.
8. Mark Pennington et John Meadowcroft, Rescuing Social Capital from Social Democracy, Londres, Institute of Economic Affairs, 2007, p. 52 (Mutual ownership and building societies)
9. Steven Horwitz, « The Function of the Family in the Great Society », Cambridge Journal of Economics, Vol. 29, No. 2, 2005, p. 669-684; Steven Horwitz, Markets, Maslow, and the Evolution of the Modern Family, document de travail, Saint-Lawrence NY, Department of Economics, Saint-Lawrence University, 2007.
10. Danielle Gauvreau et Diane Gervais, « Women, Priests and Physicians: Family Limitation in Quebec, 1940-1970 », Journal of Interdisciplinary History, Vol. 34, No. 2, 2003, pp. 293-314.
11. Danielle Gauvreau, « La transition de la fécondité au Québec: un exemple de transgression de la morale catholique », Études d'Histoire Religieuse, Vol. 70, 2004, pp. 23.
12. Martine Poulain, « L'art à l'époque de la ''grande noirceur'': le Refus global », Histoire Québec, Vol. 5, No. 3, 2000, p. 15.
13. Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20ème siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 213.
14. Fernand Dumont et Gérald Fortin, « Un sondage de pratiques religieuses en milieu urbain », Recherches Sociographiques, Vol. 1, No. 4, 1960, p. 501-502.
15. Laurence Iannaccone, « Introduction to the Economics of Religion », Journal of Economic Literature, Vol. 36, septembre 1998, p. 1470.
16. Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20ème siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 163-164.
17. Ibid, p. 164.
18. Susan Adler, « Education In America », The Freeman, 1993 (en ligne).
19. Ibid, p. 1469.
20. Ibid, p. 1470.
21. Ibid, p. 1470.






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Rediff — Affaire Gosnell : l'absence des médias autour d'un avortoir sanguinolent

Quand ça saigne, ça baigne.

Il y a un dicton que les médias apprécient: si le sang coule, le sujet sera porteur; plus les images seront spectaculaires, plus grandes seront les chances de faire la une.

Or l'affaire Gosnell baigne dans le sang et l'horreur... Et pourtant, non seulement les gros médias francophones n'en ont pas du tout parlé, mais même les médias anglophones couvrent très peu ce scandale.

Voici les bancs réservés à la presse ce jeudi dans la salle (304) où se tenait le procès Gosnell à Philadelphie en 2013 :



Photo de JD Mullane, chroniqueur pour le Bucks County Courier Times.

Étonnement de ce désintérêt dans la blogosphère américaine.


Documentaire en anglais sur l'affaire Gosnell :

Où l'on apprend que les salons de coiffure ou de manucure seraient plus surveillés que la « clinique de santé féminine » du Dr Gosnell. Au fil des ans, plusieurs plaintes avaient été déposées contre l'avortoir (morts suspectes, utérus perforé, etc.), ni l'État de Pennsylvanie ni la Ville n'ont enquêté... Voir le rapport du Grand Jury (chercher le mot « inaction »). Le pot aux roses  fut découvert à la suite d'une perquisition pour vente illégale de drogues de synthèse (Oxycodone). 

Autre mort suite à avortement tardif passée sous silence

Jennifer Morbelli,
victime des suites
d'un avortement tardif
On apprend par ailleurs que, plus tôt cette année, une enseignante de maternelle de 29 ans est morte quand l'avortement de son enfant à naître « a mal tourné ». La femme aurait été enceinte de 33 semaines. Et le médecin qui a pratiqué cet avortement, soit deux mois après la limite légale de 24 semaines, était le célèbre, très célèbre aux États-Unis, docteur Leroy Carhart. Dr Carhart est ce bonhomme qui s'est bravement battu contre les interdictions du Nebraska et du gouvernement fédéral contre « les prétendus » « avortements par naissance partielle ». Les guillemets-épouvantail sont obligatoires. Carhart a ouvert une succursale dans le Maryland il y a quelques années afin de partager sa spécialité — tuer des bébés bien après le moment où ils pourraient vivre séparés de leur mère — avec une population plus diverse, plus nombreuse que dans son Mid-Ouest natal.

Personne dans les médias traditionnels n'a pleuré la mort de cette femme, mais une chroniqueuse du Washington Post n'a pas craint de dénoncer l'indicible intrusion dans la vie privée dont a été victime la défunte quand des militants pro-vie ont exprimé leurs inquiétudes après son décès : « Les manifestants exploitent la mort de cette femme et font comprendre aux autres femmes que leur vie privée n'est jamais vraiment protégée quand elles considèrent une IVG. » Surtout la vie privée des femmes décédées des suites d'un avortement tardif bâclé...?

On comprend mieux le silence de la classe médiatique dans le cas de l'avortoir Gosnell : il faut respecter la vie privée des mères et des enfants morts ?

#gosnell en tête de Twitter

Entre-temps, sur les médias sociaux #gosnell est le premier mot-croisillon de Twitter ce soir au Canada et aux États-Unis et l'image de Kermit Gosnell est la plus populaire parmi les gazouilleurs.











« Nous ne savons plus ce qui devrait être à la une »

Face à cet intérêt, la chroniqueuse d'USA Today, Kirsten Powers, titre « Nous avons oublié ce qui devrait faire la une ».

Un des employés de la clinique a déclaré au procès : « Il pleuvait des fœtus. Il y avait des fœtus et du sang partout. C'était à proprement parler des décapitations. On séparait le cerveau du corps » pour décrire ensuite l’insalubrité des lieux et les avortements bâclés. Il aurait été témoin d'une centaine de bébés  nés vivants et que l'on aurait tué en sectionnant la moelle épinière dans la nuque. » Que titre l'agence de presse AP dans une dépêche décrivant ce témoignage ? « Employé décrit chaos dans une clinique IVG en Pennsylvanie »... Comme le souligne Kirsten Powers, le chaos n'est pas l'élément principal, c'est plutôt le fait tuer des enfants nés.

Une recherche dans Lexis-Nexis révèle qu'aucun des trois grands réseaux de télévision américains n'a mentionné le procès Gosnell au cours des trois derniers mois. Il n'y a qu'une exception lorsque la chroniqueuse Peggy Noonan du Wall Street Journal a détourné pendant quelques instants l'émission de Meet the Press qui devait être consacrée à l'indignation soulevée par une loi anti-avortement dans quelque État républicain rétrograde.

Le Washington Post n'a pas publié aucun reportage de ses journalistes sur le sujet pendant le procès et le New York Times n'a jugé bon que de produire un article original sur le sujet à la page A-17 le premier jour du procès. Ils ont gardé le silence depuis, malgré des témoignages dignes des manchettes.

Pour la chroniqueuse d'USA Today, « Nul besoin d'être contre l'avortement pour trouver l'avortement par naissance partielle odieux ou pour trouver le procès Gosnell éminemment digne d'intérêt. Il ne s'agit pas  d'être « pro-choix » ou « pro-vie ». Il s'agit de droits fondamentaux. Le silence assourdissant de trop de médias, naguère une force pour la justice en Amérique, est une honte. »




Ci-dessous, augmentation fulgurante à partir du 10 avril des mentions à Gosnell sur Twitter :


Voir aussi

Silence médiatique embarrassé autour d'un avortoir...

Robert Ménard sur l'instinct grégaire bien-pensant des journalistes


Le mépris du français parlé au Québec par les allophones et anglophones du Québec

Il n'est pas impossible que l'accent québécois ne soit qu'un prétexte et que c'est tout simplement le français qui est méprisé par les nombreux allophones assimilés à l'anglais (Italiens, Grecs, Juifs, Pakistanais, Allemands, Ukrainiens, et même d'anciens francophones) et les quelques anglophones historiques du Québec.

Sondage — Les Québécois francophones se sentent de plus en plus méprisés

Plus de Québécois trouvent que les Canadiens anglais les regardent de haut qu'à tout moment depuis 21 ans, en partie à cause des réactions aux lois 21 et 96

Source



France — Le Grand oral du bac, l'examen inégalitaire

« Beaucoup de professeurs affirment que leurs élèves maitrisent extrêmement mal le français. La priorité évidente est d'augmenter la maîtrise du français, du vocabulaire, de la grammaire... avant de vouloir juger des capacités oratoires. » Chronique de Face à l'info sur le baccalauréat.


jeudi 23 juin 2022

Qu'est-ce que le wokisme ? Décryptage d'un phénomène mondial

Mathieu Bock-Côté, 17 juin 2022, à Bruxelles (le lieu de conférence a dû être déplacé à la dernière minute à la « suite de pressions exercées par des personnes opposées au pluralisme démocratique.»


« Ils ont une haine de la langue, de l’effort de réflexion » : Sylvie Germain répond aux lycéens qui la harcèlent

Un texte de Sylvie Germain, tiré de son ouvrage Jours de colère (Gallimard), a été proposé aux candidats du bac de français 2022. Sur les réseaux sociaux, les élèves se sont déchaînés sur l’extrait qu’ils ont jugé trop difficile à analyser et ont insulté l’auteur.

Sylvie Germain a récolté un torrent d’insultes sur les réseaux sociaux. Son tort ? Avoir eu le malheur de voir un extrait de son roman Jours de colère — prix Femina en 1989 — proposé au commentaire du bac de français il y a quelques jours.

Le texte d’une vingtaine de lignes donnait la description de neuf frères, sorte d’hommes des bois, élevés dans les forêts du Morvan, « dans un passé indéterminé ». L’atmosphère sylvicole de l’extrait, l’opacité de certaines images et le champ lexical de la nature en ont, semble-t-il, déstabilisé plus d’un. Les « élèves neuneu » en question n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’exprimer leur frustration sur Instagram dans un vocabulaire douteux et l’orthographe qui va avec. « Tu prend le commentaire tu ressors de la salle avec une formation de garde forestier », « On peut connaître le nom des 9 fils svp ? » « Ça m’avait pas manquer le livre de la jungle ». Sans compter les injures et les fulgurances des plus malins, autrement plus inspirés dans l’invective que face à leur copie.

Des professeurs en colère

De nombreux internautes ont pris la défense de l’écrivain, dénonçant sur Tweeter la violence gratuite de cette minorité bruyante tout en pointant du doigt le faible niveau scolaire des candidats concernés. « Bonjour l’intelligence des jeunes qui passent le bac de français et qui en veulent à #sylviegermain parce qu’elle possède plus de trois mots de vocabulaire… », se désole un étudiant. Des professeurs expriment leur inquiétude sur le réseau social. « Les lycéens qui se déchaînent sur #sylviegermain sont-ils vraiment les adultes et les électeurs de demain ? » « Je suis effarée de voir la réaction des élèves… Ils font preuve d’une violence inadmissible à l’encontre de cette autrice (qui en outre n’est en aucun cas responsable de leur inculture). Il serait plus prudent de ne plus choisir d’auteur vivant pour l’EAF. »

Le Figaro s’est entretenu avec Sylvie Germain au sujet de cette polémique.

LE FIGARO. — Qu’avez-vous ressenti en apprenant que votre texte avait été choisi au bac de français ?

Sylvie GERMAIN. — Je n’avais pas été prévenue, pour préserver la confidentialité de l’épreuve. Lorsqu’on accepte d’être publié et que notre texte devient public, on doit s’attendre à des surprises, bonnes ou mauvaises. J’ai été étonnée, et touchée par le choix d’un de mes livres, et aussi légèrement perplexe devant cet extrait peut-être peu évident hors contexte. Et puis, dès le lendemain, la polémique est arrivée, des lycéens mécontents ont déversé leur colère.

— Comprenez-vous ce déferlement de haine sur les réseaux sociaux ?

— Je ne suis qu’un prétexte, je ne me sens pas concernée personnellement. Je suis plutôt inquiète du symptôme que cela révèle. C’est grave que des élèves qui arrivent vers la fin de leur scolarité puissent montrer autant d’immaturité, et de haine de la langue, de l’effort de réflexion autant que d’imagination, et également si peu de curiosité, d’ouverture d’esprit. Le passage à analyser n’était pas délirant, le vocabulaire était accessible, mais certains se contentent d’un vocabulaire si réduit, riche seulement en insultes et en invectives, que tout écrit un peu élaboré leur est un défi, un outrage.

 Les plus « vénères » se sont donc défoulés (propos grossiers, goguenards, agrémentés parfois d’intimidations…, et montages photos et vidéos visant à me ridiculiser). Je n’éprouve même pas de colère, seulement de la désolation devant tant d’aveuglement et d’absence de remise en cause (s’ils ratent leur épreuve de français ce sera à cause de mon texte « de m... qui va niqué leur bac » [sic], pas du tout à cause de leur manque de travail et de réflexion), devant aussi leur rejet hargneux de la culture qui leur est dispensée au lycée. Ils veulent des diplômes sans aucun effort, se clament victimes pour un oui pour un non et désignent comme persécuteurs ceux-là mêmes qu’ils injurient et menacent. Quels adultes vont-ils devenir ?... J’espère que cette flambée de rage, où comme toujours le mimétisme et le goût de la surenchère électrisent la meute, va retomber aussi vite qu’elle a éclaté. Tout cela est aussi absurde qu’affligeant.

— Quels conseils auriez-vous pu donner aux élèves pour analyser votre texte ?

— Je n’ai pas de conseils à donner pour étudier ce texte, je n’écris pas pour proposer des analyses, juste des histoires susceptibles de faire rêver, imaginer, penser. Je ne peux que souhaiter aux élèves d’apprendre à lire, à s’efforcer de penser par eux-mêmes, et à aimer les mots, et aussi à en peser le poids, la justesse et les possibles conséquences quand ils les utilisent.


Découvrez l’extrait à commenter à l’écrit du bac de français 2022 :

Sylvie Germain (née en 1954), Jours de colère, Chants, « Les frères », 1989

Situé dans un passé indéterminé, le roman de Sylvie Germain Jours de colère prend place dans les forêts du Morvan. Le texte suivant est extrait d’un chapitre intitulé « Les frères ». Il présente les neuf fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse.

« Ils étaient hommes des forêts. Et les forêts les avaient faits à leur image. À leur puissance, leur solitude, leur dureté. Dureté puisée dans celle de leur sol commun, ce socle de granit d’un rose tendre vieux de millions de siècles, bruissant de sources, troué d’étangs, partout saillant d’entre les herbes, les fougères et les ronces. Un même chant les habitait, hommes et arbres. Un chant depuis toujours confronté au silence, à la roche. Un chant sans mélodie. Un chant brutal, heurté comme les saisons, — des étés écrasants de chaleur, de longs hivers pétrifiés sous la neige. Un chant fait de cris, de clameurs, de résonances et de stridences. Un chant qui scandait autant leurs joies que leurs colères.

Car tout en eux prenait des accents de colère, même l’amour. Ils avaient été élevés davantage parmi les arbres que parmi les hommes, ils s’étaient nourris depuis l’enfance des fruits, des végétaux et des baies sauvages qui poussent dans les sous-bois et de la chair des bêtes qui gîtent dans les forêts ; ils connaissaient tous les chemins que dessinent au ciel les étoiles et tous les sentiers qui sinuent entre les arbres, les ronciers et les taillis et dans l’ombre desquels se glissent les renards, les chats sauvages et les chevreuils, et les venelles que frayent les sangliers. Des venelles tracées à ras de terre entre les herbes et les épines en parallèle à la Voie lactée, comme en miroir. Comme en écho aussi à la route qui conduisait les pèlerins de Vézelay vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils connaissaient tous les passages séculaires creusés par les bêtes, les hommes et les étoiles.

La maison où ils étaient nés s’était montrée très vite bien trop étroite pour pouvoir les abriter tous, et trop pauvre surtout pour pouvoir les nourrir. Ils étaient les fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse ».


mercredi 22 juin 2022

Migrations — On saurait enfin d'où venait la peste noire

Pierre tombale
 
La pandémie de peste noire, qui décima entre 30 et 50 % de la population européenne au Moyen-Age, serait née en Asie centrale, dans l’actuel Kirghizistan, selon une étude mettant fin, selon l’AFP, à près de sept siècles de questionnements. 

Siège de Caffa en Crimée par les Mongols

En 1346, les Mongols de la Horde d’or assiégèrent Caffa, comptoir et port génois des bords de la mer Noire, en Crimée. Caffa s’appelle aujourd’hui Théodosie (ou encore en russe Feodossia Феодосия). L’épidémie, ramenée d’Asie centrale par les Mongols, toucha bientôt les assiégés, car les Mongols catapultaient les cadavres des leurs par-dessus les murs pour infecter les habitants de la ville. Cependant, pour le médiéviste français Boris Bove, il serait plus plausible d’imaginer que la contamination des Génois fut le fait des rats passant des rangs mongols jusque dans la ville, ou selon une théorie récente, plutôt des gerbilles.

Le siège fut levé, faute de combattants valides en nombre suffisant : Génois et Mongols signèrent une trêve. Les bateaux génois, pouvant désormais quitter Caffa, disséminèrent la peste dans tous les ports où ils faisaient halte : Constantinople est la première ville touchée en 1347, puis la maladie atteignit Messine fin septembre 1347, Gênes et Marseille en novembre de la même année. Pise est atteinte le premier janvier 1348, puis c’est le tour de Spalato (aujourd’hui Split en Dalmatie), la peste gagnant les ports voisins de Sebenico et de Raguse, d’où elle passe à Venise le 25 janvier 1348. En un an, la peste se répandit sur tout le pourtour méditerranéen.

Avancée génétique

C’est grâce à de l’ADN humain ancien, extrait d’un site funéraire du XIVe siècle dans le nord du Kirghizistan, que les chercheurs ont pu remonter à la source. Leurs découvertes, publiées mercredi dans la revue Nature, tranchent un très vieux débat d’historiens.

L’épidémie de peste noire atteignit l’Europe en 1346 par le bassin méditerranéen, par des navires transportant des marchandises depuis la Mer noire. En seulement huit ans, la « mort noire » tua jusqu’à 50 % de la population d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Elle marqua le début de longues vagues de l’épidémie qui allait resurgir par intermittence durant 500 ans.

Où est-elle née ? L’une des pistes les plus communément avancées était celle de la Chine, mais aucune preuve robuste n’a pu à ce jour étayer cette théorie.

Pierre tombale  
« J’ai toujours été fasciné par la peste noire, et l’un de mes rêves était de résoudre le mystère de ses origines », a raconté l’historien spécialiste des catastrophes Phil Slavin, l’un des auteurs de l’étude, lors d’une conférence de presse. 

« Mort de pestilence »

Ce professeur à l’Université de Stirling en Écosse connaissait l’existence de deux sites funéraires médiévaux près de lac d’Issyk Köl (ou Yssyk Koul) au Kirghizistan, qui avaient été fouillés à la fin du XIXe siècle.

Sur plus de 400 pierres tombales de cimetières nestoriens (chrétiens d’Orient, déclarés hérétiques), une centaine étaient précisément datées : 1338-1339. Avec une épitaphe mentionnant une elliptique « mort de pestilence », en ancien syriaque. Autant d’indices d’une surmortalité anormale au sein d’une communauté, sept ou huit ans avant que la peste noire ne frappe l’Europe.

Pour trouver la cause des décès, les chercheurs ont fouillé dans l’ADN dentaire de sept squelettes. « La pulpe dentaire est une source précieuse, car c’est une zone très vascularisée qui donne une forte chance de détecter des pathogènes dans le sang », a expliqué à l’AFP Maria Spyrou, de l’Université de Tübingen en Allemagne, elle aussi auteure de l’étude. 

L’ADN a pu être séquencé — un travail délicat tant il était fragmenté — puis comparé à une base de données contenant le génome de milliers de bactéries.

Verdict : les corps avaient été infectés par la bactérie Yersinia pestis, le bacille responsable de la peste noire, transmise à l’homme par les puces des rongeurs. Cette communauté avait donc bien été victime du même fléau que celui qui a frappé l’Europe quelques années plus tard.

Les analyses du génome de Yersinia pestis ont aussi révélé qu’il s’agissait d’une souche ancestrale de la bactérie. Celle qui se trouve à la base de « l’arbre génétique » de la peste. 

Diffusion de la peste noire

Les scientifiques associent justement l’apparition de la peste noire en Europe à un « Big Bang » génétique au cours duquel les bactéries souches se sont massivement diversifiées.

Au cœur des routes de la Soie

Les souches découvertes au Kirghizistan se trouvent pile « au nœud de cette diversification massive », survenue vers les années 1330. Confirmant que cette région du monde, les Monts Tian (T’ien ou encore Tian Chan), a bien été le point de départ de l’expansion, selon Maria Spyrou. 

De plus, chez les rongeurs vivant aujourd’hui dans les monts Tian, les chercheurs ont identifié une souche de la bactérie très proche de celle des victimes humaines de 1338-1339, « la plus proche qu’on ait trouvée dans le monde », a complété Johannes Krause, de l’Institut Max Planck, coauteur de l’étude. 

Il s’agissait de communautés chrétiennes, ethniquement diversifiées (Mongols, Ouïghours…), qui pratiquaient le commerce au long cours selon les objets funéraires retrouvés : perles du Pacifique, coraux de Méditerranée, vêtements de soies.... « Vivant au cœur des routes de la soie, ils ont dû beaucoup voyager, ce qui a joué un rôle dans l’expansion de l’épidémie via la Mer noire », avance Phil Slavin.

La peste n’a jamais été éradiquée de la surface de la Terre : chaque année, des milliers de personnes continuent d’être infectées, notamment en Asie centrale. Dans les montagnes du Tian Chan, ce sont les marmottes qui constituent le principal réservoir animal de la maladie.

Une pandémie meurtrière comme celle du Moyen-Age ne serait heureusement pas à craindre : non pas que la bactérie soit moins virulente, mais parce que les conditions d’hygiène et le recours aux antibiotiques n’ont rien à voir avec le passé.

Covid-19 — A-t-on donné le mauvais type de vaccins ? (m à j, autre étude)

Une autre étude vient appuyer l'étude danoise mentionnée dans le billet originel du 9 mai. Il s'agit d'une étude américaine intitulée : «  Événements indésirables graves d'intérêt particulier à la suite d'une vaccination par ARNm dans des essais randomisés ».

En voici une partie du résumé : « Les vaccins à ARNm COVID-19 de Pfizer et Moderna étaient associés à un risque accru d'événements indésirables graves d'intérêt particulier, avec une augmentation du risque absolu de 10,1 et 15,1 pour 10 000 vaccinés par rapport aux valeurs initiales du placebo de 17,6 et 42,2 (IC à 95 % -0,4 à 20,6 et -3,6 à 33,8), respectivement. Combinés, les vaccins à ARNm étaient associés à une augmentation du risque absolu d'événements indésirables graves d'intérêt particulier de 12,5 pour 10 000 (IC à 95 % 2,1 à 22,9). Le risque excédentaire d'événements indésirables graves d'intérêt particulier a dépassé la réduction du risque d'hospitalisation pour COVID-19 par rapport au groupe placebo dans les essais Pfizer et Moderna (2,3 et 6,4 pour 10 000 participants, respectivement). »

Source


Billet originel du 9 mai 2022

Un texte de Martin Kulldorff, chercheur principal au Brownstone Institute, épidémiologiste et biostatisticien spécialisé dans les épidémies de maladies infectieuses et la sécurité des vaccins. Il est le développeur des logiciels Free SaTScan, TreeScan et RSequential. Plus récemment, il a été professeur à la Harvard Medical School pendant dix ans.

Des essais contrôlés randomisés montrent une réduction de la mortalité toutes causes confondues à l’aide de vaccins contre la covid à vecteur adénovirus  (risque relatif [RR] = 0,37, interval de confiance [IC] à 95 % : 0,19-0,70), mais pas avec les vaccins à ARNm (RR = 1,03, IC à 95 % 0,63-1,71). Un risque relatif supérieur à 1 signifie que les vaccins en question (ARN messager) sont probablement légèrement plus risqués que les placebos, probablement car l’intervalle de confiance est grand.

C’est le verdict d’une nouvelle étude danoise par la Dr Christine Benn et ses collègues. Les gens ont-ils reçu des vaccins qui ne fonctionnent pas (Pfizer/Moderna) au lieu de vaccins qui fonctionnent (AstraZeneca/Johnson & Johnson) ? Mettons cette étude dans son contexte, puis plongeons dans les chiffres.

En médecine, l’étalon-or des preuves est l’essai contrôlé randomisé (ECR), car il évite les biais d’étude pour ou contre le vaccin. De plus, le résultat clé est la mort. Ces vaccins sauvent-ils des vies ? Par conséquent, l’étude danoise répond à la bonne question avec les bonnes données.

C’est la première étude à le faire.

Lorsque les vaccins à ARNm Pfizer et Moderna ont été approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, cette décision était basée sur des ECR. Les ECR soumis à la FDA ont montré que les vaccins réduisent les infections symptomatiques de Covid. En recrutant principalement des adultes plus jeunes et d’âge moyen, qui ont peu de chances de mourir de covid quoi qu’il arrive, les études n’ont pas été conçues pour déterminer si les vaccins réduisaient également la mortalité.

Cette hypothèse a été posée comme un corollaire que cela fût vrai ou non. Les ECR lors de la procédure d’approbation n’ont pas non plus été conçus pour déterminer si les vaccins réduisent la transmission, mais c’est une autre histoire.

Les vaccins ont été développés contre la covid, mais pour évaluer correctement un vaccin, nous devons également examiner les décès non-COVID. Y a-t-il des effets indésirables imprévus entraînant la mort ? Nous ne voulons pas d’un vaccin qui sauve la vie de certaines personnes, mais en tue autant d’autres. Il peut également y avoir des avantages imprévus, comme une protection accessoire contre d’autres infections. Pour une comparaison équitable, ces considérations devraient également faire partie de l’équation.

Bien que chaque ECR individuel n’ait pas été en mesure de déterminer si le vaccin contre la covid réduisait la mortalité, les ECR ont enregistré tous les décès et, pour augmenter la taille de l’échantillon, l’étude danoise a regroupé plusieurs ECR. Il existe deux types différents de vaccins contre la covid, les vaccins à vecteur adénovirus (AstraZeneca, Johnson & Johnson, Spoutnik) et les vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna). L’équipe danoise a effectué une analyse groupée pour chaque type.

En voici les résultats :

 Type de vaccin Décès/Vaccinés Décès/Témoins Risque relatif Intervalle de confiance
à 95 %
Adénovirus-vecteur 16/72 138 30/50 026  0,37 0,19–0,70
ARNm 31/37 110 30/37 083  1,03 0,63–1,71

Il existe des preuves claires que les vaccins à vecteur adénovirus ont réduit la mortalité. Pour 100 décès chez les non-vaccinés, il n’y a que 37 décès chez les vaccinés, avec un intervalle de confiance à 95 % de 19 à 70 décès. Ce résultat provient de cinq ECR différents pour trois vaccins différents, mais il est principalement motivé par les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson.

Pour les vaccins à ARNm, en revanche, il n’y avait aucune preuve d’une réduction de la mortalité. Pour 100 décès parmi les non-vaccinés, il y a 103 décès parmi les vaccinés, avec un intervalle de confiance à 95 % de 63 à 171 décès. C’est-à-dire que les vaccins à ARNm peuvent réduire un peu la mortalité ou l’augmenter ; nous ne savons pas. Les vaccins Pfizer et Moderna ont contribué à parts égales à ce résultat, il n’y a donc aucune preuve que l’un soit meilleur ou pire que l’autre.

Alors que la mortalité toutes causes confondues est ce qui compte pour la santé publique, il existe un intérêt scientifique à savoir comment les différents vaccins affectent différents types de mortalité. Les scientifiques danois ont contacté les enquêteurs des essais contrôlés randomisés pour savoir si chaque décès était dû à la covid, à une maladie cardiovasculaire, à des accidents ou à d’autres causes.

Pour les vaccins à ARNm, il y a eu une réduction des décès à cause de la covid, mais une augmentation des décès cardiovasculaires, mais ni l’une ni l’autre n’était statistiquement significative. Ainsi, ces résultats pourraient être dus au hasard. Il se pourrait que les vaccins puissent réduire le risque de décès par la covid tout en augmentant le risque de décès cardiovasculaires. Nous ne le savons pas et Pfizer et Moderna n’ont pas conçu les RCT pour nous le faire savoir.

Pour les vaccins à vecteur adénoviral, il y a eu des diminutions statistiquement significatives des décès par la covid et par incidents cardiovasculaires, peu susceptibles d’être dus au hasard. Il y a eu une légère diminution des autres décès, qui peut être due au hasard.

La force de l’étude danoise est qu’elle est basée sur des essais contrôlés randomisés. La principale faiblesse est que le temps de suivi est court. En effet, les fabricants ont mis fin prématurément aux essais cliniques, après que les vaccins ont reçu l’autorisation d’utilisation d’urgence.

Une autre faiblesse est que les données ne nous permettent pas de déterminer comment ces résultats peuvent varier selon l’âge. Alors que n’importe qui peut être infecté, le risque de décès dû à la covid est mille fois plus important chez les personnes âgées que chez les jeunes.

Les vaccins réduisent-ils principalement les décès chez les personnes âgées ? C’est une supposition raisonnable. Qu’en est-il des plus jeunes ? Nous ne le savons pas. Ce n’est pas la faute des chercheurs danois. Ils ont fait un travail brillant en extrayant autant d’informations que possible des ECR parrainés par l’industrie.

Certains pourraient reprocher à l’étude danoise de ne pas avoir encore été évaluée par des pairs, mais elle l’a été. Elle a été évaluée par des pairs par moi et par plusieurs collègues et nous avons tous des décennies d’expérience avec ce type d’études. Qu’il n’ait pas encore été évalué par des pairs anonymes est sans importance.

Les vaccins à ARNm ont été approuvés sur la base d’une réduction des infections symptomatiques au lieu de la mortalité. Que Pfizer et Moderna n’aient pas conçu leurs ECR pour déterminer si les vaccins réduisaient la mortalité est inexcusable, car ils auraient facilement pu le faire.

Que la FDA les ait approuvés pour une utilisation d’urgence est compréhensible. De nombreux Américains plus âgés mouraient de covid, et ils ont dû fonder leur décision sur les informations disponibles à l’époque.

Maintenant, nous en savons davantage. Si Pfizer et Moderna veulent continuer à vendre ces vaccins, nous devrions exiger qu’ils mènent un véritable essai clinique randomisé qui prouve que les vaccins réduisent la mortalité.

Tout aussi importants, le gouvernement, les entreprises et les universités devraient cesser d’imposer des vaccins lorsque des essais contrôlés randomisés montrent un résultat nul pour la mortalité.

Source 

Entretien entre Freddie Sayers de UnHerd et la Pr Stabell-Benn (sous-titré en français)

Discussion et contexte

L’implication évidente de cette étude (puisque les deux séries de vaccins sont disponibles) est que les autorités de santé publique auraient dû recommander les vaccins adénovecteurs moins chers que les vaccins à ARNm depuis le début et pour la plupart des patients.

En d’autres termes, la décision internationale de retirer l’autorisation du vaccin AstraZeneca (AZ) en Europe et ailleurs semble avoir été une erreur. Les vaccins tels que ceux d'AstraZeneca ou Johnson & Johnson étaient en fait une meilleure option que les vaccins Pfizer ou Moderna. Rappelons que le 3e membre de ces vaccins à vecteur adénovirus est le vaccin Spoutnik V, reconnu efficace (étude hongroise, étude russe), mais snobé par les autorités occidentales (bien avant la crise ukrainienne). Contrairement à ce que croient certains demi-habiles qui citent la mortalité en Russie comme preuve que le vaccin Spoutnik-V ne marcherait pas, les données indiquent au contraire son efficacité, mais voilà peu de Russes se sont fait vacciner…

Cette étude fournit une explication potentielle aux meilleurs résultats de mortalité globaux au Royaume-Uni (qui a massivement utilisé le vaccin AZ) qu’une grande partie de l’Europe continentale (qui a progressivement supprimé le vaccin AZ) après le programme de vaccination au second semestre 2021.

Depuis sa publication en prépublication, l’étude Stabell-Benn a été très peu médiatisée. Comme la Dr Stabell-Benn l’a dit à Freddie Sayers dans son interview avec UnHerd, elle s’est habituée à cette réticence :

« Je travaille dans ce domaine depuis maintenant près de trente ans. J’étudie les vaccins et trouve ces effets non spécifiques très controversés. Il y a des intérêts puissants qui ne veulent pas vraiment en entendre parler. Mais pour moi, c’est une bonne nouvelle : cela signifie que nous pouvons optimiser l’utilisation des vaccins non seulement pour avoir de puissants effets protecteurs contre les maladies vaccinales, mais aussi pour optimiser leur utilisation en termes de santé globale. »

Pour une étude avec une conclusion aussi conséquente, l’examen par des experts indépendants est crucial. Dans le passé, un tel examen par les pairs se déroulait dans l’anonymat, à huis clos d’une revue scientifique, avec un seul éditeur ou éditeur associé servant d’arbitre. En raison du petit nombre de personnes impliquées dans l’examen, le processus d’examen par les pairs est sujet à des biais bien connus et à de longs délais (des mois ou plus). Pire encore, ces délibérations sont cachées du public. Le commun des mortels devait considérer comme un article de foi qu’un article publié et revu par des pairs présentait des conclusions précises.

Un meilleur processus d’examen scientifique de certains articles importants a émergé pendant la pandémie — un examen ouvert par les pairs grâce auquel le public assister aux délibérations entre les experts scientifiques. Bien que l’équipe danoise ait publié son article début avril, c’est une revue en ligne de l’expert en sécurité des vaccins et épidémiologiste de renommée mondiale Martin Kulldorff qui a lancé la discussion entre scientifiques à ce sujet.

Dans son examen, Kulldorff souligne la conclusion claire des résultats de l’article danois. Lorsque les vaccins à ARNm et à adénovecteurs sont disponibles, il est préférable de prendre le vaccin avec de bonnes preuves randomisées de réduction de la mortalité toutes causes confondues plutôt que de prendre un vaccin pour lequel, avec les meilleures preuves actuelles, s’il réduit la mortalité. Kulldorff a appelé à un nouvel essai contrôlé randomisé du vaccin à ARNm pour savoir s’il peut rivaliser avec les vaccins à vecteur adénovirus — comme cela devrait se produire en médecine chaque fois qu’une intervention efficace existe et qu’une autre intervention cherche à montrer qu’elle est aussi bonne ou meilleure. Il a également suggéré qu’il est inapproprié d’imposer des vaccins pour lesquels les essais cliniques randomisés montrent un résultat nul pour la mortalité.

L’examen ouvert par les pairs de Kulldorff a suscité des discussions parmi les scientifiques sur la faisabilité de mener un essai randomisé comparant les vaccins. Les taux de mortalité dus à l’infection par la covid — en partie dus aux niveaux élevés d’immunité de la population contre le rétablissement de la covid — sont faibles, de sorte qu’un échantillon de grande taille serait nécessaire pour détecter une différence. La question de savoir si une telle étude est même réalisable est une question ouverte, tout comme l’importance d’une telle étude. Ce genre de discussion constructive se produit tout le temps en science.

Cependant, certains scientifiques — y compris Deepti Guradsani qui défend la stratégie du zéro covid — ont réagi à l’article de Kulldorff par des propos que certains considèrent diffamatoires et en affirmant qu’il s’agissait de diffusion de fausses informations sur les vaccins, le tout saupoudrer d’accusations habituelles, mais lunaires, de lien avec la droite politique.

Kulldorff est un éminent scientifique spécialisé dans les vaccins qui a présenté honnêtement son opinion sur les vaccins covid, même lorsqu’ils vont à l’encontre du récit établi. En mars 2021, il a perdu son poste de conseiller auprès du CDC américain pour avoir recommandé de ne pas suspendre le vaccin Johnson & Johnson pour les Américains âgés. Action du CDC qui tua dans l’œuf la demande de vaccins à vecteur adénoviral aux États-Unis. Il s’agirait de la seule personne que le CDC ait licenciée pour être trop provaccin… Moins d’une semaine plus tard, le CDC approuvait le vaccin Johnson & Johnson. [Il est toujours approuvé pour les plus de 18 ans.]

Pour le grand public, savoir quel vaccin sont sans danger est littéralement une question de vie ou de mort. Pour les scientifiques, l’enjeu des études comme celle de la Pr Stabell-Benn est la capacité de participer honnêtement à des débats et examens scientifiques ouverts sur des sujets d’actualité sans devoir subir insultes, calomnies et atteintes à la réputation fondées sur des mensonges. Si les scientifiques perdent leur capacité à raisonner publiquement au sujet d’études comme l’étude danoise, les médecins n’auront aucune base solide pour conseiller leurs patients sur ce sujet et le public n’aura aucune raison de faire confiance aux médecins et aux scientifiques.


 

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mardi 21 juin 2022

Suède : les écoliers et collégiens sauvés du confinement

Un texte de Johan Anderberg, journaliste et auteur de Flocken (Le Troupeau), un succès de librairie sur l’expérience suédoise pendant la pandémie de Covid-19. L’ouvrage a été traduit en anglais.

Il y a plus de deux ans, le monde est entré en confinement et que les écoles, comme la plupart des institutions, ont fermé leurs portes. Mais les conséquences les plus dévastatrices de cette politique commencent à peine à apparaître. Des milliers d’enfants défavorisés ont pris du retard.

Il n’était pas nécessaire qu’il en fût ainsi. Un pays a fait les choses différemment.

Tard dans la soirée du 12 mars 2020, des journalistes ont attendu dans un bâtiment gouvernemental à Stockholm que la ministre suédoise de l’Éducation, Anna Ekström, fasse une déclaration. La plupart d’entre eux s’attendaient à ce que le gouvernement suédois annonce des fermetures d’écoles. La veille au soir à Copenhague, la Première ministre danoise, Mette Fredriksen, avait déclaré que toutes les écoles maternelles, écoles et universités du Danemark fermeraient. Quelques heures plus tôt, la Norvège avait emboîté le pas. En Suède, Ekstrom venait d’avoir une réunion avec des représentants de directeurs d’école et d’agences gouvernementales.

Lorsqu’elle a finalement émergé et rendu son verdict, elle a expliqué que le gouvernement avait choisi de garder les écoles ouvertes. « C’est une recommandation claire de l’Agence de santé publique, et ils sont très désireux de la voir adoptée », a-t-elle déclaré.

Ce que personne ne savait à l’époque, c’est que, dans les coulisses, un épidémiologiste à la retraite avait remporté sa première bataille. Johan Giesecke, 70 ans, avait été l’épidémiologiste d’État suédois entre 1995 et 2005 et entretenait de bonnes relations avec Anders Tegnell, l’homme qui détenait désormais le titre. Des décennies plus tôt, Giesecke avait embauché Tegnell parce qu’il appréciait ce qui semblait être l’indifférence totale de Tegnell à ce que les autres pensaient de lui. Depuis lors, Giesecke a qualifié Tegnell de « son fils ».

Le 3 juin 2020, jour de remise de diplôme en Suède, alors que les écoles n’ont jamais fermé pour les moins de 16 ans.

Les deux hommes, au début de la pandémie, ont plaidé pour le maintien des écoles ouvertes.

Ils l’ont fait pour plusieurs raisons. Premièrement, personne ne savait si les fermetures d’écoles auraient un effet bénéfique. D’une part, il y avait une certaine base historique à la politique : les expériences des vacances scolaires lors des épidémies de grippe en France, et les réponses variables à la pandémie de 1918 aux États-Unis, ont suggéré que le nombre de cas pourrait « peut-être » être réduit de 15 % par des fermetures, dans un scénario optimiste. Mais cela suggérait également que ces gains seraient probablement perdus si les enfants renvoyés à leurs parents n’étaient pas complètement isolés à la maison.

Cette politique coûte aussi cher. La facture de la fermeture des écoles britanniques pendant 12 semaines a été estimée à 1 % du PIB du pays dans un article du Lancet (parmi les auteurs figuraient à la fois Anders Tegnell et Neil Ferguson). Aux États-Unis, une intervention équivalente a coûté 6 % du PIB selon le même article.

C’était une décision difficile à prendre, à moins que vous ne soyez Johan Giesecke. Il était complètement convaincu que la fermeture des écoles n’était pas la bonne voie à suivre. Surtout, pensait-il, ce serait injuste pour les enfants. Tout le monde dans le secteur de la santé publique savait que les absences scolaires avaient un effet néfaste sur les conditions de vie des enfants (voir ici, ici, ici et ici) jusque tard dans la vie.

Cette nuit-là, même si lui et Tegnell avaient réussi à convaincre le gouvernement suédois de garder les écoles ouvertes, Giesecke savait que défendre la décision serait difficile. Les politiciens du monde paniquaient. Tôt le lendemain matin, Giesecke a écrit dans un courriel à Tegnell : « An nescis, mi fili, quantilla prudentia mundus regatur ? » Juste pour être sûr, il ajouta une traduction : « Ne sais-tu pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouverné ? [La phrase latine est celle d’Axel Gustafsson Oxenstierna, grand chancelier de Suède, écrite à son fils lors des négociations du Traité de Westphalie en 1648. On prête aussi la phrase latine à Richelieu.]

Les Suédois surveillaient le cours des événements qui se déroulaient sur le reste du continent. Les pays qui fermaient leurs écoles et écoles maternelles étaient de plus en plus nombreux. Tegnell ne comprenait pas ce qu’ils faisaient.

Ses confidents à l’agence étaient d’accord avec son évaluation : le reste du monde se précipitait tête baissée dans une expérience dangereuse aux conséquences imprévues. Le responsable de l’analyse de l’agence a expliqué que les fermetures d’écoles espagnoles avaient poussé le virus des villes vers les côtes, alors que les familles aisées fuyaient les villes pour s’installer dans leurs maisons de vacances. Et les fermetures d’écoles obligeraient de nombreux travailleurs clés, y compris des médecins et des infirmières, à rester chez eux.

« Le monde est devenu fou », écrivit Tegnell à deux collègues.

Il y avait une exception notable à cette folie. Au Royaume-Uni, les choses semblaient encore normales. Le 16 mars, Tegnell et Giesecke se sont envoyé un courriel à propos d’une vidéo de Boris Johnson et Chris Whitty expliquant la stratégie britannique en cas de pandémie, ont un des axes était de garder les écoles ouvertes. Le fil de discussion s’intitulait « Allez, l’Angleterre ! ».

Mais ce que ni Tegnell ni les autres ne savaient en regardant les décideurs britanniques expliquer leur stratégie, c’est que bientôt le Royaume-Uni changerait de cap à la suite de la publication d’un rapport de l’Imperial College qui faisait de sombres prédictions. Selon ce rapport, sans une action résolue pour ralentir la propagation du coronavirus, jusqu’à 510 000 personnes au Royaume-Uni et 2,2 millions de personnes aux États-Unis pourraient mourir en l’espace de quelques mois. Ramenés à la population de la Suède, cela signifiait que près de 100 000 Suédois périraient.

Mais Giesecke était sceptique. Il a cité l’exemple de la « maladie de la vache folle » : en 2001, les Britanniques avaient abattu des millions de têtes de bétail pour éviter qu’elle ne se propage. « Ils pensaient que 50 000 personnes mourraient. Mais combien sont décédés ? » Giesecke aimait demander.

Il répondait toujours à sa propre question : « 157 ».

Il avait d’autres exemples. Quatre ans plus tard, l’Imperial College a averti que 150 millions de personnes dans le monde pourraient mourir de la grippe aviaire. Ce fut finalement 455. Quatre ans plus tard, c’était la grippe porcine : le pronostic prévoyait 65 000 morts britanniques. Les résultats ? 474. Pourquoi quelqu’un ferait-il confiance aux scientifiques britanniques maintenant ? Le nouveau rapport, écrivit Giesecke, était « loin de la vérité ».

La Suède défierait alors le reste du monde. Les gens n’avaient généralement pas à y porter de masques, les activités de loisirs étaient largement autorisées à se poursuivre sans entrave — et les jeunes enfants continuaient d’aller à l’école, aux entraînements de football et aux cours de musique. Certaines fêtes d’anniversaire ont été annulées, bien sûr, mais par rapport au reste du monde, la vie des jeunes Suédois a très peu changé. Ils n’ont jamais eu à porter de masques à l’école ni à subir des procédures de test systématiques.

 Les médias étrangers n’ont pas tardé à qualifier la stratégie de « catastrophe » (Time), de « récit édifiant du monde » (New York Times) et de « folie mortelle » (Guardian). En Allemagne, Focus a qualifié la politique de « négligence » ; La Repubblica italienne a conclu que le « pays modèle nordique » avait commis une dangereuse erreur.

De nombreuses théories sont apparues pour expliquer pourquoi la Suède aurait suivi une voie si différente. Certaines d’entre elles se concentrent sur la constitution suédoise, qui diffère de celle des autres pays européens, par exemple par l’extrême autonomie des agences gouvernementales et le droit constitutionnel de se déplacer dans le pays. D’autres soulignent le fait que les autorités suédoises ont été inutilement agressives pendant l’épidémie de VIH et n’étaient pas disposées à répéter la même erreur.

Mais la principale raison de la trajectoire particulière de la Suède est simple : les Suédois ont fait une interprétation différente des données scientifiques au début de la pandémie. Ils croyaient simplement que les scénarios présentés par le reste du monde, et en particulier celui de l’Imperial College, étaient largement exagérés. Et ils pensaient que les confinements et les fermetures d’écoles étaient terribles pour la santé publique en général.

D’après ce que nous savons aujourd’hui, deux ans après le début de la pandémie, il est assez clair que les Suédois ont bien fait les choses. En juillet 2020, alors que les décès en Suède — selon les étalonnages des chercheurs des universités de Lund et d’Uppsala, basés sur le rapport de l’Imperial College, étaient censés se situer entre 85 000 et 96 000 — le nombre de morts suédois était inférieur à 6 000. Tout au long de ce printemps, les gens avaient été libres de bouger, de faire du ski, d’aller à la gym ; les écoles maternelles et les écoles pour les enfants de moins de 16 ans étaient ouvertes.

Les enfants d’autres pays souffrent encore des séquelles du confinement. Aux États-Unis, les compétences en mathématiques et en lecture des enfants âgés de trois à huit ans étaient inférieures à la normale l’automne dernier — et, selon le Center for School and Student Progress, des étudiants amérindiens, noirs et hispaniques, ainsi que des élèves fréquentant des écoles de quartiers pauvres ont été touchés de manière disproportionnée.

« Les enfants américains commencent 2022 en crise », a conclu David Leonhardt du New York Times après avoir parcouru les recherches disponibles.

L’histoire est la même dans tous les pays confinés et masqués. En Allemagne, des études montrent une augmentation de l’obésité infantile, une détérioration des compétences linguistiques et concernent des déficiences motrices fines ; en Norvège, les journaux rapportent une « vague de jeunes malades ». Et en Grande-Bretagne, le médecin-chef Chris Whitty a admis que les confinements exacerbaient l’obésité infantile. La proportion d’enfants qui commencent l’école avec un problème de poids a augmenté d’un cinquième depuis la pandémie.

[Pour le Québec, voir Des retards scolaires qui atteignent le « jamais vu » suite à la politique de confinement.]

Les premières indications suggèrent que les enfants suédois, en revanche, ont été épargnés. Selon une nouvelle étude publiée dans l’International Journal of Educational Research, la proportion d’élèves ayant de faibles compétences en lecture n’y a pas augmenté pendant la pandémie, et les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés n’y ont pas souffert de manière disproportionnée. Bien sûr, chaque étude particulière doit être prise avec un grain de sel : si les politiciens et les décideurs du monde avaient tenu compte de ce principe en mars 2020, cela aurait épargné au monde beaucoup de souffrances.

Quel prix la Suède a-t-elle payé pour la santé de ses enfants ? Étrangement, dans le pays qui a servi de groupe témoin pendant la pandémie, les décès ont non seulement été bien inférieurs aux prévisions, mais inférieurs à ceux de la plupart des autres pays comparables. Selon les derniers chiffres de l’OMS, la Suède avait un taux de mortalité excédentaire moyen en 2020 et 2021 de 56 pour 100 000 — inférieur à une grande partie de l’Europe et inférieur à la moyenne mondiale. Le chiffre correspondant est de 109 au Royaume-Uni, 111 en Espagne, 116 en Allemagne et 133 en Italie.

Au cours des dernières semaines, les médias sociaux bruissent au sujet de plans de l’OMS pour un « traité pandémique ». Beaucoup pensent que cela permettra à l’OMS d’abroger les lois nationales et d’imposer des confinements et d’autres restrictions sans le consentement des citoyens. Bien que les préoccupations spécifiques soient en grande partie infondées, cette peur n’est pas difficile à comprendre. Si la Suède avait suivi l’idée reçue mondiale lors de la dernière pandémie, cela aurait pu aboutir à une génération d’enfants suédois traumatisés. Alors que la plupart des sociétés ont évité de remettre en question l’efficacité des fermetures d’écoles et ne peuvent toujours pas avoir de débat raisonné sur les restrictions, en Suède, nous avons tranquillement suivi notre propre chemin. Peut-être que la méthode nordique demeure un modèle, après tout.

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