mercredi 30 septembre 2015

Régis Debray fait son deuil du progressisme et des illusions de la gauche

Extraits d’un article de l’hebdomadaire Le Point où l’intellectuel français Régis Debray livre en quelque sorte son testament politique : l’humanité sans dessein, la gauche socialiste sans idées, le deuil de l’Histoire...


Le Point — Mais de quel deuil exactement parlez-vous ?

Régis Debray. — De l’Histoire comme accomplissement d’un grand dessein, comme émancipation de l’humanité en marche vers son salut. Cette idée messianique, nous la tenons, tout libre-penseur qu’on soit, du judéo-christianisme. Elle a longtemps fait de nous, les progressistes, des descendants d’Abraham et d’Isaïe sans le savoir. Or le bureau des Affaires eschatologiques a fermé. Plus aucune grande promesse n’est crédible. Avez-vous noté le raccourcissement des cycles d’espérance en Occident ? Le christianisme ? Vingt siècles. Le scientisme ? Deux siècles. Le socialisme ? Moins d’un siècle. L’européisme ? Un demi-siècle. Résultat, une première historique : la peur sans l’espoir. L’homme, ce petit mammifère prématuré à la naissance, plus malin, mais plus faiblard que les autres, a toujours eu peur, non sans raison : des rhinocéros, de l’enfer, de la peste, des Barbares, des intrus, des kalachnikovs. La peur, c’est son destin, mais l’antidestin qu’il a inventé pour tenir le coup — la résurrection des morts, la société sans classes, l’éternité par l’art ou autres tranquillisants —, a disparu. Pour la première fois, [pour l’homme occidental moderne] il n’y a plus d’après. Ni au ciel ni sur terre.

— Quel impact sur notre époque cette disparition aurait-elle ?

— C’est un peu tôt pour le savoir. Le XXe siècle a vécu du futur plus qu’aucun autre, et jusqu’au XVIIIe notre civilisation vivait du passé, sur l’imitation de Jésus-Christ, des saints ou des héros. Le présent à l’état brut, sans rien devant ni derrière, c’est de l’expérimental. Je pressens du bipolaire : hystérie et sursauts de colère d’un côté, morosité et je-m’en-foutisme de l’autre. Le déprimé survolté par dix flashs quotidiens. Les psys vont avoir du pain sur la planche.

— La mondialisation ne pourrait-elle pas faire office de nouvelle espérance ?

Je ne vois pas trop en quoi. Les marchandises circulent mieux, les signes et les images aussi, vivent la Toile et le conteneur. Mais, du même coup, les traditions, les cultures et les religions se côtoient bien davantage, se frottent l’une contre l’autre, et cela fait de l’irritation et de l’inflammation aux jointures. Des réactions allergiques, et donc des replis, des paniques identitaires çà et là. La mondialisation techno-économique fomente une balkanisation politico-culturelle — 193 États à l’ONU quand il n’y en avait pas 50 en 1946. Et plus les outillages progressent, plus les imaginaires régressent. Le passé revient en force, avec les fantasmes d’origine. Voyez le Moyen-Orient : les frontières modernes s’effacent, on remonte de l’État à l’ethnie. Le plus récent est le plus fragile. Quand il y a crise économique ou politique, ce sont les couches les plus anciennes qui affleurent : le clanique, le tribal, l’ethnique, le religieux. L’archaïsme, ce n’est pas le révolu, c’est le refoulé. Et la postmodernité, en ce sens, sera criblée d’archaïsmes. Pourquoi ? Parce que le nivellement crée un déficit d’appartenance, un désarroi existentiel, d’où le besoin d’un réenracinement traditionaliste, d’un affichage de singularité. On croyait jusqu’à hier que l’évolution du niveau de vie nous débarrasserait du religieux — une école qui s’ouvre, c’est un temple qui ferme. Erreur. Les informaticiens sont plus fondamentalistes que les littéraires, en Inde comme en islam. L’utopie libérale espérait que la Carte bleue gomme les cartes d’identité, en réalité, elle les fait sortir au grand jour. En somme, la pacification par le doux commerce, l’OMC comme solution de l’énigme enfin trouvée, ça a beau être bardé de statistiques, cela reste le doigt dans l’œil. Le technocrate domine à Bruxelles, mais il est à côté de la plaque. Disons qu’il n’a que la moitié du programme.

— Mais l’Europe, face à Daech, face au problème des migrants, pourrait très bien retrouver une nouvelle identité ?

Oui, bien sûr, rien n’est plus précieux qu’un bon et vrai ennemi. Et Staline a autant fait pour l’Union européenne que Jean Monnet. Mais souvenez-vous : on a construit l’Europe à l’Ouest pour ne plus avoir à faire la guerre. Pour ne plus avoir même à y penser. Et en remettant sa défense entre les mains de l’Amérique, laquelle espionne sans vergogne ses protégés, qui ne protestent même plus. Le projet était viable tant qu’il y avait juste en face un ennemi mortel, ou jugé tel. Daech, c’est écœurant, épouvantable, mais 20 000 hommes dans un désert, sans aviation, sans drone, sans labos et sans usines, ce n’est pas le IIIe Reich ni l’Armée rouge. L’antiterrorisme, ça ne fait pas une identité, la chose est d’ailleurs préemptée et dirigée par Washington. Le mot d’Europe comme entité politique et non géographique apparaît dans les grimoires après Poitiers, puis après Lépante, face au Turc. L’affrontement, ça réveille. L’Iran, c’était loin. La Chine aussi.

[...]

— Depuis votre Éloge des frontières, votre position a-t-elle évolué ?

Nullement. Une frontière, c’est une ligne consentie, faite pour être franchie, à certaines conditions légales mutuellement agréées. La frontière est une conquête de la civilisation, et quand il n’y en a pas, c’est la loi du plus fort, qui dresse un mur, sans rien demander à personne. Une frontière peut mal tourner, mais l’absence de frontières, c’est la jungle assurée, tôt ou tard.

— Revenu de toutes vos illusions, c’est aussi un adieu à la politique que vous rédigez ?

En un sens, oui. Mais si c’était la politique au sens fort du terme qui nous disait adieu ? Et si c’était la fin d’un cycle ouvert chez nous par la Révolution et qui mettait une vision du monde au cœur des luttes pour le pouvoir, et non l’autodéfense d’une province, d’une dynastie, d’un groupe d’intérêts ou d’un taux de croissance ? La division gauche-droite, ça naît en 1789, avec pour ligne de partage une idée de l’avenir et de l’être humain. On s’en était bien passé pendant des siècles. Et tout ce qui est né mérite de périr. En tout cas, je ne dis pas adieu, mais bonjour à la laïcité, sur laquelle nous préparons avec un ami un petit guide pratique, très précis et utilitaire. Pour sortir du blabla cotonneux des valeurs et des bons sentiments. Le laïque, c’est du dur et du droit. Cela ne donne pas une raison de vivre, ce n’est pas la religion des sans-religion, mais ça permet, c’est déjà beaucoup, de respirer côte à côte sans s’entre-tuer.

mardi 29 septembre 2015

France — 67 nouvelles écoles libres créées à la rentrée 2015

Communiqué de la Fondation pour l’école :

 Une fois encore, la rentrée démontre le grand dynamisme des écoles indépendantes avec un taux de croissance du nombre d’écoles de 9 %. 67 nouveaux établissements scolaires ont en effet ouvert en septembre, soit 16 de plus que l’année dernière. Malgré les difficultés financières et administratives auxquelles ils sont confrontés, les porteurs de projet continuent d’affluer vers Créer son école, à la recherche de conseils juridiques, et vers la Fondation pour l’école en vue d’un soutien financier.

Les profils d’écoles indépendantes sont toujours aussi variés : Montessori, bilingues et écoles écologiques tiennent le haut du podium. Les écoles confessionnelles restent une minorité. Aujourd’hui, en stock, sur un total de 793 écoles indépendantes en France, 2 sur 5 sont confessionnelles. Leur typologie est consultable sur l’annuaire en ligne www.ecoles-libres.fr. La spectaculaire progression de ces créations d’écoles indépendantes est, selon nous, due à deux principales raisons :
  • la prise de conscience générale, à la suite de la parution du rapport PISA notamment, du délitement de l’Éducation nationale qui laisse 40 % de ses élèves sur le bord de la route ;
  • la revendication, toujours plus forte, d’un vrai choix scolaire pour trouver une école adaptée à ses attentes éducatives et aux besoins pédagogiques de son enfant.

Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école, déclare :
La France est très en retard en matière d’innovation éducative. Nous sommes enfermés dans un système vieux de 60 ans qui n’est ni performant ni adapté aux nouveaux défis que nous devons relever. Il est temps de proposer, en plus des établissements scolaires publics ou privés existants, des écoles libres de leurs moyens, mais comptables de leurs résultats qui pourront accompagner les 40 % d’enfants mal à l’aise dans le système classique pour une raison ou une autre. Il en va de la justice sociale et de notre avenir collectif. Chaque enfant a droit à une instruction de qualité adaptée à ses besoins propres. L’Éducation nationale ne peut pas tout faire !

Québec — taux de diplomation en hausse grâce aux « qualifications »

Une nouvelle fois, cette année, le taux de diplomation est en hausse dans les écoles du Québec, a appris Le Journal de Québec. Mais cette hausse ne signifie pas nécessairement que les élèves sont plus nombreux à décrocher leur diplôme d’études secondaires (DES), souligne un expert.


Selon les plus récents chiffres du ministère de l’Éducation, la proportion d’élèves qui ont décroché un diplôme sept ans après leur entrée au secondaire est maintenant de 77,7 %, un chiffre en hausse constante au cours des dernières années. Un peu plus de 65 % d’entre eux ont obtenu leur diplôme en cinq ans.

Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à l’Université Laval, refuse toutefois de se réjouir trop rapidement. Il rappelle que le taux de diplomation tel que calculé par le Ministère comprend le diplôme d’études secondaires (DES), mais aussi onze autres diplômes et qualifications pour lesquels il n’est pas nécessaire d’avoir terminé son cinquième secondaire. (Notons que ce cinquième secondaire correspondant à la troisième ou à la seconde en France puisque le bac équivaut au diplôme d’études collégiales conformément à l’article 2 de l’accord-cadre franco-québécois sur la reconnaissance des diplômes et la validation des études [accès au texte], signé le 20 février 1996. Les Français et les Belges présentent habituellement leur taux de diplomation pour l’équivalent de notre DEC.)

Pour deux des qualifications qui permettent de gonfler le taux de diplomation, il n’est même pas nécessaire d’avoir réussi la deuxième année du secondaire (âge habituel 13 ans) pour l’obtenir. Les élèves qui obtiennent ces qualifications sont souvent des garçons qui éprouvent de grandes difficultés scolaires. Il s’agit de nouveaux parcours mis en place au secondaire, comme le certificat de formation à un métier semi-spécialisé et le certificat de formation préparatoire au travail. Dans ces deux cas, il n’est pas nécessaire d’avoir réussi la deuxième année du secondaire pour y être admis.

Égide Royer trouve le phénomène très préoccupant. « On vient consacrer la sous-scolarisation des garçons en difficulté », qui obtiennent en grande majorité ces certificats. Si l’on exclut ces nouvelles qualifications qui ne sont que de la « fausse représentation », le taux de décrochage au Québec fait du surplace, souligne cet expert.

« Comment peut-on accepter comme étant un indicateur de réussite au secondaire le fait que quelqu’un de 18 ans ait un niveau de lecture de 4e année ? C’est ça, la question », lance M. Royer.

L’an dernier, le taux de diplomation était de 75,8 %, un chiffre qui chute à 71 % lorsque l’on tient compte uniquement du diplôme d’études secondaires.

Ce sont d’ailleurs ces autres diplômes – que l’on appelle des qualifications – qui sont responsables de la hausse du taux de diplomation. C’est ce qui est écrit noir sur blanc dans un autre document du Ministère rendu public au début de l’été.

L’amélioration constatée au cours des dernières années est « attribuable à l’augmentation des qualifications décernées », peut-on y lire.



Certains élèves sont plus à risque de décrocher. Ceux et celles qui accusent un retard scolaire viennent en tête de liste. Les élèves issus de milieux défavorisés et ceux qui appartiennent à la première génération d’immigrants constituent aussi des élèves à risque, mais ce risque est moins élevé. Quant aux élèves autochtones, leur taux de décrochage est très élevé, mais ils comptent pour peu dans l’ensemble des décrocheurs.

Par ailleurs, selon les plus récents chiffres, l’écart persiste entre les garçons et les filles : 83 % d’entre elles ont décroché un diplôme (DES ou qualifications jugées équivalentes), comparé à 72,5 % chez les garçons, soit une différence semblable à celle de l’an dernier.

Les élèves anglophones réussissent toujours mieux que les francophones, mais l’écart qui était de 9,5 points est maintenant de 7,4 points.

Une majorité d’élèves qui décrochent en cinquième secondaire sont en échec en français. Il s’agit de la matière qui leur donne le plus de fil à retordre. Pendant ce temps, le nombre d’heures d’enseignement du français en en français a fortement diminué dans les écoles québécoises puisqu’on a dû faire une plus grande place à l’enseignement de l’anglais.

Les dix meilleures commissions scolaires par taux de diplomation

English-Montreal : 87,9 %
Lester-B.-Pearson : 87,3 %
Western Quebec : 87,3 %
Central Quebec : 86,8 %
Des Découvreurs : 86,5 %
Sir-Wilfrid-Laurier : 84,0 %
Riverside : 83,3 %
Des Patriotes : 81,5 %
Marguerite-Bourgeoys : 81,4 %
Des Phares : 80,8 %

Les dix pires commissions scolaires par taux de diplomation

Kativik : 25,9 %
Crie : 30,0 %
Du Lac-Abitibi : 61,6 %
Des Samares : 62,2 %
De l’Or-et-des-Bois : 63,0 %
Au Cœur-des-Vallées : 64,6 %
Des Hauts-Bois-de-l’Outaouais : 64,8 %
Du Fer : 65,0 %
De Sorel-Tracy : 66,0 %
Des Chic-Chocs : 66,0 %


Liste des diplômes et qualifications pris en compte pour le calcul du taux de diplomation

• DES : diplôme d’études secondaires (formation générale) ;
• DEP : diplôme d’études professionnelles ;
• ASP : attestation de spécialisation professionnelle.

• CFER : certificat de formation en entreprise de récupération ;
• CFMS : certificat de formation à un métier semi-spécialisé ;
• CFPT : certificat de formation préparatoire au marché du travail ;
• ISPJ : certificat en insertion socioprofessionnelle des jeunes ;
• AFP : attestation de formation professionnelle.

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samedi 26 septembre 2015

Québec — Le terme « nègre » va être banni des noms de lieux

Les noms de onze lieux comportants les mots « nègre » et « nigger » vont être renommés pour éviter de porter « atteinte à la dignité des membres de la communauté noire ».

Ils ne pourront plus aller se baigner dans le Lac du Nègre en Outaouais, ni dans la rivière du même nom près de Drummondville. Ils ne pourront d’ailleurs plus grimper la colline Rocher Nigger, à Saint-Armand en Montérégie. Vendredi, la Commission de la toponymie du Québec a annoncé la « désofficialisation » des onze noms de lieux contenant les mots « nègre » en français ou « nigger » en anglais.

Selon la Commission, « Certains de ces noms de lieux, consacrés par l’usage, témoignent d’événements historiques, écrit la commission dans un communiqué. Cependant, même si les mots “nigger” et “nègre” sont d’usage ancien, ils peuvent porter atteinte à la dignité des membres de la communauté noire. En effet, le premier a une connotation fortement injurieuse. Quant au second, il a acquis, au fil du temps, une charge péjorative. » Qu’en pensent les chantres africains et antillais de la négritude ?

Comme nous l’indique une source qui nous a fourni une copie d’un courriel envoyé le 17 juin par la Commission de la toponymie : « des représentants de la communauté noire du Québec nous ont demandé de ne pas les retirer de la nomenclature géographique du Québec. » Il semble que la demande d’interdiction du mot « nègre » émane d’associations (notamment Impératif français) et de personnes (notamment un avocat activiste « caucasien » d’origine américaine) qui ne représentent pas les Noirs.

Denys Arcand avait déjà abordé ce sujet dans L’Âge des Ténèbres quand il prévoyait que « nègre » serait décrété un « non-mot ».


mercredi 23 septembre 2015

Une nouvelle étude souligne les conséquences néfastes des garderies « universelles » québécoises


Une nouvelle étude, parue le 21 septembre 2015, indique que le système de garderies « universel » du Québec a des effets négatifs sur les enfants.

L’étude longitudinale a été effectuée par trois universitaires chevronnés : Michael Baker (Université de Toronto), Jonathan Gruber (Massachusetts Institute of Technology), Kevin Milligan (Université de Colombie-Britannique). Elle utilise quatre ensembles différents de données fiables, y compris des données de Statistique Canada. Leurs conclusions corroborent celles d’une recherche précédente qui tendait à démontrer que le système de garderies universel pourrait être néfaste pour le développement affectif des enfants.

Voici les cinq points essentiels à retenir de cette nouvelle étude :

1. Augmentation des comportements négatifs

Les enfants qui participent au programme de garderies du Québec étaient « en moins bonne santé, moins satisfaits de la vie et connaissaient un taux de criminalité plus important plus tard dans la vie. » Les auteurs écrivent que « L’impact négatif du programme de Québec sur les résultats non cognitifs des jeunes enfants semble perdurer et augmenter alors qu’ils atteignent l’âge scolaire. » (p. 21)

Qu’est-ce que les chercheurs entendent par « résultats non cognitifs » ? Ils parlent du comportement. Pour l’évaluer, ils ont mesuré des traits comme l’agression, l’hyperactivité et l’anxiété.

Ces résultats confirment une étude longitudinale antérieure soumise à l’examen d’autres scientifiques.

Notons que les filles ne sont pas affectées de la manière que les garçons. « Nous avons observé un impact nettement plus important dans le domaine de l’hyperactivité et de l’agressivité pour les garçons », écrivent les auteurs. Il y a pire : « les évaluations indiquent des impacts absolus plus importants pour les garçons pour ce qui est du taux de criminalité ».

Pour les filles, écrivent les auteurs, « l’effet le plus important porte sur le comportement prosocial qui s’aggrave de 22 pour cent d’un écart-type » (p. 28) on assiste donc à une baisse de l’empathie.

« À la maison, je m’ennuie !
À la garderie, je suis content ! »

Affiche soviétique des années 30

2. Moindre santé et qualité de vie

Non seulement les comportements négatifs augmentent, mais selon les déclarations des participants à l’étude leur santé et leur qualité de vie seraient également moindres par rapport à ce que déclarent les enfants qui n’ont pas été exposés au programme. Les auteurs notent que « [d]ans l’ensemble, ces résultats indiquent fortement une baisse dans le domaine de santé et de la qualité de vie parmi les jeunes plus âgés exposés au programme de garderies du Québec. » (p. 24)

3. Aucune amélioration dans les résultats scolaires

« Globalement, il n’y a pas de preuves solides que la politique familiale du Québec a eu un impact durable sur le développement cognitif des enfants. » (p. 23)

On fait souvent croire qu’un apprentissage précoce en garderie améliore les résultats scolaires. Toutefois, même là où on a noté une légère amélioration, celle-ci s’estompe assez vite. Cela demeure également vrai pour les programmes de garderie et de maternelle à temps plein.


4. Les interventions ciblées auprès d’enfants ne peuvent pas être reproduites dans des programmes universels

Perry Preschool est une étude menée dans les années 1960 aux États-Unis. Il s’agissait d’un programme coûteux, à une petite échelle qui ciblait des enfants défavorisés et leurs mères. Cette étude indiquait que ces enfants avaient bénéficié des efforts intensifs consentis, y compris auprès des parents.

Les programmes universels n’ont pas les mêmes effets. Par la nature même de ces programmes, la plupart des enfants concernés ne sont pas désavantagés. Il n’y a pas d’intervention auprès de la famille. Comme le coût du programme universel constitue un obstacle, sa qualité est médiocre.

Dès 2010, Kevin Milligan, l’un des auteurs de cette étude sur les garderies du Québec, insistait sur ce point en citant le Prix Nobel d’économie James Heckman :

« [Heckman] a écrit très clairement que les bénéfices d’une intervention [ciblé] auprès des sujets à risque sont bien établis... Mais il stipule très, très, très clairement qu’il n’est pas favorable à des programmes universels. »

Un autre chercheur, le Dr Jay Belsky, a déclaré : « on est passé de la preuve établie que certaines interventions peuvent être bénéfiques, à long terme, à des déclarations selon lesquelles toutes les interventions sont bénéfiques et ne présentent aucun inconvénient. »

Selon l’étude : « l’universalité des garderies ne semble pas présenter d’avantages à court terme alors que les études sur les effets à long terme ont des conclusions contradictoires » (p. 8)


5. La recherche sur l’attachement fournit la clé, mais on l’ignore

Les docteurs Gabor Maté et Gordon Neufeld ont cosigné un ouvrage important Retrouver son rôle de parent dont le titre anglais est plus explicite : Accrochez-vous à vos enfants : Pourquoi les parents doivent être plus importants pour leurs enfants que leurs congénères.

L’ouvrage décrit à quoi ressemble un bon attachement entre parent et enfant. Pour ces auteurs, la carence d’attachement entre les parents et leurs enfants est malheureusement devenue aujourd’hui la norme.

L’attachement aux congénères (aux pairs) se produit, selon Neufeld et Maté, quand de petits enfants sont placés au sein de grands groupes d’autres petits enfants. Ceux-ci commencent alors à considérer les autres enfants, plutôt que des adultes attentionnés et mûrs, comme leurs modèles. Sans surprise, les résultats laissent fort à désirer.

L’attachement, selon le Dr Gordon Neufeld, se résume à « établir des liens émotionnels forts et riches avec ceux qui vous élèvent ». C’est un concept qui se développe organiquement au cours des premières années de la vie.

Limite inique au choix des parents pourtant plébiscité par 70 %

La politique actuelle au Québec est injuste, elle consiste à massivement subventionner les « bonnes mères » qui abandonnent leur enfant en bas âge à des tiers et à ne rien offrir aux parents « rétrogrades » qui gardent eux-mêmes leurs enfants à la maison. Des taxes élevées (pour payer ces « généreux programmes » de garderie) et moins de choix de qualité pour les parents et leurs enfants.

Pourtant, une étude d’août 2013 indiquait que, pour 70 % des Québécois, le meilleur endroit pour un enfant de moins de six ans était la maison avec un parent. Cette nouvelle étude apporte de l’eau au moulin des parents qui voudraient avoir plus de choix en matière d’éducation à la petite enfance sans devoir payer un prix exorbitant pour leur choix considéré comme rétrograde par d’aucuns.


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mardi 22 septembre 2015

Suède — Échec de l'intégration des immigrés, ce n'est pas faute de moyens ou de bons sentiments

Écolières à Malmö (sud de la Suède)
La Suède propose probablement la politique d’asile la plus accueillante et les programmes d’aide sociale les plus généreux de l’Union européenne. Un réfugié typique, Natanaël Hailé, a échappé en 2013 de peu à la noyade en Méditerranée. Mais ses compatriotes en Érythrée ne s’intéressent pas aux dangers liés à son périple.

Comme il l’a déclaré au New York Times, ils veulent en savoir plus sur « sa voiture d’occasion, les allocations du gouvernement qu’il reçoit et ses projets pour trouver du travail comme soudeur une fois qu’il aura terminé un cours de langue de deux ans. » En tant que réfugié enregistré, il reçoit une indemnité de séjour mensuelle de plus de 925 $ canadiens.

Une généreuse politique d’immigration fait partie de l’image de marque que la Suède (comme le Canada) veut projeter. À ce titre, la Suède se targue d’être une superpuissance morale. Depuis 40 ans, la plupart des immigrants en Suède sont des réfugiés et des membres de famille qui rejoignent un parent déjà installé, à tel point que les mots « immigrant » et « réfugiés » sont devenus synonymes en Suède (contrairement au Canada et au Québec).

La Suède accueille plus de réfugiés par habitant que tout autre pays européen, et les immigrants – principalement en provenance du Moyen-Orient et en Afrique – forment aujourd’hui environ 16 pour cent de la population suédoise. Les principaux partis politiques, ainsi que les médias dominants, approuvent cet état de fait. Remettre en question ce « consensus » est considéré comme xénophobe et haineux.

Alors, dans ce climat de générosité et de suppression de tout discours critique, comment se déroule l’intégration des « réfugiés » dans le pays le plus réceptif en matière d’immigration sur la planète ? Pas si bien, si l’on en croit Tino Sanandaji (le frère de Nima Sanandaji dont nous avons récemment publié une recension de son dernier livre).

M. Sanandaji (ci-contre) est lui-même un immigrant. Cet économiste kurdo-suédois est né en Iran et a déménagé en Suède à l’âge de 10 ans. Il possède un doctorat en économie de l’Université de Chicago et se spécialise dans les questions d’immigration. Le Globe and Mail de Toronto s’est entretenu avec lui la semaine passée.

« Les non-Européens s’intègrent mal », a déclaré M. Sanandaji. Quarante-huit pour cent des immigrants en âge de travailler ne travaillent pas, d’ajouter l’économiste. Même après 15 ans en Suède, leur taux d’emploi atteint à peine 60 pour cent. La Suède possède le plus grand écart dans les taux d’emplois en Europe entre autochtones et non-autochtones.

En Suède, l’égalité est vénérée, mais c’est l’inégalité qui est désormais bien ancrée dans les faits. Les statistiques des services de l’emploi suédois pour le mois d’août 2015 indiquent que 49 pour cent de tous les chômeurs et 55 pour cent des chômeurs de longue durée sont nés à l’étranger. Cinquante-huit pour cent des prestations d’aide sociale sont distribuées aux immigrants. Quarante-cinq pour cent des enfants aux notes scolaires médiocres sont des immigrants. Les revenus des immigrants (y compris ceux au chômage) sont en moyenne inférieurs de 40 pour cent à ceux des Suédois. Les revenus des immigrants qui travaillent sont inférieurs de 20 % à ceux des Suédois. La majorité des personnes accusées de meurtre, de viol ou de vol sont des immigrants de première ou de deuxième génération. « Depuis les années 1980, la Suède a connu la plus forte augmentation au chapitre de l’inégalité des revenus parmi tous les pays de l’OCDE », a déclaré M. Sanandaji.

Ce n’est pas faute de moyens. En effet, la Suède est la championne en Europe pour ce qui est des efforts consentis en matière d’immigration. Il ne semble pas que ce soit directement la faute des nouveaux venus, car le marché du travail de la Suède exige une main-d’œuvre très qualifiée et même des Suédois peu qualifiés ne trouvent pas de travail. « Quelle chance peut donc avoir une femme africaine de 40 ans ? » de demander M. Tino Sanandaji. Selon l’économiste, près de 50 pour cent des réfugiés nouvellement arrivés ne possèdent pas de diplôme d’études secondaires.

Pour M. Sanandaji, un des problèmes avec l’immigration actuelle en Suède est la qualité du capital humain. Le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) de l’OECD est pour les adultes ce que le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est pour les élèves de 15 ans. Le PEICA est une évaluation internationale des compétences de base en traitement de l’information qui sont, selon l’OCDE, « requises pour participer à la vie économique et sociale des économies avancées du XXIe siècle ». Ces tests produisent probablement des mesures plus précises et plus fiables du capital humain que les diplômes officiels des pays sous-développés. Le PEICA fournit une enquête hautement détaillée qui porte sur les compétences en littératie, en numératie et en résolution de problèmes dans des environnements technologiques (RP-ET) chez les adultes âgés de 16 à 65 ans.

Les résultats sont frappants : la Suède a le plus grand écart dans les compétences entre les gens qui y sont nés et ceux nés à l’étranger parmi tous les pays participants au PEICA dans les trois sous-tests (l’illustration ci-dessous donne les résultats pour la « littératie »). Pour M. Sanandaji, c’est un fait fondamental qu’aucun économiste qui analyse cette question ne peut ignorer.

(Source : Résultats en littératie du PEICA)

Le fantasme suédois consiste à penser qu’il suffit de socialiser les enfants d’immigrants et de réfugiés correctement et ils deviendront semblables à des Suédois de souche. Mais voilà, cela ne s’est pas produit ainsi. Une bonne partie de la deuxième génération des immigrés vit dans de beaux ghettos sociaux suédois. Les tensions sociales – l’exode des blancs, recul général de la confiance – ne font qu’empirer. La ville de Malmö qui concentre une forte population immigrée, juste en face du pont vers le Danemark, est un désastre économique et social. Si la proportion de Suédois qui pensaient qu’« on peut faire confiance dans la plupart des gens » était de 70 % dans l’étude World Value Survey en 2005, ce chiffre était tombé à environ 62 % dans la dernière étude en 2014. À Malmö, la ville la plus diverse ethniquement en Suède, le niveau de confiance n'atteint que 52 %. Sur la perte de confiance globale dans les sociétés « diverses », lire Pierre-André Taguieff et Robert Putnam.

La générosité de la Suède coûte une fortune alors que la croissance économique stagne. Le pays dépense actuellement environ 4 milliards $ par année pour l’accueil de nouveaux réfugiés. Ce chiffre n’était encore que de 1 milliard $ il y a quelques années, selon M. Sanandaji. Et le flux de réfugiés ne diminue pas. La Suède accepte automatiquement tous les mineurs non accompagnés. « Nous avions l’habitude de prendre 500 mineurs non accompagnés par an », a-t-il ajouté. « Cette année, nous nous attendons à 12.000 mineurs non accompagnés. »

M. Sanandaji remarque que les graves problèmes liés à l’immigration en Suède apparaissent à peine dans les médias traditionnels. Les journalistes considèrent que leur mission est d’abord de lutter contre le racisme, de sorte qu’ils ne répercutent pas les mauvaises nouvelles. Malgré — ou peut-être à cause de — cette autocensure, le fossé entre les leaders d’opinion et les électeurs sur la question de l’immigration est devenu un gouffre. Selon un récent sondage d’opinion, 58 pour cent des Suédois pensent qu’il y a trop d’immigrants, note M. Sanandaji. Selon des sondages récents, 20 à 25 % des Suédois soutiennent désormais le parti anti-immigration des Démocrates de Suède.

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lundi 21 septembre 2015

Demain, vraiment tous surdoués ?

Documentaire réalisé en France et en Belgique sur les enfants à hauts potentiels. Comment les repérer ? Quelles structures existent ? Comment sont formés les professeurs ? Quelles sont les difficultés de ces familles ? Autant de questions abordées dans le reportage Demain, tous surdoués ?



Malheureusement, en Belgique et en France, seules les écoles privées — et donc vraiment libres (elles bénéficient de nettement plus de libertés qu’au Québec) — peuvent aujourd’hui accompagner les élèves à hauts potentiels, mais cela a un coût financier, et toutes les familles n’en ont pas les moyens.

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Japon — Nombre d'habitants âgés de plus de 80 ans a atteint 10 millions


Dans le cadre de la Journée nationale dédiée aux personnes âgées, les autorités japonaises ont publié des statistiques selon lesquelles les personnes âgées représentent 7,9 % de la population totale du pays.

Selon les données du ministère des Affaires intérieures et des Communications du Japon, les habitants du pays âgés de plus de 80 ans représentent 10,4 millions de personnes, soit 7,9 % de la population totale du pays.

Cette analyse statistique est publiée chaque année à l’occasion de la Journée nationale du respect des personnes âgées fêtée au Japon le troisième lundi de septembre, soit le 21 septembre cette année.

De même, les données montrent que le nombre de Japonais âgés de 80 ans et plus a atteint pour la première fois 10 millions de personnes.
Quant aux détails, 16,4 millions de personnes (12,9 % des habitants) sont âgées de 75 ans ou plus, près de 33,8 millions de personnes (un quart de la population) sont âgées de 65 ou plus dont 19,2 millions sont des femmes et 14,6 millions des hommes.

Près de 6,8 millions d’habitants âgés de plus de 65 ans au Japon ont un emploi.

De surcroit, le nombre de personnes qui ont déjà fêté leurs 100 ans représente près de 60.000 citoyens japonais.

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La non-exception scandinave : les bons côtés ont précédé l'État-providence

Nima Sanandaji, un Suédois d’origine kurde, a récemment publié un ouvrage (Scandinavian Unexceptionalism : La Non-exception scandinave) qui remet en cause un certain nombre d’idées reçues sur la Suède.
  • Les pays scandinaves se sont attiré des louanges pour leurs niveaux élevés de prestations sociales et leurs résultats économiques et sociaux. Il est vrai qu’ils ont du succès quand on considère la plupart des indicateurs habituels. Cependant, selon l’ouvrage de Sanadaji, le succès de la Scandinavie aurait précédé l’apparition de l’État-providence dans les années 60. En effet, entre 1870 et 1936, la Suède a connu le taux de croissance le plus élevé dans le monde industrialisé. Cependant, entre 1936 et 2008, la Suède ne se classait plus sur le plan du taux de croissance qu’au 13e rang sur 28 pays industrialisés. De 1975 au milieu des années 1990, la Suède est passée du 4e pays au monde selon la richesse au 13e. Pour le chercheur suédois, de nombreuses analyses sur les pays scandinaves confondent corrélation et causalité. Il est clair que bon nombre des caractéristiques souhaitables de sociétés scandinaves, telles que la faible inégalité des revenus, de faibles niveaux de pauvreté et des niveaux élevés de croissance économique sont antérieures au développement de l’État-providence. Ceux-ci et d’autres indicateurs ont commencé à se détériorer après l’expansion de l’État-providence et l’augmentation des impôts pour les financer. 
  • L’ère de la troisième voie sociale-démocrate en Scandinavie, tant admirée par la gauche, n’a duré que du début des années 1970 au début des années 1990. Le taux de création d’entreprises à l’époque de la troisième voie était catastrophique. En 2004, 38 % des entreprises au plus gros chiffre d’affaires avaient été fondées comme des entreprises privées dans le pays. Parmi ces entreprises, seules deux avaient été formées après 1970. Aucune des 100 plus grandes entreprises selon nombre d’employés n’a été fondée en Suède après 1970. En outre, entre 1950 et 2000, bien que la population suédoise soit passée de 7 millions à près de 9 millions, la création nette d’emplois dans le secteur privé fut proche de zéro.
  • Jusqu’en 1960, les recettes fiscales dans les pays nordiques allaient de 25 % du PIB au Danemark à 32 % en Norvège, un taux semblable à d’autres pays développés. À l’heure actuelle, après la forte taxation de l'ère de la troisième voie sociale-démocrate et une phase de réductions des impôts ces dernières années, les pays scandinaves ont, à nouveau, des taux de fardeau fiscal et de dépenses publiques qui les placent dans la moyenne. 
  • On prend souvent la Scandinavie en exemple, car sa population aurait une espérance de vie élevée, serait en bonne santé et connaîtrait une faible mortalité infantile. L’excellence en ce domaine est à nouveau antérieure à l’expansion de l’État providence. En 1960, la Norvège avait l’espérance de vie la plus élevée de la zone OCDE, suivie par la Suède, l’Islande et le Danemark en troisième, quatrième et cinquième positions respectivement. En 2005, l’écart d’espérance de vie entre les pays scandinaves et Royaume-Uni et les États-Unis avait considérablement diminué. L’Islande, dont le secteur d’aide sociale est de taille moyenne, a dépassé au fil du temps les quatre principaux pays scandinaves en termes d’espérance de vie et de mortalité infantile.
  • Les sociétés scandinaves étaient égalitaires bien avant l’apparition de l’État-providence sociale-démocrate. L’inégalité des revenus avait diminué de façon spectaculaire au cours des trois dernières décennies du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle. En effet, la réduction des inégalités s’était produite avant l’introduction d’un vaste secteur public et d’une forte imposition fiscale.
  • Le développement des États providence scandinaves a conduit à une détérioration dans le capital social. Même si les pays nordiques sont caractérisés par une bonne santé, seuls les Pays-Bas dépensent plus en chômage pour incapacité que les pays scandinaves. Une enquête de 2001 a montré que 44 % des Scandinaves pensaient qu’il était acceptable de demander des prestations de maladie s’ils n’étaient pas contents de leur environnement de travail.
  • D’autres études ont indiqué que le nombre des absences pour cause de maladie augmente lors des événements sportifs. On est loin du mythe des Suédois luthériens industrieux. Ainsi, l’absence pour cause de maladie chez les hommes a augmenté de 41 pour cent pendant la Coupe du Monde de football 2002. Ces changements d’attitude face au travail ont fait l’objet d’une étude dans le World Value Survey. Dans l’enquête de 1981 à 1984, 82 pour cent des Suédois étaient d’accord avec l’énoncé « demander des prestations gouvernementales auxquelles vous n’êtes pas autorisé n’est jamais justifiable » ; dans l’enquête 2010-14, seuls 55 pour cent des Suédois croyaient qu’il n’était jamais justifiable de réclamer des prestations auxquelles ils n’avaient pas droit.
  • Selon l’auteur, une autre caractéristique regrettable de pays scandinaves est leur difficulté à assimiler les immigrés, très souvent des réfugiés politiques attirés par les généreux bénéfices sociaux des pays scandinaves. Le taux de chômage des immigrants ayant un faible niveau d’éducation dans les pays anglo-saxons est généralement égal ou inférieur au taux de chômage parmi les gens nés dans le pays avec un bagage éducatif similaire, alors que le taux de chômage des immigrés peu qualifiés est beaucoup plus élevé dans les pays scandinaves. Même les immigrants qualifiés éprouvent des difficultés pour trouver un emploi convenable en Scandinavie. Les immigrants très scolarisés en Finlande et la Suède ont un taux de chômage 8 pour cent plus élevé que les Finlandais et les Suédois avec un niveau de scolarité équivalent. Dans les pays anglo-saxons, les taux d’emploi entre immigrés et natifs de même scolarité sont très similaires.
  • Les descendants de migrants scandinaves aux États-Unis combinent un haut niveau de vie typique des États-Unis et la faible inégalité des pays scandinaves. Le revenu médian des descendants scandinaves est 20 pour cent plus élevé que le revenu moyen aux États-Unis. Il est vrai que taux de pauvreté dans les pays scandinaves est plus bas qu’aux États-Unis. Toutefois, le taux de pauvreté chez les descendants d’immigrants nordiques aux États-Unis aujourd’hui ne représente que la moitié du taux de pauvreté moyen des Américains. C’est le cas depuis des décennies. En fait, les Scandinaves américains ont des taux de pauvreté plus faibles que les citoyens scandinaves qui n’ont pas émigré. Pour l’auteur, ceci suggère que des normes culturelles préexistantes à l’État-providence expliquent du faible niveau de pauvreté chez les Scandinaves, plutôt que les États-providence nordiques.
  • De nombreuses analyses de pays scandinaves confondent corrélation et causalité. Selon Sanandaji, il est patent que bon nombre des caractéristiques souhaitables des sociétés scandinaves, telles que la faible inégalité de revenus, le faible taux de pauvreté et les niveaux élevés de croissance économique, sont antérieures au développement de l’État-providence. Il est également clair pour Sanandaji que des taux élevés de confiance sont également antérieurs à l’ère des fortes dépenses publiques et des impôts élevés. Tous ces indicateurs ont commencé à se détériorer après l’expansion des États-providence scandinaves et l’augmentation des impôts nécessaires pour les financer.

Le livre n’adresse pas certaines questions. En particulier, pourquoi la Suède a connu une forte baisse dans ses résultats scolaires, à tel point qu’elle a demandé à l’OCDE d’en étudier les raisons. Les résultats scolaires sont non seulement en baisse, mais les étudiants suédois démontrent un manque de motivation pour le travail dur et le nombre d’étudiants qui se présentent en retard en classe a également augmenté.

Cette étude n’est pas sans rappeler le constat de Nathalie Bulle au sujet de la Finlande qui a de très bons résultats dans les classements scolaires internationaux : les traits du système finlandais que copie l’étranger n’expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes. En effet, la culture finnoise connaît un caractère discipliné et un esprit collectif forts, sa pédagogie est conservatrice, le pays homogène ne connaît que peu d’immigration, contrairement à la Suède. Malgré ces faits, le modèle d’élève décrit dans PISA est très fortement orienté vers le futur alors que le succès finlandais reposerait plutôt largement sur le passé, un monde en train de disparaître, une société préindustrielle et agraire, une éthique d’obéissance peut-être la plus forte parmi les sociétés européennes.

Au sujet de l’auteur

Nima Sanandaji détient un doctorat de l’Institut royal de technologie de Stockholm. Il a publié 15 livres sur des questions politiques telles que les perspectives de carrière des femmes, l’intégration, l’esprit d’entreprise et des réformes qui encouragent l’innovation dans la prestation des services publics. Nima Sanandaji est un chercheur au Centre for Policy Studies à Londres.