samedi 10 avril 2021

Les (mots) gaulois sont parmi nous !

Le Sénonais Jacques Lacroix est à la fois docteur ès lettres et linguiste. Au fil d’une dizaine d’ouvrages, il s’est imposé comme un spécialiste de l’étymologie gauloise. Les irréductibles mots gaulois est paru en septembre chez Lemme Édit (sciences humaines) et sa réimpression est déjà lancée. Un succès que l’on doit à un postulat nouveau audacieux, basé sur ses recherches. Pour lui, un millier de mots d’origine gauloise subsistent dans notre langue usuelle, touchant au plus près de la vie quotidienne. Le caractère gaulois, le paysage, la nature, la politique (de la guerre à la paix), l’artisanat du cuir et du tissage, du bois et du métal, l’agriculture, l’élevage, le commerce et jusqu’à la spiritualité !

Un « Galli » gaulois

Cette remise en cause concerne le mot « gaulois » même… « Le nom galli (gaulois) est bien antérieur à l’époque germanique : il est déjà attesté chez plusieurs auteurs au IIe siècle avant notre ère », assène en préambule le linguiste. Il s’appuie sur le caractère même de ces Gaulois. « La racine celtique gal désigne la vigueur, la vaillance. Le mot français gaillard a la même origine que gaulois et désigne un homme fort, vigoureux… » Le sens premier de la racine « gal » est « chaud », « bouillonnant ». Ainsi, rappelle le linguiste, l’historien grec Polybe écrit : « Effrayants étaient l’aspect et le mouvement de ces hommes, remarquables par l’éclat de leur vigueur ». D’autres mots éclairent la qualité première des gaulois : les mots « battre » « combattre », « combattant » issus de bat, qui signifie « frapper », « heurter ». Les armes sont à l’avenant avec le glaive (issu de cladios), la lance (lancia) ou le javelot (gaballacos). « Ces mots gaulois sont une mémoire endormie, un patrimoine immatériel… » Jacques Lacroix, linguiste Guerriers, les Gaulois ont aussi la capacité d’envisager la paix. Le radical ambacti a donné « ambassadeur », indique Jacques Lacroix, et vassos, le « vassal » et le « valet ».


Du paysage à l’agriculture

Dans l’espace qui nous entoure, le gaulois est partout encore. Lande, bruyère, dune, talus, grève, berge, gravier, galet, marne, glaise, bourbe, boue, combe, aven, etc. Une dizaine de noms d’arbres « tirent aussi leur appellation des habitants de la Gaule : l’alisier, le bouleau, le cormier, le coudrier, l’érable, mais aussi l’if, le chêne, le mélèze, le sapin… » détaille le linguiste. Naturellement, dans ce paysage gaulois, les Gaulois ont nommé les animaux. Des mammifères : daims et chamois de cambo-uxo, ou « haute courbe ». Des oiseaux : bécasses, alouettes, pinsons. Des poissons aussi : limande, saumon, lotte, tanche, truite, goujon, lamproie ou brochet. De l’animal sauvage à l’animal domestique, il n’y a qu’un pas. Jacques Lacroix y ajoute le mouton, le bouc (qui donnera aussi le « boucher »), la truie, le goret, le cheval…

 

Du travail à la spiritualité

Le gaulois a imprégné l’ensemble des domaines dans lesquels le peuple excellait. Agriculture et élevage, certes, mais aussi l’artisanat et notamment le travail du textile, du cuir, du bois ou du métal. Le drap, toujours actuel, mais aussi les « braies » passées de mode (de braga) qui a généré « braguette » et le verbe « débrayer ». Nos Gaulois qui exploitaient le fer du Pays d’Othe sont à l’origine des mots du verbe « creuser », des termes « mine » et « minerai », poursuit le Sénonais. Au forgeron qui le met en forme, on doit le « soc », la « gouge » ou la « tarière ». L’apport des Celtes est plus considérable encore dans le travail du bois. S’ils ont nommé des essences, ils sont également à l’origine des termes « charpentier », « charron », « tonnelier », « boisselier » et plus largement de la « souche », de la « bille » de bois ou du « copeau » (scolpellos). Et ils ont nommé aussi leur production artisanale : « berceaux », « baquet », « bassines », mais « barriques » et « tonneaux » aussi. Et une autre part du travail du bois bien plus élaboré avec les mots « chars », « charrettes » ainsi que le « charron » et la « charronnerie ».

Le gaulois est partout dans la toponymie, l’exemple du thème kanto

Une culture dissoute dans le chaudron

La spiritualité des Gaulois nous échappe davantage, mais les mots ont laissé des jalons et sont sources d’une certaine poésie. L’alouette — du gaulois alauda — « emporte droit dans l’au-delà l’âme des guerriers celtes morts au combat, dans son vol vertical », explique Jacques Lacroix. La noisette — symbole de richesse intérieure, de vie éternelle de l’esprit — est présente dans un vieux synonyme, le « coudier », issu du mot collos. L’if — symbole de longévité — émane du gaulois ivos. Le chêne — de cassanos — est symbole de force. Le druide, enfin, de deru, autre terme relatif au chêne. Ces mêmes druides par lesquels la culture celte était transmise oralement, à certains initiés, et qui s’est dissoute dans le chaudron gallo-romain.

Source : Nord Éclair


Les irréductibles mots gaulois

par Jacques Lacroix
aux éditions Lemme Edit
à Chamalières,
paru en septembre 2020
156 pp.
ISBN : 978-2-917575-89-5
EAN : 9 782 917 575 895

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