mercredi 12 février 2025

Royaume-Uni — employée d'une école anglicane licenciée pour avoir critiqué l'idéologie transgenre gagne son procès

La Cour d’appel du Royaume-Uni a statué que l’expulsion de Kristie Higgs en raison de publications critiquant l’éducation sexuelle et l’idéologie transgenre dans l’école de son fils constituait une « discrimination illégale fondée sur la religion et les convictions ».

Kristie Higgs, au centre, a été rejointe par plusieurs sympathisants lors de l’audience en octobre dernier

Une employée d’une école anglicane a obtenu une victoire importante devant la Cour d’appel à la suite de son licenciement pour avoir exprimé son opinion sur l’enseignement des relations LGBT+. Kristie Higgs, anciennement administratrice pastorale et responsable de l’expérience professionnelle à la Farmor’s School, dans le Gloucestershire, a été licenciée en 2019 après avoir partagé sur Facebook des messages critiquant les projets visant à enseigner les relations LGBT dans les écoles primaires.

La mère de deux enfants a d’abord essuyé un verdict contre elle en juin 2023 de la part du tribunal d’appel de l’emploi.

Dans un jugement remarquable rendu mercredi, les juges de la Cour d’appel ont donné raison à Mme Higgs, estimant que l’instruction précédente de renvoyer l’affaire devant le tribunal du travail était « illégalement discriminatoire ». Exprimant le point de vue de la Cour, le juge Underhill, accompagné du juge Bean et du juge Falk, a expliqué : « Dans la présente affaire, la demanderesse, qui était employée dans une école secondaire, avait posté des messages et avait cité principalement d’autres sources, s’opposant à la politique du gouvernement en matière d’éducation sexuelle dans les écoles primaires en raison de sa promotion de la “fluidité des genres” et de l’assimilation du mariage homosexuel au mariage entre un homme et une femme. »

Le tribunal a reconnu que les opinions de la demanderesse sur le genre et le mariage homosexuel relevaient de la protection de la loi sur l’égalité, déclarant : « Il n’a pas été contesté […] que les convictions de la plaignante selon lesquelles le genre est binaire et que le mariage homosexuel ne peut être assimilé au mariage entre un homme et une femme sont protégées par la loi sur l’égalité ».

Les juges ajoutent : « L’école a cherché à justifier son licenciement sur la base que les publications en question étaient exprimées de manière intempestive et comprenaient des références insultantes aux promoteurs de la fluidité des genres et à “la bande LGBT” qui étaient susceptibles de nuire à la réputation de l’école dans la communauté : les publications avaient été signalées par un parent et pourraient être vues par d’autres personnes. »

Le tribunal a toutefois jugé insuffisant le motif d’atteinte potentielle à la réputation de l’école pour justifier le licenciement : « Toutefois, ni le langage utilisé dans les messages ni le risque d’atteinte à la réputation ne pouvaient justifier le licenciement de la plaignante alors qu’elle n’avait rien dit de tel au travail et qu’elle n’avait manifesté aucune attitude discriminatoire dans sa façon de traiter les élèves ».

À la suite du jugement rendu devant la Cour royale de justice, Mme Higgs a exprimé son espoir : « Je prie pour qu’aujourd’hui soit un jour marquant pour les libertés chrétiennes et la liberté d’expression ».

Elle a poursuivi son plaidoyer en faveur du droit des chrétiens à partager leurs opinions sans encourir de sanctions sur leur lieu de travail : « Les chrétiens ont le droit d’exprimer leurs croyances sur les médias sociaux et dans d’autres contextes non liés au travail sans craindre d’être sanctionnés par leur employeur. »

Mme Higgs s’est retrouvée plongée en pleine tourmente après avoir publié un contenu en ligne critiquant le programme d’éducation relationnelle « No Outsiders In Our School » (Pas d’étrangers dans notre école), destiné aux élèves de l’école primaire, qui comprenait l’apprentissage de la loi anti-discriminatoire (pro-LGBT) par le biais de livres.

Mme Higgs, qui a utilisé son nom de jeune fille pour publier des messages sur une page privée, a partagé deux messages en octobre 2018 avec une centaine d’amis. Une plainte anonyme a conduit l’école à suspendre Mme Higgs et, à la suite d’une audience disciplinaire, elle a été licenciée pour faute grave.

L’école a précédemment réfuté les allégations selon lesquelles Mme Higgs avait été licenciée en raison de ses convictions religieuses, déclarant que le langage utilisé dans ses messages était la raison de son licenciement. Dans un jugement rendu en 2020, un tribunal du travail avait reconnu que la religion de Mme Higgs était une « caractéristique protégée » en vertu de la loi sur l’égalité, mais avait soutenu que le licenciement de l’école était légal.

Cette décision a été annulée par le tribunal d’appel de l’emploi en 2023, et l’affaire a été renvoyée pour réexamen. Toutefois, Richard O’Dair, qui représente Mme Higgs, a fait valoir dans des observations écrites adressées à la Cour d’appel en octobre dernier que le Tribunal d’appel de l’emploi avait fourni des « directives très insatisfaisantes », ce qui risquait de nuire une fois de plus au droit de Mme Higgs à un procès équitable.

Il a déclaré que ses messages étaient « un discours politique contribuant au débat en cours sur une question d’intérêt public » et « une manifestation de ses convictions religieuses ». Il a également noté que Mme Higgs, qui nie être homophobe ou transphobe, avait travaillé avec des élèves qui se disaient LGBT sans qu’aucune allégation de discrimination n’ait été formulée à leur encontre.

Argument de l’avocat de l’école

Me Sean Jones, représentant l’école, a suggéré dans ses observations écrites au tribunal que le renvoi de l’affaire était « la voie appropriée », car des « raisons plus complètes » pour la décision étaient nécessaires.

Il a ajouté : « (Mme Higgs) n’a pas été licenciée pour avoir manifesté (ses convictions), mais parce que la manière dont elle les a manifestées aurait pu raisonnablement amener et a effectivement amené d’autres personnes à penser qu’elle exprimait des opinions homophobes ou transphobes ».

Réaction du Christian Legal Centre

« La décision confirme que la loi sur l’égalité protège les croyances chrétiennes traditionnelles sur les questions sociales, telles que l’opposition aux idées de transgenrisme et de “fluidité de genre” et l’opposition au mariage homosexuel », a déclaré le Christian Legal Centre qui soutenait Mme Higgs.

La Cour a également noté dans sa décision qu’il n’y avait pas eu de plaintes concernant un traitement discriminatoire potentiel des élèves par Mme Higgs.

Le tribunal a annulé la décision du tribunal d’appel du travail qui avait demandé un nouveau procès de l’affaire et a conclu que « nous devrions nous-mêmes conclure que le licenciement du demandeur constituait une discrimination illégale fondée sur la religion et les convictions ».

Andréa Williams, directrice générale du Christian Legal Centre, a déclaré : « C’est une grande victoire pour Kristie, qui a perdu son emploi et son gagne-pain pour n’avoir fait qu’exprimer sa consternation face aux idées absurdes de fluidité de genre enseignées à son enfant dans une école primaire de l’Église d’Angleterre. »

« C’est aussi une victoire pour beaucoup d’autres qui ont précédé Kristie, comme Victoria Wasteney et le regretté Richard Page, qui ont également été licenciés pour leurs croyances chrétiennes dans les années passées, et ont cherché justice en vain », a-t-elle poursuivi. Pourtant, d’un trait de plume, des décennies de décisions injustes qui ont nié la justice aux chrétiens ont maintenant été réinterprétées par la Cour d’appel et expliquées comme de simples exceptions qui confirment la règle.

« Pour tous ceux qui se sont tenus à nos côtés pendant des jours beaucoup plus sombres de notre bataille de 16 ans pour la liberté, il est maintenant temps de se réjouir et de rendre grâce à Dieu », a conclu Williams.

Unilinguisme et féminisme — Peu de femmes dans les usines parce « manufacture » fait penser à « man »

La députée démocrate Janice Schakowsky (Illinois, 80 ans) se demande si la raison pour laquelle les femmes ne sont pas plus nombreuses à se lancer dans l’industrie manufacturière serait parce que « le nom “manufacturière” fait penser à un “man” (homme) »…

En français (manufacture, fabrication, usine), en espagnol (fabricación), en japonais (製造 – seizō), en russe (производство – proïzvodstvo), et dans bien d’autres langues, le mot désignant la fabrication ou la production industrielle n’a pas de connotation lexicale avec le sexe masculin.

Cela suggère clairement que la sous-représentation des femmes dans l’industrie manufacturière ne peut pas être attribuée uniquement à la terminologie utilisée en anglais. Car, si le mot « manufacturing » avait une influence déterminante sur l'emploi des femmes, on ne devrait pas observer les mêmes tendances dans des langues où ce terme est sans rapport avec le sexe masculin.

Or, la faible présence des femmes dans ce secteur est un phénomène transnational, davantage lié à des facteurs sociaux, culturels et économiques qu’à une simple allitération ou une fausse étymologie (manufacture est un mot relativement récent dérivé du latin classique manū facere « faire à la main », sans rapport avec homme en latin vir pour le sexe masculin, ni homo pour l'humain peu importe son sexe).


Ce que l'Occident doit au christianisme

Christophe Dickès, historien et journaliste français spécialiste du catholicisme et du Vatican. Il est fondateur de ‪@storiavoce2091‬, un podcast dédié à l'histoire. Il vient d'écrire "Pour l'Église", ouvrage dans lequel il rappelle ce que nous Occidentaux devons à la religion chrétienne.

Les chapitres :

00:00 Intro
00:58 Présentation de l’invité et pourquoi avoir écrit Pour l’Église aujourd’hui ?
06:31« L’ombre de l’Église est partout et alors que nous la croyons nulle part » : des Occidentaux encore inconsciemment chrétiens ?
10:13 Le christianisme fut une révolution
12:06 L’Église a scolarisé l’Europe
18:10 La laïcité est une idée chrétienne
23:39 L’Église romaine, prototype de l’État moderne
28:40 L’Église et les femmes : une relation loin des clichés historiques
36:53 L’Église et les arts : le génie du christianisme ?
41:27 L’Église, la lecture et l’écriture
43:23 L’Église et la science, la foi et la raison. Oppenheimer a écrit : « le christianisme était nécessaire pour donner naissance à la science moderne »
51:00 Le wokisme, une idée chrétienne devenue folle ?
56:10 Le pape se désintéresse t-il de l’Europe ?
58:44 Conseils de lecture

Présentation de l'ouvrage par l'éditeur

Scandales en tous genres, abus de pouvoir, abus sexuels, escroqueries..., l’Église - c'est le moins que l'on puisse dire - n'a pas bonne presse. Critiquée, voire méprisée, elle évolue par ailleurs dans un contexte de déchristianisation généralisée. Déshonorée par son passé et paralysée dans une crise qui présente n'en finit plus, elle semble n'avoir aucun avenir. Et si elle trouvait justement dans ce passé des motifs d'espérance ? Dans cet essai argumenté et passionné, Christophe Dickès livre un véritable plaidoyer en expliquant ce que le monde lui doit, sans que nous ne le sachions vraiment. À travers dix tableaux enlevés, il révèle l'influence considérable de ces hommes et femmes d’Église qui ont marqué l'histoire des sociétés, l'intelligence politique, les sciences et l'éducation - jusqu'à l'organisation du même temps. À l'opposé de l'image obscurantiste que l'anticléricalisme a souhaité lui accoler, l’Église nous apparaît d'une fécondité rare dans l'histoire des civilisations. Sans occulter les pages sombres de sa longue histoire, l'auteur montre qu'elle peut bel et bien cultiver un sentiment de fierté, sans complexe ni arrogance, tant son apport a été et demeure indéniable. Un essai écrit avec vigueur et rédigé à la lumière des dernières recherches historiques.

Pour l'Église,
Ce que le monde lui doit,
par Christophe Dickès,
paru chez Perrin,
à Paris,
le 17 janvier 2025,
272 pp.,
ISBN-10: 2262104999,
ISBN-13: 978-2262104993

mardi 11 février 2025

Études manipulées autour de la maladie d'Alzheimer

Tromperie dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer.

La maladie d’Alzheimer touche plus de 30 millions de personnes dans le monde, principalement des personnes âgées. Après 65 ans, le risque de développer la maladie double tous les cinq ans. À 85 ans, ce risque est d’un sur trois. Ses symptômes, qui comprennent la perte de mémoire, la difficulté à accomplir des tâches élémentaires et la dépression, s’aggravent progressivement. L’augmentation de l’espérance de vie dans le monde s’accompagne d’une augmentation du nombre de cas d’Alzheimer, ce qui en fait l’un des grands défis de santé publique d’un monde vieillissant.

Il n’existe pas de traitement curatif. Entre 1995 et 2021, environ 42 milliards de dollars ont été investis dans plus de 1 000 essais cliniques. Pourtant, seule une poignée de médicaments a été mise sur le marché. Et même ceux-là traitent les symptômes de la maladie plutôt que de l’arrêter.

La principale explication de la maladie d’Alzheimer est l’« hypothèse amyloïde », qui suggère que des dépôts de bêta-amyloïde, un type de protéine, s’accumulent entre les neurones et perturbent leur fonctionnement. Mais cette théorie reste controversée : tous les cerveaux atteints de la maladie d’Alzheimer présentent des plaques de bêta-amyloïde, mais toutes les personnes présentant ces plaques ne connaissent pas de déclin cognitif. La question de savoir si l’accumulation d’amyloïde est à l’origine de la maladie d’Alzheimer ou n’en est qu’un symptôme n’est toujours pas résolue.

Dans « Doctored » (Trafiqué), Charles Piller, journaliste scientifique, explique comment la pensée de groupe et la malhonnêteté ont détourné la recherche sur la maladie d’Alzheimer de son objectif. En 2006, un article publié dans Nature par des chercheurs de l’université du Minnesota semblait constituer une avancée majeure. L’étude affirmait qu’un sous-type de bêta-amyloïde était à l’origine des troubles de la mémoire. Elle est rapidement devenue l’un des articles les plus cités et a inspiré des centaines de millions de dollars de subventions publiques à la recherche. Un autre article influent publié en 2012 par des scientifiques associés à Cassava Sciences, une société de biotechnologie, a renforcé la théorie amyloïde en établissant un lien entre la résistance à l’insuline et la formation de plaques amyloïdes. Cette découverte a alimenté une vague de recherches sur l’idée que la maladie d’Alzheimer est un « diabète du cerveau » qui pourrait être traité par des médicaments. Il n’y avait qu’un seul problème : les deux études étaient basées sur des données falsifiées.

« Doctored » suit l’enquête de M. Piller sur cette supercherie. Au centre de l’histoire se trouve un groupe de limiers de l’image, avec un œil aiguisé pour les pixels manipulés des buvardages de western (une technique de laboratoire utilisée pour étudier les protéines, qui ont été trafiquées dans les études). Certains chapitres se lisent comme un polar scientifique. Dans l’un d’eux, M. Piller doit travailler dur pour gagner la confiance d’un dénonciateur réticent. Dans un autre, il se rend à Prague pour une réunion privée avec un groupe de détectives de l’image aux pseudonymes énigmatiques.

Malgré les preuves évidentes de manipulation des résultats de recherche, les revues érudites et les autorités de réglementation ont été lentes à agir. M. Piller accuse les puissants défenseurs de l’hypothèse amyloïde d’avoir ignoré les signaux d’alarme. Ce n’est qu’en juin 2024 — deux ans après les premières allégations — que l’article de Nature a été rétracté par ses auteurs. Cassava Sciences, tout en niant avoir commis des actes répréhensibles, a interrompu les essais de son médicament contre la maladie d’Alzheimer, le Simufilam, en novembre, après avoir constaté l’absence d’effets bénéfiques sur le plan clinique.

Les conséquences de ces articles dépassent le cadre du laboratoire. Pour les patients et leurs familles, les traitements expérimentaux représentent souvent une ultime bouée de sauvetage. Encourager les gens à placer leurs espoirs dans des médicaments inefficaces, voire dangereux, est une trahison. La fixation sur une théorie dont les essais sur l’homme n’ont donné que des résultats limités peut également avoir détourné des ressources précieuses au détriment d’autres thérapies plus prometteuses.

Depuis 2023, la Food and Drug Administration, l’organisme américain de réglementation des médicaments, a approuvé deux nouveaux médicaments qui ralentissent modestement le déclin cognitif en s’attaquant aux plaques amyloïdes. Ils s’accompagnent également d’effets secondaires dangereux pour certains, notamment des gonflements et des hémorragies cérébrales. M. Piller reste sceptique quant à ces traitements. Il en va de même pour nombre de ses lecteurs, après son histoire captivante de la pensée de groupe médicale et des incitations biaisées. 

Source : The Economist

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Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?  La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

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Médecins admettent le lien entre hormonothérapie transgenre et le cancer dans des courriels fuités

La langue des thèses universitaires devient de plus en plus impénétrable (surtout dans les sciences humaines et sociales)

Selon une étude universitaire, une bonne partie des études universitaires ne seraient pas fiables…

Congo RDC — Silence on tue ! Par millions (rediff)

le journaliste québécois Stéfan Bureau s'est entretenu avec Charles Onana.

« Le régime de Kigali est un sous-traitant des grandes puissances, notamment les États-Unis et la Grande-Bretagne, des multinationales et de tout le système mafieux minier.»

Les accusations sont accablantes. 

L’homme qui les formule ne mâche pas ses mots. L’enjeu ne se prête pas aux tièdes constations.
Charles Onana a passé vingt ans à enquêter sur une sale guerre qui se joue sous l’écran  radar de nos bonnes consciences.

L’Ukraine et Gaza font la une des grands médias, mais qui parle du Congo ? Des millions de morts, des centaines de milliers de femmes violées, des enfants réduits à l’esclavage, rien ne semble secouer notre indifférence.

Dans son plus récent livre, Onana décrit l’invasion masquée du Congo par le Rwanda afin d’en exploiter les nombreuses ressources minières. 

Son constat est sans équivoque : depuis 30, le Congo est victime « de pillage, de massacre de masse et d’extermination méthodique des populations ». 

Le Coltan et le Cobalt, minerais indispensables à l’industrie de la téléphonie mobile et de la voiture électrique sont l’or des temps modernes. 

« Tout le monde parle de transition énergétique en disant que c’est de l'énergie propre, c’est tout sauf propre ! »

Charles Onana est politologue et journaliste, il revient d’un séjour à Kinshasa.
Son plus récent livre Holocauste au Congo est paru en 2023.

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Sur le régime du dictateur francophobe Paul Kagamé, le documentaire Rwanda’s Untold Story (L’Histoire inédite du Rwanda), diffusé le 1er octobre 2014 sur la BBC et interdit de diffusion au Rwanda par les autorités du pays.

Depuis ce reportage, Émile Gafarita, l'un des trois membres du FPR qui transportèrent depuis l'Ouganda jusqu'à Kigali les missiles qui abattirent l'avion du président Habyarimana a été enlevé à Nairobi le 13 novembre 2014. Il n'a pas réapparu depuis.


Une fondation franco-africaine qui méprise la Francophonie sous le patronage des présidents français Emmanuel Macron et rouandais et (le dictateur francophobe) Paul Kagamé que courtise Macron

Le régime de Kagamé essaie de réécrire l'histoire

 Histoire — Rwanda et Congo, 7 millions de morts ?

 

 

dimanche 9 février 2025

Trump déclare qu'il supprime tout financement à l'Afrique du Sud en raison de la discrimination anti-blanche

Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il supprime tout financement à l’Afrique du Sud en raison de la discrimination et des violations des droits de l’homme à l’encontre des Blancs. Le ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, a également déclaré : « Je ne participerai pas au sommet du G20 à Johannesbourg. » « L’Afrique du Sud fait de très mauvaises choses, a écrit le secrétaire d’État américain sur le réseau social X, citant notamment « l’expropriation des propriétés privées ».

AfriForum, une ONG sud-africaine de défense des droits civils, a souligné que le décret exécutif émis hier par le président Donald Trump, président des États-Unis, concernant la situation des Afrikaners en Afrique du Sud est le résultat direct des actions et politiques irresponsables du président Cyril Ramaphosa et de son gouvernement.

Menaces, discriminations et climat délétère causés par l’ANC

AfriForum avait écrit au président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, en avril 2024 pour lui demander de renvoyer la Loi sur l’expropriation devant le Parlement, car l’article 12 (3) — qui rend possible l’expropriation sans compensation et qui ne limite pas réellement les circonstances dans lesquelles elle est appliquée — fera fuir les investisseurs.

« Malheureusement, Cyril Ramaphosa a ignoré cette demande. Il a signé cette loi et le président doit donc porter l’entière responsabilité des fruits amers que ce pays et son peuple doivent maintenant récolter », a déclaré Kallie Kriel, président d’AfriForum.

Ernst J. van Zyl, responsable des relations publiques d’AfriForum, estime que les déclarations et le comportement du gouvernement de l’ANC avant la signature de la loi sur l’expropriation justifient les inquiétudes suscitées par cette loi : « Les tentatives d’amendement de la Constitution pour détruire les droits de propriété privée, l’éloge et le culte du héros des accapareurs de terres tels que [l'ancien président du Zimbabwe] Robert Mugabe, et la déclaration selon laquelle l’objectif de la loi sur l’expropriation est de permettre l’expropriation sans compensation, ne sont que quelques exemples des déclarations et des comportements du gouvernement ANC qui suscitent des inquiétudes. »

Selon Jacques Broodryk, porte-parole pour la sécurité des communautés à AfriForum la violation des droits de propriété par l’accaparement des terres en Afrique du Sud suscite de plus en plus d’inquiétudes au niveau international : « Bien que le gouvernement ne soit pas directement responsable d’accaparements de terres, il en est indirectement responsable parce que la police, dans de nombreux cas, n’agit pas contre les occupants et que la législation rend difficile l’expulsion des accapareurs des terres occupées. »

« En outre, des conseillers municipaux de l’ANC ont par le passé été liés à des accaparements illégaux de terres », ajoute Jacques Broodryk.

Se référant aux préoccupations du président Donald Trump selon lequel des minorités sont « très mal traitées », M. Kriel souligne que M. Ramaphosa a signé la loi de modification des lois sur l’éducation de base (BELA) qui menace spécifiquement l’existence continue des communautés culturelles de langue afrikaans en ciblant les écoles afrikaans.

Selon Kallie Kriel, c’est également sous le gouvernement contrôlé par l’ANC — que l’Afrique du Sud compte 141 lois raciales, dont 116 nouvelles, toujours dans les recueils de lois.

Afrikaners reconnaissants, mais opposés à l’émigration

AfriForum a exprimé sa grande reconnaissance envers Donald Trump et les États-Unis pour avoir souligné l’injustice dont sont victimes les Afrikaners en Afrique du Sud.

Toutefois, AfriForum et d’autres organisations sœurs ont rejeté l’offre de Trump de réinstallation des Afrikaners aux États-Unis : « Les Afrikaners ne survivront que sur le sol local en tant que communauté culturelle. L’émigration n’offre de perspectives qu’aux Afrikaners qui sont prêts à sacrifier l’identité culturelle de leur postérité en tant qu’Afrikaners. »

Le décret de Donald Trump sur l’Afrique du Sud

Défense des écoles afrikaans, du droit de propriété

D’après Kallie Kriel, président d’Afriforum, les propositions d’AfriForum comprennent, entre autres, les éléments suivants : 

  1. Le dépôt d’amendements sur la loi d’amendement de la loi sur l’éducation de base (Bela), qui menace spécifiquement l’existence des écoles afrikaans et des communautés culturelles ; et la loi sur l’expropriation qui menace les droits de propriété.
  2. Le retour de l’Afrique du Sud à une politique étrangère neutre vis-à-vis des conflits internationaux. La politique étrangère anti-occidentale et anti-américaine inconsidérée du gouvernement sud-africain contribue directement au fait que le bien-être économique de
  3. La conclusion d’un accord culturel entre le gouvernement sud-africain et les Afrikaners et autres communautés culturelles qui le souhaiteraient, selon lequel un espace culturel sera offert aux institutions et communautés culturelles africaines.
  4. La cessation de la discrimination raciale contre les Afrikaners et les autres minorités.
  5. L’arrêt des déclarations haineuses envers les Afrikaners et les autres minorités, comme l’utilisation du chant Kill the Boer (Tue le Boer !, voir vidéo ci-dessous).

La Loi d’expropriation (2024) sans compensation

Son article 12 (3) précise que :

(3) Il peut être juste et équitable qu’aucune indemnité ne soit versée lorsqu’un terrain est exproprié pour cause d’utilité publique, compte tenu de toutes les circonstances pertinentes, y compris, mais non exclusivement, les suivantes

(a) lorsque le terrain n’est pas utilisé et que l’objectif principal du propriétaire n’est pas de développer le terrain ou de l’utiliser pour générer des revenus, mais de bénéficier de l’appréciation de sa valeur marchande ;

(b) lorsqu’un organe de l’État détient un terrain qu’il n’utilise pas pour ses fonctions essentielles et qu’il n’est pas raisonnablement susceptible d’avoir besoin du terrain pour ses activités futures à cet égard, et que l’organe de l’État a acquis le terrain à titre gratuit ;

(c) nonobstant l’enregistrement de la propriété en vertu de la loi de 1937 sur le registre des actes (loi n° 47 de 1937), lorsqu’un propriétaire a abandonné le terrain en n’exerçant pas de contrôle sur celui-ci alors qu’il était raisonnablement en mesure de le faire ;

(d) lorsque la valeur marchande du terrain est équivalente ou inférieure à la valeur actuelle de l’investissement direct de l’État ou de la subvention pour l’acquisition et l’amélioration bénéfique du capital du terrain.

Comme on le voit, l’article 12, paragraphe 3, laisse à l’autorité expropriante le pouvoir discrétionnaire de déterminer s’il est juste et équitable de ne verser aucune indemnité. Toutefois, la loi ne contient pas de lignes directrices sur la manière dont ce pouvoir discrétionnaire doit être exercé. L’indemnisation nulle n’est pas nécessairement limitée aux cas énumérés dans cet article.

L’article 25 paragraphe 4 de la Constitution sud-africaine stipule que

(4) Aux fins du présent article —
(a) l’intérêt public comprend l’engagement de la nation envers la réforme agraire et les réformes visant à assurer un accès équitable à toutes les ressources naturelles de l’Afrique du Sud, et
(b) la propriété ne se limite pas à la terre.
Lu à la lumière de cet article (25) (4) (a), « l’intérêt public » comprend « l’engagement de la nation envers la réforme agraire. »

Certains ont interprété cela comme signifiant que l’article 25 fournit un cadre pour les cas où aucune compensation ne serait accordée pour les biens expropriés, en particulier en ce qui concerne les terres. À savoir que l'expropriation dans le cadre de la réforme agraire est en soi de l'intérêt public et ne doit donc pas nécessairement être justifié autrement (les clauses (a) à (d) n'étant que des exemples en rien limitatifs).

L’Afrique du Sud, en tant que membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), est signataire du protocole de la SADC sur la finance et l’investissement. Ce protocole vise à fournir un cadre politique pour encourager les États membres à instaurer un climat économique favorable à l’investissement et à l’esprit d’entreprise.

L’article 5 du protocole stipule que l’expropriation d’un terrain n’est légale que si elle est effectuée dans un but d’utilité publique, dans le cadre d’une procédure légale régulière, de manière non discriminatoire et accompagnée d’une indemnisation juste et adéquate.

La loi sur l’expropriation en son article 12 (3) pourrait entrer en conflit avec l’exigence d’une « indemnisation juste et adéquate » du Protocole.

La section 12 (3) (a) est particulièrement préoccupante, car elle prévoit que l’indemnisation pour un terrain peut être nulle si le terrain n’est pas utilisé et que le propriétaire n’a pas l’intention de développer le terrain ou de générer des revenus à partir du terrain, mais plutôt de bénéficier de l’appréciation de la valeur du marché.

La section 23 (3) (c) prévoit que les terres peuvent être prises sans compensation lorsqu’elles ont été abandonnées parce que le propriétaire n’a pas exercé de contrôle sur les terres, bien qu’il ait été raisonnablement en mesure de le faire, et la section 23 (3) (d) prévoit qu’aucune compensation ne doit être payée lorsqu’un investissement direct de l’État excède la valeur des terres.

L’Afrique du Sud a conclu plusieurs traités bilatéraux d’investissement avec la Chine, les États-Unis et des pays de l’UE, dont la plupart exigent une compensation à la valeur marchande totale en cas d’expropriation.

L’expropriation sans compensation pourrait constituer une violation de ces traités et déclencher des demandes d’arbitrage international de la part d’investisseurs étrangers.

Le protocole sur l’investissement de la zone de libre-échange continentale africaine, auquel l’Afrique du Sud est liée en tant que signataire, prévoit également des protections contre l’expropriation sans compensation.

L’article 19 du protocole de la zone de libre-échange prévoit des règles relatives à l’expropriation des biens. Celles-ci exigent que l’expropriation soit effectuée dans un but d’utilité publique, conformément à la procédure établie par l’État dans lequel l’investissement est détenu, de manière non discriminatoire et, conformément à l’article (19) (1) (d), qu’elle donne lieu à une indemnisation juste et adéquate.

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Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l’« unité » ?

Afrique du Sud — volonté de spolier les terres et d’angliciser les écoles malgré la constitution

samedi 8 février 2025

« Ce n’est pas l’expression qui engendre la violence, mais l’interdiction du débat qui alimente la radicalisation »

Le Figaro a publié un grand entretien avec Peggy Sastre, docteur en philosophie des sciences, spécialiste de Nietzsche et de Darwin. Elle a publié « Ce que je veux sauver » (Anne Carrière). Elle est également journaliste au « Point ». Peggy Sastre Chaque fois que la liberté d’expression a été sacrifiée à la stabilité, c’est la démocratie elle-même qui a fini par s’effondrer souligne l’essayiste, qui plaide pour une liberté de parole maximale et souligne l’inefficacité de la censure.


LE FIGARO. — On débat beaucoup en ce moment de la liberté de parole qui s’exerce sur les réseaux sociaux et qui serait, selon certains, une menace pour la démocratie. Est-ce que, selon vous, il y a une différence culturelle entre la liberté d’expression « à l’américaine » et celle qui est développée en Europe ?

PEGGY SASTRE. — Oui, il existe une différence fondamentale entre la conception américaine et européenne de la liberté d’expression. Aux États-unis, la liberté d’expression est protégée de manière maximale par le Premier Amendement, qui empêche pratiquement toute restriction sur les discours politiques, y compris ceux considérés comme offensants ou haineux. Ce à quoi il convient de rappeler, car on a tendance à l’oublier ou à ne pas le savoir, que la loi américaine punit les menaces directes et immédiates de dommages physiques, tout comme le harcèlement, le vandalisme et l’intimidation, sans même parler de la diffamation ou des secrets industriels ou militaires…

En Europe, en revanche, cette liberté est bien plus encadrée : la législation inclut souvent des limites liées aux « discours de haine » ou encore à la protection de la dignité humaine. Cette différence se traduit aussi dans les pratiques culturelles. En Europe, les lois et la sensibilité collective tolèrent moins les provocations publiques qui pourraient heurter certaines communautés. Comme le détaille le rapport «The Free Speech Recession Hits Home» du think-tank The Future of Free Speech, de Jacob Mchangama, plusieurs démocraties européennes ont adopté des lois de plus en plus restrictives sous prétexte de lutte contre la désinformation, la haine en ligne ou la protection de la cohésion nationale.

 — Pourtant le droit à la caricature semble moindre aux États-unis. Pas un seul journal ne pourrait publier des caricatures hostiles à l’islam comme elles sont publiées en France dans Charlie Hebdo. Comment expliquer ce paradoxe ?

 — Par une différence entre les principes juridiques et les normes culturelles. Aux États-Unis, la liberté d’expression est juridiquement plus large, mais dans la pratique, l’autocensure y est plus présente, notamment sous la pression sociale et économique. Les médias américains sont particulièrement vulnérables aux pressions des groupes militants, aux boycotts, voire à la menace physique, ce qui les pousse à éviter certains sujets trop polémiques. C’est un point que j’aborde dans Ce que je veux sauver en analysant comment certaines formes de censure ne viennent pas nécessairement de l’état, mais d’une dynamique sociale où la peur des représailles (y compris économiques) limite la liberté de parole. En France, la tradition satirique et la laïcité républicaine ont installé une tolérance culturelle plus large envers la critique des religions. L’affaire des caricatures de Charlie Hebdo en est un exemple frappant : malgré les menaces, l’hebdomadaire a continué à publier des dessins provocateurs, alors qu’aucun grand journal américain n’a osé les reproduire dans leur intégralité.

 — Est-ce qu’une liberté d’expression absolue n’aboutit pas à la tyrannie des susceptibilités ?

 — La liberté d’expression absolue n’existe pas, d’une part. Si on parle de liberté d’expression maximale, comme elle est consacrée par le Premier Amendement de la Constitution américaine, non, je ne pense pas qu’elle conduise à la tyrannie des susceptibilités, mais plutôt à leur confrontation ouverte. On en a un exemple avec le « retour de bâton » contre le wokisme aux États-unis : à la fois le wokisme a été le plus fort chez eux, mais en même temps il aura généré des réactions – pas toujours finaudes, mais c’est un autre débat – qui auront permis de le faire reculer avec une vitesse impressionnante. En France, je crains qu’on manque de tels contre-pouvoirs et, globalement, d’une culture qui, en fin de compte, empêche toute orthodoxie trop massive de faire souche… Ensuite, l’argument selon lequel la liberté d’expression illimitée pourrait créer un climat de violence est souvent avancé pour justifier des restrictions, mais il repose sur une logique qui inverse la causalité : ce n’est pas l’expression qui engendre la violence, mais l’interdiction du débat qui alimente la radicalisation.

Je me réfère encore au rapport « The Free Speech Recession Hits Home », qui est une mine sur le sujet. Il montre que les législations contre les discours de haine et la désinformation ont rarement prouvé leur efficacité à contenir les tensions sociales. Au contraire, elles donnent souvent une aura de martyre aux discours interdits, les renforçant au lieu de les affaiblir. C’est aussi un point que je traite dans mon livre, en soulignant que la répression des idées jugées « dangereuses » aboutit souvent à leur diffusion clandestine, les rendant encore plus toxiques. La seule réponse efficace à une idée délétère reste de lui opposer une meilleure idée, et non de la censurer. Je suis aussi très sensible à une sorte d’argument mitochondrial (en biologie, cellule chargée de récupérer l’énergie fournie par les molécules afin de les stocker pour une utilisation future, NDLR) pour la liberté d’expression maximale : quand on étouffe une idée, même et surtout atroce, on empêche par la même occasion toutes les autres idées qu’elle aurait pu faire naître. Et il est impossible, a priori, de connaître la descendance d’une idée…

La transparence est préférable à l’obscurité. Une idée exposée à la critique peut être combattue, alors qu’une idée interdite se propage en sous-main, » sans opposition

 — On entend un discours selon lequel la liberté d’expression serait devenue l’ennemie de la liberté, et même de la démocratie. Ce discours est-il nouveau ?

 — Non, ce discours n’est pas du tout nouveau. Il s’inscrit dans une tradition qui remonte aux régimes autoritaires et aux idéologies totalitaires du XXe siècle, qui trouvent leur genèse dans la dégénérescence de la Révolution française en Terreur. Soit un exemple emblématique d’une période où les crises politiques et sociales conduisent à un rejet de la liberté d’expression, souvent au nom de la préservation de l’ordre et de la sécurité. Initialement, la Révolution a promu la liberté d’expression comme un droit fondamental, avant de sombrer dans la Terreur et d’adopter des politiques de censure et de répression politique. En 1789, l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclamait que « tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement», mais dès 1793, la Révolution basculait dans un régime de répression où les « ennemis de la liberté » étaient pourchassés. La loi des suspects permettait d’arrêter toute personne dont les propos étaient jugés hostiles au régime, et la loi de Prairial, de 1794, instituait la peine de mort pour de simples infractions verbales, comme critiquer la Convention nationale ou diffuser des « fausses nouvelles » (cela vous rappelle quelque chose ?). En on arrive à 17 000 exécutions, souvent pour des délits d’opinion. La Révolution est peut-être le cas d’école de ce paradoxe récurrent : ceux qui prétendent défendre la liberté sont souvent les premiers à l’étouffer lorsqu’ils estiment que son exercice met en péril leur projet politique. L’argument selon lequel la liberté d’expression mettrait en danger la démocratie est souvent employé par ceux qui souhaitent encadrer le débat public et imposer une norme idéologique unique. Dans Ce que je veux sauver, j’analyse l’évolution des totalitarismes modernes qui, au lieu d’imposer un contrôle direct, créent des formes de censure par pression sociale, comme le wokisme ou les lois contre la « désinformation ». Les travaux de Jacob Mchangama et de son think-tank mettent aussi en évidence la manière dont plusieurs démocraties utilisent la lutte contre la « haine en ligne » pour restreindre des opinions qui ne sont pas forcément haineuses mais simplement dissidentes, le tout selon cette règle : plus un régime démocratique s’inquiète pour sa stabilité, plus il a tendance à restreindre la liberté d’expression.

En Allemagne, la législation sur les discours haineux a entraîné des milliers d’arrestations pour des commentaires postés sur internet, avec des descentes de police à l’aube pour des individus accusés d’avoir insulté des personnalités publiques. En France, des lois comme celle contre « l’apologie du terrorisme » ont été utilisées de manière abusive, parfois contre des enfants ou des militants, criminalisant des opinions sans appel clair à la violence. Autant de dérives qui partagent la logique de la dégénérescence de la Révolution française : la liberté d’expression est d’abord célébrée comme un principe fondateur, puis progressivement restreinte dès qu’elle est perçue comme une menace par le pouvoir en place. Le risque majeur de cette logique est que la démocratie elle-même commence à fonctionner comme un régime autoritaire sous prétexte de se défendre contre ses ennemis. Comme l’explique Mchangama, l’histoire montre que les démocraties qui restreignent excessivement la liberté d’expression finissent par affaiblir les principes qu’elles prétendent protéger, en renforçant notamment les mouvements qu’elles cherchent à combattre. En somme, le discours affirmant que «trop de liberté d’expression nuit à la démocratie » est une vieille rengaine qui accompagne toutes les périodes de crise. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur de son acceptation dans les démocraties modernes, notamment sous couvert de protection contre la désinformation et les discours de haine. Mais comme l’a montré l’histoire, chaque fois que la liberté d’expression a été sacrifiée à la stabilité, c’est la démocratie elle-même qui a fini par s’effondrer.

 — Vous dites que la censure ne fonctionne pas. Avez-vous des exemples concrets de censure qui ait empiré le mal ?

 — Oui, plusieurs exemples plus ou moins récents montrent que la censure ne fait que renforcer les idées qu’elle prétend combattre. Le plus éloquent, et bizarrement le moins connu, concerne l’Allemagne prénazie. Voyez les travaux de Timothy Garton Ash : l’Allemagne de Weimar avait adopté des lois strictes contre les discours antisémites, poursuivant et emprisonnant plusieurs propagandistes nazis, notamment Julius Streicher, éditeur de Der Stürmer. Plutôt que d’étouffer leurs idées, ces procès leur ont offert une tribune et un statut de martyrs qui ont contribué à la montée du nazisme. Je pense aussi à l’interdiction de Dieudonné en France. Ses spectacles ont été interdits, Manuel Valls en a fait une croisade personnelle et quoi ? Cela l’a transformé en figure de la « liberté d’expression contre le système», renforçant son influence auprès d’un public complotiste qui aurait pu rester marginal. Concernant le cordon sanitaire médiatique en Belgique, contrairement à ce que certains prétendent, l’interdiction médiatique des partis d’extrême droite en Wallonie n’a pas empêché leur progression ailleurs, notamment en Flandre. La logique est toujours la même : en excluant certaines idées du débat public, on les pousse dans des sphères où elles prospèrent sans contradiction.

 — Quels sont vos arguments pour faire valoir qu’une maximisation de la liberté d’expression comporte moins de dangers que sa limitation ?

 — D’abord parce que la transparence est préférable à l’obscurité. Une idée exposée à la critique peut être combattue, alors qu’une idée interdite se propage en sous-main, sans opposition. Ensuite, comme je l’ai mentionné, l’histoire prouve que la censure renforce ce qu’elle cherche à éliminer : le nazisme, le fondamentalisme islamiste et même certaines formes de radicalisation politique ont prospéré précisément là où l’expression était contrainte. Enfin, la liberté d’expression est un rempart contre le totalitarisme : une société qui commence à limiter l’expression ouvre la porte à des restrictions toujours plus grandes, jusqu’à étouffer toute dissidence. Si la censure pouvait réellement empêcher la haine et la violence, nous vivrions dans un monde pacifié. Or, les sociétés qui l’appliquent le plus rigidement ne sont pas les plus démocratiques, bien au contraire.

Source : Le Figaro


vendredi 7 février 2025

« Transition de genre » : l’Argentine annonce interdire les traitements pour les mineurs

Le gouvernement argentin a annoncé vouloir interdire les traitements hormonaux et les opérations chirurgicales de « transition de genre » pour les mineurs, a annoncé mercredi le porte-parole de la présidence, Manuel Adorni.

Actuellement, les mineurs peuvent subir des traitements de « transition de genre » avec l’accord de leurs parents. Si ces derniers refusent, ils peuvent recourir à un juge. « Ces interventions auxquelles les enfants sont exposés constituent un risque sérieux pour leur santé, tant physique que mentale, car elles impliquent une interruption de leur processus de maturation », relève le porte-parole.

D’autre part, les autorités empêcheront les prisonniers d’être transférés « s’ils changent de sexe après avoir commis un crime », a en outre précisé Manuel Adorni. Ainsi, les détenus seront assignés aux quartiers pénitentiaires en fonction du sexe inscrit sur leur carte d’identité au moment où le crime pour lequel ils sont emprisonnés a été commis. Pour les délits sexuels, aucun transfert ne sera autorisé, même si les détenus se déclarant transgenres ont demandé un changement de sexe sur leurs papiers d’identité avant de commettre le délit.

Ces mesures qui constituent un « combat frontal contre l’extrémisme de genre » seront adoptées par décret, précise la présidence argentine. Toutefois, pour mettre en œuvre ces dispositions, la loi de 2012 relative à « l’identité de genre » devra être modifiée. Ce qui nécessitera l’approbation du Congrès selon les associations.

Le président argentin Javier Milei (ci-contre) a par ailleurs suivi « l’exemple de Donald Trump » en annonçant que l’Argentine quitterait également l’Organisation mondiale de la santé (OMS).


 

Sources : Buenos Aires Herald (5/II/2025) ; The Guardian, Tiago Rogero (5/II/2025); Généthique

Les Mousquetaires racisées II, le retour

Voir aussi 

 « Toutes pour une » : l’échec cuisant de la version féministe des Trois Mousquetaires au cinéma.

L'adaptation "diversitaires" des Trois Mousquetaires, dirigée par Houda Benyamina, ne rencontre pas le public. 

En cinq jours, le film n'a attiré que 9 407 spectateurs, un four retentissant qui ne rentre même pas dans le palmarès des 30 films de la semaine. La critique d'Éric Neuhoff dans Le Figaro parle d'un long-métrage qui « patauge » dans la relecture féministe et diversitaires de l’œuvre d'Alexandre Dumas. 

 Le scénario se distingue par un détail majeur : les traditionnels mousquetaires sont désormais des femmes « racisées ». Oulaya Amamra, Sabrina Ouazani, Déborah Lukumuena et Daphne Patakia (voir photo ci-dessous) incarnent respectivement les rôles de d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis. La nouveauté ? Les héroïnes doivent se déguiser en hommes pour accomplir leur mission : protéger la reine Anne d’Autriche, au prix d’une transformation physique totale : fausses barbes, perruques et poitrines bandées.


 

Sur la Toile, les influenceurs identitaires et les contenus promouvant les idées conservatrices ont le vent en poupe



L’extrême droite a été excommuniée des médias traditionnels à la fin des années 1990. La jeune génération de cette mouvance politique s’est réfugiée sur internet.

Quinze milliards de dollars de fortune, ce n’est pas encore assez pour vous placer au sommet du classement annuel de Forbes, mais c’est suffisant pour figurer au panthéon des seigneurs de la Silicon Valley. Et vous permettre de publier un brûlot contre l’establishment sur le site du journal de référence des magnats de la tech, des chefs d’entreprise et tout ce que les États-Unis comptent de décideurs publics. Ainsi, le 10 janvier dans le Financial Times, Peter Thiel, cofondateur de PayPal, le système de paiement en ligne, et investisseur dans Facebook aux débuts du réseau social, annonce la venue de temps nouveaux avec le retour de Trump à la Maisonblanche. Une ère de vérité et d’« apocalypse ».

Internet est en passe de « gagner la guerre, les institutions de l’ancien régime s’effondrent », écrit Thiel dans sa tribune, traduite en français et commentée par la revue Le Grand Continent. Pour ce proche de Musk, soutien de Trump, la toile aurait réussi à tuer le vieux monde, « les organisations médiatiques, bureaucraties, universités et ONG financées par l’état », qu’il juge dégoulinant de progressisme et qui délimiterait le périmètre de la conversation publique depuis trop d’années.

Car aux États-Unis, comme partout en Occident, la droite est en première position sur la toile. Aucune raison que la France y échappe. Trois livres publiés par des auteurs que l’on peut difficilement soupçonner d’accointances avec les idées conservatrices soutiennent cette sentence : La Fachosphère : comment l’extrême droite remporte la bataille (Flammarion, 2016), des journalistes David Doucet et Antoine Albertini ; Pop fascisme : comment l’extrême droite a gagné la bataille culturelle sur internet (Divergences, 2024) écrit Pierre Plottu et Maxime Macé de Libération, tout récemment Pourquoi l’extrême droite domine la toile (L’aube, 2025) un essai signé Achraf Ben Brahim, consultant dans le secteur du numérique.

Cette domination se traduit moins par le nombre d’abonnés des partis politiques traditionnels sur les réseaux sociaux ou le nombre de vues et de j'aime sur les plateformes de vidéo type YouTube que par l’existence d’un écosystème puissant qui nourrit ou pourrit, le débat public, c’est selon. Citons pêle-mêle : le 18-25 ans de jeuxvideo.com, une sorte de 4chan francophone, ce forum en ligne américain prisé de Musk où la « culture du LOL » est plus souvent utilisée pour promouvoir des théories masculinistes et manifester un rejet de l’immigration que se gargariser devant la dernière sortie médiatique de la démocrate Alexandra Ocasio-Cortez. Ou la revue de presse identitaire Fdesouche (8 millions de pages vues par mois, plus de 500 000 abonnés au total sur Facebook et X), le succès de Jordan Bardella sur Tiktok (2,1 millions d’abonnés) et d’influenceurs identitaires type Damien Rieu, Julien Rochedy ou Papacito, les médias alternatifs comme Frontières et une myriade d’anonymes qui partagent chaque jour des mèmes, pour normaliser, par l’humour, leurs idées et toucher un public large, sans filtre entre l’émetteur et le récepteur. Le médium internet a cette force-là : la désintermédiation.

Ces images détournées franchissent parfois le mur de ce pan du web où l’humour potache et la provocation sont les seules règles qui vaillent. L’exemple de « Nicolas, 30 ans » est criant. Ce montage à visée humoristique, sous forme de schéma, met en scène un jeune trentenaire qui se prend les mains dans la tête, désemparé, en constatant que son salaire va tout droit dans les poches de Bernard et Chantal, 70 ans, et de Karim, un jeune Maghrébin de 25 ans. Selon le schéma, les premiers utiliseraient ensuite cette somme pour des vacances en croisière, quand le second, Karim, transférerait l’argent dans son pays d’origine. Le mème vise à dénoncer le « contrat social » à la française qui profiterait à la génération des baby-boomeurs, aux immigrés et aux descendants d’immigrés, au détriment des jeunes actifs. L’image s’est diffusée partout et le message a été traduit en anglais par quelques trublions du web et remodelé pour coller avec le modèle britannique. Bingo. Le montage fait le tour de l’internet d’outre-Manche et The Spectator, le plus ancien magazine en langue anglaise publié sans interruption a consacré en novembre 2024 un article à ce phénomène dont le berceau est l’« internet d’en bas ».

Donner la parole à cet internet des « sans dents », pour reprendre la formule polémique attribuée par Valérie Trierweiler à François Hollande, qui sont en ligne, des « sans visage » et « sans nom », c’était aussi l’objectif du collectif Anonymous. Cette nébuleuse contestataire de pirates anarchistes masqués, que l’on peut difficilement classer politiquement, se battait pour la libre circulation de l’information sur les réseaux. Enfant du forum 4chan, le mouvement qui n’en est pas vraiment un s’est fait un nom lors des révoltes de 2011 : des pays arabes qui se soulevaient jusqu’à Wall Street occupé. À ce moment-là, pléthore de mouvements citoyens, plutôt orientés à gauche, font la promotion du « web libre » comme ils ont milité pour le développement des radios pirates dès les années 1970. En Espagne, les indignés occupent la Puerta del Sol, la place centrale de Madrid, contre la crise financière, le bipartisme en Espagne et pour le développement d’un internet sans censure.

Assiste-t-on au retour de balancier du web libre ? La gauche est-elle tombée dans le piège de l’utopie numérique, comme l’affirme l’historien américain Fred Turner, ex-enseignant au MIT ou à Harvard ? Elle a, a minima, découvert que les gens n’avaient pas que des revendications estampillées « de gauche » à faire valoir. Au téléphone, Samuel Lafont, responsable de la stratégie numérique et des levées de fonds chez Reconquête, martèle que la force de la droite serait son rapport avec la vérité. « Leréel », comme il l’appelle. « On ne peut pas changer le réel. Quand la gauche communique sur ce qu’elle aimerait que le réel soit, mais que cela ne renvoie à rien de concret, cela ne fonctionne pas », ajoute le communicant.

Si costaud que ça, la droite dure ? « Expérimentée », répond Fabrice Epelboin, spécialiste du numérique et des réseaux sociaux. Dans les années 1990 jusqu’aux années 2010, la gauche chic rayonne de tout son pouvoir d'influence, elle a son rond de serviette sur les plateaux de télévision et à la radio. Stéphane Guillon fait de l’ex-ministre UMP de Nicolas Sarkozy, Nadine Morano, sa tête de Turc, le « Grand Journal » de Canal+ et les « Guignols de l’info » sont des institutions du petit écran, bien que subsistent quelques îlots avec de vrais débats contradictoires : l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couchés » et celle de Frédéric Taddeï « Ce soir ou jamais ».

« L’extrême droite a été excommuniée des médias traditionnels à la fin des années 1990, la jeune génération de cette mouvance politique s’est réfugiée sur internet ». Ainsi serait née une « contreculture » de droite, dixit Epelboin, qui a acquis et développé au fil du temps les codes de cet univers foutraque qu’est internet.

Le boycottage des thèses conservatrices, à l’époque pas si lointaine où les petits génies de la tech en sweat à capuche n’avaient d’yeux que pour les démocrates, a également pu jouer un rôle majeur.

« La créativité naît de la contrainte », tente d’expliquer un internaute tendance libéral conservateur. Pour lui, « la modération était si zélée sur les réseaux sociaux que faire passer un message “de droite” directement au grand public était pratiquement impossible ». Cette contrainte a permis l’émergence de nouveaux moyens d’expressions créatifs pour contourner la censure.

« La gauche, n’ayant pas été soumise à cette pression évolutionniste, son humour ayant droit de cité dans les médias traditionnels, a fourni peu d’efforts », ajoute-t-il. Et en pratiquant l’excommunication, en jouant à la police des archives avec ceux de son camp, n’a pas arrangé son cas. Les membres de la Ligue du LOL, un groupe Facebook privé créé en 2010, cloués au pilori pour des blagues de mauvais goût, s’en souviennent.

Ce n’est pas près de s’arranger, à en croire Valerio Motta, spécialiste de communication numérique, ex-directeur de la communication du Parti socialiste : « La culture du LOL n’est plus à gauche, car la gauche n’est pas assez structurée et sereine pour en faire une force majeure. » Pas assez sereine ou ennuyeuse comme la pluie, en se fixant sans cesse des règles et des lignes rouges à ne pas franchir ? « Les gauchistes sont des petits gardiens barbants, ils marchent sur des œufs en permanence pour faire de l’humour », assure un utilisateur de X qui totalise plusieurs milliers d’abonnés. Sur le réseau social de Musk en tout cas, le vent de légèreté souffle, semble-t-il, de tribord. Connaissezvous « humour de droite » ? Ce compte humoristique régnait en maître sur le Twitter des années Sarkozy avec ses saillies sur les personnalités de premier plan de l’époque, les Jeanfrançois Copé et autres Brice Hortefeux. Aujourd’hui, les publications du compte atteignent péniblement une cinquantaine de likes malgré 300 000 abonnés. Comme si, à droite, le buzz passait aujourd’hui par l’humour tandis qu’à gauche, la viralité se faisait via l’angoisse : de la fin du monde à cause du réchauffement climatique ou de la fin d’un monde en raison d’une menace fasciste rampante. Le livre Résister, une sorte de petit guide pour lutter contre l’« extrême droite aux portes du pouvoir » de Salomé Saqué, la journaliste et intellectuelle organique de la gauche urbaine, aux 400 000 abonnés sur Instagram, figure en bonne place dans le classement des essais les plus vendus.

Au lendemain de la victoire de Donald Trump aux États-Unis, les conservateurs américains ont inondé X du slogan « we are so back » (« nous sommes tellement de retour »). Comprenez : le temps de la marginalisation des idées de droite est révolue. L’ère des grandes révolutions progressistes des années 2010, bâties plus sur des forums de discussion, dans des podcasts et au fil des tweets plus que sur des barricades (Black Lives Matter, #Metoo, etc.), enterrée. Chez nous, force est de constater que la donne a changé. Car a émergé, en France comme aux États-Unis, un système médiatico-politique autrement plus favorable à la droite symbolisé par le rachat du groupe Canal+ et la montée en puissance de Cnews qui fournit un contenu vidéo quotidien au public en quête de joutes verbales contre les « gauchistes » ou le rachat de Twitter par Musk pour le transformer en X, dont les algorithmes favorisent les personnalités et les thèses conservatrices. Une enquête menée par le Wall Street Journal vient de démontrer que le système de recommandation de X favorisait aussi les messages de tous les internautes pro-Trump, au détriment des publications pro-Harris. Au grand dam de la gauche. « Sur X, les personnalités politiques ne sont pas à égalité sur la ligne de départ », déplore Valerio Motta. Fabrice Epelboin nuance. « Le panorama d’un espace numérique acquis à la droite est à nuancer. Beaucoup de néomédias, comme Konbini ou Brut, restent à gauche sans parler de Mediapart, qui a été précurseur. » On peut aussi citer le succès des vidéos de l’écrivain François Bégaudeau sur YouTube, qui totalisent régulièrement plus de 100 000 vues ou celui de l’émission « Backseat »[oui, oui en France...], présentée par Jean Massiet (250 000 abonnés), diffusée chaque jeudi sur les plateformes Twitch et YouTube, devenue le rendez-vous incontournable des têtes d’affiche du Nouveau Front populaire.

Sur la toile, la droite a en partie gagné la bataille en surfant sur une supposée hégémonie de la gauche dans les médias traditionnels. Dans un monde où les cartes sont rebattues, peut-elle gagner la guerre d’internet ?

« L’extrême droite a été excommuniée des médias traditionnels à la fin des années 1990, la jeune génération de cette mouvance politique s’est réfugiée sur internet » Fabrice Epelboin spécialiste du numérique et des réseaux sociaux

Source : Le Figaro