dimanche 19 juin 2022

France — Parents de gauche, attachés à la mixité ethnique, se résignent à éviter le collège public

À Paris, la ruée vers l’école privée. Dans la capitale, l’enseignement privé sous contrat attire 37 % des élèves du secondaire. Certaines voix dénoncent une « concurrence déloyale » avec le public.

Un cri du cœur. « Le collège de mon enfant est fortement pénalisé par la nouvelle carte scolaire et la réforme Affelnet. Résultat, les parents sont en panique totale et se ruent vers le privé ! », lance cette mère de famille, qui intervient lors de la conférence sur « La tentation du privé » organisée par la FCPE Paris, ce 15 février. Cette rivalité entre le privé et le public déchaîne les passions. 


 

La polémique engendrée par l’entrée prochaine des prestigieux Henri-IV et Louis-le-Grand dans le dispositif Affelnet (logiciel qui gère l’affectation dans les lycées depuis 2008) a encore durci le débat. Dorénavant, ces deux institutions ne pourront plus choisir elles-mêmes leurs recrues sur dossier, et devront se plier — en partie — aux mêmes règles que les autres établissements publics. L’idée ? Diversifier la sélection des candidats, aujourd’hui massivement issus des catégories sociales très favorisées. « Il y aura une fuite vers le privé », répondent ceux qui contestent cette réforme. La ruée a déjà commencé : 37 % des élèves parisiens étudient dans le privé. L’académie de Paris se place ainsi en troisième position de celles où la part du public est la plus faible, juste en dessous des académies de Rennes et de Nantes.

À Paris, la situation est d’autant plus brûlante que la mixité sociale est un défi constant. « Les collèges de la capitale comptent 16 % d’élèves d’origine sociale défavorisée. Or, dans le privé, on n’en retrouve que 3 %… Contre 23 % dans le public. Cet écart est le plus élevé de France », explique Julien Grenet, chercheur spécialiste des inégalités scolaires qui préside le comité de suivi d’Affelnet. Le fait que les CSP+ [catégories socioprofessionnelles les plus favorisées] cèdent aux sirènes du privé n’est certes pas un phénomène nouveau. Dans les arrondissements les plus privilégiés, comme le XVIe ou le VIIe, 50 à 70 % des familles font le choix du privé. Beaucoup de parents mettent en avant une tradition familiale, mais aussi l’adhésion à certaines valeurs morales et religieuses.

Opter pour un « ghetto privé » ou pour un « ghetto public »

Ces dernières années, un autre profil de familles a gagné du terrain, notamment dans le Nord et l’Est parisien. De plus en plus de parents, plutôt marqués à gauche, attachés à la mixité et jusqu’ici « pro-public » se résignent à rédiger des lettres de motivation pour inscrire leurs enfants dans des institutions religieuses : il s’agit là de la seule alternative… pour éviter le collège public de secteur. En cause, une forme de ségrégation sociale, criante à certains endroits. « Ces parents se retrouvent face à un choix cornélien : opter pour un “ghetto privé” ou pour un “ghetto public”. Sachant que ni l’un ni l’autre ne reflète la réalité sociale de leur quartier », déplore Julien Grenet.

Cette stratégie d’évitement n’est évidemment pas le seul facteur qui explique le succès des écoles privées sous contrat à Paris. « Leur atout est qu’elles ne sont pas dans une logique administrative, mais dans une logique d’adhésion à un projet qui tient compte des besoins spécifiques de chaque enfant », avance Gilles Demarquet, président national de l’Association de parents d’élèves de l’enseignement libre. Ceux qui font ce choix évoquent aussi un meilleur encadrement, une certaine stabilité des équipes pédagogiques, une plus grande diversité d’activités périscolaires, un climat scolaire plus apaisé…

Inès, une habitante du XIIIe arrondissement qui ne jurait que par l’école publique, a fini par déchanter. « Dès sa première année de maternelle, mon fils se plaignait de ne rien faire en classe. Lui qui était si calme s’est mis, peu à peu, à devenir violent, sans doute influencé par l’ambiance générale », raconte-t-elle. Un jour, le petit Mickaël revient avec une plaie sous l’œil. « L’un de ses camarades l’avait blessé avec des ciseaux, mais personne n’avait pris la peine de me prévenir. Ça a été le déclic », poursuit Inès. À la rentrée suivante, son petit garçon intègre l’école Sainte-Jeanne-d’Arc voisine. « Un établissement à taille humaine avec une seule classe par niveau, un directeur qui connaît chaque enfant personnellement, des parents invités à collaborer aux différents projets. Bref, l’école rêvée ! » s’enthousiasme-t-elle. Un rêve coûteux puisque Inès doit débourser 117 euros par mois de frais de scolarité et 7 euros de cantine par jour pour chacun de ses deux enfants.

Une concurrence « déloyale » L’autre particularité de Paris est l’extrême densité de population. D’où une large offre d’établissements au sein d’espaces relativement réduits… et l’élaboration de stratégies visant à inscrire son enfant dans le « meilleur » établissement. « On a choisi notre appartement, situé dans le XIIe arrondissement, en fonction de la carte scolaire », reconnaît Aurélie. Mais, à l’entrée en troisième de son aîné, le découpage avait changé. « L’opacité du système d’affectation au lycée nous angoissait terriblement. Ne sachant pas du tout où mon fils allait atterrir, on a préféré l’inscrire dans le privé, à Saint-Michel de Picpus », explique-t-elle. Les témoignages en ce sens se multiplient depuis la réforme d’Affelnet de l’année dernière et l’introduction du nouvel « indice de position sociale ». Ce bonus IPS, calculé par collège en fonction de la profession des parents, donne droit à un certain nombre de points. « L’idée est d’inciter les familles plus favorisées à revenir dans les collèges fortement ghettoïsés en attribuant un avantage à leur enfant au moment de leur entrée au lycée », explique Julien Grenet.

Une intention certes louable, mais de nombreuses voix dénoncent les effets pervers de ce nouveau système. « Dans le public, ça devient le chaos ! Beaucoup de parents cherchent à quitter le navire en urgence, alerte Loys Bonod, professeur de lettres au lycée Chaptal, dans le VIIIe arrondissement. Le fait que les notes deviennent un critère secondaire, que la sélection se fasse de moins en moins au mérite, est un non-sens. » L’enseignant cite l’exemple du collège Condorcet (Paris VIIIe) : l’année dernière, aucun élève n’a pu accéder à l’excellent lycée du même nom. Le fameux indice IPS les a disqualifiés d’office. « Durant toute leur scolarité, on leur avait répété que, en travaillant dur, ils arriveraient à atteindre leurs objectifs. Imaginez leur désarroi ! » se désole Loys Bonod. Pour lui, les nouvelles mesures annoncent la mort des lycées d’excellence parisiens, comme Henri-IV ou Louis-le-Grand, qui réussissaient encore à se hisser en tête des palmarès.

Est-ce à dire que l’enseignement est meilleur dans le privé ? Pour Julien Grenet, les écarts de performance entre les collèges publics et privés s’expliquent en grande partie par les écarts de composition sociale. « Pour le dire crûment, c’est surtout l’écrémage des CSP+ qui permet d’avoir de bons résultats au brevet » dans les collèges privés. Pour Loys Bonod, la différence concerne surtout l’environnement et l’ambiance de travail. « Évidemment, puisque le privé est totalement libre de son recrutement ! À eux les meilleurs élèves et ceux qui posent le moins de problèmes de discipline. Le public, lui, doit composer avec certains profils plus difficiles, ce qui a forcément une incidence sur les conditions d’apprentissages », explique le professeur, qui évoque une « concurrence déloyale ». D’autant que l’enseignement privé sous contrat est financé à 77 % par l’État et les collectivités territoriales. « Ce qui représente 7 milliards d’euros par an. Je connais peu de secteurs de l’économie où la puissance publique met autant d’argent sans demander aucun compte », renchérit Julien Grenet.

Source : L’Express.

France — École à la maison : comment faire pour obtenir une autorisation pour la rentrée prochaine ?

Selon les décrets d’application récemment publiés, les familles françaises ont trois mois, du 1er mars au 31 mai 2022, pour adresser leur demande d’autorisation à l’administration si elles veulent pouvoir instruire leur enfant à la maison à la rentrée prochaine. Famille Chrétienne détaille la procédure à suivre.

 
Le temps presse. Pour les parents souhaitant avoir recours à l’instruction en famille à la rentrée prochaine, les trois mois qui s’ouvrent sont cruciaux. Après le vote de la loi sur le séparatisme l’été dernier, les décrets d’application publiés en février prévoient en effet que la demande d’autorisation qui remplace désormais la simple déclaration doit être adressée du 1er mars au 31 mai pour qu’un enfant puisse être instruit en famille à la rentrée prochaine. Des précisions ont également été apportées sur les documents à fournir à l’appui de la demande.

Quatre motifs invocables

Concrètement, quatre motifs peuvent être invoqués par les parents à l’appui de leur demande : 

  1. l’état de santé de l’enfant ou son handicap ; 
  2. la pratique d’activités sportives ou artistiques intensives ; 
  3. l’itinérance de la famille en France ou l’éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; 
  4. l’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif.

Fruit de l’opposition au projet du gouvernement d’interdire l’instruction en famille, ce quatrième motif, le plus ouvert, devrait permettre de voir les demandes d’autorisation des parents largement satisfaites. Le Conseil constitutionnel a en effet indiqué que, en établissant ce critère, le législateur avait voulu confier à l’administration le soin de vérifier que « le projet d’instruction en famille comporte les éléments essentiels de l’enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d’apprentissage de l’enfant » ; et que « la personne chargée de l’instruction est en mesure de permettre à l’enfant d’acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture ». La demande des parents pour leur(s) enfant(s) doit être adressée au Directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN), représentant du Ministère dans le département.

Quels documents fournir ?

Les décrets publiés en février précisent également la liste des documents que les parents doivent joindre à leur demande. Certains d’entre eux sont communs aux quatre motifs invocables : un formulaire de demande d’autorisation élaboré par le Ministère de l’Éducation nationale ; un document justifiant de l’identité de l’enfant, de celle des parents, de leur domicile et de l’identité de la personne chargée d’instruire l’enfant s’il ne s’agit pas des parents.

D’autres documents, spécifiques à chaque motif, s’y ajoutent : un certificat médical de moins d’un an sous pli fermé attestant de la pathologie de l’enfant lorsque la demande est motivée par la santé de l’enfant ; un certificat médical sous pli fermé ou les décisions relatives à l’instruction de l’enfant de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées lorsque la demande est motivée par le handicap de l’enfant ; une attestation d’inscription auprès d’un organisme sportif ou artistique, lorsque la demande s’appuie sur ce motif ainsi qu’une présentation de l’organisation du temps de l’enfant, de ses engagements et contraintes établissant qu’il ne peut de ce fait fréquenter assidûment un établissement public ou privé ; « toute pièce utile » justifiant de l’impossibilité pour l’enfant de fréquenter avec assiduité un établissement public ou privé lorsque la demande est motivée par l’itinérance en France des parents ; et également « toute pièce utile » établissant l’éloignement géographique de tout établissement scolaire public lorsque la demande est déposée sur ce fondement.

Comment étayer le motif d’une « situation propre à l’enfant » ?

Pour le dernier motif invocable (« l’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif »), les parents ne doivent pas apporter de justification particulière du motif invoqué, mais simplement présenter un « projet éducatif » étayé pour leur enfant. Selon le décret, ils doivent donc fournir à l’appui de leur demande d’autorisation « une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l’enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d’apprentissage de l’enfant ».

Celle-ci comprendra : « 1/Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l’enfant d’acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; 2/ les ressources et supports éducatifs utilisés ; 3/ l’organisation du temps de l’enfant (rythme et durée des activités) ; 4/ Le cas échéant, l’identité de tout organisme d’enseignement à distance participant aux apprentissages de l’enfant et une description de la teneur de sa contribution ». Par ailleurs, les décrets demandent aux parents de fournir « toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d’instruire l’enfant » (qu’il s’agisse d’un des parents ou d’une personne tierce), une copie du diplôme de baccalauréat, ou de son équivalent, de la personne qui instruira l’enfant, ainsi qu’une déclaration sur l’honneur que la personne qui instruira l’enfant le fera majoritairement en langue française.

Dans le cas où il manquerait une pièce à réception de la demande, l’administration fixera un délai pour fournir les pièces manquantes, « qui ne pourra en aucun cas être supérieur à quinze jours ». Un délai court qui incite les parents à tout faire pour fournir du premier coup un dossier complet. Si celui-ci est soigneusement rempli, l’administration n’aura aucun moyen de refuser la demande d’autorisation qui s’appuiera sur ce quatrième motif.

Les exceptions

Pour les parents désireux d’avoir recours à l’instruction en famille à la rentrée, deux exceptions se présentent par rapport au délai de trois mois courant du 1er mars au 31 mai. Tout d’abord, les décrets indiquent que la délivrance de l’autorisation peut « toutefois » être sollicitée en dehors de cette période « pour des motifs apparus postérieurement à cette dernière ». Mais, elle ne pourra alors faire référence qu’aux trois premiers motifs (état de santé de l’enfant ou handicap, activités sportives ou artistiques intenses, itinérance géographique ou éloignement géographique de tout établissement scolaire public).

Pour le quatrième motif invocable (« existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif), aucune demande ne sera instruite en dehors des trois mois. Par ailleurs, si des parents déposent une demande hors délai sur le fondement des trois premiers motifs, ils devront fournir « tout élément justifiant que les motifs de la demande sont apparus postérieurement à la période » allant du 1er mars au 31 mai. Autant dire que là aussi les parents ont intérêt à ne pas trop compter sur les dérogations et à viser un dépôt de demande complet sans tarder.

Autorisations de plein droit pour certains enfants

Fruit de l’opposition suscitée par le projet qu’avait le gouvernement d’interdire l’instruction en famille, une autre exception concerne les enfants qui sont actuellement déjà instruits en famille au cours de l’année scolaire 2021-2022. Pour ceux-ci, l’autorisation « est accordée de plein droit » pour les années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, indique la loi sur le séparatisme. Pour cela, il faut seulement que les résultats du contrôle annuel réalisé par les représentants du Ministre de l’Éducation nationale aient été jugés « satisfaisants ».

Toutefois, cette dérogation ne concerne que les enfants déjà instruits à la maison. Ainsi, des parents qui la pratiqueraient déjà pour un de leurs enfants en 2021-2022, et qui souhaiteraient y avoir recours pour un autre de leurs enfants pour l’année scolaire 2022-2023, devront passer pour ce dernier par la procédure de demande d’autorisation ouverte du 1er mars au 31 mai.

Source : Famille chrétienne


« On a nazifié Zemmour »


samedi 18 juin 2022

Le Bescherelle se prononce contre le point médian de l'écriture inclusive

La référence en matière de grammaire et de conjugaison, publiée chez Hatier depuis 1913, jouit d’une notoriété qui ne faiblit pas. Certains de leurs manuels de conjugaison dépassent le million d’exemplaires vendus.

Le point médian

Ce signe veut marquer dans l’écriture inclusive une égalité entre masculin et féminin, comme dans « les artisan·e·s » (exemple tiré d’un manuel scolaire de 2017). Mais d’après le Bescherelle, il « ne contribue pas à simplifier l’orthographe » — ce qui n’est pas son but — et, plus fâcheux, « ne correspond pas à une prononciation ». Si le Bescherelle est irremplaçable pour apprendre la conjugaison de moudre, est-il une référence aujourd’hui ? Pour beaucoup de parents et d’enseignants, oui. Les éditions Hatier, qui revendiquent la place de numéro un en France du parascolaire (ouvrages destinés aux élèves en dehors de leur établissement), font vivre la marque avec succès depuis 1913.

Une référence… mais pas la seule

Le bibliothécaire et grammairien Louis-Nicolas Bescherelle (1802-1883) n’a pas laissé sur la langue la même empreinte qu’Émile Littré, Pierre Larousse, Maurice Grevisse ou même Édouard Bled. Un grand linguiste de notre siècle, Alain Rey, interrogé par l’AFP en 2013, s’étonnait même de la popularité de la marque. 

Mais le succès d’une parodie, en 2014, a prouvé son immense notoriété, voire sa cote d’amour. Son créateur Sylvain Szewczyk avait eu l’audace de s’approprier le nom d’utilisateur @Bescherelle sur Twitter, de créer la marque « Bescherelle ta mère ». Il corrigeait les fautes de français les plus absurdes. Bescherelle avait alors créé son compte, @BescherelleFR. « C’était notre entrée sur les réseaux sociaux. Et c’était sympa de voir combien de gens s’intéressaient à la langue et aux fautes de français », dit à l’AFP Véronique Cabon-Tournier, des éditions Hatier.

Par moments, ce compte passe pour trop directif. En mars, il écrivait que « le mot après-midi est masculin et invariable ». Or, le féminin est fréquent à l’oral comme à l’écrit, ce que même l’Académie française reconnaît. Et la très officielle réforme orthographique de 1990 adoube « les après-midis ». « On connaît le système français, l’enseignement très centralisé, l’attachement au bien-parler et au bien-écrire… Ce besoin de références se fait ressentir. Mais nous ne sommes pas un dictionnaire ni une autorité qui légifère », commente l’éditrice du Bescherelle.

Louis-Nicolas Bescherelle et son frère avaient pourtant publié en leur temps un Dictionnaire national tombé en désuétude face à ses concurrents. Ils affirmaient en introduction : « La langue a besoin non pas d’être bornée, mais fixée, ce qui est une tout autre chose. » Leurs successeurs se sont lancés dans d’autres aventures. Il y a 25 ans, ils s’attaquaient aux langues étrangères : l’espagnol d’abord, puis l’anglais, l’allemand, l’italien et le chinois. Ils publient, mercredi également, deux premiers ouvrages de mathématiques, Bescherelle maths école et collège.

« Pourquoi il faut rejeter le projet Century Initiative »

Texte de Rodrigue Tremblay, professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Montréal et ancien ministre de l’Industrie et du Commerce québécois, paru dans Le Devoir.

 « Il est établi aussi que les niveaux de vie dans le monde ne sont nullement liés à la taille démographique des pays. La réalité est plutôt l’inverse », affirme l’auteur.
  
Il est peu connu qu’un groupe de pression de Toronto, le Century Initiative (Initiative du siècle), a lancé une campagne pour tripler la population canadienne, d’ici l’an 2100. (Son site Web ici, on notera l’absence de version française.)

On prévoit que la population du Canada (37 millions d’habitants au recensement de 2021) atteindra 53 millions en l’an 2100, selon une progression démographique naturelle normale et une politique d’immigration moyenne. Or, le groupe d’hommes d’affaires et de quelques journalistes de Toronto baptisé Century Initiative propose plutôt que ce dernier chiffre soit doublé pour atteindre 100 millions d’habitants en l’an 2100. Pour ce faire, il faudrait que le gouvernement de Justin Trudeau adopte une politique d’immigration ultra-massive. [En réalité, Trudeau adopte déjà ces recommandations : 401 000 immigrants en 2021, 411 000 en 2022, 421 000 en 2023. Les conservateurs du Canada (anglais) sont d’accord : Pierre Poilièvre (et ses concurrents) ne s’oppose pas à l’augmentation de l’immigration annuelle à plus de 400 000 par an].

Extrait du rapport (p. 22) de l’Initiative du siècle, on remarque que les chiffres proposés par l’Initiative du Siècle pour 2022 et 2023 sont en réalité légèrement plus bas que ceux du gouvernement Trudeau....

Avec un tel scénario démographique, la population du [Grand] Toronto passerait de 8,8 à 33,5 millions d’habitants, celle d[e l’agglomération de] Montréal gonflerait de 4,4 à 12,2 millions d’habitants, etc.

On peut prévoir que la mise en œuvre d’un tel projet, en plus de chambarder profondément le Canada dans sa composition démographique, provoquerait de multiples autres conséquences : congestion, pollution, surcharge des services publics en santé, en éducation et dans les infrastructures de transport, ghettoïsation, conflits linguistiques, criminalité, insécurité, etc.

Nombre d'immigrants au Canada 2000-2021 (avec prévision en pointillés pour 2022)

 

Un argumentaire faible

Examinons de plus près les objectifs et arguments mis en avant par le groupe de pression de Toronto. Le premier objectif cité est la hausse du taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) du Canada. Est-ce que la « grosseur pour la grosseur » peut être un objectif valable pour transformer de fond en comble la structure démographique d’un pays ? Avec un tel argument, on en arrive à l’idée douteuse que le niveau du produit intérieur brut (PIB) et une croissance boulimique devraient être au centre des politiques publiques. Qu’en est-il de la qualité et du niveau de vie de la population et de son bonheur ?

Avec le libre-échange avec les États-Unis depuis le 1er janvier 1989, le Canada n’a pas besoin d’une très grande population pour que son économie fonctionne efficacement. Dans ce contexte commercial, les entreprises canadiennes ne sont nullement limitées au seul marché canadien pour écouler leur production. Elles sont en position d’atteindre des niveaux de production élevés, générateurs d’économies d’échelle, en exportant une partie de leur production vers le grand marché américain.

Quand une population croît trop rapidement, cela peut fort bien s’accompagner d’une baisse générale du niveau de vie.

Une population fortement en progression exige des infrastructures supplémentaires (logements, hôpitaux, écoles, universités, infrastructures de toutes sortes, installations industrielles, etc.) et il faut des épargnes et des capitaux pour les réaliser. On calcule que, dans un pays industrialisé, les capitaux d’infrastructure représentent quatre fois le revenu national annuel.

Il est établi aussi que les niveaux de vie dans le monde ne sont nullement liés à la taille démographique des pays. La réalité est plutôt l’inverse. C’est ce que montre l’indice de développement humain des Nations unies, ce dernier étant une mesure des niveaux de vie et de la qualité de vie dans le monde.

En 2019, par exemple, les trois pays en tête de liste pour le niveau de vie et la qualité de vie étaient tous les trois des pays de moins de 10 millions d’habitants : la Norvège (5,3 millions), l’Irlande (5,0 millions) et la Suisse (8,5 millions).

Le deuxième objectif poursuivi par la coalition est de permettre au gouvernement canadien de jouer un rôle plus important sur la scène internationale. Il existe de nombreux pays qui sont très peuplés dans le monde, mais ce sont souvent des pays relativement pauvres, et leur poids démographique ne leur garantit guère une place enviable sur la scène internationale. Un pays de relative petite taille comme la Suisse a plus d’importance dans le monde que beaucoup de pays très peuplés.

Le troisième objectif consiste à remédier au vieillissement de la population et à la pénurie de main-d’œuvre. Les études montrent pourtant que l’immigration en tant que telle ne modifie guère la structure des âges d’une population, essentiellement parce que la majorité des immigrants arrivent au pays à l’âge adulte et à cause du programme de réunification des familles, lequel fait en sorte de faire venir des personnes immigrantes déjà âgées (époux, parents, grands-parents, etc.)

Quant à la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs, une immigration massive suscite une demande accrue de main-d’œuvre pour construire et équiper des infrastructures supplémentaires, ce qui est de nature à accentuer la demande globale de main-d’œuvre. L’économie peut alors faire face à une spirale sans fin de pénuries de main-d’œuvre avec des marchés du travail tendus en permanence, créés artificiellement et gonflés par une population qui croît trop rapidement par l’immigration.

Le groupe Initiative du siècle ne s’est guère préoccupé des conséquences de son projet migratoire extrême sur les Canadiens français en général, et sur la seule majorité politique qu’ils occupent au Québec. Si le gouvernement canadien allait poursuivre sur la voie d’un « Canada de 100 millions d’habitants » en faisant appel à une immigration ultra-massive, la place des Canadiens français au Canada ne pourrait que chuter considérablement au cours des décennies à venir.

En ce qui concerne le Québec, une des quatre provinces fondatrices du Canada en 1867, son poids démographique dans l’ensemble du Canada pourrait tomber en dessous de 10 % à la fin du siècle. Au Québec même, les francophones pourraient se retrouver en minorité sur le territoire de leurs ancêtres, pour la première fois en 500 ans.

À tout prendre, le gouvernement fédéral canadien devrait officiellement rejeter le projet du lobby Century Initiative. S’il devait s’en inspirer implicitement ou explicitement pour élaborer sa politique d’immigration, c’est à un véritable tsunami migratoire programmé que la population canadienne devra faire face au cours des prochaines décennies.

Voir aussi 

L’Ontario perd des terres agricoles à un rythme effréné à cause de la croissance démographique

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million

L’initiative du Siècle (dont un des cofondateurs est Dominic Barton, actuellement ambassadeur du Canada en Chine populaire). En anglais uniquement.

Le patronat québécois reprend de plus belle sa campagne en faveur de l’immigration massive : 64 000 par année au Québec ! (1er avril 2021, ce n’est hélas pas un poisson d’avril)

Implosion de la natalité en Corée du Sud : moins 0,84 enfant/femme, il en faut 2,1 pour remplacer les parents

Implosion démographique : y remédier en renouant avec des valeurs qui privilégient descendance et transmission 

Les Canadiens français deviendraient minoritaires au Québec en 2042 (long billet, graphiques)

Montréal : en 2031 les minorités visibles représenteront 31 % de la population 

Démographie — En 15 ans, les minorités visibles sont passées au Québec de 7 % à 13 % de la population

Laval s’anglicise

Natalité baisse au Québec depuis 7 ans, mais CS de Montréal devrait accueillir 5000 élèves de plus d’ici cinq ans [impact de l’immigration]

Chute importante prévue du français dans les foyers québécois

Québec — Trois nouveau-nés sur dix ont au moins un parent né à l’étranger 

Canada — un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?

Les francophones bientôt minoritaires à Montréal, légère baisse des francophones dans l’ensemble du Québec  

Espérance de vie baisse chez les hommes en Ontario, en Colombie-Britannique et chez les blancs aux États-Unis   

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

Oui, la loi 101 est un échec 

« Le français pourrait disparaître de la fonction publique au Québec » 

Démographie : en 2050 pour un Européen proche de 50 ans, il y aura trois Africains de moins de 30 ans [d’âge en moyenne] 

Extrême-Orient et Occident : le boum des femmes sans enfants

La fécondité israélienne (3,1 enfants/femme) contraste avec celle de l’Occident où les pays rivalisent pour les jeunes des autres pays.

Disparaître ? de Jacques Houle : Regard franc sur l’immigration

Le monde a maintenant plus de grands-parents que de petits-enfants  

La démographie vouerait la Loi 21 à l’échec à long terme selon Idil Issa 

Démographie : Le gouvernement bruxellois lève en partie l’interdiction du port de signes religieux dans l’enseignement (article de 2019)

 

L’Ontario perd des terres agricoles à un rythme effréné à cause de la croissance démographique

La Fédération de l'agriculture de l'Ontario affirme que la province fait face à une augmentation des pertes de terres agricoles alors que l'étalement urbain engloutit des zones auparavant utilisées pour la production.

Les données du Recensement de l'agriculture de 2021 suggèrent que l'Ontario perd 319 acres (130 hectares) de terres agricoles par jour, ce qui équivaut à la perte d'une ferme familiale moyenne par jour ou encore 180 terrains de football (soccer) par jour.

Le vice-président de la Fédération de l'agriculture de l'Ontario, Mark Reusser, affirme que l'étalement urbain et les nouveaux quartiers d'habitation sont des facteurs majeurs contribuant à la perte de terres agricoles en Ontario, où seulement 5 % de la superficie terrestre constitue des terres agricoles exploitables.

Il ajoute que la COVID-19 et la guerre en Ukraine ont montré à quel point les chaînes d'approvisionnement peuvent être facilement perturbées et ont souligné l'importance d'une production alimentaire canadienne indépendante.

Son organisation, dirigée par des agriculteurs, demande aux gouvernements municipaux et à la province de mieux protéger les terres agricoles et la production alimentaire au cours de la planification de nouveaux secteurs résidentiels pour atténuer la crise du logement née de la croissance démographique très rapide née d'une immigration massive.

Selon M. Reusser, les terres agricoles ont des limites, mais elles peuvent constituer une ressource alimentaire perpétuelle lorsqu'elles sont bien traitées.


vendredi 17 juin 2022

France — Les élèves du hors contrat victimes d’une organisation chaotique du bac

Comme tous les autres candidats, les élèves de terminale des écoles hors contrat ont passé pour la première fois le nouveau baccalauréat. De nombreux dysfonctionnements sont pourtant pointés du doigt dans l’organisation de leurs épreuves.


 

À l’instar des événements du Stade de France, le passage du baccalauréat pour les élèves du hors contrat montre, lui aussi, les limites de l’État en matière d’organisation. Trois ans après l’entrée en vigueur du fameux « bac Blanquer », l’édition 2022 était la première à ne pas être impactée par l’épidémie de Covid-19. Pour la première fois, les nouvelles modalités du bac sont organisées pour les plus de 700 000 candidats : épreuves de spécialité, grand oral, part importante de contrôle continu,… Pourtant, les 4 000 élèves de terminale scolarisés dans le hors contrat ont jusqu’ici été confronté à différentes injustices, allant d’une différence de traitement dans les épreuves à la désorganisation de l’État.

De graves défaillances dans l’organisation

« En mai, lors des épreuves de spécialité, on a fait face à de nombreux dysfonctionnements, » signale à Famille Chrétienne Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école. Dans un communiqué publié il y a peu, l’association dénonce même « une négligence qui s’apparente à de la maltraitance. » En cause ? Les conditions d’organisation déplorables de nombreuses épreuves. Les exemples sont légion. Anne Coffinier cite par exemple celui-ci : « Alors que des élèves étaient convoqués dans l’immense Parc des expositions de Villepinte, il n’y avait aucune signalétique pour les guider. Pire : l’entrée indiquée sur leur convocation était fermée à clef. Les candidats n’ont pu y pénétrer qu’en entrant par un grillage déchiré… »

Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, la mauvaise surprise

Le père d’une lycéenne passant son bac cette année raconte également le passage d’une épreuve orale de latin. Convoquée avec des camarades à 14 heures à la maison des examens d’Arcueil, sa fille se retrouve confrontée à une administration ne connaissant pas l’existence de cette épreuve et à l’absence de l’examinateur. Ce dernier arriva finalement avec deux heures de retard et divisa alors le groupe en deux. La première partie put passer l’épreuve, l’autre devait revenir le lendemain. Ces défaillances ne sont malheureusement pas des exceptions regrette Anne Coffinier qui expose d’autres exemples hallucinants. « Lors des épreuves de spécialité, les convocations ont souvent été envoyées au dernier moment aux établissements. Par exemple au collège Stanislas, à Paris, lors des premières épreuves, l’établissement avait été prévenu qu’il était centre d’examen la veille à 20 heures… Le lendemain à 9 heures, quand les candidats se sont rendus sur place, rien n’était prêt bien sûr ! » Antoine, élève de terminale dans un établissement hors contrat de région parisienne a conscience du désintérêt de l’Éducation Nationale pour eux : « On est la cinquième roue du carrosse ! À presque toutes mes épreuves, je sentais l’exaspération des examinateurs de devoir faire passer l’examen à des élèves du hors contrat ! »

« Un bac à deux vitesses »

Dans le nouveau baccalauréat, 40 % de la note finale est attribuée au contrôle continu. Pourtant, cette nouveauté ne concerne pas les candidats du hors contrat. Les notes reçues pendant l’année dans ces établissements ne sont pas reconnues par l’Éducation Nationale. Les élèves ont donc dû passer des « épreuves ponctuelles » dans chaque matière afin de remplacer le contrôle continu. Antoine témoigne : « On a le sentiment que les épreuves que nous avons passées sont plus dures que le contrôle continu dans les lycées publics et sous-contrat… La perspective de jouer toute sa note sur une épreuve plutôt que sur l’ensemble des notes de l’année est tout de même assez stressante ! » « On a donc un bac à deux vitesses, dénonce Anne Coffinier. Tout le monde a le même diplôme mais les gens le passent différemment. Cela montre bien que ce sont des élèves de seconde zone pour l’Éducation Nationale ».

Pourtant, ces difficultés ont-elles été mises volontairement sur la route des candidats du hors contrat ? « La question de l’intentionnalité est toujours compliquée… Ce que je sais c’est que l’Éducation Nationale ne souhaite pas le développement des écoles indépendantes. On cherche à leur compliquer l’existence pour les décourager, ça c’est clair ! » Afin de faire toute la lumière sur les défaillances du bac 2022, l’association Créer son école a demandé la constitution d’une commission d’enquête afin de définir les responsables d’une telle désorganisation et obtenir une compensation pour les élèves ayant subi des préjudices. Affaire à suivre donc…


Source : Famille chrétienne


jeudi 16 juin 2022

Justin « La Science » s'accroche inexplicablement à l'obligation vaccinale pour voyager au Canada (m à j)

Mise à jour du 16 juin

L’avocat Keith Wilson conteste devant les tribunaux l’obligation vaccinale imposée par le gouvernement Trudeau en invoquant la Charte des droits et des libertés.

Alors que le gouvernement fédéral exhorte M. Wilson à abandonner sa poursuite, celui-ci refuse. « C’est clairement un sujet sur lequel le tribunal doit se prononcer. Le gouvernement a dit à plusieurs reprises… qu’il réinvoquera sans hésitation l’obligation vaccinale pour voyager, il réinvoquera sans hésitation cette obligation envers les travailleurs fédéraux et les travailleurs des aéroports. Nous allons donc le prendre au mot et nous voulons que l’affaire soit portée devant les tribunaux », a déclaré M. Wilson.

Étonnamment, M. Wilson affirme que lors de son contre-interrogatoire de l’épidémiologiste en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, celle-ci a admis que l’agence n’avait jamais recommandé la vaccination des voyageurs aériens au gouvernement fédéral comme stratégie d’atténuation. « Elle a de son propre gré affirmé que la raison [pour laquelle la vaccination ne fut pas recommandée] était qu’il n’y avait pas de preuves scientifiques que cette mesure serait efficace », a déclaré M. Wilson.

[Voir aussi : Le dernier signataire survivant de la Charte poursuit en justice le Canada pour son imposition de la vaccination aux voyageurs]


Mise à jour du 14 juin 2022

Le gouvernement Trudeau renonce à l’obligation de vaccination contre la Covid pour les voyages intérieurs en avion et en train au Canada, les voyages en avion vers l’étranger et les travailleurs sous réglementation fédérale. 

Cependant, le gouvernement Trudeau applique toujours l’obligation vaccinale pour les voyageurs entrant au Canada. Les camionneurs transfrontaliers ne sont toujours pas exemptés non plus. Pourquoi Trudeau ne peut-il pas simplement abandonner tout ce cinéma Covid et mettre fin aux obligations pour de bon ?

On apprend par ailleurs que la Dre Theresa Tam, chef de l’Agence de la santé publique du Canada

, a tenté de convaincre Trudeau de lever les obligations et les restrictions de voyage à plusieurs reprises au cours des derniers mois, mais que Justin Trudeau s’y est opposé.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic Leblanc, a en effet menacé que ces assouplissements pourraient être annulés si, selon le gouvernement, la situation s’aggravait à nouveau sur le front de la COVID-19. Dans un tel scénario, le retour à l’obligation vaccinale pourrait se faire sur la base de la triple ou quadruple vaccination, a évoqué le ministre Duclos du gouvernement Trudeau.

Le ministre des Transports Omar Alghabra (au centre avec lunettes) a annoncé la suspension de l’obligation vaccinale pour les voyages intérieurs. Il était accompagné pour l’occasion du ministre de la Santé Jean-Yves Duclos (à droite) et du ministre des Affaires intergouvernementales Dominic Leblanc.

Plus de détails.


Message du Conseil des aéroports du Canada, le 7 juin 2022


Billet du 30 mai 2022

L’Italie lève toutes les restrictions Covid-19 à partir du 1er juin

Après l’Espagne, la Belgique et l’Allemagne et plus de 70 autres pays dans le monde (voir la liste ci-dessous), un autre pays européen a décidé de lever des restrictions imposées aux voyageurs dans le cadre de la lutte contre le covid-19. Il s’agit de l’Italie, selon ce que rapporte le site spécialisé SchengenVisaInfo.

Lundi 30 mai, les autorités italiennes ont décidé de lever toutes les restrictions imposées dans le cadre de la lutte contre la propagation du covid-19, à partir du 1er juin. Selon le ministre italien de la Santé, cité par SchengenVisaInfo, « l’obligation de présentation d’un passeport Covid-19 à l’arrivée en Italie ne sera pas prolongée ». Voir pour plus de détails Il Sole 24 Ore.

En effet, l’obligation de présentation d’un certificat Covid-19 prendra fin ce mardi 31 mai 2022, ce qui fait que les nouvelles mesures d’allégement entreront en vigueur dès demain, mercredi 1er juin.

À partir de cette date, tous les voyageurs, quel que soit leur pays d’origine, ne seront plus tenus de détenir « un certificat de vaccination, de guérison ou de test valide lorsqu’ils arriveront en Italie », a indiqué le ministre. Tous les voyageurs seront autorisés sans aucune restriction.

Le 15 juin, l’obligation du port du masque devrait également être abolie dans les cinémas, théâtres et spectacles en salle. Mais l’obligation pourrait encore subsister pour les transports, du moins longue distance.

 

Face au mot « ludique », des lycéens en détresse

Face au mot « ludique », de nombreux lycéens qui passaient ce mardi leur épreuve du bac de français sont restés pantois.

Ce mardi marquait le début des épreuves du baccalauréat pour près de 187 000 élèves du cursus professionnel. La première d’entre elles, l’épreuve de Français, comportait le sujet suivant : « Selon vous, le jeu est-il toujours ludique ? »


Si l’on en croit Twitter, au sortir de cette épreuve de nombreux étudiants ont buté sur le terme « ludique » dont ils ne comprenaient pas la signification.

Alors le niveau de vocabulaire de la génération Z est-il en train de péricliter ? On a posé la question à une autrice, un professeur de français et une doctorante en Sciences du langage.

Ils étaient, ce mardi, 186 200 étudiants de la filière professionnelle à se lancer dans le grand bain. La saison officielle du bac pro a débuté dès 9 heures avec un examen de Français. Une épreuve qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment à cause de la question suivante : « Selon vous, le jeu est-il toujours ludique ? ». À en croire Twitter, de nombreux lycéens ont séché : impossible pour eux de mettre une définition derrière le mot « ludique ».


« En effet, beaucoup parmi les élèves que je surveillais ne connaissaient pas le mot ludique, d’autres ont buté aussi sur le mot sanglot », constate Frédéric Martel, professeur dans un CFA hôtelier. Domitille Rivière, professeur de français, explique : « Connaître un mot et savoir l’employer est différent de le comprendre sans l’utiliser ». Elle poursuit : « un élève de 17 ans ne se sert pas de ce terme au quotidien, il parle plutôt de quelque chose de “fun”, d’autant que dans ces conditions, il manque souvent de confiance en lui, et le stress de l’épreuve joue aussi ». L’enseignante tempère néanmoins : « Un jeune de cet âge est malgré tout censé maîtriser ce mot, surtout que le texte de Leïla Slimani donnait de nombreux indices. Un élève qui avait bien compris le texte se trouvait parfaitement en mesure de répondre ».

« Je ne suis pas étonnée, tranche d’entrée de jeu, Aude Denizot, autrice de Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? Je constate de véritables lacunes en vocabulaire depuis vingt ans que j’enseigne ». Voir « épique à la place d’hippique », « balisé à la place de banalisé » ou encore « invoqué à la place d’évoqué » est ainsi devenu monnaie courante dans les copies que corrige l’enseignante depuis quelques années.


Ce qui est « écrit est acquis »

La raison ? « L’usage massif, dès les plus petites classes, des photocopies ou des supports préremplis », confie celle qui est aussi professeure de droit à l’université du Mans. Ces polycopiés empêchent les élèves de s’exercer à l’écriture : « Si l’on reprend l’exemple du mot “ludique”, il a probablement été utilisé dès le CM2 [3e année du primaire]. Mais était sûrement déjà préinscrit sur un polycopié de travail », argumente Aude Denizot, ajoutant que ce qui est « écrit est acquis » et non l’inverse.

Un autre frein à la richesse du champ lexical ? Le manque de lecture. « C’est dans l’objet livre traditionnel que l’on puise une grande partie de son vocabulaire », note l’autrice. Un constat que partage, Frédéric Gendarme, professeur de français dans un collège privé parisien : « Mes élèves n’ont pas perdu le goût de la lecture, mais se sont éloignés des classiques, pourtant toujours au cœur des programmes scolaires. » Les mangas l’emportent sur les romans et, dès le collège, Honoré de Balzac et la richesse de son vocabulaire ne font pas le poids face à One Piece.

Si le professeur de français note bien la « difficulté des élèves à varier de vocabulaire ou à apporter de la nuance dans leur rédaction », il ne les réprimande pas pour autant. « Il faudrait revoir certaines œuvres du programme et dans le contexte de cette épreuve, contester la cohérence de l’énoncé avec le public concerné », explique-t-il.

Un vocabulaire qui aurait mué… vers le franglais ?

« Je m’interroge. Le terme ludique est-il si courant en 2022 ? Je n’en suis pas convaincue », s’interroge alors Auphélie Ferreira, doctorante en Sciences du langage. La sociolinguiste, pour qui il est important de remettre l’église au milieu du village, le mot « ludique » ne fait tout bonnement pas partie du quotidien des lycéens : « Le vocabulaire a changé. Il ne recouvre pas les mêmes zones et les mêmes âges. »

Une question de génération et d’usages qui poussent notre doctorante à se poser une autre question. « Une personne âgée connaît-elle le terme “disrupter” ? Ou “distanciel” ? Pour autant, dit-on de cette même personne âgée que son niveau de français dégringole ? ». La réponse est non (le Trésor de la langue française ne connaît pas ces mots). Mais encore faut-il se demander si « disrupter », par exemple, est du français ou simplement du franglais. En français on traduit « to disrupt » depuis des siècles par « interrompre », « déranger », « perturber », etc. Il en va de même pour « ludique » remplacé depuis quelques années en France par « fun » anglais. L’anglais déplacerait simplement le français chez les jeunes dont les sources sont massivement en ligne et souvent (mal) traduites de l’anglais.

En sociologue, avant de conclure, la chercheuse affirme qu’il faut d’abord faire une recherche : « À ce jour, il n’existe aucune étude qui compare le niveau de vocabulaire des jeunes de même profil sociodémographique sur différentes générations. »

Au Québec, ceci ne se passerait pas

Ce genre d’embarras ne se produirait pas au Québec. En effet, les élèves peuvent consulter le dictionnaire (papier ou électronique) lors des examens de français… Il suffit de baisser la barre.

France — Les lycées hors contrat s’estiment lésés

L’association Créer son école veut la mise en place d’une commission d’enquête sur la gestion de l’examen. Article du Figaro.

Quelque 4 000 élèves venant de lycées hors contrat ont été interrogés à l’écrit, la semaine passée, dans les matières du tronc commun.

« On est au-delà de l’irrespect, ce n’est même plus une discrimination idéologique, c’est un manque absolu d’organisation pratique », dénonce Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école. Établissements d’accueil fermés à l’arrivée des élèves, examinateurs oraux absents ou mal informés, sujets de première distribués à des élèves de terminale : les lycées privés hors contrat dénoncent des conditions d’examen du bac désastreuses pour leurs élèves. « Le jour de sa convocation, ma fille a dû attendre tout l’après-midi dans un centre d’examen. On lui a finalement demandé son numéro de portable pour la reconvoquer par SMS le lendemain », s’indigne une mère de famille. Elle apprendra plus tard que les deux examinateurs prévus pour la journée ne se sont pas déplacés.

Le ministère de l’Éducation nationale a confirmé des dysfonctionnements en Île-de-France, mais aussi en province. Contrairement aux lycées publics et privés sous contrat, qui passent 60 % des épreuves au contrôle continu, les élèves du privé hors contrat doivent passer l’intégralité des épreuves du bac en contrôle terminal. Ils sont évalués dans toutes les matières du programme en terminale, mais aussi en première. Après avoir passé les épreuves de spécialité comme leurs camarades du privé et du public, les quelque 4000 élèves concernés ont été interrogés à l’écrit dans les matières du tronc commun cette semaine. Ainsi Jeanne, élève en terminale à Ipesup à Paris, a passé l’anglais ce vendredi à la Maison des examens d’Arcueil. Cela fait plusieurs semaines qu’elle doit jongler entre quatre centres d’examens, très éloignés les uns des autres : Arcueil (92), mais aussi Villepinte (93), les 13e, 19e et 16e arrondissements de Paris. Un marathon, devenu une épreuve en raison de retards systématiques : « Ce matin par exemple, je devais sortir à 12 h 30 et j’ai terminé à 13 h 30 », raconte la jeune fille.

Rupture d’égalité

Pour Michel Naniche, directeur de l’école Diagonale, les examinateurs n’ont souvent pas été informés que certains élèves bénéficiaient de tiers-temps en raison de handicap. Les élèves ayant des épreuves aménagées pour composer sur ordinateur ont aussi souffert, avec des problèmes récurrents de logiciels, d’imprimantes et de clés USB. Des problèmes d’importance quand on sait que certains établissements hors contrat sont justement choisis pour leur capacité à s’adapter aux élèves handicapés ou dyslexiques qui en bénéficient.

« On a vraiment eu des problèmes tous les jours », résume Jean-Marc Fitoussi, directeur de l’école Progress qui compte une centaine d’élèves de terminale dans son établissement. L’association Créer son école a demandé la mise en place d’une commission d’enquête en vue de faire la lumière sur la gestion de l’examen, mais aussi pour obtenir une compensation du préjudice subi par les élèves ainsi que des sanctions pour les responsables des dysfonctionnements. Pour Jean-Marc Fitoussi, les causes de cette désorganisation sont évidentes : « On oblige nos élèves à passer toutes les épreuves en présentiel, mais, comme ils ne représentent qu’une quantité marginale de lycéens, on ne prend pas la peine d’organiser des conditions de passage adéquates. »

Au-delà des problèmes d’organisation, Créer son école dénonce une rupture d’égalité dans un examen national et demande que les élèves du hors contrat bénéficient du contrôle continu s’il est de mise partout ailleurs. « Même les élèves du Cned, qui peuvent se faire aider chez eux, bénéficient du contrôle continu. Les élèves du hors contrat doivent être traités comme les autres », déclare la présidente, Anne Coffinier.

Venu d’Albi pour passer son bac à Ipesup et ainsi mieux s’entraîner pour intégrer une classe préparatoire, Colin, 18 ans, est admis l’an prochain en prépa ECG (commerce) à Sainte-Geneviève à Versailles. S’il comprend cette volonté de contrôle de l’éducation nationale vis-à-vis du hors contrat, il regrette que les épreuves soient bien plus dures que celles passées par les autres lycéens. « En éducation morale et civique (EMC) par exemple, nous devons faire quatre exposés, le grand oral est bien plus simple », estime-t-il.

Le gouvernement justifie sa défiance à l’égard des écoles hors contrat par une volonté de lutter contre le séparatisme islamiste. « Les établissements hors contrat sont régulièrement inspectés et contrôlés et c’est une bonne chose », souligne Hervé Rolland, président de la Fondation pour l’école. Mais, pour lui, cette suspicion systématique est infondée. « Je rappelle que la majorité des écoles hors contrat ne sont pas confessionnelles. On y retrouve 12 % d’écoles catholiques, 3 % d’écoles protestantes et 3 % d’écoles musulmanes », précise-t-il.