mardi 10 mars 2026

Hausse de la violence envers le personnel scolaire : un symptôme du bouleversement des écoles québécoises

La hausse des incidents impliquant des élèves et du personnel scolaire au Québec s’inscrit dans un contexte plus large de transformation du système éducatif. Selon les données compilées par les organisations syndicales et relayées dans les médias, les réclamations pour violence envers le personnel scolaire ont augmenté d’environ 77 % entre 2020 et 2023. Les situations rapportées incluent des insultes, de l’intimidation, des menaces et, dans certains cas, des agressions physiques.

Plusieurs épisodes récents ont attiré l’attention du public, notamment des altercations dans ou autour d'écoles de Brossard sur la Rive-Sud de Montréal et des incidents signalés dans des établissements de Repentigny ou chez un dépanneur proche d'une école de Repentigny (ci-dessous). Pris isolément, ces événements restent ponctuels, mais pour de nombreux enseignants ils témoignent d’un climat scolaire plus tendu qu’auparavant.

Une transformation démographique rapide

Ces difficultés apparaissent dans un contexte de changement démographique marqué.

Selon l’Institut de la statistique du Québec et le ministère de l’Éducation :
  • environ 36 % des élèves du Québec sont immigrants ou enfants d’immigrants (première ou deuxième génération) ;
  • dans la région de Montréal, cette proportion dépasse 60 % dans le réseau scolaire francophone ;
  • dans plusieurs établissements urbains, les élèves issus de l’immigration constituent un très grande majorité des cohortes.
Parallèlement, la fécondité des Québécois a fortement diminué. L’indice synthétique de fécondité se situe autour de 1,33 enfant par femme en 2024, bien en dessous du seuil de remplacement des générations (2,1). Une part croissante des nouvelles cohortes scolaires provient donc de l’immigration récente.


Des univers sociaux parfois séparés

Plusieurs recherches en sociologie de l’éducation ont observé que, dans les écoles très diversifiées, les élèves ont tendance à se regrouper par affinités linguistiques, culturelles ou communautaires. Les chercheurs décrivent souvent ce phénomène comme une segmentation sociale informelle : les amitiés et les réseaux d’élèves se structurent fréquemment autour d’origines communes.

Ce phénomène n’implique pas nécessairement de conflit ouvert, mais il peut limiter les interactions entre groupes et réduire la formation d’une culture commune à l’échelle de l’établissement.

Dans certaines écoles montréalaises, des études ont montré que les contacts sociaux entre élèves francophones d’origine et élèves issus de l’immigration restent relativement limités, en particulier dans les milieux où aucun groupe ne constitue une majorité claire.

Une faible intégration culturelle 

Les données disponibles suggèrent également que l’intégration identitaire au Québec se fait de manière variable selon les parcours.

Les enquêtes sur l’identité montrent que :
  • une majorité de francophones se disent d’abord Québécois avant Canadiens ;
  • chez les allophones, l’identification au Canada est souvent plus forte que l’identification au Québec
  • les allophones s'inscrivent en plus grand nombre aux cégeps et universités anglophones ce qui tend à montrer un faible attachement au français (en 2020, les allophones représentaient environ 37 % des effectifs des cégeps anglophones, tandis que les francophones en composaient environ 26,6 % alors la proportion d’allophones dans l’ensemble de la population québécoise était autour de 7,9 % en 2021).
Chez les jeunes issus de l’immigration ayant étudié au Québec, plusieurs recherches indiquent que l’adoption d’une identité québécoise se produit parfois plus tard dans le parcours, notamment au cégep ou à l’université. Dans d’autres cas, l’identité demeure principalement liée à l’origine familiale ou à une identité canadienne plus large.

La question de la culture commune

Un autre élément souvent évoqué par les chercheurs concerne la consommation culturelle des jeunes. L’univers médiatique des adolescents est aujourd’hui largement internationalisé et dominé par la culture anglophone nord-américaine. Dans ce contexte, la culture québécoise joue parfois un rôle limité dans les références culturelles quotidiennes des élèves, en particulier dans les milieux très diversifiés.

Un angle encore peu étudié (tabou ?)

Certains enseignants et intervenants scolaires affirment également entendre, dans des situations de conflit ou de provocation, des propos exprimant une distance ou un rejet de la culture québécoise.

Cependant, ces perceptions reposent pour l'instant surtout sur des témoignages individuels. À ce jour, il existe peu d’enquêtes systématiques mesurant directement les attitudes des élèves envers la culture québécoise, leurs enseignants ou les institutions francophones. Dans quelle proportion considèrent-ils, par exemple, que l'école québécoise et le français sont des options inférieures ? Y a-t-il une forme de mépris pour la culture d'accueil qui est non seulement minoritaire en Amérique du Nord, mais considérée comme décadente ? 

La question reste empiriquement peu documentée, non parce qu’elle serait impossible à étudier, mais parce que les données quantitatives sur ces perceptions sont encore limitées, peut-être parce qu'il s'agit de sujets sensibles pour une société qui croit dans l'assimilation facile de toute immigration.

Le progressisme enseigné à l'école sape-t-il le respect envers les éducateurs ?

Plusieurs études, dont celles menées par le groupe militant LGBTQ GRIS‑Montréal et analysées par le politologue de gauche Francis Dupuis‑Déri (UQAM), montrent une augmentation du malaise des élèves face aux contenus liés à la diversité sexuelle et de genre entre 2017 et 2024. Par exemple, la proportion d’élèves se disant inconfortables avec l’orientation sexuelle d’un ami homosexuel est passée de 25 % à 40 %, et pour l’homoparentalité, de 10 % à 24 % sur la même période. Ces attitudes, principalement observées chez les jeunes issus de familles religieusement pratiquantes (lesquels sont issus très majoritairement de l'immigration), ont un effet indirect sur la perception de l’autorité et de la légitimité de l’école.

Dans la pratique, cela se traduit par des incidents de contestation ponctuels, tels que le refus de participation ou les moqueries envers les enseignants, signalés récemment dans des écoles de la Rive-Sud, de Brossard à Repentigny. Bien que minoritaires, ces comportements mettent en évidence que certains élèves perçoivent l’école québécoise comme un système en décalage avec leurs valeurs, ce qui peut fragiliser le respect des enseignants et des administrateurs. 
 
 
 
Le programme scolaire ECR (récemment aboli) a-t-il miné l'intégration ?

On se rappellera que l'État québécois a imposé le cours d'Éthique et de culture religieuse dont le but était précisément le vivre-ensemble, l'ouverture à la différence, célébrer la diversité (y compris des formes familiales). On peut se demander si son effet majeur n'aura pas été de dire que les Québécois ne pouvaient imposer leur culture aux arrivants, que toutes les religions et croyances se valaient.

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