dimanche 18 novembre 2018

Enseigner autrement : pourquoi ça dérange ?



Djelika Darbo, enseignante à l’école René-Descartes, suit depuis le début du primaire (CP) les mêmes élèves avec la méthode de Singapour. Aujourd’hui en quatrième année du primaire (CM1), la moitié de ces enfants ne lui a pas été confiée. Au grand dam des parents qui approuvent cet apprentissage des maths et soutiennent la maîtresse.

E Djelika Darbo, enseignante à l’école primaire René-Descartes est abasourdie. Depuis la rentrée scolaire, la professeure connue pour son approche non traditionnelle de l’enseignement n’a pas retrouvé sa classe de CM1 A.

L’institutrice est en arrêt maladie en raison du « stress » et du « choc » engendrés par une affaire qui a débuté le 31 août, lors d’un conseil de classe extraordinaire. Ce jour-là, une liste d’élèves de CM1, différente de celle qu’elle a proposée en juin dernier lors du conseil d’école, lui est alors désignée.

 « Du CP (1re année) au CE2 (3e année), j’ai eu les mêmes élèves, à 90 % environ. J’ai demandé à suivre ces enfants dans la continuité de mon projet pédagogique, connu par la direction de l’école qui n’y voyait jusque-là pas d’inconvénient. Mais la moitié des élèves qui étaient dans ma classe les années précédentes n’y sont plus. Ils ont été [répartis]. Je ne comprends pas cette décision, d’autant plus que les résultats sont là. J’ai toujours travaillé dans l’intérêt des enfants et des familles », confie-t-elle.



Depuis son arrivée à René-Descartes, il y a cinq ans, l’institutrice qui a grandi dans le quartier Franc-Moisin privilégie dans son travail une pédagogie innovante : prise en compte du niveau de l’enfant, adaptation à son rythme, implication des parents d’élèves. Sa manière de faire plaît. Et les méthodes dont elle s’inspire — la méthode de Singapour pour les mathématiques, qui permet aux élèves de s’approprier de façon progressive l’univers de cette matière, et la méthode Alpha pour le français, qui apprend aux enfants à lire dans une démarche ludique basée sur le son et l’image — ont séduit bon nombre de parents.

« Cette maîtresse, je la souhaite à tous les élèves de ces zones REP, REP+ (1). Elle connaît les difficultés des enfants et leur donne un bagage culturel important », relate Marina (2), maman d’un « petit garçon qui a eu la chance d’être dans la classe de Mme Darbo depuis le CP ».

Même son de cloche du côté de la maman de Brad : « Mon fils a un niveau moyen, mais il est intelligent. Il fait parfois des crises de convulsion. La méthode Singapour, ça l’a beaucoup aidé avec les mathématiques. Madame Darbo, je l’ai rencontrée, elle m’a expliqué la méthode, elle travaille en collaboration avec les parents et l’enfant. » Quant à Hélène (2), une autre maman dont la fille est inscrite dans cette classe de CM1 A, la situation est « incompréhensible. Depuis la rentrée, il y a eu plus de six remplaçants ».

L’affaire est complexe et a déjà fait grand bruit : une pétition a été signée par la majorité des parents de la classe concernée en faveur de l’enseignante, des mamans d’élèves se sont rendues à la DSDEN (3) du 93 à plusieurs reprises pour alerter sur ce problème, des rendez-vous ont été pris dès septembre auprès de l’inspecteur de la circonscription, qui a répondu aux inquiétudes des parents, mais n’a pas souhaité donner suite à nos sollicitations, à l’instar de la direction de l’école.


« L’institution dévalue la pédagogie »

En France, aucune loi n’interdit à des enseignants de mettre en place de nouvelles pédagogies en matière d’enseignement. De plus, depuis une dizaine d’années, les méthodes Freinet, Alpha ou encore Singapour se sont introduites sur les bancs de l’école publique avec un certain succès. Mais pour certains professeurs, soucieux d’apporter au sein de leurs classes des projets innovants, le problème est à aller chercher du côté de l’institution elle-même. « Normalement, la règle, c’est la liberté pédagogique, mais celle-ci est de plus en plus remise en cause, avance un enseignant spécialisé anciennement directeur d’école, adepte de la pédagogie Freinet. Elle est fondée sur la méthode naturelle, le désir de l’enfant et son envie d’apprendre. » Après avoir mis en place avec son équipe un projet de « classes multiâges », « le projet a été saboté » faute de cohésion au sein de l’équipe enseignante.

Faire des expérimentations pédagogiques s’avère « difficile » aux yeux du professeur qui pointe du doigt la frilosité de l’Éducation nationale en ce qui concerne la constitution de projets innovants. « Il y a beaucoup de peurs, l’institution a de moins en moins de culture pédagogique, elle favorise les évaluations qui classent et stigmatisent. » Ces nouvelles méthodes qui pour certaines valorisent une éducation populaire, ne gagneraient-elles pourtant pas à être mises en avant dans un territoire comme Saint-Denis où les inégalités scolaires persistent ? « C’est encore plus impératif dans cette zone où il y a davantage qu’ailleurs une hétérogénéité des élèves et de la population. Cela a plus de sens. »

Yslande Bossé


Réseaux d’éducation prioritaire.
Les prénoms ont été changés.
Direction des services départementaux de l’Éducation nationale de la Seine–Saint-Denis.

Redmen de McGill – Dérives de l’université

Extraits d’une chronique de Joseph Facal au sujet de l’équipe de l’université anglophone de McGill (université sursubventionnée par Québec). La première mention par écrit au nom de Redmen remonte à 1929 sous la forme de « Red Men ». Elle aurait été utilisée pour décrire les uniformes rouges portés par les équipes sportives de McGill. Selon l’historien de McGill, le Dr Stanley Frost,  le nom des Redmen proviendrait de l’Antiquité, à l’époque où les Celtes étaient surnommés les « hommes rouges » en raison de leurs cheveux roux, « nos Redmen étaient sans aucun doute des Celtes rappelant l’origine écossaise de Scott McGill », note Frost. Les couleurs officielles de l’université sont également le rouge et le blanc. Il est possible que, par la suite, cette étymologie ait été oubliée et réinterprétée comme une allusion à des Peaux Rouges (mais pourquoi et lesquels ?), ce qui expliquerait que vers 1960 avec la féminisation de l’université, l’équipe féminine de hockey se soit appelées les Squaws.


L’Université McGill doit-elle abandonner le nom de Redmen pour ses équipes sportives masculines ? Un référendum organisé par les étudiants s’est soldé par un oui à 79 %, sauf que 72 % d’entre eux n’ont pas voté. Ce n’est donc pas un enjeu important pour la majorité des étudiants.



Pouvoir



L’association étudiante voit dans ce nom le symbole d’un « comportement oppressif et raciste » envers les Autochtones. L’administration explique qu’il renvoie à la couleur des chandails ou, possiblement, au fait que James McGill était Écossais, et que beaucoup d’Écossais sont roux. Bref, les Redmen ne sont pas les Redskins. [...]

Pour schématiser, deux contingents d’étudiants ont plus d’influence que les autres. Le premier contingent influent regroupe les étudiants qui visent une profession libérale : médecine, droit, génie, comptabilité, etc. Ils veulent un emploi sûr, de l’argent, un statut social. Ils ne vont pas à l’université par curiosité intellectuelle, mais pour obtenir les titres professionnels que le marché exige. Ils rapportent à l’université argent, prestige, classements dans les palmarès internationaux, donations philanthropiques, etc. [...] Leurs professeurs gèrent leurs propres carrières : recherche, publications, subventions, colloques, etc. L’enseignement est surtout assuré par des chargés de cours.

L’autre contingent influent, c’est cette poignée d’étudiants activistes dans les sciences humaines. Ils savent que leurs débouchés professionnels sont terriblement incertains. Ceux-là veulent surtout éliminer [ce qu’ils perçoivent comme] les injustices de notre monde. Il en faut, bien sûr, [...] mais on pourrait les souhaiter moins indignés à temps plein, moins certains d’avoir toujours raison, plus ouverts au doute et au questionnement. Comme les injustices sont insidieusement « systémiques », ils en voient partout. Dans leurs départements, beaucoup d’idéologies se déguisent en science. On leur inculque deux idées centrales, liées entre elles, issues de théories dites postmodernistes, structuralistes, néomarxistes, etc. Premièrement, on leur dit que la société repose d’abord sur une structure de domination. Tel objet est donc un symbole phallique, tel homme est l’archétype du patriarcat dominateur, et tel domestique est emblématique de toutes les minorités ethniques opprimées. L’oppression se construit notamment sur le langage. On traquera donc les mots « oppressants » comme Redmen.


Recul


Deuxièmement, on leur martèle qu’il n’y a pas une réalité objective : tout est construit, subjectif, relatif, tout n’est que discours. Comme tout est subjectif, leur propre subjectivité devient reine. Ce qui est important, c’est ce qu’ils pensent et ressentent. Ils se sentiront donc légitimés de censurer les conférenciers dont les propos leur déplaisent. Quelques-uns de leurs professeurs feront parfois office de véritables gourous. Ces étudiants soulèveront des controverses que nos médias vont mousser. Les administrations [tenteront] calmeront le jeu en cédant. C’est ainsi que reculent la transmission d’un patrimoine intellectuel commun, et l’authentique liberté de penser et de débattre.

lundi 12 novembre 2018

Zemmour à Béziers : Macron, Poitiers, démographie, Voltaire, Rousseau, la littérature contemporaine, de Beauvoir, la théorie du genre, enjeux de l'Armistice de 1918




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Éric Zemmour — Extraits de Destin français (m-à-j)

Éric Zemmour sur l’avortement

Au sujet de Poitiers, Zemmour cite Victor Davis Hanson et son Carnage et culture. Les grandes batailles qui ont fait l’Occident, Paris, Flammarion, 2002.

Victor Davis Hanson est professeur à l’Université de Californie, spécialiste de l’histoire militaire de l’Antiquité. La thèse de son ouvrage est forte : les sociétés occidentales bénéficient d’une supériorité militaire depuis l’Antiquité, qui découle des spécificités culturelles de leur ordre social et politique. Dans cette perspective, l’auteur remet en cause d’autres types d’interprétations de la supériorité militaire occidentale contemporaine. Il conteste d’abord toute idée d’un déterminisme biologique ou géographique, dans le cadre duquel les ressources naturelles de l’Europe, sa topographie particulière ou son climat lui auraient assuré une prospérité économique, gage de sa supériorité technologique et donc militaire. De même refuse-t-il d’expliquer cette supériorité par la maîtrise en matière d’armes à feu et d’explosifs acquise par ces sociétés à partir de la Renaissance et développée dans le cadre de la révolution industrielle. Pour Victor Davis Hanson, il existe une « culture militaire européenne », qui prend source au cœur des cités grecques, fut affiné par la République romaine et caractérise « la manière de faire la guerre » des sociétés héritières de cette antiquité classique. Paraphrasant Clausevitz, il affirme que « la guerre occidentale est souvent un prolongement de l’idée de la politique » (p. 38) et, qu’à ce titre, elle trouve ses fondements dans les principes qui organisent la place des individus au sein de la société, les relations qu’ils entretiennent avec le pouvoir et la nature des rapports qui les lient. Il évoque ainsi une « conception juridique de la liberté », « l’individualisme », « la liberté de recherche et le rationalisme » comme des traits distinctifs des sociétés occidentales et comme autant de facteurs déterminants de leur manière de faire la guerre. Ces caractéristiques culturelles décident selon lui des conditions dans lesquelles elle est abordée au sein de ces sociétés, conçue comme un moyen d’anéantir l’adversaire, affranchie de toute considération morale ou religieuse, et non comme un acte rituel. Elles influent sur les pratiques guerrières mises en œuvre par l’Occident : à la fois en ce qui concerne l’organisation des armées, conciliant discipline collective, souplesse du commandement et soumission à la critique publique, et leur comportement sur le terrain, où la recherche de l’affrontement frontal entre les troupes en présence est préférée à la ruse, à la tromperie ou à l’exaltation de l’exploit individuel.

Victor Davis Hanson met en évidence cette continuité de la létalité occidentale à travers l’examen de neuf batailles ayant opposé des forces européennes ou les États-Unis à des adversaires « non-occidentaux ». De l’Antiquité classique jusqu’à la Guerre du Vietnam, il s’intéresse ainsi aux batailles de Salamine (480 av. J.-C), Gaugamèles (331 av. J.-C), Cannes (216 av. J.-C.), Poitiers (732), Tenochtitlan (1521), Lépante (1571), Rorke’s Drift (1879), Midway (1942) et du Têt (1968). Les trois parties qui composent son ouvrage en décrivent la genèse dans la Méditerranée antique, sa diffusion progressive en Europe et dans l’hémisphère occidental, et son maintien à l’époque contemporaine. Pour chacune des batailles, il rend compte de son déroulement sur le terrain, de sa portée sur les relations entre les unités politiques impliquées, et des traits culturels propres aux Occidentaux ou à leurs adversaires qu’elle met en évidence. Il évoque ainsi l’ardeur des marins grecs de Salamine, convaincus de jouer leur liberté contre une Perse autocratique, dans une bataille à laquelle ils avaient consenti via leurs représentants. Il montre aussi le contraste entre les phalanges macédoniennes de Gaugamèles, disciplinées et tuant implacablement, et les troupes de Darius, promptes à rompre le combat pour se livrer au pillage ou à la fuite. Suivent les tableaux de l’infanterie lourde de Charles Martel opposant un mur de piques et de boucliers aux charges impétueuses, mais trop peu dévastatrices de la cavalerie arabe, du siège méthodique organisé par Cortès autour de Tenochtitlan, de l’ingéniosité technique et tactique de la flotte chrétienne à Lépante, etc. Autant d’événements et de faits qui sont abordés à partir de récits de contemporains ou de travaux d’historiens.

Alexandre Soljénitsyne : les libéraux précurseurs des révolutionnaires sanglants ?


Il y a un siècle naissait, en 1918, Alexandre Soljénitsyne. Il obtint le Nobel de Littérature en 1970. Déchu de sa nationalité en 1974 après la parution en Occident de L’Archipel du Goulag, il fut expulsé d’URSS, émigra aux États-Unis d’Amérique, où il vécut vingt ans avant de revenir vivre en Russie. L’Archipel du Goulag est sa première « cathédrale » d’écriture, selon l’expression de Georges Nivat, La Roue rouge (sur le « déraillement » de l’histoire russe) en constituant la seconde. Son éditeur français marque les dix ans de sa mort par la publication de trois textes politiques du grand écrivain. Pour mieux comprendre les révolutions française et russe. Loin des lieux communs progressistes.

En marge de ses grands romans, il y a des dizaines d’Écrits politiques d’Alexandre Soljénitsyne. Ce recueil s’ouvre sur une lettre publique, qui est l’axe de son œuvre, le moteur de sa vie : pour résister, il faut commencer par se réformer soi-même. Ce bref catéchisme du résistant fut rédigé en février 1974, à la veille de la seconde arrestation et de l’expulsion d’URSS de son auteur.

S’ensuivent les Leçons de Février (1983), inspirées par la lecture d’une immense littérature sur la révolution de 1917 et par une amère constatation : la monarchie russe, tricentenaire et encore populaire en 1914, est tombée en trois jours. Faute de savoir penser vrai, parler vrai ?

Pour terminer ce recueil, Deux révolutions : la française et la russe (1984), est une réflexion inédite en français, où Soljénitsyne compare le glissement vers mensonge et violence de ces deux révolutions.

Extraits de la chronique d’Éric Zemmour sur ce recueil :

Alexandre Soljenitsyne est mort il y a dix ans. Les polémiques autour de son nom se sont apaisées. Il n’y a plus assez de communistes pour aboyer aux mollets de l’« agent de la CIA » ; les « nouveaux philosophes » d’antan et libéraux de toujours n’osent plus le traiter de « réactionnaire », voire d’« antisémite ». Le rebelle controversé de jadis est devenu une statue du Commandeur. Quand son éditeur français a la bonne idée d’exhumer deux grands textes politiques, rédigés depuis son exil américain, quelques années avant la chute du mur de Berlin, il place en ouverture un court préambule intitulé « Vivre sans mentir », sorte de vade-mecum de survie spirituelle dans un régime totalitaire : « La clef de la libération est le refus de participer personnellement au mensonge. […] Nous ne sommes pas mûrs pour aller sur la place publique et proclamer à grands cris la vérité, et dire tout haut ce que nous pensons tout bas. Ce n’est pas pour nous, cela fait peur, mais refusons au moins de dire ce que nous ne pensons pas. »

On songe alors que nos régimes démocratiques d’aujourd’hui ressemblent de plus en plus aux régimes totalitaires d’autrefois, mais nous n’avons pas le temps de nous y attarder que le traducteur et préfacier du grand homme, Georges Nivat, nous explique que toute révolution est un « algorithme, celui du mensonge, du petit mensonge qui devient grand. […] Mensonge et révolution sont liés. » D’où le titre du recueil.

On lit. Et on relit certaines pages, séduits par la clarté virile du style sans effet de l’auteur, et étonné de ne pas y trouver la dénonciation du mensonge annoncée. Soljenitsyne n’est pas historien, mais il est mieux : il vit l’histoire de l’intérieur. Aucune des grandes réflexions sur la Révolution française — celles de Tocqueville, Thiers ou Taine — ne lui est inconnue. Les deux textes — le premier sur la seule révolution de février 1917, l’autre qui compare les deux révolutions de 1917 et de 1789 — font la paire.

La conclusion s’impose d’elle-même : ce n’est pas le mensonge qui a provoqué la chute des deux monarchies, mais la faiblesse des deux derniers rois. Nicolas II et Louis XVI étaient de bons chrétiens qui aimaient leur famille plus que le pouvoir, et ne voulaient pas faire couler le sang de leur peuple. Ces vertus chrétiennes et humanistes en faisaient de fort braves hommes et d’excellents pères de famille ; mais de détestables rois. Sans le citer, Soljenitsyne retrouve la leçon que professait déjà Richelieu dans son testament : les vertus privées font le plus souvent les malheurs publics. Ce qu’il dit de Nicolas II convient en tout point à Louis XVI : « Toutes les décisions […] procédaient chez le tsar de son attachement à la paix, qualité éminente pour un chrétien, fatale chez le dirigeant d’un grand empire. […] La dynastie s’est suicidée pour ne pas provoquer une effusion de sang, ou une guerre civile. Pour en provoquer une pire, plus longue, sans le drapeau unifiant au trône. »

La faiblesse coupable de ces rois tenait à leur caractère ; mais plus encore à l’environnement idéologique dans lequel ils ont baigné. Au contraire des libéraux et de tous les progressistes, Soljenitsyne ne fait pas de distinguo entre la « bonne » révolution (1789 et février 1917) et la « mauvaise » (1793 et octobre 1917). Il est même plus sévère avec les premières qu’avec les secondes ; avec les libéraux qu’avec les « terroristes » jacobins ou bolcheviques. Il a bien compris que c’est l’idéologie libérale, ce qu’il appelle le « Champ libéral-radical », qui a désarmé les monarques et les élites autour d’eux : « Durant cent ans, le Champ avait irradié si puissamment que la conscience nationale en lui s’était étiolée (“patriotisme primaire”), et la couche instruite avait cessé de prendre en considération les intérêts de l’existence nationale. Le sentiment national avait été rejeté par l’intelligentsia et négligé au sommet. C’est ainsi que nous avons pris le chemin de la catastrophe. »

Ce libéralisme antinational des élites avait été préparé de longue date — au siècle des Lumières pour la France et depuis le coup de main manqué des décembristes, en 1825, pour la Russie, par le travail de sape des intellectuels, des écrivains, des philosophes libéraux. Soljenitsyne reprend l’analyse de Tocqueville et de Taine : ce ne sont pas les difficultés économiques, sociales, voire militaires, qui ont « mûri la révolution, mais […] l’acharnement des intellectuels pendant des dizaines d’années, que le pouvoir n’a jamais pu surmonter ». Et de reprendre sans hésitation le jugement définitif des paysans russes qui fera hurler tous nos beaux esprits de Paris ou de Saint-Pétersbourg : « Ces troubles nous sont envoyés parce que le peuple a oublié Dieu. »

L’implacable diagnostic posé, on peut nuancer : si la parenté est frappante entre Girondins et Cadets, entre Danton et son groupe et les leaders SR (socialistes-révolutionnaires), sans oublier bien sûr les Jacobins de Robespierre et les bolcheviks de Lénine, Soljenitsyne n’est pas dupe de sa propre comparaison : « La Terreur de Robespierre a les jambes courtes » à côté de celle de Lénine : il n’a pas de force armée à sa dévotion ; respecte les formes parlementaires et surtout la propriété privée. Robespierre est un « patriote », Lénine se proclame « anti-patriote ». Soljenitsyne ne tombe pas dans le panneau dans lequel se précipiteront tous ses prétendus héritiers : il ne compare ni Robespierre à Lénine, ni Bonaparte à Staline. Il est un vrai réactionnaire, pas un libéral. Tous ses ennuis en Occident viendront de cette différence. Il a compris qu’une révolution commence lentement et finit fort : « La révolution est toujours une inflammation pathologique et une catastrophe. » Il a compris que pendant que l’est de l’Europe subissait le totalitarisme communiste, l’ouest du continent connaissait lui aussi une nouvelle révolution qui détruisait toute tradition, toute racine, tout patriotisme, toute spiritualité, avec la même alliance objective des libéraux qui désarment et des terroristes totalitaires qui détruisent.


Révolution et mensonge
de Alexandre Soljénitsyne (Auteur)
paru chez Fayard,
à Paris,
le 31 octobre 2018
192 pages
ISBN-10: 2213711682



dimanche 11 novembre 2018

France — recours au Conseil d’Etat des écoles indépendantes contre la réforme Blanquer du baccalauréat

Extrait d’un article paru sur le site Toute Educ :

ToutEduc : Vous avez introduit un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État contre la réforme du baccalauréat. En quoi estimez-vous que les élèves des écoles indépendantes sont discriminés ?

Anne Coffinier : Ils n’ont pas droit au contrôle continu et devront passer, « à la fin de l’année de terminale une épreuve ponctuelle pour chaque enseignement faisant l’objet du contrôle continu » [article 9 de l’arrêté du 16 juillet 2018]. Ils auront un examen très lourd, qui aura lieu en fin de terminale même pour la spécialité prévue pour la première seulement, avec un jury et des épreuves spécifiques, ce qui interdira de les comparer à leurs camarades. Cela va donc à l’encontre du sens de la réforme (simplification, évaluation…). De surcroît, ils n’auront pas d’éléments à fournir pour leur inscription sur la plateforme Parcoursup, qui doit être renseignée très tôt. Juridiquement, notre dossier est solide. D’autant que nos élèves de seconde n’ont pas eu droit au test de positionnement, ce qui constitue une discrimination supplémentaire.

jeudi 8 novembre 2018

Québec — « La complaisance pour l’extrême gauche » (à l'université, dans les médias)

Chronique de Mathieu Bock-Côté en marge de dégradations à l’UQAM.

On apprenait vendredi dernier que des militants « antifascistes » ont vandalisé plusieurs corridors de l’UQAM dans le cadre d’une de leurs activités.


Si Le Journal en a fait mention, il n’y a pas eu de grands émois publics à propos de cet événement, comme si rien ne s’était passé, ou comme s’il ne valait pas la peine d’y porter attention.

Antifascisme ?

Revenons-y quand même.

Imaginons un seul instant qu’une organisation associée à l’extrême droite se soit adonnée à un semblable saccage. Les grands médias se seraient déchaînés.


Mais, apparemment, l’extrême gauche doit être traitée avec plus de clémence. Lorsqu’elle organise une manifestation contre la « brutalité policière » et qu’elle défonce des vitrines, on y voit une forme de folklore inoffensif. Comme si sa violence s’excusait par la noblesse des idéaux qu’elle prétend mettre de l’avant.

Pourtant, les « antifascistes » sont bien mal nommés.

Antifasciste : revenons un instant sur ce terme. Au 20e siècle, dans le monde occidental, la lutte contre le fascisme s’est menée tout à la fois au nom du libéralisme, du conservatisme, du patriotisme, du socialisme, du communisme, sans oublier la part du christianisme.


Les gueulards encagoulés revendiquent frauduleusement un monopole sur la mémoire du noble combat contre le fascisme.

Surtout, leur définition du fascisme est tellement élargie qu’ils parviennent à y entrer à peu près tous ceux qui ne se soumettent pas à leur vision du monde.

Qui s’oppose à l’immigration massive, au détournement du droit d’asile par les nouveaux « migrants », à la déconstruction de la nation, à la dissolution des frontières, à l’islam politique, à la banalisation de la théorie du genre, risque d’entrer dans leur définition du fascisme.

Les antifas se complaisent dans le fantasme de la guerre civile.

En fait, nos antifascistes ont la même structure mentale que les fascistes qu’ils prétendent combattre. Ils ont la même fascination pour la violence révolutionnaire, comme s’ils rêvaient de remplacer les débats contradictoires par les combats de rue.

De même, dans les universités, ils n’hésitent pas à se présenter comme des milices limitant la liberté d’expression, car ne tolérant pas les discours contradictoires. Ils se font ainsi une spécialité dans l’annulation de conférences et créent un climat terriblement malsain.


Université

Ce qui est dramatique, c’est que la gauche radicale, très présente à l’université, même lorsqu’elle ne verse pas dans la violence, partage bien des schèmes de pensée de la mouvance antifa et favorise la censure de ses adversaires.

Il faut le redire : dans le domaine des sciences sociales, l’université n’est plus un temple voué à la liberté d’expression, mais son tombeau.

On cite souvent, avec raison, Albert Camus, qui disait que mal nommer les choses participait au malheur du monde. C’est très juste. Et de ce point de vue, les médias ont une responsabilité. Il ne faudrait plus parler de groupes antifascistes, mais plutôt de groupuscules d’extrême gauche.

On pourrait peut-être même parler de fascistes de gauche.

Probablement qu’ainsi, on se rapprocherait de la vérité.








lundi 5 novembre 2018

Parution en français de Douze règles pour une vie de Jordan Peterson

Présentation de l’éditeur  

Qu’est-ce que le système nerveux des homards nous enseigne sur l’importance de se tenir droit et sur la réussite ?

Pourquoi les Égyptiens accordaient-ils tant d’égards à ceux qui chérissaient leurs prochains comme les plus grands des dieux ? Quels chemins terrifiants empruntons-nous lorsque nous devenons arrogants ou revanchards ?

Le Dr Peterson nous entraîne dans un incroyable voyage au cœur de la discipline, de la liberté et de l’aventure humaine, élaborant une nouvelle sagesse à travers 12 règles de vie simples, profondes et même surprenantes.  

RÈGLE N° 1 Tenez-vous droit, les épaules en arrière

Soignez votre posture. Cessez de vous avachir et de voûter le dos. Dites le fond de votre pensée. Redressez-vous et regardez devant vous. Osez vous montrer dangereux.  


Biographie de l’auteur

Docteur en psychologie, professeur à Harvard puis à l’université de Toronto, JORDAN B. PETERSON est un intellectuel subversif. Élevé dans les terres glacées du nord de l’Alberta, il a notamment piloté un avion poids plume, vogué autour de l’île d’Alcatraz, exploré le cratère d’une météorite en Arizona et construit une habitation amérindienne sur le toit de sa maison au Canada ! Son livre 12 Règles pour une vie publié en janvier 2018 s’est immédiatement classé en tête des ventes en Amérique, devenant un véritable phénomène d’édition [plus de 2 millions d’exemplaires vendus].

Douze règles pour une vie
de Jordan Peterson,
paru chez Michel Lafon,
à Paris,
le 18 octobre 2018.
 439 pages.
ISBN-10 : 2 749 937 728
ISBN-13 : 978-2749937724

Voir aussi


Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée suédoise à du mal à comprendre

Tyrannie du « genre » : école annule la traditionnelle danse père-fille

Jordan Peterson et l'égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise a du mal à comprendre

Débat entre Jordan Peterson et la députée et ex-ministre suédoise Annie Lööf, le 26 octobre 2018 à l'émission suédo-norvégienne Skavlan

Rare visite d’un journaliste français

Jordan Peterson relate dans le National Post sa récente rencontre avec un journaliste français :

Hier soir [1er novembre 2018], j’ai été interviewé par un jeune journaliste français. Il était venu de Paris avec une cadreuse. Il avait essayé d’avoir ce qui aurait pu être — mais ce ne sera pas le cas — une discussion avec moi depuis plusieurs mois, se rendant à un moment à Rochester (New York) pour assister à l’une de mes conférences, mais il n’avait pas produit les documents appropriés à mon directeur de tournée. Il voulait me parler de l’état de dégénérescence de la masculinité moderne — et de l’aliénation ressentie par ce qui semble être un nombre croissant de jeunes hommes — et de l’attrait particulier de mes vidéos YouTube, de mes baladodiffusions et de mon livre sur ces personnes. Une partie de lui voulait vraiment savoir a-t-il affirmé en commençant notre entretien.

Je lui ai dit que le récit dominant dans notre culture repose sur l’hypothèse que l’Occident est un patriarcat tyrannique ; que toutes ses réalisations sont une conséquence de l’exploitation des dépossédés ; et que le seul moyen véritable de parvenir à une position souhaitable consiste à faire preuve de pouvoir. Je lui ai dit que les jeunes hommes sont donc confrontés à une alternative diabolique : s’ils sont ambitieux et compétents (ou même non ambitieux et compétents), ils seront traités, notamment par eux-mêmes, comme s’ils exprimaient précisément les traits qui ont produit cette terrible tyrannie, et qu’ils ne sont donc guère meilleurs que tous les oppresseurs du passé. Cela se produit parce qu’il est devenu acceptable à notre époque de proposer une version de l’histoire, du présent et de l’avenir, fondée sur une haine profonde des hommes (ou pire encore, une haine profonde des gens compétents). C’est une histoire très débilitante, démotivante et décourageante, car elle prend ce qu’il y a de mieux chez les meilleurs jeunes hommes — leur volonté d’être compétents, de participer, de construire, de se battre et de réussir — et en fait un acte criminel.

C’est la raison du désespoir des jeunes hommes. J’ai expliqué cela au journaliste français, mais il ne parvenait pas à écouter. Il avait apporté une liste de questions préparées à l’avance, des « questions difficiles », selon lui, et n’avait pas confiance en son propre désespoir et sa curiosité pour approfondir réellement les questions. Il se considérait comme un libéral [« progressiste » ?], c’est-à-dire attiré par la frange la plus extrême de la gauche, et l’histoire que je lui racontais ne lui était tout simplement pas compréhensible : pas sans la destruction de sa façon de voir le monde. Il n’avait donc pas les oreilles pour entendre et alla jusqu’à répéter la même question trois fois de plus. J’ai répondu de la même façon à chaque fois, en vain.

Voir aussi

* Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

* Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre



* Jordan Peterson : Arguments en faveur du mariage et impacts du divorce (2 vidéos)



* Vos impôts à l’œuvre : Télé-Québec et ses capsules « éducatives » féministes


* Faiblesse des revenus masculins, une des causes de l’effondrement du mariage ?



* Parution en français de Douze règles pour une vie de Jordan Peterson

dimanche 4 novembre 2018

Plusieurs grandes études : l'égalité juridique des sexes renforce les différences sexuelles

Le Québec a une politique gouvernementale de discrimination en faveur des femmes dans les sciences

Nous avons tous appris ce qui est censé se passer lorsque les sexes deviennent juridiquement plus égaux. Tandis que les femmes brisent les plafonds de verre et diversifient l’éducation, les autres différences sont également vouées à disparaître.

Sans les entraves psychologiques liées au fait d’appartenir au deuxième sexe, les femmes sont libres de penser et de se comporter comme elles le souhaitent, de devenir ingénieurs, dirigeants de haut vol, débarrassées de stéréotypes surannés.

Pourtant, à la surprise de certains psychologues, on constate précisément le contraire. Plus l’égalité entre les sexes est grande dans un pays, plus la différence de mentalité entre hommes et femmes est grande. On pourrait appeler cela le paradoxe patriarcal. [Note du carnet : les féministes pourraient appeler cela ainsi, les autres ne voient pas le monde actuel en termes de patriarcat]

Deux nouvelles études démontrent une nouvelle fois [voir Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre] ce résultat contre-intuitif, ce qui signifie qu’il s’agit de l’une des découvertes les mieux établies en psychologie, même si [selon The Times] personne ne peut l’expliquer correctement.

Des scientifiques de l’Université de Göteborg en Suède ont montré dans une enquête menée auprès de 130 000 personnes originaires de 22 pays que les pays comptant davantage de femmes dans la population active, le parlement et l’éducation sont également ceux dans lesquels les caractéristiques psychologiques divergent davantage entre hommes et femmes.

[Détails supplémentaires : L’enquête a mesuré les « cinq grands » traits de personnalité (ouverture, conscience, extraversion, tolérance et névrosisme), catégories bien acceptées dans la recherche sur la personnalité.

Les différences moyennes entre les résultats de personnalité des hommes et des femmes ont été calculées pour chaque pays, puis comparées au niveau d’égalité de genre du pays tel que mesuré par le Forum économique mondial.

Reprenant des recherches antérieures, l’étude a montré que des niveaux plus élevés d’égalité entre les sexes étaient associés à de plus grandes différences de personnalité entre les sexes. Les pays à très forte égalité des sexes, tels que la Suède et la Norvège, ont montré des différences de personnalité entre les sexes environ deux fois plus importantes que celles de pays à plus faible égalité des sexes, comme la Chine et la Malaisie.]

En outre, un article de recherche publié par la revue en ligne Plos One a révélé que dans les pays classés comme moins égalitaires envers les femmes par le Forum économique mondial, les femmes étaient plus susceptibles de choisir des cours traditionnellement masculins tels que les sciences ou les études en ligne.

Erik Mac Giolla, chercheur principal de la première étude, a déclaré que les résultats avaient plutôt révélé une différence plus grande que celle mise en lumière par les études précédentes. La personnalité est généralement mesurée en utilisant les « cinq grands » traits. Ce sont l’ouverture, l’extraversion, l’amabilité, la conscience et le névrosisme. Les femmes obtiennent généralement des résultats plus élevés dans ces cinq catégories, mais il existe toujours un grand chevauchement entre les sexes.

En Chine, où la parité hommes-femmes reste faible, le chevauchement des personnalités entre hommes et femmes était d’environ 84 %. Aux Pays-Bas, qui comptent parmi les sociétés les plus égalitaires, ce n’est que 61 %. [Voir Peu de Hollandaises travaillent à plein temps, elles se disent très heureuses.]

« Il semble que, à mesure que l’égalité des sexes augmente et que les pays deviennent plus progressistes, les hommes et les femmes gravitent autour des normes sexospécifiques traditionnelles », a déclaré Mac Giolla. « Pourquoi cela arrive-t-il ? Je ne sais vraiment pas. »

Steve Stewart-Williams, de l’Université de Nottingham, a déclaré qu’il existait désormais trop de preuves de cet effet pour qu’on puisse considérer la chose comme un coup de chance. « Ce n’est pas que sur le plan de la personnalité », a-t-il déclaré. « Les mêmes résultats contre-intuitifs ont été observés dans de nombreux autres domaines, notamment les styles d’attachement, le choix de la spécialité universitaire, le choix de la profession, la fréquence des pleurs, la dépression, le bonheur et l’intérêt pour les relations sexuelles occasionnelles.»

« C’est à coup sûr un défi pour un courant dominant de la théorie féministe qui affirme que presque toutes les différences entre les sexes découlent de la formation culturelle et des rôles sociaux. »

Le Dr Stewart-Williams, auteur du Singe qui comprenait l’univers, a déclaré qu’une explication pourrait être que les personnes vivant dans des sociétés plus riches et plus égalitaires entre les sexes bénéficient d’une plus grande liberté qui leur permet de poursuivre leurs intérêts propres et de se comporter plus individuellement ce qui amplifie ainsi les différences [observées dans les autres sociétés.]

Quelle que soit la raison des constations établies par ces études, le Dr Stewart-Williams fait valoir que cela signifiait que nous devrions cesser de penser que les différences entre les sexes dans la société sont automatiquement le produit de l’oppression [il manque le mot « patriarcale » !]. « Ces différences observées pourraient indiquer le contraire : on a affaire à une société relativement libre et juste », a-t-il déclaré. Si cela contredit certaines analyses féministes, pour le Dr Stewart-Williams cela a surpris également à peu près tout le monde. [Note du carnet : des études scandinaves précédentes, de moindre ampleur, il y a près de 10 ans concluaient la même chose, voir la vidéo ci-dessous.]



« Il semblait tout à fait raisonnable de penser que, dans des cultures où les hommes et les femmes sont traités de manière très différente et se voient offrir des possibilités très différentes, ils se seraient nettement plus différents que dans des cultures où ils sont traités de manière plus similaire et bénéficient des mêmes chances. »

« Mais il s’avère qu’on observe précisément l’inverse. Traiter les hommes et les femmes de la même façon les rend différents, et les traiter différemment fait de même. Je ne pense pas que quiconque ait prédit cela. C’est bizarre. »  

[Pour le Dr Jordan Peterson ce n’est en rien étonnant : les femmes et les hommes ont des intérêts différents. Les femmes sont en moyenne plus portées à s’intéresser aux gens, les hommes aux choses. Plus de libertés et de prospérité permettent à chacun des sexes de se tourner vers ce qui les intéresse alors que, dans des pays pauvres, il faut d’abord songer à faire bouillir la marmite, d’où la présence importante de femmes dans des métiers techniques en Inde, en Asie ou en Afrique. La lutte contre les « stéréotypes » n’y est pour rien.]



Source : The Times (de Londres), le 15 septembre 2018, par Tom Whipple, rédacteur scientifique

Écologie — Augmentation de la biomasse et des surfaces boisées à l'échelle planétaire

Un groupe d’universitaires australiens, chinois et néerlandais a récemment publié, dans la revue scientifique Nature Climate Change, une étude portant sur 20 ans et mesurant la quantité précise de la « biomasse terrestre » de la Terre, c’est-à-dire la masse totale d’organismes vivants, dont la plupart sont des plantes. Ils ont utilisé deux décennies de mesures satellitaires par micro-ondes, une méthode précise de mesure de la biomasse afin de déterminer l’évolution de la masse d’êtres vivants sur notre planète.

Unité : Mg C ha-1 an−1
Variation annuelle moyenne du carbone dans la biomasse aérienne (épigée) entre 1993 et 2012

Ce que l’étude révèle d’abord est connu : entre 1993 et ​​2002, la masse mondiale de plantes a diminué — en grande partie à cause de la déforestation à grande échelle dans les forêts tropicales humides du Brésil et de l’Indonésie.

Mais ensuite, entre 2003 et 2012 (la dernière année analysée), quelque chose d’étonnant s’est produit : les arbres ont commencé à repousser. Les mesures prises montrent que la déforestation au Brésil et en Indonésie a fortement ralenti, tandis que de meilleures conditions de croissance dans les savanes du nord de l’Australie et de l’Afrique australe — des pluies plus abondantes — ont ajouté de la biomasse et, surtout, que les vastes forêts de Chine et de Russie ont repoussé à une vitesse considérable. Le dernier point est particulièrement significatif : la forêt boréale, qui couvre le nord du Canada et la Russie, stocke près de 60 % du carbone mondial (les forêts pluviales tropicales en stockent environ moitié moins).

Selon les auteurs, le résultat était « un gain global » de la matière végétale absorbant le carbone dans le monde — résultat qui a été reproduit dans d’autres études récentes montrant une expansion des puits de carbone à l’échelle planétaire. Une autre étude, publiée en juillet, a révélé que la part des émissions de carbone dues à la déforestation avait diminué d’un tiers au cours de la dernière décennie.