dimanche 21 juin 2020

Statistiques : discrimination systémique contre les francophones au Canada ?

De Guillaume Marois :

Selon les activistes intersectionnels avec qui j’ai discuté récemment, dès qu’il y a une différence statistique entre deux groupes ethniques au profit du groupe dominant, c’est qu’il y a racisme systémique. Je n’abonde pas dans le même sens, mais poussons le raisonnement : au Canada, la différence entre les francophones de langue maternelle et les allophones en termes de revenu d’emploi est nettement moins grande que celle entre les anglophones et francophones, comme en témoigne le tableau ci-joint. Les anglophones gagnent en effet environ 25 % de plus que les francophones, qui sont pratiquement à égalité avec les allophones.



Cela s’implique en partie par la localisation géographique, le Québec étant plus pauvre et étant le lieu de résidence de la majorité des francophones… mais le fait que le Québec soit plus pauvre que le reste du Canada (notamment l’Ontario qui a des ressources similaires) n’est-il pas en lui-même une preuve d’une discrimination institutionnelle dont les francophones minoritaires furent (et sont toujours) victimes, bénéficiant de beaucoup moins de pouvoir politique et économique et d’investissements fédéraux ?

L’écart s’explique aussi sans doute partiellement par des différences dans l’éducation, les francophones étant moins nombreux à avoir des études postsecondaires. Mais encore une fois : n’est-ce pas là la conséquence d’une forme de discrimination étatique à leur égard, le réseau scolaire anglophone étant surfinancé par rapport au réseau francophone, et bénéficiant de surcroît d’un avantage historique (l’éducation postsecondaire francophone étant pratiquement inexistante jusqu’à récemment) ?

Il y a sans doute aussi une question de capital social : les francophones étant sous-représentés dans l’élite économique, ils n’ont pas accès au même réseau de pouvoir que les anglophones leur facilitant l’accès à des emplois prestigieux et bien rémunérés.

Finalement, on peut sans doute expliquer l’écart par une forme de discrimination systémique. Les francophones, pour obtenir un bon emploi, doivent mettre un effort que les anglophones n’ont pas à faire : celui d’apprendre une seconde langue.

Bref, au sein du Canada, les francophones sont victimes d’à peu près des mêmes désavantages que les allophones. Peut-on les considérer comme victimes d’un racisme systémique ? Et dans le cas contraire, selon quel critère en seraient-ils exclus ?

Réécrire l'Histoire avec une grande hache communautariste

Texte de Jean Christophe Buisson paru dans Le Figaro Magazine du 19 juin 2020.

Parti des États-Unis, le mouvement consistant à effacer toute trace et tout symbole d’un passé jugé raciste, esclavagiste ou colonialiste s’étend jusqu’en France. Relayé parfois par l’université, amplifié par l’affaire Traoré, il menace non seulement les statues, les monuments, les noms de rue, mais aussi la littérature, le cinéma, la littérature, le cinéma et la musique, c’est-à-dire la culture, la mémoire, l’histoire de France.

Quand certains veulent manipuler ou réécrire le passé à l’aune de la morale contemporaine.

La République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statues. » Après le Premier ministre britannique Boris Johnson (« Je suis très circonspect sur la grande campagne visant à photoshoper entièrement notre paysage culturel ») et le président américain Donald Trump (« Mon Administration n’envisagera jamais de renommer nos superbes et légendaires bases militaires »), Emmanuel Macron est entré dimanche dernier dans l’arène folle ouverte par les activistes du mouvement antiraciste #BlackLivesMatter. En prononçant ces mots lors de son allocution solennelle, le président de la République a relayé le souhait de l’immense majorité des Français. Importé des États-Unis, prolongé aux Antilles, au Royaume-Uni et en Belgique essentiellement, le nouvel iconoclasme visant à détruire des statues ou des monuments dédiés à des grandes figures de l’Histoire jugées, au choix, racistes, esclavagistes ou colonialistes, a été condamné par la quasi-totalité de la classe politique. Mais non sans réserves. Certains, à gauche, s’interrogent malgré tout sur l’opportunité de conserver par exemple devant l’Assemblée nationale une statue de Colbert, grand ministre des Finances de Louis XIV, mais aussi instigateur du Code noir, qui fixa dans notre pays un cadre juridique à l’esclavage au XVIIe siècle. C’est le cas de l’ancien premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault, qui a soudain retrouvé la mémoire après s’être assis durant vingt-six ans dans la salle Colbert en tant que député et après avoir fréquemment arpenté la rue Colbert à Nantes, dont il a été maire pendant vingt-trois ans…


Le roi de France a aidé les Insurgents durant la guerre d’Indépendance. Raison pour laquelle une ville du Kentucky a été baptisée Louisville. Jugé complice des colons européens ayant conquis le territoire amérindien, sa statue locale a été prise d’assaut par une foule le 30 mai. Un manifestant a arraché sa main droite. Réalisée par un sculpteur français, offerte par le maire de Montpellier, elle avait été installée là en 1967.

D’autres se demandent si les noms de Faidherbe, Bugeaud ou Gallieni, figures militaires de la colonisation de l’Afrique, ne doivent pas être effacés des plaques de rues ou descendus de leur piédestal, quels qu’aient été leurs autres mérites (pendant la Première Guerre mondiale, par exemple). De même, on s’interroge sur Napoléon « qui-rétablit-l’esclavage-et-méprisait-les-femmes ». On grince à propos de Louis XIV, qui œuvra certes très modérément pour l’entente franco-allemande et poussa les protestants à fuir la France. On souligne que le général de Gaulle était chef du gouvernement provisoire quand la rébellion de Sétif, en Algérie, fut réprimée en mai 1945…

Outre qu’elle ranime l’éternel débat entre mémoire et histoire, qu’elle invite à une détestable repentance collective (« Il ne faut pas permettre à l’homme de se mépriser tout entier », disait le sage Bossuet), qu’elle détourne le message universaliste jusque-là porté par le discours antiraciste et qu’elle émane de minorités très agissantes, mais guère représentatives, cette polémique est stérile et dangereuse pour deux raisons principales : d’une part, elle est sans fin ; d’autre part, elle ouvre la porte, dans tous les domaines culturels, à d’évidentes censures, des réécritures de l’histoire permanentes et des négationnismes coupables. Elle promet tout simplement l’avènement d’une société totalitaire, sur le modèle de celle décrite dans 1984 par George Orwell : dans celle-ci, « les livres avaient été réécrits… les statues, rues et immeubles avaient été renommés… ».


Destruction des deux statues de l’abolitionniste Victor Schœlcher que compte la Martinique, le 22 mai 2020. Journaliste et militant antiesclavagiste, il est nommé sous-secrétaire d’État à la Marine et aux Colonies après la révolution de février 1848. Il fait adopter un décret proclamant, le 27 avril de la même année, l’abolition de l’esclavage sur tout le territoire français. Il est élu ensuite député de la Martinique et sera panthéonisé à la demande du président guyanais du Sénat, Gaston Monnerville. Le 22 mai dernier, deux de ses statues ont été renversées à Fort-de-France par des activistes « antibéké » (blancs des Antilles arrivés avant les esclaves) et « anti-héritage colonial ». Ce qui lui est reproché : il n’est pas noir, vient de la métropole et la célébration de son action jette dans l’ombre les révoltes locales.

Cette polémique est sans fin, car nos rues, nos places et nos parcs regorgent de milliers de statues de chefs politiques et militaires à qui notre époque peut en effet tout reprocher, à commencer par la mort de leurs prochains — car oui, la guerre fait des morts. Mais aussi des gestes et des paroles qui, à l’aune de la morale contemporaine, font d’eux des monstres. Faut-il nettoyer l’espace public de toute représentation d’hommes ou de femmes possédant une part d’ombre ? Faut-il leur substituer des personnes irréprochables ? Mais si oui, lesquelles ? Et surtout, qui en décide ? Au nom de quoi, de quelle valeur, de quelle autorité incontestable ? La tâche n’est pas immense, elle est impossible. Tant de victimes ou de héros auront été aussi des bourreaux. Clovis et Vercingétorix ? Ils massacraient avec allégresse leurs ennemis. Tel chef protestant, victime des exactions des Guise et de la Ligue ? On trouvera à son actif des massacres de catholiques. Danton ? Un prévaricateur. Robespierre, au prétexte qu’il œuvra pour l’abolition de l’esclavage (février 1794) ? Ce serait faire fi de son discours du 17 novembre 1793 où, à l’occasion de son Rapport sur la politique extérieure, il justifiait l’élimination des Girondins abolitionnistes en des termes où on chercherait en vain quelque tendresse pour les Noirs et les esclaves : « La même faction qui voulait réduire tous les pauvres à la condition d’hilotes et soumettre le peuple à l’aristocratie des riches, voulait en un instant affranchir et armer tous les nègres pour détruire nos colonies. » François Mitterrand ? Il était d’extrême droite dans sa jeunesse, protégeait Bousquet et fut décoré de la francisque par le maréchal Pétain. À ce propos, sait-on que les dernières rues portant le nom du chef de l’État français n’ont été débaptisées qu’il y a dix ans — à Tremblois-lès-Carignan (Ardennes), Parpeville (Aisne) et Dernancourt (Somme) ?

Car non, l’histoire n’est pas manichéenne, elle est complexe, dans la mesure où ceux qui la font sont des hommes, traversés de contradictions, de paradoxes, d’accès de violence et de bienveillance, de vices et de vertus. Raison pour laquelle aucune des grandes figures déjà honorées par l’érection d’une statue au cours des décennies et des siècles passés n’échapperait aux promoteurs d’une histoire écrite non avec un grand H, mais avec une grande hache. Même ceux qu’on croirait au-dessus de tout soupçon.

Voltaire tenait des propos odieux sur les Juifs. Lazare Hoche a participé au génocide vendéen. Le révolutionnaire et père de l’indépendance haïtienne Toussaint Louverture possédait lui-même des esclaves avant de se lancer dans la lutte abolitionniste. Arthur Rimbaud était un trafiquant d’armes et peut-être d’esclaves. Jules Ferry, tout inventeur de l’école laïque, gratuite et obligatoire qu’il était, justifiait sa politique de colonisation du Tonkin en 1885 par des mots qui font frémir en 2020 : « Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Léon Blum ne faisait pas mieux en 1925, devant ses collègues de l’Assemblée nationale : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie. » Édouard Herriot, incarnation bonhomme du radical-socialisme et de la IIIe République, avait fait venir des Sénégalais et des Chinois pour reconstituer des villages exotiques lors de l’exposition universelle de Lyon en 1914.

On en passe. À moins de vouloir, comme les communistes jadis, faire du passé table rase, impossible d’entamer une revisitation de notre passé sans nous suicider. Mais ce qui est valable pour les statues l’est tout autant pour tous les arts en général. La chose n’est pas nouvelle. Depuis des années, des associations tentent de faire interdire les rééditions de Tintin au Congo au motif que la vision des Noirs que Hergé propose dans sa bande dessinée est raciste. On peut l’admettre, mais là aussi, interdire toute œuvre reflétant son époque au motif que celle-ci est jugée indigne par la nôtre relève des méthodes staliniennes consistant à effacer des photographies de la révolution de 1917 les visages de ses acteurs devenus gênants — à commencer par Trotski. Les États-Unis sont, il est vrai, déjà entrés dans ce cycle.

Le mot « extermination » et l’adverbe « abominablement » ont aussi été grimés, comme effacés. Le chiffre 4 115 a également été effacé, il correspond au nombre d’enfants de moins de 16 ans impliqués dans cette rafle organisée en juillet 1942 et plus tard tués dans les camps nazis.

En 2018, le prix littéraire Laura Ingalls, du nom de la célèbre petite fille à nattes qui fit les belles heures de la série télévisée La Petite Maison dans la prairie a été débaptisé. Motif : le roman autobiographique en huit tomes de Laura Ingalls Wilder paru dans les années 1930, et dont elle était tirée, véhiculait « des sentiments anti-Amérindiens et anti-Noirs ». Encore plus délirant, Huckleberry Finn, La Case de l’oncle Tom et Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee (un des livres préférés de Barack Obama…) ont subi les foudres de mouvements antiracistes au point d’être retirés de programmes scolaires et de bibliothèques en raison de l’usage du mot « nègre » par des personnages racistes dans ces romans.

Et tant pis si ceux-ci, en décrivant la réalité, visaient justement à les dénoncer. Tout se passe comme si on estimait les lecteurs insuffisamment intelligents, formés ou éduqués. Incapables de comprendre, dans une œuvre de fiction, où est le mal entre un raciste et un esclave, un nazi et un résistant, un voleur et un policier, un pédophile et un enfant, un mari brutal et une femme battue. Ainsi la plate-forme de cinéma payante américaine HBO a-t-elle retiré de son catalogue Autant en emporte le vent, le film aux huit oscars (dont le premier à une actrice de couleur noire, elle-même fille d’esclaves, Hattie McDaniel), le temps de rédiger un texte de « contextualisation ».

Va-t-on demain devoir en faire autant avec Le Cuirassé Potemkine, Octobre et tous les grands films de propagande soviétique du génial Eisenstein et de ses épigones ? Va-t-on diffuser des avertissements avant la diffusion de chaque western montrant les Apaches, les Navajos ou les Sioux comme des sauvages féroces et assoiffés de sang ? Va-t-on « expliciter » trois quarts des répliques de Clint Eastwood et de Charles Bronson ? Va-t-on interdire Mary Poppins notamment parce que la scène des ramoneurs relève du procédé désormais condamnable du « blackface » ?

Va-t-on organiser des débats sur les chaînes de télévision programmant les séries Nord et Sud ou Shérif, fais-moi peur, dont les héros pilotent une Dodge Charger orange baptisée « Général Lee » et flanquée, sur son toit, d’un drapeau confédéré ? Chaque concession à ce mouvement d’essence totalitaire drapé dans sa bien-pensance morale (qui n’est pas antiraciste ?) en appelle d’autres. On préférera, comme la salle de cinéma parisienne Le Grand Rex avec le film de Victor Fleming, ôter de son affiche une œuvre (donc la censurer), sans lutter, à la demande de son distributeur (Warner), plutôt que de subir les foudres (ou les assauts physiques) de groupes associatifs accusateurs. Et on se moquera de la réaction outrée d’un ministre de la Culture aussi impuissant que son homologue de l’Intérieur à endiguer les flots de haine et de bêtise. Un autre exemple ? La tentative de vol, au musée du quai Branly-Jacques Chirac, la semaine dernière, d’un poteau funéraire bari du XIXe siècle afin, dixit l’un de ses auteurs, « de le ramener à la maison » (comprendre en Afrique ; quant à savoir dans quel pays…). Affaire d’autant plus pitoyable quand on se souvient du discours du président de la République en 2006, pour l’inauguration de ce bâtiment destiné à célébrer la grandeur des arts premiers : il y rendait un vibrant hommage « à des peuples brutalisés, exterminés par des conquérants avides et brutaux », stigmatisant au passage « l’ethnocentrisme, cette passion déraisonnable de l’Occident à porter, en lui seul, le destin de l’humanité ». Une manière de demander pardon qui, manifestement, ne suffisait pas.

Mais sans doute les quatre activistes — dont un Congolais — arrêtés puis relâchés par la police ignoraient-ils ces propos. Comme la plupart de ceux qui ne voient l’histoire et la mémoire que comme un combat entre des victimes et des bourreaux, le Mal et le Bien, ignorent le passé. Et pour cause. Le connaître dans ses détails oblige à la nuance. À l’étonnement. Au doute. Il conduit à parler de l’esclavage généralisé dans la Grèce antique et dans l’Amérique du Sud, bien avant l’arrivée de Christophe Colomb, autre cible des #BlackLiveMasters ces derniers jours. À rappeler l’ampleur de l’esclavage entre tribus africaines depuis la nuit des temps. À raconter l’histoire de ces deux princes d’Old Town, dans l’actuel Nigeria, qui, après avoir été capturés par des négriers anglais, puis vendus comme esclaves aux États-Unis, avaient racheté leur liberté avant de revenir sur leur terre natale pour devenir… négriers. À mentionner la mise en esclavage à grande échelle de Noirs et d’Européens par les Arabes, et ce jusqu’au milieu du XXe siècle (l’Arabie saoudite ne l’a aboli officiellement qu’en 1962 et la Mauritanie en 1980). À se souvenir surtout de ce qu’écrivait Jean Bodin dans Les Six Livres de la République en 1576 : « Tout le monde est rempli d’esclaves, hormis un quartier de l’Europe. » Faut-il le préciser : la France faisait partie de ce quartier.

[Au VIIe siècle, la reine des Francs Bathilde, elle-même ancienne esclave et par la suite canonisée, aurait, selon la tradition, jugulé l’esclavage dans les royaumes francs en interdisant le commerce sur ses terres. Plus tard, Louis X le Hutin, roi de France, publie un édit le 3 juillet 1315 qui affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ».]

Voir aussi

« Tyrannie des minorités » avec le changement de population en Occident « Les revendications deviendront de plus en plus stridentes » (Statue de Cervantés vandalisée, il a été esclave des Barbaresques pendant 5 ans)






BIEN : Actrice noire joue Marguerite d’Anjou : nécessaire diversité, MAL : chants d’esclaves chantés par une blanche

Californie : un professeur de UCLA suspendu pour avoir refusé de favoriser les étudiants noirs dans leur notation

Nouvelle traduction « antiraciste » d'Autant en emporte le vent

















« L'Allemagne s'abrutit »

« L’Allemagne s’abêtit », affirme Michael Winterhoff dans son livre « Deutschland verdummt ». Le pédopsychiatre, souvent traité de pédagogue populiste par la gauche, décrit sans détour ce qu’il considère comme l’avenir de la République fédérale. Les enfants d’aujourd’hui ne seront pas en mesure de travailler à moins que l’Allemagne ne corrige immédiatement son système scolaire.

Nous reproduisons ci-dessous un entretien de Michael Winterhoff paru dans l’hebdomadaire Focus (tirage de 441 805 exemplaires par semaine).

FOCUS. — M. Winterhoff, dans votre nouveau livre, vous critiquez le système éducatif allemand. Vous avez intitulé votre livre « l’Allemagne s’abrutit ». De quoi s’agit-il ?

Michael Winterhoff. — Le titre de mon livre concerne la performance psychologique des étudiants. Leur développement n’a plus d’importance dans les crèches ou les écoles. Les compétences non techniques, l’attitude envers le travail, la capacité de faire la distinction entre le travail et la vie privée : de moins en moins de jeunes qui quittent l’école sont capables de la faire de nos jours.

Ils n’ont pas le sens de la ponctualité. Il leur est difficile de reconnaître les structures et les processus de travail. Beaucoup manquent de connaissances de base en allemand et en mathématiques. La priorité absolue aujourd’hui est le téléphone portable — bien plus que la connaissance. De plus en plus d’étudiants abandonnent leur formation, plus d’un tiers des étudiants diplômés ne survivent pas à la période d’essai dans l’entreprise ; ils manquent de compétences sociales ou ont une forte surestimation de soi (étude Konrad-Adenauer).

FOCUS. — Et le système éducatif serait à blâmer ?

Winterhoff. — Oui. Les enfants ont besoin de quelqu’un pour les guider, les encourager. Quelqu’un qui leur montre qu’il faut parfois faire un effort — et qui en est récompensé, par exemple avec des éloges. Surtout en garderie, les enfants ont besoin de personnes pour les aider à s’orienter. Ils ne développent l’intelligence sociale et émotionnelle qu’avec la présence d’autrui.

Mais c’est précisément ce type d’attachement qui n’est plus dispensé à l’école de nos jours — les enfants n’y peuvent plus à dessein compter que sur eux-mêmes.



FOCUS. — Les éducateurs et les enseignants se comportent-ils donc mal ?

Winterhoff. — Le problème n’est pas les enseignants et les éducateurs. Le problème se situe plus haut.
Le système éducatif a été modifié il y a environ 20 ans — malheureusement pour le pire. À l’instigation de l’OCDE et des idéologues, l’apprentissage autonome a été poussé par les politiciens de l’éducation auprès des enseignants et des parents. À la maternelle, l’enfant doit choisir dans quelle pièce aller et ce qu’il y fait. À l’école, l’enfant doit apprendre par lui-même autant que possible. Ces idées n’ont jamais été testées pour leur efficacité.

Si un médecin développe une nouvelle méthode de traitement, celle-ci doit être testée plusieurs fois. Cependant, si vous avez une nouvelle idée en éducation, elle est simplement mise en œuvre avec toutes ses conséquences pour les enfants.

FOCUS. —  L’apprentissage autonome serait donc est quelque chose de mal ?

Winterhoff. — L’apprentissage autodéterminé : oui ! Un enfant ne peut pas décider ce qu’il faut apprendre. Les enseignants ne sont désormais que des « organisateurs d’apprentissage » qui animent un  buffet de connaissances où les enfants viennent se servir. Pour ce qui est de l’apprentissage même, l’enfant est seul responsable.

Dans certaines écoles primaires, des contrats scolaires sont conclus avec les enfants et pendant les pauses, des élèves de quatrième année agissent comme médiateurs. De nombreux enfants doivent porter des écouteurs insonorisés pour travailler en paix. De nombreux États fédéraux ont désormais aboli l’écriture cursive (liée) et l’imposition de l’orthographe.

FOCUS. — Les enseignants et les éducateurs devraient-ils être plus stricts ?

Winterhoff. — Non ! Vous devez être un enseignant et non un compagnon d’apprentissage. L’enfant ne peut s’orienter et se développer qu’avec cette assistance. Les compétences sociales et une bonne attitude ne se développent qu’à l’aide d’une pratique fréquente. Ce n’est que lorsque les éducateurs et les enseignants guident et accompagnent étroitement les enfants que leur psychisme émotionnel et social se développe. Par conséquent, nous avons besoin d’un enseignement axé sur la personne et non sur l’apprentissage.

Rien ne s’oppose à diverses formes d’enseignement telles que le travail en groupe ou en partenariat. Cependant, des groupes beaucoup plus petits sont nécessaires pour mettre en œuvre ces types d’enseignement.

En outre, l’élève ne va à l’école pour lui-même qu’à l’âge de 15 ans, avant c’est pour ses parents. De même, un enfant ne se brosse les dents que si les parents l’accompagnent.

FOCUS. — Quelles sont les conséquences de la politique éducative actuelle à votre avis ?

Winterhoff. — Si nous ne virons pas de bord, notre société sera dans une position désastreuse. Nos enfants deviennent des adultes narcissiques et égocentriques qui ne prêtent pas attention aux autres, se contentent de ce qui les concerne, vivent au jour le jour pour assouvir leurs envies.

L’estime n’est plus une valeur pour eux. Dans un État providence, les gens doivent être là les uns pour les autres. Mais les gens qui agissent comme de petits enfants et sont incapables de travailler font éclater ce système.

FOCUS. — Vous mentionnez dans votre livre comment gérer la numérisation.

Winterhoff. — Nous avons complètement tort dans le domaine de la numérisation. D’une part, c’est une mauvaise idée de donner des téléphones intelligents ou des tablettes aux enfants de moins de dix ans — cela brime leur développement psychologique. Grâce à la satisfaction permanente qu’offre Internet, ils sont confirmés dans leur vision du monde des tout-petits : je glisse le doigt sur l’écran et il se passe quelque chose.

Le résultat : l’idée enfantine selon laquelle on peut s’en sortir tout seuls et tout contrôler à tout moment est établie jusqu’à l’âge adulte. Pire encore, l’idée actuelle selon laquelle nous devrions rendre ces appareils accessibles aux enfants de la maternelle et du primaire. Les enfants doivent d’abord appréhender le monde, le comprendre de façon tactile pour favoriser un développement psychologique sain. De nos jours, nous les envoyons dans un monde parallèle irréel.

Travailler avec cette technologie devrait avoir une place dans l’enseignement secondaire, avant cela, il nous faut des oasis sans numérique.

Source : Focus

samedi 20 juin 2020

« Tyrannie des minorités » avec le changement de population en Occident « Les revendications deviendront de plus en plus stridentes »

Pour le philosophe Alain Finkielkraut, « Nous sommes entrés dans une guerre idéologique qui pourrait mener à la guerre civile ».

La gauche radicale veut conquérir l’électorat des banlieues « de plus en plus massif et majoritaire »

Le néo-féminisme, les conséquences de la mort de George Floyd ou encore les dérives de l’antiracisme étaient au cœur des interventions des philosophes Alain Finkielkraut et Philippe Bruckner, dans l’émission Élie sans interdit, dimanche soir sur la chaîne israélienne francophone d’information continue.

Les deux penseurs étaient invités à réagir face aux récentes manifestations antiracistes, et ont fait part de leur inquiétude devant la propagation du discours « anti-occidental » des groupuscules indigénistes dans l’espace public.

« Nous vivons sous la tyrannie des minorités qui ont des relais très complaisants dans l’université (…) et qui changent complètement le visage de l’antiracisme. Maintenant c’est un combat contre l’Occident. Le racisme serait consubstantiel au Nouveau [Amérique] et à l'Ancien [Europe] continents, et il doit être extirpé », a dénoncé Alain Finkielkraut, prenant notamment comme exemple le déboulonnage de la statue de Winston Churchill, pourtant grand héros de la Seconde Guerre mondiale.

[Note du carnet: cette lutte contre l'Occident en général est patente, la gauche et les minorités radicales ne déboulonnent ou ne défigurent pas seulement les statues de négriers, mais également celles d'un des premiers abolitionnistes américains, d'un roi décolonisateur (Baudouin de Belgique) qui ne descend même pas de Léopold II et dernièrement de Cervantès, ci-dessous, réduit en esclavage pendant plusieurs années par les Barbaresques. Ils ont l'unique tort et point commun d'être des blancs qui représentent un Occident hégémonique.]



« On le voit aussi dans la mise en cause sur les campus américains de ce qu'on appelle les DWAM, les Dead white American males [les mâles américains blancs morts]. On se dit que les choses vont continuer dans ce sens étant donné l’ampleur du changement démographique en Europe [et en Amérique y compris Québec]. Ces revendications seront de plus en plus stridentes, et beaucoup d’intellectuels plieront le genou dans un geste d’expiation en apparence, mais qui est en fait un geste de soumission », s’est alarmé le philosophe.

De son côté, Pascal Bruckner a estimé que s’était opéré, depuis l’assassinat de George Floyd « un transfert idéologique magique des États-Unis à la France », faisant allusion à la puissance du politiquement correct dans le débat public. « Nos histoires sont radicalement différentes (…) En France, nous sommes liés par un idéal républicain universel, alors que les indigénistes voudraient instaurer une démocratie raciale et sexuelle », a-t-il affirmé. L’essayiste a également fustigé le « formidable conformisme » des médias qu’il accuse de « présenter comme des martyrs et des victimes, des gens dont le CV est pour le moins ambigu », faisant référence à un reportage sur la famille d’Adama Traoré dans Paris Match. « Les médias s’engouffrent dans des voies faciles parce qu’ils cherchent à la fois de l’audience, et le visage d’une nouvelle victime incontestable », a-t-il ajouté.

Pour Pascal Bruckner, la gauche n’avait plus rien à proposer et les États-Unis lui fournissent de nouveaux combats. La gauche a substitué la lutte des races à la lutte des classes.

Alain Finkielkraut a également dénoncé le « conformisme de la presse qui ne sait pas prendre de distances, et qui donne un écho démesuré à des mouvements qui devraient être regardés avec recul et circonspection, alors qu’on les voit sur tous les plateaux de télévision ».

Le philosophe s’est notamment inquiété de la présence accrue de la représentation du Parti des indigènes de la république dans les médias. Il a par ailleurs souligné la gravité de la pratique du clientélisme dans le monde politique, affirmant que la gauche voulait conquérir un électorat des banlieues « de plus en plus massif et majoritaire ».

Les deux philosophes ont enfin partagé leurs craintes quant à un possible affrontement, en France, entre les mouvements identitaires antiracistes qui souhaitent « la soumission de l’occident », et ceux qui refusent de renier l’histoire du pays. « Nous sommes entrés dans une guerre idéologique qui pourrait mener à la guerre civile », s’est alarmé Alain Finkielkraut, tandis que Pascal Bruckner s’est inquiété de la possible alliance, dans un futur proche, de l’ultra-gauche violente avec le terrorisme islamiste, dans le but de mener des attentats sur le territoire.

vendredi 19 juin 2020

Le « vivre-ensemble » et la diversité mènent-ils au jacobinisme et à la privation de libertés ?

Nos sociétés occidentales sont de plus en plus « diverses » ethniquement et religieusement. On nous dit qu’il faut s’en réjouir.

Mais pour intégrer cette diversité et assurer le « vivre-ensemble », de nombreux États sont tentés par une plus grande mainmise sur l’éducation afin d’éviter des « dérives communautaires » et en réalité limiter cette diversité.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation en France veut ainsi contrôler l’emploi du temps extrascolaire de l’enfant.

Interrogé jeudi 18 juin au Sénat par la Commission d’enquête sur la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre (à revoir ici, durée environ 1 h 30), le ministre de l’Éducation nationale a fait cette déclaration :

« Je suis de plus en plus favorable à une vision ou l’emploi du temps de l’enfant serait vu pas seulement sur les heures de cours, mais un petit peu sur ce qui se passe dans sa vie le mercredi et le week-end, sans arriver à un Big Brother éducatif. »

Sous prétexte de lutte contre « l’islamisme radical », l’État veut resserrer son étreinte sur toutes les familles tout en prétendant ne pas le faire.
Il a également promis un durcissement, plus de contrôle et plus de sanctions envers des parents qui s’écartent trop de l’école « républicaine » quand ils osent enseigner à leurs enfants à la maison : « Nous avons décidé d’avoir un deuxième cran de durcissement législatif avec la loi pour une école de la confiance pour renforcer le contrôle de la scolarité à domicile. Nous avons facilité les modalités de contrôle ainsi que les sanctions. »

jeudi 18 juin 2020

Éducation sur la colonisation belge au Congo dans une école belge

Mise à jour du 18 juin.

Le buste du Roi Baudouin a été défiguré dans la nuit du 17 au 18 juin dans le petit parc en face de la cathédrale. Pourtant, il fut le roi décolonisateur... Et ne descendait pas de Léopold II...



Il était blanc, mâle, hétéro et catho. Il semblerait donc avoir mérité quatre fois d'être défiguré pour les « anti-racistes ». Voir Manifestants BLM défigurent statue d'un des premiers abolitionnistes


Billet originel du 11 juin 2020



Comparer cette parodie d’éducation qui n’est ni neutre ni objective relayée dans ce reportage complaisant (la télévision gouvernementale, la RTBF est très militante) avec cet extrait d’un entretien effectué par Aymeric de Lamotte à l’antenne de RFI  :

– Faut-il, selon vous, déboulonner les statues de Léopold II ?

Non, bien évidemment, pour plusieurs raisons :

1/ Le règne de Léopold II ne peut pas être limité à sa politique coloniale, quoi qu’on pense de cette dernière. Léopold II fut un grand Roi sur beaucoup d’aspects. On le surnomme d’ailleurs « le Roi bâtisseur », car il a transformé Bruxelles et Ostende.

2/ On transforme des éléments historiques en « faits historiques » de manière erronée. Pour des raisons trop longues à expliquer ici, les Anglais et les Français ont haï Léopold II, car il s’est joué d’eux après la Conférence de Berlin qui partagea l’Afrique en 1885. Les Anglais ont mené une campagne de dénigrement féroce (Twain, Morel, Hochschild, etc.) et ont construit des mythes qui ont la vie dure (les mains coupées, les 10 millions de morts, etc.). Ces mythes sont démontés minutieusement pas des historiens sérieux (Stengers, Plasman qui vient d’achever sa thèse sur le sujet, etc.). Ce n’était absolument pas un génocidaire.

3 /Il est déplacé, et même farfelu, de plaquer la grille de lecture de nos progrès contemporains sur toutes les époques qui nous précèdent. Bien sûr que je suis aujourd’hui contre la colonisation et pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (art. 1, al. 2 de la Charte des Nations-Unies de 1945). Par contre, à l’époque, cela n’allait absolument pas de soi. En outre, l’épuration historique et culturelle est un processus infini et un appauvrissement tragique. Va-t-on déboulonner les statues de Martin Luther King, car il a tenu des propos intolérants envers les homosexuels ? Bien sûr que non. L’année dernière à Memphis, la projection du chef-d’œuvre aux 10 Oscars « Autant en emporte le vent » a été interdite pour cause de racisme. Le comble quand on sait que c’est le premier film qui avait attribué un rôle à une actrice noire !

4/ La chasse du passé est pernicieuse, car elle instaure une culture du ressentiment. Plein de jeunes gens n’ont pas de raison d’en vouloir à la Belgique, s’y sentent même bien et heureux, et on leur inocule une soif de vengeance. Cela vient d’ailleurs souvent de groupuscules politiques et idéologiques blancs et européens qui cultivent le ressentiment. J’ai été deux fois au Congo — deux mois en tout —, j’ai beaucoup parlé avec les Congolais, le ton est souvent très différent. À l’autre bout, cela peut exciter les passions identitaires — même dans notre petite Belgique apaisée. On a vu les affrontements aux États-Unis lors du débat à propos du déboulonnage du Général Lee.

– Que diriez-vous à un jeune qui éprouve de la colère à croiser les statues de Léopold II ?

Se faire une opinion fouillée, cela permet de mettre les événements en perspective. De ne pas essayer de changer le passé, mais de se battre pour une égalité présente et future.

– Êtes-vous pour « la paix des mémoires » ?

Bien sûr. Je ne pense pas que les non-dits soient sains. Je pense qu’elle s’accomplira en réalisant une grande synthèse la plus objective et de bonne foi possible — faits condamnables et bienfaits — à propos de toute la période coloniale (1885-1960). On pourrait profiter des 60 ans de l’indépendance (30 juin 2020) pour le faire. Mettons tout sur la table lors d’un grand débat législatif et populaire. Allons au fond des choses une bonne fois pour toute, et puis tournons la page. On peut également accoler des écriteaux historiques aux monuments pour expliquer le contexte.

– Certains comparent Léopold II à Hitler, qu’en pensez-vous ?

C’est très grave de dire cela. Par ignorance crasse de l’histoire, on ne sait plus distinguer. Il est dangereux de tomber dans une « nuit de l’équivalence » (Pascal Bruckner à propos d’un autre débat). Nous perdons l’esprit de finesse. Ce qui nous menace, c’est autant le choc des incultures que le choc des cultures (Bellamy).

Lire aussi Non, Léopold II n’est pas un génocidaire!

Recension de l'ouvrage Léopold II, potentat congolais de l'historien Pierre-Luc Plasman.

Il est des noms dans l’Histoire qui garderont à jamais une auréole de gloire, tels Louis IX, Jeanne d’Arc, La Fayette, le Maréchal Ney et, plus près de nous, les Churchill et de Gaulle... Il en est d’autres qui, pour toujours, porteront le poids de l’opprobre et du mépris. Léopold II, Roi des Belges de 1865 à 1909, est de ceux-ci. Un prétendu historien américain [Hochschild] l’a placé au troisième rang des plus grands criminels de tous les temps, après Hitler et Staline mais avant Mao-Tse-Tung, Pol-Pot, Tamerlan et autres Attila. Excusez du peu !

Les Américains ne reculent devant rien !

Le livre ici présenté est plus sérieux. Son but est de rétablir la vérité sur Léopold II et sa possession personnelle du Congo, de 1885 à 1908. (Donc, avant qu’il ne lègue le Congo à la Belgique et que le Congo ne devienne une colonie belge).

Beaucoup d’auteurs ont écrit sur le sujet. La plupart se sont recopiés. Tous ceux qui ont confondu l’enquête historique et le réquisitoire n’ont retenu des archives que ce qui alimentait leur dossier à charge. D’autres ont servilement recopié les célèbres rapports de Elmund Morel et de Roger Casement datant de 1903. (On sait que ces rapports étaient rédigés sur commande dans le but d’enlever la possession de Léopold II pour l’inclure dans l’Empire britannique).

Le pseudo historien américain, Adam Hochschild, dans son livre paru en 1998 et intitulé « Un Holocauste oublié », ne s’est pas contenté, lui, de recopier ces rapports ; il y a ajouté une kyrielle de mensonges et de calomnies invraisemblables… Et, si son but était de ranimer les controverses au sujet de Léopold II et de la colonie belge, il faut le dire, c’est réussi.

Depuis lors, les calomnies les plus folles se sont données libre cours. Pour preuve, ce reportage filmé de la radio télévision belge francophone – chaîne subsidiée par l’État – visant à démontrer que le sida avait été introduit au Congo par un médecin belge en 1955… Plus stupide que ça, tu meurs ! Ce reportage a pourtant été diffusé un peu partout en Europe, y compris sur une chaîne française à grand public en 2004.

Il est des chaînes TV qui ne reculent devant rien !

Et comme la veine est porteuse on s’en donne à cœur joie : la BBC a réalisé, en 2004 encore, un film diffusé dans toute l’Europe et en Afrique sur « le génocide des Belges au Congo ».

Et la curée continue : en 2005, on réédite les pamphlets de Mark Twain, datant du XIXème, où l’on parle de dizaines de millions de mains coupées (sic), de génocides et de cannibalisme chez les exploiteurs belges de caoutchouc (re-sic) ; et ces ignobles joyeusetés sont reprises sans réserve par des journaux américains et, en France par « Le Monde » qui, lui aussi, ne recule devant rien !

Et, tout faisant farine au bon moulin, le petit jeu continue : Jacques Vergès, cet avocat français de sinistre mémoire, n’a pas hésité quant à lui à recopier mots pour mots les textes de Hochschild parlant du « génocide de Léopold II au Congo » dans son dernier livre « Les Crimes d’État ». On l’aura compris, tant que ça rapporte, on tapera sur le clou ! ...et on enfoncera, toujours un peu plus, Léopold II.

Tous ces clichés sur Léopold II sont reçus comme des vérités indiscutables ! Dans l’espoir d’y mettre fin, il était indispensable d’avoir une étude systématique sur les structures et les institutions du Congo quand il n’était encore que la possession de Léopold II. C’est sur ce travail que de Pierre-Luc Plasman, historien réputé et chargé de cours à l’université de Louvain-la-Neuve, s’est appliqué ; il nous le présente dans ce livre.

Ce prodigieux travail arrive au bon moment pour nous dire enfin la vérité. Et elle n’est pas rose, cette vérité, il faut bien le reconnaître ! Elle est même extrêmement tragique.

Ce livre ne nous épargne rien. Il se veut d’une objectivité totale, sans jugement, ce qui en fait l’originalité.

Il y a eu des mains coupées ! Mais l’auteur explique : il nous dit que les mains coupées étaient un châtiment des esclavagistes arabes : quand un esclave tentait de s’enfuir on lui coupait une main pour l’exemple. Dans les exploitations de caoutchouc il est arrivé qu’on coupât des mains mais, sur des cadavres.

Les surveillants indigènes des exploitations recevaient des cartouches. Mais ils avaient tendance à les utiliser pour la chasse ; si bien qu’à chaque cartouche tirée sur un fuyard, le surveillant devait ramener une main comme preuve. La grande horreur, bien entendu, est qu’on obligeait les surveillants à tirer sur les fuyards.

Des villages indigènes ont été brûlés. Les commissaires envoyés sur place l’ont constaté. Mais personne n’a jamais su qui avait brûlé ces villages. Les indigènes interrogés ne comprenaient pas les questions qu’on leur posait ou refusaient de répondre ; et ces faits ne figurent évidemment jamais dans les rapports des sociétés exploitantes. Alors était-ce le résultat de luttes tribales, ou des représailles contre des villageois qui refusaient de travailler ? L’auteur ne nous cache rien mais, quand il ne sait pas, il n’invente pas.

Il y eu d’autres crimes horribles, ils sont relatés dans ce livre, mais l’auteur les remet dans leur contexte. Pas pour les excuser mais pour les expliquer : dans un pays grand comme 80 fois la Belgique, les exploitants des sociétés concessionnaires étaient à peine une dizaine dispersés sur tout le territoire. Ils n’étaient pas préparés. Ils n’avaient pas de compétence. Ils étaient la plupart du temps atteints par les épidémies qui ravageaient ces régions et n’avaient jamais aucun espoir de retour au pays. (Le trajet d’un poste d’exploitation au port le plus proche, prenait une douzaine de semaines et il fallait encore qu’un bateau soit là puis, compter encore une douzaine de semaines pour la traversée jusque la Belgique).

Les trop rares rapports des concessionnaires cachaient la vérité à Léopold II, parce que le porteur de mauvaises nouvelles n’est jamais bien reçu ; mais l’auteur, honnêtement, nous dit que le roi ne cherchait pas trop à savoir. Quand les commissions d’enquêtes anglaises, françaises et allemandes ont été connues, à partir de 1903, le roi a bien dû se rendre à l’évidence et il a pris des mesures extrêmement sévères. Il a été jusqu’à exiger que les sociétés arrêtassent leur exploitation.

Pourtant le roi était actionnaire de ces sociétés. Il avait investi pratiquement toute sa fortune personnelle dans le Congo. Il était même fortement endetté et les banques refusaient de lui accorder encore le moindre crédit. Les récoltes d’ivoire avaient été un fiasco et il devait se refaire sur le caoutchouc.

Léopold était très riche avant d'investir dans le Congo, en 1908 il n'est guère plus riche.


L’auteur s’est appliqué à décortiquer minutieusement les finances du roi. Le résultat est très intéressant. On apprend que, contrairement à la légende, le roi n’a pas fait fortune avec le Congo. Ses rentrées ont servi à financer l’installation des missionnaires qui avaient reçu l’ordre d’établir des écoles, des dispensaires et des lieux de culte. Pour son Congo, le roi poursuivait très sincèrement un objectif de civilisation ; mais, en même temps, il voulait, bien évidemment, récupérer ses investissements par l’exploitation des richesses de son domaine.

Léopold II s’était fermement donné pour idéal de créer en Afrique un « État modèle ». À défaut d’un État modèle, son Congo deviendra plus tard, et jusqu'au 30 juin 1960, la colonie modèle, admirée autant que convoitée, dans le monde entier.

S’il s’est un peu enrichi dans les dernières années, cet argent à servi à financer les grands travaux de prestige que Léopold II a voulus pour Bruxelles et pour la Belgique.

Il voulait faire de la Belgique un pays prestigieux. Il voulaient surtout que les Belges soient fiers d’être belges.

A-t-il réussi ? On peut en douter. Et je crois qu’il ne s’est jamais fait d’illusion : quand la mort lui a fait signe de replier ses ailes de géant, il a légué son Congo à la Belgique... qui l’a d’abord refusé ! Et, dans son dernier souffle, on l’entendit murmurer : « petit pays, petites gens, petit esprit… ». Aujourd’hui des excités, incultes et manipulés, déboulonnent ses statues sur les places de Bruxelles.

Décidément, encore et toujours, il en est qui ne reculent devant rien !


L'Imperial College de Londres abandonne sa devise latine « impérialiste », Oxford « décolonialise » ses programmes

L’université londonienne appelée l’Imperial College, récemment classée huitième dans un classement mondial anglo-saxon, a déclaré que cette décision aiderait à « soutenir une communauté diversifiée et inclusive ». L’Imperial college de Londres a récemment au centre d’une controverse au sujet d’un modèle de la pandémie Covid-19 considéré comme inexact et alarmiste (voir ici et ).


Les manifestations Black Lives Matter dans tout l’Occident ont accru la pression sur les universités.

La devise, qui figurait sur les armes de l’université depuis 1908, se lisait « Scientia imperii decus et tutamen », ce que l’on peut traduire par « La Science, gloire et sauvegarde de l’empire ».

L’université a déclaré qu’elle utiliserait des armoiries rouge, bleu et or modifiées, dépouillées de la devise, sur les futurs diplômes, les tenues des équipes sportives et tout autre matériel.

« Nous savons que cette devise rappelle notre histoire enracinée dans le pouvoir colonial et l’oppression », a déclaré l’université.

« Nous choisissons de ne pas nier cette histoire, mais de ne pas être définies par elle non plus. »

Alice Gast, vice-chancelière, a déclaré au personnel qu’elle avait « entendu beaucoup d’entre vous s’inquiéter au sujet de la devise de l’université et de sa présence sur nos armoiries ». Elle a indiqué qu’un groupe de travail serait créé pour « examiner l’histoire et l’héritage du Collège ».

À quand la suppression de Imperial dans le nom Imperial College ?

Cette suppression intervient alors que l’Université de Bristol a annoncé qu’elle révisait son logo.

L’insigne porte les écussons d’Edward Colston, de Henry Overton Wills III et de la famille Fry, toutes des figures impériales importantes.

Le 7 juin, une statue de Colston, négrier, marchand et mécène des XVII et XVIIIes siècles, a été démolie et jetée dans le port de Bristol par des manifestants, ce qui a incité les militants à viser des dizaines d’autres monuments à travers le pays.

La statue d’Edward Colston jetée à l’eau

L’Université de Bristol a également révélé qu’elle s’était « engagée à revoir » le nom de l’emblématique Wills Memorial Building, relançant une longue campagne menée par des étudiants qui avaient vu l’université refuser de le renommer en 2017.

Wills, chef de file de l’industrie du tabac né en 1828, fit don d’environ 10,5 millions de livres sterling à l’université, mais les militants affirment que sa fortune a été entachée par son implication dans la traite des esclaves.


Le maire de Bristol Marvin Rees (ci-dessus) a maintenant confirmé que la statue sera repêchée et exposée telle quelle — avec la corde utilisée pour le transporter et le pneu attaché quand elle a été sortie de l’eau.

L’année dernière, Bristol a engagé la professeur Olivette Otele, une experte de l’esclavage, pour évaluer si elle devait présenter des excuses pour ses liens avec l’Empire britannique.

Le professeur Hugh Brady, vice-chancelier de Bristol, a déclaré : « Nous savons que la campagne Black Lives Matter a servi à amplifier les préoccupations existantes au sujet l’histoire de l’université et si nous devrions renommer le Wills Memorial Building et d’autres bâtiments portant le nom de familles ayant des liens avec le commerce des esclaves. »

La semaine dernière, des centaines de manifestants sont descendus à Oriel College, à Oxford, dans le cadre de leur campagne « Rhodes doit tomber », exigeant que l’université abatte une statue de Cecil Rhodes, l’impérialiste victorien, mais le collège a refusé de le faire.



L’impérialiste Cecil Rhodes vu par les Allemands d’avant-guerre. Cecil Rhodes est en blanc.


L’université d’Oxford s’est engagée à « décoloniser » les diplômes lundi. L’Université d’Oxford a ainsi annoncé son intention de « décoloniser » ses diplômes en mathématiques et en sciences et permettra aux étudiants dans toutes les facultés et qui ont été impactés par ce que le Times de Londres appelle « la fureur de Black Lives Matter » d’être notés de manière indulgente. Dans une lettre au syndicat étudiant, Louise Richardson, vice-chancelière, a déclaré que la faculté de mathématiques, de sciences physiques et de la vie avait reçu une subvention pour développer des ressources pédagogiques qui soutenaient la diversification de ses programmes, la décrivant comme « un domaine qui est souvent négligé ». Elle a ajouté : « De nombreux départements de sciences sociales ont commencé à travailler à rendre leur programme plus inclusif et à y ajouter des voix diverses. Cela comprend des étapes telles que l’intégration des questions de race et de genre dans les sujets, l’intégration de l’enseignement sur le colonialisme et l’empire dans les cours, la modification des listes de livres et articles à lire. »

Plus de 14 000 personnes ont demandé au King’s College de Londres de renommer son campus de Guy, près de London Bridge, alors que l’hôpital de Guy et St Thomas a accepté de retirer une statue de Thomas Guy, un marchand d’esclaves et mécène du XVIIIe siècle.

L’Université de Liverpool a été critiquée la semaine dernière pour avoir accepté de débaptiser une résidence du nom de William Gladstone, quadruple Premier ministre britannique, après que des étudiants se sont plaints que le père de Gladstone avait des liens avec l’esclavage.

Voir aussi



Programme pour enfants de Radio-Canada (CBC) traite J.K. Rowling de transphobe

CBC Kids est un programme du diffuseur gouvernemental canadien destiné aux enfants dès six ans. Comme c’est la CBC (service anglais de la Voix d’Ottawa), les trois jeunes animateurs sont « racisés » avec deux filles et un garçon, euh, androgyne.

Dans leur tour de l’actualité la semaine passée, ce programme pour jeunes enfants s’est attaqué à l’écrivain J.K. Rowling, auteur de « Harry Potter », pour avoir osé dire que seules les femmes ont des règles menstruelles. Une déclaration qui, pendant des milliers d’années, aurait été considérée comme évidente. Mais sur CBC Kids News, les jeunes acteurs qui surjouent ont bien fait comprendre aux jeunes téléspectateurs que cette pensée était transphobe et donc très mal. Par contre, Daniel Radcliffe, qui défend le choix transgenre, est portée aux nues par ces nouveaux jeunes prêtres.

Raison. Parce qu’on est en 2020, sœurette.

Vos impôts à l’œuvre (1,213 milliards de subventions pour l'exercice financier de 2018-2019)



mercredi 17 juin 2020

L’Alberta propose une loi qui reconnaît le droit aux parents de choisir l’éducation de leurs enfants

Le projet de loi présenté par la ministre de l’Éducation de l’Alberta, Adriana La Grange,  montre le monde de différences dans la façon de considérer le rôle de parents famille entre cette province, dirigée par le Parti conservateur uni, et le Québec, où le gouvernement — qu’il s’agisse du PQ, du PLQ ou de la CAQ — échappe au programme qu’il impose à tous les élèves sauf ceux instruits à la maison, programme souvent orienté (voir ECR, histoire, français ou éducation à la sexualité).

Selon le Calgary Herald, le Premier ministre Jason Kenney a déclaré que la loi « consacre la croyance des Albertains en... la responsabilité parentale ».



Le Premier ministre Jason Kenney et la ministre de l’Éducation de l’Alberta Adriana LaGrange lors d’une conférence de presse à Edmonton le jeudi 28 mai 2020, au sujet du projet de loi 15, la Loi sur le choix en Éducation.

« Parce que nous croyons que les parents sont mieux à même que les politiciens ou les bureaucrates ce qui est dans l’intérêt supérieur de leurs enfants », a ajouté Kenney.

Un des apports du projet de loi, inscrit dans le préambule du projet de loi, renforce le droit des parents, selon la CBC :

Le premier ajouterait un nouveau considérant à la loi : « considérant que les parents ont le droit a priori de choisir le type d’éducation qui sera donné à leurs enfants » [...]

Le nouveau projet de loi 15 apporte plusieurs changements à l’ancienne loi sur l’éducation qui s’appliquait de l’école maternelle à la 12e année (écoliers de 17/18 ans) notamment la suppression de la surveillance des conseils scolaires dans les demandes des écoles à charte, l’approbation de l’enseignement à domicile non supervisé et l’affirmation du soutien aux écoles privées et indépendantes.

« Le choix de l’école et la liberté des parents de décider de l’éducation de leurs enfants ne sont pas une préférence politique, c’est un droit humain fondamental », a déclaré le Premier ministre Jason Kenney lors d’une conférence de presse quelques heures avant le dépôt du projet de loi.

« La législation consacre la croyance des Albertains en la liberté, la diversité, le pluralisme et le choix. Nous pensons que les parents savent mieux que les politiciens ou les bureaucrates ce qui est dans l’intérêt fondamental de leurs enfants. »

En vertu de l’ancienne loi sur l’éducation, les demandes d’inscription dans les écoles à charte devaient d’abord obtenir l’approbation de leur district scolaire local, l’équivalent des anciennes commissions scolaires au Québec ou de l’académie en France, tout en prouvant qu’elles offraient un programme unique non offert dans le système public.

Désormais, les demandes iront directement au ministre de l’Éducation, en outre des changements politiques supplémentaires encouragent les écoles à charte « professionnelles », en particulier au niveau secondaire, qui préparent mieux les élèves au milieu du travail professionnel.

« Nous nous engageons à offrir un certain nombre d’options d’éducation qui permettent aux parents de choisir la voie qui, selon eux, permettra au mieux à leurs enfants d’atteindre leur plein potentiel », a déclaré la ministre de l’Éducation, Adriana La Grange.

Sources : Calgary Herald, CQV, CBC

samedi 13 juin 2020

Un voyage dans les tourments de l’Amérique contemporaine expliqués par son histoire

Recension par Éric Zemmour du livre Être Américain aujourd’hui de Didier Combeau.

Et si on oubliait Trump ? Et si on cessait un instant l’exégèse de ses tweets, de ses saillies, de ses mimiques, de son caractère, de son tempérament, de ses frasques, de ses provocations, de ses bêtises et de ses intuitions ? Et si on parlait des États-Unis sans être obnubilé par son président ? C’est le pari tenté par Didier Combeau qui plonge dans l’histoire de l’Amérique pour mieux comprendre celle d’aujourd’hui. Pari réussi. Bien sûr, notre auteur n’a pas la hauteur de vue de Samuel Huntington dans l’admirable Qui sommes-nous ?, ni l’élégance altière de sa plume. Mais Combeau connaît son sujet et s’efforce de ne pas tomber dans les chausse-trapes idéologiques. Et c’est déjà beaucoup !

Il commence par le commencement : la démographie. Fondement de toute analyse concernant n’importe quelle nation, mais plus encore pour un pays d’immigration comme les États-Unis. « La démographie, c’est le destin », dit-on là-bas à juste titre. Deux dates au XXe siècle ont façonné le destin américain : 1924 et 1965. En 1924, les États-Unis imposent des quotas d’immigration par pays correspondant à leur importance relative dans la population du pays en 1790. Autrement dit, l’Amérique « WASP » des protestants britanniques se protège d’une submersion venue du Sud et de l’Est de l’Europe. Combeau ne le dit pas, mais Huntington nous a appris que cette fermeture a permis d’assimiler dans d’excellentes conditions les immigrants irlandais, italiens, ou allemands ou polonais, catholiques ou juifs, déjà arrivés au début du siècle. Or 1965 est le miroir inversé de 1924. On instaure des quotas globaux, sans distinction de pays ou de continent, dont on augmente sans cesse les plafonds ; et on autorise le regroupement familial. Bienvenue dans l’Amérique multiraciale et multiculturelle !

Les années 1960 sont vraiment le creuset de l’Amérique contemporaine. Le président Kennedy impose le principe « d’affirmative action » pour favoriser l’arrivée des noirs dans les universités ou les entreprises. La Cour suprême s’affranchit d’une stricte lecture de la Constitution pour favoriser les mouvements d’émancipation individuelle. La courbe de la violence et de la délinquance ne cesse de grimper. L’État fédéral, sous la houlette des démocrates, étend son emprise sur l’économie et la société. Le président Johnson essaie de rattraper l’erreur de 1945, lorsque les Américains ont refusé d’instaurer un système de sécurité sociale à la manière britannique (ou française), parce que ces modèles européens leur apparaissaient d’inspiration « communiste » et qu’ils n’avaient aucune envie d’encourager « la paresse ». Les féministes tentent de faire oublier qu’elles furent à l’origine un mouvement de la bourgeoisie blanche, favorable à la prohibition et à l’eugénisme. La jeunesse reproche à ses pères et à ses ancêtres d’avoir stérilisé les handicapés et exterminé les Indiens, ce qui avait suscité en son temps l’admiration énamourée d’Adolf Hitler.

Dans ce tohu-bohu, l’Amérique de Tocqueville se meurt, et on comprend mieux ce qui arrive aujourd’hui. La montée en puissance du libéralisme et de l’individualisme a donné à la fois la politique de Reagan et l’émergence des identités, qu’elles soient ethniques ou de genre. À la fois, l’émergence des super-milliardaires parce qu’ils payent beaucoup moins d’impôts et les guerres culturelles qui sortent des campus universitaires : « Les guerres culturelles ou identitaires sont le prix du passage du contrôle étatique des corps à l’émergence des identités » nous dit à juste titre notre auteur.

Et tout bascule à partir des années 1990. Le féminisme qui abandonne son credo de la libération sexuelle pour un néopuritanisme. Un parti démocrate qui abandonne ses ambitions sociales pour devenir le parti des minorités de race et de genre. La « nature » qui devient un enjeu controversé et contradictoire : les progressistes veulent sanctifier la nature contre la pollution capitaliste, mais se moquent éperdument de cette même nature, quand il s’agit des rapports entre les hommes et les femmes, tandis que les conservateurs adoptent le comportement inverse. La Cour suprême impose un « gouvernement des juges » que chaque camp démocrate ou républicain essaie de mettre avec soi. À Washington, les collaborateurs des parlementaires deviennent lobbyistes et triplent leur salaire. L’argent coule à flots dans les campagnes électorales et les milliardaires font la loi. Les républicains sont de plus en plus à droite et les démocrates de plus en plus à gauche. Les progressistes sont plus que jamais le parti de la vertu, de la morale, et des prêtres de la nouvelle religion des droits de l’homme. Comme dit un des leurs, le professeur Mark Lilla, qui a gardé un regard critique : « Le progressisme a cessé d’être un projet politique et s’est transformé en projet évangélique. » Le progressisme dénonce sans cesse la violence des autres à coups de grandes campagnes sur les réseaux sociaux. Les mots-dièses deviennent des slogans : #BlackLivesMatter, #MeToo, #NeverAgain. Au nom de la lutte contre la violence policière, la violence sexuelle, ou la violence des armes, les progressistes fédèrent en vérité des groupes disparates autour d’un seul point commun, et d’un seul ennemi, la détestation de l’homme hétérosexuel blanc. Cette chasse au Blanc est incessante et occupe largement des médias complaisants. Dans le Washington Post, la directrice du programme d’études de genre et de sexualité d’une université n’hésite pas à écrire une tribune intitulée : « Pourquoi ne pourrions-nous pas haïr les hommes ? »

Cette chasse à l’homme blanc hétérosexuel ne pouvait pas ne pas susciter la réaction des angry white men. En 2050, les statistiques prédisent que ces blancs issus de la vieille immigration européenne et protestante deviendront minoritaires, en raison de la montée en puissance démographique des diverses immigrations récentes : Mexicains catholiques, asiatiques, musulmans. Mais ces angry white men qui se sentent de plus en plus étrangers dans leur propre pays, en demeurent la minorité la plus importante. Dans cet univers de minorités actives, ils ont imité le comportement des autres et ont gagné. Ce sont eux qui ont propulsé Donald Trump à la Maison-Blanche. Trump, le « premier président blanc ».

ÊTRE AMÉRICAIN AUJOURD’HUI
Les enjeux d’une élection présidentielle
par Didier Combeau
paru le 4 juin 2020
chez Gallimard,
282 pp.,
20 €.

Présentation de l’éditeur

À la fois fer-de-lance du progressisme et haut lieu du conservatisme, patrie de #MeToo, mais aussi de Donald Trump, les États-Unis n’en finissent pas d’étonner et de surprendre. Tous les quatre ans, l’élection du président focalise l’attention, d’abord sur les personnalités candidates aux primaires, puis sur celles des deux challengers. Leurs noms nous sont familiers, mais nous connaissons souvent moins bien leurs idées et les philosophies qui les portent. Pourtant, elles irriguent nos mentalités et continuent d’exacerber les imaginations au-delà des frontières.

De la question de l’immigration à celle de l’assurance maladie, de la problématique de l’avortement à celle de l’environnement, des tensions interraciales au fléau de la violence, Didier Combeau explore ici les fractures qui parcourent la société américaine et se traduisent par un rejet de plus en plus viscéral de l’adversaire politique. Il donne en termes simples les clefs indispensables à la compréhension du subtil fonctionnement du fédéralisme, de l’équilibre des pouvoirs, et d’un système électoral sujet à polémiques, qui peine à asseoir la légitimité d’un président parfois élu à la minorité des voix. L’étude des joutes qui opposent conservateurs et progressistes se prolonge dans une réflexion sur l’identité politique et nationale de la première puissance douce mondiale.