dimanche 21 mars 2021

Philippe Lemoine: «Le confinement n’a rien d’une fatalité»

Le confinement est inspiré par des modèles d’épidémiologistes qui reposent sur des postulats fragiles, argumente le doctorant en philosophie des sciences*. Au lieu de céder à l’injonction de « faire quelque chose », le gouvernement devrait mettre en balance plus froidement les coûts et les avantages du confinement, plaide-t-il dans les colonnes du Figaro.

« Les confinements et plus généralement les restrictions ont un coût extrêmement important, non seulement économique, mais aussi humain », rappelle Philippe Lemoine. 

Seize départements métropolitains sont à nouveau « confinés ». Il s’agit cependant d’un confinement très relatif puisque peu de choses ont changé pour les habitants de ces départements. Les partisans d’un confinement « strict » se plaignent que ces mesures n’auront aucun effet sur l’épidémie, ce en quoi ils ont sans doute raison. Hormis les restrictions sur les déplacements qui sont difficiles à faire respecter et ne changeront sans doute pas grand-chose aux comportements, le principal changement consiste dans la fermeture des commerces « non essentiels ». Or, d’après l’étude ComCor de l’Institut Pasteur, seul 0,07 % des cas dont on connaît la source de contamination ont été infectés dans un commerce. L’analyse statistique utilisée dans l’étude, qu’il convient de prendre avec prudence, conclut même que la fréquentation des commerces était associée à un risque moins important de contamination.

 

Malgré des politiques de confinement (ou non) très différentes, la pandémie a connu une courbe similaire dans de très nombreux pays. La Suède, au même niveau que le Québec, n’a jamais confiné sa population.

 

Autant dire que si l’incidence se met à baisser dans les départements concernés par ces mesures au cours des jours ou des semaines qui viennent, il est très improbable que cela ait quoi que ce soit à voir avec ces dernières. Cela n’empêchera pas tous les commentateurs, à commencer par les partisans d’un confinement « strict » qui dénoncent aujourd’hui un confinement trop souple à leur goût, d’attribuer la baisse à celui-ci ou, à défaut de baisse, d’expliquer que c’est grâce à ces mesures que les projections apocalyptiques des épidémiologistes auront été démenties. Ce qui ne manquera pas d’arriver. En effet, les modèles des épidémiologistes continuent de partir du principe que les mesures gouvernementales sont le principal, voire dans bien des cas le seul facteur influençant la transmission du virus, alors que toutes les données, françaises comme internationales, montrent qu’il n’en est rien. Il existe de nombreux exemples d’endroits qui n’ont pas confiné, mais où l’épidémie a quand même fini par reculer.

L’exemple le plus connu est sans doute la Suède, où il y a certes des restrictions, mais beaucoup moins sévères qu’en France. Tandis qu’en France [et au Québec] les bars et restaurants sont fermés depuis octobre et qu’un couvre-feu est en vigueur depuis le 15 décembre, les bars et restaurants sont restés ouverts en Suède, même s’ils sont soumis à des restrictions, et il n’y a jamais eu de couvre-feu. Pourtant, plus d’un an après le début de la pandémie, le nombre de morts par habitant est à peu près identique en France [et au Québec] et en Suède.

Les partisans d’un confinement « strict » prétendent que, si la Suède a réussi à s’en sortir aussi bien que la France avec des restrictions beaucoup moins dures, c’est parce que la densité de population y est moins importante ou pour une autre raison du même type. Mais il y a beaucoup d’autres exemples, comme la Serbie, la Floride ou l’Espagne, d’endroits qui n’ont pas confiné et où l’incidence est malgré tout retombée bien avant que le seuil d’immunité collective ne soit atteint.

Ces endroits sont très différents sur les plans culturel, démographique et géographique, donc il n’y a aucune raison de penser qu’ils ont en commun des caractéristiques qui expliquent pourquoi ils ont échappé au destin que leur promettaient les modèles. Il est plus probable que ce soit parce que, même en l’absence de confinement et de restrictions dures, les gens modifient leurs comportements en réponse à l’évolution de l’épidémie, ce qui fait baisser la transmission quand le nombre d’hospitalisations et de décès augmente.

C’est probablement aussi pour cette raison que, tant que le seuil d’immunité collective n’a pas été atteint, l’incidence finit toujours par repartir à la hausse, car, dès que les gens n’ont plus peur et reprennent leurs habitudes, la transmission augmente à nouveau. C’est pourquoi la vaccination reste indispensable pour sortir de la crise. Les changements de comportement qui réduisent la transmission se produisent même sans restrictions quand la situation devient critique et que suffisamment de gens ont peur. Et il semble que les restrictions aient du mal à cibler les comportements qui contribuent le plus à la transmission, ce qui explique sans doute pourquoi l’incidence repart à la hausse même dans des pays comme l’Allemagne qui sont confinés (à des degrés très variables) depuis des mois.

En revanche, les confinements et plus généralement les restrictions ont un coût extrêmement important, non seulement économique, mais aussi humain. Il est frappant que, alors même que les gouvernements occidentaux se livrent depuis des mois aux violations des libertés individuelles les plus importantes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, pas un seul d’entre eux n’ait publié la moindre analyse coûts-avantages pour justifier cette politique.

Il est vrai que, à moins de faire des hypothèses complètement fantaisistes sur l’effet des restrictions sur l’épidémie, une telle analyse montrerait à coup sûr qu’elles n’en valent pas la peine. Malheureusement, la plupart des commentateurs ne prennent en compte que le nombre de morts et le risque de saturation des unités de réanimation, à l’exclusion de tout le reste. Bien sûr, la saturation des unités de réanimation a des conséquences tragiques, mais confiner plusieurs millions de personnes pendant des semaines est bien plus terrible encore, même si ça ne donne pas lieu à des images spectaculaires de gens cloués dans des lits d’hôpital au journal télévisé.

De plus, il est probable que le confinement ne changera pas grand-chose à la saturation des unités de réanimation, car, même sans confinement, l’incidence retombera vraisemblablement avant que les hôpitaux ne soient totalement submergés, comme partout où les autorités ont résisté aux appels à imposer des restrictions dures quand l’incidence explosait. Le confinement et plus généralement les restrictions ne sont pas une fatalité. Rien ni personne ne force le gouvernement à prendre ces mesures. Il pourrait et devrait commencer à lever les restrictions en place depuis des mois, alors même que dans la plupart des cas il est douteux qu’elles aient le moindre effet, sinon à la marge.

Beaucoup d’autres pays l’ont fait, il n’y a donc pas de raison pour que la France ne puisse pas faire la même chose. Encore faudrait-il que le gouvernement prenne ses responsabilités et traite les Français comme des adultes au lieu de gérer la crise au fil de l’eau en prenant des décisions absurdes de temps à autre pour répondre à l’injonction constante de « faire quelque chose ».

* Philippe Lemoine est doctorant à l’université Cornell (États-Unis) et chargé de recherche au Center for the Study of Partisanship and Ideology.

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Il y a une raison pourquoi aucun gouvernement n’a fait une analyse coûts-bénéfices des confinements… 

Covid en Catalogne et Occitanie : des mesures opposées… pour un même résultat ?

 

Colombie-Britannique — Un père emprisonné pour avoir qualifié sa fille biologique de fille et utilisé le pronom féminin « elle » (m à j)

Robert Hoogland, le père qui se bat devant les tribunaux de la famille canadiens pour avoir le droit de s’exprimer publiquement contre la transition médicale de sa fille s’est vu refuser la mise en liberté sous caution lors d’une audience à la Cour suprême de Vancouver tenue ce vendredi.

Le tribunal l’a reconnu coupable d’outrage aux ordonnances antérieures visant à restreindre son discours concernant la transition médicale de son enfant par les autorités médicales et judiciaires. Le père s’oppose à ce processus au motif qu’il cause un préjudice physique et psychologique irréversible à son enfant.

Cette volonté de défendre son enfant (âgée de 14 ans quand le processus a commencé) contre les préjudices iatrogènes — que le sens commun considère comme positive — a été qualifiée de « violence familiale » et de harcèlement par le tribunal et par les conseillers juridiques militants des droits des transsexuels.

Le 16 mars, le père s’était rendu au tribunal pour être arrêté lors d’une audience sur une accusation d’outrage au tribunal. Il a été reconnu coupable d’outrage et placé en détention provisoire de North Fraser.

L’avocat du père, Carey Linde, a fait valoir que le père « n’est pas un criminel ». Linde a déclaré que le père est « un facteur de la classe ouvrière. Il est dans un syndicat. » Linde a déclaré qu’en faisant de cette affaire une affaire criminelle, le procureur général David Eby « persécute [le père] clairement et simplement ».


Billet originel du 18 mars

Un mandat d’arrêt a été lancé par un juge pour l’arrestation d’un père après que celui-ci ait appelé sa fille biologique « sa fille » et qu’il ait utilisé le pronom « elle » pour se référer à elle. Hoogland a été reconnu coupable d’outrage au tribunal.

Hoogland est le père d’une fille biologique de 14 ans qui s’identifie comme transgenre et préfère que l’on utilise des pronoms masculins pour parler d’elle. Hoogland a appelé à plusieurs reprises cette personne sa fille, bien que le tribunal lui ait interdit de le faire.

Mardi, à 10 h, heure de Vancouver, Hoogland s’est rendu au tribunal en réponse au mandat d’arrestation du procureur général de la Colombie-Britannique pour outrage au tribunal. Il a été arrêté et emprisonné. Le mandat a été délivré par le juge Michael Tammen le 4 mars 2021.

Hoogland s’oppose à ce que son enfant subisse des procédures médicales « affirmatives de genre » et a répété cette opposition à de multiples reprises, dans l’espoir de sauver son enfant d’un préjudice irréversible. Le système médical canadien, le système juridique et la mère de l’enfant, pour leur part, accélèrent la transition sociale et médicale de l’enfant. Notons, qu’à l’inverse, la justice britannique recommande l’arrêt des transitions de genre avant 16 ans.

Le 14 décembre 2020, la juge Francesca Mazari a contraint Hoogland d’approuver la « transition » de genre de sa fille de quatorze ans et lui a interdit d’appeler sa fille biologique sa fille. En réponse, Hoogland a contesté cette décision en invoquant son droit à la liberté d’expression protégé par la Charte.

Lorsque Hoogland avait comparu devant le tribunal de la famille en décembre 2020, le juge l’a forcé à s’asseoir sur le banc des prisonniers, a déclaré son avocat Carey Linde (vidéo), même s’il n’était coupable d’aucun crime. Le juge l’a appelé « l’accusé ». Linde a demandé au juge de se récuser au motif que tout cela était préjudiciable.

Pour Hoogland, son enfant avait des problèmes complexes, mais le tribunal les a tous attribués à la dysphorie de genre. Son mariage avec la mère de l’enfant s’était brisé. Il a dit qu’en 5e et 6e année, sa fille « avait des ennuis et traînait avec des garçons », alors ils se sont arrangés pour qu’elle voie le conseiller scolaire. En 7e année, il a remarqué qu’elle avait coupé ses longs cheveux et avait commencé à porter une perruque. Il a dit qu’elle avait développé un béguin intense pour deux enseignants masculins et avait fait une tentative de suicide.

Hoogland a découvert que l’école avait exposé sa fille au programme SOGI 123, le matériel d’éducation sur l’identité sexuelle et de genre en Colombie-Britannique, ce qui équivaudrait à des « vidéos de propagande » en faveur l’idéologie transgenre. Il s’est aperçu que dans l’annuaire scolaire de 7e année, sa fille apparaissait avec un autre prénom. La conseillère scolaire avait changé le prénom de l’enfant (pour en adopter un masculin) sans en parler à ses parents. L’école a « décidé de la transition sociale » de l’enfant de sexe féminin de sa propre initiative, avec la contribution d’un psychologue idéologue de genre, le Dr Wallace Wong.

Lorsque Hoogland a accompagné son enfant à une consultation avec Wong, le psychologue a conseillé à l’enfant pubère de prendre de la testostérone. Wong a recommandé l’enfant à l’unité d’endocrinologie de l’hôpital local. Pendant ce temps, Hoogland cherchait des solutions de santé mentale pour aider l’enfant sans avoir recours à des médicaments.

Lors des premières visites de l’enfant à l’hôpital, un plan de traitement a été mis en œuvre. L’enfant et sa mère — l’ex-épouse de Hoogland — ont signé un formulaire de consentement qui déclarait explicitement que le « traitement » était expérimental, ce qui signifie que les endocrinologues recommandant le traitement ne connaissaient pas l’impact à long terme sur la santé.

Une avocate militante de l’identité de genre, Barbara Findley, a représenté l’enfant devant le tribunal. Le juge Boden a décidé que l’intérêt supérieur de l’enfant consistait à mettre en danger la santé de cette fille à long terme pour que son corps ressemble davantage à celui d’un homme. Hoogland, en revanche, pense que l’intérêt supérieur de sa fille réside dans la préservation de la santé de son enfant, au cas où son enfant se retrouverait parmi les 80 % environ d’enfants qui renoncent à croire qu’ils sont du sexe opposé une fois la puberté terminée.

Après l’audience, Hoogland a accordé une interview au Federalist (basé aux États-Unis), affirmant que les gens ne peuvent pas changer de sexe et que des mégadoses de testostérone exogène seraient préjudiciables à la santé de son enfant, une fille biologique vulnérable. Le juge Mazari a ensuite condamné sommairement Hoogland pour violence familiale, au motif qu’il avait refusé d’utiliser les pronoms masculins préférés de son enfant. Le juge Mazari a permis que l'on arrête  Hoogland s'il devait à nouveau  utiliser les pronoms correspondant au sexe biologique de sa fille quand il parlerait d'elle.

« Dans l’arrêt Mazari, il est dit que je dois me limiter à avoir des pensées contraires à l’arrêt Boden. Le tribunal a eu la courtoisie de ne pas punir mes pensées, mais tout le reste il la fait », a-t-il déclaré. En 2019, Hoogland s’est conformé à l’ordonnance du tribunal, espérant que sa fille ne prendrait plus de testostérone. Cependant, en janvier 2020, le plus haut tribunal de Colombie-Britannique a déclaré que l’enfant devait continuer à prendre de la testostérone. Elle a également imposé à Hoogland une ordonnance de conduite selon laquelle il doit continuer à désigner son enfant biologique féminin par des pronoms masculins.

Hoogland a déclaré : « Ils ont créé une illusion, et ils forcent les parents à vivre dans cette illusion. » « Que se passe-t-il lorsque la bulle explose et que l’illusion prend fin…? Elle ne pourra jamais redevenir une fille dans le corps sain qu’elle aurait dû avoir… Ces enfants ne comprennent pas. Quel genre d’enfant de 13 ans pense à avoir une famille et des enfants ? », a-t-il dit, tout en se lamentant sur l’avenir volé de son enfant. Hoogland a donné des interviews à plusieurs commentateurs canadiens. Les diffusions ont été supprimées par les plateformes numériques, et il a été menacé d’une procédure pour outrage à magistrat. « Quel genre de père serais-je si, dans dix ans, elle détransitionnait et qu’elle demandait “pourquoi n’as-tu rien fait pour empêcher cela ? Aucun de vous ne s’est levé pour moi à l’époque.” »


Sources :  National Post, The Federalist et The Star (en faveur de cet emprisonnement et de taire le nom du père)

Voir aussi 
  

 

Trans — Médecins inquiets que des enfants s’exposent à des « dégâts à long terme » en raison de groupes de pression et de parents agressifs

États-Unis — Un juge du tribunal pour enfants et ancien président de « Drag Queen Story Hour » arrêté pour détention de matériel pédopornographique 

Le militant canadien Christoph Elston manifestait à Montréal contre le fait de donner aux enfants des médicaments bloquant la puberté lorsqu'il a été attaqué par un groupe d'assaillants vêtus de noir l'accusant de « transphobie » [Plus de détails en anglais, Radio-Canada n'en a bien évidemment pas parlé.]

Endocrinologues mettent en garde contre le traitement hormonal de la dysphorie sexuelle chez l’enfant

Grande-Bretagne — enfants autistes poussés à s’identifier comme transgenres ?

Fonctionnaires contre père : qui décide si un enfant mineur peut subir une thérapie de transition de genre ? (le cas en Cour d’appel)

 
Dysphorie de genre : « primum non nocere »

Église d'Angleterre veut réserver 30 % des postes d'ecclésiastiques à des minorités ethniques

Un rapport obtenu par le Spectator de Londres révèle que l’Église d’Angleterre prévoit de mettre en place une formation antiraciste et de contextualiser les statues « susceptibles de blesser ou d’offenser ».

L’Église d’Angleterre introduira un quota pour le clergé issu de minorités ethniques. Elle mettra en place une formation antiraciste.

L’année dernière, les responsables de l’Église ont mis en place un groupe de travail pour enquêter sur le racisme après que Mgr Justin Welby, l’archevêque de Cantorbéry, a déclaré lors d’un débat général au Synode qu’il était « désolé et honteux… que nous soyons toujours institutionnellement racistes ».


Le nombre de membres du clergé qui s’identifient comme appartenant à une minorité britannique a toujours été faible. Sur les 42 évêques diocésains du Royaume-Uni, le seul issu d’une minorité ethnique est Guli Francis-Dehqani (ci-contre), l’évêque de Chelmsford, d'origine iranienne.

Selon les statistiques du ministère de 2019, environ 93,7 % des cadres supérieurs — une catégorie qui comprend les évêques, les archidiacres et le clergé de la cathédrale — se disent de race blanche britannique, une légère baisse par rapport à 2012, alors que ce chiffre était de 96 %.

Le rapport divulgué par The Spectator indique comment le nouveau groupe de travail prévoit de remédier à ces déséquilibres, avec des recommandations telles qu’un quota de 30 % pour le clergé « ethnique », une refonte de l’éducation dans les écoles de l’Église et du programme du clergé. Toutes les listes restreintes des candidats retenus devront également comprendre au moins une personne issue d’une minorité ethnique.

Le rapport, divulgué au Spectator et intitulé « De la lamentation à l’action : rapport du groupe de travail sur l’antiracisme des archevêques », indique qu'« un ecclésiastique issu d’une minorité britannique [devrait être] élu dans chaque région ».

Les réformes seront financées et supervisées par la création d’une unité de justice raciale pour une durée déterminée de cinq ans. Le rapport doit être présenté au Conseil des archevêques la semaine prochaine. Sa version définitive devrait être publiée le 22 avril.

Le projet de document suggère également que les responsables doivent « reconnaître, se repentir et prendre des mesures décisives pour s’attaquer à l’histoire et à l’héritage honteux » de l’implication de l’Église dans la traite transatlantique des esclaves et « s’occuper de toute partie d’une église qui pourrait blesser ou offenser ».

La statue d’Edward Colston jetée à l’eau

« Le mouvement Black Lives Matter, et en particulier le renversement de la statue de Colston sur les docks de Bristol, a jeté un nouvel éclairage et a suscité le sentiment d’urgence nécessaire pour que l’Église d’Angleterre se penche sur son propre héritage contesté », affirme le document.

Il suggère qu’un programme de formation accéléré pour le clergé considéré comme « à surveiller » devrait accueillir un minimum de 30 % de candidats issus de minorités « afin de constituer une relève ».

Il exhorte également toutes les écoles primaires et secondaires de l’Église d’Angleterre à « élaborer un vaste programme d’éducation religieuse qui inclura une référence explicite à la promotion de la justice raciale », commémorera le Mois de l’histoire des Noirs et célébrera des saints et des modèles « issus de la diversité ».

Après la fuite du rapport, les archevêques de Cantorbéry et d’York ont publié une déclaration où ils déclarent : « Le temps de parler de lutte contre le racisme systémique est révolu depuis longtemps : c’est le moment d’agir de façon décisive. L’ébauche de ce rapport produit par un groupe de travail indépendant s'attaque à ce péché [le fait de traiter les autres chrétiens comme inférieurs et de renforcer les préjugés] et nous nous en félicitons pour cette raison. »

Halima Begum, la directrice du Runnymede Trust, un groupe de réflexion sur l’égalité raciale, a salué « l’intention de l’Église d’Angleterre de devenir plus inclusive et accueillante envers des congrégations “issues de la diversité” au Royaume-Uni ».

En février dernier, le Synode général a décidé « de continuer, avec beaucoup d’efforts et d’urgence, à éradiquer toutes les formes de racisme conscient ou inconscient » et de s’engager à « accroître la participation et la représentation des laïcs et des prêtres anglicans issus de minorités ethniques à tous les stades de la vie de l’Église ».

Quatre mois plus tard, l’archevêque de Cantorbéry a déclaré que l’institution devrait reconsidérer la représentation de Jésus comme blanc et réfléchir « très attentivement » à ses monuments controversés à la suite des manifestations de Black Lives Matter, ajoutant que « certains devront être enlevés ».

 

Sources : The Spectator et Daily Telegraph

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vendredi 19 mars 2021

Université d'Ottawa : hypersensible face au « racisme » sauf quand il cible les Québécois francophones ?

Philippe Léger dans les pages du Journal de Montréal fait remarquer.

La ligne semble floue sur ce qu’il est acceptable de dire ou non à l’Université d’Ottawa.

Il y a quelques mois, cette université était au milieu d’une tempête médiatique après qu’une professeure avait été suspendue pour avoir prononcé le mot-en-n [ « nègre »].

La position de celle-ci, expliquée par son recteur, voulait que « les membres des groupes dominants n’ont pas la légitimité pour décider ce qui constitue une microagression ».

Par contre, à répétition, un professeur anglophone de cette même université, Amir Attaran, se plaît à jeter tout son venin francophobe sur le Québec.

Quelques-uns de ses tweets :

« Les hôpitaux québécois semblent tuer ces patients noirs et autochtones [...] L’Alabama du Nord #Assassins ».

Le Québec « suit la voie immorale et non scientifique de Donald Trump [...] leur seule réussite fut d’envoyer ses compatriotes à l’abattoir ».

« La nation québécoise est encore un échec. »

 

Réaction

Ironiquement, ce professeur, si prodigieusement proactif pour dénoncer toutes les formes de racisme, reproduit le racisme qu’il déplore dans un mélange de haine et d’incompréhension pour le Québec.

Même si l’agressivité varie, ces propos demeurent révélateurs d’une vieille tradition canadienne de hauteur morale [de morgue] vis-à-vis du Québec.

Le professeur et d’autres ressassent le réflexe du colonisateur pris par une mission civilisatrice envers les sociétés colonisées.

Le Québec n’est pas vu comme une nation distincte, mais comme une tribu arriérée, à juger à loisir pour la purger de sa barbarie.

Aujourd’hui, cette coutume canadienne se déploie sur les questions de racisme, auxquelles notre modèle d’inté­gration, qu’on nomme l’interculturalisme, nierait la dignité élémentaire des minorités.

Quelle est la réaction à l’Université d’Ottawa­­­ devant cette haine exacerbée ?

Un silence radio, qui laisse croire que l’Université d’Ottawa acquiesce quand l’un des siens attaque un groupe linguistique précis, en toute impunité.

Ce qui se dévoile ici, c’est qu’encore une fois, la seule phobie acceptable est celle qui concerne les francophones.

Source : Le Journal de Montréal


Québec — Entre 2010 et 2019, deux fois plus de résidents non permanents dans les écoles anglaises

Les nouveaux arrivants ayant des permis de séjour temporaires sont de plus en plus nombreux à envoyer leurs enfants dans les écoles anglophones, a appris Le Devoir. En dix ans, le nombre d’élèves à statut temporaire inscrits dans les écoles primaires et secondaires anglaises du Québec, ce que permet une exception de la loi 101, a plus que doublé. Entre 2010 et 2019, il est passé de 2010 à 4428 élèves non résidents permanents, dont la majorité se trouve sur l’île de Montréal.

Voyant que le nombre de personnes détenant un permis de séjour temporaire a explosé au Québec — il a triplé en dix ans, pour atteindre 150 000 —, plusieurs s’inquiètent de cette tendance à la hausse et craignent que le Québec ne s’anglicise davantage. Pire, certains craignent que cette possibilité d’envoyer sa progéniture à l’école publique anglaise ne devienne un droit acquis pour ces enfants plus tard.

« C’est clair que cette hausse ne m’a pas surprise », a déclaré Anne Michèle Meggs. Cette ancienne haute fonctionnaire du ministère de l’Immigration du Québec et ex-directrice de recherche à l’Office québécois de la langue française a analysé de près la question. « Le fleuron de la Charte, l’élément sur lequel tout le monde se rabat pour dire que c’est un succès, c’est que les immigrants vont à l’école française. Mais notre système d’immigration est en train de changer », a-t-elle constaté.

Si la majorité des résidents non permanents envoient leurs enfants à l’école francophone, il n’en demeure pas moins qu’ils sont de plus en plus nombreux à choisir les écoles anglophones. « Je n’aime pas trop jouer sur l’anecdotique, mais j’ai souvent entendu que des entreprises recrutaient des travailleurs temporaires en leur disant “ne vous inquiétez pas, vous allez pouvoir envoyer vos enfants dans les écoles anglaises même si on est au Québec” », dit Mme Meggs, qui publie les conclusions de ses recherches dans l’Aut’Journal.

L’avocat Stéphane Handfield rappelle pour sa part que l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration avait souligné les effets pervers d’augmenter le nombre de personnes à statut temporaire. « On avait dénoncé que [le gouvernement] mettait l’accent sur des personnes ayant des statuts temporaires plutôt que permanents et que [celles-ci] allaient envoyer leurs enfants à l’école anglaise », a-t-il indiqué.

Crainte du droit acquis

La Charte de la langue française, ou loi 101, comprend des exceptions. Parmi les plus connues, on compte celles listées à l’article 73, qui prévoit, par exemple, qu’un enfant peut fréquenter l’école en anglais s’il a un parent citoyen canadien qui a lui-même suivi la majeure partie de son enseignement primaire en anglais au Canada.

Or, moins connu, l’article 85 permet aux enfants qui séjournent au Québec de façon temporaire d’être eux aussi exemptés de fréquenter l’école en français, à certaines conditions. « En 1977, c’était légitime de vouloir accommoder des travailleurs qui venaient vraiment de manière temporaire comme les diplomates, etc. Aujourd’hui, non seulement on accueille plus de personnes à statut temporaire, mais en plus, le gouvernement a la volonté de les rendre permanents », fait remarquer Anne Michèle Meggs. « Mais si tel est l’objectif, pourquoi le gouvernement garde-t-il cette porte ouverte et leur permet d’envoyer les enfants à l’école anglaise ? » ajoute-t-elle en interpellant l’ex-ministre de l’Immigration et désormais responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette.

Pour Mme Meggs, il y a des raisons de croire que tous ces jeunes à statut temporaire ayant fréquenté l’école en anglais de manière significative auront un avantage non négligeable : dès qu’ils obtiendront la citoyenneté, leurs descendants seront fort probablement admissibles à l’école anglaise au Québec, avance-t-elle.

En principe, lorsqu’une personne vivant au Québec fait une demande de résidence permanente au fédéral, elle obtient un Certificat de sélection du Québec, qui normalement lui ôte ce privilège de l’école anglaise. « Mais des dérogations sont possibles », explique l’ex-fonctionnaire. Et parfois, certaines personnes, venues par exemple avec des permis d’études qu’elles renouvellent pendant plusieurs années, auront été temporaires assez longtemps pour que la majeure partie de l’éducation de leurs enfants ait été faite en anglais.

Ce scénario, qui donnerait alors un droit acquis à l’enfant, est possible, croit Guillaume Rousseau, professeur de droit à l’Université de Sherbrooke, qui a coécrit une bible sur le sujet, Le droit linguistique au Québec. « En tout cas, la question se pose, car la jurisprudence n’est pas claire. De manière générale, le Tribunal administratif est plutôt strict dans son interprétation. Il ne faut pas que la situation soit ambiguë, sinon ce sera rejeté », soutient l’avocat qui a analysé l’abondante jurisprudence des causes concernant la Charte entendues par le Tribunal administratif.

« Masochisme intenable »

Le président du Mouvement Québec français déplore que les exceptions à la Charte soient en train de devenir la règle. « Pour les immigrants temporaires, c’est comme si on revenait à la situation d’avant la loi 101. On est complètement en contradiction avec les principes fondamentaux de la Charte », a déploré Maxime Laporte.

Selon lui, très peu de pays dans le monde sont aussi généreux que le Québec, en permettant l’accès aux écoles publiques dans une langue autre que la langue nationale. « À l’origine, c’était le fruit de bonnes intentions, de souplesse typiquement québécoise, mais qui trop souvent finit par ressembler à du masochisme. Et devant l’augmentation du nombre [de personnes] avec des permis temporaires, ce masochisme n’est plus tenable. »

Au cabinet du ministre Jolin-Barrette, on confirme que la tendance est « préoccupante ». « Nous avons l’intention d’agir concernant cet enjeu », a indiqué son attachée de presse, Élisabeth Gosselin, sans en révéler davantage.


jeudi 18 mars 2021

La violence dans les couples lesbiens


Les chiffres d’une méta-analyse de la recherche américaine de 2015 sont parlants : 25 à 40,4 % des femmes en couple homosexuel ont déjà subi des violences conjugales.

Tableau tiré de cette étude (Tableau I)


Tableau I. Prévalence de la violence conjugale à vie et de la violence sexuelle entre partenaires intimes dans l'Enquête nationale sur la violence conjugale et sexuelle de 2010 (NISVS), par orientation sexuelle et sexe


Violence conjugale à vieViolence sexuelle à vie
entre partenaires intimes

HommesFemmesHommesFemmes
Population générale28,1%32,9%8,0%15,9%
Hétérosexuel28,7%32,3%*15,3%
Bisexuel37,3%56,9% *40,0%
Gay / lesbienne25,2%40,4%***

* Estimation non déclarée

** Estimation non déclarée; taille de l'échantillon trop petite



Voir aussi Après les drogues et le SIDA, le tabou des violences dans les couples homosexuels


mercredi 17 mars 2021

Le décolonialisme consiste à « déblanchir » l'imaginaire occidental et à étendre sans cesse la notion de « racisme » en Occident

L’historien Pierre-André Taguieff, qui a forgé le concept d’islamo-gauchisme, répond aux critiques qui lui sont adressées. Et l’universitaire explique la rhétorique et les objectifs concrets du mouvement dit décolonial.

LE FIGARO. — Depuis les déclarations du ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal sur l’« islamo-gauchisme » les polémiques sur la question se multiplient. Que pensez-vous de la dernière en date à Sciences Po Grenoble ?

Pierre-André TAGUIEFF. — La chasse aux sorcières lancée contre de prétendus « islamophobes » à Sciences Po Grenoble est une nouvelle preuve que l’islamo-gauchisme existe et fait des ravages dans l’enseignement supérieur. Elle témoigne du fait que des étudiants et des enseignants se sont ralliés à la stratégie rhétorique des islamistes, ce qui relève de l’islamo-gauchisme. Car plus l’islamisme tue, et plus on dénonce l’islamophobie. Depuis l’assassinat de Samuel Paty, les appels à « lutter contre l’islamophobie » se multiplient.

Le 4 mars 2021, sur un mur de l’Institut d’études politiques de Grenoble, un collage portait cette inscription accusatoire : « Des fascistes dans nos amphis. Tournier et Kinzler démission. L’islamophobie tue. » L’Unef a aussitôt reproduit sur son compte Twitter l’inscription accusatoire, mettant en danger les deux enseignants et les exposant à des menaces et des insultes sur les réseaux sociaux. Par ce geste, le syndicat étudiant a confirmé involontairement ses dérives islamo-gauchistes, observables depuis plusieurs années. Il témoigne aussi du fait inquiétant que, dans certains lieux universitaires, le terrorisme intellectuel règne, expression de la tyrannie des minorités, au nom de l’antifascisme et de l’anti-islamophobie. [Lire Afficher le nom des proscrits, c’est ainsi que mourut Cicéron en 43 av. J.-C.]

Professeur d’allemand à Sciences Po Grenoble, Klaus Kinzler est devenu suspect pour avoir déclaré qu’il voulait débattre sur l’emploi du mot « islamophobie », lors d’une « Semaine de l’égalité », au sein d’un groupe de travail intitulé « Racisme, islamophobie, antisémitisme », auquel il s’était inscrit le 30 novembre 2020. Vouloir débattre sur cette question suffit à offenser les indignés et les « éveillés » permanents.  [Voir Prof de Sciences Po : « Le militantisme de gauche ne supporte plus ni la contradiction ni la science »]

Quant au politiste Vincent Tournier, il a été accusé d’« islamophobie » par l’Union syndicale de l’IEP de Grenoble, nouvelle milice idéologique, pour avoir assuré un cours intitulé « Islam et musulmans dans la France contemporaine » alors qu’il était soupçonné par ces étudiants d’extrême gauche d’être « islamophobe ». Les rumeurs malveillantes tiennent ici lieu de preuves.

L’accusation d’« islamophobie » n’est pas seulement diffamatoire et intimidante, elle équivaut à une légitimation d’éventuelles agressions, voire à une condamnation à mort. Il faut souligner l’inversion victimaire : des militants islamo-gauchistes qui lancent une chasse aux sorcières contre deux enseignants osent dénoncer avec indignation la « chasse aux sorcières islamophobe » qu’aurait lancée Frédérique Vidal, laissant ainsi entendre qu’il y aurait en France une « islamophobie d’État ».

La multiplication des accusations mensongères d’islamophobie dans l’espace universitaire nous rappelle que ces accusations illustrent la nouvelle méthode de diabolisation et de criminalisation des adversaires politiques, voués à l’exécration publique et à la mort sociale.

— Dans le nouveau grand clivage idéologico-politique opposant les anti-islamistes aux anti-islamophobes, ne sommes-nous pas en train de vivre un tournant ?

— Ce clivage émergent, impliquant un fort investissement émotionnel dans les attitudes face à l’islam et à l’islamisme, tend à marginaliser et affaiblir le vieux clivage droite/gauche, du moins dans le monde des élites culturelles. L’engagement dans la « lutte contre l’islamophobie » est devenu un trait majeur de l’identité politique de gauche en même temps, et contradictoirement, un puissant facteur de division de la gauche. Mais le terme politique et polémique d’islamophobie est équivoque, en ce qu’il confond stratégiquement critique d’une religion, rejet d’une idéologie de conquête (ce qu’est l’islamisme) et « racisme ». Et surtout, ce terme stigmatisant fonctionne comme une injure. Les anti-islamophobes jouent sur cette confusion sémantique et cette indétermination conceptuelle dans leurs accusations militantes. « Islamophobie » est un mot-piège : il incite à confondre islamistes et musulmans [ou gens issus de pays musulmans, mais qui ne sont peut-être plus pratiquants, c’est l’aspect racialiste], et sa visée est de séparer musulmans et non-musulmans.

Quant aux anti-islamistes, ils voient nécessairement dans les islamo-gauchistes des adversaires politiques. Rappelons qu’un islamo-gauchiste est un gauchiste (ou un « extrémiste de gauche ») qui milite avec certains islamistes avec lesquels il a noué des alliances, éprouve de la sympathie pour certaines causes défendues par les islamistes ou justifie des actions terroristes commises par des islamistes en les présentant comme le « dernier recours » des « opprimés ». La dénonciation de l’islamophobie est le principal geste partagé par les islamistes et les islamo-gauchistes.

Ces derniers sont islamophiles pour diverses raisons : l’islam serait « la religion des pauvres » ou des nouveaux « damnés de la terre », les musulmans seraient les victimes d’un « racisme d’État », d’une « islamophobie d’État » ou de « discriminations systémiques », l’islamisme serait porteur d’un « potentiel révolutionnaire » justifiant qu’on puisse passer des alliances avec certains activistes islamistes, etc. Dans ce dernier cas, les « islamo-gauchistes » doivent être qualifiés d’« islamismophiles ». Le jihad interprété comme une forme de résistance armée à l’impérialisme et au colonialisme, quoi de plus séduisant pour une extrême gauche anti-impérialiste ?

L’opposition entre « islamophobie » et « islamo-gauchisme » est faussement claire. Il y a de très nombreux citoyens français, de droite et de gauche, qui considèrent que l’islamisme constitue une grave menace pour la cohésion nationale et l’exercice de nos libertés. Peuvent-ils être déclarés « islamophobes » ?  C’est là, à l’évidence, un abus de langage et une confusion entretenue stratégiquement par les islamistes eux-mêmes, suivis par les gauchistes qui ont pris leur parti. Ces citoyens sont en vérité hostiles à l’islamisme, et ils ont d’excellentes raisons de l’être, au vu des massacres commis par les jihadistes, du séparatisme prôné par les salafistes et des stratégies de conquête des Frères musulmans. Mais ils n’ont rien contre l’islam en tant que religion, susceptible d’être critiquée au même titre que toute religion. [Taguieff pense qu’il y a une différence essentielle entre l’islam et l’islamiste. Rappelons que, pour le poète kabyle Ferhat Mehenni, l’islam, c’est l’islamisme au repos, et l’islamisme, c’est l’islam en action. Ce n’est pas alors une différence d’essence, mais d’intensité, de dynamisme, de moment.]

— En quoi les idéologues du décolonialisme convergent-ils avec les islamistes ?

— Il faut souligner la convergence du discours islamiste intellectualisé de style frériste et du discours décolonial — nouveau catéchisme révolutionnaire de l’extrême gauche —, qui fabriquent du ressentiment dans les populations issues de l’immigration par la dénonciation hyperbolique des « crimes du colonialisme ». Accuser en permanence la France de « crimes contre l’humanité » et de « racisme », c’est produire de la conflictualité ethnicisée et de la volonté de revanche ou de vengeance chez ceux qu’on arrive à convaincre qu’ils sont les éternels « indigènes de la République », et entreprendre de culpabiliser les Français dits « de souche », « blancs », « mécréants » ou « racistes ».

Les idéologues du décolonialisme rejoignent les islamistes dans leur haine vertuiste de l’humour, de l’ironie et de la satire, une haine qui se traduit par la « cancel culture » [culture du bâillon], cette culture de l’élimination de tout ce qui censé « choquer » ou « blesser » les membres d’un groupe supposé discriminé, dominé ou « racisé ». La passion moralisatrice de ces minorités actives, dans lesquelles se croisent gauchistes et islamistes, c’est la haine de la liberté intellectuelle et de la libre création.

Pour comprendre les liens entre le décolonialisme, l’islamisme et l’islamo-gauchisme, il faut partir de la convergence entre l’anticapitalisme (marxiste), l’anti-occidentalisme (islamiste) et l’antiracisme anti-Blancs (décolonialisme). Comme les islamistes, les propagandistes décoloniaux tendent à réduire le racisme à l’islamophobie, considérée par les islamo-gauchistes comme le racisme qu’il faut aujourd’hui combattre prioritairement. Depuis les années 1930, au moment où surgissait l’alliance islamo-nazie, les islamistes ont habilement utilisé l’anticolonialisme et l’anti-impérialisme pour faire basculer dans leur camp les nationalistes arabes.

Les idéologues du décolonialisme se sont emparés de cette thématique anti-impérialiste, dont on trouve des traces dans le tiers-mondisme, puis dans l’altermondialisme, pour réduire les sociétés occidentales à des sociétés inégalitaires structurées par les oppositions dominants/dominés et racisants/racisés, héritage supposé indépassable du colonialisme. Ils incriminent les « sociétés blanches », accusées de « racisme d’État », mais font silence sur les sociétés « non blanches ».

— Le décolonialisme est-il en train de remplacer le marxisme à l’extrême gauche ?

— Le décolonialisme est un projet utopique global de refonte de l’ordre social, impliquant une critique radicale de l’hégémonie dite « occidentale » ou « blanche » et la volonté d’y mettre fin. On peut y voir une reformulation du projet révolutionnaire communiste, qui visait l’instauration d’une société sans classes. L’utopie perfectibiliste du décolonialisme a pour objectif de créer une nouvelle société sans discrimination (de race, de genre, etc.) au terme d’une « décolonisation » des représentations et des croyances, des savoirs, des pratiques et des institutions. 

[Nous ne sommes pas convaincus que le décolonialisme vise à créer une société sans discrimination, ou alors uniquement à très long terme, un terme peut-être jamais atteint. Le décolonialisme tend surtout à assurer des places dans deux domaines pour les « racisés », en usant de la culpabilisation des blancs. D’une part, des chasses gardées pour les racisés, places auxquelles les méchants blancs ne pourraient prétendre, car ce serait de l’appropriation culturelle. D’autre part, imposer la « diversité » dans des domaines historiquement blancs (des noirs qui jouent des figures historiques blanches dans les films par exemple) au nom de l’ouverture, de l’antiracisme, de réparations pour le colonialisme, de l’instauration d’une société « daltonienne », inclusive, etc. C’est la nouvelle mouture du « tout ce qui est à moi reste à moi, tout ce qui est à toi est négociable ».]

La « décolonisation » généralisée s’accomplit à travers une mise en accusation permanente et systématique des supposés « dominants » et « racisants », ces bénéficiaires du « privilège blanc » voués à être dénoncés publiquement, isolés et sanctionnés.

Ses armes conceptuelles sont la « déconstruction » qui ne s’applique qu’à la « pensée blanche », la notion floue de « racialisation » (ou d’« assignation racialisante ») qui permet de voir du racisme partout dans le camp de l’adversaire, l’« intersectionnalité » (nom pseudo-savant du banal croisement et cumul des désavantages sociaux, réduits pour l’essentiel aux effets de la race et du genre) et le « racisme systémique », cette force mystérieuse qui possède la vertu de multiplier les racistes sans le savoir, de structurer les attitudes, les comportements et les fonctionnements institutionnels. Dans la langue de bois décoloniale, on dénonce les « processus de racialisation », qui consistent à réduire un individu à une catégorie associée à des stéréotypes négatifs. La « racialisation » présente l’avantage d’étendre indéfiniment le champ du racisme et donc le nombre des « racisés », selon les exigences du nouveau combat révolutionnaire dans lequel l’« antiracisme » dit « politique » joue un rôle majeur.

En attendant le nouveau Grand Soir, ce moment rêvé de la décolonisation totale qui permettra d’entrer dans l’âge post-discriminatoire et post-raciste, la politique décoloniale consiste à « déblanchir » l’imaginaire social et le champ culturel, à démanteler tous les héritages de l’« hétéro-patriarcat » et à systématiser le recours à la « discrimination positive », ce qui implique de privilégier, dans l’accès aux postes et aux places, les membres des catégories reconnues comme victimes de « discriminations systémiques ». Cette politique de discrimination inverse est menée officiellement sous le drapeau de la « diversité » et de l’« inclusivité ».

— Votre dernier livre s’intitule : Liaisons dangereuses : islamo-nazisme, islamo-gauchisme. N’est-ce pas prendre le risque de l’amalgame de traiter ces deux questions en même temps ?

Non, car le sous-titre n’est pas « De l’islamo-nazisme à l’islamo-gauchisme ». Je distingue clairement les deux phénomènes idéologico-politiques et ne suppose pas l’existence d’une continuité entre eux. Qu’on puisse relever des analogies ou des thèmes communs dans les couplages entre les islamistes et leurs alliés d’extrême droite ou d’extrême gauche est une autre question. Par exemple, la haine des Juifs, sous ses différentes formes (du racisme antijuif à l’antisionisme radical), se rencontre dans l’islamo-nazisme comme dans l’islamo-gauchisme.

Source : Le Figaro

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Afficher le nom des proscrits, c'est ainsi que mourut Cicéron en 43 av. J.-C.

Stéphane Ratti est agrégé de lettres classiques et professeur à l’université de Bourgogne–Franche-Comté, rappelle que la mise en accusation publique, par un syndicat étudiant, de deux professeurs de Sciences Po Grenoble évoque un sombre épisode de l’histoire romaine, raconte l’historien de l’Antiquité.

L’assassinat de Cicéron après l’inscription de son nom sur les tables funestes de la proscription

Des placards affichés sur les murs de Sciences Po Grenoble ont porté de graves accusations de racisme contre deux professeurs de l’établissement dont ils donnent les noms. Une partie de la presse appelle cela un « collage nominatif », un admirable euphémisme. En réalité cette pratique porte un nom tiré de l’histoire romaine, celui de « proscription », ou affichage public du nom d’une victime proscrite, c’est-à-dire exclue de la cité.

C’est au cours de deux épisodes paroxystiques du Ier siècle avant notre ère que le phénomène apparut, avant de disparaître complètement sous l’Empire romain. La République romaine connut à cette période deux crises majeures : la prise du pouvoir par le dictateur Sylla en 82 avant J.-C. et, quelques décennies plus tard, le partage du pouvoir entre trois ambitieux généraux, Antoine, Octave (le futur empereur Auguste) et Lépide.

On inscrivait à la peinture sur de hautes planches de bois blanchies à la chaux les noms de ceux dont on voulait se débarrasser. Ces affiches étaient placées non pas au forum, mais sur les lieux mêmes où l’on placardait d’ordinaire pour publicité les actes officiels. On invita les délateurs à collaborer et l’on offrit jusqu’à 100 000 sesterces pour la dénonciation d’un homme libre : c’était une somme très importante puisqu’un esclave valait environ 2000 sesterces et que le revenu moyen par tête à cette époque est estimé entre 300 et 400 sesterces. En ces périodes troublées, tout le monde attendait avec impatience, à Rome, les nouvelles listes quotidiennes de victimes et leurs noms supplémentaires. L’historien grec Dion Cassius rapporte que la foule se précipitait et « se pressait pour les lire tout comme si elles contenaient l’annonce d’une bonne nouvelle ».

Naturellement la pratique était parfaitement illégale, en contradiction avec les usages judiciaires romains très codifiés. C’est donc un décret exceptionnel, pris par le triumvirat autoproclamé le 23 novembre de l’année 43 avant J.-C., qui l’autorisa. Il faut lire les attendus de ce décret que l’historien grec Appien nous a heureusement conservé. Ses auteurs, Antoine et Octave, se drapent dans les oripeaux de la vertu offensée et prétendent, toute honte bue, avec une hypocrisie consommée, agir de la sorte afin de venger le meurtre de César, tombé sous les poignards de Brutus et Cassius l’année précédente. Ils avancent aussi, pour justifier l’illégalité du décret, que le climat politique du moment est délétère et qu’il s’agit « de remettre la République sur le droit chemin », bref de poursuivre une œuvre de redressement moral rendu nécessaire par les troubles que connaît l’État.

De nombreux historiens modernes sont restés longtemps très discrets sur un épisode aussi peu flatteur pour Rome et il a fallu attendre la thèse magistrale de François Hinard sur les proscriptions, parue en 1985, pour que le silence soit brisé. Cette gêne s’explique peut-être par le désir de ne pas ternir la mémoire du grand Auguste, le fondateur du principat (qui régna de 27 avant J.-C. à 14 après J.-C.) qui était l’homme fort du triumvirat, le héros de Virgile et d’autres écrivains qui avaient rallié son camp, qu’il aurait été dommageable de présenter comme l’auteur d’une véritable épuration. Ainsi les arguments des historiens anciens (tous, depuis Tite-Live, favorables à Auguste) ont pendant des siècles été acceptés par les Modernes : Auguste aurait rétabli l’ordre et sans ses mesures sévères (pour le moins), l’État romain ne se serait pas remis des guerres civiles et la paix civile était à ce prix. Orose encore, au début du Ve siècle, écrit ainsi que l’on proscrivit une grande partie des sénateurs « pour empêcher qu’un massacre aveugle ne s’étende et ne se déchaîne ». Curieuse justification de la violence civile par ce disciple de saint Augustin !

Le proscrit perdait ipso facto non seulement sa réputation, mais encore tous ses droits civiques et était désormais considéré comme un étranger. L’inscription sur ces listes funestes ouvrait la voie légalement à une exécution sans procès, un geste que quiconque était autorisé à accomplir de sa propre main. Il était interdit de porter secours à un proscrit. Leurs biens étaient vendus et devenaient partiellement la propriété de l’exécuteur. La vengeance politique et personnelle avait effacé toute justice.

On débat encore du nombre de victimes de la proscription de l’année 43. Orose, déjà cité, parle de 132 sénateurs, François Hinard, se fondant sur Plutarque, estime le nombre total de victimes, en moins de deux ans, à 520 chevaliers et sénateurs. Jérôme Carcopino avait ainsi pu parler de « l’abattoir des proscriptions ». On égorgeait la plupart du temps les malheureux, ce qui signifie qu’on les décapitait à la hache, la tête tranchée servant de preuve en vue du versement de la récompense. Ce châtiment était en soi ignominieux, puisque la dépouille ainsi mutilée priverait à jamais le malheureux d’une sépulture digne de ce nom et donc du repos dans l’au-delà.

La victime la plus fameuse de la proscription de l’année 43 fut Cicéron lui-même. Il fut inscrit sur les listes funestes sur ordre d’Antoine avec l’accord d’Octave. Sa tête fut exposée sur le forum : elle était coupable d’avoir réfléchi aux risques de la dictature. Ses mains coupées furent offertes à la vue du peuple : elles étaient coupables d’avoir chanté la liberté et vanté la république. On connaît le nom de son assassin, de celui qui trancha la tête du plus grand intellectuel de ce temps. Mais on ne le publiera pas ici. Il avait été défendu par Cicéron dans une affaire de parricide.


L’épouse de Marc Antoine Fulvie joue avec la tête décapitée de Cicéron, exécuté sur ordre de son mari. Elle aurait transpercé la langue de Cicéron de plusieurs épingles pour se venger de sa puissance oratoire

À Columbia, des célébrations de remise de diplôme séparées selon l'origine ethnique ou autre des étudiants

Après les traditionnelles cérémonies de remise de diplôme, l’université new-yorkaise organisera ce week-end des événements séparés selon l’identité ethnique, sexuelle, ou même selon le niveau de revenu des étudiants. La participation à ces cérémonies séparées ne sera, toutefois, pas obligatoire : des étudiants « racisés » ou LGBTQ2SAI+ pourront toujours participer à la cérémonie de remise de diplôme commune à tous.

L’Université de Columbia est une université privée située dans le nord-ouest de Manhattan, à New York. C’est un communiqué publié sur le site de l’université new-yorkaise qui a mis le feu aux poudres, déclenchant de vives critiques dans la presse conservatrice américaine. Cette année, Columbia University s’apprête en effet à organiser des célébrations de remise de diplôme séparées, en fonction notamment de l’origine ethnique des étudiants ou d’autres critères identitaires. « En l’honneur des diverses communautés étudiantes de Columbia et en complément des cérémonies de remise de diplôme de l’Université, nous sommes heureux de proposer également des célébrations multiculturelles, afin d’offrir un cadre plus intime à nos étudiants qui s’auto-identifient de différentes manières. Ces événements permettent aux membres de chaque communauté de prendre davantage conscience des expériences identitaires et communautaires qui ont influé sur leur vie étudiante, depuis leur entrée sur le campus jusqu’à la remise de leur diplôme. » Les étudiants sont invités à participer à l’une ou plusieurs de ces « célébrations » virtuelles organisées en vidéoconférence, et qui auront lieu ce dimanche soir 21 mars. L’Université précise en outre qu’elles seront enregistrées et diffusées ensuite sur Internet.

Dans le détail, le site d’information américain USA Today croit savoir que parmi les différents événements proposés aux étudiants, quatre au moins seront différenciés selon l’appartenance ethnique (« Native, Asian, Latino, Black graduations »), l’attirance sexuelle (avec une célébration réservée aux LGBTQ) ou une encore en fonction du niveau de richesse, puisque l’université prévoirait un événement dédié aux étudiants ayant un faible niveau de revenus.

Cette nouvelle a fait vivement réagir certains commentateurs, à l’instar de l’éditorialiste conservatrice Candace Owens, selon qui cette initiative « réhabilite la ségrégation raciale en la maquillant sous une politique inclusive et diversitaire. »


Et même de ce côté-ci de l’Atlantique, cette initiative n’a pas manqué de faire bondir des universitaires, comme l’historien Éric Anceau, maître de conférences à la Sorbonne, qui a écrit sur son compte Twitter ce matin : « Le Ku Klux Klan en rêvait et Columbia l’a fait ! »

 

La pratique n’est à vrai dire pas tout à fait inédite : à Georgetown University, mais aussi dans des universités du Texas ou de Portland, ce genre d’événements séparés selon une logique identitaire ou communautaire font déjà partie de la vie étudiante. La direction de Columbia a quant à elle réagi sur son compte Twitter devant le tour polémique que prenait son initiative, rappelant que ces célébrations multiculturelles « sont ouvertes à tous les étudiants ».

mardi 16 mars 2021

Généalogie et résistance au « wokisme »

Le sociologue Mathieu Bock-Coté, qui sort sous peu un nouveau livre La Révolution racialiste, a publié un billet sur la généalogie du wokisme et comment résister à ce mouvement dans les colonnes de La Nef.

Le wokisme est apparu aux États-Unis vers 2010 et y impose sa vision racialiste par une formidable manipulation du langage. Ultime avatar du politiquement correct, il se développe en France et représente une véritable menace pour la liberté d’expression.

Il y a peu de temps encore, le mot woke semblait appartenir au vocabulaire réservé aux campus américains, et même, aux plus radicaux d’entre eux. Il désignait une frange particulièrement active d’étudiants américains se croyant en croisade pour la justice sociale, et plus particulièrement portés sur les questions de « race » et de « genre », et résolus, en quelque sorte, à mener un procès définitif contre le monde occidental, et plus particulièrement, contre l’homme blanc qui l’incarnerait dans toute son abjection. Cette mouvance était reconnue pour son extrémisme, et même, pour son fanatisme, convaincue qu’elle était, et qu’elle est encore, d’avoir le monopole du vrai, du juste et du bien. Barack Obama, en 2019, avait mis en garde les étudiants s’en réclamant : il voyait bien que la prétention qu’ils avaient d’être éveillés, devant une masse endormie, ou éclairés, devant un peuple enfoncé dans les ténèbres venues du passé, ne pouvait que multiplier les tensions dans une société déjà très polarisée. Homme de gauche, assurément, Obama a néanmoins cherché à rappeler à ces jeunes esprits que la nature humaine est trouble, et qu’on ne saurait réduire le conflit social à un combat entre le bien et le mal.

À certains égards, on verra dans le wokisme la nouvelle vague du mouvement associé au politiquement correct, qui dès les années 1980, a voulu décoloniser l’université américaine et ses savoirs en en finissant avec la figure du Dead White Male. Homère, Platon, Aristote, Shakespeare et tant d’autres devaient y passer : leur présence écrasante aurait contribué à la marginalisation des savoirs et perspectives minoritaires, à partir desquels il serait possible de mener une révolution épistémologique et politique contre la civilisation occidentale. Un nouveau rapport au monde devait s’imposer. Il était bien vu, à l’époque, de s’en moquer, et de se rassurer en se répétant que cette mode était destinée à passer. On voulait même croire, à Paris, que cette lubie ne traverserait pas l’Atlantique. Il n’en fut rien. Absolument rien. Le politiquement correct s’est institutionnalisé à travers la multiplication des départements et champs d’études universitaires essentiellement fondés sur la répudiation de la civilisation occidentale. Il fait désormais la loi dans l’université américaine. Le wokisme est le point d’aboutissement de cette mouvance, et il n’est plus permis de le croire marginal.

Le wokisme s’est déconfiné des campus depuis un bon moment et se répand dans la vie publique à la manière d’une épidémie idéologique. Plus encore, il s’impose au cœur de la vie publique des deux côtés de l’Atlantique, ses concepts se normalisent dans le vocabulaire médiatique et le discours politique et managérial. Ils colonisent l’imaginaire collectif ou du moins, ses expressions autorisées. Ses militants se retrouvent dans des postes de responsabilité au sein même d’une administration municipale, qui s’en font aussi les complices et les promoteurs. Il imprègne le langage du management et de la publicité. Cette gauche religieuse surgit dans la vie collective sous le signe du fanatisme, devant une classe politique qui ne sait pas trop comment lui répondre ou lui tenir tête, et qui est même tentée de multiplier à son endroit les concessions, sans comprendre qu’elle ne se trouve pas devant un mouvement réformiste amenant des revendications raisonnables dans l’espace public, compatibles avec la logique démocratique.

Tout le pouvoir du wokisme tient dans sa manipulation orwellienne du langage : ses théoriciens et militants inventent une novlangue diversitaire qui fonctionne à la manière d’un piège idéologique. La stratégie du wokisme est transparente, et même revendiquée, dans certains cas : il s’agit de s’emparer d’un mot frappé d’une universelle réprobation et de lui coller une nouvelle définition, que l’on dira scientifiquement validée, parce qu’elle sera légitimée par les militants déguisés en experts qui sévissent dans les départements de sciences sociales. Les exemples sont nombreux, qu’il s’agisse du racisme, de la suprématie blanche, de la discrimination ou encore de la haine ou du discours haineux. 

Trop souvent, des commentateurs ou des observateurs de bonne foi se laissent berner. Horrifiés à bon droit par la signification traditionnelle de ces mots, ils ne se rendent pas compte qu’ils ne renvoient plus à la même réalité. Ainsi, dans la perspective woke, le racisme, aujourd’hui, ne désigne plus une idéologie en appelant à la discrimination raciale ou à la hiérarchisation des groupes humains selon un critère racial. Il désignerait plutôt le refus, justement, de définir les gens à partir de la couleur de leur peau — il accuse ceux qui ne veulent pas consentir à la racialisation des rapports sociaux de daltonisme racial. Le racisme culminerait ainsi dans l’universalisme qui servirait de masque aux intérêts de la « majorité blanche ». Apparemment, ce n’est plus en dépassant ou en transcendant la « race » qu’on luttera contre le racisme, mais en survalorisant la conscience raciale comme forme première de l’identité collective. L’antiracisme revendiqué devient donc un racialisme décomplexé.

La suprématie blanche, quant à elle, ne réfère plus aux mouvements comme le Klu Klux Klan, ou à ses descendants, mais à la structure profonde des sociétés occidentales. En France, ainsi, l’extrême gauche racialiste assimile la laïcité à la suprématie blanche. Le concept de discrimination est aussi frappé. La discrimination, pour les wokes, consiste quant à elle à traiter tout le monde sur le même pied : inversement, choisir quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau, pour peu qu’il soit considéré comme « racisé », ne serait pas discriminatoire. La haine, enfin, serait à sens unique, unidirectionnelle : seule la majorité pourrait être haineuse en refusant la définition que les leaders souvent autoproclamés des minorités prétendent donner de ceux qu’ils disent représenter. Nous sommes ainsi devant un système idéologique qui fonctionne en inversant la signification des concepts qu’il revendique. Le wokisme nous fait marcher sur la tête. Au nom de l’hygiène intellectuelle, on pourrait poursuivre longtemps cet exercice d’analyse du vocabulaire wokiste.

Au cœur du wokisme, on l’aura compris, le mâle blanc incarne le mal absolu. Il radicalise le politiquement correct, en passant de la critique du Dead White Male au mâle blanc vivant, qui devrait, pour entreprendre sa rééducation, s’engager dans une démarche d’autocritique permanente, qui prendra la forme d’une expiation sans rédemption, car les pathologies constitutives de son identité seraient à ce point inscrites dans les processus de socialisation le définissant qu’il ne pourra jamais s’y arracher complètement. Mais en se dénonçant, en critiquant ses privilèges, en faisant tout pour devenir l’allié des « minorités », il enverra au moins le signal pénitentiel attendu. C’est seulement ainsi, à terme, qu’il retrouvera son humanité, ou du moins, qu’il pourra y tendre. Il pourra d’ailleurs remercier les personnes issues des minorités de lui permettre de cheminer vers son « déblanchiment ».

La vague woke semble tout emporter sur son passage. Il est pourtant nécessaire d’y résister vivement. On n’y parviendra qu’en arrivant à décrypter sa stratégie de manipulation du vocabulaire, qui nous fait basculer dans un monde parallèle, un monde rempli de définitions alternatives, qui sectionne le rapport au réel, et nous oblige à évoluer sous l’autorité d’idéologues accusateurs jugeant que ceux qui leur résistent méritent le bannissement social — on ne parle pas sans raison de cancel culture [culture du bâillon]. Mais cela implique aussi de ne pas se contenter d’opposer au wokisme une seule référence au sens commun. Devant une poussée idéologique violente, qui exerce une forme d’envoûtement sur les nouvelles générations, ne connaissant souvent pas d’autre langage que le sien, et qui sont intégralement socialisées par les réseaux sociaux, où le wokisme est dominant, il est nécessaire de retrouver les principes fondamentaux sur lesquels s’appuie la civilisation qu’il veut anéantir.