mercredi 18 mai 2016

Le Revenant : « dénigrement anti-Québec » à Hollywood

En complément à notre article « The » Revenant, Hollywood et le Canadien français, voici des extraits d’un article de Christian Néron, avocat québécois et historien du droit, qui dresse la liste de ces mensonges qui ne font pas honneur au cinéma hollywoodien…

Malgré ses trois oscars, le film Le Revenant trahit sans vergogne la vérité historique sur les Canadiens français.

Il est rarement question des Canadiens français dans le cinéma américain.

Le Revenant fait exception, mais en présentant un groupe de « trappeurs » canadiens-français comme une bande de dégénérés.

Ce film oscarisé, qui a fait le tour du monde (*), noircit notre réputation en offrant une image répulsive des « vrais » méchants dans l’histoire de l’Amérique du Nord.

Mais qu’en est-il de cette histoire présentée comme vraie ? Examinons les faits.

Les voyageurs et coureurs des bois sont des figures emblématiques d’une épopée qui a beaucoup fait rêver. Leur odyssée en Amérique du Nord n’a rien d’une légende ; elle constitue l’une des grandes aventures de l’histoire du monde.

Elle débute avec d’audacieux explorateurs français et se poursuit sur plus de deux siècles avec leurs enfants et leurs descendants qui ne tarderont pas à affirmer par ailleurs leur identité en prenant le nom de Canadiens.

Il est ironique que ce film ait cherché à faire passer les Canadiens pour des brutes racistes à l’endroit des Indiens alors que l’histoire a clairement démontré le contraire.

De tous les Européens à avoir pris racine en Amérique, les Français ont été les seuls à respecter le droit international de cette époque à l’endroit des Indiens, c’est-à-dire les seuls à n’avoir jamais cherché à les asservir et à les exterminer.

Comment expliquer cet écart de civilisation qui distingue tant les Français des Anglais, des Espagnols et des Portugais ? La réponse réside en grande partie dans un état d’esprit que l’on pourrait résumer par une curiosité débordante et un sens marqué de la justice.

[...]

Des pacificateurs

Le sens de la justice des Canadiens deviendra même un sujet d’intérêt, entre 1764 et 1773, lorsqu’il sera question de changer la constitution du Canada. Les nombreux rapports rédigés à ce sujet ne manqueront pas de le faire ressortir et de mentionner l’avantage qu’il représentait pour le maintien de la paix avec les Indiens.

Ainsi, lorsqu’il sera discuté, en décembre 1773, des nouvelles frontières de la province de Québec, les lords du Conseil privé conviendront à l’unanimité de faire confiance au sens de la justice des Canadiens, et de se méfier de celui des Anglo-américains, trop avides du bien d’autrui.

La paix générale dans l’arrière-pays indien en dépendait. Pour ce motif, les lords du gouvernement prolongeront les frontières de la province jusqu’à la rivière Ohio au Sud, et jusqu’au Mississippi à l’Ouest.

Le sens de la justice des Canadiens continuera de les honorer lorsqu’ils traverseront le Mississippi pour aller du côté de la Louisiane. Dans les années 1780, ils parviendront jusqu’au Haut-Missouri, là où se passe l’intrigue du Revenant.

Ils vont trouver cette région dans un grand désordre, les Indiens étant en conflits violents au sujet de leurs territoires de chasse. Conformément à leur tradition de diplomatie commerciale, les traiteurs (ou négociants) canadiens vont s’appliquer à concilier leurs différends, à les convaincre des avantages de la paix et du commerce.

En fait, toute cette violence les laissait dans un état d’insécurité constant. À chaque nouvelle guerre, la chasse s’arrêtait et les guerriers s’exterminaient mutuellement. Dans les villages, les réserves de nourriture s’épuisaient ; la survie du groupe tout entier se voyait mise en péril.

À de rares exceptions près, les Canadiens parviendront à les persuader de renoncer à ces violences meurtrières. Cependant, lorsque les Anglo-américains arriveront, suite à la vente de la Louisiane, ils vont tout remettre à l’envers ; ils vont même exploiter les causes de conflits pour amener les Indiens à s’exterminer entre eux.

Le film


On rapporte que le réalisateur du film aurait bénéficié de l’expertise des meilleurs historiens pour l’aider à comprendre l’époque du commerce des fourrures. Or, malgré cette expertise, les traiteurs et voyageurs canadiens y sont dépeints comme les résidus d’un âge des ténèbres. Les images nous les montrent dégénérés, cruels, violents, vicieux.

Le spectateur n’en a pas davantage besoin pour comprendre que la vente de la Louisiane aux Anglo-américains a permis d’éviter d’indicibles malheurs. La fin de cet âge des ténèbres ne pouvait qu’en annoncer un autre, plus lumineux, plus résolument tourné vers le progrès et l’avenir.

Le héros du film incarne d’ailleurs superbement la force et le courage de cette vague de pionniers qui vont bientôt affluer pour construire cette Amérique nouvelle, fleuron de la civilisation anglo-saxonne.

Toutefois, la fiction du film cache une immense tragédie qui commence à l’été 1823 dans le Haut-Missouri. L’arrivée des traiteurs et trappeurs anglo-américains ne fait qu’annoncer l’intervention de la cavalerie américaine qui, elle, va s’occuper de soumettre les Indiens à la volonté de l’homme blanc.

Au cours du mois de mai de l’été 1823, un groupe de traiteurs et trappeurs anglo-américains décide d’emprunter la rivière Missouri pour se rendre à la rivière Yellowstone plus à l’ouest. À la hauteur des villages arikaras, ces intrus passent tout doucement sans se soucier de personne ; ils ignorent, ou font semblant d’ignorer, que les Arikaras forment le groupe dominant de la région, qu’ils luttent depuis des temps immémoriaux pour maintenir leur autorité sur cette rivière et les alentours.

Les Indiens n’ont rien de plus précieux à protéger que leur souveraineté sur ce territoire ; leur survie en dépend. Cette intrusion des Anglo-américains est assimilable à un crime de lèse-majesté ; elle touche des intérêts vitaux.

Les traiteurs et trappeurs anglo-américains ont cependant leur propre conception du droit et de la souveraineté ; ils n’envoient aucune ambassade aux Arikaras ; ils ne s’arrêtent pas pour leur parler, pour les rassurer, pour les informer de leurs intentions, pour leur offrir leur amitié, pour les inviter à faire du commerce.

Bref, conformément à leurs préjugés sur la suprématie de la force, les Anglo-américains se comportent comme des maîtres en pays conquis ; une souveraineté des Arikaras sur le Haut-Missouri est une idée qui n’effleure même pas leur esprit. Pire encore, ils ont l’imprudence, voire l’arrogance, de s’amener avec des guides sioux, ennemis mortels des Arikaras.

Indien Arikara portant une peau d’ours — Photographie Edward S. Curtis, 1908. Par cet outrage à la paix publique, les Anglo-américains se faisaient agresseurs ; ils mettaient au défi la souveraineté et la sécurité du groupe tout entier.

Leurs intérêts ainsi menacés, les Arikaras n’avaient d’autre choix que de s’incliner ou de rétablir la justice selon leurs propres coutumes.

En matière de guerre, ils ne connaissaient — comme tous les Indiens d’ailleurs — qu’une seule et même tactique : attaquer par surprise pour provoquer la panique dans les rangs de l’ennemi. C’est ce qu’ils vont faire.

Les Anglo-américains ont ainsi été attaqués au petit matin du 1er juin 1823. Ils n’étaient pas d’innocentes victimes agressées par de méchants barbares ; ils étaient des intrus, des étrangers hostiles ; ils étaient armés et accompagnés des pires ennemis des Arikaras ; ils se comportaient comme des maîtres en pays conquis ; ils remettaient en question la souveraineté ancestrale des Arikaras sur le Haut-Missouri. Injure suprême, des Sioux en étaient témoins.

Pourtant, sur une période de deux siècles, les traiteurs et voyageurs canadiens avaient parfaitement réussi à tisser des liens de confiance, à maintenir la paix, à commercer avec les Indiens.

Le secret de leur réussite a toujours résidé dans leur sens de la justice et de la diplomatie. Jamais ils n’ont méprisé la souveraineté des Indiens sur leurs territoires, toujours ils les ont entretenus des avantages de la paix et du commerce. Cette stratégie a été heureuse ; elle leur a permis d’établir d’innombrables liens de confiance indispensables à la prospérité du commerce.

Au moment de la vente de la Louisiane aux Anglo-américains, en 1803, la diplomatie canadienne avait fait son œuvre partout. Il n’y avait plus un village où les Canadiens n’étaient accueillis en amis pour faire du commerce. Plus encore, ils étaient de remarquables conciliateurs ; partout où ils arrivaient, ils reprenaient les mêmes arguments pour convaincre les Indiens à renoncer à la vengeance et à la guerre pour le règlement de leurs conflits.

De la façon la plus simple du monde, ils ont été les Casques-bleus de l’Amérique amérindienne avant que l’idée et le mot n’existent. Après 1803, avec l’irruption de la civilisation anglo-américaine, les Indiens des Plaines vont vite apprendre que l’homme blanc pouvait se montrer férocement avide du bien d’autrui.

Sur la rivière Missouri, la situation va irrémédiablement basculer lors des évènements de l’été 1823. Depuis des années déjà, toute forme de diplomatie avait disparu.

Non seulement les Anglo-américains étaient imperméables à toute discussion, mais ils convoitaient sans vergogne tout ce qui se présentait à eux : pas de lois ! Pas de morale ! Pas de justice ! Pire encore, dans un déferlement sauvage qui sera qualifié de « destinée manifeste », l’homme blanc ne reculera devant aucune cruauté pour affamer les Indiens, les affaiblir, les exproprier, les exterminer.

Ce que le film s’abstient surtout de montrer, c’est que suite à l’attaque du 1er juin 1823, la cavalerie américaine, appelée en renfort, va traverser le Mississippi pour se mettre à la poursuite des Arikaras.

Le 9 août 1823, elle arrivera à la hauteur des villages du Haut-Missouri ; elle sera accompagnée de 750 guerriers sioux, ennemis héréditaires, ravis de prendre leur revanche en si belle compagnie. Les Arikaras ne seront pas immédiatement écrasés, mais ils connaîtront leur première défaite. Celle-ci incarnera d’ailleurs le début de la fin pour tous les Indiens des Plaines.

Quelques dizaines d’années plus tard, avec le chemin de fer et l’extermination du bison, ils seront tous soumis et parqués dans des réserves ; même les Sioux subiront le même traitement.

Il y a donc beaucoup d’ironie, de cynisme et de mépris de la vérité dans ce film. Alors que les Canadiens avaient témoigné d’une diplomatie remarquable pendant plus de deux siècles, ils y sont présentés comme les épaves d’un âge des ténèbres ; les images nous les montrent dégénérés, cruels, violents et vicieux. Quant aux Anglo-américains, qui symbolisent l’arrivée de l’âge des lumières, ils vont faire preuve des pires sauvageries dans l’expropriation et l’extermination des Indiens des Plaines.

On objectera que le film visait d’abord à divertir, mais il n’est pas nécessaire de mentir pour divertir. Au pays de la liberté, ils auraient dû se souvenir que le mensonge enchaîne, et que la vérité libère !

Anglo-saxons, Anglo-américains et Anglo-canadiens ont tous le même petit côté tordu : ils ne peuvent jamais laisser filer une bonne occasion de noircir tout ce qui est français.

Source

Histoire — 17/18 mai 1642, fondation de Ville-Marie (Montréal)

Le 17 mai 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve et un groupe de colons fondent l’établissement de Ville-Marie sur l’île de Montréal. Baptisée Mons realis par Jacques Cartier en 1535, cette île est cartographiée par Samuel de Champlain lors d’un voyage exploratoire en 1611. Les alliances conclues entre les Français et les nations amérindiennes, plus particulièrement les Hurons, amènent les missionnaires jésuites et les Récollets à fréquenter ce carrefour, afin d’y porter leur mission évangélisatrice. À l’époque, les différents récits de voyage publiés en Europe frappent l’imagination de plusieurs Français et rendent la colonisation et le travail missionnaire de plus en plus populaires. Certains se donnent comme objectif de participer au rayonnement des valeurs françaises en Nouvelle-France. C’est le cas de Jérôme Le Royer de La Dauversière et de Jean-Jacques Olier qui forment, en 1639, la Société de Notre-Dame de Montréal, dont les buts sont de fonder une ville et de créer une nouvelle société chrétienne où cohabiteraient Français et Amérindiens.

L’île, d’abord concédée en seigneurie à Jean de Lauson, est acquise en 1640 par la société, qui la conserve jusqu’en 1663. Le Royer de La Dauversière choisit un jeune officier, Paul de Chomedey de Maisonneuve, pour gouverner la nouvelle colonie et une infirmière, Jeanne Mance, pour y fonder un hôpital. Une quarantaine de colons partent de La Rochelle, en France, le 9 mai 1641. Arrivés à Québec trop tard à l’automne pour pouvoir poursuivre leur route jusqu’à Montréal, ils passent l’hiver à Sillery (Québec). Malgré les efforts du gouverneur Charles Huault de Montmagny, qui tente de dissuader Maisonneuve de mettre son projet à exécution, l’expédition part pour Montréal le 8 mai 1642. Les colons, Montmagny, quelques missionnaires jésuites et Maisonneuve arrivent sur le site le 17 mai, à proximité de l’ancien village iroquois d’Hochelaga. Maisonneuve prend officiellement possession de l’île au nom de la Société de Notre-Dame de Montréal. Une messe est célébrée le lendemain et le nouvel établissement, dédié à la Vierge Marie, prend le nom de Ville-Marie, nom utilisé pendant une dizaine d’années avant d’être remplacé par Montréal. Rapidement, les colons se consacrent à la construction d’une clôture, d’une résidence pour le nouveau gouverneur et de quelques habitations. Sous la supervision de Jeanne Mance, l’Hôtel-Dieu de Montréal est érigé à l’automne.

En tant que poste le plus reculé de la Nouvelle-France, Ville-Marie se retrouve au cœur du réseau de communication donnant accès à l'Iroquoisie et à la Huronie. Sa position est stratégique tant au niveau militaire que commercial. La colonie devient un poste important pour le commerce des fourrures. Elle connaît toutefois des débuts difficiles en raison des attaques répétées des Iroquois. En 1645, Maisonneuve fait construire un fort et, huit ans plus tard, il engage en France une centaine de colons-soldats au cours de la Grande Recrue. L’arrivée de cette force défensive permet au jeune établissement de résister aux attaques iroquoises quoique sa sécurité ne soit définitivement assurée qu’avec la Grande Paix de Montréal en 1701.