mercredi 25 novembre 2020

Célèbre journaliste féministe et travailliste démissionne du Guardian à cause du climat de censure

Après Bari Weiss (voir ce billet) qui a quitté le New York Times, Suzanne Moore, journaliste féministe au Guardian, autre quotidien de gauche, quitte sa rédaction écœurée par le climat « woke ». Extraits traduits de la retranscription de son interview à Unherd.

Nous sommes en mars 2020. Depuis plusieurs mois maintenant, j’essaie d’écrire quelque chose — n’importe quoi — sur le « débat trans » dans ma rubrique du Guardian. Ce débat oppose certaines féministes et des militants pro-transsexuels. Mais si je glisse un jour une ligne sur l’expérience féminine des personnes ayant un corps de femme et sur l’importance de cette expérience, pourtant toujours étouffée. On la fait disparaître. Cette idée est bloquée, pas explicitement, mais elle n’est certainement pas publiée. Mes éditeurs disent des choses comme : « Cela n’ajoute rien à votre propos » ou c’est une « distraction » par rapport à l’argument.

Même si j’écrivais pour eux depuis des décennies, les rédacteurs essaient constamment de m’orienter vers des sujets de « style de vie » pour ma chronique. L’un d’eux suggère même que je ne devrais pas du tout toucher à la politique. Et pourtant, l’année précédente, j’avais remporté le prix Orwell du journalisme politique.

J’ai donc enfin pu écrire un article sur les problèmes des trans. Sur quoi 338 de mes « collègues » se sont plaints par écrit de cet article au rédacteur en chef.

Aujourd’hui, six mois plus tard, j’ai démissionné. Et j’essaie toujours de comprendre pourquoi j’ai été traité d’une façon si épouvantable.

Pourtant, les insultes que j’ai subies sur la question des trans étaient différentes et pires que tout ce qui s’était fait auparavant. Les réseaux sociaux commençaient à faire des efforts. Cela m’a ouvert les yeux. Twitter était rempli de gens qui me disaient comment ils allaient me violer, me décapiter, éjaculer dans ma tête, me brûler. Tout cela était en quelque sorte lié à la remarque du transsexuel brésilien [Suzanne Moore avait cité une phrase sur le corps des transsexuels brésiliens dans un article précédent]. La police est venue me voir, mais elle n’a pas vraiment compris ce qu’était Twitter. Ils ont dit des choses comme : « Ne leur répondez pas par courriel, ma belle ». Les pires menaces venaient de personnes qui savaient où j’habitais et qui disaient qu’elles rosseraient mon fils de 11 ans. […]

En 2018, l’atmosphère était toxique. Un collègue chroniqueur du Guardian a répondu à un message que j’avais envoyé sur le fait d’être courtois lors de la fête de Noël : « Vous avez provoqué la transphobie la plus dégoûtante, pour laquelle vous ne vous êtes jamais excusés, vous avez qualifié l’islamophobie de mythe et vous vous en prenez publiquement aux gens de gauche ». Cette personne a poursuivi en disant que je me sentais en insécurité « parce qu’une nouvelle génération de jeunes gauchistes avait pris l’ascendant dans l’opinion publique ». Je n’ai même pas compris l’accusation d’islamophobie. […]

Ce qui nous amène à mars 2020 [l’article en question]. Finalement, un grand rédacteur m’a permis d’écrire sur la façon dont les femmes critiques en matière du genre voulaient faire valoir leurs droits fondamentaux. Un professeur d’histoire de la classe ouvrière à Oxford, Selina Todd, a été désinvité d’un événement. J’ai noté, à propos de cet incident, que ce sont encore les femmes, jamais les hommes, qui perdaient des emplois, des revenus et des plateformes publiques si elles s’exprimaient. 

[La veille de la prise de parole de Todd, elle dit avoir été désinvitée au motif qu’elle s’était adressé à une réunion du groupe Woman’s Place UK, qui a été formé en 2017 après des modifications proposées à la loi sur la reconnaissance des genres. Le groupe fait campagne pour que les femmes aient des espaces séparés et des services distincts sur la base de notre sexe biologique. Todd, une professeur respectée d’histoire de la classe ouvrière, a, par conséquent, été accusée sur les réseaux sociaux d’être transphobe. Woman’s Place UK a récemment été défini comme un « groupe de haine transexclusionniste » dans un engagement mis en place par le Campagne travailliste pour les droits trans. Engagement que les candidates à la direction travailliste Lisa Nandy et Rebecca Long-Bailey se sont engagées à respecter.]

Beaucoup de femmes m’ont écrit : elles ne prenaient pas position, mais elles étaient dans l’ensemble inquiètes. J’ai écrit que je croyais que le sexe biologique était réel et qu’il n’était pas transphobe de comprendre la science fondamentale. À mon avis, la chronique était assez modérée. 

Elle a été publiée. Puis, j’apprends que nombre de gens sur les réseaux sociaux me remercient d’avoir dit ce qu’il fallait dire. Mais il existe d’autres réactions : le lot « Crève dans un fossé, terf » qui, chose extraordinaire, me disait de mourir dans un fossé. [terf = acronyme signifiant féministe radicale transexclusionniste]. Une nouvelle fois. […]

Puis est venue la lettre au rédacteur en chef, exprimant la consternation que le Guardian soit une publication « hostile aux droits des trans et aux employés trans », puisque trois personnes trans avaient apparemment démissionné au cours de l’année dernière. Cette lettre me l’apprenait. Bien que je n’aie pas été nommée dans la lettre, c’était très clairement une réponse à ma chronique. Trois cent trente-huit personnes l’ont signée.

Aucun d’entre eux n’a eu la décence de me téléphoner. Le Guardian devrait-il être un lieu de travail accueillant pour les transgenres ? Oui, bien sûr. Devrait-il être un lieu où l’on discute de questions compliquées ? Encore une fois, oui.

Mon expérience est que j’ai été plus censuré par la gauche que par la droite et cela ne me fait pas plaisir de le dire. […]

La lettre affirmait clairement que ce n’était pas seulement les activistes des réseaux sociaux qui voulaient que je quitte le journal. Mes collègues m’avaient en ligne de mire : il était temps de passer la main à la jeune équipe de Corbyn, qui passe sa vie à se moquer des médias grand public, mais qui est impatiente d’en faire partie. Savaient-ils bien écrire ? Dire quelque chose qui vienne du cœur ? Est-ce que cela compte ? Apparemment non, ils pensent simplement comme il faut.

La lettre a ensuite été transmise à Buzzfeed, puis les noms ont été rendus publics. J’étais dévasté de voir que des gens que j’aimais et avec qui j’avais travaillé avaient fait cela. En 30 ans de journalisme, j’ai souvent été en désaccord avec les gens et j’ai eu des désaccords avec eux, mais personne n’a jamais fait quelque chose d’aussi sournois que d’essayer de faire virer quelqu’un à cause d’une chronique.


J’ai énuméré les noms de mes dénonciateurs sur Twitter. J’ai vu que l’un d’entre eux prétend que je les avais « doxxés », ce qui n’est pas le cas car les noms étaient déjà dans le domaine public. J’ai écrit une lettre bouleversante et émouvante aux personnes que je connaissais, leur demandant comment ils avaient pu faire cela. Quel genre de victoire avaient-ils obtenu ?

Je me sentais vraiment mal. Comment vous sentiriez-vous si 338 collègues vous intimidaient ? Mais je suis parti à Amsterdam pour faire une retraite aux champignons [hallucinogènes] parce que la vie continue.

Par erreur, j’ai pensé que mes rédacteurs en chef me défendraient parce que c’était ce qui s’était passé dans d’autres journaux où j’avais travaillé ou bien ils pourraient faire une déclaration publique. Ils ne l’ont pas fait. Il y a eu un courriel interne. Et j’ai entendu dire qu’il a été discuté au Scott Trust qui dirige le journal. Je n’ai vraiment aucune idée de ce que cela signifie. Je ne comprends pas non plus ce que signifie l’indépendance éditoriale. Le comprennent-ils ? Pas selon moi.

Pour moi, ils ont fait preuve d’une lâcheté totale. Ne devraient-ils pas soutenir leurs journalistes ? Mais sur cette question, le Guardian a pris peur. Je pense que c’est en partie à cause du parti pris de l’édition américaine du Guardian et en partie parce que le journal est parrainé par la fondation Open Society [de Sorros], qui promeut les droits des transgenres. […]

Source : Unherd (en anglais).

Voir aussi

Inquisition — Norvège condamne à la prison ceux qui tiennent des propos « transphobes »... en privé

Démystifier les mythes diversitaires sur le sexe et l'identité de genre

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l’augmentation de ceux-ci)

Transsexuelle « homme aujourd’hui » allaite en public et est « enceint » 

Programme pour enfants de Radio-Canada (CBC) traite J. K. Rowling de transphobe 

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distinguent l’homme de la femme

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)  

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

L’instinct maternel aurait une réalité biologique

Gigantesque étude : il n’existe pas de gène « gay » 

À la lumière de six études Remafedi trouve que le suicide chez les jeunes homosexuels s’explique peu par l’homophobie, mais davantage par la prostitution, la famille désunie, l’agression sexuelle en bas âge, les peines d’amour et l’étiquetage prématuré de l’orientation sexuelle.

Joe Biden — pour que les enfants de 8 ans puissent décider d'être transgenres

Royaume-Uni : femme de 23 ans attaque la clinique où elle a subi une “transition de genre" à 16 ans

Surdiagnostics de dysphorie de genre chez des enfants : 35 psychologues démissionnent

Fonctionnaires contre père : qui décide si un enfant mineur peut subir une thérapie de transition de genre ? 
 
Père : ma fille de 14 ans a été détruite par des hormones de transition imposées par un tribunal

Trans — Médecins inquiets que des enfants s'exposent à des "dégâts à long terme" en raison de groupes de pression et de parents agressifs

Endocrinologues mettent en garde contre le traitement hormonal de la dysphorie sexuelle chez l’enfant 

Programme pour enfants de Radio-Canada (CBC) traite J.K. Rowling de transphobe

« Des centaines de jeunes transgenres souhaitent retrouver le sexe de leur naissance »

Grande-Bretagne — enfants autistes poussés à s’identifier comme transgenres ?

Royaume-Uni : vers une facilitation du changement d’état-civil pour les transsexuels ?

Californie — vers une interdiction de livres prônant une sexualité traditionnelle ?  Colombie-Britannique : cour suprême interdit aux parents de s'opposer au traitement hormonal de transition de leur fille de 14 ans

Trans — Médecins inquiets que des enfants s'exposent à des "dégâts à long terme" en raison de groupes de pression et de parents agressifs

États-Unis — Trois lycéennes portent plainte pour empêcher athlètes transgenres de concourir avec filles

Cours d'éducation à la sexualité, l'imposition de la théorie du genre est cruciale... 

 Québec — Éducation à la sexualité : des exemptions « très strictes », mais pas pour raisons religieuses

37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est homme ou femme

Au Québec, un cours d’éducation sexuelle « imprégné par la théorie du genre » ?

Les athées américains plus enclins à se dire blancs que les protestants et les catholiques

Un athée est plus susceptible de s'identifier comme blanc, non hispanique qu'un protestant ou un catholique.

En fait, les jeunes athées sont l'une des catégories « religieuses » les moins diversifiées sur le plan racial aux États-Unis. Seuls les mormons sont en général plus nombreux à se dire « blancs ».


Voir aussi

Le déclin des blancs : rejeter, réprimer, fuir ou métisser ? 

Le wokisme : des protestants puritains athées

Obama Ier et ses remarques condescendantes envers les Latinos

Explications savantes de l’ancien américain président Obama, le messie métis, sur le succès de Donald Trump auprès des hispaniques :

« … Il y a beaucoup d’hispaniques évangéliques qui, du fait que Trump dit des propos racistes sur les Mexicains ou met des travailleurs sans papiers dans des cages, pensent que c’est moins important que le fait qu’il soutienne leurs opinions sur le mariage gay ou l’avortement. »
Obama semble oublier que les immigrants illégaux (ils ne sont pas des « travailleurs sans papiers ») étaient aussi parqués dans des cages à son époque (même le très démocrate Washington Post doit l'admettre, mais c'était selon lui parce que le nombre d'immigrants illégaux était tellement important qu'il a fallu pallier le manque de place, bref le résultat de la politique migratoire très laxiste d'Obama).

En outre, Trump n'a jamais fait campagne sur une remise en cause du mariage homosexuel, il ne s'est jamais exprimé contre celui-ci. Contrairement à Obama qui, en 2008, s'opposait publiquement au mariage pour les couples de même sexe. Selon David Axelrod, toujours dans le très progressiste Washington Post, Obama aurait menti à l'époque.
 
M. Obama a également déclaré que le parti républicain de M. Trump avait encouragé les hommes blancs à se considérer comme des victimes. “Vous avez vu se créer, dans la politique républicaine, ce sentiment que les hommes blancs sont des victimes”, a-t-il dit. “Ce sont eux qui sont comme attaqués. Ce qui ne concorde évidemment pas avec l’histoire, les données et l’économie.” Voir Espérance de vie baisse chez les hommes en Ontario, en Colombie-Britannique et chez les blancs aux États-Unis, Suicide : déclin mondial, mais augmentation chez les blancs américains et Sans discrimination positive, le poids des minorités [non blanches] diminue dans les universités américaines.
 
Pour a sa part M. Joe Biden semble nommer à son cabinet de nombreux anciens ministres et secrétaires d'État de l'époque d'Obama comme John Kerry, Janet Yellen (ex-Fed), Jake Sullivan  (qui a défendu le dossier Steele, dossier bidon), et Tony Blinken (un faucon dans le domaine de la politique étrangère). La « compétence est de nouveau dans le vent » selon le journaliste Dan Rather
 
Selon le Washington Examiner, Biden révèle les priorités de ses 100 premiers jours. En haut de la liste? Immigration. Citoyenneté pour ceux qui sont ici illégalement. Relance de DACA [amnistie de quelque 11 à 22 millions d’étrangers illégaux vivant aux États-Unis]. Gel de la déportation. Plus besoin d'attendre au Mexique. Ceux qui traversent illégalement restent aux États-Unis. Et «pas un autre pied» de mur en plus (mais garder la barrière existante).

Une Ode américaine, le film que la critique « progressiste » n'aime pas

Tout commence par une autobiographie, Hilbilly Élégie, saluée par la critique quand elle est sortie en 2016. Figurant dans la liste des meilleures ventes du New York Times en 2016 et 2017, le livre écrit par James David Vance séduisit les lecteurs par son habile description de la culture des Appalaches et des problèmes sociaux qui sévissent dans son Ohio natal désindustrialisé et ravagé par le fléau des drogues.

« Là où les Américains voient des Hillbillies [ploucs], des rednecks [bouseux] ou des White trash [racailles blanches], je vois mes voisins, mes amis, ma famille. »

Dans cet ouvrage à la fois personnel et politique, J.D. Vance racontait son enfance chaotique dans l’Ohio, cette région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter. Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs », ces « péquenots », que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump.

Roman autobiographique, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ? La presse française avait acclamé « Un récit poignant, et nécessaire » (Télérama), « Une somme sur l’Amérique qui va mal » (Marianne) et « Le portrait d’une Amérique délaissée, celle qui a voté Trump ».

La trame du film
 
Il y a deux semaines le film, Une Ode américaine, inspiré du livre de J.D. Vance, est sorti dans quelques salles obscures de plusieurs pays. Ce 24 novembre, Netflix le diffuse sur Internet doublé dans une douzaine de langues. Populaire, il est déjà disponible gratuitement sur des plateformes de partage.

 
Bande annonce (VF)

Après une brève introduction sur les racines appalachiennes de la famille, on retrouve quatorze ans plus tard J. D. Vance à deux doigts de décrocher le stage de ses rêves dans un prestigieux cabinet d’avocats. C’est alors que sa sœur l’appelle  : il doit retourner dans sa ville natale afin d’aider sa mère qui a cédé à nouveau à son plus gros vice : la toxicomanie. Si le constat de départ du film semble déprimant, Une ode américaine est une ode à la vie, à la compréhension, à l’entraide et à la responsabilité personnelle. Le passé nous modèle, êtres complexes et faillibles, mais le passé n’est pas qu’une fatalité, un atavisme dont on ne peut s’extraire, nos actions et nos relations changent également le cours de notre destin.

Éreinté par la critique, apprécié par les spectateurs

Selon le site Rotten Tomatoes qui recense les critiques de film et l’avis des spectateurs, ce long métrage est un navet pour les critiques (25 % est une très mauvaise cote), mais très bon pour les spectateurs.

Pour la Boston Review (tirage de 62 000) « L’adaptation Netflix par Ron Howard de Hillbilly Élégie perpétue une longue tradition qui constitue à voir les hillbillies [ploucs des Appalaches] comme un symbole de la blancheur américaine immaculée. C’est la même nostalgie que Trump a mobilisée à l’extrême droite. […] [JD Vance] était là pour dire aux élites côtières pourquoi les petits blancs des zones rurales étaient ravis d’entendre les diatribes pro-industrialisation, pro-américaines et anti-immigrés de Trump. […] La nostalgie blanche est une sacrée drogue. Afin de briser notre dépendance nationale, nous devons apprendre à la reconnaître : pas seulement dans le grondement du flambeau d’un suprémaciste blanc, mais aussi dans ses apparences plus insipides et plus futées sur Netflix. »

Un bon film

Nous avons vu Une Ode américaine. Amy Adams et Glenn Close sont toutes deux formidables. Il s’agit d’un drame familial narré d’une façon poignante. Peu de rebondissements, sans aucun décor grandiose, ni aucun effet spécial si l’on exclut le maquillage qui rend Glenn Close méconnaissable. C’est un film émouvant axé sur les traumatismes de l’enfance et la lutte pour se sortir de la drogue et plus généralement d’un milieu toxique. Le film trace un portrait réaliste, humain et en rien caricatural de ce milieu.

C’est un bon long métrage qui nous permet d’entrer dans la peau de personnages imparfaits, comme nous tous, mais attachants dans leurs luttes et leur volonté de se sortir de situations et de choix calamiteux. Glenn Close est impressionnante dans la matriarche Mémô (Mamaw) crainte et aimée. À la force de ces vieux poignets, cette fumeuse invétérée fait tout pour sauver sa famille et ses petits-enfants.

Parfois, le réalisateur semble faire un peu trop appel aux analepses (retours en arrière) pour expliquer l’enfance difficile de J.D. Vance. Autre petite lacune à nos yeux : le film ne décrit pas assez la ville ou les environs, il reste concentré sur la famille de Vance. C’est sans doute compréhensible pour un film d’un peu moins de deux heures. Le sociologue en nous a cependant trouvé le livre meilleur à ce niveau, car il fournit ce contexte qui enrichit la plongée dans ce monde.

 Humaniser une partie de l’électorat de Trump, c’est mal

Si le livre a d’abord été bien accueilli, il est désormais considéré par les sachants progressistes comme une tentative d’humaniser des « partisans de Trump ». C’est donc devenu un Mauvais LivreMD. Le film doit donc également être MauvaisMD. L’évolution de la critique du livre « Hillbilly Élégie » est fascinante. Le livre est sorti en 2016 et a été un énorme succès de libraire, car il décrivait les pathologies culturelles qui conduisent à la pauvreté à long terme dans certaines communautés rurales blanches. Par la suite, des critiques ont décidé que le livre était MauvaisMD, probablement pour trois raisons :

  • Le livre glorifie une rédemption faite de décisions individuelles — de la part de J.D. Vance et de sa grand-mère — pour échapper à ce qui semble être le déterminisme de mauvais comportements de génération en génération. Quoi pas besoin d’aide sociale et de plans gouvernementaux ?
  • Il traite la culture de la pauvreté et de la dépendance comme d’un problème non intersectionnel (aucun LGBTQ à l’horizon, l’esclavage, la colonisation, la race ne joue aucun rôle : les policiers sont noirs, la fiancée de JD est d’origine hindoue, etc.)
  • Il humanise les pauvres partisans blancs de Trump.
On peut se demander comment le film a réussi à être tourné à Hollywood avec de grosses vedettes alors qu’il est étrillé par les critiques progressistes. Il se peut qu’il ait été approuvé dans la première vague de « cela pourrait expliquer le sentiment de Trump ». Ou alors on pensait pouvoir avec ce film rabaisser cette frange de l’électorat trumpiste. Mais voilà que le film, sans être un chef-d’œuvre, est bon et poignant. Voilà qu’il humanise ces culs-terreux des Appalaches. Quatre ans après l’élection de Trump, il est loin chez les progressistes le temps du premier choc, de l’introspection après la défaite inexpliquée de Hillary Clinton. Lointaine l’idée qu’il fallait essayer de comprendre ce qui s’était passé en Ohio et dans les autres États ouvriers qui votaient machinalement démocrate. Les progressistes militants ont pris le dessus : plus question d’humaniser, de comprendre, il faut vouer aux gémonies ces gens, diaboliser les partisans de Trump. Le film, comme le livre, est donc devenu MauvaisMD.

 

Six premières minutes d'Une Ode américaine (VF)


L’Amérique trumpiste ne se résume pas aux Hillbillies

Il faut cependant éviter de caricaturer l’électorat trumpiste. L’Amérique pro-Trump ne se résume pas aux hillbillies et à leurs descendants, bien que beaucoup d’entre eux ont sans doute appuyé Trump. Il existe bien d’autres sous-cultures américaines qui appuient Trump et le trumpisme. Il suffit de penser à celles du Mid-Ouest (plus allemande et scandinave), de l’Utah mormon, de la Floride latine, du Nord du Maine ou même, catégorie plus sociale et non géographique, aux conservateurs universitaires discrets rebutés par la dérive « woke ».

La culture redneck déjà analysée par Thomas Sowell et Charles Murray

L’ouvrage de JD Vance est à rapprocher de Coming Apart : The State of White America, 1960—2010 publié en 2013 par Charles Murray. À ses yeux, la classe supérieure blanche et la classe moyenne-inférieure partagent de moins en moins de valeurs et de comportements, ce gouffre menacerait les fondements mêmes de l’Amérique. Certains traits des hillbillies (patriotisme, loyauté à la famille, entraide), seraient hérités des Scots-Irish qui ont peuplé les Appalaches américaines, en ont fait d’excellents pionniers lors de la conquête de l’Ouest, mais d’autres minent cette communauté (rejet de l’étranger de la région, du horsain, violence, alcool). Notons aussi que la religiosité est en pleine implosion dans ces communautés. Un sondage social général a indiqué dans les années 2000 que près de 32 % des Blancs de la classe moyenne-supérieure, entre l’âge de 30 et 49 ans, allaient régulièrement à l’église, contre seulement 17 % de la classe ouvrière blanche de la même tranche d’âge. J.D. Vance et Charles Murray en ont discuté pendant une heure (vidéo)

Le célèbre économiste noir, Thomas Sowell, s’est également penché sur la culture blanche des Hillbillies. Dans son livre Black Rednecks and White Liberals, Sowell soutient que la culture du ghetto noir trouve son origine dans la culture dysfonctionnelle du redneck blanc du Sud, qui était prédominante dans le Sud avant la Guerre de Sécession (1861-1865). Cette culture serait venue, à son tour, de la « culture Cracker » [une insulte désignant les blancs ruraux] des « Britanniques du Nord », c’est-à-dire des Anglais des marches écossaises, des Écossais des Highlands, des Gallois et des Irlandais protestants qui ont émigré des régions frontalières les plus anarchiques de la Grande-Bretagne au XVIIIe siècle. La Nouvelle-Angleterre a pour sa part été peuplée par des Anglais du Sud. Sowell rappelle que dire « acrost » plutôt que « across » ou « ax » à la place de « ask » sont aujourd’hui considérés comme faisant partie de la manière dont les noirs parlent anglais aux États-Unis. Mais cette façon de parler était courante il y a des siècles dans les régions du Nord de la Grande-Bretagne. Ils n’ont pas apporté que leur propre dialecte. Ils ont également apporté tout un mode de vie qui a rendu les sudistes blancs avant la guerre très différents des Blancs du Nord. La violence était beaucoup plus courante dans le Sud — et dans les régions de la Grande-Bretagne d’où venaient les sudistes. Il en était de même pour les naissances illégitimes, une musique et des danses plus entraînantes et un style d’oratoire religieux marqué par un style oratoire enflammé, des émotions débridées et des images flamboyantes. Tout cela ferait partie de l’héritage culturel des Noirs, qui ont vécu pendant des siècles au milieu de la culture redneck du Sud. 

Cette culture ne mettait pas l’accent sur l’éducation et était peu portée sur la recherche intellectuelle en général. L’analphabétisme était beaucoup plus répandu chez les Blancs du Sud avant la Guerre de Sécession que chez les Blancs du Nord, et bien sûr, les Noirs tenus en esclavage dans le Sud étaient pratiquement tous analphabètes. Selon Sowell, au début du XXe siècle, les Blancs du Sud avaient de moins bons résultats aux tests d’intelligence mentaux que les Blancs des autres régions du pays, comme les Noirs continuent d’en obtenir. Pour l’économiste, de nombreux aspects de la vie du Sud que certains observateurs ont attribué à la race ou au racisme, ou encore à l’esclavage, étaient communs aux Noirs et aux Blancs du Sud — et étaient communs dans les parties de la Grande-Bretagne d’où venaient les Blancs du Sud, où il n’y avait pas d’esclaves et où la plupart les gens n’avaient jamais vu un noir.

mardi 24 novembre 2020

Employés de Penguin RH en pleurs parce que l'éditeur publiera le prochain livre de Jordan Peterson

Plusieurs employés de Penguin Random House Canada se sont effondrés en pleurant parce que leur employeur publie le prochain livre de Jordan Peterson. 

Peterson, 58 ans, professeur de psychologie à l’Université de Toronto s’est opposé au correctivisme politique. Il est devenu une célébrité quasiment instantanée quand il a publié, en septembre 2016, une vidéo où il se disait opposé à ce que le gouvernement impose des pronoms « non genrés ». Toutefois, il ne s’est pas dit opposé à le faire par courtoisie envers des personnes qu’il rencontrerait. Il s’est donc opposé au projet de loi C-16 qu’il considère comme liberticide. Voir La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales.

Lundi, Penguin Random House Canada, le plus grand éditeur de livres au Canada et une filiale de Penguin Random House, a annoncé qu’elle publierait Beyond Order : 12 More Rules for Life du professeur Jordan Peterson, qui sortira en mars 2021. Le livre sera publié par Portfolio aux États-Unis et Penguin Press au Royaume-Uni, tous deux faisant partie de l’empire Penguin Random House.

Quatre employés de Penguin Random House Canada, qui ne refusaient d’être cités nommément ont déclaré que la société avait tenu une assemblée publique à propos du livre lundi, au cours de laquelle les dirigeants ont défendu la décision de publier Peterson tandis que des employés ont fait part de leurs préoccupations d’ouvrir ainsi un porte-voix à ce que ces employés affirment être « quelqu’un qui est populaire dans les cercles d’extrême droite ».

« C’est une icône du discours haineux et de transphobe et le fait qu’il soit une icône de la suprématie blanche, quel que soit le contenu de son livre, je ne suis pas fier de travailler pour une entreprise qui le publie », de déclarer à Vice World News un employé subalterne, militant LGBTQSAI+, qui a assisté à la réunion publique.

Un autre employé a déclaré que « des gens pleuraient lors de la réunion sur la façon dont Jordan Peterson avait affecté leur vie. » Ils ont déclaré qu’un collègue avait discuté de la façon dont Peterson avait radicalisé leur père.

Jordan Peterson a rassemblé 3,25 millions d’abonnés sur YouTube. Son précédent livre, 12 Règle pour une vie : un antidote au chaos s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires dans le monde, selon Penguin Random House.

 

Voir aussi
 

Jordan Peterson : La théorie du genre n’a pas sa place en classe (M-à-j : poursuite judiciaire)

Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre

 

Soupirs de soulagement au PLQ : François Legault ne va pas arrêter l'anglicisation du réseau scolaire au Québec

Hélène David, députée du PLQ pour Marguerite-Bourgeoys a poussé un soupir de soulagement en entendant que M. Legault (que certains ont cru « nationaliste » ou « identitaire ») n’allait pas s’attaquer en profondeur à l’anglicisation du Québec. 

Rappelons que les cégeps (particularité du Québec) sont la fin du secondaire pour les pays européens (le bac français = le DEC) et qu’on ne comprend pas pourquoi la loi 101 devrait s’appliquer au début du secondaire européen, mais pas à la fin du secondaire.

Voir aussi 

Québec — Un réseau collégial de plus en plus anglophone 

Pourquoi la loi 101 est un échec (le plus récent livre de Fr. Lacroix)

La CAQ pour l'agrandissement du cégep anglophone Dawson et de l'université anglophone McGill à Montréal

La « westislandisation » pour les nuls : entretien avec Frédéric Lacroix 

Québec va financer l’agrandissement du Collège [fin lycée] anglophone Dawson, à Montréal 

« À Montréal, l’anglais a déclassé le français comme langue des études postsecondaires »

 Aller au cégep anglais pour apprendre l’anglais ? Vraiment ?  

Les enfants de la loi 101, l’école en français : une immersion forcée, ensuite ruée vers l’anglais 

François Legault pense que le cours ECR se donne à la fin du secondaire et que c'est un cours d'histoire des religions...

Jacques Brassard : Legault a peur de brusquer les Québécois, ne propose rien de bien neuf en éducation

ECR révisé : davantage de place à l'athéisme ? 

Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal

L'ADQ [après-Dumont] pour que l'État impose plus d'anglais dès la première année du primaire, qu'en dit un linguiste ?

lundi 23 novembre 2020

En Suède, éviter à tout prix la « catastrophe » migratoire de 2015

Rinkeby-Kista, un quartier à forte population immigrée, à Stockholm.

À 21 ans, Sharif Omari ne rêve plus. Le jeune Afghan n’en a plus la force. S’il ne trouve pas un emploi avant décembre, son permis de séjour ne sera pas renouvelé. Il risque d’être renvoyé à Kaboul, où sa mère lui a fait promettre de ne jamais revenir, quand elle l’a fait partir en Iran, après la mort de son père. C’était en 2015. Il avait 16 ans. […]

Cette année-là, 163 000 demandeurs d’asile ont passé les frontières du royaume — un record en Europe, pour ce petit pays de 10 millions d’habitants. Près d’un tiers des nouveaux arrivants sont syriens. Un quart vient d’Afghanistan. Parmi eux, de nombreux mineurs isolés, comme Sharif : 35 000 au total, dont deux sur trois sont d’origine afghane.

En écho au « wir schaffen das » (« nous y arriverons »), lancé par la chancelière allemande, Angela Merkel, le 31 août 2015, le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, insiste, à Stockholm : « Mon Europe ne construit pas des murs. » Des mots qui viennent le hanter aujourd’hui.

Car si, cinq ans plus tard, la chancelière allemande assure qu’elle prendrait « les mêmes décisions essentielles », Stefan Löfven veut tout faire « pour ne pas revenir à la situation de l’automne 2015 », comme il ne cesse de le répéter. Pour la première fois, le 9 septembre, le leader social-démocrate a même fait le lien entre l’« importance de l’immigration » et les « tensions » au sein de la société suédoise.

Ségrégation sociale

Dans le débat public, il n’est plus question que de l’échec de l’intégration : la ségrégation sociale, accentuée par le manque criant de logements ; le chômage des personnes nées à l’étranger trois fois supérieur à celui des Suédois d’origine ; la violence des gangs, implantés dans les quartiers à forte population immigrée…

Un des sujets politiques les plus sensibles du moment porte sur la réforme de la politique d’asile. Elle devrait pérenniser les mesures adoptées dans l’urgence, en 2016. Les titres de séjour permanents avaient alors été supprimés, l’asile humanitaire restreint et le regroupement familial limité. La droite conservatrice et l’extrême droite veulent aller encore plus loin et imposer des quotas.

« La Suède, qui était bien plus généreuse que la moyenne européenne avant 2015, est en train de s’aligner sur le niveau minimum, au point que nous soyons contents qu’il existe une législation européenne qui empêche de faire moins », constate Anna Lindblad, juriste auprès de l’ONG Asylrättscentrum. Elle dénonce une rhétorique qui « présente 2015 comme une catastrophe » et « diabolise les réfugiés ». 

[…]

Source (extraits) : Le Monde

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La Suède, auparavant l’un des pays les plus sûrs du monde, est maintenant aux prises avec une forte hausse de la violence et des agressions sexuelles dans certaines de ses banlieues. En 2017, outre 110 meurtres et 7226 viols, on y a recensé 320 fusillades et des dizaines d’attaques à la bombe. Le Premier ministre social-démocrate suédois, Stefan Lofven, a déclaré la semaine dernière qu’il était prêt à déployer l’armée pour lutter contre le crime organisé.

Une grande partie de ces faits de violence émane des « zones d’exclusion sociale », des banlieues à majorité peuplées par des immigrés. Le Times précise qu’étant donné la qualité des infrastructures et des services qui sont offerts dans ces banlieues, on ne peut pas vraiment les qualifier de ghettos. Pour autant, elles sont confrontées à une forte criminalité est à des taux de chômage élevés.

Dans la ville de Malmö, l’âge moyen des membres de gangs est de 22 ans. Mais on voit aussi des jeunes de 14 ans armés de kalachnikovs et de gilets pare-balles dans les rues.
(L’Express Business)

Deux garçons qui ont été torturés, violés et enterrés vivants dans un cimetière ont déclaré qu’ils avaient l’air d’avoir « pris une douche de sang » après avoir échappé à leur calvaire. Ils ont dit à la police qu’ils avaient été enlevés, frappés à coups de pied, de poing, brûlés, poignardés et qu’on leur avait ordonné de se déshabiller.

En creusant leur tombe, les victimes ont révélé qu’ils étaient continuellement battus par leurs agresseurs. L’un des garçons a dit qu’il était « difficile de savoir combien » de coups de poing et de pied ils ont reçus. Ils étaient bâillonnés avec leurs propres chaussettes. Leurs ceintures ont servi à attacher leurs mains, tandis que leurs jambes étaient attachées avec des morceaux de tissus. Ils ont été également violés, torturés et brûlés avec des briquets.

Les deux suspects, un Tunisien de 18 ans et un Kurde de 21 ans ont été inculpés. Ils ont la nationalité suédoise.

Les témoignages des garçons indiquent que le Tuniso-Suédois de 18 ans a joué un rôle moteur. « C’est lui qui contrôlait tout », dit l’une des victimes.
(Nyheter Idag et The Sun)

« La moitié des enfants de six ans parlent un mauvais suédois »

Un enfant de six ans sur deux dans les écoles primaires de la région de Järva à Stockholm parle trop mal le suédois. Les enfants risquent de ne pas atteindre les objectifs de connaissance, prévient le directeur de l’école primaire Happy Hilmarsdottir-Arenvall.

— Il faut essayer d’y faire face, dit-elle. Le directeur de l’école primaire de la région de Järva est responsable de treize écoles primaires municipales à Rinkeby, Kista et Tensta au nord-ouest de Stockholm. Quartiers à forte immigration extraeuropéenne. Les écoles donnent la priorité au développement du langage dans toutes les matières et dès que les élèves commencent en classe préscolaire, leurs compétences linguistiques sont recensées afin d’intervenir de façon précoce pour que les enfants répondent aux exigences en matière de connaissances. Mais le directeur de l’école primaire est inquiet.

— Environ 50 pour cent des élèves ont de très faibles compétences linguistiques en suédois, dit Happy Hilmarsdottir-Arenvall. Les enfants ont deux à trois ans de retard en termes de langue, par rapport aux enfants qui ont le suédois comme langue maternelle, selon le directeur de l’école primaire. À l’école Askeby à Rinkeby, sept enfants de six ans sur dix n’ont pas atteint le niveau de suédois auquel ils étaient attendus à l’automne dernier.

Né en Suède, mais ne parlant pas suédois

Certains des enfants sont de nouveaux arrivants, mais beaucoup sont nés en Suède et ne parlent toujours pas suédois. Parmi les explications données : les enfants n’entrent pas en contact avec le suédois de manière naturelle, peut-être même pas à l’école maternelle, s’ils vont dans une école maternelle où le personnel ne parle pas non plus le suédois. Une autre raison est que moins d’enfants dans les zones socio-économiquement faibles vont à l’école maternelle.

— Cela signifie qu’au lieu de nous concentrer sur les objectifs de connaissance du programme, nous devons nous concentrer sur l’amélioration du niveau de langue. Il est donc clair que cela retarde le développement des enfants et pour atteindre les exigences en matière de connaissances, dit Happy Hilmarsdottir-Arenvall qui espère que davantage d’enfants commenceront l’école maternelle pour avoir une longueur d’avance au niveau de la langue.

Les zones vulnérables de Stockholm, de Malmö et de Göteborg ont généralement un secteur préscolaire déficient. À la fin de l’année, seuls 84 % des enfants âgés de 2 à 5 ans étaient inscrits à l’école maternelle de Rinkeby-Kista. C’est le plus bas taux de tout Stockholm. Le gouvernement a publié ce jour même une enquête sur la manière dont davantage d’enfants des « zones socio-économiquement faibles » (comprendre à fortes populations immigrées) pourraient participer à l’école maternelle pour mieux apprendre le suédois.

(SVT.se)

États-Unis — district scolaire exclut élèves asiatiques des personnes de couleur et les classe avec les Blancs

Un district scolaire de l’État de Washington a décidé que les Asiatiques ne seront plus considérés comme des personnes de couleur.

Dans leur dernier rapport sur « l’équité », les administrateurs des écoles publiques de North Thurston, qui supervisent quelque 16 000 élèves, ont mis les Asiatiques dans la même catégorie que les Blancs et ont mesuré leurs résultats scolaires par rapport aux « élèves de couleur », une catégorie qui comprend les « élèves noirs, latinos, amérindiens, des îles du Pacifique et multiraciaux » aux prises avec des «  carences persistantes en matière de chances ».

La plupart des indicateurs du rapport montrent que l’écart entre les résultats des étudiants blancs/asiatiques et ceux des « étudiants de couleur » sont assez minces et s’améliorent avec le temps. Il seraient probablement encore plus réduits si les étudiants asiatiques étaient classés dans la catégorie des « élèves de couleur ». En fait, certains indicateurs pourraient même démontrer que les étudiants blancs sont à la traîne par rapport à ce groupe fourre-tout de « minorités ». Peut-être que les Asiatiques ont été inclus avec les blancs afin d’éviter de révéler ce résultat. Le directeur du district n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Ce que le rapport sur l’équité met en évidence, c’est l’absurdité qui résulte d’une dépendance excessive à des catégories semi-arbitraires basées sur la race. Le rapport a également mesuré les résultats des « étudiants pauvres » — ceux qui ont droit à des repas gratuits ou à prix réduit à la cantine scolaire — par rapport aux étudiants plus nantis. Sans surprise, on a constaté un écart de réussite beaucoup plus important entre ces deux catégories qu’entre les deux catégories ethniques. Les élèves pauvres obtiennent des résultats inférieurs de 28 % aux tests de mathématiques, par exemple. Cette catégorie socio-économique reflète quelque chose de réel et de significatif, bien plus que les catégories ethniques trafiquées.

En dehors des bureaucraties des écoles publiques, ces types de classifications fondées sur la race semblent moins populaires que jamais. Lors des élections de 2020, les électeurs californiens ont rejeté de manière décisive la proposition [référendum] 16, qui aurait permis aux employés du secteur public de considérer la race comme un facteur d’admission à l’université, à l’emploi, à l’octroi de contrats et à d’autres décisions. Les admissions fondées sur la race ont été interdites dans l’État depuis 1996, lorsque les électeurs les ont interdites par le biais d’un scrutin par une marge de 54 % à 45 %. La proposition 16, qui aurait infirmé cette décision si elle était passée, a perdu par une marge encore plus grande, malgré les appuis enthousiastes des principaux démocrates de l’État.

Comme le note Conor Friedersdorf dans l’Atlantic :

Les élites politiques et médiatiques de la Californie ont majoritairement voulu mettre la fin à la neutralité raciale en soutenant la Proposition 16. Elle a été approuvée par les sénateurs Kamala Harris et Dianne Feinstein ; l’ancienne sénatrice Barbara Boxer ; au moins 30 membres démocrates de la Chambre des États-Unis, dont Nancy Pelosi ; et le gouverneur Gavin Newsom, le lieutenant-gouverneur Eleni Kounalakis, le secrétaire d’État Alex Padilla, le contrôleur d’État Betty Yee, la trésorière d’État Fiona Ma, le surintendant d’État à l’instruction publique Tony Thurmond, le président de l’Assemblée Anthony Rendon, le maire de Los Angeles Eric Garcetti, le maire de San Francisco London Breed et des centaines d’autres fonctionnaires locaux. Il a également été soutenu par de nombreux journaux de l’État, notamment le Los Angeles Times, le Mercury News, la San Francisco Chronicle, la San Diego Union-Tribune, La Opinión, l’East Bay Times, la Sacramento Bee, la Fresno Bee et la Modesto Bee. Et les partisans du Proposition 16 ont recueilli près de 20 fois plus d’argent que leurs opposants.
La Californie est parmi les plus démocrates des États démocrates et pourtant les électeurs y ont rejeté de manière décisive les politiques fondées sur la race chères aux progressistes. Alors que les progressistes sont aux prises avec un résultat électoral moins favorable en cet automne 2020 que prévu pour les démocrates, ils devraient garder ces choses à l’esprit. La proposition 16 était l’initiative la plus proche philosophiquement du mouvement « woke » présentée aux électeurs cette année et elle perdu lourdement.

Source : Reason

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« Nos héritiers nous reprocheront notre irresponsabilité »

Alexandra Laignel-Lavastine vient de publier « La Déraison sanitaire. Le Covid-19 et le culte de la vie par-dessus tout » aux Éditions Le Bord de l’Eau. Un essai aussi brillant que dérangeant dans lequel la philosophe interroge notre « sanitairement correct ». Entretien d’Alexandre de Vecchio avec Alexandra Laignel-Lavastine.

– Vous écrivez : « Jamais l’humanité n’avait été mieux armée médicalement face à une épidémie ; jamais elle ne se sera montrée aussi désarmée moralement. » Pourquoi ?

– Vu l’amplitude de la catastrophe qui s’annonce, nous serions en effet bien inspirés d’y réfléchir, car nos descendants, qui sont notre conscience, nous réclameront assurément des comptes. Je vois plusieurs raisons à cette déconfiture. D’abord, notre basculement, depuis quatre décennies, dans un « nouvel humanisme » (Luc Ferry) tel que jamais, dans l’Histoire, nous n’avions accordé une aussi grande valeur à la vie humaine. Il n’est donc plus question de consentir, en 2020, aux scènes d’épouvante que nos parents ou grands-parents, qui avaient connu la guerre, étaient encore capables d’endurer lors des grandes épidémies de grippe asiatique de 1957 ou de 1968.

Ensuite, il y a ce calamiteux désaveu du tragique, à l’œuvre et même à la manœuvre à chaque étape de cette pandémie, comme si nous étions partis de l’idée folle selon laquelle, pour en finir avec les tragédies du XXe siècle, il suffirait d’en finir avec le tragique même. La fatalité, la finitude et la mort feraient ainsi insulte à notre condition. Trancher ? Nos technocrates optent pour l’antistratégie du moindre risque en se défaussant de leur responsabilité sur les médecins. D’où un bilan churchillien : on a confiné puis reconfiné afin d’éviter l’effondrement (des services de réa[nimation]) ; à la fin, on aura eu et le confinement, et l’effondrement (du pays). Mais la question de notre désarmement moral en soulève encore une troisième, qui constitue le surprenant angle mort de notre sanitairement correct : dans quelle mesure le fait de ravaler l’homme à la vie et d’élever la vie biologique au rang de valeur suprême est-il hautement périlleux et déraisonnable sur le plan civilisationnel ?

– Mais n’est-ce pas justement un immense progrès de civilisation que de tout faire pour protéger les plus fragiles ?

– Mobiliser de gigantesques moyens pour sauver des vies fait évidemment l’honneur des sociétés modernes. Mais à quel prix ? Au prix même de ce qui leur confère leur dimension humaine ? Ce remède a quelque chose de diabolique. Voyez la fermeture des librairies : on vient de décréter officiellement que « la vie de l’esprit » n’entre plus dans notre vision d’une vie pleinement humaine. La raison technocratique ne connaît que le processus vital et ce qui va avec, le règne de l’utilitaire. Bricoler sera licite ; se cultiver pour accéder à une forme de vie plus haute, non. Mesure-t-on bien les implications colossales de ces décisions ?

Pour en revenir aux plus âgés, nombre d’entre eux sont les premiers à s’insurger contre un despotisme sanitaire invoqué en leur nom. « Mais enfin, laissez-nous vivre ! La solitude va nous tuer, ce n’est pas une vie ! » protestait une dame. Sous-entendu : ce n’est pas une vie humaine. Et ces sages de nous faire remarquer qu’ils avaient 100 % de chances de passer l’arme à gauche, et comparativement très peu d’attraper le coronavirus. Un homme affirmait préférer voir ses petits-enfants tous les jours, quitte à perdre une année ou deux de vie. Cette révolte des anciens est venue nous rappeler l’imbécillité du slogan selon lequel « la vie n’a pas de prix », car la vie peut justement être un prix. C’est même pour cette raison, et dans cet horizon, qu’elle mérite d’être vécue.

Je suis également un peu agacée par ce certificat d’humanisme à bon compte qu’on se délivre au nom de la sollicitude envers les plus fragiles, qui vient un peu trop opportunément éclipser notre part honteuse, soit la propension de nos sociétés individualistes à se débarrasser de leurs « vieux » en les plaçant dans des établissements spéciaux, une attitude impensable dans d’autres cultures. En plus, il faut dire « Ehpad » [CHSLD français, hospices médicalisés], dans cette langue métallique, laide, déshumanisante et symboliquement muette qui ne cesse d’étendre son empire sur les esprits. On aimerait connaître les technocrates de génie — car du génie, il en faut — à qui l’on doit cette trouvaille qui relève quand même du crime contre l’esprit d’humanité.

– Vous évoquez à cet égard les ambiguïtés de l’idée d’humanité universelle ou encore le « paradoxal triomphe de l’humanitaire ». En quoi se distingue-t-il d’un véritable humanisme ?

– Je discerne ici plusieurs écueils. Première contradiction : si l’on ôte à l’existence ses facultés spécifiquement humaines pour s’enfermer dans une vision hygiéniste et archipauvre de la vie — et c’est ce que nous tendons à faire depuis le début de cette crise, où l’argument sanitaire a prévalu d’emblée —, on peut se demander pourquoi il faudrait s’escrimer à la sauver à tout prix… Tocqueville avait déjà pointé cet effet pervers de l’égalisation des conditions à l’ère démocratique : il montrait que l’idée d’humanité universelle s’est certes imposée en devenant sensible (les individus sont captés par l’évidence de leur commune humanité, tous naissent, travaillent, consomment), mais pour finalement désigner des hommes définis par le cercle vital et rien d’autre.

Deuxième incohérence majeure, elle aussi passée inaperçue : nous nous félicitons de choisir la vie, d’où notre « humanisme », quand notre civilisation s’est au contraire bâtie sur l’idée que la préservation du bios ne saurait résumer le tout de l’existence humaine. La vie organique est l’alpha, elle n’est pas l’oméga, et le monde libre procède de cette conviction. Elle n’est pas l’oméga, car il existe justement des principes plus essentiels que la vie brute. À moins que nous estimions ne plus avoir le moindre compte à rendre ni aux générations qui nous ont précédés ni aux suivantes ? Nos héritiers, plus ou moins sacrifiés, nous reprocheront à coup sûr cette formidable irresponsabilité collective : « Vous vous contentiez de jouir d’une liberté que vos ancêtres avaient arrachée au prix du sang, en montant sur des barricades. Et voilà que vous vous êtes barricadés face à l’offensive d’un simple virus, piétinant ainsi un principe pour lequel tant de personnes avaient donné leur vie avant vous. Au risque d’hypothéquer notre avenir et de nous priver d’un héritage dont vous n’étiez que les dépositaires. » Qu’allons-nous leur répondre ? De fait, il faut une bonne dose de désinvolture prométhéenne pour briser un monde qu’on n’est pas sûr de pouvoir réparer. L’impératif « sauvons des vies ! » nous aurait-il collectivement hébétés ?

Car être vivant au sens fort du terme, c’est aussi se montrer capable de se demander pour quoi, au nom de quel bien commun supérieur, on serait prêt à risquer un peu sa santé de façon à ce qu’un fléau n’ait pas entièrement raison de notre monde. Seule cette disponibilité peut donner à une société démocratique son « sacré ». C’est cela, l’humanisme. Mais cette attitude présuppose justement une résistance scrupuleuse à l’obnubilation du « vivre-avant-tout ». À moins, nous sommes déjà perdus. Il s’ensuit que si la vie est tout, elle n’est plus rien. C’est donc nécessairement la peur qui l’emporte, car celle-ci, affirmaient les dissidents de l’Est, a prise sur les corps, pas sur les âmes.

– Justement, vous vous réclamez, dans votre réflexion, de l’héritage intellectuel de la dissidence. En quoi reste-t-il pertinent, à vos yeux, par temps de coronavirus ?

– Nos contemporains devraient méditer d’urgence le message que l’ancien dissident tchèque Vaclav Havel avait adressé en 1985 aux pacifistes de l’Ouest pour les mettre en garde contre l’ambiguïté de leur slogan, « Plutôt Rouges que morts ! ». Il leur dit cette chose capitale : « Par ici, on serait plutôt d’avis qu’en cas de catastrophe (allusion à 1938, Munich), l’incapacité à risquer sa vie pour en sauver le sens et la dimension humaine mène non seulement à la perte de son sens, mais aussi, en fin de compte, à la perte de la vie tout court — et, en général, de milliers ou de millions de vies. »

En répliquant au Covid-19 par un quasi unanime « la-vie-quoi-qu’il-en-coûte », on oublie donc un point capital : la vie est un bien infiniment précieux, mais si elle était le premier d’entre eux, nous n’aurions eu ni appel du 18 Juin, ni dissidents sous le communisme, ni Dr Li à Wuhan pour nous alerter sur la gravité de la pandémie, ni médecins sous le Covid-19 pour nous sauver…

– C’est en cela que vouloir fonder une politique de civilisation sur l’idéal de la vie, au sens de la survie, relève à vos yeux de l’incongru ?

– Oui, forcément, puisqu’une civilisation se fonde sur une culture, une histoire, des règles de civilité, des lois ou des œuvres, toutes choses qui transcendent le bref passage sur terre de ses représentants. Mais là encore, il semblerait que notre sensibilité post-tragique ne parvienne plus à comprendre que seule une société ayant abdiqué tout idéal peut en arriver à ériger le maintien de la « vie nue » (Walter Benjamin) au rang de souverain bien. Est-ce le cas ? On doit le craindre à observer l’incompréhension relative rencontrée par ceux qui suggèrent qu’il pourrait y avoir des choses plus importantes, comme la liberté, le courage ou encore l’esprit de la démocratie et le désir de continuer à œuvrer avec d’autres à la sauvegarde d’un monde commun.



La Déraison sanitaire :

Le Covid-19 et le culte de la vie par-dessus tout
de Alexandra Laignel-Lavastine
paru le 6 novembre 2020
aux Éditions du Bord de l'eau
à Lormont en Gironde (France) 107 pages
ISBN-10 : 2356877460

« Complotisme », ce mot des « élites » pour disqualifier toute critique

Chronique d'Éric Zemmour dans le Figaro Magazine du 20 novembre 2020. Nous partageons son avis sur le documentaire Hold Up, original et instructif  par moments, mais bien trop long (2 h 38), très inégal, beaucoup trop « ambitieux » car il va bien au-delà de la Covid-19 et même étrange parfois.. Que signifie ainsi ce recours en générique de fin à une « profileuse » pour se moquer de Laurent Alexandre sur la base de sa photo ?

Complotisme. C’est le mot qui fâche, qui délégitime, qui tue. Enfin, qui veut tuer. Qui doit tuer. Complotisme est le mot des élites, le mot des bien-pensants, l’arme suprême du politiquement correct lorsqu’il est attaqué, contesté, déconstruit. Le mot qui interdit toute analyse iconoclaste, qui regarde ce qu’il y a derrière le rideau du discours dominant. La frénésie autour du documentaire Hold-Up en est la dernière preuve. Ce documentaire, pourtant, ne mérite ni cet excès d’honneur ni cet excès d’indignité. Trop long, interminable même, il mêle des analyses fouillées, des informations inédites, des témoignages percutants, pour l’englober dans une théorie finaliste : le virus de la Covid-19, fabriqué dans les laboratoires de l’Institut Pasteur, avant d’être livré aux Chinois, serait utilisé par les partisans affichés d’un gouvernement mondial (Bill Gates, Jacques Attali, etc.) pour imposer à des populations apeurées la cryptomonnaie, arme suprême du Big Brother de demain.

La thèse ne convainc guère, mais permet à tous les défenseurs de l’ordre sanitaire, à tous les ennemis du docteur Raoult, à tous les thuriféraires du confinement d’occulter les critiques acerbes et fondées de la réaction du gouvernement français à cette épidémie. Le passé du réalisateur – journaliste passionné par la Vierge, mystique lui-même – permet de clouer son cercueil sans rémission : mystique, donc, fou, donc complotiste. Circulez, il n’y a rien à voir. On connaît la rengaine : le sage montre la lune, l’idiot voit le doigt. Mais l’idiot n’est pas idiot. L’idiot est notre maître et ne veut surtout pas qu’on regarde la lune. L’idiot s’est auto-intronisé il y a longtemps « cercle de la raison » et n’entend pas abdiquer son pouvoir ni sa légitimité. Il y a une vérité, elle est officielle, et il est interdit de la contester.

Pourtant, ce sont ces mêmes élites qui nous ont appris, depuis les campus américains des années 1960, que la vérité était toute subjective, qu’on disait ce qu’on était, et qu’on était d’où on venait, classes sociales naguère et désormais race ou genre. Que la langue ne pouvait être crédible car elle était elle-même un enjeu de combat, que les mots étaient biaisés, qu’ils étaient le produit de la domination de la bourgeoisie, de l’homme blanc, de l’hétérosexuel. Qu’il fallait les retourner, les effacer, les remplacer. Que l’histoire qu’on nous avait apprise était un tissu d’erreurs à ridiculiser ou à délégitimer. Qu’il n’y avait pas de nation, de peuple, de famille, rien que des individus, nomades hors-sol avec des vérités changeantes et subjectives, liquides et floues, comme leur identité et même leur « genre » sexuel.

Nos élites peuvent être contentes d’elles. Elles nous ont bien éduquées. Nous savons déconstruire leur discours. Parfois, on leur prête même des intentions machiavéliennes alors qu’elles ne sont que stupides et dépassées. On les surestime. C’est notre dernière révérence, trace ultime de notre respect disparu.