Anne Coffinier, directeur général de la Fondation pour l’école, a répondu aux questions de Justine Fesneau pour Parents Professeurs Ensemble. Cette association se donne pour objectifs de redonner la parole à des experts de l’éducation, aux parents et aux professeurs afin de faire remonter des propositions simples et pragmatiques pour réformer l’école. Découvrez son témoignage.
Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
mardi 24 novembre 2015
Enseignement — l'engouement pour les écoles moins scolaires
À l’école ou chez soi, les pédagogies dites alternatives prennent de l’ampleur. Après avoir enseigné les arts dans des écoles, Adeline Charneau a décidé de changer de vie et de créer des outils pédagogiques autant pour les enfants que pour les parents.
Aujourd’hui, la fondatrice de l’Institut des Petits pinsons cherche un local, dans la métropole bordelaise, pour développer son projet. Elle vient de publier, en juillet chez Nathan, deux pochettes inspirées de la pédagogie de Maria Montessori, comprenant des images, des cartes à découper ou à coller, des roues pour comprendre la notion de cycles. Sur le thème de la nature, l’enfant (entre 3 et 6/8 ans) pourra découvrir dans un premier temps les différentes sortes d’animaux et de végétaux, comment ils vivent et évoluent.
Aujourd’hui, la fondatrice de l’Institut des Petits pinsons cherche un local, dans la métropole bordelaise, pour développer son projet. Elle vient de publier, en juillet chez Nathan, deux pochettes inspirées de la pédagogie de Maria Montessori, comprenant des images, des cartes à découper ou à coller, des roues pour comprendre la notion de cycles. Sur le thème de la nature, l’enfant (entre 3 et 6/8 ans) pourra découvrir dans un premier temps les différentes sortes d’animaux et de végétaux, comment ils vivent et évoluent.
Le Pape François se dresse contre une éducation trop sélective
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| Biographie de Don Bosco en bédé publiée aux Éditions du Triomphe (112 pages) |
Le Pape François est intervenu dans le cadre de la rencontre organisée au Vatican sur le thème « Éduquer aujourd’hui et demain. Une passion qui se renouvelle », à l’occasion des cinquante ans de la déclaration du concile Vatican II Gravissimum Educationis.
Pendant quatre jours, depuis le 18 novembre, 2000 responsables scolaires et universitaires étaient réunis à Rome. Rassemblés en salle Paul VI, ils ont participé à un échange très dynamique avec le Pape François, lui-même ancien professeur de lettres et passionné par les questions d’éducation. Il a écouté les témoignages et les interpellations de jeunes et de professeurs venus d’environnements très variés, de Naples à Dakar en passant par Bethléem et Bombay. L’occasion pour François, dans un dialogue improvisé, de formuler un nouvel appel pour une éducation accessible à tous.
« L’identité catholique, c’est Dieu qui s’est fait homme ! » a insisté François dans son dialogue avec les congressistes. « On ne peut donc pas parler d’éducation catholique sans parler d’humanité. »
« Éduquer chrétiennement, ce n’est pas seulement faire une catéchèse, ou faire du prosélytisme… Éduquer chrétiennement, c’est faire avancer les jeunes dans toutes les valeurs humaines, ce qui doit inclure la dimension de la transcendance », une dimension malheureusement rejetée par des modèles positivistes en vigueur actuellement.
« Aujourd’hui, non seulement, les liens éducatifs se sont rompus, mais l’éducation est devenue trop sélective et élitiste. Seulement les personnes d’un certain niveau semblent avoir droit à une éducation. C’est une réalité mondiale honteuse, cette sélectivité humaine éloigne les hommes au lieu de les rapprocher : les pauvres et les riches, les cultures entre elles… »
« Votre travail est de faire la même chose que Don Bosco : au temps des francs-maçons, il a fait une éducation d’urgence ! », a rappelé François, évoquant sa rencontre avec les salésiens à Turin, le 21 juin dernier. « Il faut risquer l’éducation informelle, car l’éducation formelle s’est appauvrie, elle est techniciste, intellectualiste, ne parle que le langage de la tête. Il faut de nouveaux modèles, inclure les voies du langage du cœur, du langage des mains. Une éducation inclusive, pour que tous aient une place. »
« Le monde ne peut pas aller de l’avant avec une éducation trop sélective » s’est alarmé François. « Le plus grand échec d’un éducateur, c’est d’éduquer entre les murs d’une culture sélective, sécuritaire. »
Le Pape a donc appelé à renouveler le pacte éducatif entre l’école, les familles et l’État, via notamment un meilleur salaire pour les éducateurs.
Et il a salué les congrégations qui œuvrent dans les périphéries. « Allez aux périphéries, cherchez les pauvres : ils ont l’expérience de la survie, de la faim, de l’injustice. C’est une humanité blessée. Et je pense que notre salut vient d’un homme blessé sur la Croix », a-t-il insisté. »
Source
ECR : Des musulmans modérés dénoncent le contenu des manuels
Une vision intégriste
Des musulmans de Montréal dénoncent que les manuels utilisés dans les cours obligatoires d’éthique et culture religieuse, qui remplacent maintenant les cours de morale et de religion dans les écoles québécoises, exposent une vision intégriste de l’islam.
« Une fois, mon fils est venu à la maison... en me disant : “On m’a dit que je ne suis pas musulman parce que ma mère n’est pas voilée” », raconte Hassan Jamali, un musulman qui est né en Syrie, mais qui vit au Québec depuis une trentaine d’années.
Quand il a vu ce qu’on enseignait à ses enfants, il n’en croyait pas ses yeux.
« On décrit la pratique islamique selon le dogme le plus conservateur, ajoute-t-il. C’est-à-dire, c’est comme si on dit : “C’est ça, l’islam.” »
Son fils, qui a aujourd’hui 18 ans, a dû se battre contre certains préjugés qui ont été véhiculés dans ses cours.
« À la longue, tu ignores et tu mets ça de côté, et tu arrêtes d’intervenir, parce que tu ne veux pas te faire associer non plus à ces pensées-là et tout », explique son garçon, Malek-Michel Jamali.
Une diversité mal représentée
Nadia El-Mabrouk, une Tunisienne d’origine et qui enseigne à l’Université de Montréal, déplore elle aussi le contenu de plusieurs des manuels utilisés pour ces cours.
« Ça, c’est une page où on parle de Mahomet, dit-elle en montrant une page d’un livre utilisé par son fils à l’école. Alors, on a fabriqué une image de Mahomet voilé. Là, on a vraiment fabriqué une image censurée. »
Madame El-Mabrouk a analysé plus de 20 manuels et cahiers d’exercices. Elle constate qu’on y présente les femmes musulmanes habituellement comme voilées et que les valeurs sont celles de l’islam radical.
« C’est la promotion de l’islam qui a été propagée par l’idéologie des Frères musulmans, oui », soutient-elle.
Le cours est censé présenter la diversité, mais il ne le fait pas, selon elle.
« On ne voit aucune diversité, renchérit-elle. Alors, on voit juste le voile islamique. Donc, on représente les musulmans par le voile islamique. »
Au bureau du ministre de l’Éducation, on explique que le cours d’éthique et culture religieuse expose les jeunes à un ensemble de traditions. Toutefois, madame El-Mabrouk raconte qu’elle a dû expliquer elle-même à ses enfants pourquoi elle ne portait pas le voile.
Madame El-Mabrouk et Hassan Jamali pensent tous les deux que ce cours, au lieu d’aider à l’intégration des jeunes musulmans, fait plutôt le contraire et empêche les jeunes de mieux comprendre cette religion.
Rien d’étonnant, mais dénonciation tardive
Ceci ne nous étonne pas du tout :
1) Des critiques similaires avaient déjà été faites par le Mouvement laïque québécois et des gens comme Mathieu Bock-Côté et Joëlle Quérin. Ils avaient déjà souligné que ce programme ne luttait pas contre les stéréotypes, mais les renforçait tout en inventant parfois des scènes inexactes par correctivisme politique (voir la scène du mur des Lamentations ici).
2) On retrouvait une musulmane fondamentaliste, Najat Boughaba (ci-contre), parmi les conseillers du Monopole de l’Éducation engagés pour évaluer ce cours.
3) Il est difficile de parler de véritable diversité quand le gouvernement a toujours voulu imposer un seul cours (pas une diversité de cours de morale et de culture religieuse) et qu’aucune tête ne devait dépasser.
Des musulmans de Montréal dénoncent que les manuels utilisés dans les cours obligatoires d’éthique et culture religieuse, qui remplacent maintenant les cours de morale et de religion dans les écoles québécoises, exposent une vision intégriste de l’islam.
« Une fois, mon fils est venu à la maison... en me disant : “On m’a dit que je ne suis pas musulman parce que ma mère n’est pas voilée” », raconte Hassan Jamali, un musulman qui est né en Syrie, mais qui vit au Québec depuis une trentaine d’années.
Quand il a vu ce qu’on enseignait à ses enfants, il n’en croyait pas ses yeux.
« On décrit la pratique islamique selon le dogme le plus conservateur, ajoute-t-il. C’est-à-dire, c’est comme si on dit : “C’est ça, l’islam.” »
Son fils, qui a aujourd’hui 18 ans, a dû se battre contre certains préjugés qui ont été véhiculés dans ses cours.
« À la longue, tu ignores et tu mets ça de côté, et tu arrêtes d’intervenir, parce que tu ne veux pas te faire associer non plus à ces pensées-là et tout », explique son garçon, Malek-Michel Jamali.
Une diversité mal représentée
Nadia El-Mabrouk, une Tunisienne d’origine et qui enseigne à l’Université de Montréal, déplore elle aussi le contenu de plusieurs des manuels utilisés pour ces cours.
« Ça, c’est une page où on parle de Mahomet, dit-elle en montrant une page d’un livre utilisé par son fils à l’école. Alors, on a fabriqué une image de Mahomet voilé. Là, on a vraiment fabriqué une image censurée. »
Madame El-Mabrouk a analysé plus de 20 manuels et cahiers d’exercices. Elle constate qu’on y présente les femmes musulmanes habituellement comme voilées et que les valeurs sont celles de l’islam radical.
« C’est la promotion de l’islam qui a été propagée par l’idéologie des Frères musulmans, oui », soutient-elle.
Le cours est censé présenter la diversité, mais il ne le fait pas, selon elle.
« On ne voit aucune diversité, renchérit-elle. Alors, on voit juste le voile islamique. Donc, on représente les musulmans par le voile islamique. »
Au bureau du ministre de l’Éducation, on explique que le cours d’éthique et culture religieuse expose les jeunes à un ensemble de traditions. Toutefois, madame El-Mabrouk raconte qu’elle a dû expliquer elle-même à ses enfants pourquoi elle ne portait pas le voile.
Madame El-Mabrouk et Hassan Jamali pensent tous les deux que ce cours, au lieu d’aider à l’intégration des jeunes musulmans, fait plutôt le contraire et empêche les jeunes de mieux comprendre cette religion.
Rien d’étonnant, mais dénonciation tardive
Ceci ne nous étonne pas du tout :1) Des critiques similaires avaient déjà été faites par le Mouvement laïque québécois et des gens comme Mathieu Bock-Côté et Joëlle Quérin. Ils avaient déjà souligné que ce programme ne luttait pas contre les stéréotypes, mais les renforçait tout en inventant parfois des scènes inexactes par correctivisme politique (voir la scène du mur des Lamentations ici).
2) On retrouvait une musulmane fondamentaliste, Najat Boughaba (ci-contre), parmi les conseillers du Monopole de l’Éducation engagés pour évaluer ce cours.
3) Il est difficile de parler de véritable diversité quand le gouvernement a toujours voulu imposer un seul cours (pas une diversité de cours de morale et de culture religieuse) et qu’aucune tête ne devait dépasser.
Boucher, Martial. Rond-Point Cahier d’exercices, de contenu et de projets de recherche. Éthique et culture religieuse. Fascicule B. 2e année du 1er cycle du secondaire, Montréal, Lidec, 2007, p. II
jeudi 19 novembre 2015
Hausse de 17 % du nombre d’élèves d’ici 2029 grâce « l’augmentation du nombre de naissances observée » ? (M-à-j)
Mise à jour du 19 novembre
Le ministre de l’Éducation François Blais s’est exprimé récemment sur l’accueil des enfants de réfugiés syriens. Il a donné des chiffres intéressants sur le nombre d’enfants d’immigrants arrivant chaque année dans le réseau scolaire québécois : environ 13 000 élèves immigrants par année. D'ici 2029, cela fera donc environ 14 * 13.000 = 182.000 élèves immigrants. Quand on considère que la population scolaire est en 2015 de 875 151 élèves (source) et que le même document prospectif du gouvernement québécois prévoit 1 012 698 écoliers en 2029, c'est-à-dire près de 140.000 enfants supplémentaires, autant dire que presque toute l'augmentation dans la population scolaire sera probablement d'origine immigrée.
Voir les explications du ministre François Blais
Billet d'origine du 15 novembre
Selon le Monopole de l’Éducation du Québec, les écoles du Québec accueilleront 150 000 élèves supplémentaires d’ici 2029, ce qui représente une hausse de 17 %. À Québec et à Montréal, où plusieurs écoles sont déjà pleines à craquer, l’augmentation sera encore plus marquée, soit respectivement 28 % et 34 %.
Le ministère de l’Éducation vient de rendre publiques ses plus récentes prévisions démographiques, sur lesquelles se basent les commissions scolaires pour planifier les services à offrir.
Selon ce document, « L’augmentation du nombre de naissances observée depuis une dizaine d’années au Québec provoque une remontée de l’effectif scolaire qui se poursuivra durant plusieurs années ». Le document ne parle pas de l’impact de l’immigration. Ce qui est pour le moins étrange.
En effet, le nombre de naissances baisse lentement depuis 6 ans au Québec (88 891 naissances en 2009, 87 700 en 2014)... Cette baisse continuera probablement en 2015 (sans doute moins de 87 000) malgré une population totale en croissance grâce à l’immigration. Le retard accumulé, quant aux naissances, pendant les huit premiers mois de 2015 par rapport à 2014 dans les statistiques mensuelles publiées ci-dessous s’élève déjà à —800 naissances :
Se pourrait-il donc que ce ne soient pas les naissances qui expliqueraient cette future augmentation du nombre d’élèves, mais plutôt l’immigration ? Cela expliquerait la forte croissance prévue à Montréal, région pourtant à très faible fécondité (1,49 enfant/femme), mais à forte immigration... Voir le graphique ci-dessous avec Montréal au plus bas pour ce qui est de la fécondité...
Comparons les prévisions d’augmentation du nombre d’écoliers ` : Montréal [1,49 enfant/femme] est la région où la hausse anticipée est la plus élevée, à 34 %, alors que d’autres régions comme le Bas-Saint-Laurent [1,71 enfant/femme], la Gaspésie [1,63] ou la Côte-Nord [1,93 enfant/femme] verront plutôt le nombre d’élèves diminuer légèrement.
Il semble donc bien que l’immigration soit l’explication principale de cette future augmentation (jusqu’en 2029 !) alors que le nombre des naissances baisse lentement depuis 2009 au Québec. Pourquoi ce rapport passe-t-il complètement sous silence l’apport de l’immigration ?
Le ministre de l’Éducation François Blais s’est exprimé récemment sur l’accueil des enfants de réfugiés syriens. Il a donné des chiffres intéressants sur le nombre d’enfants d’immigrants arrivant chaque année dans le réseau scolaire québécois : environ 13 000 élèves immigrants par année. D'ici 2029, cela fera donc environ 14 * 13.000 = 182.000 élèves immigrants. Quand on considère que la population scolaire est en 2015 de 875 151 élèves (source) et que le même document prospectif du gouvernement québécois prévoit 1 012 698 écoliers en 2029, c'est-à-dire près de 140.000 enfants supplémentaires, autant dire que presque toute l'augmentation dans la population scolaire sera probablement d'origine immigrée.
Voir les explications du ministre François Blais
Billet d'origine du 15 novembre
Selon le Monopole de l’Éducation du Québec, les écoles du Québec accueilleront 150 000 élèves supplémentaires d’ici 2029, ce qui représente une hausse de 17 %. À Québec et à Montréal, où plusieurs écoles sont déjà pleines à craquer, l’augmentation sera encore plus marquée, soit respectivement 28 % et 34 %.
Le ministère de l’Éducation vient de rendre publiques ses plus récentes prévisions démographiques, sur lesquelles se basent les commissions scolaires pour planifier les services à offrir.
Selon ce document, « L’augmentation du nombre de naissances observée depuis une dizaine d’années au Québec provoque une remontée de l’effectif scolaire qui se poursuivra durant plusieurs années ». Le document ne parle pas de l’impact de l’immigration. Ce qui est pour le moins étrange.
En effet, le nombre de naissances baisse lentement depuis 6 ans au Québec (88 891 naissances en 2009, 87 700 en 2014)... Cette baisse continuera probablement en 2015 (sans doute moins de 87 000) malgré une population totale en croissance grâce à l’immigration. Le retard accumulé, quant aux naissances, pendant les huit premiers mois de 2015 par rapport à 2014 dans les statistiques mensuelles publiées ci-dessous s’élève déjà à —800 naissances :
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| Nombre de naissances au Québec : lente baisse depuis 2009 |
Se pourrait-il donc que ce ne soient pas les naissances qui expliqueraient cette future augmentation du nombre d’élèves, mais plutôt l’immigration ? Cela expliquerait la forte croissance prévue à Montréal, région pourtant à très faible fécondité (1,49 enfant/femme), mais à forte immigration... Voir le graphique ci-dessous avec Montréal au plus bas pour ce qui est de la fécondité...
Comparons les prévisions d’augmentation du nombre d’écoliers ` : Montréal [1,49 enfant/femme] est la région où la hausse anticipée est la plus élevée, à 34 %, alors que d’autres régions comme le Bas-Saint-Laurent [1,71 enfant/femme], la Gaspésie [1,63] ou la Côte-Nord [1,93 enfant/femme] verront plutôt le nombre d’élèves diminuer légèrement.
Il semble donc bien que l’immigration soit l’explication principale de cette future augmentation (jusqu’en 2029 !) alors que le nombre des naissances baisse lentement depuis 2009 au Québec. Pourquoi ce rapport passe-t-il complètement sous silence l’apport de l’immigration ?
La scolarisation des enfants réfugiés syriens : la réalité sur le terrain
L'école arménienne Alex Manougian à Saint-Laurent offre un programme d’accueil et de francisation à des immigrants et des réfugiés. Son directeur Sébastien Stasse s'est exprimé sur les nombreux défis qui attendent les écoles québécoises avec l'arrivée de plusieurs milliers de réfugiés syriens. Il est très inquiet... Son école accueille des réfugiés syriens et irakiens. Il tient à rappeler que la francisation est un défi de taille et il qu'il n'y a pas assez de ressources actuellement, surtout des ressources dans leur langue.
Depuis de nombreuses années, l'école assume elle-même les coûts de formation des enfants qui arrivent après le 30 septembre puisque le Monopole de l'Éducation n'a rien prévu dans les règles budgétaires pour ce genre de situations.
Pour M. Stasse,
Écoutez Sébastien Stasse au micro de Paul Arcand
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| Spectacle lors du 45e anniversaire de l'école arménienne de Saint-Laurent |
Depuis de nombreuses années, l'école assume elle-même les coûts de formation des enfants qui arrivent après le 30 septembre puisque le Monopole de l'Éducation n'a rien prévu dans les règles budgétaires pour ce genre de situations.
Pour M. Stasse,
sans classes de francisation, les chances sont grandes que plusieurs des élèves qui seront intégrés directement en classe régulière avec des mesures ponctuelles de francisation se retrouvent en adaptation scolaire alors qu’ils n’ont aucun problème d’apprentissage. Le milieu scolaire n’est actuellement pas prêt à franciser un nombre aussi important d’élèves avec des besoins aussi particuliers.
Il est très facile d’accueillir des réfugiés, ça en est une autre d’assurer leur intégration, leur scolarisation, mais surtout la réussite des enfants à l’école. Nous savons très bien de quoi nous parlons et notre communauté est inquiète.
Écoutez Sébastien Stasse au micro de Paul Arcand
mercredi 18 novembre 2015
France — Les coupes socialistes dans la politique familiale expliquent-elles la baisse de la natalité ?
De janvier à septembre, cette année, 569 000 bébés ont vu le jour en France métropolitaine. C’est 16 000 de moins que l’an dernier à la même époque. Avec un total prévu de 765 600 à la fin de l’année (il est rare que le dernier trimestre modifie la tendance annuelle), la France, championne de la natalité en Europe, connaîtrait alors son millésime le moins fécond depuis près de quinze ans. Un signal d’alarme ?
« Les coupes répétées dans la politique familiale fragilisent le désir d’enfant », explique dans le Figaro Marie-Andrée Blanc, présidente de l’Union nationale des associations familiales (Unaf). « La France a d’abord cherché à compenser les effets de la crise en augmentant les dépenses en direction des familles grâce à des réductions fiscales et au versement d’une prime ponctuelle de 150 euros en 2009 pour les familles modestes, rappelle Luc Masson, de l’Insee, dans ce rapport qui porte plus largement sur les liens entre la fécondité et la crise en France et en Europe.
Dans un deuxième temps, à partir de 2012, elle a plutôt cherché à limiter les dépenses : gel des revalorisations des prestations familiales puis baisse du plafond de réduction d’impôt liée au quotient familial (les classes moyennes et supérieures étant à nouveau punies d’avoir des enfants) et du montant d’allocations liées à la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) et modulation des allocations familiales selon le niveau de revenu en 2015. »
Des restrictions de dépense qui se sont toutefois accompagnées d’une augmentation des suppléments familiaux accordés aux familles modestes et d’un plan de développement des services d’accueil de la petite enfance, mesures qui visiblement n’ont pas réussi à maintenir la natalité.
Comment l’Europe se dépeuple (hors immigration)
Les pays en rouge ou rose sont en dessous du seuil de renouvellement des générations. Ils sont largement majoritaires et illustrent l’affaissement démographique de l’Europe ce culture chrétienne. Le Québec a une fécondité (1,62 enfant/femme) similaire à celle de Lituanie (1,60). Deux groupes sont plus féconds que les autres au Québec : les immigrants (sauf notamment ceux de Chine) et les autochtones (amérindiens et esquimaux). La Lituanie ne connaît aucune immigration importante. La Russie qui ne figure pas sur l'illustration ci-dessus a une fécondité de 1,76 enfant/femme (2104). Cette fécondité a fortement remonté depuis 1999 quand elle avait atteint un nadir de 1,17 enfant par femme.
Trois exceptions à ce non-remplacement des générations : l’Irlande, l’Islande, et la France. La fécondité de ces pays est toutefois passée à 1,96, 1,93 et 1,99 respectivement en 2013, c’est-à-dire sous le taux de remplacement des générations fixé à 2,1 enfants/femme dans nos pays à faible mortalité avant la vieillesse.
Cette décroissance encourage certains pays (comme l’Allemagne) à recourir à l’immigration depuis de nombreuses années ce qui n’a cependant pas permis à l’Allemagne de rétablir le renouvellement de ses générations. Les pays de souche musulmane, comme le Kossovo, au cœur de l’Europe, ou la Turquie, à sa marge, continuent au contraire de croître.
« La nature a horreur du vide », remarquait déjà Aristote, voici deux mille quatre cents ans.
« Les coupes répétées dans la politique familiale fragilisent le désir d’enfant », explique dans le Figaro Marie-Andrée Blanc, présidente de l’Union nationale des associations familiales (Unaf). « La France a d’abord cherché à compenser les effets de la crise en augmentant les dépenses en direction des familles grâce à des réductions fiscales et au versement d’une prime ponctuelle de 150 euros en 2009 pour les familles modestes, rappelle Luc Masson, de l’Insee, dans ce rapport qui porte plus largement sur les liens entre la fécondité et la crise en France et en Europe.
Dans un deuxième temps, à partir de 2012, elle a plutôt cherché à limiter les dépenses : gel des revalorisations des prestations familiales puis baisse du plafond de réduction d’impôt liée au quotient familial (les classes moyennes et supérieures étant à nouveau punies d’avoir des enfants) et du montant d’allocations liées à la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) et modulation des allocations familiales selon le niveau de revenu en 2015. »
Des restrictions de dépense qui se sont toutefois accompagnées d’une augmentation des suppléments familiaux accordés aux familles modestes et d’un plan de développement des services d’accueil de la petite enfance, mesures qui visiblement n’ont pas réussi à maintenir la natalité.
Comment l’Europe se dépeuple (hors immigration)
Les pays en rouge ou rose sont en dessous du seuil de renouvellement des générations. Ils sont largement majoritaires et illustrent l’affaissement démographique de l’Europe ce culture chrétienne. Le Québec a une fécondité (1,62 enfant/femme) similaire à celle de Lituanie (1,60). Deux groupes sont plus féconds que les autres au Québec : les immigrants (sauf notamment ceux de Chine) et les autochtones (amérindiens et esquimaux). La Lituanie ne connaît aucune immigration importante. La Russie qui ne figure pas sur l'illustration ci-dessus a une fécondité de 1,76 enfant/femme (2104). Cette fécondité a fortement remonté depuis 1999 quand elle avait atteint un nadir de 1,17 enfant par femme.
Trois exceptions à ce non-remplacement des générations : l’Irlande, l’Islande, et la France. La fécondité de ces pays est toutefois passée à 1,96, 1,93 et 1,99 respectivement en 2013, c’est-à-dire sous le taux de remplacement des générations fixé à 2,1 enfants/femme dans nos pays à faible mortalité avant la vieillesse.
Cette décroissance encourage certains pays (comme l’Allemagne) à recourir à l’immigration depuis de nombreuses années ce qui n’a cependant pas permis à l’Allemagne de rétablir le renouvellement de ses générations. Les pays de souche musulmane, comme le Kossovo, au cœur de l’Europe, ou la Turquie, à sa marge, continuent au contraire de croître.
« La nature a horreur du vide », remarquait déjà Aristote, voici deux mille quatre cents ans.
lundi 16 novembre 2015
« Le Règne de l’homme – Genèse et l’échec du projet moderne » de Rémi Brague
Rémi Brague est philosophe, membre de l’Institut. Dans son dernier livre, Le Règne de l’homme (Gallimard) — le dernier volet d’une trilogie consacrée à la manière dont l’homme a pensé successivement son rapport au monde, à Dieu puis à lui-même — il décrit la montée en puissance du projet moderne. Et son échec.
Liberté politique — En se coupant de son passé pour aller toujours plus de l’avant, l’homme moderne s’est-il empêché de penser l’avenir, et donc de le réaliser ?
Rémi Brague — Le passé n’est pas un boulet que nous traînerions au pied et qui nous entraverait. Il est au contraire ce sur quoi nous nous appuyons pour avancer. Nous ne pouvons nous comprendre comme porteurs d’avenir que si nous commençons par nous comprendre comme héritiers du passé. Nous ne sommes gros d’avenir que si nous sommes lourds de passé. Nous ne serons les parents de nos enfants que si nous sommes conscients d’avoir été d’abord les enfants de nos parents. Nous ne transmettrons aux générations futures que si nous nous sentons, pour ainsi dire, transmis nous-mêmes.
— Pour que l’homme puisse régner, il fallait le couper de Dieu, faire « table rase ». Mais ce plan ne s’est-il pas retourné contre l’homme lui-même, en l’amenant à s’idolâtrer ?
— Il a fallu commencer par se faire de Dieu une certaine idée, particulièrement imbécile. C’est celle d’un adversaire qu’il faut abaisser pour que l’homme puisse s’élever. Comme s’il existait une sorte de balançoire : quand Dieu monte, l’homme descend, et réciproquement. On peut à la rigueur la trouver chez Hérodote, avec son idée de la némésis, une sorte de jalousie des dieux devant le bonheur des hommes. Elle est plus claire chez Feuerbach, puis chez Nietzsche. Depuis le christianisme, pour lequel Dieu se laisse crucifier pour libérer l’homme, il faut laisser cette image plus ou moins consciente là où elle a sa place, c’est-à-dire à la pouponnière, si ce n’est à l’asile. Des auteurs du XIXe siècle ont déjà dénoncé l’auto-idolâtrie de l’homme moderne : un chrétien comme Baudelaire, ou un agnostique comme Flaubert. Mais au fond, toute idolâtrie est une idolâtrie de soi-même. Ce que nous appelons des idoles sont au fond des miroirs que nous tendons à notre propre désir.
— L’homme peut-il survivre, ou plutôt peut-il vouloir survivre sans Dieu ?
— Le « ou plutôt » par lequel vous précisez votre question met le doigt sur le point essentiel : vouloir. Nous vivons une sorte de « triomphe de la volonté », en ce que l’homme décide de plus en plus de ce qu’il est, et déjà, de savoir s’il existera. Mais comment décider que notre volonté doit mener à la vie plutôt qu’à la mort ? Le suicide est lui aussi un acte volontaire, et qui n’est même pas sans une certaine noblesse. Survivre sans Dieu ? L’expérience commence à nous montrer que non. Les groupes sociaux qui se définissent comme « séculiers » sont particulièrement inféconds. Et certains disent très explicitement qu’il est moralement mal d’avoir des enfants. Un marchand de soupe « philosophique », qui se proclame hédoniste, donc faire du plaisir le souverain bien, le déclare à qui veut l’entendre. Mais finalement, vive Darwin ! Nous procédons à une sorte de sélection naturelle — ou surnaturelle. Les groupes humains qui veulent survivre, et qui en prennent les moyens, survivront. Quant à ceux dont les comportements montrent qu’ils veulent la mort, ils l’auront. Mais qu’on se rassure : sans violence, par simple extinction. Vous vouliez la mort ? Vous l’avez. Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
— Pour faire advenir le projet moderne, l’homme a dû dominer la nature, grâce à la technique. Quelle est la place de la nature, dans un monde moderne qui rejette tout ordre, naturel ou divin ?
— La nature n’y est guère vue plus que comme un réservoir d’énergie, ou une carrière d’où extraire des matières premières. Ou alors, nous la rêvons comme un jardin dans lequel nous pouvons nous délasser. On peut noter d’ailleurs que, comme cela se produit souvent, exagérer dans une direction mène, par contrecoup, à aller trop loin dans la direction opposée. Je pense à une certaine tendance à diviniser la Nature, chez les « Philosophes » autoproclamés des « Lumières » françaises. Et aussi, de nos jours, à la figure de Gaia, la Terre, à laquelle certains adeptes de l’écologie dite « profonde » rêvent de sacrifier l’homme. À égale distance de ces deux extrêmes, il serait bon d’en revenir à la nature « vicaire de Dieu » dont parlent Alain de Lille au XIIe siècle, puis le Roman de la Rose au XIIIe : puissante, belle, inventive, mais subordonnée ; créative, mais sans qu’on la confonde avec le Créateur.
Liberté politique — En se coupant de son passé pour aller toujours plus de l’avant, l’homme moderne s’est-il empêché de penser l’avenir, et donc de le réaliser ?
Rémi Brague — Le passé n’est pas un boulet que nous traînerions au pied et qui nous entraverait. Il est au contraire ce sur quoi nous nous appuyons pour avancer. Nous ne pouvons nous comprendre comme porteurs d’avenir que si nous commençons par nous comprendre comme héritiers du passé. Nous ne sommes gros d’avenir que si nous sommes lourds de passé. Nous ne serons les parents de nos enfants que si nous sommes conscients d’avoir été d’abord les enfants de nos parents. Nous ne transmettrons aux générations futures que si nous nous sentons, pour ainsi dire, transmis nous-mêmes.
— Pour que l’homme puisse régner, il fallait le couper de Dieu, faire « table rase ». Mais ce plan ne s’est-il pas retourné contre l’homme lui-même, en l’amenant à s’idolâtrer ?
— Il a fallu commencer par se faire de Dieu une certaine idée, particulièrement imbécile. C’est celle d’un adversaire qu’il faut abaisser pour que l’homme puisse s’élever. Comme s’il existait une sorte de balançoire : quand Dieu monte, l’homme descend, et réciproquement. On peut à la rigueur la trouver chez Hérodote, avec son idée de la némésis, une sorte de jalousie des dieux devant le bonheur des hommes. Elle est plus claire chez Feuerbach, puis chez Nietzsche. Depuis le christianisme, pour lequel Dieu se laisse crucifier pour libérer l’homme, il faut laisser cette image plus ou moins consciente là où elle a sa place, c’est-à-dire à la pouponnière, si ce n’est à l’asile. Des auteurs du XIXe siècle ont déjà dénoncé l’auto-idolâtrie de l’homme moderne : un chrétien comme Baudelaire, ou un agnostique comme Flaubert. Mais au fond, toute idolâtrie est une idolâtrie de soi-même. Ce que nous appelons des idoles sont au fond des miroirs que nous tendons à notre propre désir.
— L’homme peut-il survivre, ou plutôt peut-il vouloir survivre sans Dieu ?
— Le « ou plutôt » par lequel vous précisez votre question met le doigt sur le point essentiel : vouloir. Nous vivons une sorte de « triomphe de la volonté », en ce que l’homme décide de plus en plus de ce qu’il est, et déjà, de savoir s’il existera. Mais comment décider que notre volonté doit mener à la vie plutôt qu’à la mort ? Le suicide est lui aussi un acte volontaire, et qui n’est même pas sans une certaine noblesse. Survivre sans Dieu ? L’expérience commence à nous montrer que non. Les groupes sociaux qui se définissent comme « séculiers » sont particulièrement inféconds. Et certains disent très explicitement qu’il est moralement mal d’avoir des enfants. Un marchand de soupe « philosophique », qui se proclame hédoniste, donc faire du plaisir le souverain bien, le déclare à qui veut l’entendre. Mais finalement, vive Darwin ! Nous procédons à une sorte de sélection naturelle — ou surnaturelle. Les groupes humains qui veulent survivre, et qui en prennent les moyens, survivront. Quant à ceux dont les comportements montrent qu’ils veulent la mort, ils l’auront. Mais qu’on se rassure : sans violence, par simple extinction. Vous vouliez la mort ? Vous l’avez. Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
— Pour faire advenir le projet moderne, l’homme a dû dominer la nature, grâce à la technique. Quelle est la place de la nature, dans un monde moderne qui rejette tout ordre, naturel ou divin ?
— La nature n’y est guère vue plus que comme un réservoir d’énergie, ou une carrière d’où extraire des matières premières. Ou alors, nous la rêvons comme un jardin dans lequel nous pouvons nous délasser. On peut noter d’ailleurs que, comme cela se produit souvent, exagérer dans une direction mène, par contrecoup, à aller trop loin dans la direction opposée. Je pense à une certaine tendance à diviniser la Nature, chez les « Philosophes » autoproclamés des « Lumières » françaises. Et aussi, de nos jours, à la figure de Gaia, la Terre, à laquelle certains adeptes de l’écologie dite « profonde » rêvent de sacrifier l’homme. À égale distance de ces deux extrêmes, il serait bon d’en revenir à la nature « vicaire de Dieu » dont parlent Alain de Lille au XIIe siècle, puis le Roman de la Rose au XIIIe : puissante, belle, inventive, mais subordonnée ; créative, mais sans qu’on la confonde avec le Créateur.
Recension
Dernier volet d’une trilogie consacrée à l’anthropologie, Le Règne de l’homme est un ouvrage fouillé et rigoureux sur l’histoire et l’échec de la Modernité. Et si l’auteur regrette qu’il soit incomplet (« je croyais que je ne réussirais pas à lire le dixième de ce qu’il aurait fallu ; je sais maintenant qu’il s’agissait du centième »), le lecteur, lui, profite largement du savoir encyclopédique du philosophe.
« Le projet moderne comporte deux faces tournées, l’une vers le bas, ce qui est inférieur à l’homme, l’autre vers le haut, ce qui lui est supérieur. » Il s’agit d’abord de soumettre la nature : « Au lieu que ce soit le cosmos qui donne sa mesure à l’homme, c’est l’homme qui doit se créer un habitat à sa mesure. Le sens de l’idée d’ordre change alors radicalement. » C’est ensuite une volonté d’émanciper l’homme « par rapport à tout ce qui se présente […] comme son origine inaccessible : un dieu créateur et/ou législateur, ou une nature que son caractère actif rend divine ». L’auteur explique comment l’avènement de la Modernité a été préparé puis comment elle s’est déployée, et montre enfin son échec.
La pensée moderne s’est attelée à concevoir des choses avant qu’elles existent, ouvrant ainsi le chemin à sa réalisation technique : « L’intention de dominer la nature précède la naissance de la technique qui en permettra la réalisation. » Non sans paradoxes. Elle se base sur ce qu’elle rejette : « Ce que l’on repousse est aussi ce sur quoi on s’appuie. » En oubliant de distinguer les progrès matériels et la progression spirituelle, comme le faisait saint Augustin, et qu’ils ne sont pas toujours liés… loin de là !
Or « l’esprit public des sociétés occidentales a fait de l’adhésion au progrès le critère du bien ». S’y opposer, ou même seulement s’en poser la question, c’est se discréditer. Et passer dans le camp du mal. L’homme se tourne vers lui-même. « Péguy fait remarquer que l’homme moderne est moins athée que, d’un mot de son cru, “auto-thée”. » Il devient l’être suprême, débarrassé de toute servitude. Puis il doit être « recréé », voire « remplacé ». L’échec se profile alors. Comment, en effet, se projeter dans l’avenir sans conscience de son passé ? En se coupant de toute antériorité et supériorité, l’homme s’empêche de penser son avenir. « Il faut se savoir descendant d’ancêtres pour se sentir soi-même appelé à devenir le père d’une postérité. »
Ce problème de la perte conjointe du passé et de l’avenir avait déjà été énoncé par Tocqueville : « Non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants. » Et la société moderne, en se coupant de ses attaches, se met elle-même en danger, ce que Rémi Brague explique en citant Böckenförde : « L’État libéral, sécularisé, vit de présupposés qu’il est incapable de garantir lui-même. » L’abandon de Dieu, loin de faire avancer l’homme, le renvoie en arrière : « La fin du culte de Dieu mène moins à un progrès qu’à une régression vers une religiosité primitive, l’idolâtrie, qui porte désormais sur l’homme lui-même. » Or « l’homme ne peut lui-même se prononcer sur sa valeur ; il serait juge et partie. […] Il y faudrait un arbitre neutre entre les hommes et les animaux. […] Il y faut celui qui a déclaré au sixième jour de la Création que tout y était “très bon” ». Mais l’homme moderne est-il encore capable d’adorer ce qu’il a brûlé ?
Le Règne de l’homme
Genèse et l’échec du projet moderne,
par Rémi Brague,
aux éditions Gallimard,
publié en 2015,
Collection L’esprit de la cité,
416 pages.
ISBN-13 : 978-2070775880
Source
La France catholique de Jean Sévillia vu du Québec
Extraits d’une recension de Mathieu Bock-Côté, docteur en sociologie et chargé de cours aux HÉC Montréal, sur le dernier ouvrage de Jean Sévillia « La France catholique » :
[...]
Jean Sévillia ne s’est pas seulement intéressé aux catholiques en France, mais à la France catholique. C’est-à-dire que son enquête portait non seulement sur une religion parmi d’autres, mais sur une religion qui, à bien des égards, a fait la France, ou du moins, a contribué à la faire. Ne dit-on pas de la France qu’elle fut, bien avant d’être le pays phare de la laïcité, la fille aînée de l’Église ? Faire l’histoire de la France catholique, c’est chercher à comprendre les racines de l’identité française, même si elles ne sont évidemment pas les seules. D’une certaine manière, à travers le catholicisme, on se rapproche de ses origines les plus intimes. Certains verront là un propos audacieux. En d’autres temps, on y aurait vu une évidence. Il y a quelques décennies, une telle sociologie aurait donné beaucoup de place à l’aile « progressiste » de l’Église en France. Elle était hégémonique. Jean Sévillia note une chose : nous assistons probablement aujourd’hui à la fin de l’aventure historique des cathos de gauche, qui voulurent, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, transvaser à peu près complètement le catholicisme du spirituel vers le social, comme s’il devait moins se préoccuper de la vie intérieure et de l’aspiration spirituelle de chaque homme que de l’établissement du paradis sur terre, qui était la plupart du temps une manière ou une autre de se rallier au socialisme dominant auquel il voulait donner un supplément d’âme. Aujourd’hui, le christianisme de gauche est en lambeaux.
C’est l’étrange histoire de la deuxième moitié du vingtième siècle. Les catholiques ont cru alors devoir se faire discrets pour gagner les âmes. C’était ce qu’on a appelé la pédagogie de l’enfouissement. Il s’agissait de transformer la société souterrainement sans brandir aucunement l’étendard de l’Église. Pour aller à la rencontre du monde, les catholiques devaient neutraliser ce qu’ils avaient en propre. Il fallait s’accorder avec l’époque, lui donner des gages, en quelque sorte, pour purifier l’Église et lui donner un nouveau souffle. Mais ce qui devait permettre sa renaissance a contribué à son délitement. On a cherché à déculturer le catholicisme, en croyant alors le délivrer d’une tradition qui, apparemment, l’étouffait.
En fait, on s’est livré à un saccage liturgique qui a détourné bien des fidèles de leur Église. Jean Sévillia le note, c’est à un mouvement inverse qu’on assiste aujourd’hui avec la renaissance d’un catholicisme d’abord centré sur la vie intérieure et la quête spirituelle. Car il est d’abord et avant tout centré sur la quête des fins dernières. C’est ainsi que les catholiques des nouvelles générations redécouvrent non seulement la prière, mais réapprennent à prier. On a cru que l’homme pouvait s’aventurer sans repères dans la quête de l’absolu en se fiant simplement à ses bonnes intuitions. Il risquait pourtant de s’y perdre comme on l’a vu avec la prolifération des sectes. On parle aujourd’hui du vide spirituel occidental. On doit ajouter que le commun des mortels cherche à y répondre en se jetant confusément dans le nouvel-âge ou l’exotisme oriental. D’autres se tournent vers un Islam ne doutant manifestement pas de lui-même.
C’est pourtant essentiellement à travers le catholicisme que la France s’est posée, au fil du temps, les grandes questions spirituelles et qu’elle a civilisé son rapport à l’absolu, qu’elle a appréhendé ce dernier. C’est d’ailleurs la vertu des grandes religions. L’homme n’accède pas au monde en se détournant de sa culture, mais en l’assumant. Plus il est enraciné et plus il risque de rencontrer la part sacrée de sa culture. On comprend aussi l’importance accordée par Sévillia à l’éducation catholique : la foi n’est pas séparable de la raison, et la doctrine, pour qui veut véritablement cheminer dans l’Église, n’est pas sans importance. Le travail d’évangélisation en est aussi un d’enseignement. Et la France, à sa manière, est redevenue terre de mission.
Une nouvelle génération de prêtres apparaît. Ils assument jusqu’à la soutane et au col romain. Ils s’investissent dans la vie publique, prennent d’assaut les médias sociaux et contestent une époque qui se veut hostile au catholicisme et le considère d’ailleurs souvent à la manière d’une opposition philosophique officielle, comme le dernier bastion d’une autre idée de l’homme à éradiquer. L’émergence de la question anthropologique, qui place au cœur de la cité le problème de la définition de l’homme, révèle les limites d’un certain individualisme libéral qui a privatisé radicalement la question du sens et qui ouvre la porte à toutes les dérives dont la théorie du genre est la plus exaspérante. À ceux qui succombent au fantasme de l’autoengendrement, le catholicisme veut rappeler que l’homme est créé. Nul besoin d’avoir la foi pour savoir cela : il suffit de méditer sur la finitude de l’homme et sur ce qui, chez lui, relève du donné. Ce n’est peut-être pas sans raison qu’en ces temps d’angoisse identitaire, la France se tourne vers sa religion première, moins pour s’y fondre, mais pour voir une source à laquelle elle doit s’alimenter. En un mot, la France catholique renaît d’abord spirituellement, mais elle n’abandonne pas la cité. Cette renaissance catholique répond aussi à la quête identitaire de la France contemporaine, qui découvre manifestement les limites du culte autoréférentiel des seules valeurs républicaines, qui pousse à la dissolution du pays dans un néant mondialisé. Ce n’est peut-être pas sans raison qu’en ces temps d’angoisse identitaire, la France se tourne vers sa religion première, moins pour s’y fondre, mais pour voir une source à laquelle elle doit s’alimenter. Peut-être est-ce d’ailleurs par la médiation identitaire que certains redécouvriront le catholicisme, non seulement comme un patrimoine de civilisation, ce qu’il est même pour les incroyants, mais comme une foi qui relève fondamentalement d’une conversion personnelle. Tout cela demeure minoritaire et Jean Sévillia ne le cache pas.
Et bien des chiffres feront frémir ceux qui souhaitent voir le catholicisme regagner du terrain. La chute vertigineuse des vocations l’inquiète particulièrement. Il veut croire, toutefois, au pouvoir des minorités créatrices. Si on comprend bien Sévillia, c’est à partir de la marge que le catholicisme français est revenu à ses fondements, qu’il a renoué avec ce qu’il n’aurait jamais dû sacrifier.
[...]
En fait, là où plusieurs veulent voir un catholicisme crépusculaire, dont ils chanteront tristement les derniers jours, Jean Sévillia veut voir un catholicisme à l’aube de sa renaissance, comme si en renouant avec sa meilleure part, il était appelé à illuminer à nouveau le vieux monde. Jean Sévillia ne cache pas sa foi, mais jamais son livre ne semble verser dans la nostalgie de la France d’hier — ce qui ne serait pas déshonorant, par ailleurs. Cette foi non seulement assumée, mais revendiquée, sans jamais être agressive et ouverte à la pluralité des familles dans l’Église, donne d’ailleurs une profondeur particulière à son livre, qui dépasse les seules limites du grand journalisme. Jean Sévillia a éclairé et illustré comme peu d’autres une part irremplaçable de l’identité française. Chose certaine, nous sommes devant un livre magnifique vers lequel on retournera souvent. Il nous permet d’apercevoir, au-delà des formules habituelles, la richesse inouïe d’une tradition spirituelle et culturelle, qui a marqué les âmes et les paysages, et qu’un peuple ne saurait sacrifier sans se mutiler.

La France catholique
par Jean Sévillia,
chez Michel Lafon,
publié le 14 octobre 2015,
à Paris,
237 pages.
ISBN-13 : 978-2749925936
[...]
Jean Sévillia ne s’est pas seulement intéressé aux catholiques en France, mais à la France catholique. C’est-à-dire que son enquête portait non seulement sur une religion parmi d’autres, mais sur une religion qui, à bien des égards, a fait la France, ou du moins, a contribué à la faire. Ne dit-on pas de la France qu’elle fut, bien avant d’être le pays phare de la laïcité, la fille aînée de l’Église ? Faire l’histoire de la France catholique, c’est chercher à comprendre les racines de l’identité française, même si elles ne sont évidemment pas les seules. D’une certaine manière, à travers le catholicisme, on se rapproche de ses origines les plus intimes. Certains verront là un propos audacieux. En d’autres temps, on y aurait vu une évidence. Il y a quelques décennies, une telle sociologie aurait donné beaucoup de place à l’aile « progressiste » de l’Église en France. Elle était hégémonique. Jean Sévillia note une chose : nous assistons probablement aujourd’hui à la fin de l’aventure historique des cathos de gauche, qui voulurent, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, transvaser à peu près complètement le catholicisme du spirituel vers le social, comme s’il devait moins se préoccuper de la vie intérieure et de l’aspiration spirituelle de chaque homme que de l’établissement du paradis sur terre, qui était la plupart du temps une manière ou une autre de se rallier au socialisme dominant auquel il voulait donner un supplément d’âme. Aujourd’hui, le christianisme de gauche est en lambeaux.
| Des mouvements éducatifs plébiscités |
En fait, on s’est livré à un saccage liturgique qui a détourné bien des fidèles de leur Église. Jean Sévillia le note, c’est à un mouvement inverse qu’on assiste aujourd’hui avec la renaissance d’un catholicisme d’abord centré sur la vie intérieure et la quête spirituelle. Car il est d’abord et avant tout centré sur la quête des fins dernières. C’est ainsi que les catholiques des nouvelles générations redécouvrent non seulement la prière, mais réapprennent à prier. On a cru que l’homme pouvait s’aventurer sans repères dans la quête de l’absolu en se fiant simplement à ses bonnes intuitions. Il risquait pourtant de s’y perdre comme on l’a vu avec la prolifération des sectes. On parle aujourd’hui du vide spirituel occidental. On doit ajouter que le commun des mortels cherche à y répondre en se jetant confusément dans le nouvel-âge ou l’exotisme oriental. D’autres se tournent vers un Islam ne doutant manifestement pas de lui-même.
| Vue aérienne de Rocamadour |
Une nouvelle génération de prêtres apparaît. Ils assument jusqu’à la soutane et au col romain. Ils s’investissent dans la vie publique, prennent d’assaut les médias sociaux et contestent une époque qui se veut hostile au catholicisme et le considère d’ailleurs souvent à la manière d’une opposition philosophique officielle, comme le dernier bastion d’une autre idée de l’homme à éradiquer. L’émergence de la question anthropologique, qui place au cœur de la cité le problème de la définition de l’homme, révèle les limites d’un certain individualisme libéral qui a privatisé radicalement la question du sens et qui ouvre la porte à toutes les dérives dont la théorie du genre est la plus exaspérante. À ceux qui succombent au fantasme de l’autoengendrement, le catholicisme veut rappeler que l’homme est créé. Nul besoin d’avoir la foi pour savoir cela : il suffit de méditer sur la finitude de l’homme et sur ce qui, chez lui, relève du donné. Ce n’est peut-être pas sans raison qu’en ces temps d’angoisse identitaire, la France se tourne vers sa religion première, moins pour s’y fondre, mais pour voir une source à laquelle elle doit s’alimenter. En un mot, la France catholique renaît d’abord spirituellement, mais elle n’abandonne pas la cité. Cette renaissance catholique répond aussi à la quête identitaire de la France contemporaine, qui découvre manifestement les limites du culte autoréférentiel des seules valeurs républicaines, qui pousse à la dissolution du pays dans un néant mondialisé. Ce n’est peut-être pas sans raison qu’en ces temps d’angoisse identitaire, la France se tourne vers sa religion première, moins pour s’y fondre, mais pour voir une source à laquelle elle doit s’alimenter. Peut-être est-ce d’ailleurs par la médiation identitaire que certains redécouvriront le catholicisme, non seulement comme un patrimoine de civilisation, ce qu’il est même pour les incroyants, mais comme une foi qui relève fondamentalement d’une conversion personnelle. Tout cela demeure minoritaire et Jean Sévillia ne le cache pas.
Et bien des chiffres feront frémir ceux qui souhaitent voir le catholicisme regagner du terrain. La chute vertigineuse des vocations l’inquiète particulièrement. Il veut croire, toutefois, au pouvoir des minorités créatrices. Si on comprend bien Sévillia, c’est à partir de la marge que le catholicisme français est revenu à ses fondements, qu’il a renoué avec ce qu’il n’aurait jamais dû sacrifier.
[...]
En fait, là où plusieurs veulent voir un catholicisme crépusculaire, dont ils chanteront tristement les derniers jours, Jean Sévillia veut voir un catholicisme à l’aube de sa renaissance, comme si en renouant avec sa meilleure part, il était appelé à illuminer à nouveau le vieux monde. Jean Sévillia ne cache pas sa foi, mais jamais son livre ne semble verser dans la nostalgie de la France d’hier — ce qui ne serait pas déshonorant, par ailleurs. Cette foi non seulement assumée, mais revendiquée, sans jamais être agressive et ouverte à la pluralité des familles dans l’Église, donne d’ailleurs une profondeur particulière à son livre, qui dépasse les seules limites du grand journalisme. Jean Sévillia a éclairé et illustré comme peu d’autres une part irremplaçable de l’identité française. Chose certaine, nous sommes devant un livre magnifique vers lequel on retournera souvent. Il nous permet d’apercevoir, au-delà des formules habituelles, la richesse inouïe d’une tradition spirituelle et culturelle, qui a marqué les âmes et les paysages, et qu’un peuple ne saurait sacrifier sans se mutiler.

La France catholique
par Jean Sévillia,
chez Michel Lafon,
publié le 14 octobre 2015,
à Paris,
237 pages.
ISBN-13 : 978-2749925936
dimanche 15 novembre 2015
La scolarisation des écoliers satmars sortis de « l'illégalité »
La SRC a récemment publié un reportage sur les élèves juifs ultra-orthodoxes qui fréquentaient une école que le gouvernement du Québec voulait fermer il y a quelques années. Le gouvernement avait perdu en première instance quand il avait demandé à un tribunal de fermer d’urgence cette école. Il y a un an, avant un deuxième passage dans les prétoires, le gouvernement et l’école sont parvenus à un arrangement.
Yéchiva religieuse à Outremont
Dans cette entente avec le monopole de l’Éducation du Québec, les parents de la communauté juive hassidique satmar d’Outremont se sont engagés auprès de Québec à inscrire leurs enfants dans une commission scolaire et à enseigner à la maison le programme établi par le ministère de l’Éducation.
En vertu de l’entente, les 230 enfants de la communauté peuvent également continuer à fréquenter quotidiennement l’Académie Yéchiva Toras Moché pour y recevoir un enseignement religieux durant le jour, comme c’était le cas auparavant. Cette école était considérée comme illégale par le monopole de l’Éducation du Québec et se voyait menacée de fermeture sans succès (selon la Loi, les écoles religieuses ne sont pas soumises à autorisation...)
Les enfants fréquentent l’Académie en moyenne plus d’une trentaine d’heures par semaine. Pour le directeur de l’école, l’étude des textes sacrés du judaïsme leur permet d’acquérir des connaissances comme la logique et l’argumentation.
Un centre de soutien scolaire dans la yéchiva
L’accord signé avec Québec a également permis à la communauté de créer un service de soutien scolaire à l’Académie Yéchiva. Les enfants qui le fréquentent ont donc accès à des tuteurs qui peuvent leur venir en aide et ainsi appuyer les parents qui font l’école à la maison.
Les tuteurs offrent des cours de soutien en anglais, en français et en mathématique, des matières enseignées par les parents à la maison. Avant l’entente, les jeunes n’apprenaient pas le français, c’est d’ailleurs en français qu’il y aurait le plus de demandes, selon les confidences du directeur.
Radio-Canada n’a, cependant, pas pu apprendre combien de temps les jeunes peuvent passer au soutien scolaire par semaine ni non plus le nombre d’heures d’enseignement religieux données à l’Académie. Le directeur de l’établissement, comme les membres de la communauté, auraient refusé de donner ces détails aux journalistes de la SRC.
Pour beaucoup de familles, le centre de soutien scolaire de l’Académie va jouer un rôle de premier plan dans l’apprentissage des enfants. On peut même se demander si les tuteurs n’en feront pas plus que les parents. Selon l’entente signée le 4 novembre 2014, les services de soutien scolaire comprennent notamment :
Bilan de l’entente
On est donc passé d’une école que le Monopole jugeait « illégale » et que la presse n’hésitait pas à présenter comme telle à :
On remarquera que le gouvernement n’a pas hésité, semble-t-il, à modifier le cours d’ECR pour cette communauté, ce qu’il a toujours refusé obstinément pour les autres parents du Québec.
Un représentant haut placé du Monopole de l’Éducation, Jacques Pettigrew, avait même déclaré lors d’une réunion houleuse à Valcourt il y a quelques années que les petites catholiques des campagnes avaient encore plus besoin des cours d’éthique et de culture religieuse que les écoliers montréalais afin qu’ils s’ouvrent à la diversité. Cette nécessité impérieuse semble à géométrie variable et ne pas s’appliquer aux écoliers de cette yéchiva d’Outremont.
Qu’on nous comprenne bien : nous ne sommes pas contre cette adaptation du cours d’« éthique » (comme l’appelle pudiquement la SRC), mais nous nous insurgeons contre l’intransigeance du Monopole de l’Éducation qui a toujours refusé une adaptation dans ce sens du programme ECR pour les autres parents du Québec.
Yéchiva religieuse à Outremont
Dans cette entente avec le monopole de l’Éducation du Québec, les parents de la communauté juive hassidique satmar d’Outremont se sont engagés auprès de Québec à inscrire leurs enfants dans une commission scolaire et à enseigner à la maison le programme établi par le ministère de l’Éducation.
En vertu de l’entente, les 230 enfants de la communauté peuvent également continuer à fréquenter quotidiennement l’Académie Yéchiva Toras Moché pour y recevoir un enseignement religieux durant le jour, comme c’était le cas auparavant. Cette école était considérée comme illégale par le monopole de l’Éducation du Québec et se voyait menacée de fermeture sans succès (selon la Loi, les écoles religieuses ne sont pas soumises à autorisation...)
Les enfants fréquentent l’Académie en moyenne plus d’une trentaine d’heures par semaine. Pour le directeur de l’école, l’étude des textes sacrés du judaïsme leur permet d’acquérir des connaissances comme la logique et l’argumentation.
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| Salle de cours de la yéchiva Toras Moché |
Un centre de soutien scolaire dans la yéchiva
L’accord signé avec Québec a également permis à la communauté de créer un service de soutien scolaire à l’Académie Yéchiva. Les enfants qui le fréquentent ont donc accès à des tuteurs qui peuvent leur venir en aide et ainsi appuyer les parents qui font l’école à la maison.
Les tuteurs offrent des cours de soutien en anglais, en français et en mathématique, des matières enseignées par les parents à la maison. Avant l’entente, les jeunes n’apprenaient pas le français, c’est d’ailleurs en français qu’il y aurait le plus de demandes, selon les confidences du directeur.
Radio-Canada n’a, cependant, pas pu apprendre combien de temps les jeunes peuvent passer au soutien scolaire par semaine ni non plus le nombre d’heures d’enseignement religieux données à l’Académie. Le directeur de l’établissement, comme les membres de la communauté, auraient refusé de donner ces détails aux journalistes de la SRC.
Pour beaucoup de familles, le centre de soutien scolaire de l’Académie va jouer un rôle de premier plan dans l’apprentissage des enfants. On peut même se demander si les tuteurs n’en feront pas plus que les parents. Selon l’entente signée le 4 novembre 2014, les services de soutien scolaire comprennent notamment :
- l’aide aux devoirs ;
- l’aide pour la préparation d’examens ;
- des services de récupération et de soutien pédagogique relativement à une matière prévue au Régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire ;
- des services de psychoéducation, d’éducation spécialisée, d’orthopédagogie ou d’orthophonie.
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| Élèves dans une salle de soutien scolaire |
On est donc passé d’une école que le Monopole jugeait « illégale » et que la presse n’hésitait pas à présenter comme telle à :
- une yéchiva religieuse qui n’est pas sujette à approbation par le Monopole ;
- un centre de soutien scolaire (dans les mêmes bâtiments) pas plus sujet à autorisation comme le rappelait le juge de première instance ;
- de potentiels cours à la maison (non vérifiables) ;
- des examens auprès la commission scolaire dans trois matières (mathématique, anglais et français) ;
- aucun examen pour le cours d’histoire et géographie, ainsi que celui de science et technologie ;
- des aménagements pour répondre aux convictions religieuses de la communauté, dont le programme d’« éthique » [et culture religieuse] « inspiré de sources rabbiniques ».
On remarquera que le gouvernement n’a pas hésité, semble-t-il, à modifier le cours d’ECR pour cette communauté, ce qu’il a toujours refusé obstinément pour les autres parents du Québec.
Un représentant haut placé du Monopole de l’Éducation, Jacques Pettigrew, avait même déclaré lors d’une réunion houleuse à Valcourt il y a quelques années que les petites catholiques des campagnes avaient encore plus besoin des cours d’éthique et de culture religieuse que les écoliers montréalais afin qu’ils s’ouvrent à la diversité. Cette nécessité impérieuse semble à géométrie variable et ne pas s’appliquer aux écoliers de cette yéchiva d’Outremont.
Qu’on nous comprenne bien : nous ne sommes pas contre cette adaptation du cours d’« éthique » (comme l’appelle pudiquement la SRC), mais nous nous insurgeons contre l’intransigeance du Monopole de l’Éducation qui a toujours refusé une adaptation dans ce sens du programme ECR pour les autres parents du Québec.
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