jeudi 7 juillet 2016

LGBT — Davantage exposés aux problèmes de santé, de tabagisme et d'alcoolisme

Les homosexuels, lesbiennes et bisexuels sont davantage exposés aux problèmes de santé mentale et physique, de tabagisme et de consommation excessive d’alcool que les hétérosexuels, remarque une étude de chercheurs américains, publiée dans la revue Jama Internal Medicine, qui explique possiblement et en partie ce constat par le stress lié aux discriminations (cela semble une explication politiquement correcte qui ne mangea pas de pain), y compris au sein de la communauté LGBT.

Parmi les hommes hétérosexuels interrogés dans le cadre de l’étude, 16,9 % souffraient de détresse psychologique modérée ou sévère. La proportion montait à 25,9 % chez les homosexuels et 40,1 % parmi les bisexuels.

Gros fumeurs

Les hommes bisexuels étaient aussi nettement plus nombreux à faire part de problème d’alcoolisme avec 10,9 % contre 5,7 % pour les hétérosexuels et 5,1 % pour les homosexuels, ont également constaté les auteurs de l’étude conduite par Gilbert Gonzales de l’université Vanderbilt à Nashville, dans le Tennessee.

Les résultats montrent aussi que les homosexuels et hommes bisexuels sont plus souvent fumeurs que les hétérosexuels masculins. Mais les hommes bisexuels sont plus fréquemment de gros fumeurs (9,3 %) comparativement aux hétérosexuels (6 %) et aux hommes homosexuels (6,2 %).

Forte consommation d’alcool

Dans le détail, 21,9 % des femmes hétérosexuelles présentent des symptômes modérés et sévères de problèmes psychologiques, contre 28,4 % pour les lesbiennes et 46,4 % pour les femmes bisexuelles.

Ces dernières étaient les plus fortes consommatrices d’alcool avec 11,7 % de ce groupe contre 8,9 % pour les lesbiennes et 4,8 % parmi les hétérosexuelles.

Plus de 25 % des lesbiennes et bisexuelles étaient fumeuses contre seulement 14,7 % des hétérosexuelles.

Les lesbiennes étaient par ailleurs plus souvent en mauvais état de santé que les femmes hétérosexuelles tandis que les bisexuelles souffraient plus fréquemment de multiples maladies chroniques que les hétérosexuelles.

Au total, le groupe représentatif de 68 814 personnes comptait 51 % de femmes et l’âge moyen était proche de 47 ans.

L’enquête publiée dans la revue médicale américaine JAMA Internal Medicine et conduite au niveau national en 2013 et 2014 aux États-Unis a comparé l’état de santé, les taux de tabagisme et la consommation d’alcool de 525 lesbiennes, 624 homosexuels et 515 bisexuels à 67 150 hétérosexuels.

Confirmation

Ces résultats ne sont pas étonnants (seule l’explication dans l’air du temps l’est). Plusieurs études ont déjà souligné la moindre santé des groupes LGBT, plus particulièrement les lesbiennes, par rapport aux hétérosexuels. Fait intéressant, les hommes homosexuels, bisexuels et hétérosexuels ont dans l’ensemble le même niveau de la santé. Toutefois, après ajustement pour les facteurs démographiques et socio-économiques, les hommes bisexuels étaient beaucoup plus susceptibles de signaler des niveaux modérés ou sévères de détresse psychologique par rapport aux hommes hétérosexuels, et ils sont aussi beaucoup plus susceptibles d’être des buveurs excessifs et les fumeurs.



Source

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mercredi 6 juillet 2016

Pourquoi Maurice Duplessis remporta quatre élections successives

Nous reproduisons ci-dessous des extraits d'une réponse de Conrad Black à un journaliste anglophone qui répétait la doxa progressiste et libérale sur le Québec à l’époque de Maurice Duplessis.

Conrad Black est diplômé en droit à l’Université Laval à Québec (1970) et d’histoire de l’université McGill à Montréal (1973). Il y fit une dissertation de maîtrise d’histoire sur Maurice Duplessis, ancien Premier ministre du Québec. Cette dissertation se transformera plus tard en biographie, qui sera publiée et traduite, reconnue maintenant comme la référence sur Maurice Duplessis.


Voilà déjà quelque temps que je m’étais vaguement dit que je devrais réfuter un article de John Ivison publié dans le National Post le 24 juin 2014, à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste. Ivison y affirmait que Duplessis avait dépassé tout homme politique canadien actuel pour son usage sans scrupules du vitriol et du dénigrement oratoire de ses adversaires. Ivison écrivait également que Duplessis s’était entendu avec le clergé catholique pour maintenir le Québec dans un état d’arriération politique. « Avec le solide soutien de l’Église catholique romaine, écrivait Ivison il y a deux ans, une forte popularité dans les zones rurales et son opposition à la conscription, [note de Conrad Black : en 1917 alors que les libéraux furent les principaux opposants à celle-ci] Duplessis a pu survivre à la transition vers l’ère moderne d’après-guerre qui fit tomber des figures aussi imposantes à leur époque que Winston Churchill ».

Maurice Duplessis, fleurdelisé à la main, célèbre une victoire électorale en 1952

Jamais, dans l’histoire de ce pays, il n’y eut plus bel exemple que l’histoire n’est, comme le disait fameusement Napoléon, qu’« une fable convenue » [Mémorial de Saint-Hélène de Las Cases, 20 novembre 1816]

Afin de rafraîchir mon modeste souvenir de l’époque, j’ai regardé sur YouTube les remarques de Duplessis qui s’exprimait devant des dizaines de milliers de ses partisans sur les marches de sa maison à Trois-Rivières (qu’il a rarement habitée). Il y dit : « Il s’agit maintenant d’oublier les discordes et les causes de discordes. […] Les injures dont j’ai été l’objet pendant la lutte du pouvoir, croyez-moi, je les oublie. Je pardonne à ceux qui les ont dites et j’espère qu’ils ne s’en rappelleront pas plus que moi, car je suis sûr qu’en s’en rappelant ils auraient des remords que je voudrais leur éviter. » Cet oubli général, toutefois, s’est rapidement abattu sur Duplessis après son décès et celui de son successeur désigné, Paul Sauvé, à moins de quatre mois d’intervalle (le 7 septembre 1959 et le 1er janvier 1960).



Quant à la phrase d’Ivison citée ci-dessus, l’Église catholique romaine, qui était fortement respectée par près de 85 pour cent de l’ensemble de la population du Québec, représentait politiquement le peuple et non l’inverse. Contrairement à un mythe largement répandu, le Québec francophone n’était pas composé de paysans illettrés qui peinaient en travaillant inlassablement à la main dans les champs pour n’être interrompus dans leur labeur que par les cloches que sonnaient des prêtres aux soutanes noires pour les appeler à prier toutes les trois heures pendant le jour.

Ivison, né au Royaume-Uni, aurait dû savoir [quand il cite Churchill] que les Britanniques n’avaient pas eu une élection entre 1935, lorsque les conservateurs de Stanley Baldwin et Neville Chamberlain leur avaient assuré que la guerre serait évitée, jusqu’à ce que Churchill, sans programme politique aucun si ce n’est son comportement respecté par tous lors de la guerre, ait déclenché des élections en 1945 afin de mettre en place une vision britannique post-impériale pour ce qui est de l’étranger et une société moins déchirée par les conflits de classes au niveau intérieur. Duplessis avait été dans l’opposition pendant la guerre et ne revint au pouvoir qu’en 1944 avec comme programme électoral la récupération de pouvoirs attribués à Ottawa pendant la guerre et la reconnaissance par le fédéral du droit du Québec d’également lever des impôts directs. Les événements politiques ne sont pas plus comparables que les juridictions ou les personnes en question.

Duplessis a remporté les suffrages de la classe ouvrière francophone du Québec lors de six des sept élections générales qui eurent lieu alors qu’il était chef de parti et les quatre dernières malgré l’opposition de la plupart des directions syndicales. Il découragea l’agitation ouvrière, mais il légiféra des augmentations de salaires et d’avantages sociaux.
De 1944 à 1959, le Québec et l’Ontario bénéficièrent tous deux d’augmentations dans la production intérieure brute et industrielle d’environ 8,5 pour cent par an. En dépit du fort taux de natalité du Québec, le salaire moyen y augmenta de 160 pour cent alors qu’il n’augmentait que de 140 pour cent en Ontario. Le nombre d’automobiles au Québec bondit à cette époque de 850 pour cent, comparativement à 300 pour cent en Ontario. Le nombre d’étudiants universitaires du Québec tripla, pour dépasser le nombre d’étudiants de l’Ontario, alors que le Québec ne représentait que 80 pour cent de la population de l’Ontario.

Tous les indicateurs pertinents du progrès économique et social ont suivi le même schéma. Duplessis fit construire 3000 écoles, tous les campus universitaires, à l’exception de McGill, toutes les premières autoroutes et l’électrification des zones rurales permit de relier à 97 pour cent des foyers alors que seuls 20 pour cent des foyers à la campagne l’étaient en 1944.
Malgré les grandes familles québécoises, le revenu personnel par habitant au Québec passa de 65 pour cent de l’Ontario en 1944 à 87 pour cent de l’Ontario en 1959. Québec avait le système de garde la plus complète de toutes les provinces dès le milieu des années cinquante.

Ces faits et d’autres connexes faits expliquent que Duplessis ait remporté quatre mandats successifs à partir de 1944. Il n’y avait pas de complot ourdi avec le haut clergé. L’Église du Québec n’était pas monolithique et cette théorie, débitée comme un fait historique par Ivison, est tout simplement une fable devenue tradition, l’excuse de libéraux et de la gauche pour expliquer leurs défaites répétées face à Duplessis. Mais dans un sens, l’analyse d’Ivison est correcte : Duplessis a joué sur la paranoïa des évêques ruraux qui maintenaient qu’il fallait du personnel religieux dans les écoles et les hôpitaux francophones et irlandais du Québec français pour éviter que la province ne perde son caractère chrétien. Avec la croissance progressive des services éducatifs et médicaux (l’écart dans l’espérance de vie des Québécois avec celle des Ontariens passa de quatre ans de moins à quelques mois de 1944 à 1959), l’Église est devenue progressivement plus dépendante financièrement de l’État. Duplessis a résumé cette situation dans sa célèbre expression, « Les évêques mangent dans ma main ».

École réelle pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

La clé du succès de Duplessis tenait dans deux stratégies. En maintenant le personnel religieux dans la plus grande partie des réseaux de l’enseignement et de la santé, il épargna d’immenses sommes d’argent qui auraient dû être payées à des enseignants, des infirmières et des administrateurs laïques. Cela lui permit d’équilibrer le budget, de réduire les impôts tout en restreignant le syndicalisme militant grâce à des hausses de salaire pour les travailleurs. Cela permit au Québec d’attirer d’immenses quantités d’investissements extérieurs, en particulier dans les secteurs miniers et industriels. C’est la source d’une grande partie de l’énorme augmentation de la prospérité et Duplessis s’assura que celle-ci soit généreusement distribuée dans la population. Sa deuxième technique consistait à exiger plus de compétences pour le Québec au sein de la fédération. Il adopta le drapeau fleurdelisé et força en fin de compte le gouvernement de Saint-Laurent à concéder au Québec le droit de lever une partie des impôts directs. Il réalisa ainsi le double exploit politique de se concilier les voix des nationalistes et des conservateurs. Cela nécessita un grand doigté : ne pas être trop nationaliste pour les conservateurs ni trop conservateur pour les nationalistes. Sa formule consistait à exiger avec fermeté qu’Ottawa cède tout en expliquant qu’il ne réclamait que ce que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique prévoyait : un poing nationaliste sur la table pour obtenir le respect de la lettre de la loi.

Il déclara que « Les nationalistes québécois sont un poisson de 10 livres mordant à l’hameçon d’une ligne de cinq livres, vous devez les ramener avec soin. Je les ai contentés pendant 10 ans avec un drapeau [“la sainte étoffe”]. Ils se tairont dix autres années en ouvrant les relations avec la France » — avec le général Charles de Gaulle, il refusa de prendre la Quatrième République au sérieux — « et une décennie ensuite avec une Exposition universelle ». Et il dit au cardinal de Montréal, Paul-Émile Léger, en se référant à l’Église du Québec : « Si vous serrez trop le poisson, il s’en ira. » Le cardinal répondit : « Je ne presse pas le poisson, vous le faites. » C’était bien sûr ce qu’il faisait et le Québec n’aurait pas pu rester encore longtemps une société sous la coupe du clergé. Mais Duplessis, Paul Sauvé et Daniel Johnson auraient assuré une transition beaucoup plus progressive et réussie vers la modernité que le chaos qui se nomma avec satisfaction la Révolution tranquille.

L'école de la Grande Noirceur et d'aujourd'hui selon un cahier d'ECR...
Page 56 — cahier-manuel d'éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée

La principale caractéristique de cette époque [la prétendue Révolution tranquille] a été que le même personnel enseignait aux mêmes élèves le même programme, prodiguait les mêmes soins aux hospitalisés dans les mêmes édifices à 10 puis 20 fois plus cher pour les contribuables. La liberté d’expression a été restreinte au nom de la culture [note du carnet : pas clair si c’est une allusion à la loi 101 qui ne brime pas la liberté d’expression, mais il est vrai que par ailleurs la liberté d’expression est de plus en plus brimée], 425 000 francophones et autant de non-francophones ont quitté le Québec, enfin le taux de natalité s’est effondré et cet effondrement est péniblement caché par l’immigration haïtienne, libanaise et maghrébine. Duplessis déclara : « Quelqu’un prendra ma place, mais vous ne me remplacerez jamais ! » Il avait raison.

Source : The National Post

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France — Des correcteurs invités à signaler les «propos antisémites, racistes, djihadistes » dans les copies

L’alerte, comme le rapporte Le Monde ce mercredi, est venue du SNES-FSU : le 22 juin, le principal syndicat des professeurs du secondaire tweetait ce message : « Consigne de l’inspection générale d’histoire-géographie aux correcteurs : faire remonter les propos antisémites, racistes et djihadistes trouvés dans les copies. » Puis ce commentaire acerbe : « Les enseignants sont des fonctionnaires responsables et compétents qui n’ont pas besoin d’appel à la délation pour accomplir leur travail. »


Contacté par le quotidien, l’entourage de la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem reconnaît que des inspecteurs pédagogiques auraient « peut-être péché par excès de zèle, faisant preuve de maladresse dans leurs conseils », mais dans le but de faciliter la tâche des enseignants.

« Nous aider dans le travail d’évaluation, ce n’est pas une mauvaise idée », réagit une correctrice aguerrie du bac auprès du « Monde ». « Mais pourquoi, alors, nous demander de scanner la portion des copies contenant les propos en question, et de l’envoyer à l’inspecteur pédagogique régional avec le numéro d’anonymat du candidat ? [...] Ce n’est pas à nous d’alimenter les fichiers S ! »

« L’inquiétude sociale vis-à-vis des phénomènes de radicalisation de certains jeunes se reporte, comme d’habitude, sur les enseignants », déplore Amélie Hart-Hutasse, coresponsable du groupe histoire-géographie au SNES-FSU.

Source : L’Obs qui ne semble s’offusquer que du fait qu’il faille dénoncer à la hiérarchie les propos « djihadistes », seuls mentionnés dans son titre, pas des propos antisémites ni racistes (aucun guillemet). Le syndicat SNES-FSU ne met entre guillemets que le mot « djihadistes ».

mardi 5 juillet 2016

Québec — Lente disparition des « noms de famille » composés

Jusqu’en 1981, le choix du nom de l’enfant n’était régi par aucune loi, mais la coutume voulait qu’on donne aux enfants d’un couple le nom de famille du père. La refonte de la section du droit de la famille du Code civil, entré en vigueur en 1981, permet l’attribution à l’enfant, au choix de ses père et mère, du nom de famille de l’un d’eux ou d’un nom composé d’au plus deux parties provenant des noms de ses père et mère (Code civil, art. 51).

La nouvelle loi impose cependant aux femmes le maintien de leur nom de naissance leur vie durant. L’expression « nom de famille » n’est donc plus tout à fait idoine, les membres d’une famille pouvant avoir plusieurs noms différents, mais elle continue d’être utilisée par habitude. Cette disparation du nom de famille (chaque parent ayant un nom différent et les enfants pouvant en avoir d'autres) symbolisait bien le lent délitement de la famille de la fin du XXe.

Certains parents n’avaient pas attendu la loi et, en 1980, 2 % des bébés ont reçu un nom double. Le choix du nom composé évolue très rapidement, et la proportion, qui était déjà de 15 % en 1986, atteint 21 % en 1992 et diminue à 15 % en 2000 et à 13 % en 2004. On aurait pu penser à un mouvement de fond et on a même parlé d’évolution vers un système matrilinéaire mais, devant le revirement, on peut constater que l’élément de mode était important et que cette vogue des noms doubles est en train de décliner.

Aujourd'hui, moins de 10 % des parents le choisissent encore. « L'un des gains de la lutte féministe pour l'égalité » selon Radio-Canada, cède la place au retour de la tradition.

Témoignages de parents

Interrogée par la SRC, Alexandra Rochon-Fabien, marraine de la petite Romane, fille d'Émilie Bossé, explique : « C'est juste compliqué parce qu'à la banque c'est Alexandra Rochon-Fabien, avec mon téléphone cellulaire c'est Alexandra Rochon. J'ai tout le temps des problèmes parce que je n'ai pas été constante dans le nom que je donnais chaque fois ».

Dans les Cahiers québécois de démographie publiés au printemps 2015, quatre chercheurs, Laurence Charton, Louis Duchesne, Denise Lemieux et Françoise-Romaine Ouellette, font le compte rendu de leur étude qualitative réalisée auprès d'un échantillon de 25 personnes dont le profil correspond à peu de choses près à la répartition des noms transmis aux enfants en 2010.

« C'était pour suivre la tradition, dira un père dont l'enfant porte son nom et dont la conjointe a un nom composé. On ne voulait pas qu'il ait trois noms de famille. »

« Pour moi, c'était naturel qu'il ait le nom du père, explique une mère. Mon frère va peut-être avoir des garçons, ça va pouvoir continuer la lignée. »

Au surplus, selon elle, les noms composés sont plutôt donnés aux «bébés-accident», par les couples qui ne sont pas solides ou qui envisagent de se séparer.

Une autre mère de l'étude pense la même chose. En donnant le nom de son conjoint à leur enfant, elle cherchait à le reconnaître comme père, mais aussi à faire savoir que son couple est stable, solide.

« Moi, dira une autre, je porte juste le nom de mon père, puis je ne suis pas morte. [Le nom composé], ça fait prétentieux. [...] Ça fait péteux de broue. Ça fait hautain. »

Les mères prennent « tellement d'importance dans l'éducation des enfants que le nom, moi, ça, je laisse aller, puis je ne me sens pas mal du tout », enchaîne-t-elle.

Un des pères cités résumera la pensée de plusieurs autres hommes interviewés. Pour lui, la transmission du nom est une question de reconnaissance de son rôle.

Certaines femmes ayant elles-mêmes reçu cet héritage féministe du nom composé choisissent de ne transmettre que le nom du père à leur enfant. C'est le cas de Geneviève, dont les parents se sont séparés quelques mois après sa naissance. Pour elle, son nom composé est un dur rappel du conflit qui a empoisonné son enfance. Craignant que le fait de choisir entre ses deux noms de famille puisse raviver la rancoeur qui s'est apaisée au fil des ans, elle a voulu faire «moins compliqué» et transmettre le seul nom de son conjoint à son enfant.

Plusieurs noms de famille au début de la colonie, les « dits »

Les doubles noms ont existé depuis le début de la colonie. À l'époque, il s'agissait de surnoms accolés au patronyme, par exemple Poirier dit Lafleur. Cela aidait à distinguer les nombreuses familles qui avaient le même nom. Mais à la fin du 19e siècle, l'État, pour des raisons pratiques, a demandé de choisir un seul nom légal.

« En 1881, on s'est dit c'est Brien ou Desrochers, on n'en veut plus de noms doubles, mais il y en a qui ont quand même subsisté, comme des Miville-Dechêne, des Beaugrand-Champagne des Gérin-Lajoie », explique Marcel Fournier, conseiller pour l'émission de télévision Qui êtes-vous? à Radio-Canada, qui remonte l'arbre généalogique de nos vedettes.

Le registre des noms existe depuis 1621, du temps de la Nouvelle-France. Et il y a encore 3500 patronymes de cette époque au Québec.

Aujourd'hui, la loi prévoit qu'un enfant ne peut porter que deux noms de famille. Les parents aux doubles noms ont des choix parfois difficiles, car ils doivent abandonner un ou plusieurs noms... et choisir le patronyme qu'ils laisseront en héritage.

vendredi 1 juillet 2016

La désincarnation du monde, ou la théorie du genre (bientôt dans toutes les écoles)

Le Monopole de l’Éducation du Québec va imposer à tous les élèves du Québec un programme unique d’éducation à la sexualité « diversitaire » (probablement en septembre 2017) qui comprend un élément de théorie du genre, de fluidité sexuelle et d’exploration des diverses orientations et « nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille ».

Dans ce cadre, il nous semble opportun de rappeler les propos de Mathieu Bock-Côté quand il revenait sur plusieurs incidents dont nous avons déjà parlé et le livre de Bérénice Levet « La théorie du genre ou le monde rêvé des anges » :



Journée de la jupe
Début février 2015, l’école Saint-Constant, sur la Rive-Sud de Montréal, invitait ses élèves, le temps d’une journée, à se travestir. Les garçons devaient s’habiller en filles, et les filles, en garçons et cela, pour promouvoir la tolérance — on connait le refrain. Sans surprise non plus, les parents se révoltèrent. L’école a battu en retraite en expliquant qu’il s’agissait en fait d’une activité ludique, festive, humoristique, même, et qu’il n’y avait là aucune matière à scandale. Ce n’est pas surprenant. Chaque fois qu’une telle initiative explose médiatiquement, c’est cette ligne de défense qui est adoptée, comme s’il fallait désamorcer les critiques en expliquant que rien de grave ne vient de se passer, et qu’on peut vite passer à autre chose. En juin 2014, en semblable situation, une autre école qui avait lancé une journée de la jupe (les garçons devaient s’habiller en jupe pour lutter contre le sexisme) avait répondu qu’il s’agissait en fait d’une initiative du conseil des élèves. Réponse semblable en France quand un lycée de Nantes avait proposé lui aussi sa journée de la jupe, en mai 2014. Mais où les élèves avaient-ils pigé ces idées ?

En réalité, il s’agit à chaque fois d’un épisode parmi d’autres — et ils sont appelés à se multiplier — d’une grande querelle qui s’amplifiera dans les années à venir : celle portée par les promoteurs de la théorie du genre qui se sont engagés dans une opération de réingénierie sociale et identitaire sans précédent dans les sociétés libérales. De nombreux journalistes de chez nous, par exemple, citent avec admiration les sociétés scandinaves qui en sont apparemment déjà familières, notamment l’initiative de cette garderie suédoise où on a mis de l’avant un pronom impersonnel, « hen » pour ne plus dire il ou elle, afin d’éviter de marquer sexuellement l’éducation des enfants — désormais, on ne vise plus l’égalité des sexes, mais une société sexuellement neutre.

On pourrait multiplier les exemples sans trop chercher : la réalité en abonde. Pensons simplement à la dénonciation de plus en plus hargneuse des « jouets genrés », comme s’il y avait quelque chose de fondamentalement malfaisant à offrir à Noël un camion à son garçon et une poupée à sa fille, ou à peindre la chambre du premier en bleu et celle de la seconde en rose — ce qui ne veut pas dire, naturellement, qu’on ne devrait pas offrir des Légos aux enfants des deux sexes ! Pensons à ces parents qui entendent offrir aussi à leurs enfants une éducation non genrée pour les protéger contre les stéréotypes sexués circulant dans la société. Nous rencontrerons d’autres exemples, probablement plus inquiétants, au fil du texte.


Au nom de la lutte contre les préjugés et les discriminations, les militants du genre entendent transformer radicalement nos représentations du masculin et du féminin — en fait, c’est une révolution qu’ils veulent accomplir, et on verra ici pourquoi et comment. Je me souviens de ma première rencontre avec cette théorie, et plus particulièrement avec Judith Butler, sa figure iconique : c’était il y a une douzaine d’années, au début d’une maîtrise en philosophie que j’ai vite abandonnée pour passer à la sociologie. Le séminaire portait sur les philosophies de l’identité, et je m’étais intéressé au néo-féminisme contemporain. Lisant Butler, et les théoriciens du genre, j’avais l’impression de faire une plongée dans les profondeurs du nihilisme académique, celui qui permet à des esprits souvent limités de se piquer d’originalité théorique en prenant à revers la société dans ses évidences les plus fondamentales.

lundi 27 juin 2016

Québec — Le nouveau programme d'éducation sexuelle prônerait l'exploration sexuelle...?

Comme le dit le site du Monopole de l’éducation du Québec :

« Les enfants et les adolescents québécois reçoivent déjà de l’éducation à la sexualité à l’école. Ce qu’ils apprennent varie toutefois d’une école à l’autre. »

Cette diversité étant intolérable, le site gouvernemental monopolistique affirme :

« Pour offrir [sic] à tous les élèves de l’éducation à la sexualité sur chacun des sujets importants, le Ministère souhaite accorder une place plus formelle à celle-ci dans leur cheminement scolaire. »

Rappelons qu’il ne s’agit pas d’offrir (comme un cadeau), mais bien d’imposer. Voir Ne dites plus... parlez pédagogiste...

Ajoutons que cette « offre » ne pourra même pas être refusée, pas de diversité ici, hein ?

Comme le rapportait la Presse canadienne, « La connaissance des choses du sexe est trop importante pour être facultative, aux yeux du ministère de l’Éducation. Au même titre que le français et les mathématiques, l’éducation sexuelle sera donc obligatoire pour tous, de la maternelle à la cinquième secondaire dans les écoles du Québec, sans égard aux convictions religieuses et valeurs des parents issus de différentes communautés. »

Mais quels sont ces « connaissances », ces faits qui doivent s’apprendre dès 6 ans ?

Un coup d’œil rapide (nous espérons pouvoir y revenir plus en détail par la suite) révèle tout de suite la charge non pas scientifique ni factuelle du programme imposé par le Monopole de l’Éducation, mais ses visées idéologiques.

Voici les catégories utilisées dans le programme gouvernemental qui permettent de classer les compétences qui devront être inculquées (« offertes ») aux élèves captifs :


La première catégorie consiste à « lutter contre l’homophobie » comme si cela devait être une priorité dans un cours d’éducation à la sexualité. Il s’agit dans les faits de lutter contre l’« hétérosexisme » (la simple idée que l’hétérosexualité est plus normale que l’homosexualité) et de normaliser l’homosexualité auprès des plus jeunes impressionnables et parfois mal dans leur peau.

La dernière catégorie de cette liste est celle qui servait pourtant encore naguère à justifier les programmes d’éducation à la sexualité : la prévention des maladies sexuellement transmissibles et la prévention des grossesses précoces. Voir Danemark — Imposition de l’éducation sexuelle (historique), affaire Kjeldsen et autres c. Danemark en 1976.

La seconde catégorie, la promotion des rapports égalitaires, est à nouveau souvent un euphémisme pour « lutter contre les stéréotypes » de notre société, la changer donc. Qui a donné ce mandat à l’État ? Cela n’a rien à voir avec les aspects médicaux comme la lutte contre les maladies vénériennes ou la prévention des grossesses prématurées (bien que même ici on déplore habituellement dans les programmes d’éducation à la sexualité l’absence d’insistance sur l’abstinence pendant l’adolescence)...

Certains intitulés semblent innocents comme « Sexualisation de l’espace public », pourtant ils semblent vouloir permettre l’« exploration de nouvelles valeurs et normes en matière de sexualité, au-delà de celles de la famille » :


Le programme du Monopole se lamente également que les jeunes qui sont ouverts et « flexibles » au niveau de l’identité sexuelle sont ramenés par la pression sociale « grandissante » à des rôles et identités stéréotypées « traditionnels » et « nuisibles » (voir ci-dessous). Tout ceci ressemble très fort à des jugements de valeur en fonction d’une certaine conception de l’homme, à de l’idéologie. La lecture du programme gouvernemental donne parfois l’impression de lire un programme concocté par des officines militantes...






Rappelons qu’en 1992, les parents du Québec avaient réussi à obtenir la dispense du cours tant que l’enfant dispensé recevrait de l’information équivalente (voir la lettre reproduite ci-dessous). Gageons que ce ne sera plus le cas aujourd’hui. Encore, un grand progrès « diversitaire » et « tolérant ». Il semble que l’État doive de plus en plus faire la chasse, sans exception aucune, aux parents conservateurs sociaux pour complaire à des groupes d’intérêts de groupes sexuels ultraminoritaires.




À ce sujet, rappelons cette remarque faite le 10 janvier 2011 par Benoît XVI sur les cours d’éducation sexuelle obligatoires :
 « Je ne puis passer sous silence une autre atteinte à la liberté religieuse des familles dans certains pays européens, là où est imposée la participation à des cours d’éducation sexuelle ou civique véhiculant des conceptions de la personne et de la vie prétendument neutres, mais qui en réalité reflètent une anthropologie contraire à la foi et à la juste raison. »

Voir aussi

Québec — éducation sexuelle : dispense en 1992, aucune exemption en 2015.

Détourner la lutte contre l’intimidation et intimider les hétérosexistes


Élu allemand énumère 60 genres lors d'un vote sur un projet de loi sur la « diversité »

Afin de tourner en ridicule un projet de loi sur « le respect de la diversité sexuelle », un membre du parlement de l’État fédéral de Brandebourg (Allemagne) a énuméré lors de son intervention à l’assemblée pas moins de 60 genres.

Steffen Königer, élu du parti conservateur et eurosceptique Alternative pour l’Allemagne (AfD), a choisi la voie de l’humour pour manifester son opposition à un projet de loi régional déposé par ses homologues écologistes, ayant pour objet d’améliorer « l’acceptation de la diversité des genres et des sexes » et de lutter « contre l’homophobie et la transphobie ».



Montant à la tribune du parlement de Brandebourg pour s’exprimer à ce sujet, l’élu a commencé son intervention par : « Cher Monsieur le Président [de l’assemblée], Mesdames, Messieurs »... avant de saluer — dans un souci ironique de ne discriminer personne — toutes les minorités sexuelles possibles : « Chers homosexuels, chères lesbiennes, chers androgynes, chers bigenres (...) chers genres neutres, chers asexuels, chers non-binaires (...) chers pansexuels,(...) chers cisgenres, chers bispirituels (...) ».

Après une minute et douze secondes de salutations de ce type, le président du l’assemblée a tenté d’interrompre Steffen Königer, en lui demandant de « passer au vif du sujet ». Déclinant la proposition, l’élu de l’AfD a assuré qu’il « n’avait pas terminé son introduction » — provoquant des rires dans la salle — avant de poursuivre son énumération.

Près d’une minute de déclinaison de genres et d’orientations sexuelles plus tard, l’homme politique allemand a finalement annoncé — sans grande surprise — que son parti rejetait le texte des écologistes.

Voir aussi
Allemagne — Ne plus interdire l’inceste ?

Canada — La pédophilie : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

France — Enseignants pédophiles, on n’en parle que depuis récemment


Les écologistes allemands militaient dans les années 70-80 pour la décriminalisation de la pédophilie :




vendredi 24 juin 2016

Près d'un tiers des enfants nés au Québec ont au moins un parent originaire d’un autre pays

Près du tiers des nouveau-nés québécois ont au moins un parent né à l’étranger, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec.

En 2015, on comptait 30 % de bébés qui étaient dans cette situation, soit deux fois plus qu’il y a 20 ans (environ 16 %). Une situation qui change le visage du Québec et des célébrations de la fête nationale.

La tendance est particulièrement vraie à Montréal où 23 576 enfants sont nés l’an dernier, mais elle s’étend aussi à l’extérieur de la métropole.


Dans certaines classes de première et deuxième année, elle a vu entre 30 % et 40 % d’élèves dont les parents venaient de l’extérieur du pays, une chose impensable il y a 10 ans à peine.

Source

mardi 21 juin 2016

Les réseaux sociaux se sont déchaînés contre la présence de l'écrivain Anatole France au sujet du Bac français

« “Mais tu es qui toi, Anatole France, pour venir t’incruster au bac ?” Cet insolent gazouilleur n’a pas tort. Qui est Anatole France ? Une station de métro ? De tramway ? Une enseigne d’optique ? Une compagnie de gaz ? », ironise Éric Zemmour. « Ces jeunes gens furieux s’offusquent légitimement : on leur demande de commenter Anatole-France alors que le match n’a pas encore commencé », moque-t-il encore.

Renseignements pris, Anatole France serait un écrivain. « Mais que vient faire un écrivain au Bac, et au Bac français de surcroît ? », interroge narquoisement le journaliste. « Anatole France avait-il vraiment sa place au Bac ? », interroge Éric Zemmour, qui fait remarquer que l’homme de lettres n’était « ni une femme ni un représentant de la diversité », qu’il a défendu le capitaine Dreyfus et qu’il a écrit le roman d’amour superbe Les lys rouges qui ne parle pas d’homosexualité.





Mohammed Aïssaoui écrit, pour sa part, dans le Figaro Étudiant :

Les réseaux sociaux se sont déchaînés contre la présence de l’écrivain au sujet du bac S et ES. « Anatole France ? Une station de tram !». On revendique son ignorance et on peste contre l’Éducation nationale.

Incompréhensible ! Cette polémique sur Anatole France qui fait tourner la tête aux réseaux sociaux est vraiment incompréhensible. L’écrivain français (1844-1924) figurait au sujet du bac français pour les séries ES et S : « La question de l’homme dans les genres de l’argumentation, du XVIe siècle à nos jours » Se trouvait avec lui, dans le corpus proposé aux lycéens, Victor Hugo, Émile Zola et Paul Eluard. La twittosphère s’est déchaînée. Extraits : « Mais tu es qui toi, Anatole France, pour venir t’incruster au bac ? » « Anatole France je croyais c’était un arrêt de tram moi, qu’est-ce que c’est, un écrivain ? » « Anatole France jsavais même pas si c’était un homme ou une femme déjà. » Dépassé, ringard, inconnu, sont les adjectifs qui reviennent le plus.

L’un de nos rares Prix Nobel de littérature

Est-ce un signe de notre époque ? Désormais, on revendique son ignorance au lieu d’attiser sa curiosité et d’essayer d’en savoir plus. Qui est Anatole France ? Tout simplement l’un de nos plus grands écrivains, l’un de nos rares Prix Nobel de littérature, récompense qui lui fut décernée en 1921. Il est entré dans La Pléiade, la plus prestigieuse des collections de littérature, le Panthéon des lettres, avec quatre volumes, ce qui est tout simplement rarissime. Et, surtout, il a touché à tous les genres, poésie, roman, théâtre, avec un talent qui a traversé les années.

François-Anatole Thibault, de son vrai nom, est le fils d’un libraire. Ses parents l’ont élevé dans le culte de la poésie qu’il publie dès son plus jeune âge. Ses premiers romans sont remarqués, et l’on admire déjà son style, notamment dans Le Crime de Sylvestre Bonnard ou Les Désirs de Jean Servien. Il a été élu à l’Académie française dès le premier tour. Autre preuve de son importance : il figure dans tous les dictionnaires des grands auteurs et ceux qui ont contribué à la littérature, notamment L’Encyclopédie de la littérature (La Pochothèque, au Livre de Poche).

Un écrivain engagé pour Dreyfus et pour la laïcité

Peut-être souffre-t-il (comme d’autres auteurs classiques) d’une image désuète et d’un certain classicisme. D’ailleurs, les fougueux surréalistes n’ont cessé de le critiquer déjà à leur époque. Et, pourtant, en plus de son apport inestimable à la littérature, l’homme a pris parti dans les luttes politiques qui ont divisé la France à la fin du XIXe siècle et au commencement du XXe siècle ; il a publié des articles dans les journaux et prononcé des discours à l’occasion de ces événements, notamment à l’enterrement d’Émile Zola (l’un des plus beaux éloges de la littérature, et en cela sa présence est largement justifiée) et à l’inauguration de la statue d’Ernest Renan. Les lycéens d’aujourd’hui auraient bien apprécié un tel leader. Oui, vraiment, drôle de polémique, d’autant qu’il a tout pour être aimé par la jeunesse actuelle car dans ses textes transparaît un humanisme souriant. Comme tous les grands, il s’est attaqué au roman de mœurs avec Le Lys rouge, aux forts accents autobiographiques, ce récit est le reflet de la liaison entre l’écrivain et madame de Cavaillet, c’est le livre de la passion et de la jalousie qui déchirent les deux amants. Il n’a pas pris une ride.

Comme Zola, Anatole France a également voulu raconter la société française. Il a entrepris une vaste fresque sociale en quatre volumes qui dit beaucoup de la France républicaine, celle de la IIIe.

Ringard, Anatole France ? Durant l’affaire Dreyfus, il s’est engagé aux côtés de Zola, et a milité avec une conviction sans failles pour la révision du procès, il a milité pour la laïcité, il s’est opposé aux nationalistes. Il était passé maître dans l’art de la satire et de la fable. Il adorait le roman historique, et l’un de ses meilleurs titres est consacré à la Terreur, Les Dieux ont soif (publié une dizaine d’années avant sa mort), critiquant de manière acerbe tous les fanatismes, et Robespierre en premier lieu. Politiquement, il s’est rapproché des communistes. C’est un formidable styliste que l’Éducation nationale a bien eu raison de faire (re) découvrir.

[Note du carnet : gageons que très peu d’écoliers ou de cégépiens québécois ont lu quoi que ce soit d’Anatole France. Voir Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques]

jeudi 16 juin 2016

La tragédie de l'État-providence aux États-Unis par Charles Murray (2 sur 5)

Ci-dessous, la deuxième partie de la série consacrée aux effets de l’État-providence sur le tissu social et moral aux États-Unis selon Charles Murray (voir le premier volet).

Dans la seconde partie de Losing ground, Charles Murray examine quelques-uns des principaux indicateurs permettant d’évaluer la condition des défavorisées durant la période 1950-1980.

Dans la plupart des cas, les statistiques présentées par Charles Murray portent sur la partie noire de la population américaine. Il n’existe pas, en effet, de statistiques officielles portant sur « les défavorisés ». Il existe certes des statistiques par niveau de revenu, mais avoir un faible niveau de revenu — être « pauvre » — n’est qu’un élément parmi d’autres dans le fait d’être « défavorisé ». De plus les statistiques ventilées par niveau de revenu ne permettent pas de suivre une même population sur une période de trente ans comme le fait Murray.

Charles Murray, à l’instar de nombre de ses collègues, se sert donc des statistiques ethniques, disponibles aux États-Unis, pour observer l’évolution sur longue période de la condition des défavorisés. Il fait l’hypothèse que la situation des Noirs est un bon indicateur de la situation des défavorisés en général. Cette hypothèse est vraisemblable, car il est incontestable que les Noirs sont représentés de manière tout à fait disproportionnée parmi les pauvres, les personnes à faible niveau d’études, les familles dites monoparentales, etc.

Bien entendu, cette hypothèse n’est qu’une approximation de la réalité. Il existe des Noirs qui ne sont pas défavorisés, il existe des Blancs qui sont défavorisés, et elle fait l’impasse sur la question des différences raciales. Mais elle est sans doute la meilleure approximation disponible et par ailleurs, aux États-Unis, les dispositifs de la Grande Société étaient essentiellement destinés à la population noire, même si ce n’était pas tout à fait dit comme cela. Examiner sur longue période les indicateurs relatifs à cette partie de la population américaine est donc, selon Charles Murray, une bonne manière d’estimer l’effet des dispositifs en question.

La première statistique est bien entendu celle de la pauvreté, une statistique qui en l’occurrence ne distingue pas entre les Noirs et les autres.

Le paradoxe est que le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté cessa de décliner précisément au moment où les budgets consacrés à la lutte contre la pauvreté étaient les plus élevés. Cela est d’autant plus surprenant que, théoriquement, la pauvreté est un problème très simple à régler : puisqu’il s’agit uniquement d’une question de revenu, il suffit d’envoyer suffisamment d’argent à suffisamment de personnes pour le faire disparaitre.


La croissance économique ne peut pas lever ce paradoxe. La croissance annuelle moyenne du PIB fut de 2,7 % entre 1953 et 1959, période de déclin rapide de la pauvreté, et de 3,2 % entre 1970 et 1979. Même en tenant compte de l’inflation et de l’accroissement de la population, le PIB par habitant progressa plus rapidement durant les années 1970 que durant les années 1950. Les États-Unis continuaient à s’enrichir, mais les pauvres ne bénéficiaient plus de cet enrichissement global, comme ils l’avaient fait dans les périodes précédentes.

La situation est encore plus paradoxale, et encore moins satisfaisante, si l’on examine non plus la pauvreté officielle, mais la pauvreté latente. En effet, un certain nombre de personnes ne sont au-dessus du seuil officiel de pauvreté qu’en vertu des aides qu’elles reçoivent du gouvernement. Mesurer la pauvreté latente revient à mesurer le nombre de pauvres avant tout transfert de la part de la puissance publique. Elle inclut les pauvres « officiels » et ceux qui seraient pauvres s’ils ne recevaient pas des aides publiques tous les mois. Or la pauvreté latente a augmenté entre 1968 et 1980, passant de 18,2 % à 22 %.


La principale raison pour laquelle la croissance économique cessa de réduire la pauvreté dans les années 1970 est qu’un grand nombre de pauvres étaient sans emploi.

Pourtant les années 1960 virent la mise en place de nombreux programmes gouvernementaux destinés précisément à aider les plus défavorisés à trouver du travail. Entre 1965 et 1980, le gouvernement fédéral dépensa à peu près autant d’argent dans ces programmes d’aide qu’il en dépensa pour l’exploration spatiale entre 1958 et 1969 (date à laquelle Neil Armstrong posa le pied sur la lune). Un effort tout à fait considérable donc, et même d’autant plus considérable qu’il était concentré sur une petite partie de la population défavorisée, en gros les 16-24 ans.

Et cependant les statistiques ne cessèrent de se détériorer précisément pour cette tranche d’âge.

Les statistiques sont encore plus étonnantes lorsque l’on examine non plus le taux de chômage, mais la population active, c’est-à-dire les personnes en âge de travailler qui sont disponibles sur le marché du travail. En 1954, si le taux de chômage chez les hommes noirs était supérieur au taux de chômage chez les hommes blancs, les taux d’activité (proportion de ceux qui ont ou qui recherchent un emploi) étaient quasiment identiques. Puis à partir de 1965-1966 le taux d’activité des hommes noirs commença à décliner, relativement à celui des Blancs, et plus particulièrement le taux d’activité des jeunes hommes noirs.


Une analyse plus fine du phénomène révèle que le déclin de la population active noire des 16-24 ans n’était pas dû à une sortie permanente du marché du travail d’une partie de cette population, mais au fait que de plus en plus de jeunes noirs n’étaient sur le marché du travail que par intermittence. Ils alternent les périodes d’emploi et de chômage, précisément à cette période de leur existence où il importait le plus pour eux d’acquérir des compétences professionnelles et de saines habitudes de travail.

En matière d’éducation également l’effort du gouvernement fédéral fut tout à fait substantiel. Entre 1965 et 1980, plus de 60 milliards de dollars (valeur 1980) supplémentaires furent dépensés par le gouvernement fédéral pour améliorer l’éducation primaire et secondaire, sans compter 25 milliards supplémentaires en bourses et en prêts pour les étudiants.

Pourtant, durant cette même période, l’inquiétude grandissait parmi la population américaine au sujet de la qualité de l’enseignement primaire et secondaire. Une inquiétude alimentée, d’une part, par les récits de plus en plus nombreux de l’état de dégradation, parfois proprement hallucinant, de certaines écoles de centre-ville, et, d’autre part, par le sentiment confus que les exigences en matière d’apprentissage scolaire baissaient continuellement. Un sentiment corroboré par le déclin spectaculaire des résultats du SAT (Scolastic Aptitude Test : un test standardisé qui est passé par les écoliers du secondaire désirant entrer au collège/début de l’université).


Toutefois, l’évolution la plus immédiatement préoccupante pour le grand public fut celle de la criminalité. Durant les années 1950, le taux de criminalité, tous crimes confondus, était resté constant et relativement bas. Les taux de certains crimes étaient même en diminution, comme le taux d’homicide. Puis, à partir de 1964, toutes les catégories de crime commencèrent à augmenter spectaculairement.


L’augmentation la plus spectaculaire fut celle du taux d’homicide parmi la population noire. Alors que le taux d’homicide des hommes noirs avait décliné de 22 % entre 1950 et 1960 — période où la population urbaine noire augmentait rapidement ce qui, toutes choses égales par ailleurs, aurait dû faire grimper ce taux — il augmenta brutalement et continuellement pendant une dizaine d’années, avant de se stabiliser à un niveau élevé.

En 1970, une personne vivant dans l’une des grandes villes américaines courait, en moyenne, plus de risques d’être assassinée qu’un soldat américain ne courait de risques d’être tué au combat durant la Seconde Guerre mondiale. Encore ne s’agissait-il que d’une moyenne. Pour les Blancs le risque d’être assassiné n’avait pas beaucoup augmenté, en revanche il s’était énormément accru pour les Noirs. Et, dans un nombre tout à fait disproportionné de cas, les assassins étaient eux-mêmes de jeunes hommes noirs.


Les derniers indicateurs sur lesquels se penche Charles Murray portent sur la vie familiale, et plus précisément sur les naissances hors mariage et sur les familles dites monoparentales, c’est-à-dire en pratique les femmes vivant seules avec leurs enfants.

Depuis que des statistiques existent pour mesurer ces deux phénomènes, les Noirs américains ont présenté des taux de naissance hors mariage et de famille monoparentales supérieurs à ceux des Blancs. À partir du début des années 1960, ces deux indicateurs commencèrent à grimper à la fois parmi les Noirs et parmi les Blancs, mais pas de manière uniforme pour l’ensemble de la population. Les plus pauvres et les plus jeunes furent les principaux concernés, aussi bien pour les Blancs que pour les Noirs.

Le chiffre le plus spectaculaire et le plus inquiétant est certainement celui des naissances hors mariage chez les très jeunes femmes noires : en 1980, pour la tranche d’âge 15-19 ans, 82 % des naissances étaient hors mariage. Un tel chiffre a une résonance presque tragique, car chacun comprend, sans qu’on ait besoin de longues démonstrations, les conséquences qui peuvent en découler, à la fois pour les jeunes femmes concernées et pour leurs enfants. Donner naissance à un enfant alors que l’on est une adolescente pauvre est presque toujours un aller simple pour une vie de pauvreté et de dépendance à l’égard des aides publiques. Naitre d’une mère adolescente pauvre est presque toujours un aller simple pour une vie en bas de l’échelle sociale et, lorsque l’on est une fille, pour répéter l’expérience de sa mère.

Ce chiffre des naissances hors mariage chez les très jeunes femmes ne signifie rien d’autre que la création d’un quart-monde héréditaire au sein de la nation la plus riche que la Terre ait jamais portée.


Le second chiffre, qui recouvre en partie le premier sans lui être identique, est celui des familles dites monoparentales. La proportion de ces familles a très peu augmenté chez les Blancs appartenant aux classes moyennes ou supérieures, un peu plus chez les Noirs appartenant aux mêmes catégories, et elle s’est envolée chez les Noirs pauvres à partir du milieu des années 1960.


Ces statistiques sont elles aussi de première importance, car le fait pour une femme de devoir élever seule ses enfants est une cause majeure de pauvreté et, chez ses enfants, de comportements sociaux indésirables. Une femme (ou un homme) qui se situe un peu au-dessus du seuil de pauvreté, tant qu’elle est mariée, tombe le plus souvent en dessous de ce seuil après avoir divorcé. Les enfants élevés dans les familles monoparentales présentent — toutes choses égales par ailleurs — des risques bien plus grands de devenir délinquants, de développer des dépendances, de quitter prématurément le circuit scolaire, pour les filles de tomber enceintes alors qu’elles sont encore adolescentes, etc.

Suite : La tragédie de l'État-providence aux États-Unis par Charles Murray (3 sur 5)