mardi 26 novembre 2019

Cygne des temps — Cambridge ôte tableau giboyeux qui dérangeait des végétariens

La célèbre université britannique a retiré une peinture flamande du XVIIe siècle qui vexait des élèves véganes.

Des élèves végétariens ont prétendu que l’œuvre, installée dans le réfectoire, leur faisait perdre l’appétit. Copie du milieu du XVIIe siècle en provenance de l’atelier de l’artiste anversois Frans Snyders, le tableau représente un étal de gibiers où sont exposés un sanglier, un cerf, des poules en cage et des gibiers à plumes pendus à des crochets. Il était prêté à l’université par le musée Fitzwilliam.

Le tableau de Frans Snyders — Étal de gibiers

En retirant cette peinture, Cambridge a souhaité fait preuve de « sensibilité » pour ceux qui « n’aiment pas manger de la viande », selon une source proche du musée citée par le Washington Post. S’il n’y a pas eu de « situation agitée », l’université a simplement estimé que ce n’était « pas le tableau le plus approprié » pour le lieu. « Certains élèves se seraient sentis incapables de manger parce qu’il était accroché au mur. Les gens qui ne mangent pas de viande le trouveraient répugnant. Ils ont demandé à ce qu’il soit décroché », raconte un porte-parole du musée au Daily Telegraph. On ne sait pas si la vue insupportable de viande dans les assiettes de commensaux ne va pas mener à la suppression de la viande des menus du réfectoire.

La toile alors encore installée dans le réfectoire

Ce n’est pas la première fois qu’une université britannique prend une telle décision. Plus tôt dans l’année, le Goldsmiths College a annoncé qu’il supprimait la vente de tous les produits à base de bœuf, en réponse à un appel lancé par des étudiants pour lutter contre le réchauffement climatique. Un an auparavant, le Pembroke College, à Cambridge, avait annoncé qu’il réviserait ses menus quand des étudiants ont reproché que les plats de « cuisine du monde » étaient une « appropriation culturelle » offensante…



Le Canada vu de loin : un pays avec un singulier manque d'adultes

Barbara Kay dans le National Post a demandé à Douglas Murray s’il suivait de près les incidents plus flagrants au Canada dans le cadre de la culture de l’annulation de la dissidence.

Oui, tout à fait ! Et il avait un conseil incisif pour nous. « Vu de l’extérieur, le Canada n’a pas l’air d’aller bien pour le moment. Le Canada est la source de plusieurs scandales politiquement corrects et cela de façon disproportionnée par rapport à  votre population.

Vu de loin, on a l’impression qu’il y a un manque d’adultes au Canada. Un sérieux manque d’adultes. Qui diable avait jamais entendu parler de l’Université Wilfrid Laurier ? C’est une université de troisième ordre selon les normes canadiennes, sans parler des normes internationales. Maintenant, tout le monde connaît l’Université Wilfrid Laurier à cause du manque d’adultes sur le campus et du fait qu’ils y pratiquaient l’intimidation (politiquement correcte contre Lindsay Shepherd). […]

Et à quoi se résume l’histoire de Meghan Murphy (ci-contre) vu de l’étranger ? Il semble que les activistes trans détestent les femmes — les détestent — ne peuvent pas les supporter — trouvent les femmes dégoûtantes. Voilà ce qui se passe pour nous. Nous voyons des femmes nées femmes se faire intimider. Cela ne ressemble pas à de la justice sociale. Cela ressemble au militantisme, à la pression d’une foule militante, contre les femmes. Le Canada peut-il protéger les femmes ? Le Canada souhaite-t-il protéger les femmes ? Ce sont de bonnes questions qu’il faut que votre société. se pose »

 
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Douglas Murray : « On dresse les gays contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes »

Résumé de certains incidents liés à Meghan Murphy.

Meghan Murphy a contribué en tant qu’éditrice et rédactrice au site progressiste rabble.ca de 2011 à 2016. En octobre 2016, elle a quitté cet emploi après qu’un de ses articles — critiquant le langage utilisé par Planned Parenthood qui parlaient des femmes comme des « menstruatrices » — avait été retiré sans en l’informer. Le rédacteur en chef Michael Stewart avait alors estimé qu’elle avait utilisé un langage transphobe et qu’elle était allée à l’encontre de la politique journalistique de Rabble. Dans un courriel adressé à Murphy, l’éditeur de Rabble, Kim Elliott, a déclaré que « l’article niait l’identité sexospécifique des hommes [sic] trans qui ont leurs règles en laissant sous-entendre que si une personne a des ovaires et un utérus, elle demeure en vertu de ces marqueurs biologiques, une femme ».

À la fin de 2018, Twitter a modifié sa politique en matière de « conduite haineuse » et de harcèlement pour interdire officiellement d’appeler intentionnellement une personne trans en utilisant les mauvais pronoms ou en utilisant leurs noms antérieurs à leur « transition ». À partir d’août 2018, Mme Murphy a déclaré que son compte Twitter avait été verrouillé plus d’une fois après avoir tweeté sur des questions touchant les femmes transgenres. Twitter a suspendu définitivement le compte de Murphy à la fin de novembre 2018, après qu’elle ait qualifié de « lui » un homme trans qui se dit femme. Le 11 février 2019, Murphy a déposé une poursuite contre Twitter en réponse à son interdiction. La poursuite a été rejetée au début de juin, mais Murphy a déclaré qu’elle avait l’intention de faire appel.

À la fin octobre, des dizaines de militants LGBTQ ont bruyamment manifesté mardi soir à l’extérieur d’une bibliothèque publique à Toronto où Meghan Murphy donnait une conférence. Une centaine de personnes, majoritairement des femmes, ont assisté à la conférence malgré la foule intimidante à l’entrée de la bibliothèque. À la sortie du bâtiment, les personnes venues écouter Meghan Murphy étaient prises à partie par la foule militante.

On notera que l’article de Radio-Canada (1 milliard de vos impôts par an) qui relate cet incident à Toronto décrit perfidement Meghan Murphy comme une « féministe autoproclamée refusant de reconnaître les personnes trans ». On ne sait ce qui permet à la SRC d’ajouter ce mesquin « autoproclamée » et de caricaturer à ce point l’opinion de Mlle Murphy sur les trans. Rappelons que Mlle Murphy a entamé ses études en 2004 à l’Université Simon Fraser (SFU) et qu'en 2010 elle a obtenu un baccalauréat en études des femmes. En 2012, elle a complété une maîtrise en genre, sexualité et études féminines, également à la SFU. Elle a également fondé « Feminist Current » un site qui se présentant comme le « site Web féministe le plus important au Canada », sa mission est de fournir une perspective unique sur la violence masculine envers les femmes, la culture pop, la politique, l’actualité, la sexualité, le genre et bien d’autres. Celles-ci sont souvent sous-représentées ou mal représentées par les médias traditionnels, progressistes et féministes ».





« On dresse les gays contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes »

Douglas Murray
Figaro Magazine — Les recherches sur le genre ou l’identité ethnique fleurissent à l’université. Mais le titre de votre livre est « La Grande Déraison » : voulez-vous dire par là que l’obsession pour ces thèmes s’est répandue dans toute la société ? Et de quelle manière ?

Douglas Murray — Oui, je retrace en résumé l’irruption de ces sujets à tous les niveaux de la société. Ce sont surtout les universités américaines qui ont absorbé une partie du corpus philosophique de la « French Theory » (essentiellement les thèses de Michel Foucault). Elles la font passer pour une discipline universitaire, qui doit attirer sans cesse de nouveaux étudiants, et avec eux, des sommes importantes d’argent : c’est un véritable système de Ponzi. D’autant que si leur prestige universitaire est certain, leur pensée demeure largement incompréhensible. Leur usage peut devenir transdisciplinaire : on a ainsi vu se développer au cours des dernières décennies des « études » de toutes sortes : « black studies », « queer studies », etc. Et comme ces domaines de recherche factices s’auto-alimentent, puisque ceux qui en sont diplômés ont ensuite des postes au sein de ces mêmes universités, les théories postmodernes de la déconstruction ont peu à peu irrigué tout le reste de la culture. On en fait même aujourd’hui des armes politiques, au travers de concepts comme la justice sociale, les politiques identitaires ou « l’intersectionnalité » — le mot le plus laid que notre époque ait inventé !

Quelles critiques formulez-vous à l’égard du concept d’« intersectionnalité » ?

C’est une idée vaine, contradictoire, et qui n’est sous-tendue par aucun fondement philosophique sérieux, aucun écrit notable. J’ai été stupéfait de constater la pauvreté intellectuelle de cette notion. Des universitaires comme Peggy McIntosh ont rédigé des textes « fondateurs » qui ne consistent en réalité qu’en une longue énumération de pétitions de principe et de revendications ; puis ce système de pensée a été enseigné aux élèves du monde entier et s’est propagé dans les entreprises. Le monde ne fonctionne pas de la manière que décrivent les intersectionnalistes. Ne leur déplaise, n’en déplaise à Michel Foucault lui-même, le « pouvoir » n’est pas l’explication première et universelle de tous les phénomènes sociaux. Le postulat principal de l’intersectionnalité, à savoir que toutes les oppressions se rejoignent et font système, et que, par conséquent, elles doivent être combattues ensemble, est absurde. Par exemple, si vous combattez la transphobie, vous ne mettrez pas un terme au patriarcat, et il est fascinant de voir à quel point le combat pour les droits des personnes transsexuelles va à l’encontre des principaux acquis du féminisme. On réalise même peu à peu que les trans remettent en cause certains des droits conquis par les mouvements homosexuels.

Selon vous, ces luttes pour la justice sociale ont pris la place des grands récits narratifs qui servaient autrefois à « expliquer le sens de nos existences »…

En effet, car nos grands récits communs, politiques ou religieux se sont tous effondrés. Il fallait trouver du sens ailleurs : nous étions donc prédisposés à écouter l’enseignement des nouveaux prophètes qui viennent à présent expliquer que le but de nos vies est de nous battre pour la « justice sociale » et de lutter pour accorder sans cesse de nouveaux droits à des minorités de plus en plus groupusculaires…

Pourquoi la crise de 2008 a-t-elle accéléré la diffusion de ces nouvelles luttes ?

Fragilisées par la crise [les salaires qui stagnent en Occident, la dette étudiante aux États-Unis], les jeunes générations se sont inévitablement détournées du capitalisme, et le succès de systèmes de pensée prétendant pouvoir mettre fin à toutes les injustices du monde était prévisible : lorsque l’économie est en mauvaise santé, les sociétés sont davantage à la merci d’idéologies néfastes, leur système immunitaire est défaillant. Les théories qui sous-tendent le mouvement que j’analyse étaient en gestation depuis les années 1970 ou 1980, mais elles ne sont devenues dominantes qu’au cours de la dernière décennie. Et désormais, les groupes concernés ne se battent plus seulement pour leurs droits, mais instrumentalisent les individus les uns contre les autres à des fins politiques : on dresse ainsi les homosexuels contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes, ou les trans contre le monde entier.

Pourquoi avoir choisi d’étudier ensemble ces identités qui n’ont en apparence rien à voir (ethniques, sexuelles…) ?

Je suis frappé de voir à quel point ces thèmes dominent aujourd’hui le débat, et plus seulement à l’université ou dans la Silicon Valley. Dans l’entreprise ou l’administration, on recrute davantage en fonction de l’identité du candidat que pour les compétences professionnelles. On ne se demande plus qui exercera au mieux telle ou telle responsabilité, mais qui présente sur son profil les bonnes caractéristiques, de sorte que l’on ait l’air de coller au mieux aux dernières exigences diversitaires en vigueur. Que les choses soient bien claires : je suis favorable à l’égalité des droits. Mais les partisans des politiques identitaires ne s’arrêtent pas à l’égalité. Les minorités qui estiment avoir été victimes de discriminations entendent aujourd’hui obtenir réparation et exigent plus de droits que les autres groupes, au moins pour un temps. Notre culture ne fait plus des homosexuels (comme moi) des gens normaux, mais des individus meilleurs que les autres… Et malheureusement, sans vouloir nier l’existence du racisme dans l’Histoire, on voit se répandre l’idée qu’un Blanc a moins de valeur qu’un Noir. Par conséquent, les Blancs doivent « prendre conscience de leur privilège blanc », pour reprendre le vocabulaire des campus américains. On sent là comme un parfum de vengeance… Or, je suis favorable à l’égalité, pas à la revanche.

« La guerre a déjà été gagnée », écrivez-vous : quel est donc ce « syndrome de saint Georges » auquel vous faites allusion pour qualifier les luttes identitaires ?

C’est une expression qu’emploie le philosophe australien Kenneth Minogue, qui est décédé récemment, mais que j’ai eu la chance de connaître. Dans son livre The Liberal Mind (1961), il compare le libéralisme moderne au chevalier saint Georges après sa victoire sur le dragon : le héros ne se contente pas de son exploit, il part errer à travers la lande à la recherche d’un nouvel ennemi à pourfendre. Cette image est encore plus appropriée aujourd’hui : faute d’autres dragons, le chevalier part abattre la moindre petite bête qui croise sa route, et, dépité, finit par lancer son épée dans les airs. Si certains caricaturent nos sociétés occidentales comme étant profondément racistes, homophobes ou iniques, c’est qu’ils aimeraient connaître la même gloire que leurs prédécesseurs qui ont combattu avant eux d’autres formes d’oppression. Ils veulent leur propre dragon, pour trouver un sens à leur vie. Le paradoxe, c’est qu’alors même que nos sociétés n’ont jamais été aussi justes qu’aujourd’hui, on les décrit comme plus oppressives que jamais.

Au risque de voir reculer certains droits acquis ?

Oui. Ceux qui n’appartiennent pas aux minorités ne supporteront pas longtemps d’être ainsi humiliés et insultés. Le racisme antiblanc commence déjà à exaspérer de nombreux Occidentaux. Le féminisme actuel est si virulent à l’égard des hommes qu’il risque de générer, par retour de bâton, un recul du droit des femmes. Et je crois qu’il en va de même pour le mouvement LGBT : à force de voir des médias homosexuels promouvoir des drag-queens âgées de 10 ans seulement, ou répéter à longueur de journée que l’on peut être non binaire, leurs droits aussi seront peut-être un jour remis en question.

En quoi les réseaux sociaux aggravent-ils, selon vous, les conflits identitaires ?

Le modèle économique sur lequel se fondent les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook suppose que les gens se « corrigent » les uns les autres. Les plateformes encouragent la démoralisation de la société ; pire encore, elles ont politisé leurs algorithmes : j’ai été atterré de découvrir, en me rendant dans la Silicon Valley au cours de mes travaux, que des entreprises comme Google faussent délibérément les résultats des recherches des internautes pour orienter leur opinion, au point de déformer la lecture du présent et même la compréhension de l’Histoire… La Silicon Valley est l’endroit au monde où le gauchisme a le plus triomphé : ces firmes sont convaincues que nos sociétés sont racistes ou sexistes, et qu’il faut les guérir. Et, lentement mais sûrement, elles travaillent à vouloir changer le monde.

Pour pallier le risque de voir se renforcer les tensions sociales, vous recommandez de « dépolitiser » nos existences. Que voulez-vous dire par là ?

Je reconnais que c’est une préconisation contre-intuitive, et qui va surtout à l’encontre de l’esprit de l’époque : on ne cesse d’exhorter les plus jeunes à politiser chaque parcelle de leur vie. Je suis pour ma part déterminé à conduire mes lecteurs, et en particulier mes nombreux jeunes lecteurs, à ramer à contre-courant. Certes, la politique est une chose importante, mais elle n’épuise pas tout le sens de la vie humaine, et d’ailleurs de très nombreuses personnalités politiques diront la même chose que moi ! Surtout, lorsque l’on politise absolument tout, y compris la culture ou les relations entre les hommes et les femmes, alors on s’enferme dans une guerre de tous contre tous — et c’est un jeu à somme nulle.

Il faut sortir de cet abîme ! Les générations présentes sont les plus chanceuses de l’histoire humaine : nous avons un accès infini à l’information, grâce auquel nous pouvons communier à toutes les découvertes du monde, à condition d’être un tant soit peu astucieux et d’avoir une connexion internet. Ce serait terrible si les jeunes générations gaspillaient leur temps à faire la guerre aux hommes au nom du féminisme ou aux Blancs au nom de l’antiracisme. Et il reste bien d’autres combats à mener, plus justes et plus utiles, que les guerres identitaires que je décris dans mon livre.

Source : Figaro Magazine


The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity
de Douglas Murray
282 pages
publié le 17 septembre 2019
chez Bloomsbury Continuum
ISBN-10 : 1 635 579 988
36,05 $ CA

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lundi 25 novembre 2019

Bras de fer sur les commissions scolaires et la centralisation des pouvoirs

Une partie de bras de fer oppose les partis de l’opposition et le gouvernement Legault, qui souhaite adopter le projet de loi 40 sur l’abolition des commissions scolaires avant la pause du temps des Fêtes. Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEÉS), Jean-François Roberge, a toujours espoir de faire adopter le projet de loi 40 d’ici la fin de l’année « si les partis de l’opposition collaborent », a indiqué son cabinet au Devoir.

Ceux-ci répliquent qu’il est impossible d’entériner aussi rapidement ce projet hors de l’ordinaire, envers lequel ils ont d’importantes réserves, qui viendrait bouleverser l’équilibre des forces dans la gouvernance scolaire. La réforme du réseau de la santé par le ministre Gaétan Barrette, qui avait mené à l’abolition des régies régionales de la santé, avait nécessité près de cinq mois de travaux parlementaires avant son adoption, indique-t-on à Québec. Le projet de loi 40 est aussi important, mais les auditions en commission parlementaire n’ont commencé que le 4 novembre dernier. Il est hors de question que les partis « bâclent leur travail », souligne la députée libérale Marwah Rizqy. « Une réforme de cette ampleur ne peut fonctionner avec une approche bulldozer. Le ministre doit avoir l’appui des gens qui l’appliqueront sur le terrain », ajoute sa collègue péquiste Véronique Hivon. La députée solidaire Christine Labrie a aussi invité le ministre à tenir compte des critiques envers le projet de loi, mercredi à l’Assemblée nationale.

Avant même le début de l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire, de nouvelles voix s’élèvent pour critiquer cette réforme phare du gouvernement Legault. « On espère que le ministre Roberge va retravailler son projet de loi, qui cache des modifications beaucoup plus importantes qu’un simple changement de nom des commissions scolaires », dit Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), marqué à gauche.

Dans une fiche technique qui sera rendue publique jeudi, l’IRIS fait valoir que le projet de loi centraliserait des pouvoirs entre les mains des bureaucrates et du ministre de l’Éducation sans renforcer la capacité d’agir des parents contrairement à ce que prétend le gouvernement.

 Le ministre Roberge cherche aussi à réduire au silence un palier intermédiaire de gouvernance — les commissaires (trop mal) élus — qui ne se gêne pas pour critiquer les décisions du gouvernement.

L’IRIS partage le constat émis la semaine dernière par Yvan Allaire et Michel Nadeau, de l’Institut sur la gouvernance : le conseil d’administration des futurs centres de services scolaires n’aurait que le pouvoir d’approuver les décisions proposées par des bureaucrates. Des comités formés d’« experts » (directions d’école ou gestionnaires scolaires) proposeront la répartition des ressources entre les établissements, les orientations pédagogiques et la priorisation des budgets. Les parents auront beau détenir 8 des 16 sièges sur le conseil d’administration des centres de services (qui remplaceront les commissions scolaires), ils n’auront pas de réels pouvoirs, estime l’IRIS. Surtout qu’ils devront siéger bénévolement à la fois sur le conseil des centres de services et sur un conseil d’établissement. « Ça représente beaucoup d’heures de bénévolat pour des parents de jeunes enfants qui ont déjà des horaires bien remplis », dit Ève-Lyne Couturier.

Concurrence et choix (limité)

L’IRIS estime aussi que le projet de loi « accentuera la mise en concurrence des écoles » — ce qui est pourtant en soi une très bonne chose —, car il simplifiera l’inscription d’élèves sur un autre territoire que celui de leur centre de services scolaires. « Les parents pourront magasiner leur école sur l’ensemble du territoire du Québec, dit la chercheuse. On transforme les écoles en petites PME qui devront avoir un département de marketing pour aller chercher davantage de clientèle. Les écoles sont financées en fonction du nombre d’élèves. Si moins de parents choisissent leur école de quartier, elle aura moins de ressources. On ne voit pas trop le problème, si ce n’est que les écoles n’auront toujours pas plus de liberté pédagogique, de recrutement ou de publicité...

 Résultat : on peut prévoir que les écoles à projet particulier qui sélectionnent leurs élèves (arts-études, sports-études, programme international) se multiplieront encore, ce qui nuira à la mixité scolaire. On ne comprend pas très bien ce que mixité scolaire signifie ici : parle-t-on de mixité sociale, ethnique ? Mais les bons élèves des quartiers aux mauvaises écoles pourront, au contraire, s’inscrire plus facilement à l’école de leur choix sur l’ensemble du territoire !

Les élèves les plus vulnérables sont tirés vers le haut par les élèves les plus forts, tandis que ceux-ci ne souffrent pas de la présence d’élèves en difficulté, prétend l’IRIS. Pour que cela soit vrai et que tout le monde suive, il faut que le programme soit nivelé par le bas, les bons élèves ne sont pas pénalisés parce que le programme est sous-dimensionné pour eux : ils n’apprennent pas grand-chose.

Mais comme les écoles ordinaires n’accueillent que des élèves ordinaires, les élèves les plus faibles sont susceptibles de rester faibles. C’est déjà le cas dans les quartiers desservis par de mauvaises écoles, mais les élèves en sont captifs.

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Le déclin démographique des Canadiens français au Québec

Les Canadiens français ne représenteront plus que 45% de la population du Québec en 2050, selon une étude démographique du chercheur autonome Charles Gaudreault.


Entrevue de Jacques Gaudreault avec Dutrizac le 22 novembre 2019 à 7H03




L'entrevue par Benoit Dutrizac du chercheur Charles Gaudreault sur le déclin démographique des Canadiens français au Québec.


Voir aussi l'étude (en anglais) qui annonce que les Canadiens français seront minoritaires en 2040 :

The impact of immigration on local ethnic groups' demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec"







dimanche 24 novembre 2019

Médias — La bien-pensance et les bobards d'un gros média

On parle souvent de formation scolaire aux médias. Cette formation, selon certains, devrait permettre aux enfants de mieux décrypter les nouvelles auxquels ils sont soumis ; de débusquer les bobards et autres fausses nouvelles.

Dans cette optique nous présentons cette analyse du Quotidien émission de grande audience en France qui rassemble plus de 1,3 million de téléspectateurs chaque soir de la semaine en France. Céline Galipeau au Téléjournal de Radio-Canada à 22 h fait une moyenne d’écoute de 298 000 spectateurs.

Le dernier numéro de Valeurs actuelles se penche sur « La tyrannie des bien-pensants », consacré à l’émission Quotidien et illustré en couverture par une photo de son présentateur Yann Barthès. Vexé, ce dernier a décidé d’en pirater la parution en diffusant le contenu intégral sur les réseaux sociaux, la veille de sa publication. Le groupe Valmonde, éditeur de Valeurs actuelles, a décidé, face à la grave atteinte aux droits d’auteur commise par les équipes de « Quotidien », d’engager une procédure judiciaire afin de voir ces agissements sanctionnés et obtenir réparation du préjudice subi.

Cette enquête sur les dessous de Quotidien analyse ses pratiques, notamment par Ingrid Riocreux, spécialiste du langage médiatique, décrypte ses nombreux bobards et dresse un portrait de son animateur et producteur emblématique. Charlotte d’Ornellas dresse une liste, non exhaustive, des intox répandues par Le Quotidien, parmi lesquelles la pseudo contre-enquête sur le quartier du Haut du Lièvre à Nancy où a grandi Nadine Morano, devenu un quartier islamiste.

Bien évidemment, ce genre de manipulations, d’occultations, de sélectivité et de montages tendancieux n’existent pas qu’en France.



Témoin grotesque, raccourcis, arrangements avec le réel... Quelques petits mensonges de Quotidien de cette année 2019.

« Quotidien » : ces anonymes qui ont vu leur vie basculer après avoir été humiliés par l’émission

Par Ingrid Riocreux

samedi 23 novembre 2019

Peter Taalas, responsable du climat à l’ONU : « Arrêtez de vous inquiéter, faites des bébés ! »

Texte de Ben Johnson traduit par Benoît Perrin.

Le changement climatique est peut-être un problème, mais il ne détruira pas le monde. C’est ce qu’affirme le chef de l’agence des Nations unies consacrée au climat. Il ajoute que les jeunes gens ne doivent pas arrêter d’avoir des enfants.. Selon lui, la rhétorique alarmiste des « catastrophistes et extrémistes » selon laquelle les bébés vont détruire la planète « ressemble à l’extrémisme religieux » et « fera peser un poids supplémentaire » sur les jeunes femmes en « provoquant de l’anxiété ».

Petteri Taalas n’est pas un « négationniste climatique ». Il est secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’agence spéciale de l’ONU sur la météo et le climat, qui compte 193 états membres. Le dernier rapport de l’OMM sur le climat mondial affirme qu’il existe des preuves de l’existence de facteurs anthropiques à l’origine des émissions de carbone. Cependant, il ne met pas en lumière de « lien causal » avec les catastrophes naturelles. L’avant-propos de Taalas a été suivi de déclarations du secrétaire général de l’ONU et du président de l’Assemblée générale de l’ONU. Et Taalas a récemment appelé à une « action urgente pour le climat ».

Cela rend ses paroles apaisantes d’autant plus significatives.

Le changement climatique causé par l’homme, dit Taalas, « ne sera pas la fin du monde. Le monde devient de plus en plus difficile. Dans certaines parties du globe, les conditions de vie se détériorent, mais les gens ont survécu dans des conditions difficiles. »

La véritable menace aujourd’hui, dit-il, vient de l’extrémisme environnemental malavisé, qui exige que les hommes apportent des changements radicaux à leur vie économique — et personnelle —, sous peine de devenir complices d’un génocide.

« Alors que le scepticisme climatique est devenu moins problématique, nous sommes maintenant contestés de l’autre côté », dit Taalas. « Ce sont des rabat-joie et des extrémistes. Ils profèrent des menaces. »

À titre d’exemple de propositions extrêmes, Taalas dit que ces militants « exigent zéro émission [de carbone] d’ici 2025 ».

Et leur foi rivalise avec celle du fanatique religieux le plus convaincu, affirme Taalas au journal financier finlandais Talouselämä (qui se traduit par « vie économique ») le 6 septembre (traduction anglaise ici).

« Les rapports du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] ont été lus de la même manière que la Bible. Vous essayez de trouver certains éléments ou sections à partir desquels vous essayez de justifier vos opinions extrêmes. Cela ressemble à l’extrémisme religieux », dit Taalas.

Cet environnement polarisé a un impact négatif sur la santé mentale des jeunes, en particulier les femmes qui veulent avoir des enfants.

« L’atmosphère créée par les médias a provoqué de l’anxiété. L’idée la plus récente est que les enfants sont une chose négative. Je m’inquiète pour les jeunes mères, qui sont déjà sous pression. Cela ajoute un poids supplémentaire sur leurs épaules. »

La personne la plus importante à poser cette question cette année a été le député Alexandria Ocasio-Cortez, qui a demandé dans une vidéo sur les médias sociaux : « Est-il acceptable d’avoir encore des enfants ? » Les écologistes avertissent que la plus grande empreinte carbone qu’une personne laissera jamais est le fait d’avoir des enfants. Le sénateur Bernie Sanders a récemment suggéré que les contribuables américains devraient financer l’avortement dans le monde entier afin de « réduire la surpopulation ». Manger de la viande réchaufferait aussi la terre à cause de ce que le Green New Deal qualifiait carrément de « vaches qui pètent ».

Taalas rejette ces préoccupations : « Si vous vous mettez à vivre comme un moine orthodoxe », célibataire et avec un régime végétalien pendant les saisons de jeûne, « le monde ne sera pas sauvé pour autant ».

Taalas mérite d’être entendu, à une époque où l’expression de « changement climatique » ne peut être prononcée sans le mot « catastrophique » : « S’adapter au changement climatique sera peut-être moins douloureux que d’adopter des solutions pour le prévenir. »

Comme je l’ai noté lorsque le prince Harry et Meghan Markle ont annoncé qu’ils prévoyaient d’avoir « maximum » deux enfants, le rapport largement cité (et probablement peu lu) du GIEC estime le coût de la réparation de la planète si les politiques ne font absolument rien :

Le GIEC a constaté que si les gouvernements du monde entier ne font rien pour réduire les émissions de CO2, ce qu’elle appelle « le scénario de référence sans politique », cela entraînera « une perte du produit intérieur brut (PIB) mondial de 2,6 % » d’ici 2100.

Comparez cela, momentanément, au coût d’un effondrement de la population. Le FMI a constaté que dans les pays les plus développés comme le Royaume-Uni, la seule hausse des dépenses de santé publique « entre 2015 et 2050 équivaudrait à 57 % du PIB actuel, et la valeur actuelle nette de l’augmentation entre 2050 et 2100 atteindrait 163 % du PIB. »

Si la population diminue, le seul coût pour les systèmes de protection sociale dépasse largement le coût de l’adaptation. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les propositions qui élimineraient des emplois et des possibilités en interdisant des industries utiles ou en redistribuant la richesse ne feront qu’aggraver la situation. Les 93 000 milliards de dollars du Green New Deal ne méritent peut-être pas d’être dépensés.

Le regret de toute une vie de ces femmes qui n’auront jamais les enfants qu’elles auraient voulu, n’est pas anodin.

Nous devons être bien conscients que ni les géants de l’entreprise que la gauche écologiste condamne, ni l’élite politique qu’elle valorise, ne supporteront le pire des changements économiques à venir. Souvent, ils n’adoptent pas non plus les changements de mode de vie qu’ils ont proposés. Ted Turner, ardent promoteur de la réduction de la population, a lui-même cinq enfants et élève des bisons. Les riches et les puissants auront toujours suffisamment de ressources pour faire face aux conséquences. Les pauvres et les classes moyennes du monde entier n’ont pas les moyens de se procurer de la viande ou de voyager, sont privés de possibilités d’emploi et leurs impôts augmentent de façon astronomique. Ce sont eux qui seront les plus durement touchés.

Nous devons décider sagement quand, comment et si nous voulons nous adapter. Nous devons analyser la contribution de l’homme au changement climatique, identifier les pays qui en sont les principaux responsables et peser le coût de l’imposition de solutions souvent draconiennes par rapport au coût réel de l’adaptation à un environnement légèrement plus chaud. Et nous devons le faire en sachant que nous sauvons la planète dans un seul but : la transmettre à la génération suivante.

En ce qui concerne le changement climatique, il ne suffit pas d’agir. En tant que chrétiens, nous devons au monde notre prudence.

Québec — Pénurie de main d'œuvre ou pléthore de petits boulots mal payés à pourvoir ?

Entretien de Mathieu Bock-Côté avec Jacques Houle (lire son Disparaître) sur l’idée selon laquelle il faut encore augmenter les seuils d’immigration légale pour palier la « pénurie de main d’œuvre ».

MBC. Jacques Houle, vous êtes l’auteur de Disparaître, un ouvrage consacré à la question de l’immigration au Québec. Le principal argument avancé par ceux qui veulent conserver des seuils d’immigration très élevés, et même, les augmenter, est que le Québec connaîtrait une pénurie de main-d’œuvre. Est-ce vraiment le cas ? Que penser de ce discours ?

JH. Brandir la menace imaginaire de pénurie de main-d’œuvre pour justifier le maintien de seuils d’immigration élevés dépassant notre capacité maximale d’intégration (30 000) relève de la manipulation. En fait, la littérature économique indique clairement que le monde fait face non pas à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, mais bien à une pénurie d’emplois de qualité. En effet, selon une étude de la Banque mondiale, l’économie mondiale aura besoin de 600 millions d’emplois de qualité d’ici 2030 ! Le Québec n’échappe pas à cette tendance lourde comme le démontre l’expérience souvent amère des 80 000 à 85 000 jeunes québécois et québécoises qui arrivent sur le marché du travail chaque année et qui sont souvent obligés d’accepter des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés. Selon l’Institut de la Statistique du Québec, près du tiers des travailleurs québécois sont surdiplômés pour les emplois qu’ils occupent. Chez les diplômés de niveaux collégial et universitaire, le taux de surdiplômation en emploi atteint 40 %.

Ce que ne disent pas ceux qui rabâchent avec la régularité d’un métronome la fable de la pénurie de main-d’œuvre, c’est que l’expression pénurie de main-d’œuvre sert à masquer les difficultés de recrutement systématique causées par des salaires trop bas, du temps partiel fréquent ou des horaires atypiques. D’ailleurs, plus de 60 % des pénuries de main-d’œuvre ont comme point commun de payer des salaires inférieurs à 15 $ de l’heure. Les trois professions en pénurie au Québec sont : serveurs et serveuses, vendeurs et vendeuses, caissiers et caissières auxquelles il faut ajouter pour faire bonne mesure, les manœuvres de tout genre. Ce que ne disent pas les associations patronales comme la Chambre de commerce de Montréal, c’est que le résultat réel de leur insistance à réclamer plus d’immigrants contribue à alimenter le réservoir d’immigrants forcés à accepter les emplois précaires à bas salaires que ne veulent plus les natifs ainsi que les immigrants plus anciens.


Les milieux d’affaires seraient plus convaincants s’ils s’efforçaient de convaincre les employeurs rétrogrades à imiter Costco qui évite la pénurie d’employés en offrant de très bons salaires. Dans un article récent du Journal de Montréal (15 novembre 2019), on apprend que ce géant du commerce au détail, avec ses 8500 employés québécois, offre à un caissier avec 6 ans d’expérience, un salaire de 28,25 $ de l’heure ; son salaire annuel est donc de 55 087 $.

Ce qui confirme le bien-fondé de ma thèse : il n’y a pas au Québec de pénuries de main-d’œuvre, mais uniquement des postes vacants de façon persistante en raison de salaires trop bas et d’autres conditions de travail non compétitives. La solution n’est donc pas plus d’immigrants, mais de meilleures conditions de travail, dont un salaire décent pour les quelque 825 000 salariés québécois qui gagnent moins de 15 $ de l’heure. [Note du carnet : Et une plus grande automatisation des emplois rébarbatifs ou répétitifs, mais cela nécessite des investissements qui ne seront consentis que lorsque les employeurs sauront que la solution de facilité — l’immigration massive d’employés corvéables mal payés — ne leur sera plus possible.]

MBC. Quels sont les principaux corporatismes présents dans le débat sur l’immigration ? Que répondre par exemple au lobby des cégeps et des universités qui s’oppose lui aussi à toute baisse des seuils ? Comment expliquer le positionnement des syndicats en faveur de seuils d’immigration aussi élevés ?

JH. Il est évident que les partisans les plus acharnés de l’impératif du « toujours plus d’immigrants », sont ceux-là mêmes qui en tirent les plus grands avantages. En tête de peloton, on retrouve, sans surprise, les patrons d’entreprises à la recherche de main-d’œuvre immigrée contrainte d’accepter des salaires de misère et les politiciens qui pratiquent un clientélisme électoral tous azimuts.

Mais les gagnants de l’immigration de masse se retrouvent aussi au sein de la classe moyenne supérieure qui profite d’une présence immigrante forte sans en subir la concurrence directe. Michèle Tribalat, qui fut directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques de France, nous éclaire sur le débat qui oppose les gagnants et perdants de l’immigration lorsqu’elle écrit : « Or, des intérêts de classe existent bel et bien sur la question de l’immigration puisque ce sont les salaires des moins dotés en qualifications qui sont pénalisés par l’immigration (...) alors que les employeurs et les salariés qui ont les moyens de profiter des divers services rendus par les immigrants garde d’enfants, repas, ménage notamment — sont les bénéficiaires. » (Les Yeux grands fermés)


Quant aux institutions d’enseignement supérieur, on constate qu’ils se présentent souvent dans le débat sur l’immigration comme étant au-dessus de la mêlée. Or, les cégeps et les universités ne sont pas des partis neutres dans le débat sur l’immigration comme on a pu le constater lors de la controverse autour des étudiants étrangers. Comme le rappelle avec pertinence le Premier ministre Legault, le secteur de l’enseignement supérieur veut plus d’étudiants étrangers parce qu’ils rapportent plus d’argent ! Et comme le précise Joseph Facal dans le Journal de Montréal du 19 novembre, en niant l’évidence, cela revient à « nous prendre pour des cons ». Notons par exemple qu’un étudiant en médecine de McGill paie 7 780 $ pour la première année s’il est québécois, et 45 884 $ s’il est un étudiant étranger. On repassera pour prétendre que le milieu de l’enseignement supérieur est neutre !...

Enfin, face aux syndicats, on reste perplexe face à leur prise de position en faveur d’une immigration de masse qui, de toute évidence, freine la hausse naturelle des salaires et qui pénalise par le fait même les travailleurs et les travailleuses les plus vulnérables sur le marché du travail du Québec et ce, natifs et immigrants confondus.

MBC. Est-ce que nous assistons en ce moment à un vrai débat démocratique sur l’immigration ou est-il comme hier contrôlé, limité et même étouffé ?

JH. Le débat sur l’immigration de masse est généralement faussé parce que les partisans de celle-ci monopolisent toutes les tribunes médiatiques ou autres tandis que ceux qui soulèvent des questionnements sur ses effets réels sont souvent ignorés.

J’ai personnellement subi cette censure blanche : lors de la sortie de mon essai précédent intitulé Il était une fois des usines, Hurtubise 2014, j’ai eu droit à de généreuses recensions notamment dans Le Devoir et La Presse en plus de trois entrevues à la radio de Radio-Canada à Montréal, Québec et Ottawa, mais, depuis la sortie de mon essai Disparaître ? qui traite de l’immigration, les mêmes médias ont observé un mutisme complet même si le livre a connu un succès de librairie certain !... On peut alors déduire qu’il y a des sujets tabous...


Pire encore, certains observateurs bien intentionnés qui posaient de bonnes questions au sujet des conséquences d’une immigration trop élevée, ont été qualifiés abusivement de xénophobes voire de racistes. Pour mieux comprendre ce climat chargé de peurs qui interdit un véritable débat démocratique, il est bon de recourir encore une fois à Michèle Tribalat qui nous éclaire sur le sujet quand elle fait remarquer : « Mais faire peur et empêcher tout débat sur les effets réels de l’immigration a l’énorme avantage d’éviter de dévoiler ses intérêts propres. » C’est vrai aussi pour le Québec ; en effet, l’immigration de masse profite à de puissants lobbys qui se gardent bien de divulguer les énormes avantages qu’ils en retirent et qui sont aussi particulièrement discrets sur les coûts sociaux engendrés par des immigrants travaillant au salaire minimum qui bénéficient des services publics beaucoup plus coûteux que les sommes qu’ils verseront en impôts et taxes au cours de leur vie active.

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Famille moderne anglaise : premier père homo quitte son « mari » et tombe amoureux du petit ami de sa fille

Barrie et Tony Drewitt-Barlow, le premier couple homosexuel à être devenu parents en Grande-Bretagne en 1999, a annoncé son divorce dans les colonnes du Sun, tandis que Barrie est tombé amoureux du petit ami de sa fille, Saffron [le « safran » en français].

Clap de fin pour Tony et Barrie Drewitt-Barlow. Dimanche 17 novembre, le premier couple homosexuel de Grande-Bretagne à être devenu parents a annoncé son divorce dans les colonnes du Sun. La raison : Barrie est tombé amoureux d’un autre homme. Et pas de n’importe qui, puisqu’il s’agit de Scott Hutchison, le petit ami de leur fille Saffron, âgée de 19 ans. Après avoir vécu une idylle secrète durant huit mois, le millionnaire de 50 ans et son compagnon de 25 ans ont annoncé qu’ils comptaient se marier, recevant notamment la bénédiction de Tony.

De gauche à droite, Saffran, Barrie, Aspen et Tony.
Tony est « Dad », Barrie « Daddy » et Hutchison est l’ex-copain et le nouveau « beau-père » de Saffron.


« Je suis tombé amoureux de Scott et il en a fait de même. Je me sens stupide à mon âge d’avoir ces sentiments pour quelqu’un d’autre que Tony et qui a la moitié de mon âge. Mais quand vous savez que quelque chose va bien, c’est bien. Nous n’avons pas fait de projets précis, mais j’aimerais épouser Scott », a annoncé Barrie Drewitt-Barlow au Sun, qui assure par ailleurs qu’il ne fait pas du tout une « crise ». « Si j’en faisais une, je m’achèterais une Porsche 911", précise-t-il. Néanmoins, si l’homme d’affaires de 50 ans a déjà des projets avec Scott Hutchison, pas question pour lui de quitter Tony pour autant...

En effet, toute la petite tribu du couple vit désormais sous le même toit, dans ce que Barrie Drewitt-Barlow nomme « une structure familiale très XXIe siècle ». Ainsi, les deux ex-époux vivent dans leur hôtel particulier en Floride avec leurs cinq enfants, ainsi que Scott. « Nos enfants sont toujours dans une structure stable, plus que dans beaucoup d’autres familles. Mais maintenant, papa a un nouveau compagnon et nous sommes une famille plus heureuse que jamais », a assuré le milliardaire. Impossible donc pour Barrie et Tony Drewitt-Barlow d’effacer leur amour de longue date, tandis qu’en 1999, ils ont été le premier couple gay à avoir deux enfants nés d’une mère porteuse, les jumeaux Saffron et Aspen [le tremble, l’arbre en français, un type de peuplier].  On écrase une larme de joie devant ce tableau si moderne et si idyllique dans la presse ragotière.

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Ohio — Loi pour protéger l'expression des convictions religieuses à l'école publique

La chambre des représentants de l’Ohio (Nord-Est des États-Unis) à majorité républicaine a adopté Ohio Student Religious Liberties Act of 2019. Son contenu sera maintenant débattu au Sénat, lui aussi majoritairement républicain.

Le projet de loi :
  • oblige les écoles publiques à donner aux élèves qui souhaitent se rencontrer à des fins d’expression religieuse, le même accès à l’école que celui qui est donné aux groupes d’étudiants laïques, sans égard au contenu de l’expression religieuse ;
  • supprime une disposition actuelle de la loi qui permet à un district scolaire de limiter l’exercice ou l’expression de la religion aux périodes de déjeuner ou à d’autres périodes non pédagogiques ;
  • autorise les élèves inscrits dans les écoles publiques à s’exprimer religieusement avant, pendant et après les heures d’école de la même manière et de la même manière qu’un élève peut s’engager dans des activités ou des expressions laïques avant, pendant et après les heures d’école ;
  • interdit aux écoles publiques d’interdire à un élève de s’exprimer religieusement dans l’accomplissement de devoirs, d’œuvres d’art ou d’autres devoirs ;
  • interdit aux écoles publiques de récompenser ou de pénaliser un élève en fonction du contenu religieux des devoirs, des œuvres d’art ou d’autres devoirs de l’élève.

Aux fins de ses dispositions, le projet de loi définit l’expression religieuse comme incluant l’un des éléments suivants :
  1. Prière ;
  2. Rassemblements religieux, y compris, mais sans s’y limiter, les groupes de prière, les clubs religieux, les rassemblements « vous voir au pôle » ou d’autres rassemblements religieux ;
  3. Distribution de documents écrits ou de littérature de nature religieuse ;
  4. Toute autre activité de nature religieuse, y compris le port de vêtements symboliques (notamment un maillot avec un message religieux) ou l’expression d’un point de vue religieux, à condition que l’activité ne soit pas obscène, vulgaire, offensante ou indécente.

Il s’agit de traiter de manière l’expression religieuse à l’expression d’autres opinions, notamment politiques.