mardi 12 septembre 2017

L’école et ses Khmers rouges (rediff)

La méthode syllabique, condamnée
par les Khmers rouges de l'éducation
Texte d'Éric Conan publié dans Marianne de cette semaine (11-17 septembre 2015) : 

C’était pourtant une bonne nouvelle.

Tombant à pic, en cette rentrée scolaire morose. Deux chercheuses publient une enquête expliquant les raisons du désastre de l’enseignement de la lecture. Et démontrent qu’elles ont la solution pour en finir avec ces 40 % d’écoliers entrant en sixième [6e année de scolarisation, fin du primaire] sans maîtriser le français.

Elles auraient dû être saluées en héroïnes par la ministre de l’Éducation et les syndicats d’enseignants. Qui les ont ignorées. Parce que leur conclusion est inaudible : l’enseignement de la lecture est catastrophique parce que les méthodes pédagogiques utilisées depuis trois décennies sont catastrophiques.

Ce constat n’est pas nouveau. De grands chercheurs, comme Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et spécialiste du cerveau, expliquaient que les méthodes courantes de lecture constituaient un « déni de la réalité scientifique ». Ils étaient ignorés. Ou traités de « réacs ». Mais Sandrine Garcia et Anne-Claudine Oller – qui ont osé titrer leur travail Réapprendre à lire – viennent de l’école Bourdieu. Et il faut lire leurs acrobatiques contorsions expliquant qu’elles n’ont rien à voir avec les horribles Polony, Brighelli ou Lafforgue. Prudence ou habileté ? Cela leur a peut-être suffi pour être accueillies par Libération qui n’en revient pas de leur « constat édifiant » : « Des méthodes dites progressistes, censées lutter contre les effets des inégalités sociales, les renforcent au contraire… » Et par le Monde, scotché : « Cette charge sévère et argumentée est inattendue. » Eh oui…

Au travers d’une lourde expérimentation avec des classes de CP [1re année du primaire] durant trois ans, les deux sociologues ont fait ce que le ministère a toujours refusé : évaluer pratiquement l’efficacité des méthodes d’apprentissage. Celles d’aujourd’hui et les anciennes, qu’elles ont remplacées. Résultat : non seulement les premières sont « génératrices d’échecs massifs », mais elles désavantagent les élèves d’origine « populaire » [souvent immigrée en fait]. Garcia et Oller montrent comment elles ont sauvé les élèves perdus, les transformant en une année en « bons lecteurs fluides ». Comment ? Avec des méthodes inavouables. Le « déchiffrage » des années 30. Et du harcèlement : « On les faisait beaucoup répéter. C’est tout simple – ce qui ne veut pas dire facile –, mais efficace. » Du « travail intensif ». Car selon elles, « l’évitement du travail scolaire » conduit à « un renforcement des inégalités ». De quoi, en effet, rendre muets tous les acteurs de l’éducation.

La ministre ? Difficile de ne pas se sentir visée par les allusions aux enseignements « abaissant les attentes, au nom de la “pédagogie de la réussite” ». Najat Belkacem suit la ligne de son ministère : ce qui ne marche pas doit être accéléré, généralisé, pour aboutir à l’égalité par la médiocrité. Toujours moins, comme le relevait un récent rapport : « L’effort d’écriture rebute les élèves et on le leur épargne. » Mettre fin au sadisme des cours directifs, en finir avec les notes, à la fois traumatisantes et révélatrices de l’abaissement du niveau.

Les syndicats ? Pénible, pour eux qui ratiocinent sur les fameux « moyens », d’entendre les deux sociologues railler la « mode » du « plus de maîtres que de classes » en expliquant que « deux enseignants dans le même espace n’apportent rien si les méthodes sont mauvaises ».

L’essentiel ? « Modifier les démarches et les contenus d’apprentissage. » Un vaste plan initiant les instituteurs aux méthodes efficaces serait plus utile que les 60 000 nouveaux postes. Les associations de parents d’élèves, qui ne cessent de plaindre les « pauvres-enfants — écrasés-de-travail » ? Les deux expertes leur conseillent, plutôt que ces activités périscolaires souvent nulles, d’« investir plus de temps dans l’entraînement ». Les « devoirs à la maison ». Et – horreur – « un peu de travail pendant les vacances ».

Autres grands silencieux, les ex-gourous du « niveau qui monte », les Meirieu, Baudelot, Establet, Dubet, etc. Réapprendre à lire raconte comment l’avant-garde de la linguistique post-1968 a fait carrière au ministère en y important des « convictions pédagogiques » relevant de « croyances » qu’une bureaucratie a « transformées en dogmes ». Ces Khmers rouges de la rééducation, « identifiant l’activité de déchiffrage des syllabes à celle du prolétaire privé de l’exercice de son intelligence par le travail à la chaîne », ont détruit ce qui réussissait. Et imposé des méthodes fantaisistes incompatibles avec le développement du cerveau du jeune enfant. Leur nuisance fut démultipliée quand Lionel Jospin leur a livré les fameux IUFM [Institut de formation des maîtres], où ils ont endoctriné des générations d’enseignants. Et massacré des générations d’élèves, dont l’échec a été « psychiatrisé ». Des victimes qualifiées de « dyspraxiques ou dyslexiques » et puis livrées aux « professionnels de la psychologisation de l’échec scolaire ou des troubles divers des apprentissages ».

Les deux chercheuses aggravent leur cas en estimant que les enseignements de l’orthographe et du calcul ont subi le même sort. Et en concluant que « le progressisme n’est pas toujours associé à ce qui fait progresser les élèves, mais à ce qui a été construit et imposé comme “pédagogiquement de gauche” ». Cela continue avec la réforme du collège, comme le note Philippe Tournier, secrétaire du syndicat majoritaire des chefs d’établissements : « On prend des décisions sur la base de croyances, de manière purement idéologique ! » L’école est victime d’un phénomène dont les pays de l’Est ont fait l’expérience : le pouvoir destructeur de l’idéologie. Elle régit toujours le ministère de l’Éducation qui, comme jadis le Kremlin, résiste aux démonstrations du savoir. Jacques Julliard a raison, il faut commencer par « raser la Rue de Grenelle » [le siège de l'Éducation nationale française].

Voir aussi

École, lecture et sciences cognitives : Quand expérimentation rime avec tradition

France : reportage sur les méthodes d'apprentissage de la lecture.

Méthodes d'apprentissage de la lecture

France — Les 166 000 décrocheurs doivent d’abord apprendre à maîtriser le français

Les étudiants seraient moins bons en orthographe que leurs aînés

Lecture — la catastrophe québécoise

Nombre de « grands lecteurs » en baisse

Québec — Près de la moitié des adultes ne sauraient pas lire de manière fonctionnelle

Europe — lecture des moins de 15 ans, une « situation alarmante »

Très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010

30% d'illettrés et de semi-illettrés de lecteurs inefficaces et lents en France ?

Résultats en lecture du français très médiocres, on impose l'anglais intensif de manière « brutale »

Le « mythe » de la Révolution tranquille


lundi 11 septembre 2017

France — Avenir de l’éducation (débat, vidéo)

Ce mercredi 6 septembre s’est tenu un débat sur l’avenir de l’éducation organisé à l’initiative de Paris Match en partenariat avec Acadomia.

Retrouvez ici l’intégralité de l’intervention d’Anne Coffinier (appelé parce que c’est Paris un « laïve » plutôt qu’un direct).

En présence de :
  • Catherine Bréchignac, Secrétaire perpétuelle de l’Académie des Sciences
  • Laurent Bigorgne, Directeur de l’institut Montaigne
  • Anne Coffinier, Directrice générale de la Fondation pour l’École (commence vers 11 min 15 secondes et à nouveau à la 36e minute)
  • Le Professeur Jean Pavlevski, Président des Éditions Economica
  • Philippe Coléon, Directeur général-associé d’Acadomia
  • Frédéric Dabi, Directeur général adjoint de l’IFOP


dimanche 10 septembre 2017

France — Création d'une label de qualité pour les écoles libres

La Fondation pour l’école, un organisme sans but lucratif français, communique au sujet des écoles « indépendantes » en France. Celles-ci, également appelées écoles « hors contrat », sont des établissements non subventionnés, elles sont plus libres sur le plan du recrutement, du programme et de la pédagogie que les écoles subventionnées dites « sous contrat » avec l’État.

Les écoles indépendantes font le choix de la Qualité avec la Fondation pour l’école, qui innove en lançant un Label de Qualité inspiré des normes internationales ISO 9000.

Pourquoi ce Label ?

1. Baisse générale du niveau des examens : de bons résultats au bac ou au brevet ne prouvent plus rien
2. Hausse de la part du contrôle continu au bac, dont sont exclus les élèves des écoles indépendantes
3. Interdiction de participer aux concours comme ceux du concours général (décision du Conseil d’État du 03/09/2009)

Comment alors évaluer la qualité des écoles indépendantes et de leurs élèves ?

Évaluer la qualité de la formation reçue, au regard des moyens mis en œuvre :
c’est le principe de la Qualité de type ISO 9000.

7 ans de travail – Un panel expérimental de 22 écoles — Qualité ISO 9000

Aujourd’hui, après 7 ans de travail, grâce à un travail rigoureux piloté par Denis Champart, polytechnicien et ancien administrateur d’AFNOR, la Fondation pour l’école est en mesure de proposer un Label de Qualité aux écoles, sur la recommandation de 2 certificateurs indépendants : ACTHEOS (pour la comptabilité) et IFACI Certification (pour le label proprement dit).

Pour qui ?

Si une telle démarche Qualité est répandue dans le supérieur, elle est encore inconnue pour l’enseignement primaire et secondaire. En se dotant d’un tel programme, les écoles indépendantes font figure de pionnières. À terme, le Label de Qualité a vocation à intéresser tout type d’établissement, y compris dans l’enseignement sous contrat. Le premier Label s’applique au primaire, mais un Label « second degré » et un Label « Montessori » sont bien avancés et seront proposés dès 2018.

PROFESSIONNALISME — CONFIANCE – PRÉCISION ET SIMPLICITÉ

  • La démarche Qualité vise l’amélioration permanente d’une structure, en permettant de résoudre efficacement et durablement les problèmes : conflits parents/professeurs, suivi des élèves, gaspillages, qualité des cours…
  • La démarche Qualité intervient aussi bien sur le plan de l’hygiène et de la sécurité des enfants que sur la qualité de l’enseignement. Elle améliore ainsi la confiance au niveau des relations des parents avec les professeurs et la direction.
  • La démarche Qualité maintient le personnel éducatif et administratif dans une veille permanente, à la recherche des dysfonctionnements, et de l’élaboration de solutions durables fondées sur le travail d’équipe et le retour d’expérience.
Samedi 30 septembre 2017, au Théâtre Montansier à Versailles, deux écoles pionnières, relevant de pédagogies très différentes, l’école Louis et Zélie Martin, à Angers, et l’école bilingue de Haute-Savoie, à Annecy, se verront remettre pour la première fois le Label de Qualité par la Fondation pour l’école. Un film sur l’élaboration du Label et des témoignages complèteront la cérémonie.

La Fondation pour l’école, facilitatrice d’initiatives éducatives

La Fondation pour l’école est un acteur de la société civile engagé en France depuis 10 ans au service de l’amélioration de l’instruction et de l’éducation de tous les enfants. En soutenant le développement d’écoles indépendantes et la diffusion d’une culture de la liberté d’enseignement dans les établissements scolaires publics comme privés, la Fondation contribue à renforcer l’efficacité et la justice du système éducatif français dans son ensemble.

La Fondation a été reconnue d’utilité publique par le Premier ministre (décret du 18 mars 2008). Habilitée à abriter des « fondations sous égide » depuis 2011, elle héberge 11 fondations à ce jour.

Elle décerne le Label de Qualité des écoles indépendantes, en partenariat avec les Cabinets IFACI Certification et ACTHEOS.

Pour en savoir plus : http://www.fondationpourlecole.org/en-bref/labelliser/

PQ — Couper les vivres aux écoles privées, réduire l'accès aux cégeps anglophones

Le Parti québécois fait du ménage dans son programme politique. Il en revoit des pans importants. S’il prend le pouvoir, il coupera graduellement les vivres aux écoles privées.

Écoles privées

Il diminuerait « de façon significative et graduelle le financement public des écoles privées ». Il investirait « les sommes récupérées dans le système public d’éducation ». C’est ce qu’ont décidé une majorité des 1500 délégués participant au 17e congrès du Parti québécois, à Montréal. La proposition a été portée par l’ex-députée Monique Richard, qui a aussi été présidente de la Centrale des syndicats du Québec de 1999 à 2003.

Ce carnet s’oppose à cette mesure qui est contradictoire avec un plus grand choix pédagogique. Pour ce carnet, il faut faire l’inverse : ouvrir l’enseignement à la concurrence et fournir les moyens à tous les parents (pas uniquement les plus nantis) de placer leurs enfants dans la meilleure école pour leurs enfants. Nous ne sommes pas sûrs que cette mesure d’inspiration étatiste rendra le PQ plus populaire, mais peut-être s’agit-il encore une fois de faire plaisir à une clientèle tentée par le parti d’extrême gauche Québec solidaire (QS) plutôt que celle, plus nombreuse, tentée par la Coalition Avenir-Québec (CAQ) ?

Les cégeps

Au troisième et dernier jour du congrès, le Parti québécois a officiellement retiré ce matin de son programme le projet d’appliquer la loi 101 au réseau collégial. Un « compromis » a été adopté en lieu et place, un compromis qui n’interdit pas formellement l’accès des francophones et des allophones aux cégeps anglophones, mais qui le restreint.

Plutôt que de fermer la porte des cinq cégeps de langue anglaise aux francophones et aux allophones, les délégués péquistes ont « accepté » d’offrir aux cégépiens francophones qui démontrent déjà une bonne maîtrise du français la possibilité « de suivre au cégep un parcours en anglais enrichi qui pourra comporter une session dans un cégep anglophone ». Parallèlement, un gouvernement du PQ inciterait « fortement les étudiants des cégeps anglophones à suivre un parcours de français enrichi comportant une session entière dans un cégep francophone ».

Par contre, les mêmes militants ont exigé qu’un éventuel gouvernement péquiste s’assure « que le financement des cégeps anglophones réponde en priorité aux besoins de la communauté historique anglophone et, par conséquent, qu’il soit graduellement aligné sur le poids démographique proportionnel de cette communauté ».

Les délégués ont aussi décidé d’« instaurer pour les personnes qui n’ont pas droit à l’école anglaise et qui n’ont pas reçu leur instruction primaire et secondaire en français, par exemple parce qu’elles sont au Québec depuis peu, l’obligation de fréquenter un cégep francophone » et d’« étendre à l’éducation des adultes et aux écoles de formation professionnelle les dispositions de loi 101 ».

De bonnes raisons à franciser les cégeps (la fin du secondaire en France)

Tout ceci pourrait s’avérer compliqué à mettre en œuvre, mais nous ne sommes pas opposés à la francisation croissante des cégeps et même des universités au Québec, pour autant que la diversité pédagogique, philosophique et de programme des établissements d’enseignement croisse. Cette diversité peut comprendre bien sûr un renforcement de l’enseignement des langues autres que le français. (Il n’est d’ailleurs pas évident que l’enseignement de l’anglais au Québec soit si déficient chez les jeunes francophones déjà fortement bilingues.) On peut avoir un réseau de cégeps (ce ne sont que les deux dernières années du lycée en France, du Gymnasium en Allemagne, la fin du secondaire donc en Europe) entièrement en français, soumis à la loi 101 et pourtant plus divers au niveau des programmes, du recrutement, des méthodes. Langue et diversité scolaire sont deux notions orthogonales  : il y a une grande diversité scolaire aux États-Unis, uniquement en anglais.


Rappelons que dès que le libre choix linguistique devient possible, c’est par milliers que les francophones filent vers les cégeps anglophones, et ce nombre n’a jamais cessé de croître.

Le nombre d’anglophones qui choisissent un cégep francophone est, lui, ridiculement faible. Cela trahit un manque d’utilité perçue du français par rapport à l’anglais. Aucun parti politique ne semble vouloir renforcer l’utilité du français au Québec, notamment, en francisant davantage les relations des Québécois avec l’État québécois dont la seule langue officielle devrait être l’anglais.

Il y a de bons arguments pour étendre la loi 101 au cégep, même si la mesure est peu prisée dans les médias. Il est établi depuis longtemps que la langue des études supérieures — collégiales et universitaires — influence fortement la principale langue parlée ensuite au travail. L’objection de la limitation de la liberté individuelle oublie que l’enseignement collégial est financé à 100 % par le gouvernement du Québec. Cette limitation de la liberté des adultes (des parents) est acceptée pour l’école primaire et secondaire. Il n’est pas vrai non plus que l’avenir du français est seulement la responsabilité individuelle de chaque francophone, bien que celle-ci soit réelle. Si la responsabilité n’était qu’individuelle, pourquoi avoir jadis adopté la loi 101 ?

Joseph Facal s’interroge : « N’y a-t-il pas déjà assez d’anglais dans l’écosystème des jeunes Québécois francophones d’aujourd’hui ? En passant, ne serait-il pas aussi temps de se pencher sur ces jeunes anglophones ou allophones nés ici, parfaitement incapables de tenir une conversation de base en français, langue qu’ils méprisent souvent ouvertement ? Dans le cas des jeunes issus de l’immigration, je soupçonne que la culture d’origine y est pour beaucoup dans leur anglicisation future ou non. S’ils sont, disons, d’origine latino-américaine, leur francisation est assurée. Si leurs parents viennent de l’Inde ou du Pakistan, leur anglicisation est pratiquement préprogrammée pour des raisons historiques. Le Québec francophone s’aiderait s’il ciblait mieux son immigration. »

Mythe du manque de bilinguisme des francophones québécois

Depuis quelques années on assiste à une véritable obsession d’étudier en anglais au cégep et à l’université découle de deux choses : le mythe, tenace, des francophones prétendument unilingues et que, hors l’anglais, point de salut, même pour des emplois sans contact avec une clientèle hors Québec. Nous avons ainsi connu à Montréal des manutentionnaires sans aucun contact avec des clients étrangers à qui on demandait d’être bilingues pour pouvoir parler aux anglophones unilingues de l’entreprise.

L’enseignement de l’anglais dans les écoles françaises serait déficient, pour apprendre l’anglais, les francophones n’auraient donc d’autres choix que d’étudier en anglais dans un cégep ou une université anglophone. Mais est-ce vrai ?

Aujourd’hui, c’est au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick que 86 % de la population bilingue du pays réside. Le taux élevé de bilinguisme chez les francophones minoritaires (et majoritaires au Québec) y est évidemment pour beaucoup. Tout comme celui des Anglo-Québécois — leur taux de bilinguisme était de 67,8 % en 2011 —, ce qui veut dire quand même dire que même fortement minoritaires au Québec et même 35 ans après l’adoption de la Loi 101, près d’un Anglo-Québécois sur trois ne peut toujours pas soutenir une conversation en français. Ceci s’explique en partie par le bilinguisme de facto du Québec : tous les services essentiels gouvernementaux sont disponibles en anglais (écoles, tribunaux, police et l’administration, le fameux « for English press 9 ») alors que le français serait la seule langue officielle du Québec.

Pour comparaison, rappelons que le taux de bilinguisme chez les francophones hors Québec est de 87 %, alors que

– pendant que le français recule de manière générale dans la grande région de Montréal et sur l’Île, le bilinguisme chez les jeunes Anglo-Québécois demeure élevé, mais a toutefois diminué de 3 points depuis 2001 ;

– la connaissance de l’anglais chez les francophones, quant à elle, continue de progresser. Leur taux global de bilinguisme, toutes régions et toutes tranches d’âge confondues, frôlant les 40 % ;

– chez les immigrants, ils sont même 51 % à dire connaître le français et l’anglais.


Comme le rappelle le mathématicien Charles Castonguay :

« (...) parmi les 20-29 ans au Québec en 2011, 78 % des anglophones se déclaraient bilingues, comparé à 57 % des francophones. Dans la région de Montréal, l’écart se rétrécit encore plus, à 80 et 70 % respectivement. Dans l’île, c’est 78 et 79 %.

Ces jeunes francophones montréalais seraient donc rendus un tantinet plus bilingues que les anglophones — dont on chante sur tous les toits le degré de bilinguisme ! Ils n’ont pourtant reçu ni l’anglais dès la première année ni l’anglais exclusif. L’enseignement normal de l’anglais paraît avoir fonctionné assez bien merci. »

Et ceci alors qu’il serait normal que les francophones dans un Québec vraiment francophone soient moins bilingues que les anglophones, largement minoritaires, vivant au Québec.

En entrevue, M Castonguay rappelle également ceci :

« En 2001, le taux de bilinguisme chez les jeunes adultes anglophones âgés de 20-29 ans au Québec était de 81 %. Autrement dit, dans ce groupe d’âge aussi, on constate un recul de 3 points de pourcentage dans le bilinguisme des jeunes adultes anglo-québécois entre 2001 et 2011. Bref, le recul du bilinguisme que l’on constate chez les jeunes anglophones dans le reste du Canada se retrouve aussi au Québec. À un moindre degré, bien évidemment, mais compte tenu du statut — du moins théorique — du français au Québec, ce recul n’en est pas moins remarquable ».

Bref, lorsqu’on vous entendrez dire qu’au Québec, on « prive » les francophones d’« apprendre » l’anglais vous saurez qu’il s’agit en grande partie d’un mythe. Et si on parlait enfin d’augmenter la qualité et l’utilité du français au Québec.



vendredi 8 septembre 2017

Projet de loi 144 : des craintes pour les parents qui font l’école à la maison

Radio-Canada communique :
Les parents qui font l’école à la maison ont suivi attentivement cette semaine la commission parlementaire sur le projet de loi 144. Ce projet de loi, qui vise à garantir à tous les enfants de 6 à 16 ans l’accès à l’éducation, encadrera mieux les familles qui ont fait ce choix.
Admirez l’euphémisme : on pourrait presque croire que l’État va aider les parents. Il s’agit en réalité de contrôler de plus près les parents et de les empêcher, si le gouvernement le décide, de faire les choix éducatifs qu’ils préfèrent. Bref, de serrer encore la vis.
Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, souhaite mettre de l’ordre dans les règles encadrant ce choix éducatif.
Qui peut être contre l’ordre ? Mais y avait-il désordre ? De quelle manière ? À nouveau, il s’agit d’une présentation méliorative et non objective. Rappelons qu’il n’y a aucune preuve que plus de contrôles tatillons améliorent les résultats des enfants instruits à domicile.
Plus tôt cette semaine, il a laissé entendre qu’il voulait respecter les droits des parents tout en évitant les abus et les laisser-aller.
Après l’épisode de la primauté du droit de l’État d’imposer le controversé programme d’éthique et culture religieuse (ECR) sur les « droits des parents » de décider de l’éducation morale et religieuse de leurs enfants, ce genre de jolies phrases lénifiantes ne vaut plus tripette. L’État, le Monopole de l’Éducation, ayant le dernier mot sur ce que le « laisser-aller » pourrait être, même pas des parents responsables — personne n’a jamais remis en question l’exemplarité de ces parents — comme ceux qui sont allés jusqu’en Cour suprême pour pouvoir demander le droit d’exemption du programme ECR.

La future législation, si elle est acceptée telle quelle, suscite des craintes auprès des parents qui font l’école à la maison.

Ils jugent que le projet de loi contient des zones grises qui risquent de compromettre leur droit.

Selon Laetitia Toanen, une mère de famille de Rimouski qui enseigne à la maison à ses trois enfants, le concept de réussite scolaire est un exemple de son désaccord avec ce qui est proposé. Selon elle, le gouvernement ne devrait pas être en mesure de retirer le droit à l’éducation à domicile aux enfants qui sont en échec scolaire.

« C’est un droit au Québec et au Canada et il n’est pas conditionnel à la réussite scolaire. Il y a plein d’enfants dans les écoles qui sont en échec et on ne les retire pas des écoles. »
Laetitia Toanen, mère de trois enfants qui enseigne à la maison
5000 enfants à l’école à la maison au Québec

Environ 25 familles ont choisi ce modèle d’enseignement dans la région de Rimouski.

Jusqu’à maintenant, les évaluations et le soutien offert par la Commission scolaire des Phares respectent les projets éducatifs des familles, selon Mme Toanen.

Ce qui n’est pas nécessairement le cas dans toutes les régions du Québec.

Certains parents se disent victimes d’intimidation de la part de certaines commissions scolaires. Selon Amélie Delage, de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile, « il a beaucoup de gens qui voudraient qu’on se fasse imposer le suivi par évaluation ou par examen, que la logique scolaire soit calquée à la maison. »

Ce qui explique, selon l’Association, pourquoi il y a seulement 1000 enfants inscrits au système scolaire québécois qui font l’école à domicile, alors qu’elle estime qu’ils seraient véritablement aux alentours de 4000 à suivre ce parcours sans y être inscrits.
Voir aussi

Notre dossier sur ECR (et le peu de cas que font désormais les tribunaux des droits des parents devant les prétentions de l'État-thérapeute)

À lire : le témoignage de la mère de Drummondville qui est allée en Cour suprême


À qui sont ces enfants au juste ? (rediff)

« État ou parent, qui est le premier éducateur des enfants ? » (Rediff)

MàJ : Revue Égards — La saga Lavallée : l’État, le judiciaire et l’Église contre la famille, l’école et la législature

jeudi 7 septembre 2017

Les écrans, source de problèmes mentaux et sociaux chez les enfants ?

Le magazine américain The Atlantic titrait récemment : « Les téléphones intelligents ont-ils détruit une génération ? »


La question est posée par Jean Twenge, docteur en psychologie. Elle analyse les spécificités de la génération Z, celle des individus nés après 1995, qu’elle baptise « iGen ». Selon l’auteure, l’usage que font ces jeunes Américains de leur cellulaire conduit à un repli de la sphère sociale pouvant mener jusqu’à la dépression.

L’analyse est clinique, et certains témoignages font froid dans le dos : « Je pense qu’on apprécie plus nos téléphones que les vraies gens », explique une jeune fille de 13 ans à Jean M. Twenge. L’auteure de l’article, qui avait étudié la génération précédente, les milléniaux (les 18-35 ans), dans un livre intitulé Génération Moi, dit n’avoir « jamais rien vu de tel » en 25 ans de travail sur les différences entre générations. « J’ai noté des changements brutaux dans les comportements et les états émotionnels des adolescents », précise-t-elle.

En se fondant sur une série de sondages et d’études réalisés à l’échelle nationale, elle en vient à la conclusion que : « Les ados d’aujourd’hui sont différents des millenniaux pas seulement dans leurs valeurs, mais aussi dans la façon dont ils occupent leur temps. Leur expérience du quotidien est radicalement différente de celle de la génération qui vient d’atteindre la majorité ».

« Cette génération est façonnée par le téléphone intelligent (ordiphone) et l’avènement concomitant des réseaux sociaux »
Jean Twenge a trouvé le coupable : le téléphone intelligent : « Cette génération est façonnée par l’ordiphone et l’avènement concomitant des réseaux sociaux ». Les représentants les plus âgés de cette fameuse « iGen » étaient à peine adolescents quand l’iPhone est apparu en 2007 ; 10 ans plus tard, trois jeunes Américains sur quatre possèdent un iPhone.

Fragilité psychologique



Au-delà des troubles de l’attention et de la concentration, identifiés depuis un moment, l’auteure affirme que « l’avènement du téléphone intelligent a radicalement modifié tous les aspects de la vie des adolescents, de la nature de leurs interactions sociales à leur santé mentale ». Selon elle, ces changements s’observent sur tout le territoire et dans toutes les catégories de la population.

Quelles sont les caractéristiques de ces ados nés après 1995 ? Ils sortent moins, et ont donc moins d’attrait pour l’alcool que leurs prédécesseurs, ce qui a pour conséquence de diminuer le nombre d’accidents de la route dans lesquels ils sont impliqués.

En revanche, ils sont beaucoup plus fragiles psychologiquement que leurs aînés de la génération Y : les cas de dépression augmentent en flèche, ainsi que leur corollaire dramatique, le taux de suicide.

Le taux de suicide des 15-19 ans aux États-Unis depuis 1975
(l’iPhone a été mis sur le marché en 2007)

Pour l’auteur, aucun doute : « Il n’est pas exagéré de décrire cette génération comme étant au bord de la pire crise dans le domaine de la santé mentale depuis des décennies. Et la majeure partie de cette dégradation peut être imputée à leur téléphone ». Pour elle, l’année fatidique est 2007, date à laquelle l’iPhone a été mis sur le marché.

Moins de rendez-vous amoureux

Autres changements repérés par Jean Twenge, les adolescents d’aujourd’hui ne cherchent plus à tout prix à devenir indépendants. Et ils sont moins enclins à sortir en jeune amoureux (les fameux rencards). Là encore, les chiffres mis en avant sont éloquents : en 2015, 56 % des lycéens disaient avoir eu des « dates », contre 85 % en moyenne pour les générations précédentes. Conséquence : l’activité sexuelle des ados décline, et cela se traduit par une baisse radicale du nombre de grossesses adolescentes. En 2016, ce dernier a atteint son niveau le plus bas.

La baisse des grossesses adolescentes est radicale depuis 2007


Les membres de la iGen passent également leur permis plus tard que leurs aînés et travaillent également beaucoup moins pour se faire de l’argent de poche : deux éléments fondamentaux du modèle américain glorifiant l’autonomie des jeunes générations prennent ainsi du plomb dans l’aile.

Solitude à plusieurs

Si les jeunes adolescents disposent de beaucoup de temps libre, ils ont tendance à le passer en solitaire : « Le nombre d’adolescents qui se réunissent avec leurs amis presque tous les jours a chuté de plus de 40 % entre 2000 et 2015 », précise encore l’auteure. Les activités extérieures sont remplacées par l’échange par ordinateurs ou applications mobiles.

De moins en moins de sorties avec des copains
(en abscisse le nombre de sorties hebdomadaires sans les parents)


Mais ces nouvelles formes de communication ne rendent pas forcément ces jeunes Américains heureux. Citant plusieurs études, Jean M. Twenge parvient à la conclusion que « les activités impliquant un écran sont corrélées à un sentiment de bonheur moins élevé ».

Évidemment, la technologie est loin d’être le seul facteur de l’augmentation constatée du taux de suicide chez les jeunes Américains, et l’auteure le précise à plusieurs reprises. On peut aussi relever que 2007 n’est pas seulement l’année où l’iPhone a conquis les foyers, mais aussi celle du début de la plus importante crise économique et financière des dernières années.

Les conclusions de cette analyse plutôt alarmiste sont donc, comme souvent lorsqu’on cherche à établir les traits caractéristiques de l’ensemble d’une génération, à prendre avec des pincettes. Mais on peut parier que l’ouvrage de Jean M. Twenge consacré à cette génération intitulé Pourquoi les ados super-connectés d’aujourd’hui sont moins rebelles, plus tolérants, moins heureux (et très mal préparés à l’âge adulte) ; et ce que cela signifie pour nous, paru à la fin du mois d’août, sera un succès de librairie.

Avis de Linda Pagani

Sans aller aussi loin que Jean Twenge dans The Atlantic, les scientifiques semblent d’accord pour dire que l’exposition aux écrans en bas âge peut être néfaste pour le développement du cerveau. La diminution des interactions avec l’environnement et les gens serait au cœur du problème, explique la chercheuse Linda Pagani. Mme Pagani est professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal et chercheuse au Groupe de recherche sur les environnements scolaires.

Quand on devient aussi dépendant de cette forme d’interaction [celle avec les écrans], on commence à avantager certains comportements qui se rapprochent de l’autisme, c’est-à-dire qu’on coupe nos interactions sociales.

D’après la chercheuse, cet isolement nuirait au bon développement du cerveau en n’encourageant pas les enfants et les adolescents à découvrir toutes les nuances présentes dans le monde qui les entoure. En ajoutant à cela d’autres problèmes qu’on associe aux écrans (comme le manque de sommeil), la plus jeune génération serait plus à risque de développer des problèmes de santé mentale.

« Il ne faut pas sous-estimer que notre cerveau, ce n’est pas une unité centrale qu’on peut faire réparer au magasin, illustre la professeur Pagani. C’est un organe : il faut lui faire attention, il faut lui faire faire un certain nombre de minutes d’exercice par jour. Il faut qu’il ait un certain nombre d’interactions. Quand on parle de santé cérébrale, c’est une équation extrêmement importante. »

mardi 5 septembre 2017

Projet de loi 144 — Inquiétude chez les familles qui enseignent à la maison

Le gouvernement du Québec entend cette semaine en commission parlementaire un certain nombre d’intervenants du milieu scolaire afin de réglementer l’enseignement à domicile.

Alors que se déroulent à Québec cette semaine les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 144, une trentaine de familles du Bas-Saint-Laurent membres du groupe de soutien « Le Baluchon » et une dizaine d’autres familles non membre appuient les cinq recommandations formulées dans le mémoire présenté par l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED).


 
Cindy Durand, éducatrice et mère de quatre enfants qui vont à l’école à la maison. Trois d’entre eux sont d’âge scolaire et l’autre est d’âge préscolaire. L’association AQED regroupe 500 familles qui éduquent plus de 1 800 enfants au Québec.


La loi 144 vient modifier la Loi sur l’instruction publique et d’autres dispositions législatives concernant principalement la gratuité des services éducatifs et l’obligation de fréquentation scolaire.

Dans son mémoire, l’AQED présente aux commissaires cinq recommandations, dont une voulant que le projet de loi reconnaisse explicitement le droit des parents de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ainsi que la nature plus expérimentale et flexible de l’éducation à domicile. La seconde demande qu’il soit permis aux parents d’avoir le choix de l’entité avec laquelle travailler. La troisième réclame que ce projet de loi donne aux parents la possibilité d’en appeler de la décision d’un intervenant et que les parents éducateurs soient bien représentés à la table de concertation. La quatrième s’oppose au partage des informations entre les institutions gouvernementales en l’absence d’un consentement de la part des familles concernées. Et la cinquième suggère que le gouvernement améliore l’expérience des parents éducateurs avec les intervenants en clarifiant les articles du projet de loi qui ne touchent pas les parents éducateurs.

« Dans ce type d’éducation, les parents sont quand même en contact avec l’école de leur quartier. On présente un projet éducatif en début d’année. À trois reprises durant la saison scolaire, on rencontre la directrice de notre école de quartier avec la représentante de la commission scolaire qui s’occupe du dossier “L’école à la maison”. À la fin de l’année, on présente un porte-folio et nos enfants peuvent passer les examens du ministère de l’Éducation pour obtenir leur diplôme. C’est ainsi qu’on voit au cheminement de nos enfants », commente Cindy Durand, éducatrice et mère de quatre enfants.

Mme Durand dit craindre que plus de pouvoir soit donné aux commissions scolaires dans ce dossier. « Les commissions scolaires sont parfois en conflit d’intérêts avec les familles de l’école à la maison. Dans certains cas, il y a un enjeu financier à vouloir garder des familles à l’école pour ne pas fermer leur école de quartier. Certaines familles subissent une grosse pression pour envoyer leurs enfants à l’école. Parfois, c’est un enjeu idéologique ou certaines familles qui font l’école à la maison sont jugées sévèrement », dit-elle.

Des familles du Bas-Saint-Laurent, comme partout ailleurs au Québec, ont participé à diverses activités ce mardi. Un pique-nique de la non-rentrée a eu lieu au parc Beauséjour suivi d’une marche pacifique jusqu’au bureau du député Harold Lebel où les participants lui ont apporté les recommandations du mémoire de l’AQED signé par des familles qui font l’école à la maison dans notre région.

Les Québécois pratiquent l’éducation à domicile pour des raisons variées :

4 % Caractéristiques particulières à l’enfant

14 % Valeurs morales, religieuses et spirituelles

20 % Expérience scolaire négative

23 % Désir d’enrichissement

35 % Regard critique du système scolaire

48 % Plus grand engagement familial

Source : L’Avantage de Rimouski

Voir aussi

La HSLDA passe en revue le projet de loi 144

dimanche 3 septembre 2017

Le projet de loi 144B: pour le droit des enfants à être nourris de manière appropriée

Une lectrice nous a signalé une parodie du projet de loi 144 dont nous avons publié une analyse par la HSLDA. Nous la reproduisons ci-dessous pour ceux qui n'ont pas accès à Facebook.

Rappelons au sujet de la substitution des parents par des fonctionnaires dans le soin des enfants qu'à la fin du XIXe siècle, l’État belge décida par exemple  que les enfants retourneraient chez eux à midi afin de maintenir des liens familiaux et faire passer le message suivant : « La famille doit savoir que l’État ne la remplace pas dans les soins qu’elle doit aux siens ». Ce n'était pas à l'État de tout faire et de les nourrir. Autre époque... Voir aussi >La tyrannie des petits pas : éducation préscolaire obligatoire en Nouvelle-Zélande ?

Dans la foulée du #projetdeloi144 déposé par le ministre Sébastien Proulx du Parti libéral du Québec, qui vise à assurer une éducation de qualité à tous les enfants québécois, et à la suite d'un rapport du Protecteur du citoyen, le gouvernement du Québec a déposé le Projet de loi 144B: pour le droit des enfants à être nourris. En effet, Le Protecteur du citoyen, «ne pouvant exclure la possibilité que certains enfants ne reçoivent pas l'alimentation à laquelle ils ont droit», se dit «préoccupé». Selon lui, «l’absence du regard d’un tiers ou d’une forme d’évaluation et de suivi extérieur à la famille nuit à l'identification de situations préjudiciables». Pour calmer ses inquiétudes qui ne sont pas justifiées par les études empiriques, mais plutôt issues d'une réflexion théorique et hypothétique, l'État propose les dispositions suivantes:
1- Des cafétérias gouvernementales seront mises sur pied pour accueillir, à chaque repas, tous les enfants québécois âgés de 6 à 16 ans, qui y seront nourris selon un programme unique, uniforme et obligatoire, dispensé selon leur âge exact.
2- Les parents désirant nourrir eux-mêmes leurs enfants devront, chaque année, demander une dispense et fournir un plan nutritionnel complet pour chacun de leurs enfants.

La HSLDA passe en revue le projet de loi 144

L’Association juridique canadienne pour l’instruction à domicile (HSLDA) est un organisme à but non lucratif qui encourage et protège les familles qui instruisent leurs enfants à la maison.

La HSLDA passe en revue les changements proposés à la Loi sur l’instruction publique du Québec (Projet de loi 144, dont le texte est ici).

Nous reproduisons son analyse ci-dessous.


Tel que mentionné précédemment, le Ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a présenté son projet de loi 144 à l’Assemblée nationale le 9 juin dernier. Le Projet de loi 144 modifiera la Loi sur l’instruction publique au niveau de l’éducation à domicile au Québec. Notre équipe juridique a passé au peigne fin le document afin d’en ressortir les points importants pour nos membres :

Les bonnes nouvelles

  • L’école-maison [l'instruction à domicile] demeure un choix éducationnel valide et légal pour les familles ; [Note du carnet : c’est la moindre des choses dans une démocratie libérale ou pluraliste...]
  • L’exigence voulant que l’éducation reçue à la maison soit équivalente à celle offerte dans le système d’éducation public a été retirée ;
  • La communauté d’école-maison semble avoir eu un certain impact sur les changements proposés dans le Projet de loi 144.
Les aspects importants du Projet de loi 144 relatifs à l’éducation à domicile

  • Les parents devront aviser par écrit la commission scolaire de leur intention de faire l’école-maison ;
  • Ils doivent offrir une éducation à la maison « appropriée » ; [Note du carnet : que signifie « appropriée » ? Politiquement correcte ? La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) demande non seulement une éducation appropriée, mais « complète »... Faut-il comprendre sans aucune exemption possible, aucun écart par rapport au programme du Monopole de l’Éducation du Québec ? De quoi se mêle la CSQ ? Notons que la CSQ profite de l’immigration pour vouloir le resserrement de l’éducation à domicile.]
  • Ils doivent fournir un projet d’apprentissage (ce point n’a pas encore été défini) ;
  • Ils doivent respecter la réglementation gouvernementale, laquelle n’a pas encore été rédigée, de sorte que nous ne savons pas quelles seront les normes et exigences additionnelles) ; [Note du carnet : le diable se cache dans les détails...]
  • Un Guide sera écrit à l’intention des commissions scolaires et des parents sur la bonne pratique de l’école-maison. Ceci peut être une bonne chose ! Mais tout dépendra de son contenu. Nous nous attendons à être impliqués dans l’élaboration de ce Guide ;
  • Une table de concertation nationale sur l’enseignement à domicile doit être créée. Nous espérons que ce point soit une très bonne nouvelle ! Mais encore une fois, cela dépend de la composition de cette table de concertation et de la façon dont elle percevra son mandat. Dans notre rapport remis au ministre, nous avions recommandé que l’enseignement à domicile soit chapeauté par un bureau central plutôt que par les commissions scolaires. Cette table de concertation est un pas dans cette direction. Nous sommes heureux que le Projet de loi 144 reconnaisse le besoin de cohérence à travers la province. À l’heure actuelle, certaines commissions scolaires sont très hostiles et désobligeantes envers les familles qui font l’école-maison. Nous espérons que cette table de concertation, parallèlement aux règlements et au Guide à venir, contribuera à instaurer un traitement respectueux des familles d’école-maison. Nous devons aussi travailler à faire partie de cette table de concertation afin de se faire entendre. Qui de mieux pour représenter les intérêts des familles d’école-maison que les familles elles-mêmes !
Il sera très important pour la communauté d’école-maison du Québec de poursuivre son implication et de prendre part à l’élaboration des règlements et du Guide. Nous devons être entendus afin de nous assurer que toutes les approches, philosophies et techniques d’éducation à domicile seront admises et respectées. Cela implique de reconnaître également un vaste éventail de méthodes d’évaluation.

Point préoccupant

La protection de la Jeunesse peut encore être impliquée dans les cas où les autorités estiment que les parents n’ont pas suivi les étapes nécessaires pour s’assurer que l’enfant fréquente l’école (ou en soit dispensé adéquatement en vertu de l’éducation qu’il reçoit à la maison). De plus, des amendes pouvant aller jusqu’à 10 000 $ peuvent être imposées aux parents qui ne se sont pas assurés que leur enfant fréquente l’école (ou en est exempté).

Autre point préoccupant

Le Projet de loi 144 élargira la capacité du gouvernement (par exemple le Ministère de la Santé) à partager des renseignements avec le Ministère de l’Éducation, de façon à rassembler des preuves et connaître la fréquentation scolaire d’un enfant. Il s’agit là d’une atteinte à la vie privée.

Que pouvez-vous faire ?

Soutenir notre travail de représentation par vos dons versés au CCHE.

Rester en contact avec votre député. Nous encourageons toutes nos familles qui font l’école-maison à écrire à leur député par courriel ou par la poste afin d’exprimer leurs préoccupations face aux changements législatifs à venir. Il est impératif que nos élus régionaux soient informés que l’école-maison est une option éducationnelle viable. La législation devrait donc établir des protections claires pour les familles qui font ce choix. Vos communications écrites ont du poids aux yeux de vos élus. Et de par la loi, chaque lettre doit être lue.

La Loi sur l’instruction publique est en vigueur depuis les années 60 alors gardez à l’esprit que tout changement est susceptible de demeurer en vigueur pour un autre 50 ans. Par conséquent, faisons tout ce qui est en notre pouvoir afin de contribuer à une issue positive, pour le bien de vos enfants et des générations futures.



Voir aussi : Parodie du projet de loi 144 : Le projet de loi 144B : Pour le droit des enfants à être nourris