jeudi 12 septembre 2024

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser

La politique de l'enfant unique en Chine est terminée. Pourtant, le taux de fécondité en Chine continue de baisser et ne sera plus que de 1,02 naissance par femme en 2023.

Un rappel de l'histoire de la Chine en matière de contrôle brutal de la population, et de la façon dont les répercussions des politiques passées se font encore sentir aujourd'hui.

La politique de l'enfant unique en Chine a finalement pris fin en 2015.  Le tollé suscité par l'avortement forcé de Feng Jianmei en 2012, après que des photos explicites (ci-dessous) eurent été diffusées de manière virale en Chine, a été l'un des éléments déclencheurs de la fin de cette politique.

Quels que soient les arguments avancés pour justifier la politique de l'enfant unique, ils n'avaient plus aucun sens en 2012. La capacité de la Chine à se nourrir ne faisait aucun doute et sa fécondité était inférieure au taux de remplacement depuis deux décennies.

Pourtant, les autorités locales ont maintenu cette politique avec une ferveur grotesque.

Les récits de l'application de la politique de l'enfant unique en Chine sont atroces, d'autant plus tristes que l'on se rend compte que tout cela était inutile (tous les pays d'Extrême-Orient ont vu leur natalité diminuer rapidement), et que la Chine serait bientôt confrontée à une crise de déclin démographique rapide.

L'un des moyens d'application de cette politique consistait à refuser les papiers de citoyenneté aux enfants nés en violation de la politique, ce qui compromettait leur avenir. Ainsi, He Shenguo a-t-il tué deux fonctionnaires qui refusaient d'enregistrer la naissance de son enfant. Dans la photo ci-dessous, il fait ses adieux à sa femme avant d'être exécuté.

Aujourd'hui encore, des millions de personnes nées en violation de cette politique restent des citoyens de seconde zone, sans papiers, dans le seul pays qu'ils aient jamais connu.

Le livre de Paul R. Ehrlich intitulé « La bombe P», publié en 1968 afin de semer la panique, a eu un impact profond sur les dirigeants du PCC et a été l'une des principales raisons de la politique de l'enfant unique.

L'idéologie anti-nataliste d'Ehrlich a aujourd'hui de nombreuses ramifications destructrices, dont le mouvement pour l'extinction de l'espèce humaine.

L'un des effets persistants de la politique chinoise est un déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes, avec un « excès » de jeunes hommes allant jusqu'à 40 % dans certaines régions de Chine.

Bien que la Chine souhaite désespérément augmenter son taux de natalité, trop peu de jeunes filles sont nées pour devenir des épouses et des mères aujourd'hui.

Pire encore, la culture confucéenne pro-famille qui avait soutenu la Chine pendant des millénaires a été pratiquement anéantie.

Dans certaines provinces du nord, où la politique a été appliquée avec plus de fermeté, le taux de fécondité ne représente que la moitié de celui du sud, où la politique a été appliquée avec moins de fermeté.

La fécondité de la Chine risque de baisser encore davantage, car les intentions de fécondité des jeunes Chinois sont les plus faibles du monde.

Que peut faire la Chine pour augmenter son taux de natalité ?

La Chine devra tirer un trait sur l'ère du contrôle de la population et reconnaître sincèrement ses erreurs passées, faute de quoi les efforts en faveur de la natalité seront accueillis avec cynisme.

D'une manière générale, la Chine devra peut-être embrasser la liberté religieuse si elle veut que des sous-cultures à fécondité plus élevée s'enracinent.

Le démographe William Huang écrit : « Le parti communiste chinois ne tolérerait jamais l'existence d'une communauté religieuse fermée. Mais regardons les choses en face : les amish n'existent que parce que la Constitution américaine garantit la liberté de religion et que ce principe est effectivement appliqué en Amérique.
Si une telle communauté venait à s'implanter en Chine, les amish qui se déplacent à cheval et en buggy seraient envoyés dans des camps de travail, leurs enfants seraient rééduqués de force ou les femmes seraient tout simplement stérilisées en masse ».

Espérons que Huang se trompe. Peut-être la Chine autorisera-t-elle la liberté de croyance lorsqu'elle reconnaîtra que des cultures aussi variées pourraient jouer un rôle clé dans le redressement démographique, tout comme elles constituent une part importante de la vitalité de l'Amérique.

Outre la religion, la culture du travail en Chine pose problème. La culture dite « 996 » (travail de 9 heures à 21 heures six jours par semaine) ne laisse guère de temps pour une vie sociale, et encore moins pour une famille.

Enfin, le style de construction de la Chine au cours des dernières décennies a certainement été antinataliste, avec une mer de gratte-ciel dans chaque ville.

La Chine est peut-être coincée avec le parc immobilier qu'elle a construit, à moins qu'elle ne soit prête à démolir nombre de ses tours modernes.

À l'avenir, la Chine devrait construire autant de maisons unifamiliales que possible, pour au moins donner à ceux qui veulent essayer d'avoir une famille plus nombreuse une base de travail.
 
 On pourrait penser que le taux de fécondité ne pourrait pas être plus bas que le chiffre apparemment impossible de 0,72 naissance par femme en Corée du Sud en 2023 ? Pourtant, Macao tend vers 0,49 naissance par femme en 2024. Une leçon évidente serait de ne pas concevoir des logements comme à Macao si l'on veut que son pays ait un avenir.

Macao

Le fait que la plupart des habitants de Macao soient irréligieux ou que la religion la plus répandue, le bouddhisme, ne soit pas favorable à la famille par rapport aux religions abrahamiques ne favorise pas les choses.

Les variables qui expliquent la baisse de la natalité sont nombreuses, mais la densité en est une importante, mais pas la seule. Mais que préconiser ? Réduire l'éducation des femmes ? Il est difficile d'imaginer que cela serait populaire. Devrions-nous plutôt supprimer la contraception ? Cette idée est loin d'être gagnée d'avance.

On pourrait objecter que Le Caire, avec sa forte densité, a une population très jeune, mais même Le Caire a une fécondité plus faible que le reste de l'Égypte. La plus grande différence entre Le Caire et la Chine est qu'il y règne une religion extrêmement pronataliste, l'islam.

Forte densité et faible natalité

Mais le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

Voir aussi
 
Le gouvernement de la Chine a annoncé jeudi passé la fin de son programme d’adoptions internationales 32 ans après son lancement, en 1992. La majorité des 160 000 enfants chinois adoptés dans le monde depuis 1992 sont ainsi des femmes.  En effet, beaucoup de familles chinoises voulaient que le seul enfant auquel ils avaient droit soit un garçon, les hommes ayant longtemps été perçus comme les pourvoyeurs de leurs familles, les filles rejoignant leur belle-famille.

  • Indice de fécondité (nombre d'enfants par femme) en Malaisie par ethnie, basé sur les données des naissances de janvier-juin 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 1,55 (1,65)
    • Bumiputera [malais de souche] 1,88 (2,00)
    • Chinois 0,79 (0,80)
    • Indiens 1,03 (1,13)
  • L'ISF chinois est stable jusqu'à présent en raison de l'effet de l'année du dragon.
  • Et de même pour Singapour, ISF en 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 0,93 (0,97) [chaque génération est deux fois plus petite que la précédente]
    • Chinois 0,81 (0,81)
    • Malais 1,55 (1,65)
    • Indiens 0,94 (0,95)

Tours d'habitation à Singapour nommées l'Avenir (en français...)

 

mercredi 11 septembre 2024

Suède — Le système éducatif est décentralisé, le privé y est entièrement subventionné

Comme son nom l’indique, l’Internationella Engelska Skolan offre une formation internationale bilingue (anglais et suédois) aux élèves du primaire et du secondaire (6 à 16 ans), dans la banlieue d’Upplands Väsby, au nord de Stockholm. Elle occupe d’anciens locaux administratifs d’une chocolaterie voisine. Les quatre édifices portent des noms de dieux scandinaves, soit Odin, Freya, Thor et Idunn. Une journaliste de M, le magazine du Monde, a visité le minicampus récemment et proposé une comparaison avec les maisons de l’école de sorcellerie Poudlard, de la série Harry Potter.

« Dans une vitrine à l’entrée, parmi des trophées remportés par les élèves, trône le livre de Barbara Bergström Tough Love (non traduit, Ekerlids, 2018), décrit le reportage. Dans ce manifeste à la gloire de l’enseignement privé, la fondatrice de l’école, âgée de 77 ans, raconte comment, en trente ans, elle est parvenue à bâtir un empire, en devenant propriétaire de quarante-six établissements en Suède. Des écoles primaires et des collèges qui lui ont rapporté plus de 85 millions d’euros depuis 1993. »

L’année précédente, le gouvernement du conservateur Carl Bildt lançait un programme de réformes du système scolaire national qui accordait à chaque élève un « chèque éducation » permettant son inscription dans l’école de son choix (en fait du choix de ses parents). La somme distribuée annuellement par les 290 communes du royaume correspondait d’abord à 85 % des frais. Elle a vite gonflé pour les couvrir entièrement.

Le libre-choix 100 % subventionné, selon la logique de la socialisation des risques et de la privatisation des profits, a donc stimulé la création d’un réseau parallèle tentaculaire et la constitution d’empires scolaires cotés en Bourse. Seuls 1 % des jeunes Suédois fréquentaient une école privée avant la réforme. Ils totalisent maintenant 16 % des effectifs au primaire et 30 % au secondaire.

« Il faut une longue perspective historique pour comprendre cette transformation », dit au Devoir le professeur Håkan Forsberg, de l’Université d’Uppsala. Il explique que la Suède a développé un système d’éducation extrêmement centralisé et très inclusif en instaurant l’école obligatoire pour tous dès un très jeune âge et jusqu’à 15 ans, système qui propose des formations techniques et générales dans les mêmes établissements. Les problèmes économiques des années 1970 et 1980 ont sapé les fondations de l’État-providence et forcé les remises en cause.

« Les tensions et les discussions ont duré deux décennies, et ce sont les sociaux-démocrates qui ont avancé les premiers la possibilité d’une déréglementation et d’une décentralisation, ajoute le professeur. L’idée du bon a ensuite été imaginée pour permettre au privé de concurrencer et de stimuler le public tout en offrant le libre-choix subventionné aux parents. »

Stockholm-en-Québec

Lui-même ancien enseignant d’histoire et de suédois au secondaire, M. Forsberg est spécialisé en sociologie de l’éducation. Ses recherches quantitatives portent principalement sur le marché scolaire. Elles cherchent à expliquer comment les familles s’y comportent et les effets de la ségrégation socioéconomique engendrés ou accentués par la grande privatisation.

« En fait, on peut observer un mouvement semblable dans plusieurs pays du monde, fait remarquer le professeur. La Chine a aussi choisi de déréglementer son système pour permettre la concurrence entre différents types d’offres de services. » Il ajoute qu’en Suède, le mouvement de déréglementation et de privatisation a aussi touché le système de santé et ainsi permis la mise en place de cliniques privées et de tout un réseau d’hospices pour les personnes âgées.

Qu’en est-il au Québec, où nous aimons bien nous comparer aux pays scandinaves, souvent à notre désavantage ? La Révolution tranquille n’a pas osé s’attaquer aux écoles privées. Il s’en trouve maintenant environ 270, qui attirent quelque 125 000 élèves, dont 70 % sont au secondaire, 25 % au primaire et 5 % au préscolaire. Au total, un élève québécois du secondaire sur cinq (20 %) fréquente une école privée, surtout en milieu urbain.

Un système « à trois vitesses », qui comprend également le réseau public « ordinaire » et les écoles publiques à programmes enrichis qui viennent concurrencer le privé, s’est ainsi développé ici. La subvention accordée par Québec au réseau privatisé représente 60 % des frais alloués au public.

[...] les écoles privées du Québec sont des OBNL [sans but lucratif] qui ne peuvent générer de profits [alors qu'elles le peuvent en Suède], et il n’est plus possible d’obtenir ici un permis pour en ouvrir une nouvelle.

Lutte des classes

Les premières initiatives privées suédoises venaient parfois de coopératives d’enseignants sans but lucratif. Les entreprises commerciales ont vite pris le relais. « On se retrouve en situation de quasi-monopole sur le marché, dit le professeur Forsberg. La plupart des écoles privées appartiennent maintenant à quelques grands groupes. Il n’y a aucune limite à leur niveau de rentabilité. Les réseaux les plus importants sont maintenant milliardaires en couronnes suédoises. »

L’Internationella Engelska Skolan est du nombre. Le poids lourd AcadeMedia s’internationalise, lui qui compte pas moins de 100 000 élèves répartis dans ses écoles de la Suède, mais aussi de la Norvège, de l’Allemagne et, plus récemment, des Pays-Bas. Le groupe compte 700 écoles, y compris dans le secteur de l’éducation aux adultes. Il emploie plus de 18 500 personnes. Le holding AcadeMedia AB a réalisé un profit de plus de 35 millions de dollars canadiens au dernier trimestre, dont près de 23 millions distribués à ses actionnaires.

Toutes les compagnies scolaires ne s’en tirent pas aussi bien. En 2013, la faillite du groupe JB Education a laissé en rade 11 000 élèves et un millier d’enseignants. Le service national d’inspection a fermé 25 écoles au cours des cinq dernières années pour divers manquements, dont l’embauche d’enseignants non qualifiés.

Qualité variable du public selon la zone géographique

N’empêche que le développement des empires scolaires dans le pays réputé social-démocrate découle aussi du libre-choix donné aux parents suédois. Alors pourquoi certains favorisent-ils les écoles privées avec leur « chèque éducation » ?

Le professeur Forsberg a beaucoup étudié la situation à Stockholm, là où le réseau privé s’étend le plus, comme ici, dans la région métropolitaine. Il explique que sa société très égalitaire négocie avec une importante « ségrégation résidentielle » qui stimule le choix de certaines écoles au détriment de certaines autres. Comme au Québec, quoi, où des parents préfèrent se saigner pour inscrire leur progéniture au magnifique collège privé situé à quelques kilomètres de la maison plutôt que de l’envoyer dans la polyvalente-bunker déglinguée de leur quartier.

Le professeur envoie ses propres enfants dans le réseau public, mais il précise habiter un secteur privilégié de sa ville universitaire, où les écoles sont excellentes. Des programmes particuliers du réseau privé, offrant par exemple une éducation bilingue ou promettant de transformer les jeunes en futurs entrepreneurs du numérique, s’avèrent aussi attrayants pour certaines clientèles.

« Il reste qu’au niveau secondaire, les meilleures écoles sont encore celles du réseau public », conclut le professeur Forsberg. Un sondage diffusé en juin 2022 montre en plus que 60 % de la population suédoise est favorable à l’interdiction des profits en éducation.

« Pourtant, nous n’avons qu’un seul parti à gauche qui se déclare contre ce système privatisé, alors que le lobby des grands groupes scolaires fait beaucoup pression sur les autres partis. Chose certaine, la Suède se retrouve dans une situation dérégularisée extrême, assez unique au monde et inédite en Scandinavie. »

Source : Le Devoir

mardi 10 septembre 2024

La rentrée littéraire automne 2024, moins de romans mais toujours trop


Selon le magazine de la profession, Livres Hebdo, le nombre de parutions à la rentrée d’automne 2024 n’est que de 459 romans. C’est 1,5 % de moins que les 466 de l’année précédente.

Moins de romans, mais encore trop pour les libraires : les éditeurs réduisent légèrement leur offre pour la rentrée littéraire 2024, même si les rayons de livres débordent toujours.


À découvrir

Le magazine de la profession, Livres Hebdo, recense 459 romans prévus en août, septembre et octobre, dont 68 premiers romans (9 % de moins de primo-romanciers, ils étaient 74 en 2023) ainsi que 148 livres étrangers (trois de plus qu’en 2023). C’est 1,5 % de moins que les 466 de l’année précédente et 35 % de moins que le record de 2010, où les librairies avaient été submergées par 701 nouveautés.

« Pour la troisième année consécutive, le nombre de parutions à la rentrée d’automne 2024 sera sous la barre des 500 titres », commente Livres Hebdo sur son site internet. On retrouve ses habituelles têtes de rentrée dont Amélie Nothomb, Emma Becker, Muriel Barbery, mais également Gaël Faye, Philippe Jaenada, Grégoire Bouillier, Maylis de Kerangal…

Un appel à une « baisse draconienne »


La rentrée littéraire est une tradition française bien établie, où les grands éditeurs placent des titres qui concourent aux grands prix d’automne (Goncourt, Renaudot, Femina, etc.), tandis que les moins connus espèrent profiter de la fréquentation des librairies à cette époque.

Les libraires, justement, quoiqu’ils profitent de ce coup de projecteur médiatique sur la littérature, sont devenus très critiques face à la surabondance.

Pour donner un exemple de ce qui les attend : sur deux jours seulement, le mercredi 21 et le jeudi 22 août, ce sont près d’une centaine de romans qui sortent simultanément. Les mettre tous immédiatement en rayon ? Impossible. Pourtant, être présent en librairie est une question de vie ou de mort pour chacun de ces titres.

« Nous appelons à une baisse draconienne de cette production », disait à la presse début juin la vice-présidente du Syndicat de la librairie française (SLF), Amanda Spiegel. « Ce serait une mesure très saine pour toute la profession, pour l’environnement et pour les lecteurs ».

« Aujourd’hui, des nouveautés, il y en a quatre fois plus que dans les années 80 (…) alors que le lectorat s’est certainement rétracté », expliquait-elle. Pour ces libraires, cela implique des choix, qui ont tendance à bénéficier aux auteurs les plus connus. « Évidemment qu’on n’achète pas toute la production. Sinon, on aurait des librairies des années 70 avec des livres du sol au plafond », selon Mme Spiegel, qui est libraire à Montreuil à côté de Paris.

Une « option stratégique »

Le SLF plaide pour un accord collectif des entreprises du syndicat national de l’édition pour se fixer un objectif chiffré de réduction du nombre de romans. Les éditeurs y voient une utopie. « Un accord général avec l’ensemble de la profession pour produire moins est illusoire », disait déjà en 2018 l’éditeur Olivier Nora, le respecté patron de Grasset, à Livres Hebdo.

Restreindre peu à peu l’offre se heurte à une difficulté pratique. Cela signifie refuser certains livres d’auteurs fidèles à une maison ou recruter moins de nouveaux auteurs, avec le risque de laisser filer des talents chez la concurrence.

Mais publier moins « est une option stratégique sur laquelle nous allons nous pencher et il est possible que l’on baisse un peu ce nombre de références », disait en avril Arnaud Lagardère, alors PDG de Hachette Livre, qui a depuis abandonné ses fonctions après avoir été mis en examen dans le cadre d’enquêtes sur le financement de dépenses personnelles par ses sociétés.

Cela n’empêche pas Grasset, maison phare du numéro un français de l’édition, de publier une dizaine de romans en août et septembre, quand Albin Michel en fait paraître une vingtaine et Gallimard une douzaine.

Source : Le Figaro

Brevet — Confusion entre « la » ou « l’a» n’est pas considérée comme une faute car l'élève a eu l’idée du son

 Myriam Meyer (professeure de français et de latin) affirme que « Pour le brevet des collèges, si l’élève écrit "la" ou "l’a", cela n’est pas considéré comme une faute car il a eu l’idée du son. C’est l’une des consignes que nous recevons. »

 

Voir aussi

Myriam Meyer se confie sur ses années en tant que prof dans un collège appartenant à un réseau d'éducation prioritaire (REP) et nous livre son regard sur les actions de l'Éducation nationale.

 

 LA VRAIE VIE D’UNE PROF DE BANLIEUE

Pendant six ans, cette jeune prof a enseigné le français, le latin et le grec dans un collège de la banlieue parisienne. Avoir encore foi en son métier quand on se retrouve face à des enfants de culture étrangère, dans une société qui ne croit plus à l’exemplarité ni à la transmission, est un combat de tous les jours. Elle le raconte avec talents dans un livre publié chez Robert Laffont, « Wesh, Madame ?! ».

Ses élèves l’ont baptisée la « Sénégauloise », parce que Myriam Meyer est née au Sénégal, où sa mère était prof et que non, elle n’est pas « une rebeu qui a réussi », même si elle s’appelle Myriam. En découvrant son prénom, les enfants de l’immigration du collège du Val-de-Marne où elle enseignait pensaient volontiers qu’elle était arabe – à l’époque où elle y a été parachutée, elle ne portait pas encore le nom de son mari, Meyer. A l’Éducation nationale, les affectations dépendent d’un système complexe de points. Au bout de trois ans seulement d’expérience professionnelle, enseigner en réseau d’éducation prioritaire (REP) n’était pas le choix de cette trentenaire. Mais avec le recul, ces six années auront été « les plus fécondes, les plus riches et les plus fortes » de sa carrière, comme elle l’écrit dans l’avantpropos de son livre. Myriam Meyer a le talent de faire partager ses émotions au lecteur de Wesh, Madame ? ! Rires et larmes d’une prof de banlieue. Enseigner le français, mais aussi le latin et le grec à des jeunes qui ne parlent parfois que la langue de leurs parents, sans même l’écrire, est une gageure. Cette frêle jeune femme relève le défi avec humour.

Au début, les cours de langues mortes de « Madame Vieuxmots » – un autre de ses surnoms – n’attirent pas les foules. Elle n’a que six élèves. Les collégiens sont réticents, pour des raisons parfois incongrues. Elle s’entend dire : « J’veux pas faire de latin, Rome, c’est trop la honte […] Ça a fait les Roumains. C’d’la merde les Roumains, les Roms. »

CONTRE LA VICTIMISATION

Mais les malentendus finissent par être levés et Myriam Meyer se retrouve avec des classes de 25 élèves. Les parents, dans ces banlieues où le chômage sévit, pourraient douter de l’utilité du latin et du grec pour leur progéniture, mais c’est souvent le contraire qui se produit selon le professeur : « Pas mal de parents me suppliaient de prendre leur enfant parce qu’ils étaient convaincus que c’était le meilleur moyen qu’il se retrouve avec de bons élèves. Du coup, je pouvais avoir dans la même classe des gamins superbrillants, superdisciplinés, et des vrais terribles qui passaient six mois à se demander ce qu’ils faisaient là. »

En cours, l’enseignante montre « à des enfants qui viennent d’environnements et de pays très différents que la France appartient à une culture commune, fondatrice pour notre civilisation, la littérature, la philosophie, la poésie, l’art en général. » Le récit des conquêtes romaines lui permet, au passage, de démonter les discours de victimisation identitaire en expliquant qu’ « Européens ou Africains, on a tous été colonisés à un moment donné, qu’il n’y a pas les oppresseurs et les opprimés ».

Pas facile de lutter contre les idéologies délétères, mais aussi contre ce que Myriam Meyer appelle les « forces obscures », « l’attraction des écrans et de l’argent facile », à une époque où, regrette-t-elle, « l’exemplarité a disparu, dans les familles comme dans la société ». Mais à la lire, elle y parvient souvent, entre rires et larmes.

Wesh, madame ?!,
Rires et larmes d'une prof de banlieue,
par Myriam Meyer
publié chez Robert Laffont,
le 22 août 2024,
240 pp,
ISBN-13 : 978-2221277225

lundi 9 septembre 2024

Pour une école diverse et donc inégalitaire dans ses résultats

Un texte de Pascale Bourgeois, chargée de cours au département d’éducation et pédagogie, Faculté des sciences de l’éducation, de l’Université du Québec à Montréal paru dans le Journal de Montréal.

 

 […] s’il est bien une idée en éducation qui s’est transformée en véritable slogan au cours des dernières décennies, c’est bien celle de l’égalité. Du projet, tout à fait raisonnable, d’égalité d’accès à l’éducation, dans un système méritocratique où chacun progresse selon ses capacités, elle s’est peu à peu transformée en exigence d’égalité face à la réussite. Tout le monde doit désormais jouir des mêmes « chances » de réussir. Pour y parvenir, des mesures compensatoires sont d’abord offertes aux élèves qui présentent des difficultés. Puis, de plus en plus, on prône des approches « positives » qui se concentrent strictement sur les capacités de l’élève.

Autrement dit, pour que tous puissent vivre des réussites, on propose de cesser de confronter l’élève à ses lacunes et à ses déficits. Or, à ne jamais être exposé à ses insuffisances, on demeure inconscient de la distance, parfois abyssale, qui nous sépare de l’excellence.

Bienfaits des obstacles

Plus encore, on défend l’idée selon laquelle une école juste doit abolir les obstacles à la réussite. Dans les faits, on propose d’abolir les critères et les normes qui ne sont pas atteints par tous. S’attendre à ce que tous les élèves atteignent le même critère d’excellence relève du capacitisme, voyons ! C’est là oublier que les plus grandes leçons se trouvent dans les obstacles surmontés, dans la morsure de l’échec et le dépassement des difficultés. On ne gagne rien à franchir une piste que des adultes inquiets ont aplanie pour nous.

Synonyme de vie, d’ordre et de créativité — comme le rappelle éloquemment Nicolas Berdiaev (1918) —, l’inégalité se pose comme la condition même de l’éducation. Quel serait l’intérêt d’une éducation qui nous trouve au même point à l’entrée comme à la sortie ? Il faut bien, et c’est là le nœud de l’affaire, que la culture nous élève, qu’elle nous hisse au-dessus de nous-mêmes et de la foulée : à son plus haut niveau, ne constitue-t-elle pas l’élite ? C’est parce qu’elle nous donne de la hauteur qu’elle est si désirable.

On ne peut, dès lors, qu’espérer un égal accès à cette inégalité, comme le soutient Camus (2008). Une éducation égalitaire au sens le plus strict (et c’est malheureusement ce que l’on semble viser à l’heure actuelle) ne peut conduire qu’au nivellement par le bas… à la déculturation de la culture, afin qu’elle soit plus digeste et attrayante pour ceux qui, autrement, n’y accéderaient pas (ou n’en voudraient pas).

Force est d’admettre, si l’on fait preuve d’un brin de lucidité, que nous ne sommes pas tous égaux au départ non plus : nous n’avons pas tous les mêmes talents, les mêmes ambitions, les mêmes capacités et la même motivation à réussir académiquement. Notre environnement social, culturel, familial diffère également. À moins d’adopter des politiques d’eugénisme, l’égalité face à la réussite est tout simplement impossible à atteindre. De toute façon, à y regarder de plus près, elle n’est tout simplement pas souhaitable.

Crise de l’autorité

Deuxièmement, les auteurs [de gauche dans les médias récemment] s’empressent d’excuser les incivilités et l’indiscipline des enfants, sous prétexte qu’ils ont faim ! La crise de l’autorité à laquelle nous faisons face en éducation, depuis des décennies, serait en fait une crise alimentaire. Et si l’on en croit la pyramide de Maslow, impossible d’être poli en ayant le ventre vide. Il est vrai que ma mère, qui marchait un mille pour se rendre à la petite école de campagne qu’elle fréquentait, avait l’habitude de lancer des chaises aux bonnes sœurs qui se chargeaient de son éducation. Elle avait, voyez-vous, le ventre vide.

Évidemment, ce n’est pas là nier que certains enfants ont effectivement faim, et que de nombreux ménages peinent à couvrir leurs dépenses. Ici, rien de bien nouveau. Cependant, la solution réside-t-elle dans un programme universel offert par un état de plus en plus interventionniste ? Le philosophe et économiste Thomas Sowell nous invite à la prudence, face aux politiques dont les intentions nobles nous dissimulent bien souvent les conséquences dévastatrices…

Enfin, ce n’est pas un manque de respect de laisser aux parents la responsabilité de leurs enfants. C’est plutôt l’inverse ! Il faudrait, à cet effet, s’inquiéter de la mainmise de l’État sur l’éducation de nos enfants. La polémique qui entoure le droit des parents d’être informés de la transition de genre de leur enfant mineur à l’école en témoigne : on ne cède pas nos responsabilités parentales à l’État sans en payer le prix.

À cet effet, plutôt que d’imposer à tous un système unique — celui de l’école publique —, peut-être serait-il temps, au nom de cette diversité des intérêts et des besoins des enfants, dont on s’empresse de défendre le respect en éducation, d’envisager de redonner aux parents la liberté de choisir l’école qui convient le mieux à leurs enfants ?

Voir aussi

L’inégalité comme condition d’existence (Nicolas Berdiaev), vidéo 

« L’Éducation nationale est gangrénée par l’égalitarisme »

À la fin du XIXe siècle, l’État belge décide que les enfants retourneraient chez eux à midi afin de maintenir des liens familiaux

États-Unis — École de premier plan refuse de décerner les prix du mérite national pour éviter de blesser les sentiments des autres élèves

France — Le Grand oral du bac, l’examen inégalitaire

Propositions d’Éric Zemmour en éducation : vidéo et extraits transcrits de son discours de Villepinte ce dimanche 

Le ministère de la Famille du Québec ne devrait-il pas être nommé le ministère des Garderies ?

Malgré la pression sociale progressiste, garçons et filles semblent toujours préférer les jouets traditionnels associés à leur sexe (étude)

États-Unis — Suppression de classes « avancées » au nom de l’« équité » (trop de blancs et d’Asiatiques y sont inscrits)

L’égalité, un fantasme français — psychanalyse et aveux d’un brillant sujet libéral

L’égalité des chances d’une inégale éducation

Accès à l’université — Sélectivité et égalité sont-elles antithétiques ?

Plusieurs grandes études : l’égalité juridique des sexes renforce les différences sexuelles

L’égalité est-elle une « valeur » pertinente en soi indépendamment du contexte ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seuls 30 % des Québécois en faveur de l'interdiction prévue des véhicules hydrides et à essence d'ici 2035




Seuls partisans du parti d'extrême gauche Québec Solidaire sont favorables à cette interdiction, à 54 %.

L'unanimité des députés nous imposent donc les politiques du parti le plus à gauche, très minoritaire au Québec.

 Le gouvernement du Québec a confirmé en juillet son intention d’aller de l’avant avec l’interdiction de la vente de véhicules à essence à compter de 2035 avec le dépôt d’un projet de règlement.

Le nombre de naissances au Québec se maintient, mais la fécondité continue de s'y effondrer

L'Institut de la statistique du Québec a publié le nombre des naissances pour les 6 premiers mois de 2024. Le nombre des naissances est statistiquement stable (37 700 naissances en 2023 pour ce premier semestre, 37 900 en 2024). En 1957, il était né environ deux fois plus d'enfants sur cette période (144 432 pour 12 mois) alors que le Québec avait une population deux fois plus petite (4,628 millions d'habitants).

Toutefois, la population du Québec étant en forte progression (+ 216 677, soit 2,46 % d'augmentation), le taux de natalité calculé en fonction de la population et l'indice de fécondité (ISF) en fonction du nombre de femmes en âge de procréer devraient tous deux encore baisser, probablement d'environ 2 %.  La population du Québec au 2e trimestre de 2023 était estimée à 8 814 007 et celle au 2e trimestre 2024 à 9 030 684.

En conséquence, selon le site BirthGauge, l'indice synthétique de fécondité devrait être d'environ 1,34 enfant/femme au Québec en 2024, il était de 1,38 en 2023 et de 1,67 en 2015.

Indices de fécondité de 2001 à 2023, avec les prévisions pour 2024 selon BirthGauge. Seuls les États-Unis parmi les pays illustrés verraient leur indice de fécondité légèrement augmenter.

Entretemps en Israël, l'ISF (nombre d'enfants par femme) pour 2024 sur la base des données de naissance de janvier 2024 à juin 2024 (avec les données de 2023 entre parenthèses) par ethnie et religion a été publié:

  • Israël 2,78 (2,81)
    • Par ethnie:
      • Juifs et autres 2,84 (2,84)
      • Arabes 2,53 (2,63)
    • Par religion:
      • Juifs 2,99 (2,97)
      • Musulmans 2,70 (2,79)
      • Juifs laïcs 1,9
      • Chrétiens 1,42 (1,55)
      • Druzes 1,62 (1,75)
      • Sans religion 1,07 (1,19)

Légère augmentation de la natalité des juifs ce qui comprend des juifs religieux et laïcs (quasiment 3 enfants par femme en moyenne), baisse de tous les autres groupes ethniques et religieux, les athées (surtout des immigrants de Russie d'ascendance juive) sont à 1,07 enfant par femme, soit une division de la descendance par deux à chaque génération...  

Voir aussi

La population amish a augmenté de 125 % depuis 2000 (m à j 2024)

Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ?  

Québec — décès dépassent les naissances, jamais aussi peu de naissances dans l’histoire récente (juillet 2022)

Muhammad serait le prénom le plus populaire pour les nouveau-nés en 2022 en Grande-Bretagne alors que le taux de natalité baisse

L’Europe de l’Est en proie à une démographie en chute libre

Un juge brésilien ordonne de bloquer 𝕏 (mises à jour sur le juge Moraes et Starlink offre son service gratis)

9 septembre 2024

Le gouvernement brésilien a décidé de refuser à Starlink (l'internet haute vitesse par satellite) la possibilité d'accepter des paiements au Brésil.

Elon Musk a répondu : « Ça ne fait rien, j'ai décidé de maintenir l'accès gratuit pour tout le monde ». La popularité de Starlink a récemment explosé au Brésil, avec plus de 250 000 clients.
 
6 septembre 2024

The Economist
de Londres ajoute quelques informations sur le penchant autoritaire du juge Moraes.
 
En 2019, M. Moraes a été chargé d'enquêter sur les fausses informations concernant la Cour suprême et les menaces à l'encontre de ses membres. Celles-ci avaient augmenté après l'élection de M. Bolsonaro. L'enquête sur les « fausses nouvelles » a été controversée dès le départ. Normalement, les enquêtes sont ouvertes par le procureur général ou la police. En se donnant le pouvoir d'ouvrir une enquête, la Cour suprême est devenue à la fois victime, procureur et juge. Aucun délai n'a été fixé, il n'existe pas de définition légale de la désinformation au Brésil et M. Moraes n'a pas rendu publics les comptes qu'il avait ordonné de fermer et les raisons de cette décision. Il a par la suite ouvert une enquête connexe sur les « milices numériques », un terme inquiétant et flou. Certaines décisions semblent encore plus difficiles à défendre.

En 2019, Crusoé, un média d'investigation, a publié un article suggérant qu'un autre juge de la Cour suprême était mentionné dans des courriels datant de 2007 au sujet d'un permis frauduleux pour la construction d'un barrage. M. Moraes a qualifié l'article de « fausse nouvelle » et a ordonné qu'il soit retiré. Ce n'est qu'après un tollé général que l'ordre a été annulé. Dans un autre cas, des hommes d'affaires qui avaient échangé des propos décousus mais sans engagement sur le fait qu'ils préféraient un coup d'État au principal parti de gauche lors d'une conversation privée sur WhatsApp ont vu leur domicile perquisitionné, leurs comptes bancaires gelés et leurs comptes de médias sociaux suspendus. 
 
Aujourd'hui, les gens ont davantage l'impression que le juge s'est écarté de sa mission. En décembre 2022, près d'un tiers des Brésiliens estimaient que la Cour faisait un « bon » ou un « excellent » travail. En mai, ils n'étaient plus que 14 %. Les réactions s'accumulent. Le jour où il a fermé 𝕏, M. Moraes a exigé qu'Apple et Google interdisent les téléchargements de 𝕏 et de VPN, mais il a annulé l'ordonnance quelques heures plus tard après un tollé général.

Luiz Augusto D'Urso, de la Fundação Getulio Vargas, une université de São Paulo, qualifie l'ordonnance relative aux VPN d'« absurde ». La décision de geler les actifs de Starlink, une société indépendante de 𝕏, « viole les droits fondamentaux » de l'entreprise, déclare Ricardo Sayeg, un avocat. De nombreux agriculteurs et soldats dépendent de Starlink pour l'internet dans les zones reculées. Le démantèlement de 𝕏 et la réaction furieuse de M. Musk attisent la droite dure brésilienne, qui se sent persécutée. L'héritage de M. Moraes pourrait être de renforcer les éléments mêmes qu'il a cherché à freiner.



Billet originel du 31 juillet

 

Le réseau social sera fermé dans ce pays de 200 millions d’habitants, à la suite d’un conflit entre Elon Musk et un juge brésilien sur ce qui peut être dit en ligne.

𝕏 sera interdit au Brésil après qu’Elon Musk a refusé de se conformer aux ordres d’un juge brésilien de suspendre certains comptes, notamment de députés et de sénateurs brésiliens.

Alexandre de Moraes, juge de la Cour suprême du Brésil, a ordonné à l’agence brésilienne des télécommunications de bloquer l’accès à 𝕏 dans ce pays de 200 millions d’habitants, car l’entreprise n’avait pas de représentant légal au Brésil. Les onze juges du Tribunal sont appelés ministres, bien que la fonction n’ait aucun rapport avec les ministres du gouvernement.

M. Musk a fermé le bureau de 𝕏 au Brésil la semaine dernière après que le juge Moraes a menacé de procéder à des arrestations pour avoir ignoré ses ordres de supprimer les comptes 𝕏 qui, selon lui, enfreignaient les lois brésiliennes.

𝕏 a déclaré qu’elle considérait les injonctions sous scellés du juge Moraes comme illégales et qu’elle avait l’intention de les publier. « La liberté d’expression est le fondement de la démocratie et un pseudo-juge non élu au Brésil la détruit à des fins politiques », a déclaré M. Musk vendredi.

Dans une démarche tout à fait inhabituelle, le juge Moraes a également déclaré que toute personne au Brésil qui tenterait de continuer à utiliser 𝕏 via un logiciel de confidentialité courant appelé réseau privé virtuel (VPN) pourrait se voir infliger une amende de près de 9 000 dollars par jour.

Le juge Moraes (ci-contre) a également gelé les finances d’une autre entreprise de M. Musk au Brésil, le service Internet par satellite Starlink de SpaceX, pour tenter de recouvrer les 3 millions de dollars d’amendes qu’il a imposés à 𝕏. Starlink — dont la popularité a récemment explosé au Brésil, avec plus de 250 000 clients — a déclaré qu’il avait l’intention de contester l’ordonnance et qu’il rendrait son service gratuit au Brésil si cela s’avérait nécessaire.

M. Musk et le juge Moraes s’affrontent depuis des mois. M. Musk affirme que le juge Moraes censure illégalement les voix conservatrices. Le juge Moraes affirme que M. Musk fait illégalement obstruction à son travail de nettoyage de l’Internet brésilien.

Dans son ordonnance, le juge Moraes a déclaré que M. Musk était un « hors-la-loi » qui avait l’intention de « permettre la propagation massive de la désinformation, des discours de haine et des attaques contre l’État de droit démocratique, violant le libre choix de l’électorat, en éloignant les électeurs des informations réelles et exactes ».

Ce combat est désormais au cœur de la tentative de M. Musk de transformer 𝕏 en un refuge où les gens peuvent s’exprimer librement.

Dans des dizaines de messages postés depuis avril, M. Musk a présenté le juge Moraes comme l’un des plus grands ennemis de la liberté d’expression, et il semble que M. Musk parie maintenant sur le fait que le juge cédera à la réaction négative du public que le blocage entraînera selon lui.

« Il perd peut-être de l’argent à court terme, mais il gagne un énorme capital politique », a déclaré Luca Belli, professeur à la faculté de droit FGV de Rio de Janeiro, qui a suivi la stratégie de M. Musk avec 𝕏.

Importance de 𝕏 au Brésil

Depuis 2022, le Brésil s’est classé au quatrième rang mondial avec plus de 25 millions de téléchargements de l’application 𝕏, selon Appfigures, une société de données sur les applications. Les activités internationales de 𝕏 sont devenues plus importantes sous la direction de M. Musk.

M. Musk a remanié le réseau social depuis qu’il l’a acheté pour 44 milliards de dollars en 2022, alors qu’il s’appelait encore Twitter. En plus de renommer le service, il a supprimé un grand nombre de règles relatives à ce que les utilisateurs pouvaient dire.  Il a également rétabli les comptes suspendus, y compris celui de l’ancien président Donald J. Trump.

Pourtant, M. Musk a déclaré que 𝕏 continuerait à respecter la loi là où elle opère. Sous sa direction, 𝕏 s’est conformé aux demandes du gouvernement indien de retenir des comptes et a supprimé les liens vers un documentaire de la BBC qui dressait un portrait critique de Narendra Modi, le Premier ministre indien.

À d’autres moments, M. Musk s’est battu contre des ordres de suppression de contenu, comme en Australie, où il s’est opposé à un ordre de suppression de vidéos décrivant une attaque violente contre un évêque local.

Mais il s’est heurté à un formidable adversaire en la personne du juge Moraes.

Le vice-gouverneur de l’État brésilien du Mato Grosso n’en revient pas de prôner la désobéissance civile et de devoir utiliser un VPN.

Le juge Moraes

 Peu de personnes ont eu un impact aussi singulier sur ce qui se dit en ligne ces dernières années que le juge brésilien. Il est devenu l’une des figures les plus puissantes — et les plus polarisantes — du Brésil après que la Cour suprême du pays lui a conféré des pouvoirs étendus pour réprimer les menaces contre la démocratie en ligne, dans le contexte des craintes suscitées par le mouvement d’extrême droite dirigé par Jair Bolsonaro, l’ancien président brésilien.

À l’approche des élections brésiliennes de 2022, la Cour a habilité le juge Moraes à ordonner unilatéralement le démantèlement des comptes qu’il considère comme des menaces. Depuis, il a exercé ce pouvoir sans retenue, souvent par le biais d’ordonnances confidentielles qui ne révèlent pas les raisons pour lesquelles un compte donné a été suspendu.

Il a ordonné à 𝕏 de supprimer au moins 140 comptes, la plupart de droite, y compris certains des plus éminents experts conservateurs du Brésil et des membres du Congrès. Certains de ces comptes remettaient en question la défaite de M. Bolsonaro aux élections de 2022 et sympathisaient avec la foule de droite qui a pris d’assaut le Congrès et la Cour suprême du Brésil.

dimanche 8 septembre 2024

La réglementation anti-blanche expliquerait pourquoi Starlink ne dessert pas l'Afrique du Sud alors que ses voisins sont connectés

Starlink est un fournisseur d'accès à Internet par une constellation de satellites en basse altitude de la société SpaceX.

 
Récemment, Starlink a commencé a offrir ses services en Afrique australe, notamment à Madagascar, au Mozambique, en Eswati, au Botswana et au Zimbabwe. Alors que Starlink devrait être disponible l'année prochaine en Angola, en Namibie et au Congo (RDC), aucune date n'est prévue pour l'inauguration dans la patrie du patron de Starlink, Elon Musk, à savoir l'Afrique du Sud.
 
À l'origine de ce retard ? La discrimination anti-blanche de l'Afrique du Sud serait probablement en cause, selon MyBroadBand un site sud-africain spécialisé.
 
L'incertitude liée aux nouvelles réglementations sur « l'émancipation économique des Noirs » (BEE) et aux exigences en matière de propriété des « entreprises historiquement désavantagées » dans le secteur des télécommunications pourrait être à l'origine de la réticence de Starlink à se lancer en Afrique du Sud.

En bleu clair les zones desservies par Starlink, en bleu foncé celles qui ne le sont pas.

Le service Internet par satellite en orbite basse, rapide et non plafonné, a été décrit comme une révolution pour ceux qui utilisent son offre d'itinérance en Afrique du Sud, en particulier dans les zones rurales qui n'avaient auparavant qu'un accès limité, voire inexistant, à l'Internet.

Lorsque Starlink a démarré la phase de précommandes au niveau mondial en février 2021, la date de lancement en Afrique du Sud était estimée à 2022.

Deux mois plus tard, l'Independent Communications Authority of South Africa (Icasa) a indiqué à MyBroadband que Starlink devrait se conformer à la nouvelle réglementation controversée sur la propriété par des Noirs, qui était encore à l'état de projet à l'époque.

Cette réglementation exigeait que les titulaires de licences de télécommunications aient un minimum de 30 % de parts détenues par des Noirs. En outre, les détenteurs de licences devraient avoir le statut BBBEE de niveau 4.

Ces règles s'ajouteraient à une règle de la loi sur les communications électroniques datant de plusieurs années, selon laquelle les titulaires de licences devaient être détenus à 30 % par des groupes historiquement défavorisés (HDG), notamment les Noirs, les femmes, les personnes handicapées et les jeunes.


« Un titulaire de licence individuelle doit se conformer à la fois à l'exigence d 'équité envers les Noirs et à l' exigence d'équité envers les groupes historiquement désavantagés », a déclaré l'Icasa.

Toutefois, dans le règlement final, l'Icasa avait suspendu la nouvelle règle des 30 % de Noirs dans l'attente de l'annonce d'une prochaine date d'entrée en vigueur et de « mesures réglementaires et législatives ».

Il s'agissait notamment de confirmer auprès du ministère du commerce, de l'industrie et de la concurrence que les règles étaient conformes à la loi sud-africaine sur la BEE à base élargie (Broad-based BEE Act).

Bien que l'Icasa ait déclaré qu'elle annoncerait une future date d'entrée en vigueur de la réglementation, elle est restée silencieuse à ce sujet pendant plus de trois ans, laissant les opérateurs de réseaux et les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) dans l'incertitude.

Les nouvelles règles ont été fortement critiquées par les acteurs et les experts du secteur des télécommunications, qui ont prévenu qu'elles auraient un impact désastreux.

Société écran et part de gâteau pour des intermédiaires noirs bien introduits

Un dirigeant de fournisseur d'accès à Internet a déclaré qu'il était totalement opposé à BEE parce qu'il conduisait à l'ajout d'hommes de paille et de sociétés écrans qui gonfleraient les prix pour les clients.

À la suite de ces événements, Starlink a retardé d'un an, en novembre 2021, l'échéance de son lancement en Afrique du Sud.

En septembre 2022, Starlink a actualisé le calendrier de lancement en le qualifiant d' « inconnu », ce qui est toujours le cas aujourd'hui.

Entre-temps, quatre des voisins de l'Afrique du Sud ont déjà lancé ou approuvé Starlink.

Starlink a également été lancé ou dispose d'un calendrier de lancement dans plusieurs pays africains où les règles de propriété locale sont strictes, notamment au Kenya.

Starlink muet sur les détails


Starlink n'a pas explicitement confirmé si les règles BEE ou HDG sont la raison pour laquelle elle a retardé la fenêtre de lancement du service, malgré les nombreuses questions posées par MyBroadband au cours des dernières années.

Toutefois, Phillip van Essen, responsable des ventes aux entreprises de Starlink, a déclaré à Mining Weekly que la société donnait la priorité aux déploiements dans les pays où il était facile de faire des affaires et d'obtenir des approbations réglementaires.

« Nous respectons le fait que chaque pays a son propre processus... et nous avons une équipe dédiée qui se concentre sur les efforts de réglementation dans le monde entier, y compris en Afrique du Sud », a déclaré M. Van Essen en mai 2023.

« Nous espérons pouvoir résoudre les problèmes et commencer à offrir des services ici bientôt, ainsi que dans d'autres pays africains.

Indépendamment de la mise en œuvre de la règle de la propriété noire, l'exigence existante en matière de HDG constitue déjà un obstacle.

La société mère de Starlink, SpaceX, possède une structure de propriété complexe qui comprend son principal actionnaire - le fondateur et PDG Elon Musk - ainsi qu'une myriade de grandes sociétés d'investissement et d'entreprises technologiques.

L'établissement des données démographiques de ces actionnaires n'est pas exigé aux États-Unis et constituerait probablement un exercice long, potentiellement compliqué et invasif qui l'emporterait sur les avantages immédiats d'un lancement en Afrique du Sud.

En règle générale, les entreprises internationales qui souhaitent proposer leurs produits et services en Afrique du Sud s'associent à une entité locale qui remplit déjà les conditions requises.

Starlink a tenu à servir ses clients directement plutôt que de faire appel à des revendeurs, car cela lui permet de mieux contrôler les prix et le service à la clientèle.

Compromis avec un généreux donateur du régime zimbabwéen

Il semble toutefois que la société ait accepté ce compromis au Zimbabwe.

L'approbation de Starlink dans ce pays est intervenue à la suite d'un accord prévoyant que le service serait fourni par l'intermédiaire d'une société privée locale, IMC Communications.
 
Plusieurs publications zimbabwéennes ont rapporté qu'IMC Communications appartenait au controversé Wicknell Chivayo, un bienfaiteur du parti au pouvoir au Zimbabwe, le ZANU-PF.

M. Chivayo est bien connu au Zimbabwe pour son style de vie somptueux et ses relations avec des personnalités influentes de la politique zimbabwéenne ; il a été accusé d'être impliqué dans plusieurs montages gouvernementaux douteux.

Voir aussi
 

Histoire — 8 septembre 1760, capitulation de Montréal

Quelques mois après la chute de Québec aux mains des Anglais, le chevalier de Lévis remporte le 28 avril 1760 une spectaculaire victoire à Sainte-Foy, près de Québec.
 

 
Au cours de l’été 1760, trois armées britanniques convergent vers l’île de Montréal de trois directions. Ils remontent le fleuve Saint‑Laurent à partir de Québec, descendent du lac Ontario et avancent sur la rivière Richelieu. En août, les Sept Nations du Canada — les alliés indiens de la France — négocient le Traité d’Oswegatchie avec les Britanniques. Ce traité assurait la neutralité des Sept Nations contre la promesse qu'elles pourraient conserver leurs terres et le libre exercice de la religion catholique.
 
Les miliciens canadiens commencent à rentrer à la maison, car James Murray fait brûler les fermes de ceux qui continuent à se battre. Ce qui reste de l’armée française, menée par François-Gaston de Lévis suite à la mort de Louis-Joseph de Montcalm, se retrouve à Montréal.
 
Lévis ne peut empêcher Montréal, dernière ville française du Canada, d'être à son tour assiégée par ces trois  armées ennemies totalisant 11.000 hommes.

En septembre 1760, la situation est donc désespérée pour les forces françaises en Amérique du Nord. Néanmoins, François-Gaston de Lévis souhaite poursuivre le combat pour défendre l’honneur de l’armée française.


Il sollicite du gouverneur de Vaudreuil la permission de tenter une sortie avec ses 2.400 hommes, pour l'honneur. Mais le gouverneur juge toute résistance inutile, attendant seulement des assiégeants qu'ils garantissent l'intégrité physique des habitants et leur droit de pratiquer la religion catholique (à son retour en France, cette capitulation sans gloire lui vaudra d'être enfermé à la Bastille).

Les 55 articles sont presque tous accordés par Amherst, sauf ceux qui font référence aux Acadiens et à leur déportation. Les demandes françaises comportaient un large éventail de garantie quant à la protection des habitants de la Nouvelle France: les Français, les Canadiens (Québécois), les Acadiens et les Sauvages (Amérindiens). Vaudreuil demande que tous les habitants se voient reconnaître les mêmes droits et privilèges que les autres sujets de la couronne britannique. C’est la fin de la Nouvelle-France en Amérique. Le début de la résistance.
 
Mais comme les Anglais refusent par ailleurs aux défenseurs de la ville les honneurs de la guerre. Cela signifie dans les faits que les huit bataillons des troupes de Terre et les deux de la Marine ne pourront plus servir d'ici la fin du conflit, y compris en Europe. Amherst demeure intraitable sur ce point.  Devant ce refus britannique, le chevalier de Lévis ordonne à ses troupes de « brûler leurs drapeaux pour se soustraire à la dure condition de les remettre aux ennemis » dans la nuit qui précède la reddition.  

Les articles de capitulation de Montréal ont été négociés entre le Gouverneur-Général de la Nouvelle-France, Pierre de Cavagnal, Marquis de Vaudreuil et le Major-Général Jeffrey Amherst au nom des couronnes française et britannique. La signature du document rédigé en français a lieu le 8 septembre 1760 sur le Chemin Côte-Des-Neiges. Puis, à l'île Sainte-Hélène, devant la ville de Montréal, François de Lévis, commandant militaire, rend les armes. 

Conséquences

Suite à la capitulation de Montréal, un régime militaire britannique est instauré pour remplacer l’administration coloniale française en attendant la signature d’un traité de paix définitif (voir Traité de Paris de 1763).

Entre 1760 et 1763, plus de 4 000 colons retournent en France. Grâce aux demandes françaises lors des négociations, le droit privé de propriété et le droit civil selon la  Coutume de Paris sont garantis, de même que la liberté de pratiquer le catholicisme. L’article 40 garantit aux alliés autochtones de la France le droit à leurs biens et aux missionnaires. Les historiens seront toujours reconnaissants à Pierre-Rigaud de Vaudreuil    d’avoir aussi demandé la protection des archives de l’administration française.
 
Voir aussi