mercredi 18 mai 2016

Le Revenant : « dénigrement anti-Québec » à Hollywood

En complément à notre article « The » Revenant, Hollywood et le Canadien français, voici des extraits d’un article de Christian Néron, avocat québécois et historien du droit, qui dresse la liste de ces mensonges qui ne font pas honneur au cinéma hollywoodien…

Malgré ses trois oscars, le film Le Revenant trahit sans vergogne la vérité historique sur les Canadiens français.

Il est rarement question des Canadiens français dans le cinéma américain.

Le Revenant fait exception, mais en présentant un groupe de « trappeurs » canadiens-français comme une bande de dégénérés.

Ce film oscarisé, qui a fait le tour du monde (*), noircit notre réputation en offrant une image répulsive des « vrais » méchants dans l’histoire de l’Amérique du Nord.

Mais qu’en est-il de cette histoire présentée comme vraie ? Examinons les faits.

Les voyageurs et coureurs des bois sont des figures emblématiques d’une épopée qui a beaucoup fait rêver. Leur odyssée en Amérique du Nord n’a rien d’une légende ; elle constitue l’une des grandes aventures de l’histoire du monde.

Elle débute avec d’audacieux explorateurs français et se poursuit sur plus de deux siècles avec leurs enfants et leurs descendants qui ne tarderont pas à affirmer par ailleurs leur identité en prenant le nom de Canadiens.

Il est ironique que ce film ait cherché à faire passer les Canadiens pour des brutes racistes à l’endroit des Indiens alors que l’histoire a clairement démontré le contraire.

De tous les Européens à avoir pris racine en Amérique, les Français ont été les seuls à respecter le droit international de cette époque à l’endroit des Indiens, c’est-à-dire les seuls à n’avoir jamais cherché à les asservir et à les exterminer.

Comment expliquer cet écart de civilisation qui distingue tant les Français des Anglais, des Espagnols et des Portugais ? La réponse réside en grande partie dans un état d’esprit que l’on pourrait résumer par une curiosité débordante et un sens marqué de la justice.

[...]

Des pacificateurs

Le sens de la justice des Canadiens deviendra même un sujet d’intérêt, entre 1764 et 1773, lorsqu’il sera question de changer la constitution du Canada. Les nombreux rapports rédigés à ce sujet ne manqueront pas de le faire ressortir et de mentionner l’avantage qu’il représentait pour le maintien de la paix avec les Indiens.

Ainsi, lorsqu’il sera discuté, en décembre 1773, des nouvelles frontières de la province de Québec, les lords du Conseil privé conviendront à l’unanimité de faire confiance au sens de la justice des Canadiens, et de se méfier de celui des Anglo-américains, trop avides du bien d’autrui.

La paix générale dans l’arrière-pays indien en dépendait. Pour ce motif, les lords du gouvernement prolongeront les frontières de la province jusqu’à la rivière Ohio au Sud, et jusqu’au Mississippi à l’Ouest.

Le sens de la justice des Canadiens continuera de les honorer lorsqu’ils traverseront le Mississippi pour aller du côté de la Louisiane. Dans les années 1780, ils parviendront jusqu’au Haut-Missouri, là où se passe l’intrigue du Revenant.

Ils vont trouver cette région dans un grand désordre, les Indiens étant en conflits violents au sujet de leurs territoires de chasse. Conformément à leur tradition de diplomatie commerciale, les traiteurs (ou négociants) canadiens vont s’appliquer à concilier leurs différends, à les convaincre des avantages de la paix et du commerce.

En fait, toute cette violence les laissait dans un état d’insécurité constant. À chaque nouvelle guerre, la chasse s’arrêtait et les guerriers s’exterminaient mutuellement. Dans les villages, les réserves de nourriture s’épuisaient ; la survie du groupe tout entier se voyait mise en péril.

À de rares exceptions près, les Canadiens parviendront à les persuader de renoncer à ces violences meurtrières. Cependant, lorsque les Anglo-américains arriveront, suite à la vente de la Louisiane, ils vont tout remettre à l’envers ; ils vont même exploiter les causes de conflits pour amener les Indiens à s’exterminer entre eux.

Le film


On rapporte que le réalisateur du film aurait bénéficié de l’expertise des meilleurs historiens pour l’aider à comprendre l’époque du commerce des fourrures. Or, malgré cette expertise, les traiteurs et voyageurs canadiens y sont dépeints comme les résidus d’un âge des ténèbres. Les images nous les montrent dégénérés, cruels, violents, vicieux.

Le spectateur n’en a pas davantage besoin pour comprendre que la vente de la Louisiane aux Anglo-américains a permis d’éviter d’indicibles malheurs. La fin de cet âge des ténèbres ne pouvait qu’en annoncer un autre, plus lumineux, plus résolument tourné vers le progrès et l’avenir.

Le héros du film incarne d’ailleurs superbement la force et le courage de cette vague de pionniers qui vont bientôt affluer pour construire cette Amérique nouvelle, fleuron de la civilisation anglo-saxonne.

Toutefois, la fiction du film cache une immense tragédie qui commence à l’été 1823 dans le Haut-Missouri. L’arrivée des traiteurs et trappeurs anglo-américains ne fait qu’annoncer l’intervention de la cavalerie américaine qui, elle, va s’occuper de soumettre les Indiens à la volonté de l’homme blanc.

Au cours du mois de mai de l’été 1823, un groupe de traiteurs et trappeurs anglo-américains décide d’emprunter la rivière Missouri pour se rendre à la rivière Yellowstone plus à l’ouest. À la hauteur des villages arikaras, ces intrus passent tout doucement sans se soucier de personne ; ils ignorent, ou font semblant d’ignorer, que les Arikaras forment le groupe dominant de la région, qu’ils luttent depuis des temps immémoriaux pour maintenir leur autorité sur cette rivière et les alentours.

Les Indiens n’ont rien de plus précieux à protéger que leur souveraineté sur ce territoire ; leur survie en dépend. Cette intrusion des Anglo-américains est assimilable à un crime de lèse-majesté ; elle touche des intérêts vitaux.

Les traiteurs et trappeurs anglo-américains ont cependant leur propre conception du droit et de la souveraineté ; ils n’envoient aucune ambassade aux Arikaras ; ils ne s’arrêtent pas pour leur parler, pour les rassurer, pour les informer de leurs intentions, pour leur offrir leur amitié, pour les inviter à faire du commerce.

Bref, conformément à leurs préjugés sur la suprématie de la force, les Anglo-américains se comportent comme des maîtres en pays conquis ; une souveraineté des Arikaras sur le Haut-Missouri est une idée qui n’effleure même pas leur esprit. Pire encore, ils ont l’imprudence, voire l’arrogance, de s’amener avec des guides sioux, ennemis mortels des Arikaras.

Indien Arikara portant une peau d’ours — Photographie Edward S. Curtis, 1908. Par cet outrage à la paix publique, les Anglo-américains se faisaient agresseurs ; ils mettaient au défi la souveraineté et la sécurité du groupe tout entier.

Leurs intérêts ainsi menacés, les Arikaras n’avaient d’autre choix que de s’incliner ou de rétablir la justice selon leurs propres coutumes.

En matière de guerre, ils ne connaissaient — comme tous les Indiens d’ailleurs — qu’une seule et même tactique : attaquer par surprise pour provoquer la panique dans les rangs de l’ennemi. C’est ce qu’ils vont faire.

Les Anglo-américains ont ainsi été attaqués au petit matin du 1er juin 1823. Ils n’étaient pas d’innocentes victimes agressées par de méchants barbares ; ils étaient des intrus, des étrangers hostiles ; ils étaient armés et accompagnés des pires ennemis des Arikaras ; ils se comportaient comme des maîtres en pays conquis ; ils remettaient en question la souveraineté ancestrale des Arikaras sur le Haut-Missouri. Injure suprême, des Sioux en étaient témoins.

Pourtant, sur une période de deux siècles, les traiteurs et voyageurs canadiens avaient parfaitement réussi à tisser des liens de confiance, à maintenir la paix, à commercer avec les Indiens.

Le secret de leur réussite a toujours résidé dans leur sens de la justice et de la diplomatie. Jamais ils n’ont méprisé la souveraineté des Indiens sur leurs territoires, toujours ils les ont entretenus des avantages de la paix et du commerce. Cette stratégie a été heureuse ; elle leur a permis d’établir d’innombrables liens de confiance indispensables à la prospérité du commerce.

Au moment de la vente de la Louisiane aux Anglo-américains, en 1803, la diplomatie canadienne avait fait son œuvre partout. Il n’y avait plus un village où les Canadiens n’étaient accueillis en amis pour faire du commerce. Plus encore, ils étaient de remarquables conciliateurs ; partout où ils arrivaient, ils reprenaient les mêmes arguments pour convaincre les Indiens à renoncer à la vengeance et à la guerre pour le règlement de leurs conflits.

De la façon la plus simple du monde, ils ont été les Casques-bleus de l’Amérique amérindienne avant que l’idée et le mot n’existent. Après 1803, avec l’irruption de la civilisation anglo-américaine, les Indiens des Plaines vont vite apprendre que l’homme blanc pouvait se montrer férocement avide du bien d’autrui.

Sur la rivière Missouri, la situation va irrémédiablement basculer lors des évènements de l’été 1823. Depuis des années déjà, toute forme de diplomatie avait disparu.

Non seulement les Anglo-américains étaient imperméables à toute discussion, mais ils convoitaient sans vergogne tout ce qui se présentait à eux : pas de lois ! Pas de morale ! Pas de justice ! Pire encore, dans un déferlement sauvage qui sera qualifié de « destinée manifeste », l’homme blanc ne reculera devant aucune cruauté pour affamer les Indiens, les affaiblir, les exproprier, les exterminer.

Ce que le film s’abstient surtout de montrer, c’est que suite à l’attaque du 1er juin 1823, la cavalerie américaine, appelée en renfort, va traverser le Mississippi pour se mettre à la poursuite des Arikaras.

Le 9 août 1823, elle arrivera à la hauteur des villages du Haut-Missouri ; elle sera accompagnée de 750 guerriers sioux, ennemis héréditaires, ravis de prendre leur revanche en si belle compagnie. Les Arikaras ne seront pas immédiatement écrasés, mais ils connaîtront leur première défaite. Celle-ci incarnera d’ailleurs le début de la fin pour tous les Indiens des Plaines.

Quelques dizaines d’années plus tard, avec le chemin de fer et l’extermination du bison, ils seront tous soumis et parqués dans des réserves ; même les Sioux subiront le même traitement.

Il y a donc beaucoup d’ironie, de cynisme et de mépris de la vérité dans ce film. Alors que les Canadiens avaient témoigné d’une diplomatie remarquable pendant plus de deux siècles, ils y sont présentés comme les épaves d’un âge des ténèbres ; les images nous les montrent dégénérés, cruels, violents et vicieux. Quant aux Anglo-américains, qui symbolisent l’arrivée de l’âge des lumières, ils vont faire preuve des pires sauvageries dans l’expropriation et l’extermination des Indiens des Plaines.

On objectera que le film visait d’abord à divertir, mais il n’est pas nécessaire de mentir pour divertir. Au pays de la liberté, ils auraient dû se souvenir que le mensonge enchaîne, et que la vérité libère !

Anglo-saxons, Anglo-américains et Anglo-canadiens ont tous le même petit côté tordu : ils ne peuvent jamais laisser filer une bonne occasion de noircir tout ce qui est français.

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lundi 16 mai 2016

Olivier Postel-Vinay : Comment se fâcher en famille autour du réchauffement climatique




Conférence donnée par Olivier Postel-Vinay le 5 mars 2016 devant le Cercle Frédéric Bastiat

Olivier Postel-Vinay est philosophe de formation, journaliste. Il a été, entre autres, rédacteur en chef de Science et vie, de La Recherche et de Courrier international.

Lors de son passage au Grand Journal de Canal+




Olivier Postel-Vinay déclare que la plupart des climatologues, des journalistes, des politiques sont « climatocroyants » et que c’est devenu une sorte de doxa, d’opinion reconnue par tous. Les médias nous inondent de cette opinion dominante. Le « réchauffement climatique » est devenu une véritable croyance collective, alimentée par les climatologues, pour qui c’est aussi une croyance, alors que l’on pense que les scientifiques vont consacrer leur vie à chercher la vérité et à creuser en toute objectivité ce qui peut l’être. Olivier Postel-Vinay n’est pas un adepte de la théorie du complot. Il suit l’affaire du réchauffement climatique depuis les années 80 de par son métier de journaliste scientifique. Il est arrivé à la conclusion que les climatologues prétendent en savoir plus qu’ils n’en savent vraiment. Il souligne les conflits d’intérêts des chercheurs qui travaillent sur le climat, conflits financiers, mais aussi intellectuels où en prétendant faire de la science on fait de l’idéologie. Il conclut par « Cette question du changement climatique, elle est mal posée, elle est mal gérée, elle est mal traitée et ça devient de l’intox ! »

Olivier Postel-Vinay présente ainsi son livre : « Le changement climatique fournit à mes yeux un matériau de choix pour analyser la comédie du pouvoir et des croyances dans le monde contemporain. Autour de la thèse : la Terre se réchauffe du fait des activités humaines, l’affrontement est violent. D’un côté, les “climatozélotes” qui pensent qu’il n’y a plus de doute et qui ont fait de cette thèse une croyance absolue. De l’autre, les “climatosceptiques” qui pensent avoir relevé suffisamment d’incohérences dans les présentations et les chiffres pour afficher un scepticisme argumenté.

La comédie du climat
de Olivier Postel-Vinay
chez JC Lattès
paru le 28 octobre 2015
à Paris
250 pages
ISBN-10: 2709647001


Voir aussi

Le crépuscule du mouvement réchauffiste ?

dimanche 15 mai 2016

Pays-Bas— Une victime de viol obtient d'être euthanasiée pour mettre fin à son traumatisme

La jeune femme avait subi plusieurs abus sexuels durant son adolescence. En expliquant que le traumatisme était insurmontable, elle a obtenu d’être euthanasiée par l’État néerlandais.

La décision crée la polémique. La Commission néerlandaise à l’Euthanasie (CNE) a autorisé l’année dernière une jeune femme victime d’abus sexuels à mourir grâce à l’assistance de médecins. Ce cas vient seulement d’être rendu public par la commission, soulevant un vif débat quant à l’opportunité d’une telle décision. Les spécialistes ont estimé que son traumatisme était incurable, et que l’euthanasie serait pour elle une forme de libération.

Plusieurs abus sexuels pendant l’enfance

La jeune femme, âgée d’une vingtaine d’années, mais dont l’identité n’a pas été révélée, avait subi plusieurs abus sexuels alors qu’elle avait entre cinq et 15 ans. Selon plusieurs psychiatres, qui ont longuement examiné la jeune femme, son traumatisme était « insupportable » et « incurable » comme l’explique CBS News. La jeune femme souffrait d’anorexie, de dépression chronique, de tendances à l’automutilation, d’hallucinations et restait alitée en permanence.

Conformément au droit hollandais, qui a légalisé l’euthanasie en 2002, la jeune femme a donc reçu une dose létale de médicament. Selon les juristes de la CNE, lui refuser l’euthanasie aurait été illégal, la loi de 2002 autorisant l’euthanasie pour les personnes dont les souffrances sont jugées « sans solution ».

56 personnes en 2015

D’après les statistiques publiées par la Commission, cette jeune femme fait partie des 56 personnes dont l’euthanasie a été légalement autorisée en 2015 aux Pays-Bas. Un nombre qui comporte une proportion élevée de citoyens étrangers, venus spécialement dans le pays pour bénéficier d’une mort assistée.

Si aux Pays-Bas la nouvelle est passée quelque peu inaperçue, elle a relancé un débat difficile au Royaume-Uni ou les pro-euthanasie réclament une loi de longue date. Le député travailliste Robert Flello a balayé cette idée, en argumentant que ce cas était l’exemple type de ce qu’il refusait. Il a expliqué que c’était comme dire aux victimes de viol « vous devez être punie par la peine de mort ».


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samedi 14 mai 2016

Alsace — Les protestants étudient la Bible, les catholiques font du jardinage et cultivent « l’ouverture sur les différentes religions »...?

En Alsace et en Moselle, des cours particuliers sont dispensés dans les écoles. À Bischwiller (Bas-Rhin), les écoliers reçoivent un enseignement religieux. Il peut être axé catholique, protestant ou israélite. Les élèves dispensés à la demande des parents suivent de leur côté un cours de morale.



Une heure par semaine, les enfants plongent dans les références bibliques avec l'intervenante du cours protestant. « J'ai appris qu'on doit vivre ensemble, qu'on doit se serrer les coudes et que Jésus nous soutient », récite une élève. L'intervenante du cours catholique se défend de tout prosélytisme : « le but est de leur apprendre différentes choses et d'avoir une ouverture d'esprit sur les différentes religions ».

« Un enseignement complémentaire, un autre point de vue »

Pour Myriam Eber, directrice de l'école élémentaire Erlenberg, ces cours font partie de l'identité alsacienne. « Ce n'est pas en opposition avec la laïcité. C'est un enseignement complémentaire, un autre point de vue », confie-t-elle à France 3. De nombreux parents apprécient, d'autres s'y opposent et estiment que cet enseignement n'a pas sa place à l'école. Il y a 15 ans, 70 % des élèves suivaient ces cours. Ils ne sont plus que 53 % aujourd'hui.

Le reportage ne dit pas combien de ces enfants sont désormais musulmans ni quels cours ils suivent, s'ils en suivent un.


Alain Finkielkraut et Mathieu Bock-Côté — Heurts et malheurs de la société multiculturelle



Répliques – France – Culture – Samedi 14 mai 2016

L'extension des mouvements migratoires en Europe a eu, pour effet, d'accroître l’hétérogénéité des sociétés d'accueil et de relancer le problème de l'intégration. Faut-il d'ailleurs parler encore d'intégration ? Le mot lui-même est devenu problématique.

Substitué au terme d'assimilation jugé niveleur et même colonial, il est à son tour contesté. Les plus ardents défenseurs de la diversité lui préfèrent aujourd'hui l'expression de société inclusive.

Avec nos invités, nous verrons ce que recouvre cette querelle sémantique. Comment vivre ensemble avec nos différences culturelles, religieuses, ethniques ou sexuées ?

Intervenants

Alain Renaut : professeur de philosophie politique et d'éthique à la Sorbonne

Mathieu Bock-Côté : sociologue et chargé de cours à HEC Montréal et à l'Université de Sherbrooke. Il est aussi chroniqueur au Journal de Montréal et collaborateur au Figaro Vox.

Bibliographie

Couverture du livre
L'injustifiable et l'extrême : manifeste pour une philosophie appliquée
par Alain Renaut,
au Pommier,
Paris,
paru en 2015.













Le multiculturalisme comme religion politique
par Mathieu Bock-Côté,
publié aux éditions du Cerf,
paru en 2016.


Le code et le glaive : après l'Europe, la nation ?
Le code et le glaive : après l'Europe, la nation ?
par Régis Debray,
chez Albin Michel,
paru en 1999.

La crise de l’éducation : extrait de la Crise de la culture
par Hannah Arendt,
aux éditions Gallimard/Folioplus classiques,
paru en 2007


La religion dans les limites de la simple raison
La religion dans les limites de la simple raison
par Emmanuel Kant,
chez Vrin,
2000














Rue Jean-Pierre Timbaud : une vie de famille entre barbus et bobos
par Géraldine Smith
chez Stock,
par en 2016





vendredi 13 mai 2016

Après le Club des Cinq et la Comtesse de Ségur, les éditeurs « modernisent » Martine, mais est-elle seulement d'accord ?

Après le Club des Cinq caviardé et la Comtesse de Ségur épurée, les éditeurs « modernisent » Martine, mais est-elle seulement d'accord ? Tout à coup, le respect de l'œuvre de l'artiste n'aurait plus guère d'importance...





Couverture de 1969 La couverture de l'album Martine au zoo imprimé en 1969 montre la petite culotte de l'héroïne. L'image ne figure pas sur l'édition de 2016.

Martine porte bien ses 62 ans. Sur les illustrations délicieusement vintage de Marcel Marlier, elle n’a pas pris une ride. Les textes accompagnant les aventures de la jeune héroïne, par contre, fleurent bon une époque révolue. Rôles stéréotypés assumés, amples explications à lire ou intonations moralistes risquent de laisser perplexes certains petits lecteurs peu habitués à lire ou les adultes en lutte contre les stéréotypes d’aujourd’hui.

L’héroïne plaît pourtant toujours aux plus jeunes, surtout aux filles de 4 à 9 ans. Il se vend chaque année un million de ses aventures en France, plaçant le personnage au sixième rang dans l’univers des héros jeunesse. Pourquoi faudrait-il donc changer Martine ?

Le Bureau d'approbation du matériel didactique du Québec qui s'amuse à traquer les stéréotypes « genrés » dans les manuels serait fort peu content : les garçons bricolent ! Si les éditeurs ont fait la chasse aux « stéréotypes » dans le texte, les illustrations originales en véhiculent encore. Dans Martine fête son anniversaire, les garçons montent un étal de jeux, tandis que Martine se fait belle.
Depuis le décès du dessinateur Marcel Marlier, en 2011, aucun nouveau titre n’est sorti. La maison d’édition a donc décidé de donner ce qui serait « un coup de jeune » aux livres existants. Pas une mèche des cheveux de la brunette n’a bougé, mais les textes ont complètement changé. Ils ont été raccourcis et « modernisés ». «Nous voulions faire redécouvrir Martine à une génération d’enfants de 2016 qui pouvaient se retrouver en décalage avec les textes d’origine», avance Céline Charvet, responsable du département jeunesse chez Casterman.

Bien qu'elle ait deux frères, Martine se retrouve seule avec sa mère à écosser les pois. Si les textes de la nouvelle édition ont été révisés par l'éditeur pour éliminer les « stéréotypes de genre » désormais honnis, les images en reproduisent néanmoins certains.
Vingt albums actualisés sont déjà en rayon, et les autres seront retravaillés d’ici à janvier 2017. Révolution: dans les nouvelles versions, le chien Patapouf ne parle plus. «Ça nous semblait suranné», remarque la responsable. Les envolées didactiques ont aussi diminué. Ainsi, dans Martine fait la cuisine, toutes les recettes ont disparu. « À l’époque, ça avait du sens car il n’y avait pas beaucoup d’ouvrages pour les enfants. [Dans les années 50 et 60 !?... et l'explosion de la bédé pour enfants ? Bizarre...] Nous avons voulu gommer le côté livre de cuisine déguisé pour créer une vraie histoire. »

Autre siècle, autres principes éducatifs, dit l'éditeur

Effacés aussi les encouragements à se dépasser et les commentaires un brin moralisateurs. Exit, dans Martine petit rat de l’opéra, cette injonction à se surpasser : «Les premières leçons ne furent pas faciles du tout pour Martine. Mais à présent, elle est la meilleure de la classe.» À la fin de Martine au zoo, l’ancien album concluait: « Il faudra revenir une autre fois, ce qui prouve qu’on n’a jamais fini de s’instruire. » En 2016, la fillette et son petit frère, Jean, quittent le parc animalier car leur mère les attend à la sortie. Au début du même album, la maman a déjà fait une première apparition pour acheter les billets d’entrée. Rien de tout cela dans le texte original. Car, dans le monde d’antan, Martine vivait des aventures sans aucun contrôle parental. Ainsi, dans Martine en voyage, l’aînée et son cadet passent une nuit dehors, et leur mère se montre à peine inquiète. Dans la nouvelle version, l’aventure a été transformée en rêve.

Exit le prince charmant. Dans l'édition originale de Martine petit rat de l'opéra, elle rêve qu'elle devient danseuse étoile, que le prince arrive et la transforme en princesse. Dans la nouvelle version, elle n'a plus besoin du prince pour rêver de jouer une princesse sur scène.

Il a été plus difficile, par contre, de sortir des stéréotypes de genre induits par les dessins. Dans Martine fête son anniversaire, on voit toujours la petite héroïne se faire belle [quelle horreur !] alors que Jean sort ses outils pour construire un stand de jeu. «Pour ne pas toucher aux illustrations tout en finesse de Marcel Marlier, nous avons adapté les textes dans la mesure du possible.» Ainsi, au détour des albums, on aperçoit Jean qui fait la vaisselle ou, en classe, une activité de découverte du tricot pour filles et garçons. De même, lorsque Martine se rêve en danseuse étoile, elle n’attend plus l’arrivée du prince charmant.

Pourtant les petits garçons (ici Jean le petit frère de Martine) faisait la vaisselle dans les années 50 et 60...
Le tourne-disque de Maman

Autre adaptation jugée nécessaire, les objets d’un autre temps, tels un tourne-disque ou un antique casque à sécher les cheveux, trouvent une explication logique à leur présence: ils ont été prêtés par la maman. Car si Martine a mis un pied dans le XXIe siècle, la dynamique petite fille vit toujours dans un monde sans ordinateurs, une bulle de tranquillité intemporelle que l’éditeur n’a pas voulu casser. Tout comme le regard toujours enthousiaste et bienveillant que la brunette porte sur le monde qu’elle découvre.

Voir aussi

Bandes dessinées — Quand Hergé expurgeait un missionnaire chez les Esquimaux (au Canada d'abord, devenu scandinave)

Comtesse de Ségur épurée

La Comtesse de Ségur déchiffrée : son vocabulaire est-il encore compris aujourd’hui ?

« Le Club des Cinq » caviardé car trop politiquement (et religieusement) incorrect et à la langue trop compliquée

Faites attention à quelles bandes dessinées vos enfants lisent (Bichon, Titeuf, Mauvais Genre)

Le Petit Chaperon rouge serait trop sexiste

Le ministère en France n'approuve pas les manuels. « Seul le régime de Vichy s’est permis cela. » Et bien au Québec, c'est comme sous Vichy.

jeudi 12 mai 2016

Le PLQ contre la prédominance du français au Québec ?


Motion présentée le 11 mai 2016, mise au voix le 12 mai. Elle a été approuvée par les députés du PQ, de la CAQ et de QS et opposée par les députés du PLQ :

« Que l’Assemblée nationale réaffirme la primauté du français, la langue officielle du Québec;

Qu’elle réitère que la protection du français est une responsabilité historique et un devoir quotidien du gouvernement du Québec;

Qu’elle réaffirme le caractère toujours essentiel de la Charte de la langue française;

Enfin, que l’Assemblée nationale prenne acte du jugement de la Cour d’appel du Québec concernant la langue d’affichage, prononcé le 28 avril 2015, et qu’elle demande au gouvernement du Québec d’introduire une modification à la Charte de la langue française afin d’assurer la nette prédominance du français dans l’affichage commercial au Québec. »

La vidéo du vote :


La réforme de l'enseignement de l'histoire au secondaire reportée par le ministre Proulx (PLQ, ex-ADQ)


La réforme de l’enseignement de l’histoire du Québec et du Canada au secondaire n’aura pas lieu à l’automne prochain comme prévu, a appris La Presse Canadienne.

Selon une source au ministère de l’Éducation et d’autres sources bien au fait du dossier, le ministre Sébastien Proulx (ci-contre) a reporté la mise en œuvre du nouveau programme « Histoire du Québec et du Canada » dans toutes les écoles secondaires, prévue en septembre.

Des organisations des Premières Nations et de la communauté anglophone, notamment, critiquent le nouveau programme parce qu’il refléterait, selon eux, une idéologie trop « nationaliste » niant la contribution des allophones à l’histoire du Québec.

Ce nouveau programme, étalé sur deux ans, a fait l’objet de projets-pilotes dans une trentaine d’écoles du Québec, d’abord en troisième secondaire, dès septembre 2014, puis en quatrième secondaire, à l’automne 2015, en vue d’une application obligatoire généralisée l’automne prochain.

Or, ces projets-pilotes se poursuivront pendant que le ministère de l’Éducation apportera des modifications au programme, a-t-on appris cette semaine. En attendant, l’ancien programme sera toujours enseigné dans les autres écoles du Québec.

La réforme, amorcée par l’ancien gouvernement péquiste en février 2014, est le fruit d’un rapport réalisé par les universitaires Jacques Beauchemin et Nadia Fahmy-Eid, à la suite d’une consultation de quelques semaines. Cette réforme avait ensuite été suspendue par les libéraux à leur arrivée au pouvoir en avril 2014, mais elle avait été finalement remise sur les rails par le ministre Yves Bolduc, et conservée par son successeur, François Blais.

Le troisième libéral aux commandes à l’Éducation, Sébastien Proulx, donne maintenant un coup de frein à cette réforme.

« Voilà une excellente nouvelle », s’est réjouie Sylvia Martin-Laforge, directrice de Quebec Community Groups Network, un organisme sans but lucratif, financé par Ottawa, qui défend les intérêts des Anglo-Québécois. « Nous en venons à la conclusion que le ministre (Proulx) n’était pas satisfait du programme. (Le ministère) était prêt à aller de l’avant, mais le ministre a eu le courage de dire non », a-t-elle déclaré à la Presse canadienne.

Mme Martin-Laforge espère maintenant que le nouveau programme ne présentera pas les communautés culturelles de façon stéréotypée et ne les dépeindra pas comme des « méchants ».
Des méchants...Rien de moins.




On se rappellera que M. Sébastien Proulx, avant de joindre opportunément les rangs de la députation du PLQ le 8 juin 2015, avait été député de l’ADQ pour Trois-Rivières (2007-2008) et qu’il avait même été le chef parlementaire de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec. Transfuge assumé, M. Sébastien Proulx travaille pour Philippe Couillard depuis son élection au poste de Premier ministre.

M. Sébastien Proulx avait assez mollement (et sottement à moins que cela n’ait été à dessein) interrogé la ministre de l’Éducation du Québec à l’époque sur le programme obligatoire d’éthique et de culture religieuse au parlement québécois. Les délégués des parents opposés à l’imposition d’un seul programme et partisans du choix parental en matière de formation morale et religieuse lui avaient pourtant apporté des arguments plus porteurs que ceux que M. Sébastien utilisera peu après leur rencontre à Québec.

Voici donc sa navrante intervention à l’Assemblée nationale le mercredi 22 octobre 2008 :
Contenu du programme Éthique et culture religieuse

M. Sébastien Proulx

M. Proulx : Oui, M. le Président. D’abord, je vais vous saluer pour cette première journée. Ma question sera à la ministre de l’Éducation.

Vous savez, dans le cours d’éthique et culture religieuse, beaucoup de gens se font entendre depuis un certain temps. Peut-être parce que le cours est commencé, les gens apprennent à connaître le contenu. Je ne sais pas si, M. le Président, vous avez eu la chance... ou si la ministre a lu la chronique de Richard Martineau, la semaine dernière, qui s’intitulait Dessine-moi un drapeau. Je vous fais lecture d’un paragraphe, M. le Président.

« Discussion dans l’auto, l’autre jour, avec une de mes filles. » C’est Richard Martineau qui dit : Comment tu trouves ça, ton cours d’éthique ? Alors, elle répond qu’elle trouve le prof très dynamique, et elle dit : « Cette semaine, on va redessiner le drapeau québécois. Le prof dit qu’il n’est plus représentatif de la nouvelle réalité parce qu’il y a une croix dessus. Il faut en créer un autre qui refléterait mieux le Québec d’aujourd’hui... »

M. le Président, le drapeau québécois, c’est celui qui est à côté de vous, c’est celui pour lequel tous les parlementaires devraient avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup de respect. Est-ce que la ministre tolère qu’un enseignant, au Québec, dise à des étudiants que ce drapeau-là n’est pas digne de tous les Québécois ?

Le Président : Mme la ministre de l’Éducation.

Des voix :...

Le Président : S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! La question a été posée. Mme la ministre de l’Éducation.

Mme Michelle Courchesne

Mme Courchesne : M. le Président, c’est bien sûr que je veux réitérer, en cette Chambre, que nous avons un profond respect pour notre drapeau québécois, et ça va tout à fait de soi par ailleurs que nous puissions, dans nos salles de classe, pouvoir enseigner à nos jeunes tout autant ce respect, mais aussi d’enseigner, dans ce cours, ce que veut dire la participation citoyenne et comment on devient un citoyen responsable. Et on peut apprendre à devenir un citoyen responsable dès le plus jeune âge, M. le Président.

Puisqu’on parle du cours d’éthique religieuse, je tiens à souligner à cette Assemblée qu’il se peut, qu’il se peut qu’il y ait des accrocs de parcours puisque c’était un défi énorme de pouvoir changer un cours sur 11 années d’enseignement. Mais, M. le Président, moi, je suis très reconnaissante à l’égard de tous les enseignants du Québec qui ont relevé le défi et qui relèvent le défi en ce moment. Et je sais que nous avons davantage, davantage, je dirais, rassuré les parents sur ce cours-là. Et, autant il y a certains qui puissent encore ne pas être d’accord, moi, j’ai, à mon bureau, une très grande majorité de parents qui apprennent à fréquenter ce cours et qui sont très positifs...

(15 h 40)

Le Président : En conclusion, Mme la ministre.

Mme Courchesne :... à cet égard-là, M. le Président.

Le Président : Merci, Mme la ministre. M. le député de Trois-Rivières, pour l’additionnelle.

M. Sébastien Proulx

M. Proulx : Oui. M. le Président, Mme la ministre n’est pas sans savoir, M. le Président, que, la semaine dernière, il y avait entre 1 500 et 2 000 personnes qui marchaient à Montréal pour justement décrier le cours d’éthique et de culture religieuse.

Est-ce que la ministre, à tout le moins, s’engage à ce que des événements comme celui-là ne se reproduisent plus ? Quelles démarches avez-vous faites, M. le Président, pour que cela ne se reproduise plus et qu’un enseignant montre à des enfants que notre drapeau, il est dépassé aujourd’hui ?

Le Président : Mme la ministre, à vous la parole.

Mme Michelle Courchesne

Mme Courchesne : M. le Président, c’est évident que, lorsqu’on attire à notre attention des éléments comme celui-là, c’est évident que nous remontons la filière et que nous allons à la source pour nous assurer des propos qui doivent être correctement tenus dans toutes les salles de classe.

Mais, M. le Président, je tiens à dire à cette Assemblée, pour votre information, que, sur 1 million d’enfants qui fréquentent nos écoles aujourd’hui, il y a 1 112 qui ont fait une demande d’exemption. M. le Président, c’est à peu près 1 %. Alors, je pense qu’on doit encore une fois dire que, comme société québécoise, nous relevons un très beau défi pour apprendre à mieux vivre ensemble au Québec.

Le Président : Merci, Mme la ministre. M. le député...

Des voix :...

Le Président : S’il vous plaît ! M. le député du Lac-Saint-Jean.



Eugénie Bastié : « Jamais les filles n'ont autant été traitées de putes et de salopes... »

Eugénie Bastié s’en prend, dans un livre que Le Point appelle « polémique », aux contradictions du « néoféminisme ».



Dans Adieu mademoiselle, vous ciblez le néo-féministe. Mais c’est quoi, ce néo-féminisme ?

C’est un féminisme à la fois groupusculaire et institutionnel, et qui dicte une doxa dans l’air du temps. Il impose une vision du monde. On l’a vu avec la suppression du mot « mademoiselle », la suppression du délai de réflexion pour l’avortement, les ABCD de l’inégalité qui ont échoué... On se détache de l’objet concret de la vie des femmes pour s’enferrer dans des luttes symboliques contre un patriarcat qu’on prétend déconstruire. Par ailleurs, je m’érige contre la notion même de « féminisme ». On pouvait très bien considérer que la condition ouvrière au XIXe siècle était abominable sans adhérer au marxisme, qui est une relecture de l’histoire sous le prisme de la lutte des classes. De même, on peut très bien considérer que la femme a été dominée dans certaines circonstances et certaines époques sans adhérer au prisme d’un féminisme qui consiste à relire toute l’histoire sous le paradigme d’un dominant-dominé. Je dénonce cette idée d’un patriarcat, autrement dit d’un complot millénaire des hommes contre les femmes.


Vous vous en prenez à des « ayatollettes » qui « luttent sans relâche pour un monde déjà advenu ». Mais quid de l’égalité salariale ? [À ce sujet lire : Wall Street Journal : « Il n’y a pas d’écart salarial hommes-femmes » et Idées fausses sur les différences salariales entre hommes et femmes] Du harcèlement ? Les femmes sont par exemple ultra-minoritaires dans des professions aussi différentes que chef d’orchestre ou joueur d’échecs...

Mais l’horizon, c’est quoi ? L’égalité quantitative partout ? Pour moi, le féminisme en tant que combat politique, c’était la libération de la femme de sa sujétion domestique. Vous ne pouvez pas exiger du 50-50 partout. Je crois fondamentalement en une différence des sexes, qui se déploient de manière différente. Vouloir à tout prix que les femmes soient patronnes du CAC40 n’est pas forcément un épanouissement exceptionnel. Peut-être faudrait-il réfléchir au fait qu’une femme puisse apporter une vision autre de l’économie. Alors, oui, il subsiste des inégalités salariales. Mais ce palier incompressible que l’on observe dans toutes les études est principalement dû au fait que les femmes continuent à choisir le temps partiel plus que les hommes. Certains pensent que c’est subi. Moi, j’estime que c’est aussi choisi, parce que la femme a un rapport particulier aux enfants en bas âge et qu’elle veut continuer à s’en occuper, bien que trente ou quarante ans de propagande féministe leur aient dit de sortir du foyer.

Parce que les femmes font des enfants, elles n’auraient donc pas le droit à l’égalité salariale !?

Je dis simplement qu’il y a une différenciation fondamentale entre les hommes et les femmes, qui est le privilège exorbitant de la maternité. Cela introduit des différences dans la vie concrète des femmes. En effet, une femme est moins performante et moins disponible sur le marché du travail, parce qu’elle a des enfants. Du coup, beaucoup d’employeurs rechignent à les employer dans cette tranche d’âge. Ces différences systémiques sont dues à des différences de sexe. Soit on décide d’abolir cette différence et on dit aux femmes d’aller congeler leurs ovocytes pour pouvoir être aussi disponibles que les hommes, soit on essaye de réfléchir à une économie qui prenne plus en compte cette différence.

Et pourquoi l’homme ne pourrait-il pas s’occuper de sa progéniture ?

Parce que, de facto, la mère a plus envie de s’occuper de ses enfants. C’est une réalité dans toutes les enquêtes d’opinion. Aujourd’hui, encore un tiers des femmes voudraient être mères au foyer, parce qu’il y a un lien particulier entre la mère et l’enfant.

Vous vous moquez des féministes qui se battent pour modifier les noms des rues. Mais que seulement 4 % des rues françaises portent des noms de femmes, ça ne vous choque pas ?

C’est l’idée d’imposer par le haut une réécriture de l’histoire sous un prisme moderne. Tant mieux si aujourd’hui elles réussissent suffisamment dans leur vie pour qu’on leur donne un nom de rue. Mais ce qui m’exaspère, c’est l’idée d’exhumer des femmes parfois inconnues dans l’histoire pour en faire des icônes rétroactives. Et puis, il me semble qu’il y a d’autres priorités. Est-ce que ça va changer concrètement la vie des femmes ? Permettez-moi d’en douter...

Que pensez-vous des Femen ?

C’est un réveil du féminisme spectaculaire soixante-huitard. Elles ont débarqué des pays de l’Est où il y a eu un décalage historique, puisque la révolution sexuelle et le libéralisme sont arrivés beaucoup plus tard. Du coup, elles sont complètement décalées et outrancières quand elles miment un avortement dans l’église de la Madeleine, alors que ça fait quarante ans que l’avortement est légal en France. Mais je leur reconnais une certaine forme, non pas d’honnêteté intellectuelle, mais de courage, comme à Caroline Fourest d’ailleurs, car elles englobent toutes les religions dans une universelle détestation. Elles ne font pas de tri entre les croyances comme le font certaines féministes...

« L’esprit conservateur est le souci de ce qui tient ensemble le monde de manière invisible »

Conserver ce qui est, « empêcher que le monde ne se défasse »… Le philosophe Jacques Dewitte nous a fait l’honneur d’un long entretien sur l’esprit conservateur de la pensée d’Albert Camus. Première partie, la suite sur revuelimite.fr la semaine prochaine.

Max-Erwann Gastineau — La pensée d’Albert Camus révèle, selon vous, la prégnance d’un « esprit conservateur ». Comment définiriez-vous cet esprit ?

Jacques Dewitte — L’« esprit révolutionnaire » se manifeste par une non-adhésion au monde, un désir inextinguible d’en découdre avec le donné, ce que j’appelle le déjà-là. A rebours, l’esprit conservateur se manifeste par un souci du monde, une sollicitude envers des êtres et des choses qui le façonnent. Cette disposition affective est fondamentale, car elle implique que certaines choses méritent d’être conservées : la culture, la langue, des paysages, des traditions. Mais conservation ne signifie pas une simple préservation ; il s’agit d’entretenir et de prolonger ce qui a été légué.

Cette sensibilité apparaît chez Albert Camus de plusieurs manières. Dans L’Homme révolté, il part de ce postulat : l’homme est un être de révolte. « Je me révolte, donc je suis ». Mais ce « Non » ontologique s’adosse chez Camus à un « Oui », c’est-à-dire à un attachement à la beauté intrinsèque du monde et de la vie. Chez Camus, il s’agit d’un « oui » au soleil, au midi, aux plages d’Alger, à cette beauté qui, dans sa jeunesse, le comblait alors qu’il vivait dans une immense pauvreté.

Ce souci du monde est au fondement même de la pensée écologique. Pourtant nombre d’écologistes continuent de raisonner en termes de changement et de progrès, notamment sur les questions dites sociétales. N’y a-t-il pas là contradiction ?


Je ne connais pas dans le détail ce mouvement. Il y a en tout cas une incompatibilité évidente entre l’inspiration générale, qui devrait être ce souci du monde, et une adhésion à différents mouvements d’émancipation radicale, d’ordre anthropologique. Si le mouvement écologique est une prise de conscience de la démesure technologique, cette conscience devrait s’étendre aux limites inhérentes à la condition humaine et ne pas adhérer aux projets divers, mais convergents, qui voudraient s’en prendre à la condition sexuée, à l’énigme de la naissance et à la condition mortelle, qui favorisent le caractère interchangeable de toute chose et de tout être. Je constate aussi qu’une autre branche de l’écologie, qui s’exprime chez les défenseurs de la « cause animale », manifeste fréquemment une véritable haine de l’humanité.

La pensée écologique devrait réfléchir davantage sur l’expérience historique du XXe siècle, et en particulier celle du communisme, qui a montré qu’un projet révolutionnaire d’émancipation radicale, cherchant à réaliser un nouveau Paradis sur terre, avait conduit à un Enfer pire que ce que l’on cherchait à dépasser. D’où, chez ceux qui ont médité sur ce destin, notamment Leszek Kolakowski, une réhabilitation de l’idée chrétienne de péché originel, idée certes « réactionnaire », mais que l’on peut comprendre comme la conscience de la finitude et de la faillibilité humaine.