jeudi 27 mai 2021

Gestion de la pandémie — Hausse des tentatives de suicide chez les adolescents et les jeunes adultes

Les pédopsychiatres sont nombreux, depuis le début de l'épidémie, à alerter sur la hausse de jeunes patients reçus pour dépression, au point de tenter de mettre fin à leurs jours. De premiers chiffres sur les tentatives de suicide des adolescents et jeunes adultes, rendus publics prochainement, confirment désormais ces remontées de terrain.

Le professeur en psychiatrie Fabrice Jollant (GHU Paris psychiatrie et neurosciences) et le médecin réanimateur Dominique Vodovar (centre antipoison de Paris) ont analysé le nombre d'appels pour tentatives de suicide des huit centres antipoison (CAP) du territoire, entre le 1er janvier 2018 et le 31 mars 2021, soit 50 000 dossiers. Et ils le confirment : les tentatives de suicide chez les 12-24 ans sont en hausse, depuis septembre 2020. Un phénomène « très nouveau » et « inquiétant », indique le professeur Jollant.

Sans prétendre à l'exhaustivité – leur travail d'analyse ne se concentrant que sur les données des CAP –, leur conclusion « pourrait tout à fait refléter la tendance générale française », explique le docteur Vodovar. D'autant que « 80 % des tentatives de suicide impliquent l'ingestion de médicaments », précise-t-il.

Des appels deux fois supérieurs à la normale

Des indicateurs le montraient déjà, lors du premier confinement (du 17 mars au 10 mai 2020) : les gestes suicidaires ont d'abord chuté d'environ 20 %, tous types de tentatives et tous âges confondus, à l'exception des sujets de plus de 65 ans, plus exposés que les autres tranches d'âge aux risques d'infection et de mortalité induits par le virus et susceptibles d'avoir connu une expérience douloureuse en réanimation.

Une baisse générale « pour partie justifiée par un effet de sidération », explique le professeur Jollant. « Cela nous est tombé dessus, et il y a eu une forme de souffrance collective. Il s'agissait avant tout de lutter ensemble, ce qui protège généralement du passage au suicide, précise-t-il. On a observé la même chose après l'attentat du 11 septembre 2001 ou après l'épidémie de Sras, en 2002. »

Mais « cela reste généralement temporaire ». Aussi, rapidement, et particulièrement à partir du mois de septembre, la tendance s'inverse : « Les appels aux centres antipoison pour tentative de suicide se multipliaient, on a donc commencé à suivre cela de près, raconte le docteur Vodovar. Les CAP recevaient entre trente et quarante appels par jour avant l'épidémie, pour ingestion volontaire de médicaments ou de produits ménagers. Aujourd'hui, ils recensent jusqu'à soixante à quatre-vingts appels par jour, particulièrement pour des adolescents et de jeunes adultes », précise-t-il.

Un « public fragilisé par la situation et ses mesures »

Parmi eux, un « public fragile », touché par des « pathologies psychiatriques (dépression, troubles de l'humeur, addictions…), qui démarrent généralement à l'adolescence, et qui a pris de plein fouet l'épidémie », explique Fabrice Jollant. En temps normal, 15 à 20 % des jeunes étant en difficulté sociale et/ou psychique et 10 % des adolescents exprimant, chaque année, des idées suicidaires.

Mais aussi un « public fragilisé par la situation et ses mesures », précise-t-il. Et plus particulièrement « le poids majeur de l'isolement induit par l'épidémie ». « Certains jeunes se sont retrouvés très isolés. La fermeture de leurs établissements et le fait de se retrouver, pour certains, seuls dans des petits endroits ou en rapports étroits et parfois conflictuels avec leurs proches, sur de longues périodes, a pu être très difficile et a mis à mal leur socialisation, dans une période de leur vie où celle-ci est clé », explique-t-il.

Source et suite de l'article

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Augmentation de 40 % des jeunes de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale  

La pression médiatique de la Covid-19 en mars 2020 a connu un pic inédit depuis 1945 (on a jamais autant parlé d'un événement) 

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Augmentation de 40 % des jeunes de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale

Le nombre de Québécois de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale à la suite d’une visite à l’urgence a augmenté de 40% en janvier et février, par rapport à la même période l’an dernier, selon des statistiques de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME).

Dans un communiqué publié vendredi, l’HME s’est dit inquiet «du nombre sans précédent de préadolescents et d’adolescents aux prises avec des problèmes de santé mentale» en raison de la pandémie, des fermetures d’école, de l’apprentissage en ligne, de l’augmentation du temps passé devant un écran, de l’absence d’activités sportives ou parascolaires et du manque de socialisation.

«Le nombre de jeunes en détresse est alarmant. À l’Hôpital de Montréal pour enfants, nous traitons des préadolescents et des adolescents qui ont des pensées suicidaires, qui souffrent de dépression, qui ingèrent intentionnellement des médicaments, qui souffrent d’anxiété aiguë et qui ont des troubles alimentaires graves», a expliqué le Dr Martin Gignac, directeur médical du service de psychiatrie de l’HME.

«Au cours des derniers mois, notre unité psychiatrique de huit patients a dépassé sa capacité avec jusqu’à 12 à 14 adolescents en crise par jour», a ajouté le Dr Gignac.

Il estime qu’un nouveau modèle de soins devrait voir le jour afin d’éviter que des adolescents souffrant de problèmes de santé mentale et ayant besoin d’une surveillance 24 heures sur 24 soient admis dans des unités chirurgicales ou médicales.

Plutôt qu’un séjour à l’hôpital, le Dr Gignac préconise la création, dans la communauté, de centres d’intervention de crise où les adolescents auraient un accès rapide à des intervenants en santé mentale et où les familles pourraient participer à une psychothérapie intensive.

Source

mercredi 26 mai 2021

Lockheed Martin — Hommes blancs, mal; missiles de guerre, bien ? Formation sur le privilège blanc.

L’année dernière, Lockheed Martin Corporation, la plus grande entreprise du complexe militaro-industriel américain avec 110 000 employés a envoyé des cadres blancs de sexe masculin à un programme de formation sur « la diversité » de trois jours visant à déconstruire leur « culture d’hommes blancs » et à les encourager à expier leur « privilège des hommes blancs », selon documents obtenus par Christopher Rufo.

Le programme, hébergé sur Zoom pour une cohorte de 13 employés de Lockheed, était dirigé par la société de conseil en diversité White Men As Full Diversity Partners (Les Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité), spécialisée dans l’aide aux hommes blancs pour « se réveiller ensemble ». Les employés de Lockheed, tous hauts dirigeants de l’entreprise, comprenaient Aaron Huckaby, directeur des opérations de la chaîne d’approvisionnement mondiale ; le lieutenant-colonel à la retraite de la Force aérienne David Starr, directeur du programme de transport militaire Hercules C-130 ; le lieutenant-général à la retraite de la Force aérienne Bruce Litchfield, vice-président des opérations de maintien en puissance ; et Glenn Woods, vice-président de la production pour le programme des ruineux chasseurs F-35.


Au début du programme, les formateurs en diversité ont soumis les employés de Lockheed à un exercice « d’association libre ». Les employés devaient énumérer les mots qu’ils associent au terme « hommes blancs ». Parmi la liste soumise par les formateurs, on retrouve « vieux », « raciste », « privilégié », « anti-femmes », « en colère », « nation aryenne », « KKK », « pères fondateurs », « fusils », « coupable » et « ne savent pas sauter. » Selon les participants, ces perceptions ont conduit à « des hypothèses sur les hommes blancs et la diversité », de nombreux employés estimant que les hommes blancs « ne se soucient pas de la diversité », « ont une perspective classique sur l’histoire et le colonialisme » et « ne veulent pas céder notre pouvoir ».

Pour l’équipe d’Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité — Jim Morris, Mark Havens, and Michael Welp —, la session de formation avantage les hommes blancs qui adhèrent à la philosophie de la diversité et de l’inclusion. En réponse à une question sur « qu’en retirent les hommes blancs ? », les participants ont énuméré des avantages tels que : « Je ne serai pas remplacé par quelqu’un qui est un meilleur partenaire de la diversité complète », « [Je vais] améliorer la marque, l’image, la réputation des hommes blancs » et « j’aurai un sentiment de culpabilité moins tenace d'être source de problèmes. »

Dans un ensemble de ressources connexes, l’équipe Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité expose sa théorie du privilège. Les fondateurs de la société, Welp et Bill Proudman, ont fait valoir que les hommes blancs doivent « travailler dur pour comprendre » leur « privilège blanc », « privilège masculin » et « privilège hétérosexuel », ce qui leur confère des avantages immérités. Les programmes de formation de l’entreprise sont conçus pour aider les hommes blancs à découvrir les « racines de la culture des hommes blancs ». Cette culture, selon Welp et Proudman, s’articule autour de valeurs telles qu’« un individualisme robuste », « une attitude positive », « le travail acharné », « fonctionnant à partir de principes » et « aspirant au succès » — qui sont superficiellement positifs, mais sont « dévastateurs » pour les femmes et les minorités.

Lors de la formation Lockheed, après les exercices de base, les formateurs ont procédé à la partie « cœurs et esprits » de la session : déconstruire le « privilège des hommes blancs » des employés à travers une série de « déclarations de privilèges », puis travailler à reconstruire leur identité comme « agent[s] du changement. » Les formateurs ont fourni aux participants une liste de 156 « déclarations de privilèges blancs », « déclarations de privilèges masculins » et « déclarations de privilèges hétérosexuels » à lire et à discuter. Parmi ces déclarations : « Ma culture m’apprend à minimiser les perspectives et les pouvoirs des gens issus d’autres races » ; « Je peux commettre des actes de terrorisme, de violence ou de crime sans que cela soit attribué à ma race » ; « Mon potentiel de revenu est de 15 à 33 % supérieur à celui d’une femme » ; « Mes organes reproducteurs ne sont pas considérés comme la propriété des autres hommes, du gouvernement et/ou même des étrangers en raison de mon sexe » ; « On ne me demande pas pourquoi je suis hétéro » ; « Je peux être ami avec des enfants ou travailler avec eux sans être accusé de les avoir recrutés ou agressés. »

Enfin, afin de consolider l’idée que la culture des hommes blancs est « dévastatrice » pour les minorités raciales et les femmes, les formateurs ont demandé aux employés de Lockheed de lire une série de déclarations « Je suis fatigué » qui auraient été prononcées par des personnes issues des minorités raciales et des femmes fictives. Les déclarations comprenaient : « Je suis fatigué d’être noir » ; « Je suis fatigué que vous gagniez plus d’argent que moi » ; « Je suis fatigué que les gens dénigrent nos campagnes politiques (comme Black Lives Matter) » ; « Je suis fatigué que des garçons/filles noirs soient assassinés » ; « Je suis fatigué que les gens pensent qu’ils sont plus intelligents et plus qualifiés que moi » ; « Je suis fatigué d’entendre que nous avons besoin d’un mur à la frontière au Sud, mais pas à la frontière au Nord » ; « Je suis fatigué du désir ou des commentaires qu’il faudrait éliminer la race — le concept selon lequel nous devrions être “daltoniens”. »

Ce n’est pas la première fois que Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité organise un programme de formation controversé. L’année dernière, cette entreprise avait déjà organisé un programme de formation des employés blancs des laboratoires nationaux de Sandia qui sont parmi les principaux laboratoires nationaux du département de l’Énergie des États-Unis. Cette révélation avait mené à une série d’articles de presse et de dénonciations dans les médias. En conséquence, le président Donald Trump avait signé le décret 13950 qui interdisait dans les programmes fédéraux de diversité l’usage de stéréotypes raciaux, de la rhétorique de bouc émissaire et de a discrimination. L’interdiction de Trump, cependant, ne fut que temporaire. Le président Biden s’est empressé d’annuler ce décret le premier jour de son mandat.

Documentaire : la vie intime des Français pendant l'occupation allemande

Documentaire (pour adultes) basé sur le livre Les années érotiques de Patrick Buisson.

Lien vers la vidéo si elle ne s'affiche pas: https://rumble.com/embed/vf20n7/?pub=fcaqj


lundi 24 mai 2021

Hongrie — Natalité en hausse et nuptialité stable malgré la Covid-19 en 2020 et de janvier à mars 2021

Dans de nombreux pays, la gestion de la Covid-19 s’est accompagnée d’une chute du nombre des naissances et des mariages.  Voir Un fort recul des naissances en janvier à travers le monde développé (m-à-j pour le Québec).

Si la Hongrie a connu une baisse des naissances en janvier 2021 par rapport à janvier 2020 (-9,3 %), les chiffres pour l’année 2020 et le premier trimestre 2021 sont rassurants.

En 2020, 92 233 enfants sont nés en Hongrie. Le nombre de naissances était supérieur de 3,4 % à celui de l’année précédente. À l’exception de la baisse de décembre 2020, plus d’enfants sont nés tous les mois en 2020 que le mois correspondant de l’année précédente. Le nombre de naissances a augmenté relativement sensiblement en janvier 2020 (9,7 %), juin (9,1 %) et février (7,8 %) par rapport aux mêmes mois de l’année précédente. L’indice synthétique de fécondité en Hongrie a augmenté pour s’établir provisoirement à 1,55 enfant par femme en 2020 par rapport à 1,49 pour 2019.

En 2020, 81 850 bébés sont nés au Québec, soit une baisse de 3 % par rapport à 2019 (84 00). L’indice synthétique de fécondité pour 2020 est de 1,52 enfant par femme, moins qu’en 2019 (1,57 enfant par femme). La très grande majorité des bébés nés en 2020 ayant été conçus avant que les mesures pour contrer la pandémie de COVID-19 ne soient instaurées au Québec, l’effet possible de ces mesures sur le nombre de naissances ne devrait se faire sentir pleinement qu’à partir de l’année 2021.

Épousailles à Budapest
Pendant le premier trimestre 2021, 22 254 enfants sont nés en Hongrie, soit 0,1 % de plus que le nombre de naissances en janvier-mars 2020. Le nombre de naissances corrigé pour prendre compte de l’année 2020 qui fut bissextile a augmenté davantage, de 1,2 % par rapport à la même période de l’année précédente. Pendant ce trimestre, il y a eu 9,3 % de naissances vivantes en moins en janvier, 5,0 % de plus en février et 9,5 % de plus en mars par rapport aux mois correspondants de 2020. L’indice synthétique de fécondité en Hongrie a été estimé à 1,54 par femme pour ce premier trimestre 2021, contre 1,50 au premier trimestre 2020.

L’Institut de la statistique du Québec, moins rapide que son homologue hongrois, n’a publié que les chiffres de naissances et mariages que pour les deux premiers mois de 2021. En janvier et février 2021, il est né 12 450 enfants au Québec comparés à 13 200 pendant les deux mêmes mois en 2020 soit une diminution de 5,68 %. À ce rythme, l’indice de fécondité au Québec devrait passer sous les 1,5 enfant/femme pour 2021. Quant aux mariages au Québec, leur nombre s’est effondré pendant les deux premiers mois passant de 1700 en janvier et février 2020 à 1000 en janvier et février 2021, soit une baisse de 41,18 %.

De janvier à mars 2021, 12 004 couples se sont mariés en Hongrie, soit 2,1 % de moins ou 262 de moins qu’un an auparavant. Le nombre de mariages corrigé pour prendre en compte l’année 2020 qui fut bissextile a diminué de 0,9 %. Dans le détail, 3,1 % de mariages en moins ont été enregistrés en janvier, 6,0 % de moins en février et 5,1 % de plus en mars qu’au cours des mois correspondants de 2020. 

 


Le deuxième gouvernement Orbán (2010-2014) a fait de la sauvegarde de la nation de l'abîme démographique une de ses priorités. Il a donc introduit des mesures généreuses pour les familles nombreuses et a considérablement augmenté les prestations sociales pour toutes les familles. Ceux qui ont trois enfants ou plus ne paient pratiquement aucun impôt. En quelques années à peine, la Hongrie est passée de l'un des pays qui dépensaient le moins pour les familles de l'OCDE à être l'un de ceux qui en font le plus. En 2015, les sommes allouées à la politique familiale représentait près de 4% du PIB. 

 

Sources : Institut de la statistique du Québec et son homologue hongrois (KSH).

Voir aussi

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019 

Radiographie des Français 

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million 

Un fort recul des naissances en janvier à travers le monde développé (m-à-j pour le Québec)  

Implosion démographique : y remédier en renouant avec des valeurs qui privilégient descendance et transmission  

Covid — nombre de naissances en France en janvier 2021 a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020

Politiques familiales — hausse des naissances de 9 % en Hongrie, nombre des mariages double (janvier 2020) 

Hongrie — vers un remboursement intégral de la fécondation in vitro  

Hongrie — 20 % de mariages en plus en 2019 à la suite de la politique pro famille  

La politique nataliste hongroise 


 Orban : la procréation plutôt que l’immigration

 

L'application de la loi 101 aux cégeps : un potentiel de 25 petits cégeps français avec ses emplois en français

Lettre à François Legault, Simon Jolin-Barrette et Danielle McCann envoyée par un collectif en faveur de l’application de la loi 101 aux cégeps.

Madame, Messieurs,

Nous soussignés travaillons au cœur du réseau des cégeps français et désirons vous raconter une histoire très préoccupante dont vous seuls contrôlez le dénouement.

Elle concerne Mathieu Caron et Gabriela Fernandez (noms fictifs). Tous deux enseignent depuis une dizaine d’années dans un cégep français, lui en histoire et elle en biologie. Elle touche aussi Isabelle Dufour et Ahmed Hallaoui : elle y a envoyé son CV dans l’espoir d’enseigner la physique et lui, les mathématiques. Leur point commun : tous veulent naturellement travailler en français.

Notre quatuor présente deux cas de figure typiques. Le premier s’applique à Mathieu et à Gabriella : depuis plusieurs années, les plus précaires qu’eux ont peu à peu perdu leurs cours, par manque d’effectifs étudiants. Cette année, c’est leur tour : avec chance, ils hériteront de grenailles de tâches cet automne, mais d’aucune à l’hiver.

Quant à Isabelle et à Ahmed, ils ont reçu coup sur coup des accusés de réception laconiques à leurs demandes pour leur emploi de rêve : « La conjoncture, vous savez », « La baisse d’effectifs nous frappe », « Nous conserverons votre CV durant deux ans, gardez espoir ».

Pendant ce temps, le cégep anglais situé à quelques jets de pierres du leur déborde et embauche en masse : il s’appelle Dawson, John Abbott, Heritage, Vanier ou Champlain Lennoxville, Champlain St. Lawrence, Champlain Saint-Lambert.

Ce débordement s’explique par l’afflux massif et combiné d’allophones et de francophones. À Québec, au cégep Champlain St. Lawrence par exemple, ces non-anglophones constituent 90 % de la clientèle…

Un potentiel de 25 petits cégeps français

Le réseau collégial anglais dans son ensemble recrute 65 % de sa clientèle chez les francophones et les allophones qu’il sélectionne sur la base de l’excellence de leur dossier scolaire, soit 20 150 étudiants sur un total de 31 000. Oui, plus des deux tiers ne sont pas anglophones ! De plus, le réseau des cégeps anglais reçoit 20 % du financement pour une communauté de 8,7 % d’anglophones alors que les minorités françaises hors Québec ne récoltent que des miettes.

L’extension de la loi 101 au collégial ferait évidemment passer du côté français l’immense majorité de ces 20 150 étudiants non anglophones, soit autant que ceux de tous les cégeps français de la ville de Québec. Ou l’équivalent de 25 petits cégeps comme celui de La Pocatière, qui en attire 800, ou de six de taille moyenne comme le cégep de Bois-de-Boulogne et ses 3000 étudiants.

Cette décision franciserait plus de 2000 emplois d’enseignants, de professionnels, d’employés de soutien, de cadres et de techniciens, le ratio de ce milieu avoisinant un employé par tranche de 10 étudiants. Illustrons : Dawson College, avec ses 10 000 étudiants, procure de l’emploi à plus de 1000 travailleurs, soit 600 professeurs et 400 non-enseignants.

Les cégeps français déclassés

Vous comprenez alors pourquoi, d’une part, Mathieu, Gabriela, Isabelle et Ahmed se retrouvent sans emploi. Et, d’autre part, pourquoi les professeurs qui tiennent le coup, assiégés dans leur cégep d’attache, sont condamnés à enseigner dans des établissements de second tour privés, par l’attraction du réseau anglais, de nombre de leurs étudiants performants et ambitieux.

Vous avez bien lu, MM. Legault, Jolin-Barrette et Mme McCann : dans l’État de plus en plus bilingue que vous dirigez, les cégeps anglais déclassent les cégeps français.

Vous trouvez ça normal ? Nous, non.

Alors, dites-nous : quelle option reste-t-il à notre quatuor de candidats pour gagner leur pain ? Oui, vous l’avez compris : postuler dans des cégeps anglais, devenus si populaires qu’ils manquent d’anglophones pour combler leurs besoins. Là, on les accueillera à bras ouverts.

Ainsi, de plus en plus de Québécois formés en français doivent enseigner dans les cégeps anglais, ce qui provoque deux effets pervers. D’abord, la remise en question de leur droit de travailler en français. Le constat en est aussi désolant qu’absurde : de plus en plus de professeurs francophones et allophones enseignent en anglais à… des francophones et à des allophones !

Ensuite, la dévaluation des bacs et des maîtrises en français au cœur même du marché du travail québécois. À quoi bon décrocher des diplômes en français, en littérature, en biologie ou en chimie d’universités françaises si c’est pour enseigner (et corriger) en anglais à temps plein ?

Cette anglicisation du corps enseignant réduit aussi les débouchés pour les professeurs de philosophie, dont les cours, dans les cégeps anglais, sont facultatifs.

Chers élus, nous serons solennels et insistants : une porte s’ouvre momentanément devant vous, et le projet de loi 96 doit aller plus loin encore.

Vous devrez agir avec plus de vigueur et de détermination. L’avenir des cégeps français et du français comme langue commune des Québécois dépend pour beaucoup des gestes que vous pouvez encore poser.

Faites-le pour nous et nos enfants.

Le regroupement Pour le cégep français

*Plus de 230 personnes (enseignants, professionnels et employés de soutien de nombreux cégeps) ont signé la lettre


dimanche 23 mai 2021

La pression médiatique de la Covid-19 en mars 2020 a connu un pic inédit depuis 1945

Cision, spécialiste en relations presse, a épluché plus de 8 millions d’articles de la Presse quotidienne nationale française pour connaître les évènements de l’histoire moderne qui ont le plus marqué les médias depuis 1945. 

Quatorze évènements majeurs ont été analysés. Par ordre chronologique : guerre de Corée, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie, Guerre des missiles de Cuba, Mai 68, guerre du Kippour, élections présidentielles 1981 et 1988 de François Mitterrand, attentats de New York en 2001 et de Paris en 2015, élections présidentielles d’Emmanuel Macron, les gilets Jaunes et enfin la pandémie de Covid-19. Dans chaque cas, le pic hebdomadaire de l’événement a été comparé. C’est ainsi que Cision a analysé la pression médiatique en France pendant le pic d’une semaine lié au début du confinement en 2020 et les 7 jours qui ont suivi la signature des accords d’Évian qui ont marqué la fin de la guerre d’Algérie.

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Le taux de pression médiatique de la Covid-19 atteint son maximum lors de la troisième semaine du confinement de mars 2020 avec 68 % de médiatisation (soit près de 7 articles sur 10 de presse quotidienne nationale évoquent le sujet). Ce pic dépasse de peu le record absolu des événements de mai 68 qui occupaient 67 % de la médiatisation lors de la 2e semaine de grève générale.

En second plan, deux catégories d’événements se distinguent par leur médiatisation intense : les attentats et les élections présidentielles. Les attentats de Paris de novembre 2015 ont occupé 41 % de l’espace médiatique, soit 10 points de plus que les attentats du 11 septembre. Quant aux élections présidentielles, l’élection de François Mitterrand de 1988 détient le record devant Emmanuel Macron avec un taux d’occupation médiatique de 40 %.

Enfin, les guerres et conflits enregistrent une forte médiatisation. En tête, la guerre d’Algérie se soldant par la signature des accords d’Évian mobilise 30 % de la médiatisation. Notons que la chute du mur de Berlin occupera « seulement » 20 % des débats médiatiques la semaine suivant les événements.

Ces chiffres révèlent que la médiatisation de la Covid-19 — à l’exception notable de mai 68 — surpasse largement tous les événements étudiés.

Au-delà du Pic de médiatisation, il est également important d’étudier la médiatisation des évènements dans la durée. Le graphique ci-dessous illustre la courbe de médiatisation des différents évènements

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Par l’intensité de son pic et la persistance de sa forte médiatisation dans le temps, la Covid-19 bénéficie d’un traitement médiatique totalement inédit dans l’histoire de la presse.

Méthodologie : cette étude a été réalisée sur la base des archives de la Presse Quotidienne Nationale de 1945 à nos jours présente dans la bibliothèque média Europresse. L’équipe Intelligence Médias de Cision, Cision Insights, a analysé 8 695 565 articles issus des titres de presse, Le Monde, Le Figaro, Les Échos, Aujourd’hui en France, L’Humanité, La Croix, La Tribune et Libération. Après avoir identifié les grands événements qui ont marqué l’histoire des médias depuis 1945, les experts Cision Insights ont comptabilisé le nombre total de parutions de l’événement afin de déterminer leur taux d’occupation médiatique. Aussi appelé taux de pression, le taux d’occupation médiatique est le rapport entre le nombre de parution d’un sujet relativement au nombre total de parutions sur une période donnée.

Voir aussi

La psychologue Marie-Estelle Dupont sur la peur instrumentalisée pour faire adhérer la population aux mesures anti-Covid.


samedi 22 mai 2021

Pentecôte 2021

Veni Creator Spiritus est une hymne grégorienne, considérée comme la plus célèbre de toutes les hymnes de ce répertoire. Le Veni Creator fut composé par Raban Maur au IXe siècle et il est utilisé chez les catholiques mais aussi dans la plupart des Églises chrétiennes. On connait en particulier une traduction de Luther.

Latin   Traduction littérale
Veni, creator Spiritus,
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quae tu creasti pectora.

Viens, Esprit créateur,
Visite les esprits des tiens :
Emplis de la grâce d’en haut
Les cœurs que tu as créés.
Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas
Et spiritalis unctio.

Toi qui es appelé Consolateur,
Don du Dieu très-haut,
Source de vie, feu, amour
Et onction spirituelle,
Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae,
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.

Toi septiforme par la fonction,
Doigt de la droite du Père,
Toi à juste titre promesse du Père,
Augmentant les langues dans le discours,
Accende lumen sensibus,
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.

Allume la lumière dans les sens,
Coule l’amour dans les cœurs,
En la faible force de notre corps
Donnant force pour résister.
Hostem repellas longius
Pacemque dones protinus;
Ductore sic te praevio
Vitemus omne noxium.

Repousse au loin l’ennemi
Et donne la paix sans cesse,
Qu’ainsi par toi, guide conducteur,
Nous évitions tout péril.
Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium;
Teque utriusque Spiritum
Credamus omni tempore.

Fais que par toi nous sachions le Père,
Et que nous connaissions le Fils,
Et que des deux tu es l'Esprit
Nous croyions en tout temps.
Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito
In saeculorum saecula.

À Dieu le Père soit la gloire,
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Consolateur
Dans les siècles des siècles.
Amen.
Amen

« Faire venir des immigrés pour compenser notre baisse démographique est une absurdité. Comme si les êtres humains étaient interchangeables. Faites des enfants ! »

Ce 16 mai, le commissaire au Plan en France, François Bayrou, sonnait l’alerte dans une note : la baisse inquiétante de notre fécondité met en danger notre modèle social… Pour le Haut-Commissaire au plan, deux solutions : une politique familiale ou un appel renforcé à l’immigration...

Natacha Polony prône une politique familiale plus juste, notamment avec le rétablissement du quotient familial afin de ne pas pénaliser les familles qui ont davantage d'enfants dans une même classe sociale. 

Elle se penche aussi sur les raisons moins matérielles du déclin de la natalité : la perte de volonté de transmettre, l'alignement des classes peu modestes sur les valeurs hédonistes de la bourgeoise qui s'accompagne d'une maternité reportée, la perte du sens de la lignée qui prend sans doute sa source dans la crise d'identité des Français. Pour relancer la natalité, il faut retrouver une foi dans l'avenir, une certitude de ce qu'est être Français, cela redonnerait espoir à la population et faciliterait l'intégration des étrangers.

Voir aussi 

France — Natalité en berne, abandon des politiques natalistes 

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019 

Chine — scolarité moins longue pour augmenter la natalité  

France : « Le nombre de nos naissances n’a jamais été aussi bas. Il faut changer notre politique de natalité, en prenant exemple sur la Hongrie »  

Seul un quart des habitants de Bruxelles sont des Belges d'origine belge 

 Démographie : en 2050 pour un Européen proche de 50 ans, il y aura trois Africains de moins de 30 ans [d’âge en moyenne] 

Extrême-Orient et Occident : le boum des femmes sans enfants

La fécondité israélienne (3,1 enfants/femme) contraste avec celle de l’Occident où les pays rivalisent pour les jeunes des autres pays.

Disparaître ? de Jacques Houle : Regard franc sur l’immigration

Le monde a maintenant plus de grands-parents que de petits-enfants

Québec — Plus de 30 % des naissances issues d’au moins un parent né à l’étranger

Avortement, démographie et immigration entraînent la recomposition ethnoculturelle de l’Occident

Canada — un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?   

L’ONU révise à la baisse ses prévisions de la population mondiale 

La tare de l’État-providence c’est qu’éventuellement les autres finissent toujours par manquer 

Le Japon relève l’âge de la retraite à 70 ans [un quart des 128 millions de Japonais ont plus de 65 ans.] Conséquence de la faible natalité depuis 50 ans : le Japon a perdu un demi-million d’habitants en 2019. En ce début d’année 2020, les autorités japonaises craignent une nouvelle récession. Le PIB nippon du dernier trimestre 2019 s’est contracté de 1,6 %.   

Discours malthusien des écologistes qui sévit en Occident et qui préconise de ne pas avoir d’enfants pour sauver la Terre 

Corée du Sud : la surchauffe éducative, l’implosion démographique 

Qu’a-t-on mis dans la tête des jeunes ?

 

 

 

vendredi 21 mai 2021

Révision molle de la loi 101 : « tenter de freiner le déclin de la langue française dans la province francophone »

Extrait d'une chronique de Christian Rioux du Devoir, une des dernières signatures intéressantes de ce journal.

Les mots nous trahissent. Ils disent la vérité malgré nous. La semaine dernière, sur la radio de Radio-Canada, la même formule revenait en boucle. S’agissant du projet de loi 96, élus, chroniqueurs et animateurs répétaient en chœur qu’il avait pour but de « freiner le déclin du français au Québec ». La dépêche de l’AFP ne s’y trompait pas en affirmant que le projet de loi visait « à tenter de freiner le déclin de la langue française dans la province francophone ».

Personne n’aura eu la présence d’esprit d’aviser tout ce monde du sens précis du verbe transitif « freiner ». Le Grand Robert nous apprend que « freiner quelqu’un ou quelque chose » signifie le « ralentir », le « contrarier », le « diminuer », le « gêner » ou le « modérer ». Si les mots ont un sens, le projet de loi 96 ne viserait donc pas à stopper, arrêter, interrompre, enrayer, bloquer ou juguler le déclin du français. Il ne viserait qu’à le ralentir.

Tel semble en effet l’esprit du temps. C’est d’ailleurs ce qui distingue radicalement notre époque de celle de la loi 101 qui, dans l’esprit de ses concepteurs du moins, voulait stopper le déclin du français ou l’inverser, même si elle n’y est pas parvenue. Son parrain, Camille Laurin, affirmait ouvertement son intention de faire des Québécois « des citoyens d’un pays normal », des « membres d’un peuple entier […] en marche enfin vers son identité ». Ses successeurs semblent avoir intégré l’idée même d’un effritement inévitable du français au Québec, les plus hardis d’entre eux ne souhaitant plus que le ralentir ou le rendre moins douloureux.

Cette résignation n’est pas nouvelle. Elle nous a accompagnés tout au long de notre histoire. Elle fait penser aux mots tragiques d’Étienne Parent écrits en 1839 que l’on dirait pourtant taillés sur mesure pour décrire la réalité de l’assimilation dans les cégeps anglais de Montréal. « L’assimilation, sous le nouvel état de choses, disait-il, se fera graduellement et sans secousse et sera d’autant plus prompte qu’on la laissera à son cours naturel et que les Canadiens français y seront conduits par leur propre intérêt, sans que leur amour-propre en soit trop blessé. »

C’est peut-être pour protéger cet « amour-propre » que le nouveau projet de loi propose tant de mesures symboliques. On s’en réjouirait si elles n’empêchaient pas de voir les éléphants qui sont dans la pièce.

Le premier, c’est évidemment l’immigration. N’importe quel étranger qui se promène à Montréal comprend vite que le Québec a depuis longtemps dépassé ce que l’anthropologue Claude Lévi-Strauss appelait le « seuil de tolérance » au-delà duquel l’assimilation n’est plus possible. Toutes les danses du ventre et les efforts pour rendre notre langue plus « attrayante » ou même « ludique » n’y changeront rien.

Il y a des limites à croire qu’une minorité en déclin peut accueillir proportionnellement plus d’immigrants que la France ou les États-Unis. Mais, pour faire preuve d’une telle lucidité, il faudrait remettre en question ce pacte signé depuis longtemps entre un patronat avide de main-d’œuvre et cette gauche victimaire pour qui les immigrants sont devenus le peuple élu.

L’autre éléphant, c’est évidemment le cégep. En refusant la mesure la plus simple, celle qui coule de source et qui consisterait tout bonnement à élargir le champ d’application de la loi actuelle, on accepte et pérennise le déclin des dernières décennies. La rustine des quotas permettra de continuer à offrir en pâture à la culture dominante anglo-américaine une partie de notre jeunesse, notamment immigrante. Avec pour résultat de consacrer Montréal comme ville bilingue.