dimanche 24 avril 2022

La vérité sur l'affaire Galilée, l'hypothèse sans preuve (rediff)

Dans un ouvrage qui fera date, Aimé Richardt, lauréat de l’Académie française pour sa biographie de Fénelon (1994), décrypte le mythe Galilée en rétablissant une vérité historique fondée sur une étude minutieuse des textes. Dans La vérité sur l’Affaire Galilée, l’auteur donne les raisons de la condamnation du Florentin en la replaçant dans le contexte des connaissances historiques et scientifiques de l’époque. Un ouvrage préfacé par Mgr Huot-Pleuroux, ancien Secrétaire général de l’Épiscopat.

Le 22 juin 1633, un certain Galilée fut condamné à Rome par le tribunal du Saint Office. La sentence prononcée par des cardinaux de l’Eglise catholique — appelés en la circonstance « inquisiteurs généraux », fut la suivante : « Nous te condamnons dit le jugement à la prison formelle de ce Saint Office pour le temps qu’il nous plaira de fixer. De plus, au titre d’une pénitence salutaire, nous t’ordonnons de réciter les 7 psaumes de la pénitence salutaire, une fois par semaine, pendant les trois prochaines années... ». Et pourtant, Galilée ne fit pas un seul jour de prison… Il ne récita pas plus les psaumes de la pénitence salutaire puisqu’il confia ce pensum à sa fille religieuse qui s’en acquitta dûment. Et Galilée termina ses jours tranquillement à Arcetri, près de Florence, où il vécut jusqu’à sa mort en 1642.

Le nom de Galilée est généralement associé à un symbole, parfois même à un mythe, celui de la résistance à l’obscurantisme religieux en général et catholique en particulier. Pourtant qui connaît réellement Galileo Galilei, fils de Vincenzio Galilei né à Pise le 15 février 1564 ? Quelles furent ses spécialités scientifiques ? Qu’a-t-il inventé et légué à la science et à la postérité ? Peut-on parler à son endroit de victime de l’Église et de l’obscurantisme ? Bref, pourquoi Galilée fut-il condamné par l’Église catholique ? C’est ce que l’émission ci-dessous vous propose de découvrir en compagnie de l’historien Aimé Richardt, grand prix d’Histoire de l’Académie française, pour son Fénelon, et auteur récemment de La Vérité sur l’affaire Galilée [1].

Écoutez l'émission de Canal Académie avec Aimé Richardt (1 heure 1 minute) :




Adresse directe du fichier MP3 : https://api.canalacademies.com/download/audio?file=audios/hist318.mp3

L’auteur.

Aimé Richardt, historien, est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il s’est intéressé à l’affaire Galilée, après avoir étudié l’œuvre d’un des plus grands intellectuels de l’histoire de l’Eglise, Robert Bellarmin [2]. Il est aussi l’auteur de Louvois, le bras armé de Louis XIV [3] ; Le Soleil du Grand Siècle, prix Hugues Capet [4], Les savants du Roi Soleil [5], etc.

Présentation de l’éditeur.

Depuis le XIXe siècle, la cause était entendue : l’Église catholique avait condamné, emprisonné et martyrisé Galilée, un astronome génial, qui avait démontré que la Terre tournait autour du Soleil, ce que l’Église refusait d’admettre.

Or la réalité est tout autre ! Non seulement Galilée n’a jamais passé un jour en prison, n’a jamais été martyrisé, mais Aimé Richardt démontre, en s’appuyant sur des documents irréfutables, que Galilée n’a jamais prouvé la rotation de la Terre autour du Soleil, et que l’Église était fondée à le condamner. En effet, les plus hautes autorités religieuses lui avaient demandé, en 1616, d’apporter une preuve à sa théorie, qui était d’ailleurs celle de Copernic, ou de parler d’hypothèse et, surtout, de ne pas intervenir dans l’explication des textes de la Bible qui paraissaient soutenir la thèse opposée du géocentrisme.

Après l’avoir promis, Galilée est revenu sur sa parole, il a donc été jugé et condamné, avec une mansuétude toute particulière, réclamée par le pape qui était son ami. On est bien loin de l’image d’Épinal du martyr en proie à la persécution de l’Église...



La Vérité sur l'Affaire Galilée


Extrait de l'ouvrage


Chapitre 19


Galilée vu par Arthur Koestler. Une évaluation de son œuvre d'astronome. Sa «récupération» par les libres-penseurs des XVIIIe et XIXe siècles, puis par les marxistes contemporains. Quelques réflexions sur la position de l'Église.


Pour Koestler
« ...dans la mythographie rationaliste il [Galilée] devient la Pucelle d'Orléans de la Science, le saint Georges qui terrasse le dragon de l'Inquisition. Il n'est donc guère surprenant que la gloire de cet homme de génie repose surtout sur des découvertes qu'il n'a jamais faites, et sur des exploits qu'il n'a jamais accomplis. Contrairement aux affirmations de nombreux manuels, même récents, d'histoire des sciences, Galilée n'a pas inventé le télescope. Ni le microscope. Ni le thermomètre. Ni l'horloge à balancier. Il n'a pas découvert la loi d'inertie, ni le parallélogramme de forces ou de mouvement, ni les taches du Soleil. Il n'a apporté aucune contribution à l'astronomie théorique, il n'a pas laissé tomber de poids du haut de la Tour de Pise, et il n'a pas démontré la vérité du système de Copernic. Il n'a pas été torturé par l'Inquisition, il n'a point langui dans ses cachots, il n'a pas dit eppur si muove, il n'a pas été un martyr de la Science. »
Jugement sévère, trop sévère diront certains, mais qui est cependant exact, et répond à nombre de propos fantaisistes des défenseurs de Galilée. C'est ainsi que Bernini écrivait dans son Histoire des hérésies « qu'il [Galilée] resta cinq ans en prison, que Pontécoulant affirmait qu'il soutint la rotation de la terre dans les prisons de l'Inquisition », où il n'entra jamais !

En 1908 Pierre Duhem fit, au sujet du système de Copernic et de la position de Galilée à son sujet, une déclaration qui mérite d'être citée :
« ... [les plus récents progrès de la physique montrent que] la logique était du parti d'Osiander, de Bellarmin et d'Urbain VIlI, et non pas du parti de Kepler et de Galilée, que ceux-là avaient compris l'exacte portée de la méthode expérimentale et, qu'à cet égard, ceux-ci [Kepler et Galilée] s'étaient mépris... Que les hypothèses de Copernic réussissent à sauver toutes les apparences connues, on en conclura que ces hypothèses peuvent être vraies, on n'en conclura pas qu'elles sont certainement vraies; pour légitimer cette conclusion, il faudrait prouver auparavant qu'aucun autre ensemble d'hypothèses ne saurait être imaginé qui permet de sauver tout aussi bien les apparences, et cette dernière démonstration n'a jamais été donnée... [par Galilée]... »
Alexandre Koyré, ce remarquable historien des sciences, ne réserve aucune place à Galilée dans son étude, devenue classique, La Révolution astronomique. Elle est divisée en trois parties :
  • Copernic et le bouleversement cosmique ;
  • Kepler et l'astronomie nouvelle.
  • Borelli et la mécanique céleste.

De son côté le professeur Stillman Drake a écrit :
« L'intérêt de Galilée pour l'astronomie théorique en tant que telle ne fut jamais très grand. Même son combat pour le copernicanisme fut mené principalement sur le terrain de la physique. Il le centra autour de la théorie mécanique des marées et de la réfutation de quelques objections physiques extravagantes soulevées contre tout mouvement de la Terre. Dans la mesure où il s'agit du Dialogue, la théorie copernicienne est présentée sous une forme simplifiée jusqu'à l'absurde, avec le Soleil qui occupe exactement le centre d'orbites circulaires concentriques, schéma que Copernic en personne avait reconnu être insoutenable et qui ne pouvait s'accorder avec aucune des tables astronomiques qui aient jamais été réalisées. »
Alors se pose la question : pourquoi Galilée est-il devenu, à partir du XVIIIe siècle, le « patriarche » de la Science, opposé à l'obscurantisme des Églises en général, et de l'Église catholique en particulier ?

Le rôle des libres-penseurs

Dès 1754, le tome IV de l'Encyclopédie contenait dans l'article « Copernic » un passage consacré à Galilée :
« Le grand Galilée fut autrefois cité devant l'inquisition, et son opinion du mouvement de la Terre condamnée comme hérétique... Galilée, nonobstant cette censure, ayant continué de dogmatiser sur le mouvement de la Terre, fut condamné de nouveau, obligé de se rétracter publiquement et d'abjurer sa prétendue erreur, de bouche et par écrit, ce qu'il fit le 22 juin 1633, et ayant promis à genoux, la main sur les évangiles, qu'il ne dirait et ne ferait jamais rien de contraire à cette ordonnance, il fut ramené dans les prisons de l'inquisition... »
Voici donc une première salve où, en quelques lignes, Galilée est présenté comme un martyr [les prisons de l'inquisition] et dans lesquelles Diderot et consorts négligent de mentionner qu'il n'avait apporté aucune preuve des mouvements de la Terre, se cramponnant à sa théorie (fausse) du flux et du reflux des marées.

Arago, le grand astronome français, n'hésite pas à affirmer que « quelques heures auraient pu suffire à toutes les observations que fit Galilée dans les années 1610 et 1611. »

« Il est incontestable, écrit Pierre Costabel que le fondateur de la philosophie positive, Auguste Comte, a joué à cet égard un rôle majeur, et que l'image de Galilée, savant positif victime du dogmatisme, doit considérablement à tout le courant philosophique issu, en France, de ce maître à penser aux allures de prophète. L'image susdite a servi de symbole pour l'anticléricalisme qui a présidé aux réformes scolaires de la IIIe République... ... dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il y a à la fois consensus quasi universel sur la vérité du mouvement de la Terre et l'injustice de la condamnation de Galilée... » « Galilée hier » c'est donc une image d'Épinal qui alimente aussi bien l'agressivité anticléricale que le malaise d'une grande partie des catholiques... en est-il autrement aujourd'hui ? »

La récupération marxiste

La récupération de Galilée par les milieux marxistes est utilisée comme justification de la lutte antichrétienne. C'est ainsi que l'Encyclopédie Philosophique (Moscou, 1960) affirme que « Galilée a eu une profonde influence sur le développement de la représentation purement matérialiste du monde. »

Selon l'auteur de l'article, il aurait « démontré l'infinitude de l'Univers et interprété les phénomènes de la nature comme matérialiste mécaniste. » Pour faire bonne mesure, l'auteur conclut en affirmant que Galilée « n'aurait jamais accepté l'idée de la création du Soleil et des planètes par Dieu, sinon comme condition mécaniste initiale. »

Kouznetsov, l'auteur russe de Galilée n'hésite pas à en faire un précurseur de la philosophie marxiste :
« Dans sa conception du monde et son style, tout grand penseur reflète son époque et son milieu. Mais il reflète aussi le passé et le futur, ainsi que les autres milieux sociaux et nationaux dans lesquels ses idées se formèrent, résonnèrent, ou subirent une évolution. L'histoire de la nature prouve... le lien indissoluble entre les idées et les modes de pensée particuliers aux diverses nations, unies dans le progrès scientifique et culturel communs. »
Puis, après cet exposé généraliste, Kouznetsov enfonce le clou :
« les savants exceptionnels [au nombre desquels il range Galilée) nous semblent seulement des hommes qui ont su exprimer la logique historique objective de l'évolution unidirectionnelle [lire marxiste léniniste) de la science... »
Quelques réflexions sur la position de l'Église

Dans un article publié en 1790, l'abbé Bergier écrit: « Ce philosophe [Galilée] ne fut point persécuté comme bon astronome, mais comme un mauvais théologien, pour avoir voulu se mêler d'expliquer la Bible. Ses découvertes lui suscitèrent sans doute des ennemis jaloux, mais c'est son entêtement à vouloir concilier la Bible avec Copernic qui lui donna des juges, et sa pétulance seule fut la cause de ses chagrins. »

Propos calme, lucide, et qui nous parait bien fondé. Appliquons-nous à une démonstration en reprenant le parcours de Galilée et les causes de ses différends avec l'Église.

Né dans une famille peu titrée et encore moins fortunée, Galilée fut doté par la nature de deux talents : un don pour les mathématiques, et une grande facilité à se faire des amis pouvant lui rendre des services. Il usera de l'un et l'autre de ces talents pour décrocher son premier poste, celui de professeur de mathématiques à l'Université de Pise, qu'il obtint d'une part grâce à ses travaux sur les centres de gravités des solides, d'autre part, et surtout, grâce à l'intervention du mathématicien jésuite Clavius et du cardinal del Monte.

Peu apprécié des autres professeurs, son contrat ne fut pas renouvelé et Galilée recommença la chasse aux soutiens. Grâce au cardinal del Monte et au Frère Paolo Sarpi, il fut nommé professeur de mathématiques à l'Université de Pise.

En 1597 il commence à s'intéresser à l'astronomie et aux théories de Copernic, son intérêt va croissant. La chance de sa vie se produit en juillet 1609 où, grâce au Frère Sarpi, il put empêcher un Hollandais porteur d'une « longue-vue » de la présenter aux autorités de Venise, puis la copier et l'améliorer en un peu plus d'une semaine, et enfin la présenter au Sénat de Venise comme étant son invention, ce qui lui valut honneurs et récompenses financières.

La fin de 1609 et le début de 1610 voient Galilée utiliser son «télescope» pour examiner les cieux. Il est le premier astronome italien à le faire et les observations s'accumulent : étude de la surface de la Lune qui, démontre-t-il, est recouverte de montagnes, et surtout, en janvier 1610, découverte de quatre satellites de Jupiter qu'il nomme les «planètes médicéennes» en hommage à la famille du grand duc de Toscane, démontrant qu'il est aussi bon courtisan qu'astronome. Il devient mathématicien en chef de l'Université de Pise, et rassemble ses observations dans un petit livre: Le Messager étoilé qui fait sensation.

En 1611 il se rend à Rome où il est accueilli à bras ouverts par Clavius et les astronomes jésuites du Collège Romain. Il rencontre le cardinal Barberini (le futur pape Urbain VIII) dont il se fait un ami. Tout lui sourit, le prince Cesi le fait recevoir membre de l'Académie des Lynx. C'est la Gloire.

Une première ombre apparaît : il se querelle avec le P. Scheiner, astronome jésuite réputé, au sujet de la découverte des taches du Soleil dont il prétend (à tort) être l'auteur.

En 1613 il défend, pour la première fois, la théorie de Copernic par écrit. En décembre 1613, dans sa lettre à Castelli, il met en doute l'interprétation que fait l'Église de certains passages des Écritures, commençant ainsi à mécontenter plusieurs théologiens, surtout dominicains. En effet, le concile de Trente a réservé à l'Église, et à elle seule, le droit d'interprétation de la Bible, voulant éviter ce qui se passait chez les protestants où des interprétations diverses donnaient lieu à de vives querelles entre factions.

En 1614 il est attaqué en chaire par un dominicain, le P. Caccini qui l'accuse d'hérésie. Cette accusation est reprise, en 1615, par le P. Lorini, un autre dominicain, qui le dénonce officiellement à l'Inquisition romaine.

Toujours en 1615 le cardinal Bellarmin écrit au P. Foscarini, un carme, une lettre pleine de sagesse :
« Il me semble que Votre Révérence et le Seigneur Galilée agiront prudemment en se contentant de parler par hypothèse et non pas absolument, car c'est ainsi que j'ai toujours compris que Copernic a parlé. »
À la mi-1615, Galilée reprend et développe les arguments qu'il avait exposés dans la lettre à Castelli, dans une lettre ouverte adressée à Christine de Lorraine. Il y parle de preuves qu'il apporte à la théorie de Copernic, ce qui est faux, mais il s'affirme surtout en défenseur de cette théorie et explique comment, selon lui, l'Église devrait interpréter les Écritures. Cette lettre est dénoncée avec vigueur par les dominicains.

En février 1616, une commission de théologiens du Saint Office condamne deux propositions affirmant l'immobilité du Soleil et le mouvement de la Terre. À la demande du pape Paul V, le cardinal Bellarmin convoque Galilée et lui intime l'ordre d'abandonner sa position de défenseur des thèses de Copernic, lui disant de travailler en savant, par hypothèses, et non d'affirmer sans preuves. Galilée donne son accord et promet obéissance.

En 1618, il se brouille avec les astronomes jésuites du Collège Romain au sujet des comètes, les jésuites soutenant, avec raison, qu'il s'agit de corps solides, et Galilée soutenant, à tort, qu'il s'agit de phénomènes atmosphériques. Il publie le Saggiattore dans lequel il se moque cruellement du P. Grassi. Un autre jésuite, le P. Grienberger écrit à ce propos : « Si Galilée ne s'était pas mis la Compagnie à dos, il aurait pu continuer librement à écrire sur le mouvement de la Terre jusqu'à la fin de ses jours... »

Le 6 août 1623, le cardinal Maffeo Barberini, l'ami de Galilée, est élu pape sous le nom d'Urbain VIII. L'orgueil de Galilée ne connaît plus de bornes, il revient à Rome où le pape le reçoit plusieurs fois. Galilée se sentant « tout illuminé des faveurs pontificales » décide alors de se consacrer à une grande apologie de Copernic. Il va y travailler dix ans, et la termine en 1630. Après avoir obtenu l'imprimatur en dissimulant sa promesse de 1616, il publie le Dialogue sur les grands systèmes du monde en 1631. Sans que l'on puisse s'expliquer pourquoi il met certains des propos d'Urbain VIII dans la bouche d'un benêt, Simplicio, ce qui fait enrager le pape. À la demande de celui-ci, une commission de trois théologiens examine le Dialogue, le condamne, et renvoie Galilée devant le tribunal de l'Inquisition. Le procès commence en février 1633.

Galilée est alors traité avec une mansuétude extraordinaire : il loge, pendant le procès, tantôt à l'ambassade de Florence, tantôt dans l'appartement du procureur du tribunal. Mis en difficulté par ses mensonges, il reconnaît ses erreurs, en particulier celle d'avoir enfreint l'interdiction de 1616, abjure, et est condamné à de la prison. Cette peine est immédiatement commuée en une assignation à résidence dans sa villa d'Arceti, près de Florence, où il reçoit librement amis et élèves. Il meurt le 8 janvier 1642.

Alors Galilée maltraité par l'Église ? Martyr ? Certainement pas. À une époque particulièrement rude, il a toujours été traité avec courtoisie et bienveillance. Que n'a-t-il suivi le conseil éclairé et paternel de Bellarmin :
parlez par hypothèse, ne demandez pas à l'Église de réinterpréter certains passages des Écritures tant que vous n'apportez pas la preuve de la théorie de Copernic. Si vous apportez cette preuve, alors bien sûr, nous verrons à modifier l'interprétation que nous faisons de ces passages, mais nous ne pouvons pas le faire sans ces preuves que vous n'apportez pas.
Pourquoi Galilée s'est-il fourré dans ce guêpier, dont il aurait pu sortir en bien plus mauvais état qu'il ne l'a fait ? On ne comprend pas ! Quoi, voilà un homme parti de rien, qui grâce à son intelligence, à ses amis, à une bonne part de chance, se hisse au rang de savant célèbre, familier de nobles fortunés, de prélats influents, d'un pape, et qui, malgré les mises en garde s'obstine à vouloir jouer au théologien, terrain particulièrement dangereux dans la Rome du XVIIe siècle. Or il n'avait rien à y gagner, sa réputation était faite. Alors ?

Selon nous, la réponse est l'orgueil démesuré, quasi luciférien, de Galilée, ce défaut majeur que les Grecs anciens appelaient hubris, et dont ils disaient que c'était une révolte contre les dieux ou les hommes, et que ceux qui en étaient affligés étaient menacés de destruction.

Aristote le définit de la manière suivante : « Hubris est une revanche, les hommes qui y trouvent un plaisir pensent qu'en en maltraitant d'autres ils affirment leur supériorité ».

vendredi 22 avril 2022

La peste et le refroidissement climatique à l'origine de la chute de Rome ?

Les épidémies ont profondément transformé le paysage géopolitique européen. Selon certains historiens qui s’intéressent à de nouvelles données scientifiques, les épidémies auraient même accéléré la désagrégation de l’Empire romain.

Les facteurs avancés par les historiens ne manquent pas pour analyser le déclin de l’Empire romain : décadence morale, guerres civiles, crise économique et invasions barbares.

Kyle Harper, un historien américain, ajoute deux éléments déterminants : la peste et un refroidissement des températures.

Kyle Harper : « Les facteurs traditionnels d’explication ne sont pas faux, ils sont simplement une partie de l’énigme. Ce qu’il se passe aujourd’hui dans le monde nous rappelle que les sociétés humaines sont étroitement liées à leur milieu environnant. »

L’Empire romain n’a pas disparu brutalement. Il s’est lentement désagrégé puis scindé en deux entre le IIe et le VIIe siècle. Durant cette période, il est grandement fragilisé par plusieurs épidémies qui interrompent son développement démographique et économique : la peste Antonine en 165, la peste de Cyprien en 251 et la peste de Justinien, en 541.

La dernière est la plus terrible, elle bouleverse l’Empire romain d’Orient. C’est la première pandémie de l’histoire. Elle dure deux siècles et emporte des dizaines de millions de personnes. L’empereur Justinien lui-même tombe malade, mais en en réchappe miraculeusement.

Jean d’Éphèse, témoin du fléau, raconte que « la peste s’abattit sur des maisons grandes ou petites […], les serviteurs et les maîtres tombaient morts au même moment, pourrissaient ensemble ».

À Constantinople, la peste emporte jusqu’à 16 000 habitants en une seule journée. À Rome, la population passe de 700 000 habitants… à 20 000 après l’épidémie.

Le responsable est une bactérie, Yersinia Pestis, l’agent pathogène le plus mortel de l’histoire de l’humanité. Originaire d’Asie centrale, elle est transmise par les puces des rats. La peste se répand grâce aux voies commerciales maritimes et grâce à la concentration de population dans les grandes cités.

L’année 536, une année terrible

Ce qui reste de l’Empire romain est aussi affecté par un changement climatique brutal, un petit âge glaciaire entre l’an 450 et 700 qui amoindrit les récoltes et favorise la diffusion des maladies. Au VIe siècle, de nombreuses éruptions volcaniques cachent le soleil sous un brouillard de cendres. 536 est sans doute l’année la plus froide de l’histoire, une année sans été.

Kyle Harper : « Le climat et les maladies sont étroitement liés. Les populations de rongeurs sont très sensibles aux variations climatiques, elles croissent et décroissent en fonction Le choc climatique les a probablement affectées et c’est ce qui a entraîné ces épidémies, c’est une possibilité. »

Des habitants en mauvaise santé

L’Empire est affaibli, mais la santé de ses habitants aussi. Leur taille moyenne est à l’époque de 1m65 et leur espérance de vie moyenne à la naissance ne dépasse pas les 25 ans. [Elle est supérieure une fois l’étape critique de l’enfance dépassée. L’espérance de vie était courte, mais la longévité n’a pas changé depuis 2000 ans. Si on consulte la liste des empereurs romains et si l’on en retire ceux qui sont morts de mort violente, on constatera que les empereurs vivaient aussi longtemps que nous.] Ils vivent dans une atmosphère insalubre et côtoient en plus la lèpre et le paludisme. Tous ces maux sont vus comme une colère divine et vont renforcer le phénomène religieux.

Kyle Harper : « Le christianisme se diffuse plus vite avec cette crise. Les gens cherchent d’autres explications, d’autres réponses. »

L’affaiblissement de l’Empire romain à l’Est favorise aussi la conquête islamique aux siècles suivants.

Kyle Harper : « Les épidémies ont affaibli les structures de l’État romain comme de l’État perse. L’expansion de l’Islam est un mouvement géopolitique durant lequel les armées arabes débordent les États romain et perse, qui étaient épuisés par de longues années de guerre et de maladies. »

Cette thèse du climat et des épidémies est néanmoins critiquée par certains historiens, qui y voient un déterminisme climatique. Ce serait plutôt la conjonction de ces phénomènes naturels ainsi que les faiblesses structurelles, politiques et militaires de l’Empire qui ont conduit à sa chute.

Source : France Culture


Comment l’Empire romain s’est effondré

de Kyle Harper,
paru à La Découverte,
le 20 mai 2021,
à Paris,
600 pp.
ISBN-13 : 978-2348069239

(il faudrait parler d’Empire romain d’Occident, celui d’Orient ne s’effondrera qu’en 1453)






Voir aussi
 

Pour un autre point de vue : La chute de Rome a bien eu lieu

et

 

(dénatalité, immigration non assimilée [2 millions de Barbares sur 55 millions de citoyens de l'Empire romain mais seule l'Europe est concernée (si l'on excepte les peu nombreux Vandales au Maghreb), corruption, coûts croissants d’une armée statique, disparition du butin, fiscalité excessive, etc.)

jeudi 21 avril 2022

États-Unis — Décès d'adolescents par surdose de fentanyl ont triplé de 2019 à 2021

Une nouvelle étude a été publiée la semaine passée dans @JAMA_current, on y apprend que les décès d’adolescents par surdose de fentanyl ont triplé de 2019 à 2021.

Taux de mortalité par 100 000 adolescents, le fentanyl est la courbe beige qui monte rapidement à partir de 2019

Selon le docteur Scott Hadland, spécialiste de la toxicomanie chez les adolescents travaillant en première ligne, il est clair que le fentanyl est un contributeur important dans ces décès par surdose. Cette drogue est désormais à la source de la majorité des décès par surdose chez les adolescents.

Le fentanyl est 50 à 100 fois plus puissant que l’héroïne. Il est désormais disponible partout aux États-Unis. Mais le fentanyl n’explique pas tout. La dépendance commence tôt dans le cours de la vie. Deux adultes sur 3 dépendants aux opioïdes ont utilisé des opioïdes pour la première fois avant l’âge de 25 ans.

Selon le docteur Hadland, si l’on veut résoudre à long terme à la crise des surdoses, il faut se pencher sur les jeunes de 10 à 20 ans et plus. Plus précisément, il faut s’attaquer à la crise de la santé mentale des enfants. D’après l’expérience de ce docteur, les adolescents ayant une dépendance aux opioïdes ont généralement des problèmes de santé mentale sous-jacents : dépression non traitée, anxiété, TDAH, traumatisme. Les données confirmeraient cette opinion.

Les gens craindraient que le simple fait de se faire prescrire un opioïde ne provoque une surdose. L’équipe du docteur Hadland a fait une étude et constaté qu’en fait, c’est relativement rare. Moins d’un jeune sur 300 à qui un opioïde a été prescrit continue d’avoir un problème. Un faible risque individuel bien qu’il soit préoccupant pour la santé publique. Mais l’équipe de chercheurs a constaté que les jeunes souffrant de troubles de l’humeur ou d’anxiété étaient plus de 4 fois plus susceptibles de développer un problème avec les opioïdes. En outre, les trois quarts avaient déjà commencé à avoir des problèmes avec d’autres substances, le plus souvent la nicotine, l’alcool et le cannabis. Voir l’étude : Trouble lié à l’utilisation d’opioïdes et surdose chez les jeunes à la suite d’une première prescription d’opioïdes.

Mais les chercheurs ont constaté que les jeunes souffrant de troubles de l’humeur ou d’anxiété étaient 4 fois plus susceptibles de développer un problème avec les opioïdes.

Il convient également de noter que la polyconsommation est importante, car, selon des données récentes du Docteur Jamie Lim de Boston, à partir de 2017, il est plus courant chez les jeunes Américains de mourir d’une surdose impliquant un opioïde accompagné d’une autre substance [plutôt que d’une surdose d’un opioïde seul]

Et une fois que les adolescents développent une dépendance, l’accès au traitement est catastrophique et cela depuis toujours. Une étude de l’époque pré-Covid a souligné que 2 comtés américains sur 3 n’ont pas de programmes de traitement de la dépendance aux opioïdes chez les adolescents.

Liens connexes 

Les surdoses de fentanyl, première cause de décès chez les adultes américains âgés de 18 à 45 ans

Cannabis — la consommation depuis la légalisation est passée de 14 % à 20 % de 2018 à 2021

La SQDC diffuserait des images interdites dans des médias sociaux accessibles aux mineurs (2021)

Québec — La légalisation du cannabis n’a pas entamé les bénéfices du crime organisé 

Alberta — Épidémie de syphilis parmi sans-abri, drogués, homos et bisexuels et Amérindiens 

La Russie sanctionne Twitter pour manque de filtrage des contenus pédopornographiques ou faisant l’apologie de drogues ou du suicide 

Analyse des demandes d’assurance maladie : la gestion de la COVID-19 a un impact profond sur la santé mentale des jeunes  

Espérance de vie baisse chez les hommes en Ontario, en Colombie-Britannique et chez les blancs aux États-Unis (pré-Covid, opioïdes en cause) 

Québec — consommation d’antidépresseurs a augmenté de 68 % chez jeunes filles au cours des 5 dernières années (pré-Covid) 

Canada — la légalisation du cannabis a accru le nombre de consommateurs (2019)

Arrêter le cannabis et la mémoire revient 

Les enseignants du Colorado inquiets au sujet du cannabis dans les écoles publiques

 

 

Walt Disney perd 33 % de sa valeur en bourse en un an

Les actions de la société Walt Disney Co sont les moins performantes du Dow Jones Industrial Average au cours de l’année écoulée, avec une chute de 33 % au cours des 12 derniers mois.

Parmi les 30 sociétés qui composent le Dow Jones, Disney a vu le prix de ses actions chuter le plus en pourcentage, suivi de 3M, qui est en baisse de 25 %, et de Home Depot, en baisse de 23 %.

Les actions de Disney ont baissé de plus de 5 % mercredi et de 2 % jeudi les investisseurs restant nerveux vis-à-vis des sociétés de divertissement en diffusion continue (streaming) après les résultats désastreux de Netflix au premier trimestre, dus en partie à la partie de 700 000 abonnés en Russie. Les 260 000 abonnés ukrainiens sont sans doute aussi menacés. Les résultats des abonnements à Disney+ ont récemment déçu Wall Street lorsque la société a publié ses résultats trimestriels en novembre, provoquant la chute du titre.

La Maison de la Souris House fait également face à des difficultés en Floride, où le sénat de l’État a adopté mercredi un projet de loi qui priverait Disney World à Orlando de son statut d’autonomie.

Le projet de loi est maintenant transféré à la Chambre, qui devrait l’adopter et le soumettre à la signature du gouverneur républicain, Ron De Santis, qui a publiquement encouragé la législature à adopter ce projet de loi.

La chute brutale des actions de Disney survient alors que la société a adopté une politique d’extrême gauche « woke », en particulier l’exposition des jeunes enfants à l’idéologie LGBTQ radicale. Ce faisant, le géant du divertissement s’est aliéné des millions de clients et s’est attiré les foudres des dirigeants républicains en Floride.

Disney est devenu un média militant dans sa production

Des vidéos internes récemment divulguées montrent des dirigeants de Disney et des chefs de file créatifs plaidant ouvertement pour la promotion d’un programme homosexuel et transgenre dans les divertissements de l’entreprise pour les jeunes enfants. Les fuites sont survenues peu de temps après que Disney a déclaré la guerre à la loi de Floride sur les droits parentaux dans l’éducation, qui interdit l’enseignement de l’idéologie sexuelle et de genre aux enfants de la maternelle à la troisième année.

Le PDG de Disney, Bob Chapek, a cédé à la pression d’un petit groupe d’employés qui ont exigé que l’entreprise abandonne sa position neutre sur la législation de Floride et adopte pleinement l’activisme LGBTQ.

Le gouverneur de Floride, De Santis, a riposté en révisant les privilèges de Disney. Ils comprennent le district autonome de Disney World, une zone de 10 000 hectares connue sous le nom de Reedy Creek Improvement District, où la société a des pouvoirs proches de ceux d’une municipalité et jouit d’une grande latitude pour se gouverner et développer le terrain sans l’approbation du gouvernement.

Liens connexes 

Dingo chez Disney : militantisme pro-LGBTQ2SAI+ à tous les étages ? 

La nouvelle Blanche-Neige : une militante « métisse » d’extrême gauche obsédée par la censure 

La Reine des Neiges 2 et La Guerre des étoiles IX, fers de lance du credo progressiste de Disney

Disney+ fait précéder ses films « culturellement datés » d’un avertissement

Progrès : la nouvelle production de La Belle et la Bête de Disney donne le rôle de Belle à une femme noire, obèse et « queer »   

Superman woke fait un four (était La Guerre contre l’homme hétéro avec Playboy et Superman) 

Projet de loi de Floride interdirait les discussions sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre au primaire

Cinéma — le marché chinois a dépassé le nord-américain, part d’Hollywood s’effondre en Chine 

Gala des Oscars 2021 bat des records de diversité, son audience désastreuse atteint un creux historique

La parité : nouveau dogme néoféminisme (quand cela arrange) ? 

Préjugés — Les Noirs ne sont pas sous-représentés aux Oscars… (m-à-j avis de Laurent Dandrieu)

Tribunal chinois : manuel peut qualifier l’homosexualité de trouble psychologique, que feront les sociétés américaines wokes ? 

Le cinéma, cette arme idéologique contre le Frenchie comme le Russkof ou le Chinetoque

Clivage entre les critiques professionnels et le public : les cas Mignonnes et Une Ode américaine 

Face à John Wayne qui ne veut pas mourir, le changement démographique et l’argent des progressistes 

Progressisme, diversité… quelle idéologie derrière Netflix ? 

Actrice noire joue Anne Boleyn (épouse du roi Henry VIII), cette féministe en lutte contre le patriarcat

Nouvel accroc à l’histoire des Vikings : actrice noire incarnera un chef viking dans feuilleton Netflix

Actrice noire joue Marguerite d’Anjou : nécessaire diversité, chants d’esclaves chantés par une blanche : horrible appropriation culturelle  

Appropriation culturelle ou racisme ? La BBC attribue le rôle du méchant Javert à un Noir

Novlangue : « dialoguer », « appropriation culturelle » et « ouvrir une discussion sur le privilège blanc »

Histoire du Québec : multiculturalisme expiatoire, esclavage et colonisation américaine d’esprits incultes   

Belgique : le Musée des beaux-arts (« Bozar ») célèbre la naissance de Ludwig van Beethoven avec un Beethoven noir…

Radio Suisse internationale : Heidi en 2016 (noire)

Les contes de Noël publiés aujourd’hui diluent voire effacent les valeurs chrétiennes

Bock-Côté sur la fabrication d'une réalité alternative par les médias traditionnels

Mathieu Bock-Côté sur les médias traditionnels : «quelquefois, nous sommes dans la falsification du réel, la fabrication médiatique de la réalité qui se substitue à la réalité véritable», dans Face à l'info.

Si les médias fabriquent pour la plupart une autre histoire que le réel, où est l’esprit critique du français téléspectateur ou lecteur ? Les spectateurs et lecteurs ne sont pas dupes, c'est pourquoi les médias ont mauvaise réputation.

Voir aussi

La racialiste Rokhaya Diallo corrige le tir : Mathieu Bock-Coté passe d'« homme blanc » à « sociologue québécois »

mercredi 20 avril 2022

Les (mots) gaulois sont parmi nous !

Le Sénonais Jacques Lacroix est à la fois docteur ès lettres et linguiste. Au fil d’une dizaine d’ouvrages, il s’est imposé comme un spécialiste de l’étymologie gauloise. Les irréductibles mots gaulois est paru en septembre chez Lemme Édit (sciences humaines) et sa réimpression est déjà lancée. Un succès que l’on doit à un postulat nouveau audacieux, basé sur ses recherches. Pour lui, un millier de mots d’origine gauloise subsistent dans notre langue usuelle, touchant au plus près de la vie quotidienne. Le caractère gaulois, le paysage, la nature, la politique (de la guerre à la paix), l’artisanat du cuir et du tissage, du bois et du métal, l’agriculture, l’élevage, le commerce et jusqu’à la spiritualité !

Un « Galli » gaulois

Cette remise en cause concerne le mot « gaulois » même… « Le nom galli (gaulois) est bien antérieur à l’époque germanique : il est déjà attesté chez plusieurs auteurs au IIe siècle avant notre ère », assène en préambule le linguiste. Il s’appuie sur le caractère même de ces Gaulois. « La racine celtique gal désigne la vigueur, la vaillance. Le mot français gaillard a la même origine que gaulois et désigne un homme fort, vigoureux… » Le sens premier de la racine « gal » est « chaud », « bouillonnant ». Ainsi, rappelle le linguiste, l’historien grec Polybe écrit : « Effrayants étaient l’aspect et le mouvement de ces hommes, remarquables par l’éclat de leur vigueur ». D’autres mots éclairent la qualité première des gaulois : les mots « battre » « combattre », « combattant » issus de bat, qui signifie « frapper », « heurter ». Les armes sont à l’avenant avec le glaive (issu de cladios), la lance (lancia) ou le javelot (gaballacos). « Ces mots gaulois sont une mémoire endormie, un patrimoine immatériel… » Jacques Lacroix, linguiste Guerriers, les Gaulois ont aussi la capacité d’envisager la paix. Le radical ambacti a donné « ambassadeur », indique Jacques Lacroix, et vassos, le « vassal » et le « valet ».


Du paysage à l’agriculture

Dans l’espace qui nous entoure, le gaulois est partout encore. Lande, bruyère, dune, talus, grève, berge, gravier, galet, marne, glaise, bourbe, boue, combe, aven, etc. Une dizaine de noms d’arbres « tirent aussi leur appellation des habitants de la Gaule : l’alisier, le bouleau, le cormier, le coudrier, l’érable, mais aussi l’if, le chêne, le mélèze, le sapin… » détaille le linguiste. Naturellement, dans ce paysage gaulois, les Gaulois ont nommé les animaux. Des mammifères : daims et chamois de cambo-uxo, ou « haute courbe ». Des oiseaux : bécasses, alouettes, pinsons. Des poissons aussi : limande, saumon, lotte, tanche, truite, goujon, lamproie ou brochet. De l’animal sauvage à l’animal domestique, il n’y a qu’un pas. Jacques Lacroix y ajoute le mouton, le bouc (qui donnera aussi le « boucher »), la truie, le goret, le cheval…

 

Du travail à la spiritualité

Le gaulois a imprégné l’ensemble des domaines dans lesquels le peuple excellait. Agriculture et élevage, certes, mais aussi l’artisanat et notamment le travail du textile, du cuir, du bois ou du métal. Le drap, toujours actuel, mais aussi les « braies » passées de mode (de braga) qui a généré « braguette » et le verbe « débrayer ». Nos Gaulois qui exploitaient le fer du Pays d’Othe sont à l’origine des mots du verbe « creuser », des termes « mine » et « minerai », poursuit le Sénonais. Au forgeron qui le met en forme, on doit le « soc », la « gouge » ou la « tarière ». L’apport des Celtes est plus considérable encore dans le travail du bois. S’ils ont nommé des essences, ils sont également à l’origine des termes « charpentier », « charron », « tonnelier », « boisselier » et plus largement de la « souche », de la « bille » de bois ou du « copeau » (scolpellos). Et ils ont nommé aussi leur production artisanale : « berceaux », « baquet », « bassines », mais « barriques » et « tonneaux » aussi. Et une autre part du travail du bois bien plus élaboré avec les mots « chars », « charrettes » ainsi que le « charron » et la « charronnerie ».

Le gaulois est partout dans la toponymie, l’exemple du thème kanto

Une culture dissoute dans le chaudron

La spiritualité des Gaulois nous échappe davantage, mais les mots ont laissé des jalons et sont sources d’une certaine poésie. L’alouette — du gaulois alauda — « emporte droit dans l’au-delà l’âme des guerriers celtes morts au combat, dans son vol vertical », explique Jacques Lacroix. La noisette — symbole de richesse intérieure, de vie éternelle de l’esprit — est présente dans un vieux synonyme, le « coudier », issu du mot collos. L’if — symbole de longévité — émane du gaulois ivos. Le chêne — de cassanos — est symbole de force. Le druide, enfin, de deru, autre terme relatif au chêne. Ces mêmes druides par lesquels la culture celte était transmise oralement, à certains initiés, et qui s’est dissoute dans le chaudron gallo-romain.

Source : Nord Éclair


Les irréductibles mots gaulois

par Jacques Lacroix
aux éditions Lemme Edit
à Chamalières,
paru en septembre 2020
156 pp.
ISBN : 978-2-917575-89-5
EAN : 9 782 917 575 895

Québec — discrimination négative envers les candidates policières blanches

Les femmes blanches sont depuis peu exclues d’une formation maintenant offerte seulement « aux membres des minorités visibles ou ethniques » et aux Autochtones. Deux d’entre elles racontent leur désenchantement.

Des femmes blanches rêvant de devenir policières ont été exclues d’un programme d’études chapeauté par le ministère de la Sécurité publique du Québec, désormais réservé aux Autochtones et aux groupes racisés.

187e cohorte (section féminine) de l'école de police du Québec

« C’est l’énergie et l’espoir que tu mets là-dedans, pour finalement te faire couper l’herbe sous le pied », lance Annie*, aspirante au programme AEC Diversité du ministère de la Sécurité publique (MSP). Occupant un emploi civil dans le milieu policier, sans être policière, cette femme a demandé l’anonymat par peur des répercussions sur sa carrière.

En 2021, elle a cru pouvoir atteindre son rêve de devenir policière grâce à un programme visant à accroître la diversité dans les corps de police. Mais les critères d’admission ont changé… quelques mois après le dépôt de sa candidature.

Au Québec, un policier sur trois est une femme, selon les données du MSP. Ces chiffres concordent avec ceux de l’École nationale de police du Québec (ENPQ), où de 25,5 % à 34 % des recrues étaient des femmes entre 2010 et 2021, selon des informations recueillies par La Presse.

Dans tous les corps policiers de la province, moins de 6 policiers sur 100 étaient issus des « minorités visibles et ethniques » en 2020, hommes et femmes confondus, selon le MSP.

Un programme spécifique

Le Ministère offre le programme de formation accéléré AEC Diversité. « Une mesure de formation exceptionnelle qui répond à des besoins précis de main-d’œuvre policière », précise le MSP par courriel.

Y sont admissibles les personnes possédant déjà un diplôme et travaillant dans le milieu, sans être policiers. Les candidats sélectionnés ont le privilège de suivre une formation accélérée de neuf mois, avant d’entrer dans le programme de l’ENPQ – obligatoire pour tous les futurs policiers.

Chaque année, un comité révise les critères d’admissibilité.

Pour l’AEC 2022-2023, le Comité a convenu de prioriser les candidatures des personnes issues de minorités visibles et ethniques ainsi que celles provenant de corps de police desservant des régions éloignées des grands centres.

Le ministère de la Sécurité publique

Le critère de « région éloignée » correspond « aux zones situées en dehors des grands centres et desservies par certains points de services de la Sûreté du Québec et par des services policiers autochtones », spécifie le MSP.

Bref, les femmes blanches des principales villes du Québec ont été exclues du processus. Et pour certaines, la pilule a été dure à avaler.

Déception

« Je ne peux même pas vous exprimer à quel point ma déception était immense, parce que le processus allait bien, des deux côtés », confie Annie. Elle avait validé plusieurs fois son admissibilité au programme avant de déposer sa candidature auprès de deux corps policiers, dès septembre 2021.

« J’avais passé mes premiers tests, j’étais allée chercher mes rapports de chirurgie oculaire, j’avais subi des tests de sécurité très intrusifs, où une personne des Crimes majeurs avait passé en entrevue mon entourage, mes anciens employeurs, etc. », poursuit l’aspirante policière. Sans compter l’entraînement intensif pour se préparer aux tests physiques.

Le couperet est tombé sous forme de courriels, début 2022. « Dans le cadre du programme AEC Diversité, sachez que le ministère a revu certains des critères d’admission, indiquait l’un d’eux, que La Presse a consulté. Il a été déterminé que cette année, le programme s’adresserait uniquement aux membres issus de groupes minoritaires, c’est-à-dire aux personnes d’origine autochtone et aux membres des minorités visibles ou ethniques. »

Les mêmes critères s’appliquaient aussi à sa deuxième candidature : « Exceptionnellement cette année, il a été décidé que seuls des candidats provenant de certains groupes cibles seraient considérés dans le processus », a-t-elle appris par courriel.

Sophie* espérait devenir policière grâce au programme AEC Diversité.

« Exclure les femmes [blanches], pour moi, ça n’a pas de sens, parce qu’il manque énormément de femmes dans les corps policiers », déplore Sophie*, une autre recrue ayant vécu une situation semblable et qui a aussi demandé l’anonymat. Sophie, comme Annie, ne provient pas d’une région éloignée.

« Aucun groupe ne veut la charité »

La discrimination positive [nécessairement négative pour les autres] existe pour permettre de rattraper un manque à gagner, explique Martine St-Victor, stratège en communication et directrice générale de la firme Edelman.

Il n’y a aucun groupe prioritaire qui veut avoir un passe-droit, ou la charité. Ce qui est mal compris, avec la discrimination positive, c’est que trop de gens pensent que [les personnes ciblées] sont non qualifiées. Et c’est archifaux. [Alors pourquoi les privilégier ?]

Martine St-Victor, stratège en communication

La modification des critères d’admission suit les recommandations du rapport du Comité consultatif sur la réalité policière, publié en 2021, a précisé le MSP à La Presse.

« Dans une société métissée comme le Québec, que des services policiers d’envergure ne comptent aucun représentant des minorités visibles ou ethniques dans leurs rangs est inadmissible », relève le document.

Parmi les multiples recommandations du rapport, « développer et mettre en œuvre rapidement une stratégie agressive de recrutement proactive dans les milieux de vie à l’intention des candidats racisés ».

« Dans des domaines où l’inégalité des chances a été flagrante depuis des lustres, ces mesures sont encore plus nécessaires », estime Mme St-Victor. « Ma vision de l’équité et de l’égalité des chances veut dire qu’on ajoute des chaises à la table, nuance-t-elle toutefois. Elle ne veut certainement pas dire qu’on en retire. »

* Prénoms fictifs

EN SAVOIR PLUS

13 %
Proportion de la population québécoise qui fait partie d’une minorité visible
SOURCE : STATISTIQUE CANADA, RECENSEMENT DE LA POPULATION DE 2016

33 %
Proportion de la population montréalaise qui fait partie d’une minorité visible
SOURCE : STATISTIQUE CANADA, RECENSEMENT DE LA POPULATION DE 2016

Source : La Presse

mardi 19 avril 2022

Les écoles du Québec emploient des milliers d'enseignants « non qualifiés »

À quelques semaines de la fin des classes, des centaines de postes d'enseignants sont toujours vacants au Québec. La pénurie de main-d'œuvre oblige les écoles à embaucher des milliers d'enseignants non qualifiés. Leur nombre a connu une importante hausse durant l'année dernière.

France — Les enseignants impressionnés par le niveau en maths (et même en langue) des élèves ukrainiens

Les enseignants sont unanimes et remarquent que le niveau en mathématiques des enfants ukrainiens réfugiés, scolarisés dans les écoles françaises, est supérieur à celui des Français.

« Les élèves ukrainiens sont nettement plus à l’aise en mathématiques au collège que les élèves français », assure à BFMTV.com Pierre Priouret, professeur de mathématiques à Toulouse et responsable du groupe mathématiques au Snes-FSU.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, près de 10 000 enfants ukrainiens arrivés en France ont été scolarisés dans des établissements français. Parmi les académies qui accueillent le plus grand nombre de ces élèves : celles de Nice, Versailles, la Normandie ou encore Créteil.

« Tous mes collègues du second degré qui ont des élèves ukrainiens en classe sont unanimes pour dire qu’ils sont plus performants. » Pierre Priouret évoque même un écart de niveau « significatif » sur certains exercices.

« Il y a une maîtrise opératoire indiscutable, des automatismes que n’ont pas les élèves français, poursuit-il. Quand on leur demande de calculer, de manipuler des nombres, ils ont beaucoup moins de lacunes. Si l’on veut faire une comparaison, ce sont les mêmes réflexes qu’un pianiste qui fait ses gammes. »

Le classement Pisa

Mais dans le cas d’un problème ou d’un exposé qui nécessite la compréhension d’un énoncé en français, l’écart avec les élèves français se resserre. « C’est alors difficile de savoir ce qui relève de leur niveau réel ou de la barrière de la langue », explique Pierre Priouret, le représentant des enseignants.

Dans la dernière enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), organisée tous les trois ans par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la France obtient des résultats supérieurs à l’Ukraine avec 493 points en compréhension de l’écrit et 495 points en mathématiques.

Les élèves ukrainiens obtiennent en effet des résultats inférieurs et légèrement en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE : 466 points en compréhension de l’écrit — la moyenne est de 487 — et 453 en mathématiques — pour une moyenne de 489 points.

[Voir PISA évaluerait-il plus l'intelligence que les acquis ? et Nathalie Bulle sur le modèle finlandais et les tests PISA]

« Ils ont un an d’avance »

Dans le premier degré, les élèves ukrainiens semblent pourtant particulièrement à l’aise du point de vue des compétences scolaires. En témoigne Marianne (dont le prénom a été changé à sa demande) qui est depuis vingt ans enseignante en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A).

Un dispositif qui permet aux élèves étrangers d’être inscrits dans une classe ordinaire tout en bénéficiant d’un enseignement renforcé en français, comme l’indique le ministère de l’Éducation nationale. Marianne a ainsi pris en charge des enfants ukrainiens âgés de 11 ans. Elle estime qu’ils ont « un an d’avance ».

« Ils ont un niveau supérieur non seulement en mathématiques, mais aussi dans la maîtrise de leur langue », affirme à BFMTV.com cette spécialiste de l’enseignement du français comme langue étrangère. « On parle assez souvent du niveau des élèves qui entrent au collège pour savoir que ce n’est pas le cas des petits Français. »

« Rarement vu des élèves qui réussissent aussi bien »

Marianne, comme tous les enseignants d’UPE2A, est ainsi chargée d’évaluer ces élèves, de les tester — notamment dans leur langue — pour savoir dans quelle classe les positionner dans le système français. Elle assure avoir « rarement vu des élèves qui réussissent aussi bien ».

« Ce sont des enfants qui devraient être en CM2 [5e primaire] et qu’on envoie en CM2 mais ils ont un niveau de 6e en mathématiques. Ils sont même plus autonomes là où des petits Français lèveraient la main. »

Quant à la barrière de la langue, c’est presque un détail, estime Marianne. « Ce n’est pas parce qu’ils ne maîtrisent pas la langue que ce sont des élèves en difficulté. L’apprentissage du français, ça peut aller très vite, c’est l’affaire de quelques mois. » Notamment parce qu’ils parlent déjà plusieurs langues, l’ukrainien et le russe. « J’en ai rencontré qui parlaient mieux anglais que moi », s’amuse l’enseignante.

Pas assez de moyens

Marianne remarque également que ces enfants arrivent en France avec des réflexes d’apprentissages et des codes scolaires proches des nôtres. « Ils ont l’attitude, le comportement, un mode de travail efficace. A contrario, j’ai déjà eu des enfants érythréens de 10 ans qui n’étaient jamais allés à l’école, ça n’a rien à voir. »

Mais cette enseignante tient à tirer la sonnette d’alarme. Notamment parce que nombre de ces élèves ukrainiens ne pourront pas bénéficier des neuf heures hebdomadaires de cours de français auxquelles ils ont pourtant droit, faute de moyens humains.

« C’est impossible, nous ne sommes pas assez nombreux, dénonce cette enseignante. Sans compter que les derniers enfants arrivés sont et seront encore plus traumatisés. Ils auront la tête encombrés avec tout ce qu’ils ont vu. Nous ne pourrons pas être là pour les accompagner. »


Source

Voir aussi 

Un élève russe aide une réfugiée ukrainienne à s’intégrer

« Ici les maths c’est beaucoup plus facile qu’en Ukraine »

lundi 18 avril 2022

PISA évaluerait-il plus l'intelligence que les acquis ?

Les évaluations internationales à grande échelle (EGE) permettraient de comparer l’efficacité des systèmes éducatifs à promouvoir l’apprentissage des élèves dans des domaines spécifiques, tels que la lecture, les mathématiques et les sciences. Cependant, il a été avancé que les résultats des élèves dans les EGE internationales reflètent principalement la capacité cognitive générale (g).

Cette étude examine dans quelle mesure les scores des élèves en lecture, en mathématiques, en sciences et au test des matrices progressives de Raven reflètent la capacité générale g et les capacités spécifiques à un domaine avec des données de 3 472 étudiants polonais qui ont participé au programme 2009 de l’OCDE pour le suivi international des acquis des élèves (PISA) et qui ont été retestés avec les mêmes instruments PISA, mais avec un ensemble de questions différent, en 2010.

La variance des réponses des élèves aux questions de l’évaluation s’explique mieux par un modèle bifactoriel de théorie de la réponse aux questions (TRI) que par le modèle multidimensionnel TRI couramment utilisé pour mettre à l’échelle le PISA et d’autres EGE. Le modèle IRT bifactoriel suppose que les facteurs non g (lecture, mathématiques, sciences et test de Raven) ne sont pas corrélés avec g et entre eux. Le modèle bifactoriel génère des facteurs de capacité spécifiques avec des relations théoriquement plus crédibles avec les variables de critère que le modèle standard multidimensionnel. Des analyses plus poussées du modèle bifactoriel indiquent que les facteurs spécifiques au domaine ne sont pas suffisamment fiables pour être interprétés de manière significative. Ils se situent quelque part entre des mesures non fiables des capacités spécifiques à un domaine et des facteurs de nuisance reflétant une erreur de mesure.

Les corrélations entre les résultats PISA des sujets et d’autres variables — notes scolaires, plaisir de lire, statut socio-économique, temps d’apprentissage et sexe — sont considérablement réduites (parfois à zéro) lorsque l’intelligence générale est incluse dans le modèle de mesure. En d’autres termes, toute relation causale possible entre ces variables et la performance dans le domaine scolaire peut être principalement/complètement expliquée par la relation entre la variable et le QI. Ces variables ont peu d’influence causale sur les résultats PISA, indépendamment de l’intelligence.

Les résultats indiquent qu’un modèle d’échelle qui tient compte de la capacité cognitive générale correspond mieux aux données que les modèles généralement utilisés dans les évaluations à grande échelle qui ignorent l’influence de la capacité générale sur le rendement des élèves. La conclusion selon laquelle les réponses des élèves aux questionsdu test PISA reflètent des capacités générales plutôt que des capacités spécifiques à un domaine, si elle est reproduite dans d’autres pays, pourrait avoir des implications importantes pour la conception d’évaluations à grande échelle et l’interprétation des analyses des données d’évaluation à grande échelle.

Source : APA PsycNet

 Voir aussi

 PISA — analyse des résultats de la Finlande (en baisse) et de l’Estonie (1re en Occident)

Allemagne — les élèves issus de l’immigration ont des résultats « nettement inférieurs »

Après deux décennies de tests PISA pourquoi les résultats n’augmentent-ils pas plus ?

Suède — La baisse du niveau scolaire en partie imputable à l’immigration ?

Éducation — La France a l’un des budgets les plus élevés au monde avec des résultats en baisse