jeudi 5 septembre 2019

Québec — 800 000 $ par classe de maternelle 4 ans, comment est-ce possible?

Chaque classe de maternelle 4 ans coûtera en moyenne 800 000 $ à construire. Nous avons tenté de comprendre comment de simples salles de classe peuvent coûter si cher.

Quatre murs, quelques fenêtres et du mobilier, et pourtant, chaque classe de maternelle 4 ans coûtera en moyenne 800 000 $ à construire. En campagne électorale, la Coalition avenir Québec tablait sur un montant d’un peu plus de 120 000 $ en moyenne.


Fin avril, lorsque l’explosion des prévisions de coûts a été confirmée, le Premier ministre François Legault a justifié la dépense en expliquant que les classes sont « amorties sur 40 ans » et « qu’on doit bien ça à nos enfants pour être capables d’offrir ce qu’il y a de mieux ».

Mais le diable se trouve dans les détails ; c’est que la facture prévoit bien plus. L’architecte de la Commission scolaire des Navigateurs, Richard Dion, nous a accueillis dans le nouvel agrandissement de l’école du Grand-Voilier de Lévis. Une demande d’aide financière de 2,4 millions de dollars pour un ajout supplémentaire de trois classes destinés à des maternelles 4 ans — donc 800 000 $ par classe — a récemment été soumise au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.




Une fois les classes construites, le mobilier et le matériel doivent y être installés. Des 800 000 dollars, 40 000 y sont consacrés.

Seuls les frais d’opération, comme le salaire des enseignants, ne comptent pas.

Plus de détails


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Victoire pour les enfants et les parents: l'Alberta abroge la loi 24

Texte de l’avocat John Carpay, président du Centre de justice pour les libertés constitutionnelles (JCCF.ca). Ili a représenté les parents et les écoles lorsqu’ils ont contesté avec succès la loi albertaine 24.

En 2017, le gouvernement néo-démocrate de l’Alberta a adopté une loi obligeant les enseignants et les directeurs d’école à ne pas divulguer les secrets de leurs enfants à leurs parents — parfois pour des enfants âgés d’à peine cinq ans.

Connue sous le nom de loi 24, la nouvelle loi privait les enseignants et les directeurs d’école de la discrétion d’informer — ou non — les parents de la participation de leurs enfants aux activités d’une Alliance Homo-Hétéro (A2H) ou d’activités liées à la A2H.

Plus de deux douzaines de parents et d’écoles ont contesté la validité constitutionnelle de la loi 24 devant les tribunaux. La procédure judiciaire a mis au jour des faits troublants. En effet, des militants profitaient des A2H pour la promotion du transgendérisme. Dans un cas, une fille autiste vulnérable de Calgary a été encouragée par l’A2H de l’école à s’habiller, à vivre et à se comporter comme un garçon à l’école, le tout sans informer ses parents. Ce n’est que lorsque la fille a tenté de se suicider que l’école a finalement informé ses parents qui l’élevait pourtant avec amour et tendresse de ce qui se tramait dans leur dos.

Dans un autre cas, un garçon de 15 ans a été encouragé à sécher des cours afin d’assister à une conférence de la A2H dans le centre de l’Alberta, le tout sans en informer sa mère. « Ne vous inquiétez pas, elle ne le saura pas », avait dit une enseignante activiste au garçon. Bien sûr, la mère a fini par le découvrir ; les mères le savent presque toujours en fin de compte. La mère a donc appris que son fils avait séché des cours. Elle a également appris que la conférence de la A2H avait distribué à son fils et à d’autres enfants un manuel qui détaillait de façon crue et pas à pas comment effectuer une sodomie, le tout illustré en couleur avec deux hommes nus impliqués dans cet acte.

La loi 24 permettait de jeter un voile secret sur les activités des A2H. Secret dont les adultes parlent lors des réunions de la A2H et ont accès aux enfants, à l’insu de leurs parents. Secret sur le matériel sexuel et politique auquel les enfants sont exposés lors d’activités et d’événements liés à la A2H. Le site Web officiel de la A2H du gouvernement de l’Alberta, destiné aux enfants de la maternelle à la 12e année, comportait des liens vers de la pornographie ignoble, ce qui a amené les parents raisonnables à s’inquiéter de la teneur de ce à quoi leurs enfants seraient exposés lors des réunions et des activités de la A2H de leur école.

Pour toute personne raisonnable, dissimuler des secrets aux parents est un signal d’alarme. Souhaiteriez-vous inscrire votre enfant dans une classe d’arts martiaux si l’on vous disait qu’une partie de la classe se tiendrait en secret et que les parents ne seraient pas informés de ce qui s’est passé pendant ce temps ? Permettriez-vous à votre enfant de jouer au hockey si l’entraîneur vous informait que des inconnus anonymes lui parleraient de sujets liés à la sexualité ? Seriez-vous d’accord pour ne pas connaître le contenu sexuel et politique de ce à quoi votre enfant sera exposé lors de la pratique du football ou lors d’une réunion d’éclaireurs ? Telle était pourtant la réalité secrète des écoles albertaines en vertu du projet de loi 24.

Le NPD décrivait la loi 24 comme nécessaire pour empêcher que  l’homosexualité des enfants ne soit divulguée contre leur gré à leurs propres parents. Mais avant cette nouvelle loi, les écoles n’étaient pas obligées de fournir des informations aux parents si cela risquait de mettre en péril les enfants. Avant le projet de loi 24, la loi invitait les enseignants à faire preuve de jugement et à faire la distinction entre une très petite minorité de parents violents et la grande majorité des parents qui aiment et acceptent leurs enfants comme ils sont. La loi 24 a anéanti ce pouvoir discrétionnaire des enseignants, rendant illégale la communication aux parents d’informations sur leurs propres enfants — âgés parfois de cinq ans à peine — engagés dans des activités A2H ou liées à des activités A2H dans les écoles.

La loi 24 partait du principe que les parents sont les ennemis de leurs propres enfants ou qu’ils sont en quelque sorte moins dignes de confiance que le personnel de l’école et les militants politiques. La loi 24 omettait non seulement de distinguer entre bons et mauvais parents, mais elle ignorait de faire la distinction entre un jeune de 17 ans en 12e année et un enfant de cinq ans à la maternelle. En vertu de la loi 24, il n’y avait pas de distinction légale entre un enfant de la maternelle et un adolescent attiré par un adolescent de même sexe qui ne souhaite pas discuter de sujets sexuels avec ses parents.

La procédure judiciaire contre la loi 24 a rassemblé des parents et des écoles de toute l’Alberta, créant ainsi un réseau de citoyens informés qui ont été en mesure d’informer le public — et les politiciens — sur cette loi néfaste. La procédure judiciaire a également fait en sorte que le projet de loi 24 reste d’actualité, jusqu’à son abrogation ultime en 2019 par un nouveau gouvernement [conservateur].

La procédure judiciaire a permis aux écoles de résister aux pressions incessantes du gouvernement [de gauche/NPD] de l’Alberta. C’est ainsi qu’en septembre 201, le ministre néo-démocrate de l’Éducation, David Eggen, a menacé de fermer les écoles confessionnelles si elles refusaient de supprimer le contenu religieux de leurs propres politiques scolaires. Cela a causé énormément de stress et d’inquiétude à des milliers de parents, directeurs d’école, enseignants et enfants en Alberta. Dans le cadre de l’action en justice, les écoles ont tenu bon et ont refusé de reculer. Le ministre de l’Éducation a hésité et aucune école n’a perdu son financement.

En cette rentrée scolaire en septembre 2019, la loi 24 et ses dispositions qui la dissimulation d’information aux parents ne sont plus en vigueur. Les conseils scolaires sont libres d’adopter des politiques en vertu desquelles les enseignants et les directeurs peuvent à nouveau exercer leur pouvoir discrétionnaire en informant les parents au besoin.


mercredi 4 septembre 2019

Bonjour M. le maître (documentaire 1971)

Un ancien instituteur (M. René Uyttebroek) retourne dans l’école primaire pour garçons où il enseigna à Ixelles, 40 ans après. Une réflexion autour de la profession d’enseignant et sur l’évolution de l’enseignement...




Scènes de classe (non mixtes...) intéressantes par leur discipline et la pédagogie utilisée (analyse grammaticale poussée), leçon d’histoire (Charles-Quint), saynète en néerlandais. Réflexion sur le manque de considération de la profession depuis la fin de la 2e Guerre mondiale, salaire non revalorisé, désaffection de la carrière par les hommes.

1989 — prédictions sur le réchauffement climatique pour 1999

En 1989, le « réchauffement climatique » était censé faire disparaître « d’ici dix ans les Pays-Bas, les Maldives, les Seychelles, les Caraïbes et bien d’autres nations » selon le directeur du bureau de l’environnement de l’ONU.




Trente ans plus tard... Aucun pays englouti, pas plus que Venise. Mais les journalistes ne disent plus « gardons-nous bien sûr de dramatiser » malgré l'historique de prédictions exagérées.

Voir aussi

Climat — Le point de rupture à nouveau reporté ?

La journée dans les médias fut apocalyptique : plus que 11 ans pour limiter le réchauffement climatique dans des limites raisonnables. Réchauffement qui, nous dit-on, ne pourrait avoir que des aspects négatifs... Surtout au Québec qui gèle pendant six mois par an ?


dimanche 1 septembre 2019

Priorité : Des écoles s’adaptent aux élèves « trans »

Des écoles de la commission scolaire des Navigateurs, sur la Rive-Sud de Québec, devront mettre en place des mesures pour mieux accueillir les élèves transgenres et non binaires, une première dans la région.

Le conseil des commissaires a adopté hier soir la Politique relative aux mesures d’ouverture et de soutien aux élèves trans et non binaires.


L’objectif est d’établir des règles claires entourant l’accueil des élèves dont l’identité de genre ne correspond pas à leur sexe biologique et de ceux qui ne s’identifient ni au sexe masculin ni au sexe féminin, explique la directrice des services éducatifs, Pascale Girard-Toupin.

Cette politique n’a pas été élaborée en réponse à des questions provenant des directions d’école, mais plutôt pour se préparer à faire face à ces enjeux, précise-t-elle. Comprendre : imposée par la hiérarchie et non la réalité de terrain.

« Ça nous permet d’être proactifs, afin que notre personnel se sente plus outillé et à l’aise d’intervenir » face à ces réalités [euh... certainement pas biologiques], a-t-elle affirmé lors d’un entretien avec Le Journal.

Désigner l’élève par le sexe qu’il s’attribue

La politique repose d’abord sur le principe d’auto-identification : les élèves transgenres devront être identifiés par le prénom et le sexe qu’ils ont choisis, même si aucun changement n’a été fait au dossier administratif de l’élève.

Les élèves transgenres ou non binaires devraient aussi pouvoir utiliser les toilettes et les vestiaires dans lesquels ils se sentent le plus à l’aise.

Il est aussi recommandé d’éviter que les codes vestimentaires ciblent un sexe en particulier. Plutôt que d’écrire « les filles ne doivent pas porter de jupes courtes », il est préférable d’opter pour la formule « les jupes courtes ne sont pas permises », peut-on lire dans le document.

Lors de différentes activités, les écoles doivent aussi éviter de séparer les élèves selon le sexe.

Endoctrinement

Des activités de formation devront aussi être offertes au personnel scolaire. Déjà l’an dernier, toutes les directions d’établissements — au primaire, au secondaire, en formation professionnelle et à l’éducation des adultes — ont participé à un atelier de « sensibilisation » sur « ces réalités » [à nouveau ! alors qu’il s’agit d’idéologie !].

Mme Girard-Toupin précise par ailleurs que les élèves transgenres ou non binaires sont habituellement secondés de professionnels qui les accompagnent dans leur démarche, ce qui « réduit les risques » d’entreprendre une démarche non fondée.

La CSDM pionnière

La commission scolaire de Montréal (CSDM) a été la toute première à adopter des directives qui visent à répondre aux besoins des élèves transgenres, dès 2016.

Depuis, d’autres commissions scolaires ont emboîté le pas, notamment au Lac-Saint-Jean et à Trois-Rivières.

L’an dernier, un guide rédigé en collaboration avec le ministère de l’Éducation a aussi été publié afin de soutenir les élèves transgenres en milieu scolaire.

D’autres changements à venir

Après avoir aménagé 45 toilettes non genrées sur son campus, l’Université Laval a amorcé des travaux qui visent à modifier ses systèmes informatiques et ses documents « pour permettre à toutes les personnes d’être identifiées selon le genre souhaité », indique sa porte-parole Andrée-Anne Stewart.

Des cases additionnelles pourraient être ajoutées sur des formulaires, par exemple.

L’administration universitaire espère terminer ces travaux d’ici deux ans.

Des toilettes neutres dans les cégeps

Dans le réseau collégial, plusieurs établissements ont des toilettes neutres, identifiées comme telles, depuis déjà quelques années.
Ces installations existent dans tous les cégeps de la région de Québec.

Des formations sur la « réalité » des personnes transgenres ont aussi été données dans la majorité des cégeps.


Source : TVA, mais cela pourrait être Radio-Canada, La Presse ou Le Devoir... pourquoi subventionner des médias qui adoptent tous le même point de vue sur cette nouvelle « réalité » ?

Davantage d'éducation sexuelle réduit-il les infections sexuellement transmissibles ?

L’imposition de davantage d’heures consacrées à l’éducation à la sexualité pour lutter contre un regain dans le nombre de cas de maladies vénériennes est devenue une vieille scie. On l’utilise depuis que les cours d’éducation sexuelle ont été introduits dans les années soixante sans que ces infections ne diminuent...

D’emblée, clarifions les choses : la question n’est pas vraiment de savoir si « les cours d’éducation sexuelle ont leur place à l’école » (même sous Duplessis des prélats catholiques y souscrivaient). Il faut aussi souligner qu’il est faux de prétendre que ces cours avaient jamais vraiment disparu au Québec, ils variaient plutôt d’une école à une autre, voir ci-dessous une capture d’écran du site du ministère en janvier 2017 qui nous le rappelait.




La question est de savoir si davantage d’éducation sexuelle sous la forme proposée par le Monopole de l’Éducation du Québec (et plus généralement dans les écoles progressistes en Occident) réduit les infections liées à la sexualité. En d’autres mots, parler de prophylaxie alors qu’on insiste en même temps sur la liberté sexuelle, sur le plaisir individuel dès le plus jeune âge, sous toutes ses formes, avec de nombreux partenaires, n’est-ce pas contradictoire ou pour le moins peu efficace ?

Poser la question dans les termes « pour ou contre l’éducation sexuelle », c’est fausser le débat. C’est vouloir rallier le commun des mortels à la position du « oui, bien évidemment » et mettre la table en de tels termes que ceux qui s’opposent à CE programme d’éducation à la sexualité passent pour des olibrius attardés.

Les associations comme la Coalition pour l’éducation à la sexualité prétend qu’il faut davantage d’éducation à la sexualité pour lutter contre la recrudescence des maladies vénériennes : « Les maladies transmissibles sexuellement sont aussi en hausse. Les cas déclarés d’infection à la chlamydia ont doublé chez les 15 à 24 ans depuis 2008. »

L’idée qu’il y a un rapport entre la fin des cours de formation personnelle et sociale (mais pas la fin de cours sur la sexualité, rappelons-le) et l’augmentation des infections transmises sexuellement n’est pas fondée. Rien ne prouve qu’il y ait causalité. En effet, d’une part, il y avait encore des cours d’éducation à la sexualité (variables d’une école à l’autre) mais, d’autre part, il y a eu une recrudescence des IST dans les pays occidentaux ces dernières années sans qu’il y ait eu de changement dans l’éducation à la sexualité (États-Unis, Suède, Pays-Bas). Voir le graphique ci-dessus sur l’augmentation rapide et soutenue de cas de chlamydias, de gonorrhées et de syphilis aux États-Unis tous états confondus, on ne sache pas que des cours d’éducation à la sexualité y aient été abolis.


L’Ontario a déjà, depuis de nombreuses années, un cours d’éducation sexuelle (un cours à part et non enseigné de manière transversale) où l’on informe les élèves des maladies vénériennes et des moyens de s’en protéger. Est-ce que cela veut dire que l’Ontario a connu une moindre augmentation dans les infections transmises sexuellement que le Québec ? La réponse courte est non. Ces infections sont en hausse dans tout le Canada, avec une plus grande fréquence pour la chlamydia et la gonorrhée dans certaines régions peuplées par de nombreux Amérindiens et Inuits. Et bien sûr ces infections touchent toujours d’abord les jeunes dans nos sociétés à la sexualité permissive et précoce. Ce n’est pas une nouveauté ni une « catastrophe » récente.

Les cas d’infections sexuellement transmissibles augmentent dans les milieux homosexuels (mâles). Qui peut prétendre que c’est par « ignorance » des moyens prophylactiques ?

Taux et cas signalés d’infection à Chlamydia trachomatis, d’infection gonococcique et de syphilis infectieuse (pour 100 000 habitants) 2002, 2010 et 2011, Canada
Année  Infection à Chlamydia   Infection gonococcique   Syphilis infectieuse 
Cas Taux Cas Taux Cas Taux
2002 56 266   179,5  7 365   23,5 482  1,5 
2010 93 329   273,7  10 743   31,5 1 698  5,0 
2011 100 044   290,4  11 397   33,1 1 757  5,1 

Des augmentations similaires des taux d’infections transmissibles sexuellement à déclaration obligatoire étaient observées en Australie, en Angleterre et aux États-Unis des pays avec des programmes scolaires et d’éducation sexuelle très divers. Les campagnes de prévention hédoniste comme celle de 2009 ci-dessous ne semblent pas avoir d’effet, ce n’est pas étonnant.


Extrait de Chlamydia au menu (vos impôts québécois à l’œuvre !)



Hausse de 35 % des cas de chlamydia en Ontario entre 2008 et 2012...


La hausse du taux d’infection est constante depuis de nombreuses années


Chlamydia frappe les jeunes en Ontario aussi

Il en va de même pour la gonorrhée en Ontario, malgré (?) les cours d’éducation sexuelle


Forte augmentation des cas de syphilis infectieuse en Ontario depuis 2008 (près de deux fois plus en 2012 qu’en 2007)

De même en Suède, malgré l’éducation sexuelle très explicite, on assiste à une recrudescence des maladies vénériennes.



Intégrer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse

Le ministre Jean-François Roberge envisagerait d’intégrer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse (ECR), qui fera l’objet d’une réforme au cours des prochains mois.

En entrevue avec Le Devoir, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a dit que cette hypothèse fera partie du vaste chantier sur la révision du cours ECR qu’il compte lancer prochainement.

 
Le ministre Roberge (à droite)

« Il y a déjà des gens qui m’ont dit : “Vous allez revoir ce cours-là [ECR] qui traite du savoir-être, des valeurs, du respect de soi, de l’acceptation de l’autre. Est-ce qu’on pourrait intégrer ça [l’éducation à la sexualité] au contenu ?” Je suis très ouvert à ça. L’éducation à la sexualité pourrait en faire partie. Ce n’est pas réglé, je lance un chantier sur la réforme du cours éthique et culture religieuse dans les prochains mois. On va le faire pour vrai », a dit le ministre, rencontré à son bureau de Montréal.

L’éducation à la sexualité est obligatoire pour une deuxième année dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. L’implantation du programme s’est faite de façon inégale d’une école à l’autre, selon les syndicats d’enseignants.

Notons que le programme d’ECR aborde déjà depuis plus de dix ans les problèmes éthiques liés à la sexualité ou à la bioéthique. Voir Cahier ECR : « je suis un garçon, une fille, je ne sais pas encore », Activité en éthique pour des enfants de 13-14 ans (limites et désirs sexuels), Omissions et critiques pédagogiques du chapitre sur le clonage d’un livre d’ECR pour la 2e secondaire. Le collège Loyola s’était d’ailleurs opposé en Cour suprême au fait que lors de ces discussions en classe d’ECR les enseignants de cette école catholique devraient rester neutres devant des propos qui iraient à l’encontre des principes catholiques (l’exemple donné était une vie dissolue de Don Juan). Bref, il n’y a rien de bien neuf dans l’intégration de discussions à la sexualité en ECR.

Pour l’instant, le programme d’éducation à la sexualité n’est pas un cours en bonne et due forme, mais plutôt une série de « contenus » qui doivent être livrés dans l’enseignement d’autres disciplines. La matière doit être enseignée entre cinq et quinze heures par année, selon le niveau scolaire. Chaque école doit trouver — ou désigner — des volontaires pour enseigner l’éducation à la sexualité. Les profs sont souvent mal à l’aise de parler de sexualité aux élèves.

« L’idée d’avoir des contenus [d’éducation à la sexualité] qui appartiennent à un vrai cursus, avec des professeurs dont le mandat est de donner des notions spécifiques et qui sont formés pour ça, je pense que c’est porteur. Ça va faire partie des choses sur lesquelles on voudra consulter », affirme Jean-François Roberge.

« Le cours est bon, j’y tiens »

Quand on demande au ministre de faire un bilan de la première année du programme d’éducation sexuelle, il répond : « Il y en a dans toutes les écoles, il y a de plus en plus de profs qui sont formés et le programme est bon. J’y tiens. »

Campagne contre les IST en 2010
La Coalition pour l’éducation à la sexualité a critiqué cette semaine le peu de ressources consacrées au programme. Cette sortie faisait suite à l’agression présumée homophobe subie dans Charlevoix par le designer Markantoine Lynch-Boisvert et son conjoint, qui ont reçu des coups à la sortie d’un bar. Le nombre de crimes haineux homophobes rapportés au Québec a bondi de 12 à 42 entre les années 2015 et 2017, selon la Coalition.

On notera donc que l’école ne doit pas impartir des connaissances dans ce domaine, mais réformer des comportements.
C’est déjà le but du volet religieux : imposer une vision de la multiplicité religieuse : la valoriser du moment que les gens ne sont pas trop religieux, ne croient pas trop en leur religion. Voir à ce sujet cet aveu : « Cours d’éducation à la sexualité, l’imposition de la théorie du genre est cruciale... »

Le Devoir reproduit ensuite diligemment l’argument de la Coalition usé jusqu’à la corde « Les maladies transmissibles sexuellement sont aussi en hausse. Les cas déclarés d’infection à la chlamydia ont doublé chez les 15 à 24 ans depuis 2008. Ça témoigne de l’importance de l’éducation à la sexualité à l’école. » Or, d’une part il est faux que les enfants depuis 2008 n’étaient pas informés des infections liées à la sexualité (voir ECR, voir les campagnes comme celle de 2010 illustrée ici). Ils ne le seront guère plus avec le nouveau programme puisqu’on y a surtout ajouté des aspects comme la théorie du genre, le sextage ou la cyberintimidation.

D’autre part, il y a eu une augmentation des infections liées à la sexualité ailleurs en Occident alors qu’il n’y avait pas eu de changement dans les programmes d’éducation à la sexualité. Cet argument galvaudé, pris pour argent comptant par tous les médias québécois, mériterait d’être reproduit avec plus de scepticisme. Voir Malgré l'éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède, Le cours d'éducation sexuelle ontarien évite-t-il l'augmentation du nombre de maladies vénériennes ? , Sexologue clinicienne : « les cours de sexualité en milieu scolaire font fausse route »



Campagne subventionnée en 2009/2010 contre les maladies vénériennes dans les cégeps


Aucune exemption accordée selon le ministre

Combien d’élèves ont été exemptés de cette formation à la demande de leurs parents ? « Aucune demande d’exemption n’a été portée à mon attention », répond le ministre Roberge. Plus tard, son cabinet a précisé que les demandes d’exemption se règlent dans chaque école. Le Ministère ne serait informé qu’en cas de désaccord entre l’école (ou la commission scolaire) et les parents. Cela n’est pas arrivé, selon le ministre.

Pas de nouveau programme ECR pour septembre 2020

Le cours éthique et culture religieuse a été introduit en 2007 par le gouvernement libéral de Jean Charest. Il vise notamment à faire aux élèves un portrait des grandes religions, après la déconfessionnalisation des écoles publiques du Québec. Le cours a été critiqué par les tenants de la laïcité comme une plateforme de promotion des religions, ce que conteste le ministère de l’Éducation.

« Si je pensais que le cours éthique et culture religieuse était parfait, je n’y toucherais pas, nuance le ministre Roberge. Je ne parle pas de l’abolir, mais je suis prêt à en faire une révision en profondeur. »

La consultation portera sur ce qu’il faut garder du cours ECR, ce qu’il faut exclure et ce qu’il faut ajouter, précise le ministre. « Éthique, je le garde. Citoyenneté, il va y avoir des éléments de connaissance de l’autre, dont la religion de l’autre, ça fait partie de ça, je ne veux pas l’évacuer au complet. »

Le ministre de l’Éducation exclut que la nouvelle mouture du cours ECR soit prête pour la prochaine rentrée scolaire, en septembre 2020. Il prévient que le processus prendra plusieurs mois.

« On parle d’élaborer un cours qui part du primaire et qui se rend jusqu’à la fin du secondaire. Quand tu changes un cours, il faut que tu le testes, tu ne peux pas faire ça tout seul dans ton bureau. Il faut former les gens. On ne peut pas demander à des gens qui ne savent pas ce qu’est le cours de l’enseigner. Ça va prendre un certain temps. C’est un chantier important. Ça touche les valeurs, ça touche des choses qui sont sensibles [sic : épineux, délicats], alors on va prendre le temps de bien le faire. »

Voir aussi

Thèse doctorale — Des enseignants d’éthique loin d’être neutres ?

« Le sexe à l’école. L’amour nulle part. »

Éducation sexuelle : « les pompiers pyromanes »

Avortement — « le débat est clos » selon les médias et l'intelligentsia autoproclamée (rediff)

Certains chroniqueurs ont récemment affirmé avec l’aplomb qui les caractérise que le débat sur l’avortement était clos, il existait un « consensus canadien » sur ce sujet. Aucun chiffre ou sondage ne venait étayer cette affirmation péremptoire. Nous croyons donc opportun de republier ce billet qui indique bien que dès qu’on se penche dans le détail, dès qu’on nuance, dès qu’on pose des questions, le « consensus » médiatique sur cette question n’est pas certain. Rappelons que d’innombrables pays légifèrent sur l’avortement interdisant par exemple les avortements au-delà de 24 semaines, au Canada ce serait un tabou « consensuel », mais apparemment pas dans la population.

Billet originel du 11 mai 2012

20.000 manifestants à Ottawa, selon les organisateurs, pour la Marche pour la vie 2012

Il y a quelque chose d'admirable avec les « progressistes ». Dès qu'ils obtiennent une victoire politique, souvent à la suite de nombreux passages par les tribunaux, le débat est clos, on ne peut revenir en arrière. Étrange conception de la démocratie où le peuple décide pourtant et peut toujours revenir sur une décision.

Dernier exemple : l'avortement. Le débat serait inopportun car clos, nous répètent les médias et les autres membres de l'intelligentsia autoproclamée.

Or, tous les sondages semblent indiquer que la population désire revenir sur la situation actuelle en matière d'avortement.

Voici donc quelques chiffres.

L'avortement sélectif en fonction du sexe devrait-il être encadré ?


Sondage Angus Reid, janvier 2012

Vaste majorité des Canadiens contre le statu quo juridique

Rappelons que dans un autre sondage, pan-canadien et réalisé en avril 2011 cette fois, Abacus Data avait avait trouvé que 59 % des Canadiens pensaient que la Loi devrait restreindre l'accès à l'avortement (27 % interdit dès la conception, 32 % interdit après 3 ou 6 mois) et que seuls 22 % des Canadiens sont favorables à la politique actuelle d'avortement illimité.

Notons que 63 % des femmes étaient pour des restrictions à la mi-grossesse, comparativement à 57 % des hommes.

Quand la vie humaine devrait-elle être protégée ?


Selon un sondage réalisé par la firme AbacusData, la majorité des Ontariens s'oppose à ce que des fonds publics financent les avortements effectués dans leur province. Plus de six Ontariens sur dix s'opposent au statu quo et refusent que l'État continue de rembourser tous les avortements dans la province alors que seuls trente pour cent soutiennent cette subvention.

L'Ontario ne publie pas de chiffres précis sur le nombre d'avortements annuels dans la province et le coût associé au financement public de ceux-ci. On estime que l'Ontario dépense au moins 30 millions de $ par an à ce poste.

Saviez-vous que l'Ontario dépense au moins 30 millions de $ par an pour subventionner les avortements ?
Le sondage a en outre révélé que 48 pour cent des Ontariens veulent que toutes les informations sur l'avortement —  le nombre d'avortements et le coût associé à ceux-ci — soient divulguées, alors que seuls 21 pour cent ne pensent pas que ces chiffres devraient être publiés. Par ailleurs, 91 pour cent des répondants n'avaient aucune idée que la province dépense au moins 30 millions de dollars sur l'avortement. Cela est sans doute lié au fait que l'Ontario ne publie pas de chiffres à ce sujet. Pourquoi ce manque de transparence de la part du gouvernement ?

Laquelle de ces options se rapproche-t-elle de votre sentiment ?

Bien que l'immense majorité (81 %) des Ontariens soient contre l'interdiction de tous les avortements, seuls 30 %  pensent que la province devrait payer les frais liés à tous les avortements,  par contre 41 % sont prêts à ce que la province paie pour les avortements qui présentent une urgence médicale.

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vendredi 30 août 2019

Interculturalisme — jeunes adoptent pratiques de l’islam, comme le ramadan, sans se convertir

Un nouveau phénomène apparaît au Québec : des jeunes qui adoptent certaines pratiques de l’islam, comme le ramadan, sans se convertir, par solidarité avec leurs amis. L’anthropologue Géraldine Mossière en parlait hier, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), lors d’un congrès sur les religions. Les adeptes du ramadan sans conversion sont plutôt neutres au sujet du débat sur le voile.

Géraldine Mossière a tout d’abord comparé des converties à l’islam au Québec et en France, publiant un livre sur le sujet en 2013. L’anthropologue de l’Université de Montréal s’est ensuite penchée sur 44 jeunes, surtout des femmes, qui n’étaient pas musulmanes de naissance, mais fréquentaient les associations musulmanes universitaires de Montréal et des cafés associés à ces associations. « Je me suis rendu compte que beaucoup de ces jeunes adoptaient des pratiques de l’islam sans se convertir, dit Mme Mossière. Le ramadan, des prières, l’interdiction du porc parfois, aussi certaines façons de parler, dire “salam” au lieu de “bonjour”. Ce sont des jeunes qui ont connu à l’école un brassage culturel propice à l’intégration de certaines croyances culturelles. » [Et une valorisation « propice » de cette « richesse » et de cette « diversité », voir le programme ECR...]

« Parfois, ils le font par solidarité avec leurs amis musulmans. Ceux qui ne vont pas jusqu’à la conversion voient les pratiques musulmanes comme du développement personnel, comme le yoga ou la méditation. »

Femmes à la maison, le paradis aux pieds des mamans

Certaines allaient parfois jusqu’à la conversion, souvent par désir de retrouver des rôles féminins plus traditionnels. « Elles se voient comme Québécoises et musulmanes, dit Mme Mossière. Elles adoptent un “islam des origines” épuré du système patriarcal qu’elles associent à la culture des pays musulmans d’aujourd’hui. Souvent, c’est une critique du féminisme de seconde vague où les femmes voulaient s’émanciper. Pour ces converties, les femmes ont beaucoup perdu en accédant au marché du travail, parce que le soir, elles rentrent trop tard pour bien s’occuper de la famille. Elles voient l’islam comme un moyen de revenir au modèle familial de leurs grands-parents, mais en étant plus valorisées que leurs grands-mères, parce que dans l’islam, le rôle de mère et d’épouse est sacralisé et reconnu par Dieu. »

Pour elles, la possibilité de se consacrer au foyer et aux enfants, de faire du bénévolat et d’étudier si elles le désirent, sans obligation de travailler, n’est pas du tout vu comme un modèle machiste. Qu’est-ce qui est machiste alors pour ces converties ? « C’est une bonne question. Des hommes irrespectueux qui considèrent les femmes comme des objets sexuels ou ne valorisent pas leur rôle à la maison. Elles citent très fréquemment le hadith [recueil de paroles attribuées à Mahomet] qui dit que le paradis est aux pieds des mamans. » Pourquoi étudient-elles si elles n’envisagent pas de travailler ? « Travailler, peut-être, quand les enfants sont grands, mais sans obligation. Elles voient leur instruction comme quelque chose qu’elles pourront transmettre à leurs enfants. » Mme Mossière précise que son échantillon ne contenait pas de « radicalisés » voulant imposer l’islam à la société québécoise.

[...]

Ils deviennent musulmans parce qu’ils croient à une vision alternative de la société, une économie de troc, une sensibilité écologiste très forte. Ils veulent une éducation particulière pour leurs enfants, à la maison souvent. Ils voient en l’islam un outil pour développer cette culture alternative. Ça finit par inclure une alternative au modèle féministe dominant. L’islam devient une forme de contestation. [...]

Durant cette deuxième étape de sa recherche sur les conversions à l’islam au Québec, Mme Mossière a remarqué que le phénomène est souvent lié à l’étranger. « On voit beaucoup d’Européens, d’origine maghrébine ou non qui, une fois au Québec, voient que la réaction envers l’islam y est moins négative qu’en France. Ou alors des Québécoises de souche qui découvrent l’islam lors de voyages à l’étranger, de voyages humanitaires parfois. »

Source

jeudi 29 août 2019

La Révolte des élites de Christopher Lasch

Dès 1994, alors que la mondialisation heureuse semblait triompher, le sociologue américain Christopher Lasch avait tout vu des fractures sociales et culturelles que celle-ci allait provoquer. Dix jours avant sa mort, il achevait un testament politique qui dit tout des bouleversements démocratiques actuellement à l’œuvre.

La Révolte des élites a paru il y a près de vingt-cinq ans et semble avoir été écrite avant-hier. Plus qu’aucun essai contemporain, le chef-d’œuvre posthume de Christopher Lasch permet de saisir les ressorts des bouleversements que traversent les démocraties occidentales. À tel point que certaines pages décrivent littéralement l’Amérique divisée de Donald Trump, mais aussi la France à l’heure de Macron et des « gilets jaunes ». Le sociologue avait achevé ce qui restera comme son testament politique le 14 février 1994, dix jours avant de succomber d’une leucémie à 62 ans. La conscience aiguë que son temps était compté lui avait permis d’accéder à une forme de lucidité absolue et d’écrire un texte visionnaire. Car lors de sa parution, La Révolte des élites, sous-titrée Et la trahison de la démocratie, apparut complètement à rebours de son temps.

Les « élites » contre les « masses »

Cinq ans auparavant, la chute du mur de Berlin, suivie de la disparition de l’Union soviétique, semble marquer le triomphe définitif et planétaire de la démocratie libérale. Au moment où Christopher Lasch écrit son manuscrit, Bill Clinton, dont le mandat va coïncider avec la plus longue période d’expansion économique en temps de paix de l’histoire américaine, entre à la Maison-Blanche.

Aux yeux de la plupart des observateurs, le nouveau président, qui ira plus loin que Reagan en matière de dérégulation économique et financière, incarne une gauche réformiste décomplexée et convertie, avec succès, au libre-échange. Christopher Lasch, philosophe d’inspiration marxiste, y voit, lui, toute autre chose : le symptôme d’une sécession.

Déjà à l’époque, il propose de dépasser le clivage droite-gauche pour revenir aux sources de la démocratie américaine qu’il n’hésite pas à placer sous le signe du « populisme » des « élites » qui se prétendent « éclairées » et le début d’une nouvelle lutte des classes menée par ces dernières contre le « peuple » perçu comme « ignorant ». Le titre du livre fait référence à La Révolte des masses d’Ortega y Gasset paru en 1930.

Sur fond de montée des totalitarismes, le philosophe espagnol voyait dans « les masses » le plus grand danger pour la civilisation occidentale. Cinquante ans après, pour Lasch, la principale menace vient désormais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. Le sociologue fait un portrait sans concession des « élites » américaines des années 1990. Ces classes managériales et intellectuelles — « celles qui contrôlent le flux international de l’argent et de l’information » — représentent les 20 % les plus aisés de la population. Contrairement aux notables d’autrefois qui s’enracinaient dans une communauté, leur maître mot est la « mobilité ». Tandis que le peuple continue à s’ancrer dans un territoire et une culture nationale, à se sentir lié par un destin commun, elles vivent dans « le royaume sans frontières de l’économie mondiale où l’argent a perdu tous ses liens avec la nationalité ».

Un parfum de sécession

La mondialisation des échanges, la mobilité du capital, les nouvelles technologies, la croissance des grandes métropoles les ont conduits à se replier dans l’entre-soi. « Elles envoient leurs enfants dans des écoles privées, s’assurent contre les problèmes de santé en adhérant à des plans financés par les entreprises où elles travaillent et embauchent des vigiles privés, note Lasch.

Ce n’est pas seulement qu’elles ne voient plus l’intérêt de payer pour des services publics qu’elles n’utilisent plus. Une grande partie d’entre elles ont cessé de se penser américaines. »

Bien avant que Christophe Guilluy ne théorise l’opposition entre France périphérique et France des métropoles, Lasch comprend que cette coupure culturelle et sociale s’accompagne d’une coupure géographique : « Les nouvelles élites sont en rébellion contre “l’Amérique du milieu” telle qu’elles se l’imaginent : une nation technologiquement arriérée, politiquement réactionnaire, répressive dans sa morale sexuelle, ennuyeuse et ringarde. » Ce sont, avant la lettre, les « déplorables » d’Hillary Clinton, auxquels la « nouvelle aristocratie des cerveaux » tourne le dos en se regroupant sur les côtes où sont situées les grandes villes des États-Unis.

La démocratie confisquée

Lasch détaille tous les aspects de cette triple fracture, pointant déjà nombre de dérives que d’autres ne constateront que bien plus tard. L’envahissement par le marché de toutes les structures sociales traditionnelles, y compris la famille, conduisant à l’atomisation de la société. La disparition de la conversation dans les villes, conséquence de la ghettoïsation de certains quartiers et du remplacement des lieux de rencontre transcendant les rapports de classe (cafés, petits commerces, etc.) par des centres commerciaux. L’effondrement de l’école publique, qui a troqué la transmission des savoirs fondamentaux contre une vague morale bien-pensante ne préparant absolument pas à surmonter les obstacles de la vie. L’enfermement du monde universitaire dans un « pseudo-radicalisme » ne menaçant aucun intérêt établi ainsi que dans un univers de concept éloigné des réalités matérielles du reste de la société. La promotion par ce même monde universitaire d’une idéologie diversitaire qui, sous couvert de justice, se révèle en réalité fondamentalement inégalitaire et ne fait qu’alimenter la concurrence victimaire.

L’abandon du journalisme d’opinion au profit d’un journalisme dit d’information, censément plus objectif, mais qui, selon Lasch, se fait simplement le relais du point de vue des élites au mépris de la confrontation réelle des idées. Le débat est ainsi confisqué par des « experts » qui s’adressent à eux-mêmes dans une novlangue qui leur est propre. Pour le sociologue, la controverse, de par sa fonction éducative, est intimement liée à la démocratie : elle permet « la diffusion de l’intelligence » et non son « accaparement » par « une classe professionnelle ».

Et le sous-titre de l’essai, La trahison de la démocratie, de prendre progressivement tout son sens. Dans la mesure où les élites, censées représenter les citoyens, se sont affranchies des contraintes de « l’homme ordinaire » comme de leurs devoirs envers la communauté nationale, sommes-nous toujours vraiment en démocratie ? Pour Lasch, l’élite se perçoit comme une aristocratie légitime fondée sur le talent.

Les personnes en haut de l’échelle hiérarchique mériteraient leurs privilèges, car elles sont les plus brillamment diplômées et donc les meilleures dans ce qu’elles entreprennent. Plus tard, Obama comme Macron afficheront avantageusement leur parcours éclatant. Mais, dans la vie, peut-on vraiment dire que l’on doit tout à son seul talent ? Et la méritocratie est-elle vraiment synonyme de démocratie ?

N’a-t-elle pas été dévoyée pour devenir un simple système de reproduction des élites fonctionnant de manière invisible ? s’interroge Lasch. In fine, pour le sociologue, ce système menace la démocratie, car il aboutit à la destruction de la classe moyenne, véritable colonne vertébrale de la société, et à la domination d’une petite minorité qui gouverne dans ses seuls intérêts au nom d’une majorité qu’elle méprise.

Noblesse du populisme

Pour Lasch, c’est l’idéal démocratique américain qu’admirait Tocqueville qui est remis en cause. Non pas celui d’une ascension fulgurante pour quelques autodidactes, mais celui d’une société sans classes. C’est-à-dire une société où les privilèges héréditaires ont été abolis, mais aussi où chaque citoyen est suffisamment bien informé et instruit pour être capable de s’exprimer sur les affaires publiques, où le peuple, débarrassé de toute mentalité servile, est en mesure de s’autogouverner et y est encouragé. Déjà, à l’époque, Lasch propose de dépasser le clivage droite-gauche pour revenir aux sources de la démocratie américaine, qu’il n’hésite pas à placer sous le signe du « populisme ».

Le terme, sous sa plume, n’a pas le sens péjoratif que beaucoup lui prêtent aujourd’hui. Il traduit une volonté de remettre le « sens commun » au cœur de la politique.

Si Lasch avait tout vu, y compris le retour des peuples, il ne se doutait probablement pas du visage qu’il prendrait. Comment imaginer, en effet, que la révolte des peuples contre la révolte des élites serait incarnée, entre autres, par un milliardaire new-yorkais dont les Clinton ne manquaient jadis aucune des fêtes ? Reste à connaître les conséquences de cette recomposition paradoxale. Conduira-t-elle au sursaut civique espéré par Lasch ou précipitera-t-elle, au contraire, la partition qu’il redoutait ?

Source : Figaro Magazine, août 2019