mercredi 13 juillet 2022

L’Europe de l'Est en proie à une démographie en chute libre

L’ampleur de l’émigration, conjuguée à la faiblesse de la natalité, pourrait vider de leurs habitants certaines régions de Bulgarie, de Lettonie, de Lituanie, de Serbie et d’Ukraine d’ici à 2050.

L’Europe centrale et orientale a de quoi s’inquiéter. Parmi la soixantaine de pays amenés à voir leur population décroître significativement (1 % ou plus), d’ici à 2050, figurent la Russie, l’Allemagne, la Corée du Sud et Cuba. Mais c’est l’ancien bloc soviétique qui perdra le plus, d’après les dernières projections de l’ONU.

Sur cette photo, prise le 23 janvier 2020, une vieille carte postale montre à quoi ressemblait le village de Blagojev Kamen, en Serbie, il y a cinquante ans. Des villages presque vides, aux maisons abandonnées et délabrées, sont désormais visibles dans toute la Serbie

[L'Europe occidentale vide l'Europe de l'Est sauf la Russie]

La chute s’annonce supérieure à 20 % à l’horizon de trente ans en Bulgarie, en Lettonie, en Lituanie, en Serbie et en Ukraine. Pour cette dernière, il ne s’agit pas d’une nouveauté, même si la guerre déclenchée le 24 février par la Russie a considérablement aggravé la situation préexistante. Fin mai, le conflit en cours avait donné lieu au déplacement de 13 millions de personnes, dont 6,8 millions de réfugiés partis à l’étranger.

L’Ukraine approchait les 52 millions d’habitants au début des années 1990, n’en comptait plus que 43 millions en 2021 et pourrait passer sous la barre des 33 millions en 2050. À l’instar de ses voisins, elle souffre de deux maux chroniques : une natalité faible et une émigration forte. « Tous les pays d’Europe de l’Est, ou presque, ont connu des niveaux de fécondité faibles, environ 1,5 naissance par femme ou moins, depuis vingt ou trente ans », explique-t-on au siège des Nations unies, à New York. Loin, donc, du seuil de remplacement (2,1 naissances par femme) pouvant garantir le renouvellement des générations.

Un ancien blason yougoslave visible sur un bâtiment scolaire abandonné dans le village de Blagojev Kamen, en Serbie, le 23 janvier 2020.

 

« Fécondité très basse »

Par ailleurs, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, la différence entre les entrées (immigration) et les sorties (émigration) n’a cessé d’augmenter, du fait d’une hémorragie de la jeunesse. La Bulgarie, passée de 9 millions d’habitants dans les années 1990, à 6,8 millions en 2022, pourrait ne plus en compter que 5,2 millions en 2050. La Serbie, elle, comptait 8 millions d’habitants à l’effondrement du rideau de fer. Elle en a actuellement 7,2 millions et pourrait tomber à 5,8 millions dans trente ans. 

[Pays baltes]

Sur la même période, la population de la Lituanie pourrait dégringoler de 3,8 millions à 2,2 millions, celle de la Lettonie de 2,7 millions à 1,4 million. [Une certaine portion de cette population sont des Russes qui ont fui des politiques antirusses dans les pays baltes. En 2017, il y avait environ 1 million de Russes de souche dans les trois pays baltes, après atteint environ 1,7 million en 1989, l'année du dernier recensement à l'époque soviétique. En 2009, plus de 15 % des habitants de la Lettonie étaient des non-citoyens, en majorité des russophones ne parlant pas, ou pas assez bien, le lette, et c'est également le cas des russes « non-citoyens d'Estonie » privés de leurs droits civiques et apatrides puisque leur pays d'origine, l'Union soviétique, a disparu.]

« Les jeunes partent et, chez ceux qui restent, la fécondité s’avère très basse. La question est de savoir si ce phénomène va durer ou non », analyse Gilles Pison, conseiller scientifique à l’Institut national d’études démographiques (INED). Ce dernier met néanmoins en garde. 

[La fécondité de la Pologne est légèrement remontée]

« Les choses peuvent vite s’inverser, comme on l’a vu en Pologne. Avec son entrée dans l’Union européenne en 2004, ce pays a connu une émigration importante, tandis que la fécondité était très basse à l’époque, à 1,22 enfant par femme, rappelle M. Pison. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La Pologne redevient un pays attractif, pour les Russes et les Ukrainiens notamment, tandis que le taux de fécondité est remonté » à 1,46 enfant par femme en 2022 et pourrait atteindre 1,56 en 2050.

La Bulgarie s’interroge sur son sort. Alors que « plus des deux tiers » de son territoire seront des déserts démographiques en 2040, selon une étude de l’Académie des sciences bulgares datant de l’été 2021, elle considère faire « partie des 10 % des pays au monde ayant les conditions de vie naturelles les plus favorables », si bien que le changement climatique et la surpopulation dans le monde pourraient faire du territoire bulgare « un lieu de vie de plus en plus attrayant ».

En attendant, le déclin est bien là. Les données de l’ONU corroborent ce que pointaient les démographes Agnieszka Fihel et Marek Okolski dans une étude parue en 2019 dans le bulletin d’information scientifique de l’INED, Population & Sociétés. Dans toute l’Europe de l’Est, précisaient ces deux experts polonais, « le solde migratoire, facteur principal, est responsable des trois quarts de la baisse (73 %), et le solde naturel d’un quart (27 %) ». En Estonie, en Lettonie et en Lituanie, relevait en 2021 Céline Bayou, spécialiste des pays baltes au Quai d’Orsay, dans la revue Nordiques, la population est confrontée à « l’angoisse de la disparition ».

Source : Le Monde

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mardi 12 juillet 2022

Prof de droit de Berkeley en Californie : dire que seules les femmes sont « capables de grossesse » est transphobe

Khiara M. Bridges, une professeure de droit de Berkeley (Californie) dit au sénateur Hawley du Missouri qu’il est transphobe pour avoir dit que seules les femmes peuvent tomber enceintes. Khiara M. Bridges a écrit de nombreux articles concernant la race, la classe, les droits reproductifs et l’intersection des trois.

Maintenir que seules les femmes peuvent tomber enceintes serait, selon elle, ouvrir la voie à la violence.

D’aucuns pourraient se demander comment cette femme est professeur de droit. Son ton est celui d’une institutrice autoritaire, d’une maîtresse d’école intolérante. Elle devrait être une source d’embarras pour l’université qui l’emploie.


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Qu'est-ce que le wokisme ? Décryptage d'un phénomène mondial (voir la période des questions à la fin)  
 

La lecture s’assèche avec la surconnexion aux écrans et aux réseaux sociaux

Les jeunes lisent de manière très « fractionnée » en raison d’un manque d’attention. Le portable cannibalise le livre.

« Tout commence dès le plus jeune âge avec la lecture du soir ou même l’écoute d’un livre audio pour apprendre à aimer lire en grandissant », Régine Hatchondo, présidente du centre national du livre.


Quelle est la durée d’attention d’un poisson rouge ? 8 secondes. Et celle d’un millénarial, cet individu « né [dans les années 1980 et 1990] avec la connexion permanente et avec un écran tactile » ? 10 minutes ? 50 secondes ? Non : 9 secondes. C’est ce que les superordinateurs de Google sont parvenus à estimer. Un chiffre édifiant que Bruno Patino a choisi pour ouvrir son excellent essai La Civilisation du poisson rouge, suivi de Tempête dans le bocal (Grasset). 
 
Comme eux, les zennials (nés entre 1998 et 2003), mais aussi tous ceux qui ont succombé à la surconnexion, « nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés ». Prises entre deux eaux de courriels et de brèves, les jeunes générations lisent-elles encore de « vrais » livres ?

D’abord, les jeunes aiment lire. Dans sa dernière étude sur les pratiques des jeunes et la lecture, parue en début d’année, le Centre national du livre (CNL) révèle que les 7-25 ans sont 84 % à aimer cette activité. Régine Hatchondo, présidente du CNL, confirme : « Le livre a bonne réputation. » Les trois quarts des 7-19 ans interrogés lisent majoritairement de la BD, des mangas et des comics. Des ouvrages qui ont leurs auteurs cultes et amènent souvent les lecteurs vers d’autres univers et cultures. Le manga s’envole quand le roman, lui, perd 11 % de lecteurs en six ans. Ce qui soulève cette question : tous les livres se valent-ils ? Y a-t-il des formes culturelles plus nobles que les autres ?

Il y a un mois de cela, la question de la lecture chez les jeunes a fait grand bruit. D’abord, au bac pro, le mot « ludique » dans un texte de Leïla Slimani a été jugé « trop compliqué » par certains lycéens. Idem avec un extrait de Jours de colère de Sylvie Germain, « trop difficile » à analyser. Après cela, l’auteur a été victime de cyberharcèlement et de menaces de mort. Un phénomène aberrant, mais qui n’est pas nouveau. Andrée Chédid en avait fait les frais, Laurent Gaudé aussi et même Victor Hugo, « ce bel enfoiré avec son Crépuscule à la con » ! Leur crime ? Trop bien écrire.


Pour Régine Hatchondo, ce problème de compréhension et de vocabulaire est à lier « avec la baisse du goût pour la littérature ». C’est donc le serpent qui se mord la queue : sans littérature, pas de vocabulaire, et sans vocabulaire, pas de littérature. Alors, comment expliquer ce long déclin du roman chez les jeunes ? D’abord, un changement de paradigme. « Ce n’est plus sur les humanités, mais sur les maths qu’on sélectionne l’élève, relève avec justesse Sylvie Octobre, sociologue au ministère de la Culture. Ces nouvelles valeurs transforment le rapport qu’on a à la littérature. » Ensuite, un changement d’époque. Irène Frain, auteur de 40 romans, prix Interallié en 2020, a été professeur pendant quinze ans. Pour elle, le coupable est très clair : le portable. « Hier, les parents se battaient avec la télévision, aujourd’hui, avec les écrans. »

Deux chiffres : les jeunes passent 3 h 14 à lire par semaine contre 3 h 50 par jour… sur un écran. Le portable cannibalise le livre. Et quand bien même les lecteurs prennent le temps de lire, ils sont 47 % à faire autre chose durant cette activité (aller sur les réseaux sociaux, regarder des vidéos). En vérité, le problème n’est pas tant « est-ce que les jeunes lisent ? » que « ont-ils le temps ? ». Les jeunes lisent, oui : 5 % de plus qu’il y a six ans, selon l’étude du CNL qui établit à 83 % les 7-19 ans qui s’adonnent à la lecture dans le cadre des loisirs. Mais ils le font de manière très « fractionnée » en raison d’un manque d’attention. Le temps s’est accéléré et raccourci. Ce qui ne devrait pas aller en s’arrangeant. 

Bruno Patino le résume très bien : « Notre temps est devenu un enjeu économique central. » Avec la surconnexion et les fils inextinguibles d’Instagram, internet ressemble à s’y méprendre au tonneau des danaïdes tandis que les géants du numérique ne cessent de « nourrir, en permanence, l’esprit d’utilisateurs qui passent à autre chose avant même d’avoir commencé à faire quelque chose », observe Bruno Patino. Pour rivaliser avec les séries, la tendance est à construire des livres sur le même modèle : chapitres très courts, effet de suspense en rafale… Mais, même là, le roman demande du temps. Surtout quand le téléphone sonne.

Bruno Patino cite Neil Postman qui, dans Se distraire à en mourir (1985), opposait les récits d’Orwell et de Huxley, 1984 et Le Meilleur des mondes, pour conclure à l’actualité de ce dernier. « 1984 décrivait un monde où les livres sont interdits, où la vérité est dissimulée, et la contrainte imposée par la violence. Huxley, quant à lui, annonçait une civilisation séduite, gavée par un torrent de contenus, rendue esclave et comme somnambule par le plaisir qu’elle s’inflige. » Dans cette dystopie, « il n’y a plus de raison d’interdire un livre, car plus personne ne veut en lire ». Bruno Patino le constate : « Nous en sommes là, noyés dans des contenus indifférenciés. »

Outre que cette surexposition aux écrans aseptise le temps, elle pose un problème de santé publique. Ainsi que le rappelle Irène Frain, une étude menée par des chercheurs de Yale montre que la lecture permettrait de gagner deux ans de vie. De quoi s’inquiéter pour l’avenir des enfants… Selon l’observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité, pendant le confinement, les moins de 6 ans ont passé 60 % de temps de plus sur les écrans, les enfants, 62 %, les adolescents, 69 %. Comment inverser cette tendance ? Pour Régine Hatchondo, « tout commence dès le plus jeune âge avec la lecture du soir ou même l’écoute d’un livre audio pour apprendre à aimer lire en grandissant ». Pour elle, « 92 % se souviennent du plaisir qu’ils avaient à écouter leur mère leur raconter des livres ».

La vraie vie retrouvée serait-elle donc la littérature ? Outre la perspective de bonnes notes, l’enrichissement du vocabulaire, l’envie de faire plaisir à ses parents, la lecture permet de retrouver de la nuance et de revenir à l’essentiel. « Sans roman, les lycéens se privent de ce qu’il y a de plus profond en eux, ce lac de beauté qui permet d’ouvrir l’esprit à une autre approche du monde, souligne Irène Frain. On peut avoir la tête tournée vers les étoiles, mais, sans romans, on est sans racines. » Le roman développe « l’imagination, abonde Régine Hatchondo, il permet de découvrir et de respecter l’altérité, de se révéler à soi-même : de construire notre humanité ». Il ralentit aussi le temps, car « il permet de se débrancher des écrans », ajoute Sylvie Octobre. C’est donc la possibilité d’une île, d’un refuge que promet le livre. Ou comme l’écrit Bruno Patino : « Paul Valéry annonçait un futur où, pour être libre, il faudrait construire des cloîtres isolés où les ondes n’entreraient pas, pour y mépriser les effets de masse, de nouveauté et de crédulité. La prophétie de l’écrivain est devenue une nécessité de civilisation ». Or, dans une société de facilité et de paresse assistée, sommes-nous prêts à faire des efforts ? Ouvre-t-on un dictionnaire sitôt qu’un mot de Victor Hugo paraît compliqué ? « Même si l’écran a été omniprésent durant la pandémie, des actions ont été entreprises pour redonner du temps aux livres », rétorque Patino. Pensons au Festival Partir en livre, aux Petits champions de la lecture, au Festival du livre de Paris… Le livre n’a pas dit son dernier mot.

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lundi 11 juillet 2022

Faut-il encore avoir peur de la Covid ?

La France connaît une septième vague de contaminations, mais l’exécutif a renoncé à restreindre à nouveau les libertés. L’arrivée du variant Omicron, moins létal, n’est pas la seule explication. Le Figaro Magazine se penche sur le sujet. Extrait.

Les restrictions de libertés ont suscité beaucoup moins de protestations chez nous que chez nos homologues européens, avec des manifestations certes récurrentes, mais de peu d’ampleur comparées aux mobilisations à Berlin, Bruxelles ou Copenhague. Le « Gaulois réfractaire » ne l’a pas été tant que ça, du moins jusqu’au passe [passeport/laissez-passer] vaccinal, soumis aux parlementaires pour adoption alors que les données sur la très faible efficacité du vaccin contre la transmission du virus commençaient à circuler. 
 
« Il y aurait eu un vrai risque politique à poursuivre avec le passe », estime l’épidémiologiste Martin Blachier, qui l’a combattu. Pour lui, « Olivier Véran a commis une erreur de lecture des courbes en voulant l’imposer ». « C’est une faute grave qui va laisser des traces pendant des années, regrette-t-il. Le passe vaccinal est devenu le point Godwin des discussions sur le virus. Il a alimenté le complotisme parce que c’était pire qu’une obligation, une obligation déguisée. » Olivier Véran n’est plus ministre de la Santé, mais porte-parole du gouvernement, après un passage éclair aux Relations avec le Parlement. Martin Blachier espère désormais que « l’exécutif réparera la décision brutale prise contre les soignants non vaccinés, comme promis par Emmanuel Macron ». 
 
Le chef de l’État avait déclaré le 2 juin à Marseille : « Dès que le Conseil scientifique dira qu’on est en phase endémique, on pourra réintégrer les soignants non vaccinés. ». Mais mardi, le nouveau ministre de la Santé François Braun a dit que ce n’était « pas d’actualité ». Voilà qui promet lors du débat parlementaire !

LA PROPAGATION DU VIRUS N’EST PLUS LE BON SIGNAL

L’épidémiologiste a écrit un livre passionnant sur l’histoire de la pandémie, vue de l’intérieur (1). Il y raconte comment les mandarins et la technostructure qui gouvernent notre système de santé publique ont confisqué le pouvoir pendant la crise, avec la complicité parfois active de certains politiques.

Aujourd’hui, il se félicite que « l’obligation vaccinale ait été remplacée par le ciblage des campagnes sur les personnes vulnérables » et qu’on en ait « fini avec l’idée folle du contrôle de la circulation virale ».

« Omicron a changé la donne, explique-t-il, en supprimant quasiment le risque de débordement de notre système de santé. Chaque Français aura été infecté en moyenne 1,2 fois en 2022. On est dans le “vivre avec”. » Est-ce cette fois-ci la fin du précautionnisme sanitaire extrême ? « Il y a un relatif consensus autour de l’usage facultatif du masque dans les espaces clos et la nécessité des gestes barrières, mais les experts admettent enfin que le confinement ne sert à rien et que le passe sanitaire porte atteinte à la liberté », résume le docteur Alice Desbiolles, médecin en santé publique et épidémiologiste, auteur d’un livre récent sur l’éco-anxiété (2).

Comme Martin Blachier, elle considère que les tests remboursés par la Sécurité sociale donnent un mauvais signal. « Il faut arrêter de tester, car les indicateurs de contagions ne sont plus pertinents et être infecté n’est pas grave en soi. Trop de gens les utilisent pour dramatiser la menace, nous dit-elle.

Les seules données intéressantes sont celles qui mesurent le nombre de Covid graves et d’hospitalisations. Encore faut-il s’assurer qu’elles sont fiables. On sait aujourd’hui que la moitié des patients qu’on hospitalise avec le Covid ont en réalité une autre pathologie qui est la cause de leur hospitalisation. Lors des premières vagues, les chiffres, souvent masqués, indiquaient qu’un tiers des patients mouraient avec le Covid, mais pas du Covid. »

LE VACCIN POUR LES PLUS VULNÉRABLES

Le docteur Michaël Peyromaure, chef du service d’urologie à Cochin (Paris), tire de son côté la sonnette d’alarme sur les conséquences néfastes de l’obligation faite aux médecins de ne pas opérer un patient qui répond positif au test du Covid. « Cela peut entraîner de graves complications pour certains malades qui devront attendre l’expiration du délai légal de six semaines, s’inquiète-t-il, alors qu’opérer un malade qui a le Covid ne fait pas courir un grand risque de contagion. C’est comme si on refusait d’opérer un patient porteur du virus du sida au motif qu’il y a un risque de transmission. »

Le bilan exhaustif des campagnes de vaccination n’a pas encore été fait, mais de plus en plus de chercheurs et de médecins jugent sévèrement la doctrine du vaccin pour tous. On sait que les vaccins ont empêché des formes graves chez des patients à risque, mais il est désormais établi qu’ils n’ont pas arrêté la transmission du virus contrairement à ce qui a été martelé au début. Le « vaccin altruiste » n’a pas servi à grand-chose.

« C’est une stratégie qui a été très coûteuse et qui a produit des effets indésirables sur certains sujets (1/1 000), comme les complications cardiovasculaires, troubles menstruels et de la fertilité, asthmes. Il aura fallu tout ce temps pour conclure que la bonne stratégie vaccinale est la vaccination ciblée des populations à risque et bien sûr de ceux qui le souhaitent, comme on le fait pour la grippe », se désole Alice Desbiolles. Les Français ont entendu pendant deux ans que la décision médicale était justifiée si elle comportait plus de bénéfices que de risques.

Le choix du vaccin pour tous ne comportait pas seulement un coût économique, mais aussi des inconvénients qui ont été sous-estimés. Mais la pandémie a fait oublier les règles anciennes en matière de virologie, quand un vaccin devait répondre, avant qu’il ne soit administré à toute la population, à des critères beaucoup plus rigoureux. Ils devaient être 100 % efficaces contre la maladie et contre sa transmission, et sans aucun effet indésirable. Plusieurs épidémiologistes soulignent qu’un Didier Raoult a eu raison de dire qu’un vaccin qui se focalise sur une seule protéine est voué à perdre son efficacité, car les souches mutent. Ils pointent les études allemandes et danoises sur des cohortes de patients vaccinés qui ont relevé que les multivaccinés étaient plus susceptibles d’attraper le Covid. C’est aussi pour cette raison qu’Alice Desbiolles insiste sur l’importance du consentement du patient au remède, un des piliers de la médecine. « Les limites à la liberté de circulation ont eu des effets très négatifs sur le bien-être des Français, sur l’économie, sur l’éducation, sur la santé mentale des enfants : on aurait tort de commettre à nouveau les mêmes erreurs », alerte-t-elle.

LA STRATÉGIE SUÉDOISE VALIDÉE

Le risque existe-t-il ? Du point de vue épidémique, la situation semble sous contrôle. « Nous sommes dans une période où l’alternance des refroidissements et des coups de chaleur provoque des infections mineures qui sont une porte d’entrée pour le dernier variant du Covid en circulation, mais il n’y a aucune raison d’en faire plus de cas que d’une grippe », affirme l’épidémiologiste Laurent Toubiana. Ce chercheur à l’INSERM a décrit son expérience dans Covid-19. Une autre vision de l’épidémie (L’Artilleur). Comme la plupart de ses collègues, il prévoit que « les infections seront en recrudescence en septembre, quand les enfants retourneront à l’école », mais contrairement aux plus « alarmistes » d’entre eux, il espère que ce ne sera pas le prétexte à un retour du passe vaccinal. Même si, selon lui, rien n’est à exclure, car « les grandes institutions préfèrent la politique de la peur à celle de la responsabilité individuelle ».

Entre l’enfermement chinois et l’inconséquence brésilienne, dans de nombreux pays, la politique l’a emporté sur le bon sens sanitaire. Au sein de l’Union européenne, la Suède (voir graphiques ci-contre) a été montrée du doigt pour son « laxisme » par ses voisins plus « enfermistes ». Le port du masque et la distanciation sociale y ont été conseillés, mais jamais imposés. Et il n’y a eu a fortiori ni confinement ni couvre-feu. « On peut comparer les résultats de la France et de la Suède parce que les dynamiques épidémiques y sont très proches, estime Martin Blachier, même s’il faut tenir compte des contextes particuliers à chaque pays : la Suède est un pays peu dense, où l’épidémie est arrivée tardivement, etc. Au départ, elle était plus mal partie que la France, essentiellement parce qu’elle avait mal pris en compte la vulnérabilité des personnes très âgées, mais elle a corrigé le tir. En revanche, en termes de perte de PIB, de ralentissement de la croissance, de dégâts économiques, sociaux et de troubles psychiques — les consultations chez les psys ont été multipliées par deux —, le bilan de la pandémie en France est beaucoup plus lourd qu’en Suède. »

(1) Méga-gâchis. Histoire secrète de la pandémie, Cerf.

(2) L’éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé, Fayard.

Voir aussi 

Université Laval suspend DEUX professeurs scientifiques pour leur désaccord avec la pensée dominante (de l'époque)

Les vaccins à ARNm Covid sont-ils sûrs ? 

Covid-19 — A-t-on donné le mauvais type de vaccins ? (m à j, autre étude)

Étude — Aucune perte d'apprentissage en lecture parmi les élèves en Suède pendant la pandémie

Covid : le parallèle d'Eric Caumes avec l'épidémie de coronavirus de 1890

L'infectiologue Éric Caumes auditionné devant le Sénat français rappelle que l'immunité naturelle quasi toujours meilleure que l'immunité vaccinale

Extrait plus long de cette audition

dimanche 10 juillet 2022

Transphobie ? Couple homo poursuit une clinique après avoir demandé un embryon mâle mais avoir reçu une petite fille

Un couple homosexuel poursuit en justice une clinique de fertilité californienne après avoir demandé un embryon mâle mais a fini par avoir une petite fille.

Selon CBSNews, Albert et Anthony Saniger étaient déterminés à être deux pères de deux fils. Avant que le couple ne se « marie » en 2013, ils avaient déjà choisi les noms de leurs futurs enfants et même créé des comptes Gmail pour eux.

Mais cela n'a sûrement nulle importance. Après tout, le sexe n'est qu'« attribué à la naissance », non ? Donc, tout ce que ce couple doit faire, c'est demander à une autre infirmière dans la salle d'accouchement de déclarer que le bébé est un garçon et le tour est joué. C'est comme ça que ça marche, non ? À moins d'être essentialiste et peut-être même transphobe...

Muhammad serait le prénom le plus populaire pour les nouveau-nés en 2022 en Grande-Bretagne alors que le taux de natalité baisse

Muhammad serait le prénom le plus populaire en Grande-Bretagne jusqu’à ce jour en 2022 parmi les nouveau-nés. La liste des 100 meilleurs prénoms pour bébés garçons et filles a été publiée par BabyCenter. Noah est arrivé deuxième sur la liste des garçons, suivi de près par Jack, Theo, Leo, Oliver et George. Tandis qu’Ethan, Oscar et Arthur complètent le palmarès des 10 prénoms les plus populaires.

Parmi les autres prénoms de garçons à figurer dans le top 100 figurent Ali, Jaxon, Arlo, Abdullah, Hunter et Zion.


 

On apprend par ailleurs que le taux de natalité en Grande-Bretagne est en baisse.

Selon les derniers résultats du recensement pour l’Angleterre et le Pays de Galles, la population augmente, mais à un rythme beaucoup plus lent, principalement à cause des nouveaux immigrants.

Les naissances de 2020 ont chuté de 4,1 % par rapport aux niveaux de 2019, selon l’Office for National Statistics, qui a averti que les chiffres pour 2020 ont été affectés par des retards dans les enregistrements dus à la pandémie de Covid.

Il y a eu 613 936 naissances vivantes en Angleterre et au Pays de Galles en 2020 tandis que le taux de fécondité a chuté à un niveau record, tombant à 1,58 enfant par femme, a ajouté l’ONS.

L’indice synthétique de fécondité (TRF) a diminué dans tous les groupes d’âge pour la quatrième année consécutive, avec 3,8 mortinaissances pour 1 000 naissances totales en 2020.

Un rapport du Center for Population Change a averti en mars que les taux de natalité chutaient déjà à des « niveaux historiquement bas » avant que la pandémie ne frappe l’année précédente.

Il a déclaré qu’il s’attend à de nouvelles baisses « au cours des trois prochaines années ».

L'Office for National Statistics nous apprend également que près de 30% des enfants nés en 2020 en Angleterre et aux Pays de Galles n’appartiennent pas aux groupes ethniques « blanc britannique » et « autre blanc ».

En 2021, l’Angleterre et le Pays de Galles ont connu 625 008 naissances vivantes, soit une augmentation de 1,5 % par rapport aux 615 557 naissances vivantes en 2020, mais toujours bien en deçà du nombre de 2019 ; 2021 reste conforme à la tendance à long terme de diminution des naissances vivantes observée avant la pandémie de coronavirus (COVID-19).

Sources : The Independent et ONS


samedi 9 juillet 2022

Français, que fait l'école québécoise ?

À la suite de la panne généralisée du réseau Rogers, de nombreux moyens de paiement électroniques ne fonctionnaient plus ce vendredi au Québec. Affichette explicative au poste d'essence Shell de Rawdon
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Près de 50% des médecins formés (en anglais) à McGill quittent le Québec

CTV nous apprend que :

Deux jeunes médecins urgentistes, élevés et formés à Montréal, quittent leur emploi après seulement deux ans pour retourner à Toronto — et ils disent que le modèle de soins de santé québécois et le projet de loi 96 sont à blâmer.

Les médecins, qui travaillent à l’Hôpital général juif, retournent en Ontario, un déménagement qu’ils ont déjà fait auparavant — mais cette fois, ils disent qu’ils ne s’attendent pas à rentrer chez eux de si tôt.

[…]

Le projet de loi 96 plafonne les niveaux d’inscription dans les cégeps de langue anglaise et devrait rendre l’accès aux collèges de plus en plus difficile pour les étudiants francophones et allophones, car leur croissance sera stoppée au niveau de 2019.

Compte tenu des restrictions, le couple veut s’assurer que leurs enfants ne passent pas toutes leurs jeunes années à étudier en français dans une province qui pourrait, plus tard, claquer la porte à leur réussite future.

« Ils gèlent les inscriptions au cégep anglophone et accordent la priorité aux étudiants venant des écoles anglophones — et c’est maintenant », a déclaré Denissova. « Qu’est-ce que ça va être dans 10 à 15 ans ? »

La seule solution serait d’envoyer les garçons dans des écoles privées anglaises à Montréal qui offrent une option de 12e année, afin qu’ils puissent complètement contourner le cégep et obtenir un diplôme d’études secondaires de l’Ontario [pour ensuite s’inscrire dans une université anglaise].

Mais alors, leur maîtrise du français pourrait en prendre un coup, ont noté les deux hommes. Ils disent qu’ils sont dans un piège à moins qu’ils ne quittent le Québec.

[…]

La nouvelle loi linguistique du Québec, communément appelée la loi 96, a scellé l’affaire pour eux.

Les médecins n’ont aucun mal à communiquer avec les patients en français ou en anglais. Ils sont trilingues : Denissova parle aussi le russe, Stasiak parle le polonais.

Les docteurs Philip Stasiak et Daria Denissova, deux immigrants allophones assimilés à l’anglais, avec leur fils aîné, quittent le Québec pour l’Ontario afin que leurs enfants puissent être éduqués et vivre en anglais
 

S’agit-il de médecins « bilingues » comme ceux qui ne parlaient qu’anglais à l’animatrice Sophie Durocher ? L’animatrice Sophie Durocher s’était en effet indignée qu’un hôpital de Montréal soit incapable de servir en français. Hospitalisée d’urgence, l’animatrice Sophie Durocher a été incapable de se faire soigner en français à l’Hôpital général juif de Montréal, le même hôpital que Mme Denissova et M. Stasiak.... Les deux chirurgiennes et le résident étaient unilingues anglophones.


Sophie Durocher n’est pas la seule à ne pas se faire servir en français dans des hôpitaux publics du Québec.

Pourquoi le Québec forme-t-il des médecins en anglais ? Pour les voir partir ?
 
Reprenons quelques extraits d’un article très intéressant de Frédéric Lacroix sur la question dans un article intitulé : L’Art d’obtenir un médecin pour le prix de deux.
 
La formation d’un médecin peut être grossièrement divisée en deux phases. La première, le diplôme de doctorat en médecine (le MD), est commune à tous les médecins. Des quotas stricts sont imposés aux universités quant au nombre d’étudiants québécois, canadiens et étrangers qui peuvent être admis annuellement dans chacune des facultés. Le tableau 2 montre la répartition des places d’études dans les facultés de médecine du Québec.


La deuxième phase, qu’on peut considérer comme la spécialisation du médecin, « le post-MD », est d’une durée variable et peut avoir lieu dans une université autre que celle qui a décerné le diplôme MD. La proportion de places d’études pour les résidents hors-Québec n’est pas réglementée au post-MD.

Départs après le diplôme MD

Donc, dès l’obtention de leur doctorat (le MD), certains étudiants iront poursuivre leurs études ailleurs qu’au Québec. Le graphique 1 montre la proportion de départs selon l’université au Québec :


On voit clairement que l’exode après le diplôme MD est un phénomène presque exclusivement mcgillois et que cette tendance est très marquée. Rappelons que la proportion d’étudiants étrangers au MD est relativement faible (sous la barre des 15 %) et que, par conséquent, l’exode mcgillois après le MD est largement imputable aux étudiants québécois. Le tableau 3 résume les données du premier graphique.


Afin de compenser cet exode, l’université McGill doit recruter massivement dans le Canada anglais et à l’étranger des médecins qui viendront compléter leur post-MD au sein du MUHC. Nous verrons plus bas que ceux-ci n’ont pas tendance à s’installer au Québec une fois leurs études terminées.

Départs après la formation post-MD

Une fois leur spécialisation complétée, les nouveaux médecins doivent décider de leur lieu de pratique. Ont-ils plus tendance à s’installer au Québec à la fin de leur spécialisation ? Le graphique 2 illustre le nombre de départs 2 ans après la complétion des études post-MD.


Alors que le taux d’exode des universités de langue française oscille entre 5 et 15 %, celui de McGill avoisine encore les 50 %. Lorsqu’on compare le taux d’exode après 2 et 5 ans, on constate que les médecins qui quittent, principalement pour l’Ontario et les États-Unis, ont peu tendance à revenir pratiquer au Québec. Le tableau 4 résume les données du graphique 2.

vendredi 8 juillet 2022

France — L’inquiétant niveau de français des bacheliers

Alors que les résultats du baccalauréat étaient publiés mardi en France, enseignants et linguistes alertent sur les lacunes des bacheliers à l’écrit. Une défaillance qui prend racine dès la maternelle.

Avec 86 % de réussite au bac, la promotion 2022 fait un peu moins bien que la précédente. Mais c’est surtout le niveau des candidats à l’écrit qui a frappé les enseignants. Textes — pourtant accessibles — jugés incompréhensibles, copies indigentes, références « philosophiques » empruntées à des influenceurs du web… En plus d’une capacité d’attention affaiblie par le temps passé sur les écrans, leurs carences résultent d’un système éducatif qui, dès l’école, a réduit son niveau d’exigence.

« Ils étaient hommes des forêts. Et les forêts les avaient faits à leur image. À leur puissance, leur solitude, leur dureté. » Début de l’extrait du roman de Sylvie Germain, Jours de colère, prix Femina 1989, proposé au bac de français 2022.

Le commentaire de texte visait à interroger les élèves sur la façon dont neufs [sic, lire neuf] frères, hommes des bois élevés le Morvan, avaient été façonnés par leur environnement. Texte emprunt [resic, lire empreint !] de poésie, au vocabulaire accessible pour des élèves de la voie générale. Les mots « venelles » et « séculaires », d’ailleurs, étaient expliqués en note. Un extrait pourtant jugé incompréhensible par certains candidats qui, sur les réseaux sociaux, se sont répandus en commentaires insultants. Que dit cette polémique du rapport de la jeune génération à la langue française ?

« Il faut se méfier de l’effet grossissant des réseaux sociaux », commence Olivier Barbarant, inspecteur général du groupe Lettres à l’éducation nationale. Des réseaux sociaux où les influenceurs les plus en vue ne débordent pas de références littéraires. « Les lycéens à qui cette épreuve a donné envie de lire le roman de Sylvie Germain ne le diront pas sur Tiktok, poursuit Olivier Barbarant. Il faut cependant s’interroger sur cette minorité et sur ce que l’on a construit avec elle autour de la littérature. »

« Les élèves n’apprennent plus rien à l’école », assène René Chiche, professeur de philosophie à Marseille, vice-président du syndicat Action & Démocratie CFE-CGC. Très actif sur les réseaux sociaux, l’enseignant a publié début juin les extraits d’une copie du bac de philo, à laquelle il a attribué un 5 [sur 20]

« L’etat ne devrait pas decider car l’etat ne conait pas le passer de chacun, elle ne c’est pourquoi cela et arrive », écrit ce candidat au bac général, qui avait choisi le sujet « Revient-il à l’état de décider ce qui est juste ? ». 

« L’une des pires copies parmi les 110 que j’ai corrigées cette année, reconnaît le professeur. Mais il y en avait beaucoup d’autres pas très loin de cela. Une vingtaine était écrite correctement. Seules deux copies faisaient, dans ce sujet lié à l’état, la nécessaire distinction entre droit naturel et droit positif. » Il décrit, en terminale, des élèves qui « ne savent pas tenir un stylo », qui « enchaînent les phrases sans pensée construite » et disent n’avoir jamais fait de dissertation avant. Selon lui, les pratiques d’évaluation poursuivent, en parallèle, une longue fuite en avant, avec un contrôle continu « qui ne permet plus de noter comme par le passé, en vue d’un examen final qui serait le juge de paix » et une harmonisation des notes « à la hausse » qui « prive le professeur de ses prérogatives ». « Autant que je passe le balai dans la cour du lycée », s’emballe-t-il. Il s’insurge contre cette mouvance bienveillante qui va à l’encontre de l’exigence. « On explique que les élèves lisent plus, mais différemment, ou encore qu’ils ne savent pas faire de dissertation, mais parlent anglais et savent naviguer sur internet », ajoute-t-il, dénonçant un « pédagogisme » à l’œuvre depuis les années 1970.

Les exigences littéraires restent pourtant élevées au lycée, où la réforme des programmes, menée sous l’ère Blanquer, a remis en place une approche chronologique et inscrit des œuvres imposées, de Rabelais à Victor Hugo, en passant par Olympe de Gouges et Jean-Luc Lagarce, auteur de Juste la fin du monde. Des programmes qui ont suscité, du reste, une pluie de critiques dans le camp dit « progressiste », qui dénonce une approche très « dix-neuvièmiste ». « Un reproche erroné, même si nous refusons de nous limiter à des textes contemporains », rétorque l’inspecteur général Olivier Barbarant. « Le fait d’imposer des œuvres permet de maintenir une culture commune, poursuit-il. On a parfois l’impression que le français du XIXe siècle est, pour certains élèves, une langue étrangère, comme l’était le français de la Renaissance pour les générations passées. Mais on ne peut accepter l’idée que Balzac ne soit plus lisible. » En parallèle, l’agrégé de lettres relève qu’au collège, les exigences sont « un peu faibles ». Là où le programme préconise d’étudier un récit du XIXe siècle, les enseignants se contentent bien souvent d’une courte nouvelle de Maupassant. La marche vers le lycée est ensuite difficile à franchir.

Mais c’est bien en amont, à l’école primaire, où se forge le lexique et se posent les bases de la syntaxe et de l’orthographe, que se joue la maîtrise de la langue. « La pénurie de vocabulaire programme 10 à 15 % des élèves à l’échec scolaire et l’illettrisme dès la fin de l’école maternelle ! », explique le linguiste Alain Bentolila. Alors que le lexique minimum nécessaire en début de CP [à 6 ans] est estimé à 2000 mots, 20 % des écoliers y arrivent avec moins de 400 mots.  

[Avec la réduction du temps scolaire (de 1338 heures par an au début du XXe siècle à 864 heures aujourd’hui) et la diversification des matières enseignées dont certaines sont de plus en plus idéologiques, le niveau a régulièrement baissé.]

« On n’apprend donc pas à lire de la même manière, et ce quelles que soient les méthodes de lecture », résume le chercheur. Il fait une analogie avec l’analphabétisme programmé des enfants sénégalais, qui apprennent à lire en français à l’école, mais dont la langue maternelle est le wolof. « C’est oublier qu’apprendre à lire, c’est apprendre à lire une langue que l’on connaît déjà », insiste-t-il. Pour le linguiste, la solution est simple. Il faut « changer la maternelle ». « La maîtrise de la langue repose sur le lexique et la syntaxe, ajoute-t-il. Mais l’on a abandonné ces enjeux, sous prétexte que c’est trop difficile pour certains élèves ou trop ennuyeux. » Et l’on arrive à une épreuve de bac français 2022, où des lycéens professionnels ne connaissent pas le sens du mot « ludique », contenu dans l’énoncé.

« C’est en écrivant que l’on apprend à écrire. Et cela, le système français semble l’ignorer », estime Viviane Youx, présidente l’association française pour l’enseignement du français (AFEF), qui pointe une formation des enseignants insuffisante. En CM1 [9-10 ans] et CM2 [10-11 ans], une enquête de l’inspection générale a calculé que sur les 8 heures hebdomadaires de français, seules 48 minutes sont réservées à l’écriture.

Désamour pour la littérature, niveau de maîtrise de la langue fléchissant, difficulté à organiser sa pensée… « Tout cela n’est pas nouveau. Ce qui nous inquiète davantage, c’est que ce constat s’étend à l’université, où les éléments de syntaxe ne sont pas intégrés », ajoute Viviane Youx. La massification de l’enseignement, entamée dans les années 1970, a désormais poussé la porte des universités et des grandes écoles, obligeant ces dernières à instaurer des cours de remise à niveau en français. De 4,4 % en 1947, la part de bacheliers dans une génération est passée à 82,8 % en 2021 ! Entre-temps, ont été créés, aux côtés du baccalauréat général, le bac technologique en 1968, puis le bac professionnel en 1985.

La démocratisation de l’enseignement explique en partie la baisse de niveau. Mais la situation des élèves français est préoccupante, au regard des comparaisons internationales, comme le montrent les études Pisa 2019 ou Pirls 2016. La première montre que la France est championne en matière de déterminisme social. La seconde constate qu’un écolier français lit moins bien que ses camarades européens, exception faite de la Belgique francophone.

Source : Le Figaro

Voir aussi 

France — Les élèves du hors contrat victimes d’une organisation chaotique du bac  

« Ils ont une haine de la langue, de l’effort de réflexion » : Sylvie Germain répond aux lycéens qui la harcèlent  

France — Le Grand oral du bac, l'examen inégalitaire  

Face au mot « ludique », des lycéens en détresse  

France — Les lycées hors contrat s’estiment lésés

 

 

jeudi 7 juillet 2022

Université Laval suspend DEUX professeurs scientifiques pour leur désaccord avec la pensée dominante (de l'époque)

Ce n’est finalement pas un, mais bien deux professeurs de l’Université Laval (UL) qui ont été suspendus pour leurs propos contre les vaccins anti-COVID. Le Soleil a en effet appris qu’en plus du chercheur en biochimie Patrick Provost, le professeur de biologie Nicolas Derome est lui aussi l’objet d’une suspension de huit semaines sans salaire. Les deux ont été sanctionnés pour des raisons très similaires — avoir fait des présentations, à la fin de l’automne dernier, où ils soulevaient de forts doutes sur la vaccination des 5-11 ans contre la COVID-19. Dans les deux cas, les chercheurs contredisaient des consensus scientifiques sur plusieurs aspects de la vaccination : la majorité des comités d’experts mis sur pied par les autorités de santé publique en Occident, à l'exception notable de la Suède, ont conclu que les vaccins anti-COVID avaient plus d’avantages que d’inconvénients pour les enfants. Mais leur suspension soulève d’épineuses questions sur la liberté académique, qui se posent avec encore plus d’acuité maintenant que l’UL a sévi contre deux profs au lieu d’un seul.

[Mise à jour : Notons que le directeur du Conseil national de la santé du Danemark, Søren Brostrøm, a reconnu mercredi sur la chaîne danoise TV2 qu'« avec le recul, nous n'avons pas tiré grand-chose de la vaccination des enfants » et « nous comprenons mieux les choses et nous ne referions pas la même chose aujourd'hui ».]

«C’est une intervention complètement déplacée. Même si je pense qu’il [Patrick Provost] se trompe sur certains points, ce qu’il a dit, il a le droit de le dire. Il y a un virage autoritaire dans certaines universités», a dénoncé lundi (avant que le cas de M. Derome ne devienne public) le sociologue des sciences Yves Gingras, qui a siégé sur la Commission Cloutier au sujet de la liberté académique.


Billet originel du 27 juin 2022

Avant de voir Québecor retirer son dernier texte de tous ses médias, le professeur Patrick Provost (ci-contre) a été suspendu par l’Université Laval pour des propos tenus en décembre 2021 sur la vaccination des enfants. Entrevue avec le principal intéressé.

« Le consensus sur la Covid-19 est politique : il n’a jamais été scientifique ! », tranche le professeur Patrick Provost, qui a appris le 13 juin dernier qu’il avait été suspendu de son institution pour huit semaines et sans salaire. Attendant un moment plus opportun, il en a fait l’annonce la fin de semaine dernière.

Les faits qui lui sont reprochés par l’Université Laval : avoir critiqué le processus de vaccination des enfants contre la Covid-19 dans une conférence qui remonte au 7 décembre 2021. Son point de vue sur le sujet en résumé : les risques associés à la vaccination des plus petits sont plus grands que les bénéfices.

Conférence critiquée

La conférence était organisée par Réinfo Covid Québec, une organisation indépendante dont la mission est d’éclairer le public sur les enjeux qui touchent la récente pandémie et sa gestion. La crédibilité de l’organisation a été remise en cause par des médias comme Radio-Canada.

Pour justifier sa décision, l’Université Laval reproche entre autres à son professeur d’avoir « démontré un biais de confirmation volontaire dans le choix des informations retenues » pour sa conférence, et d’avoir « présenté un grand nombre d’interprétations partiales ».

Une interprétation des faits que rejette en bloc Patrick Provost avec Libre Média. Il y voit le signe d’une régression de la société québécoise en matière de liberté académique et plus globalement de liberté de pensée.

« Je suis très inquiet par la direction que prend notre société », laisse-t-il tomber.

L’Université Laval refuse de commenter l’affaire.

Un chercheur de renommée internationale

Biochimiste de formation, Patrick Provost est professeur au Département de microbiologie, infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval.

Il a développé son expertise en biologie au sein du laboratoire de Bengt Samuelsson, prix Nobel 1982 en physiologie et en médecine.

Depuis vingt ans, il dirige un laboratoire de recherche sur l’ARN et le nombre de ses publications scientifiques révisées par les pairs s’élève à près d’une centaine.

Ses travaux de recherche sur le rôle de l’ARN messager dans l’expression des gènes font partie des 10 découvertes de l’année 2003 par le magazine Québec Science et des cinq découvertes de l’année 2021 par le quotidien Le Soleil.

Autant dire qu’a priori, Patrick Provost semble connaître quelque peu son sujet.

Québecor après l’Université Laval

Puis le 24 juin dernier, son article intitulé « Le véritable portrait de la Covid-19 » a été retiré par Québecor du site de TVA Nouvelles. Quelques heures auparavant, il était supprimé des sites du Journal de Québec et du Journal de Montréal.

Publié par la suite par Libre Média conformément à sa mission de protéger la liberté de presse, le texte offre un portait inédit de la gestion de crise sanitaire au Québec.

L’analyse du professeur est basée sur les données disponibles en toute transparence sur le site d’organismes officiels comme l’Institut national de la santé publique du Québec et l’Institut de la statistique du Québec. De quoi a-t-on peur, alors ?

« Québecor a retiré mon texte sans explications crédibles. La rédaction parle “d’incertitude”, mais je me suis basé sur les données du gouvernement… Est-ce que cela veut dire que les données du gouvernement sont incertaines ? », ironise le chercheur.

Lire la suite : Libre Média

Voir aussi

Covid-19 — A-t-on donné le mauvais type de vaccins ? (m à j, autre étude) 

Énoncé sur la protection et la valorisation de la liberté d’expression de l’Université Laval

Le projet de loi 32, Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire, présenté le 6 avril 2022 par la CAQ et sanctionné le 7 juin 2022.