dimanche 3 juillet 2022

L'école est inégalitaire non par racisme, mais par faute de transmettre

3/VII/2022, François-Xavier Bellamy:

« Notre école est la plus inégalitaire d'Europe ; ce n'est pas, comme le pense le ministre de l'éducation nationale, parce que la culture française est structurellement raciste, mais parce qu'elle n'est plus transmise. »

Nomination de Pap Ndiaye : « je l'ai accueillie comme une catastrophe (...) on nomme un ministre dont la priorité c'est d'expliquer que la France est coupable de racisme structurel », dixit François-Xavier Bellamy.


Passage au complet

samedi 2 juillet 2022

« Ne plus enseigner le latin et le grec, c’est nous couper de nos racines culturelles »

Le Figaro. — Seuls 535 candidats (sur plus de 380 000) ont présenté la spécialité « littérature, langues et cultures de l’antiquité - Latin » au bac 2022, et 237 en « littérature, langues et cultures de l’antiquité - Grec ancien ». Et seuls 3 % des lycéens ont suivi l’option latin en 2021-2022. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Andrea MARCOLONGO. — Je suis bouleversée par ces chiffres et réellement préoccupée. On parle désormais d’une toute petite minorité qui étudie le grec et le latin en France. Je le dis d’abord en tant qu’helléniste, mais aussi en tant qu’italienne, pays où les chiffres sont tout de même différents. Pour moi, c’est très grave. Si on laisse les choses se dérouler ainsi, dans quelques années, il n’y aura plus d’élèves ou d’étudiants français qui suivront des cours de langues anciennes.


—  Quelles en sont les raisons ?

— Cette situation nous la devons d’abord à un conformisme de la classe politique et intellectuelle. On ne peut pas reprocher aux élèves et étudiants français de ne pas faire du latin et du grec car ces langues, et les références à ces langues, ont entièrement disparu du débat public. Lors de la dernière campagne électorale, je ne me rappelle pas en avoir entendu parler. Par ailleurs, depuis une dizaine d’années, on a commencé à juger la culture avec un paramètre d’utilité. On a pensé que ces langues n’étaient plus utiles et que le but de l’école était de former des travailleurs. Dans cette perspective, l’enseignement du grec et du latin était inefficient. Il n’y a même pas de débat intellectuel à ce sujet. Le conformisme à l’état pur, c’est de dire que l’on passe à autre chose et que ce n’est pas important.

— La paresse intellectuelle est-elle l’une des raisons de ce déclin ?

— Oui, c’est une paresse intellectuelle généralisée. Cela ne concerne pas que les élèves.

— Il est très rare de voir quelqu’un, issu de la classe politique ou intellectuelle, parler de L’Odyssée, de L’Iliade, d’Homère, des classiques ou des humanités. Les jeunes élèves de 14 ans ne se mettront pas au latin ou au grec seuls. Il faut assumer une responsabilité et pour moi elle est très claire : c’est d’abord celle de la classe politique et intellectuelle.

— Cette baisse de l’enseignement des langues anciennes en France fait écho à la décision de l’université de Princeton en avril 2021 de supprimer de son cursus de lettres classiques l’obligation d’un enseignement du latin et du grec. Les langues anciennes sont-elles rejetées par l’occident ?

— Il faut même parler ici de renoncement intellectuel. Ce n’est plus une remise en cause ou un rejet, c’est un effacement. Pourtant, les classiques servent à réfléchir. Italo Calvino disait que l’enseignement classique est fait pour se définir en rapport, être pour ou contre. Il faut toujours remettre en cause, la discussion avec l’enseignement classique est essentielle, mais pour cela il faut qu’il existe… Sinon, le risque est celui d’un véritable monologue intellectuel. «Je ne suis pas d’accord avec cela, donc la seule solution est d’effacer et supprimer» : c’est très grave de fonctionner comme cela. On forme une génération habituée au monologue et non pas au dialogue. Pour apprendre le dialogue avec l’autre, il faut connaître, et les classiques servent à cela.

— Pourquoi les langues latine et grecque sont-elles essentielles ? Que perd-on à ne plus les enseigner ?

— On perd la possibilité de former des citoyens et des êtres humains complets. Les langues grecque et latine sont des langues philosophiques. On n’apprend pas le latin et le grec pour la grammaire [mais cela renforce singulièrement l'analyse grammaticale et la connaissance des langues mêmes modernes], ce n’est pas le but de l’enseignement. Si on revient à l’antiquité, à la Grèce antique, à Athènes, c’est pour ce qu’on appelle le miracle grec, c’est-à-dire cette société qui a su inventer la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, la tragédie, l’art. Toutes ces inventions ont été permises par la langue. La démocratie d’Athènes s’est appuyée sur la langue grecque. C’est une langue née pour la discussion et pour l’échange. La première langue qui a eu une capacité d’abstraction, qui a pu exprimer des concepts abstraits et qui les a rendus compatibles avec le dialogue. Le logos est devenu «dialogue». C’est tout cela qu’on perd aujourd’hui.

— S’affranchir de cet apprentissage des humanités, qui a prévalu pendant des siècles, équivaut-il à se couper d’une grande partie de nos racines ?

— Absolument. Je ne parle pas des racines uniquement antiques, avec cette fausse idée que nous serions tous des petits-enfants de la Grèce ou de Rome. La question n’est pas de savoir si Platon, César ou Cicéron sont nos ancêtres. Ce sont les racines culturelles et les racines humaines qui nous intéressent. Ne plus lire Homère signifie que nous nous contentons de vivre à la surface de nous-mêmes, comme les plantes aquatiques qui n’ont pas de racines dans la terre mais qui flottent à la surface de l’eau. Je suis inquiète sur ce fait, celui d’être entourée par des gens intellectuellement déracinés. Ne pas connaître Platon ne constitue pas un tort envers Platon, mais si l’on ne connaît pas Platon, c’est très difficile de lire Dante, et si l’on ne comprend pas Dante, on a du mal à lire Rabelais, et ainsi de suite jusqu’au XIXe et XXe siècles. Je ne sais pas dès lors quel type de relation on peut avoir avec la culture dans son ensemble. Si on pense l’équivalent avec les mathématiques, c’est essayer de comprendre la théorie de la relativité sans avoir fréquenté les classes de primaire.

—  Cette coupure peut être conçue comme la conséquence d’une modernité qui ne se préoccupe que de sa propre avancée. Le modernisme peut-il s’affranchir de l’humanisme ?

—  J’aime beaucoup les mots «humanités» et «humanisme», ou, pour les dire en grec, « anthropocentrisme ». À l’heure actuelle, on renonce à une conception humaniste de la vie et de la société et on la remplace par l’individualisme. L’humanisme, c’est être capable de vivre avec soi-même dans une société. L’individualisme, c’est le contraire : en tant qu’individu, je pense que mes idées sont plus importantes que les tiennes.

—  Aujourd’hui, nous distinguons, voire séparons, les sciences « pures » des humanités, dont les langues anciennes et les cultures grecque et latine font partie. Cette séparation n’a pas été toujours vraie. Humanités et sciences dures ne devraient-elles pas au contraire se nourrir réciproquement ?

— J’en suis tout à fait convaincue. Il faut que les gens se souviennent de ce lien. Évidemment, pendant l’antiquité, cette séparation n’existait pas : sciences et humanisme étaient situés dans un grand ensemble, celui du savoir. La métaphysique, que l’on peut aussi appeler philosophie, portait ce nom car dans la bibliothèque d’Alexandrie, les livres de philosophie étaient rangés juste après les livres de physique (« méta » veut dire « après »).


Je ne peux pas imaginer la science pure sans la capacité de s’interroger sur ce que l’on découvre. C’est d’autant plus vrai dans une société comme la nôtre où les découvertes scientifiques sont de plus en plus importantes. On a à notre disposition une quantité inouïe de ressources technologiques. Mais chaque découverte scientifique doit être accompagnée d’un questionnement éthique : la question des limites, de l’utilité et surtout du «pourquoi ». Sinon, nous risquons une perte de sens et le déracinement. Je ne connais pas une autre façon de progresser en tant que société que cette conception humaniste : s’interroger sur ce que signifie être « humain » et vivre, sinon on se limite à être à la surface.

Dernier ouvrage paru :

L’Art de résister.
Comment “L’Énéide” nous apprend à traverser une crise,
trad. Béatrice Robert-boissier,
Gallimard, 2021.

Voir aussi

France — Malgré une forte demande, l’apprentissage du latin et du grec stagne dans les collèges et lycées  

Brève — Le latin sera enseigné dans 40 écoles publiques anglaises afin de rendre la matière moins « élitiste »

Romanes eunt domus, leçon de latin en Judée


« Les langues anciennes nous permettent de former une pensée et ainsi de commencer à dire non »

Herī des Beatuli, apprendre le latin par la chanson (Yesterday des Beatles et autres « classiques »)

États-Unis — Princeton supprime l’obligation de faire du latin ou du grec pour les études classiques

Le grec et le latin, nouvelles cibles des « wokes » 

Ces historiens américains et canadiens de l’Antiquité qui haïssent l’Antiquité… gréco-latine 

La haine de la culture à l’école des « compétences » 

Lettres classiques — beaucoup d’élèves ne connaissent plus la patience 

Vive le latin ! 

Oxford réorganise les études classiques pour réduire inégalités entre hommes et femmes 

France — Valoriser le latin et le grec, auprès de tous 

Les Français veulent le retour à l’uniforme et la promotion du latin et du grec

 

vendredi 1 juillet 2022

Bienvenue au Canada — où la police recherche cette « femme » et crier peut être puni d'une amende de 1000 $

 

La police prévient crier (« shouting ») punissable de 1000 $ d'amende

La grande noirceur canadienne 

par Mathieu Bock-Côté

Il faudra bien un jour cesser de se faire croire que le Canada est un pays de liberté.

Le Canada est devenu le laboratoire d’une expérience idéologique inédite où, au nom de la « diversité », s’installe une censure, directe et indirecte, officielle et officieuse, assumée et hypocrite.

Le dernier épisode en date de cette censure touche le livre Nègres blancs d’Amérique – cet ouvrage classique de Pierre Vallières, central dans l’histoire de la pensée québécoise, dont le titre, depuis quelques années, fait scandale. [Lire aussi : Orwell — chien de garde fédéral (CRTC) ordonne à Radio-Canada de s'excuser pour avoir prononcé le mot « nègre »]

Nous le savons, il suffit de prononcer le titre de cet ouvrage à la télévision, en classe, ou ailleurs, pour qu’immédiatement se lèvent des militants fanatiques, qui font semblant de ressentir un traumatisme chaque fois qu’ils l’entendent.

Radio-Canada

Ils s’offusquent qu’on ose prononcer ce qu’ils appellent le « mot en n », même si c’est dans un contexte purement explicatif, à l’université ou dans une émission d’affaires publiques.

On le sait, le CRTC vient de rendre un « jugement » lunaire, qui réprimande Radio-Canada et lui demande de s’excuser pour avoir permis qu’on le prononce en ondes, dans le cadre, justement, d’une chronique consacrée au livre de Vallières.

La logique du CRTC ?

Dans notre société organisée autour du culte de la diversité, il faut tenir compte des tabous qui structurent chaque communauté. Qui ne le fait pas blasphème. Qui blasphème doit être puni.

Mais qui parle au nom de ces « communautés » autoproclamées ? Qui a le droit de se dire officiellement bafoué, insulté, blessé ? Qui sont les interprètes consacrés des blessures communautaires ?

Souvent des militants braillards et sans talent qui trouvent dans les lamentations victimaires la seule manière d’exister publiquement. C’est le cas dans la présente histoire.

Citons le CRTC. Il affirme que les « titulaires autorisés ont la responsabilité de diffuser des émissions conformes en tout temps aux normes établies par la société ».

Traduisons ce charabia.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés. Cela revient à dire que la liberté d’expression est conditionnée aux normes sociales du moment, et qu’il ne sera plus possible de remettre en question les dogmes et les discours qui dominent la vie publique.

Cela accorde un privilège immense à ceux qui ont le pouvoir de définir médiatiquement ces normes.

Mais soyons honnêtes : le CRTC se contente ici de transformer en principe explicite le conformisme social écrasant qui domine les élites canadiennes.

Le Canada ne permet pas de débats sur le multiculturalisme, il ne permet pas de débats sur l’immigration massive, il ne permet pas de débats sur la discrimination positive, il ne permet pas de débats sur la théorie du racisme systémique. [Le Québec n'emprunte-t-il pas le même chemin dans ses écoles :Voici le cours de citoyenneté qui remplacera celui d'Éthique et culture religieuse ?]

En fait, qui ose en débattre est cloué au pilori.

Censure

Se lèvent automatiquement contre lui les vents mauvais d’une haine idéologique qui se réclame de la vertu.

Évidemment, le Québec ne respecte pas ces règles débiles. Son histoire est différente, sa culture aussi, mais le Canada ne l’accepte pas.

Et c’est parce qu’il ne s’y soumet pas que l’intolérance canadienne à son endroit est plus vive que jamais.

La grande noirceur, c’est maintenant. Et elle n’est plus québécoise. [C'est une concept de progressistes anti-cléricaux très exagéré] Elle est canadienne.

mercredi 29 juin 2022

Orwell — chien de garde fédéral (CRTC) ordonne à Radio-Canada de s'excuser pour avoir prononcé le mot « nègre »


Le 29 juin 2022, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a ordonné à Radio-Canada de se s’excuser pour avoir prononcé le titre d’un livre de Pierre Vallières (Nègres blancs d’Amérique), et lui demande ne plus recommencer.

Contexte

Le 17 août 2020, dans un segment intitulé Actualité avec Simon Jodoin : Certaines idées deviennent-elles taboues ? présenté lors de l’émission de radio Le 15-18 sur ICI Radio-Canada Première, le chroniqueur Simon Jodoin et l’animatrice Annie Desrochers ont abordé le lancement d’une pétition pour exiger le renvoi d’une professeure de l’Université Concordia qui avait cité en classe le titre du livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique. Le chroniqueur partageait son avis sur l’acceptabilité de nommer le titre du livre et, plus précisément, les conséquences qui découlent de la polémique entourant sa mention, affirmant que celle-ci masque le contenu de l’œuvre et la pensée de l’auteur. Pendant la discussion, l’animatrice et le chroniqueur ont utilisé le « mot en n » à quatre reprises, soit trois fois en français et une fois en anglais, dans une chronique d’une durée totale de 6 minutes et 27 secondes.

Le 28 août 2020, un individu porte plainte auprès du Conseil et de l’ombudsman des services français de la Société Radio-Canada (SRC) concernant la diffusion du « mot en n » lors du segment de l’émission susmentionné.

Dans sa réponse à la plainte datée du 2 septembre 2020, la première chef de contenu de l’émission Le 15-18 soutient que le terme a été strictement utilisé pour citer un ouvrage et elle considère que l’usage du terme n’était ni abusif ni inconsidéré.

Insatisfait de la réponse de la SRC, le plaignant s’adresse à l’ombudsman des services français de la SRC afin que celui-ci révise le dossier. Dans sa révision datée du 26 octobre 2020, l’ombudsman admet que le « mot en n » est un terme fautif et une insulte déshumanisante et qu’il ne doit pas être employé sur les ondes pour décrire une personne noire. Toutefois, il n’estime pas que la SRC doive bannir l’utilisation du terme dans tous les contextes, mais plutôt que celui-ci soit utilisé de manière adéquate et responsable, comme dans les cas où l’exigence de clarté justifie son emploi.

Le 26 novembre 2020, le même individu a déposé une plainte officielle auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) afin que celui-ci révise les conclusions de l’ombudsman de la SRC de manière à « rendre une décision qui reflètera mieux les valeurs ainsi que les normes sociales, culturelles et intellectuelles contemporaines de la société canadienne multiculturelle et multiraciale de 2020 ».

Décision

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes estime que la SRC n’a pas mis en place toutes les mesures nécessaires pour atténuer l’impact du « mot en n » sur son auditoire, particulièrement dans le contexte social actuel et compte tenu de son statut de radiodiffuseur public national. Pour ces raisons, la diffusion du segment de l’émission n’a pas respecté la norme de programmation de haute qualité et n’a pas contribué au renforcement du tissu culturel et social ainsi qu’au reflet du caractère multiculturel et multiracial de la société canadienne.

Par conséquent, le Conseil exige que la SRC fournisse des excuses écrites publiques au plaignant.

De plus, le Conseil exige que la SRC fasse rapport au Conseil, au plus tard le 27 septembre 2022, de mesures internes et de pratiques exemplaires en matière de programmation qu’elle mettra en place, y compris des lignes directrices aux animateurs, chroniqueurs et invités en ondes, afin de s’assurer de mieux traiter d’un sujet semblable à l’avenir, s’il resurgit dans l’actualité. Ce rapport devra être accessible au public.

Étant donné que le segment dont il est question dans la présente décision est toujours accessible en ligne et en rattrapage sur la plateforme Web de la SRC, le Conseil exige que la SRC lui précise la manière dont elle compte atténuer l’impact du « mot en n », et ce, au plus tard le 29 juillet 2022. Le Conseil s’attend à ce qu’à l’avenir, la SRC mette en place toutes les mesures raisonnables nécessaires pour atténuer l’impact de la diffusion de propos pouvant être offensants pour l’auditoire, y compris des mises en garde explicites.

 

Résumé de deux avis minoritaires

Opinion minoritaire de la vice-présidente, Radiodiffusion, Caroline J. Simard

La diffusion d’un titre de livre à la radio par la Société Radio-Canada (Radio-Canada) pour échanger sur un enjeu d’actualité conduit à des conséquences sérieuses et non désirées dans la décision majoritaire. Cette décision repose sur le motif voulant que l’usage du mot « nègre » (mot « n »), compris dans ce titre, a évolué dans l’espace francophone de telle sorte qu’il mérite le même traitement que celui réservé dans le reste du pays en langue anglaise. Sans preuve au dossier ni consultation auprès des Canadiens, y compris une masse critique de représentants de la communauté noire francophone qui a défendu publiquement un traitement respectueux des spécificités langagières et culturelles pour le mot « n » en français, surtout lorsqu’utilisé dans le titre d’un livre, la décision majoritaire a franchi un pas que je ne peux franchir.

La majorité a reconnu que le mot « n » n’a pas été utilisé de manière discriminatoire lors de cette diffusion. Pourtant, la décision majoritaire a fait fi, selon moi, du droit applicable et s’est rabattue sur des objectifs de politique publique afin d’accueillir la plainte déposée le 26 novembre 2020 auprès du Conseil (Plainte). Sans appui juridique, la majorité a également imposé des mesures restrictives à l’égard de Radio-Canada. En l’espèce, ni la Charte canadienne des droits et libertés (Charte canadienne) ni les dispositions applicables en matière de radiodiffusion ne protègent le droit de ne pas être offensé(e) du plaignant. À mon avis, le droit applicable militait en faveur du rejet de la Plainte. Je suis d’avis que la majorité a donc erré sur les questions juridiques centrales à l’appréciation de la Plainte.

Une consultation publique aurait pu être tenue par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (Conseil) pour engager un dialogue auprès des parties intéressées à propos de l’évolution des sensibilités en lien avec l’utilisation du mot « n » à la radio et à la télévision, des défis d’équivalence entre le mot « n » en français et le n-word en anglais et des solutions pour le futur respectant le cadre juridique applicable. D’un point de vue opérationnel, ces consultations auraient donné un éclairage sur ce que constituent des balises adéquates, par exemple, quant aux mises en garde explicites à la radio lorsque le contexte l’exige.

Opinion minoritaire de la conseillère Joanne T. Levy

À mon avis, la décision de la majorité (la décision) comporte de graves lacunes à plusieurs égards.

La décision ignore le droit primordial à la liberté de la presse inscrit dans la Charte canadienne des droits et libertés, protégé par la Loi sur la radiodiffusion et reconnu par la Cour suprême du Canada.

La justification de la décision majoritaire repose sur la disposition de la Loi sur la radiodiffusion qui commande une programmation de haute qualité. Il s’agit d’un test subjectif qui défie la transparence, l’équité et la prévisibilité.

L’évolution du contexte social est un motif insuffisant pour ignorer le contexte, le ton et les décisions antérieures du CRTC.

La décision aura des conséquences inattendues qui entraîneront une sorte d’omission volontaire journalistique, réduiront la discussion au silence et encourageront la censure. Solution recommandée — À mon avis, Radio-Canada et son ombudsman ont traité la plainte de façon adéquate.

Je suis d’accord avec l’opinion minoritaire de la conseillère Caroline Simard, vice-présidente, Radiodiffusion.


Histoire — Sortie d'usine à Lyon en 1895

Film n° 91 au catalogue des films de la compagnie Lumière. Louis Lumière | France, Lyon | 1895.

Heureusement que les femmes ne travaillaient pas à l’époque et que les féministes les ont libérées depuis lors.

Comparer à la mode vestimentaire actuelle.


Éric Coquerel, député de la Seine–Saint-Denis pour le groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale.

Joe Biden et ses alliés (vassaux diraient les mauvaises langues) lors du sommet du G7 en 2022

Boris Johnson s’essaie à un brin de course


Voici le cours de citoyenneté qui remplacera celui d'Éthique et culture religieuse

Le contenu du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise, qui remplacera le controversé cours Éthique et culture religieuse, prend forme. Le programme secondaire provisoire, dont Le Journal de Québec a obtenu copie, sera testé dans une vingtaine d’écoles dès la rentrée.

Au primaire, le travail est moins avancé, indique nos sources, mais une trentaine d’écoles expérimenteront aussi le nouveau cours lors de la prochaine année scolaire.

Au total, une cinquantaine d’établissements participeront à ces projets pilotes qui permettront d’apporter des modifications au besoin, explique-t-on.

Québec vise l’implantation du nouveau cours dans toutes les écoles de la province à la rentrée 2023.

Ce contenu occupera la même place dans la grille-matière que le cours Éthique et culture religieuse, qui s’était attiré plusieurs critiques au fil des ans.

Le « document de travail confidentiel », sur lequel Le Journal a pu mettre la main, est daté du 22 juin.

Plusieurs sections restent à compléter, mais les orientations du programme et plusieurs éléments de contenu sont définis.

Cette version provisoire a été soumise à la consultation dans le réseau scolaire.

« Dialogue » et « pensée critique »

Tel qu’annoncé en grande pompe l’automne dernier, ce nouveau cours vise à préparer les jeunes Québécois à l’exercice de leur citoyenneté, grâce à la pratique du dialogue et au développement de la pensée critique, peut-on lire. [Pourront-ils critiquer dans une ambiance neutre et sereine, par exemple, la théorie du genre, la transition écologique, l'activisme du mouvement LGBTQSAI+, tous inscrits au programme ? On peut en douter.]

Le contenu s’articule principalement autour de trois objectifs, qui seront aussi les mêmes au primaire : préparer à l’exercice de la citoyenneté québécoise, viser la reconnaissance de soi et de l’autre et poursuivre le bien commun.

Au secondaire, deux compétences sont à acquérir : étudier une réalité culturelle et réfléchir sur une question éthique.

Pour y arriver, une dizaine de thèmes seront abordés, de la première à la cinquième secondaire.

Forte élément d'Éducation à la sexualité moderne

L’éducation à la sexualité, qui était enseignée via des « capsules d’information » insérées dans d’autres matières, sera désormais intégrée dans ce nouveau cours tout au long du secondaire.

Le contenu sera sensiblement le même, mais ce nouveau cadre permettra davantage d’échanges et de réflexions entourant ces enjeux tout en s’assurant que le contenu ne soit pas balayé sous le tapis, comme c’est parfois le cas présentement, fait-on valoir.

L’éducation numérique sera aussi abordée, mais surtout en quatrième secondaire, où il pourra notamment être question de cyberintimidation et de cyberdépendance.

Culture religieuse

Par ailleurs, ce nouveau cours vise à présenter la culture religieuse comme étant l’une des facettes de l’identité, au même titre que plusieurs autres, plutôt que d’en faire une composante prioritaire comme c’était le cas dans le cours Éthique et culture religieuse, indique-t-on.

Les religions occupent ainsi beaucoup moins de place dans le contenu que dans le cours précédent.

Un programme qui ressemble bien « moderne » et « diversitaire »

LE PROGRAMME DU COURS CULTURE ET CITOYENNETÉ QUÉBÉCOISE

Pour chaque thème, voici quelques concepts et exemples de notions

1re secondaire (50 heures)

  • Identités et appartenances
    • Transformation identitaire (puberté, découverte de l’amour et de la sexualité, orientation sexuelle)
    • Espaces de socialisation, conformisme et contestation
  • Vie collective et espace public
    • Institutions publiques, citoyenneté, écoresponsabilité
  • Diversité sociale (ethnoculturelle, linguistique, religieuse, socioéconomique et de genre)

2e secondaire (50 heures)

  • Autonomie et interdépendance
    • Liberté de choix, solidarité sociale, consommation
    • Relations amoureuses et agir sexuel, consentement et violences
  • Démocratie et ordre social
    • Droits individuels et droits collectifs, institutions démocratiques
    • Droits et responsabilités, participation citoyenne

3e secondaire (pas de cours offert)

4e secondaire (100 heures)

  • Relations et bienveillance
    • Relations affectives et amoureuses, agir sexuel
    • Continuum de la violence, relations égalitaires
    • Communication numérique (cyberintimidation)
  • Justice et droit
    • Institutions juridiques, Charte des droits et libertés
    • Violence à caractère sexuel et conjugal
    • Encadrement juridique de la vie amoureuse et sexuelle
  • Culture et productions symboliques
    • Cultures populaires et culture de masse
    • Cultures alternatives, culture religieuse, diversité culturelle
    • Représentation de la sexualité
  • Technologies et défis d’avenir
    • Technologie et humanité (cyberdépendance)
    • Innovation technologique et intelligence artificielle
    • Transition écologique

5e secondaire (50 heures)

  • Quête de sens et visions du monde
    • Questions philosophiques existentielles (sens de la vie et de la mort), agentivité sexuelle (désir et plaisir), relations interpersonnelles et amoureuses
    • Choix relatifs à la vie adulte, religions et spiritualité
  • Groupes sociaux et rapports de pouvoir
    • Sexisme, racisme, colonialisme, inégalités socioéconomiques, exploitation, violences, pratiques égalitaires, féminisme, syndicalisme, antiracisme, mouvement LGBTQ+

                Rien sur le nationalisme...

lundi 27 juin 2022

Histoire — 1939-1945 : Quand l'« extrême droite » résistait aux nazis et la gauche collaborait

À droite, l'anti-germanisme et la résistance

En 1944, la France se libère de quatre longues années d’occupation et les résistants sont devenus les héros d’une nouvelle page de l’histoire du pays. Au fil des décennies, la mémoire collective a schématisé l’engagement de femmes et d’hommes pris dans les tourments d’une époque ambiguë. Ainsi, la gauche est associée à la Résistance quand l’extrême droite passe pour synonyme de collaboration. « Il est plus facile de transmettre l’idée que les bons restent bons et les méchants, méchants que de transmettre la complexité des chemins et des itinéraires croisés », décrypte Pascal Ory.

Parmi ces parcours « évolutifs », cet épisode évoque celui du monarchiste Gilbert Renault qui deviendra le Colonel Rémy et celui de Pierre de Bénouville, ex-bagarreur de l’Action française, qui rejoindra le réseau Combat. Qu’avaient-ils en commun avec les autres résistants ? « La force du patriotisme », répond l’un des intervenants, juif, qui a résisté au côté d’Henri d’Astier de la Vigerie, monarchiste et antisémite notoire.

À gauche, le pacifisme et la collaboration

Après la défaite de 1940, beaucoup d'hommes de gauche, aveuglés par leur pacifisme et leur anticommunisme, se fourvoient dans la Collaboration.

Les plus modérés soutiennent la politique de Collaboration de Vichy, comme l'ancien ministre du Front Populaire, Charles Spinasse. La Révolution Nationale est d'ailleurs mise à l'oeuvre par de nombreux fonctionnaires de tendance radical-socialiste.

Mais c'est à Paris que se regroupent les collaborationnistes partisans les plus durs de l'Allemagne. Deux grands partis à la solde des allemands émergent de ce petit monde : le premier est le PPF de l'ex-communiste Jacques Doriot, le second celui du néo-socialiste Marcel Déat.

L'ancien pacifiste Jean Luchaire, patron de presse et personnage incontournable du monde de la nuit parisienne, festoie avec les officiels allemands.

À des milliers de kilomètres de la capitale, en Biélorussie, le jeune Marc Augier, ancien membre du gouvernement du Front Populaire, se bat désormais aux côtés des troupes du Führer après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941.

À la Libération, les collabos sont traqués et jugés.

dimanche 26 juin 2022

Formation à la BBC : il y aurait plus de 150 genres et le diffuseur public doit développer une image « trans »


La BBC est le diffuseur public britannique. Il s’agit du plus ancien radiodiffuseur national du monde. C’est également la plus importante société de diffusion au monde en matière de revenu brut et de téléspectateurs.

Le Daily Telegraph de Londres a obtenu du matériel fourni au personnel de la radio par Global Butterflies, un groupe transgenre que la BBC avait embauché pour des sessions de formation l’été et l’automne derniers.

Des courriels ont été envoyés aux producteurs radio et aux éditeurs de programmes, certains provenant de chefs de département, les invitant à participer à la formation.

Au cours des sessions, divulguées au Telegraph, on a montré au personnel un éventail de pronoms « non genrés » qu’ils devraient utiliser, parmi lesquels « xe, xem, xyrs », et on leur a dit : « Les gens peuvent s’identifier de plus de 150 façons, et ce nombre continue de croître ! »

On a dit au personnel qu’ils devraient inclure leurs pronoms dans les lignes de signature de leurs courriels pour faire « partie de votre image trans » en tant que « brillante démonstration inclusive et accueillante… de soutien de la part d’alliés ». Par « alliés », il faut comprendre les soutiens à la cause LGBTQ2SAI+.

« Rappelle-leur les pronoms corrects »

La société de formation, Global Butterflies, a déclaré au personnel que les pronoms « il/elle » peuvent créer « de l’inconfort, du stress et de l’anxiété » pour les personnes non conformes au genre et « il a été démontré que chez les jeunes trans, l’utilisation de pronoms et de noms corrects réduit les risques de dépression et de suicide. »

La formation sur la diversité préconisait : « Si vous entendez un collègue utiliser les pronoms incorrects pour quelqu’un, prenez-le à part et rappelez-lui les pronoms corrects. »

On a montré au personnel un diagramme avec un ensemble de badges sur lesquels se trouvaient des pronoms qu’ils pouvaient porter dans les bureaux et comment utiliser les pronoms de genre à l’antenne. On leur a également demandé d’éviter les termes transsexuel et travesti, et on leur a dit que « fixer du regard » étaient transphobes.

Un lanceur d’alertes a déclaré au Telegraph que la BBC « occultait les nouvelles » qui vont à l’encontre de l’activisme trans et a affirmé qu’il y avait une « cabale très soudée au sommet de BBC News qui approuve tacitement l’idéologie du genre ».

Le dénonciateur a exhorté le directeur général de la BBC, Tim Davie, à « se ressaisir » et à rappeler aux départements des ressources humaines et de la diversité de la société publique que « contribuables paient leurs salaires et s’attendent à ce que le personnel soit formé par des formateurs impartiaux ».

« La BBC ne comprend tout simplement pas ce qui se passe avec l’idéologie de l’identité de genre », a déclaré la source, un cadre supérieur qui a récemment quitté la société.

« Ils se sont pliés à une contagion sociale parmi les jeunes plutôt que d’être l’adulte dans la pièce. La mission d’“Informer et éduquer” inscrite dans la Charte de la BBC disparaît dès qu’elle couvre les sujets trans ».

La BBC a refusé de dire combien coûtait la formation Global Butterflies, mais elle aurait maintenant rompu ses liens avec le groupe.

Global Butterflies n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Source : The Daily Telegraph


samedi 25 juin 2022

Grande Noirceur — Non, l'Église n'était pas de connivence avec le gouvernement et les élites

Dans un reportage radio-canadien assez schématique sur la Révolution tranquille et le concile Vatican II, la chaîne d'État avait affirmé que « l'Église est de connivence avec le gouvernement et les élites pour garder la population dans l'ignorance ». Voyons ce qu'il en était en général des relations entre l'Église catholique, l'État québécois et ses élites. Quelle était vraiment l'emprise de cette Église catholique romaine ? On trouvera ci-dessous un texte de Vincent Geloso sur le sujet, une adaptation d'une section de son livre Le grand rattrapage et le déclin tranquille – Une histoire économique et sociale du Québec depuis 1900, à paraître aux Éditions Accent Grave.

LES COMPORTEMENTS SOCIAUX DES QUÉBÉCOIS ET L'EMPRISE DE L'ÉGLISE ENTRE 1945 ET 1960*

L'affirmation la plus souvent répétée pour décrire la période de la « Grande Noirceur » (1945 à 1960) consiste à souligner l'emprise de l'Église catholique dans la vie sociale et économique du Québec. Il est vrai que les catholiques francophones du Québec étaient généralement très pieux et que l'Église était une force sociale avec une influence considérable. Néanmoins, il faut se poser deux questions qui sont souvent évacuées du débat, sciemment ou non: est-ce que la religiosité des Québécois était « anormale » et est-ce que l'Église imposait des lois et sa volonté en dépit des volontés individuelles ?

Au cours des années 1940 et 1950, les États-Unis étaient une société toute aussi croyante que le Québec. En fait, la myriade de croyances différentes attisait encore les feux politiques. Il suffit de penser à John F. Kennedy qui, lors de l'élection présidentielle de 1960, dût défendre ses origines irlandaises et sa foi catholique. Aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède, en Norvège et en Italie, les partis politiques majeurs de la droite portaient l'étiquette de « démocrates chrétiens » et plusieurs partis de gauche défendaient la « social-démocratie chrétienne ». En 1960, la constitution de l'Irlande était explicitement religieuse et incluait de nombreuses dispositions liant l'État et l'Église catholique. En Suède, les membres du clergé luthérien étaient (et ils le sont toujours) rémunérés par l'État(1). En Grande-Bretagne, les évêques siégeaient (et siègent toujours) à la Chambre des Lords. Plusieurs postes religieux, dont le tout-puissant évêque de Cantorbéry, sont comblés par recommandation du premier ministre britannique assujetti à l'approbation du monarque. Il serait donc malhonnête de considérer le Québec comme une société « attardée » sur la base de la religiosité de ses habitants.

Quant à la seconde question, il est possible de trouver des cas où l'Église était d'accord avec les actions du gouvernement. Mais l'Église au Québec a été longtemps en concurrence avec l'État. Il est tout aussi possible de trouver des cas où des décisions furent prises en dépit de l'opposition de l'Église que de cas où elles l'ont été avec son assentiment. En fait, pendant le Grand Rattrapage de 1945-1960, l'Église était probablement à son point le plus éloignée de l'appareil étatique québécois depuis la rébellion des patriotes.

Duplessis fait poirauter Mgr Cabana...
(deux dernières minutes de la vidéo)
Au cours des années 1930 et 1940, l'Église s'était positionnée en opposition tant au capitalisme qu'au socialisme(2). Ainsi, lorsqu'elle appuyait le gouvernement contre la « menace communiste », l'Église s'opposait aussi aux mesures économiquement libérales du gouvernement. En gros, les politiciens québécois ont accepté le message de l'Église contre le socialisme mais ont ignoré sa critique du capitalisme(3). Les politiciens, tant libéraux qu'unionistes, se moquaient même souvent ouvertement de l'Église, comme la série Duplessis de Denys Arcand l'illustre lorsqu'un secrétaire de Duplessis ignore et méprise un archevêque que le premier faisait patienter délibérément depuis plusieurs heures [voir deux dernières minutes ici]. L'historien Conrad Black rapporte en long et large le mépris du premier ministre Maurice Duplessis à l'égard du clergé qui « mangeait dans sa main »(4).

C'est pour cela qu'il est difficile de trouver des cas de lois adoptées spécifiquement pour protéger le statut de l'Église. Certes l'Église était omniprésente en éducation et en santé, mais il était possible de voir l'ouverture d'hôpitaux laïques privés ou d'écoles non confessionnelles ou de confessions différentes. En somme, l'Église n'avait pas un monopole légal même si elle était virtuellement maîtresse parmi les différentes dénominations. En dépit de son influence sur les individus, elle était le résultat d'associations volontaires. Elle produisait un sentiment de communauté et de spiritualité que plusieurs individus jugeaient – somme toute – nécessaire pour la conduite de leurs vies. La pression sociale qu'elle exerçait était puissante, mais celle-ci ne devrait pas être confondue avec la coercition légale puisque rien n'empêchait quelques courageux de briser les normes et essayer de changer l'avis des autres. En effet, puisque l'Église était composée de membres volontairement consentants, il était tout à fait possible de transgresser la foi catholique, de la renier ou même de se convertir à une autre confession. La croissance économique et le changement radical des mœurs de vie qui vont survenir dans les années 1940 et 1950 vont d'ailleurs pousser des centaines de milliers de Québécois à faire de telles transgressions.

[Omise discussion sur la prospérité comme cause de la fin de l'importance de la religion et de la famille. Explication plausible, mais qui omet le poids de l'État-providence qui remplace famille et religion en mutualisant fortement les risques et qui, pour nous, accroît l'irresponsabilité individuelle.]

Les transgressions bien avant 1960

Si nous voulons mesurer l'influence de l'Église, il faut alors se poser la question à savoir si les individus « brisaient » et « transgressaient » les diktats de celle-ci alors qu'elle n'avait aucun moyen de recourir à l'État pour assurer son statut prédominant.

Après la guerre, on trouve déjà des traces importantes de transgressions chez les Québécois. Avec les vagues de mariage de l'avant-guerre pour éviter la conscription, on aurait pu s'attendre à une augmentation temporaire du taux de divorce après la guerre. Toutefois, le niveau de divorce reste stable jusqu'en 1960 à des niveaux alors inégalés dans l'histoire du Québec.

 
Source:
 Sans auteur, Bilan du siècle: Taux des divorces, Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012).


En même temps que les divorces augmentent, les mariages diminuent relativement à la population.  [...] En ce qui a trait au nombre d'enfants par famille, on remarque une baisse considérable de la fécondité en dépit des encouragements de l'Église et du baby-boom relativement à l'Ontario.


Source: Sans auteur, Nombre total de mariages au Québec, Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012); 

Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.





Source (naissances): Robert Bourbeau, Base de Données sur la longévité canadienne, 2012. En ligne (page consultée le 19 juin 2012); 
Source (population):
 Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.



Selon l'historienne Danielle Gauvreau, en étudiant la fécondité des femmes, on peut voir si les couples avaient décidé de cesser d'écouter l'Église et de fonder plutôt leur famille selon leurs désirs individuels. À la lumière des statistiques, Gauvreau conclut – comme je le fais ici – que l'image du déclin de la fécondité qu'on associe à la Révolution tranquille précède celle-ci(10). En fait, elle affirme que cette croyance populaire « est inexacte en ce qu'elle occulte une portion non négligeable du déclin survenu avant les années 1960 et sans l'aide d'un moyen de contraception moderne comme la pilule ». Elle ajoute qu'elle est « en mesure de conclure que certains éléments de cette évolution constituent une réelle transgression de la morale chrétienne  »(11). [On notera, au passage, une confusion fréquente au Québec entre chrétienne et catholique.]

Encouragés par la croissance économique, ces comportements individuels démontrent le début d'une transgression chez les individus les plus susceptibles d'ignorer les commandements de l'Église. En fait, c'est à Montréal – la ville de loin la plus riche au Québec – qu'on remarque qu'à partir de 1948, entre 30 et 50 % des catholiques de l'île cessèrent d'aller à l'Église pour célébrer la messe(12). Dans le diocèse de Saint-Jean, 38 % des catholiques cessèrent d'aller à la messe dominicale au cours des années 1950(13). Une étude conduite en novembre 1958 dans trois villes de tailles différentes démontre que 32 % des habitants n'étaient pas à la messe le dimanche(14). Notons que ces proportions signifient que les Québécois célébraient la messe dans une proportion égale ou inférieure aux catholiques américains(15).

Même les congrégations religieuses semblent incapables de recruter adéquatement relativement à la population croissante du Québec. Entre 1941 et 1961, pour la première fois depuis 1901, les communautés religieuses voient leurs effectifs diminuer relativement à la population du Québec. Même le nombre de membres du clergé relativement à la population a diminué. Ceci est corroboré dans la littérature qui discute des pressions causées au sein de l'Église par le manque d'effectifs(16). En fait, c'est justement cette perte d'influence qui effrite le pouvoir de l'Église dans les écoles puisque le manque de personnel force les administrateurs religieux à embaucher une proportion grandissante de professeurs et enseignants laïcs(17)




Source: Sans auteur, Communautés religieuses, Québec, Effectifs des communautés religieuses masculines de 1901 à 1969, Université de Sherbrooke, 2012.
En ligne (page consultée le 14 mars 2012) et Sans auteur, communautés religieuses, Québec, Effectifs des communautés religieuses féminines de 1901 à 1969 , Université de Sherbrooke, 2012. En ligne (page consultée le 14 mars 2012); et Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026.: Estimations de la population, Ottawa, 2012.


 

Source (clergé): Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20e siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 163-164; Jean Hamelin et Nicole Gagnon, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III:
Le XXe siècle, 1898 à 1940, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 123.
Source (population): Statistiques Canada, Tableau 051-0026: Estimations de la population, Ottawa, 2012.


Prenons ici la peine de se demander ce qu'aurait eu l'air le Québec aujourd'hui si ces tendances avaient continué librement (sans la Révolution tranquille). Est-ce que les Québécois auraient été tout aussi croyants qu'en 1960 ? Auraient-ils été moins croyants que maintenant ? Davantage?  Le déclin de l'emprise de l'Église sur la vie sociale du Québec aurait probablement pu se poursuivre sans le coup de grâce de la nationalisation des institutions religieuses en santé et en éducation. Par ailleurs, la sécularisation de secteurs comme l'éducation afin d'en moderniser le curriculum ne nécessitait pas du tout la nationalisation par l'État. Les États-Unis, une société où il y a beaucoup plus d'observance religieuse qu'au Québec, ont vécu une modernisation de l'éducation en grande partie dirigée par le choix des parents(18).

Le cas des États-Unis est très révélateur puisque la taille du clergé relativement à la population a chuté à partir de 1900 jusqu'à 1970 pour ensuite connaître un regain(19). Toutefois, la participation hebdomadaire aux activités religieuses au sein de toutes les confessions en 1995 était sensiblement inférieure à celle observée en 1960(20). En fait, elle a décliné entre 1960 et 1970 et s'est stabilisée aux environs de 40% par la suite. Chez les catholiques américains, la tendance est différente puisqu'elle a chuté de manière continue entre 1960 et 1997. Alors que la participation hebdomadaire dépassait les 70% chez les catholiques (un niveau similaire à celui du Québec) à l'aube des années 1960, elle se situait plutôt sensiblement en dessous du seuil des 50% à l'aube des années 2000(21)

[...]

Il y a une conclusion importante pour le Québec à tirer de tout cela: les réformes effectuées par l'État ne sont pas la cause du déclin des institutions religieuses, elles en sont plutôt le résultat. La véritable révolution tranquille s'est en fait produite au cours de la période de 1945 à 1960 et ce n'était pas qu'une révolution mais plutôt des millions de petites révolutions tranquilles qui se produisaient sur le plan individuel. Ce qui a suivi était tout simplement les fruits de ces révolutions.

Source Le Québécois libre 


1. Laurence Iannaccone, Roger Finke et Rodney Stark, « Deregulating Religion: The Economics of Church and State », Economic Inquiry, Vol. 35, 1997, p. 350-364.
2. Benoît Tessier, De quelle Grande Noirceur parlez-vous: Le Québec à l'époque de Duplessis, thèse de maîtrise, Département de science politique, Université d'Ottawa, 2000.
3. James Iain Gow, Histoire de l'administration publique québécoise, 1867-1970. Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1983, p. 297.
4. Conrad Black, Duplessis, Toronto, McClellan and Stewart, 1976, p. 665.
5. Robert Barro et Rachel McCleary, « Religion and Economic Growth across Countries », American Sociological Review, Vol. 68, No. 5, 2003, p. 760-781.
6. Gilles Paquet, « Duplessis et la croissance économique: une analyse exploratoire », dans Alain Gagnon et Michel Sarra-Bournet (eds), Duplessis: entre la Grande Noirceur et la société libérale, Montréal, Éditions Québec-Amérique, 1997, p. 212-213.
7. David Beito, From Mutual Aid to the Welfare State: Fraternal Socities and Social Services, 1890-1967, Chapel Hill, NC, North Carolina University Press, 2000.
8. Mark Pennington et John Meadowcroft, Rescuing Social Capital from Social Democracy, Londres, Institute of Economic Affairs, 2007, p. 52 (Mutual ownership and building societies)
9. Steven Horwitz, « The Function of the Family in the Great Society », Cambridge Journal of Economics, Vol. 29, No. 2, 2005, p. 669-684; Steven Horwitz, Markets, Maslow, and the Evolution of the Modern Family, document de travail, Saint-Lawrence NY, Department of Economics, Saint-Lawrence University, 2007.
10. Danielle Gauvreau et Diane Gervais, « Women, Priests and Physicians: Family Limitation in Quebec, 1940-1970 », Journal of Interdisciplinary History, Vol. 34, No. 2, 2003, pp. 293-314.
11. Danielle Gauvreau, « La transition de la fécondité au Québec: un exemple de transgression de la morale catholique », Études d'Histoire Religieuse, Vol. 70, 2004, pp. 23.
12. Martine Poulain, « L'art à l'époque de la ''grande noirceur'': le Refus global », Histoire Québec, Vol. 5, No. 3, 2000, p. 15.
13. Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20ème siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 213.
14. Fernand Dumont et Gérald Fortin, « Un sondage de pratiques religieuses en milieu urbain », Recherches Sociographiques, Vol. 1, No. 4, 1960, p. 501-502.
15. Laurence Iannaccone, « Introduction to the Economics of Religion », Journal of Economic Literature, Vol. 36, septembre 1998, p. 1470.
16. Jean Hamelin, Histoire du Catholicisme québécois, Volume III, Tome 2: Le 20ème siècle: de 1940 à nos jours, Montréal, Éditions Boréal, 1984, p. 163-164.
17. Ibid, p. 164.
18. Susan Adler, « Education In America », The Freeman, 1993 (en ligne).
19. Ibid, p. 1469.
20. Ibid, p. 1470.
21. Ibid, p. 1470.






Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

Rediff — Affaire Gosnell : l'absence des médias autour d'un avortoir sanguinolent

Quand ça saigne, ça baigne.

Il y a un dicton que les médias apprécient: si le sang coule, le sujet sera porteur; plus les images seront spectaculaires, plus grandes seront les chances de faire la une.

Or l'affaire Gosnell baigne dans le sang et l'horreur... Et pourtant, non seulement les gros médias francophones n'en ont pas du tout parlé, mais même les médias anglophones couvrent très peu ce scandale.

Voici les bancs réservés à la presse ce jeudi dans la salle (304) où se tenait le procès Gosnell à Philadelphie en 2013 :



Photo de JD Mullane, chroniqueur pour le Bucks County Courier Times.

Étonnement de ce désintérêt dans la blogosphère américaine.


Documentaire en anglais sur l'affaire Gosnell :

Où l'on apprend que les salons de coiffure ou de manucure seraient plus surveillés que la « clinique de santé féminine » du Dr Gosnell. Au fil des ans, plusieurs plaintes avaient été déposées contre l'avortoir (morts suspectes, utérus perforé, etc.), ni l'État de Pennsylvanie ni la Ville n'ont enquêté... Voir le rapport du Grand Jury (chercher le mot « inaction »). Le pot aux roses  fut découvert à la suite d'une perquisition pour vente illégale de drogues de synthèse (Oxycodone). 

Autre mort suite à avortement tardif passée sous silence

Jennifer Morbelli,
victime des suites
d'un avortement tardif
On apprend par ailleurs que, plus tôt cette année, une enseignante de maternelle de 29 ans est morte quand l'avortement de son enfant à naître « a mal tourné ». La femme aurait été enceinte de 33 semaines. Et le médecin qui a pratiqué cet avortement, soit deux mois après la limite légale de 24 semaines, était le célèbre, très célèbre aux États-Unis, docteur Leroy Carhart. Dr Carhart est ce bonhomme qui s'est bravement battu contre les interdictions du Nebraska et du gouvernement fédéral contre « les prétendus » « avortements par naissance partielle ». Les guillemets-épouvantail sont obligatoires. Carhart a ouvert une succursale dans le Maryland il y a quelques années afin de partager sa spécialité — tuer des bébés bien après le moment où ils pourraient vivre séparés de leur mère — avec une population plus diverse, plus nombreuse que dans son Mid-Ouest natal.

Personne dans les médias traditionnels n'a pleuré la mort de cette femme, mais une chroniqueuse du Washington Post n'a pas craint de dénoncer l'indicible intrusion dans la vie privée dont a été victime la défunte quand des militants pro-vie ont exprimé leurs inquiétudes après son décès : « Les manifestants exploitent la mort de cette femme et font comprendre aux autres femmes que leur vie privée n'est jamais vraiment protégée quand elles considèrent une IVG. » Surtout la vie privée des femmes décédées des suites d'un avortement tardif bâclé...?

On comprend mieux le silence de la classe médiatique dans le cas de l'avortoir Gosnell : il faut respecter la vie privée des mères et des enfants morts ?

#gosnell en tête de Twitter

Entre-temps, sur les médias sociaux #gosnell est le premier mot-croisillon de Twitter ce soir au Canada et aux États-Unis et l'image de Kermit Gosnell est la plus populaire parmi les gazouilleurs.











« Nous ne savons plus ce qui devrait être à la une »

Face à cet intérêt, la chroniqueuse d'USA Today, Kirsten Powers, titre « Nous avons oublié ce qui devrait faire la une ».

Un des employés de la clinique a déclaré au procès : « Il pleuvait des fœtus. Il y avait des fœtus et du sang partout. C'était à proprement parler des décapitations. On séparait le cerveau du corps » pour décrire ensuite l’insalubrité des lieux et les avortements bâclés. Il aurait été témoin d'une centaine de bébés  nés vivants et que l'on aurait tué en sectionnant la moelle épinière dans la nuque. » Que titre l'agence de presse AP dans une dépêche décrivant ce témoignage ? « Employé décrit chaos dans une clinique IVG en Pennsylvanie »... Comme le souligne Kirsten Powers, le chaos n'est pas l'élément principal, c'est plutôt le fait tuer des enfants nés.

Une recherche dans Lexis-Nexis révèle qu'aucun des trois grands réseaux de télévision américains n'a mentionné le procès Gosnell au cours des trois derniers mois. Il n'y a qu'une exception lorsque la chroniqueuse Peggy Noonan du Wall Street Journal a détourné pendant quelques instants l'émission de Meet the Press qui devait être consacrée à l'indignation soulevée par une loi anti-avortement dans quelque État républicain rétrograde.

Le Washington Post n'a pas publié aucun reportage de ses journalistes sur le sujet pendant le procès et le New York Times n'a jugé bon que de produire un article original sur le sujet à la page A-17 le premier jour du procès. Ils ont gardé le silence depuis, malgré des témoignages dignes des manchettes.

Pour la chroniqueuse d'USA Today, « Nul besoin d'être contre l'avortement pour trouver l'avortement par naissance partielle odieux ou pour trouver le procès Gosnell éminemment digne d'intérêt. Il ne s'agit pas  d'être « pro-choix » ou « pro-vie ». Il s'agit de droits fondamentaux. Le silence assourdissant de trop de médias, naguère une force pour la justice en Amérique, est une honte. »




Ci-dessous, augmentation fulgurante à partir du 10 avril des mentions à Gosnell sur Twitter :


Voir aussi

Silence médiatique embarrassé autour d'un avortoir...

Robert Ménard sur l'instinct grégaire bien-pensant des journalistes