dimanche 16 octobre 2022

Société métissée — Le New York Times craint la perpétuation du racisme malgré la minorisation des blancs

Charles McRay Blow (né le 11 août 1970) est un journaliste, commentateur et éditorialiste américain pour le New York Times et analyste politique actuel pour MSNBC.

Pour Charles McRay Blow, dans un article d’opinion publié par le New York Times, alors que les États-Unis deviennent moins blancs, la suprématie blanche pourrait simplement se muer en une suprématie « plus pâle », dans laquelle les personnes à la peau plus claire (comprendre y compris les Hispaniques) perpétuent un racisme anti-noir modifié plutôt que de l’éliminer.

Traduction de son article :

J’ai une théorie sur l’avenir de l’Amérique que je ne veux pas voir se réaliser.

C’est une théorie qui m’inquiète et sur laquelle j’ai déjà écrit : avec le brunissement de l’Amérique, la suprématie blanche pourrait simplement être remplacée par — ou renforcée par — une forme de suprématie « pâle », dans laquelle les personnes à la peau plus claire perpétuent une version modifiée du racisme anti-noir plutôt que de l’éliminer.

Les commentaires racistes révélés cette semaine provenant d’un enregistrement de dirigeants latinos à Los Angeles — trois membres du conseil municipal et un dirigeant syndical — n’ont rien fait pour apaiser ces craintes.

Dans les enregistrements, la présidente du Conseil, Nury Martinez, qui a démissionné de son poste de président du Conseil lundi et a démissionné du Conseil mercredi, a fait les commentaires les plus flagrants. Elle a insulté les gens de la manière la plus grossière et la plus racialement offensante, comparant le fils noir d’un collègue à un singe et semblant insulter les Oaxaca — des gens de la région disproportionnellement amérindienne d’Oaxaca au Mexique — en les qualifiant de « petites personnes foncées et courtes » qui sont « laides ». »

Mais ce qui me dérange le plus, c’est le tribalisme racial, ethnique de ses calculs politiques. Après tout, l’enregistrement est celui d’une réunion sur le redécoupage électoral décennal de la ville. Il s’agit d’une réunion portant sur le pouvoir politique et sur comment aider ou nuire à l’élection de certains selon le découpage des districts électoraux.


 

Dans l’enregistrement, lorsque l’ancien président de la Fédération du travail du comté de Los Angeles, Ron Herrera, dit : « Je suis sûr que Katz et son équipe ont un programme », se référant à l’ancien membre de l’Assemblée d’État Richard Katz, qui est juif, Martinez répond que les Juifs « ont passé un accord avec South L. A. »

Plus direct, Martinez licencie un responsable en disant : « [juron] ce type… Il est avec les Noirs. »

Je ne veux pas suggérer que les personnes qui participent à cet appel sont représentatives de la société dans son ensemble, mais je comprends que la politique est un sport de contact et qu’elle divise les gens en groupes. Parfois, ces regroupements se font sur la vision des partis, leurs programmes. Parfois, ils tournent autour de choses plus fondamentales comme l’identité et la culture.

Pour être clair, je crois à la répartition représentative du pouvoir politique. Los Angeles est presque à moitié latino. Il devrait y avoir un pouvoir politique latino fort et décomplexé dans cette ville. En fait, la sous-représentation est un problème qui continue d’affliger la communauté latino.

Comme Paul Barragan-Monge, le directeur de la mobilisation de l’U.C.L.A. Latino Policy and Politics Institute, a expliqué cette semaine à propos du pouvoir hispanique en Californie : « Bien qu’ils représentent 39 % de la population de l’État, ils ne constituaient que 18,4 % des nominations au postes de direction dans le cabinet du gouverneur. »


Ce déséquilibre doit être corrigé. Le problème que pose cet enregistrement est que les personnes qui participaient à l’appel semblent voir le pouvoir parmi les électeurs de la ville comme un jeu à somme nulle, et dans ce jeu, ils ont ouvertement dénigré d’autres groupes en raison de leur identité.

Au lieu de s’allier avec d’autres groupes défavorisés, ils les ont rabaissés. Leur discussion était anti-noire, anti-autochtone, anti-juive.

Ils faisaient le travail de la suprématie blanche. Et pas parce qu’ils voient le pouvoir blanc comme étant le leur. À un moment de l’enregistrement, tout en discutant de la question de savoir si le membre du Conseil Mark Ridley-Thomas, qui est noir, continuera à être payé après son inculpation pour corruption, Martinez dit : « Ce n’est pas nous. Ce sont les membres blancs de ce Conseil qui vous [juron] en un claquement de doigts. »

Le racisme intraminoritaire [devenu majoritaire en Californie et bientôt aux États-Unis…] est complexe à certains égards, mais simple à d’autres.

Le racisme est perpétué par ceux qui en profitent. Le racisme anti-noir profite à ceux dont les apparences sont les moins noires. La suprématie blanche profite à ceux qui sont blancs, ou à ceux qui sont voisins du blanc à la fois en apparence, en culture et en affect.

Moi aussi, je souhaite que nous vivions l’avenir idéalisé auquel aspirent certains militants : une Amérique qui, en devenant moins blanche, devient également moins raciste et plus égalitaire et tolérante sur le plan racial.

Mais cet avenir plein d’espoir n’est pas assuré, peu importe à quel point nous croyons que nos enfants sont plus tolérants sur le plan racial, peu importe si la diversité raciale est davantage présente dans la culture pop, peu importe la fréquence à laquelle nous avons des repas-partage multiculturels au travail.

C’est en partie parce qu’une partie de l’alliance que nous vivons est performative. Pendant l’été des protestations [émeutes] en 2020, vous auriez pensé que Martinez était solidaire des Noirs et des vies noires. Elle a déposé une requête pour réduire le financement du département de police de Los Angeles — pour supprimer le financement de la police — et elle a publié un gazouillis approuvant cette décision : « Aujourd’hui, nous avons introduit une motion visant à réduire le financement de la police de Los Angeles, alors que nous réinitialisons nos priorités à la suite du meurtre de #GeorgeFloyd et de l’appel #BlackLivesMatter et que nous voulons tous pour mettre fin au racisme. Ce n’est qu’un petit pas. Nous ne pouvons pas parler de changement, nous devons être axés sur le changement. »

Elle a soutenu la fin du racisme en public, mais l’a perpétué en privé.

Même dans la partie de l’enregistrement où elle parle de l’enfant noir comme d’un singe, elle explique qu’elle était avec cet enfant sur un char du défilé du Martin Luther King Day rempli de personnes noires et brunes.

La triste réalité est que la suprématie blanche anti-noirs ne se limite ni aux Blancs ni aux républicains, même s’ils la courtisent et la dorlotent. Martinez est démocrate dans une ville majoritairement démocrate.

L’erreur est de croire que chaque personne dans chaque communauté qui a été opprimée par la suprématie blanche la rejettera. Ce n’est tout simplement pas vrai, car certains voient l’oppression comme le fait d’avoir un perchoir : il faut être juché dessus pour pouvoir opprimer. Dans cette optique, être en mesure d’opprimer devient une aspiration ; être anti-Noirs — et être capable d’éviter la majorité racisme anti-noirs — permet de trier les gens. C’est un signe de réussite. C’est très américain.

Voir aussi

États-Unis — district scolaire exclut élèves asiatiques des personnes de couleur et les classe avec les Blancs

Le nouvel exode blanc 

États-Unis — Pas de réduction de l’écart scolaire en maths et lecture entre les groupes ethniques

La Californie dit « oui » à l’éducation bilingue

Massacres de la quasi-totalité de blancs de 1804 en Haïti, les mulâtres forcés de participer aux massacres (Wikipédia)

Le déclin des blancs : rejeter, réprimer, fuir ou métisser ? (Whiteshift)

Citations ethniquement incorrectes de Karl Marx 
 
 
  
 
 
 
 

vendredi 14 octobre 2022

En manque de bébés, la Chine annonce de nouvelles aides aux jeunes parents

La Chine a annoncé mardi de nouvelles mesures destinées à encourager les familles à avoir plus d’enfants, alors que son taux de natalité est au plus bas et que sa population devrait diminuer d’ici 2025.


Le pays le plus peuplé de la planète est confronté à une crise démographique, avec une population active vieillissante, une économie au ralenti et une croissance du nombre d’habitants la plus faible depuis des décennies.

Et même si les autorités ont mis fin en 2016 à leur stricte politique de l’enfant unique, puis ont autorisé l’an dernier jusqu’à trois enfants par couple, les naissances n’ont cessé de baisser au cours des cinq dernières années.

Mardi, le ministère de la Santé a appelé le pouvoir central et les autorités locales à dépenser davantage dans la santé reproductive et à améliorer les services de garde d’enfants.

Le cas de Harbin

Les autorités sanitaires de Harbin, dans la province du Heilongjiang (Hei-long-tsiang, dans nord-est de la Chine, voisin de la Russie), ont récemment publié un projet de plan de mise en œuvre sur l’optimisation de la politique de naissance afin de promouvoir un développement démographique équilibré à long terme, comme l’un des derniers efforts pour encourager la fécondité dans la région. Le projet de plan est ouvert aux commentaires du public du mardi au 31 octobre.

Les couples avec un enregistrement de ménage à Harbin vivant dans la ville, qui ont deux enfants ou plus dans le cadre de la politique des naissances, peuvent recevoir une allocation mensuelle de garde d’enfants pour chaque enfant jusqu’à ce que l’enfant ait trois ans, selon le projet de plan.

La ville prévoit également d’améliorer la politique de sécurité du logement pour soutenir l’accouchement. Les familles qui donnent naissance à leur deuxième ou troisième enfant après le 29 octobre de l’année dernière recevront une subvention à l’achat d’une maison de 15 000 yuans (2 091 dollars américains) ou 20 000 yuans sous certaines conditions, indique le projet de plan.

La famille qui a deux enfants ou plus conformément aux politiques actuelles sur les naissances accordera également la priorité à envisager un logement locatif public, selon le plan.

Le Heilongjiang [Hei-long-tsiang, littéralement Fleuve du Dragon Noir] a perdu 460 000 résidents permanents en 2021 par rapport à l’année précédente, la baisse la plus importante à l’échelle nationale, selon les données publiées par les autorités statistiques.

Derrière le ralentissement de la croissance démographique se cache la baisse continue des naissances d’enfants. Les autres régions du nord-est de la Chine ont également mis en place davantage de mesures pour encourager la croissance du taux de natalité. En 2021, la province de Jilin a publié un plan pour promouvoir le taux de natalité et fournir des politiques de soutien.

Ces services sont largement insuffisants dans le pays.

Les autorités locales doivent « mettre en place des mesures de soutien actif à la fertilité », via des subventions, des déductions fiscales et de meilleures assurances maladie, ainsi que des aides dans l’éducation, le logement et l’emploi destinées aux familles, préconise le ministère.

Les provinces doivent aussi s’assurer de disposer d’un nombre suffisant de garderies, d’ici la fin de l’année, pour les enfants de deux à trois ans.

Les villes chinoises les plus riches ont déjà mis en place des crédits immobiliers, des avantages fiscaux, des aides à l’enseignement et même des subventions pour encourager les femmes à avoir plus d’enfants. Les directives publiées mardi semblent vouloir étendre cette politique à l’ensemble du territoire.

Le taux de natalité en Chine a chuté l’an dernier à 7,52 naissances pour 1 000 habitants, au plus bas depuis le début de la série statistique en 1949, année de la fondation du Parti communiste chinois, selon le Bureau national des statistiques.

Le coût plus élevé de la vie et une évolution culturelle en faveur de familles plus petites sont parmi les raisons citées pour cette baisse des naissances.

Début août, les autorités sanitaires ont prévenu que la population chinoise reculerait d’ici 2025.

Source : AFP (Challenges)

Informations connexes

Le boom démographique indien est terminé. Le deuxième pays le plus peuplé de la planète, avec 1,38 milliard d’habitants, présente désormais un indice synthétique de fécondité (ISF) qui correspond au nombre moyen d’enfants qu’une femme pourrait avoir au cours de sa vie de 2, au-dessous du seuil de remplacement, fixé à 2,1. Ces données sont issues de la cinquième enquête nationale sur la santé de la famille, publiée fin novembre, qui a été réalisée de 2019 à 2021 à partir d’un échantillon de 650 000 ménages répartis dans 707 districts du pays. L’indice était de 2,2 dans la précédente enquête 2015-2016, et de 2,7 en 2005-2006.

Le Japon a longtemps été la tête d’affiche de la crise démographique, mais le taux de fécondité de la Corée du Sud est désormais l’un des plus bas au monde, et celui de la Chine n’est guère meilleur.

L’année dernière, dans un pays de plus de 51 millions d’habitants, le nombre moyen d’enfants qu’une femme en Corée du Sud devrait donner naissance au cours de sa vie était de 0,81 — le plus bas depuis que Statistiques Corée a commencé à compiler des données sur ce sujet en 1970, lorsque le chiffre était de 4,53 enfants/femme, et en baisse par rapport à plus de 2 en 1983.

Selon une estimation d’une équipe de démographes, dont Liang Jianzhang, Ren Zeping et He Yafu, la Chine n’ayant pas publié de chiffre de fécondité officiel l’année dernière, pour la population chinoise de 1,4126 milliard d’habitants, le taux de fécondité en 2021 était de 1,15, en baisse par rapport à un chiffre officiel chiffre de 1,3 un an plus tôt.

Le Japon s’inquiète de son taux de fécondité depuis la fin des années 1980. Il a finalement atteint un creux de 1,26 en 2005, et après avoir légèrement récupéré à 1,45 en 2015, a glissé au cours des six dernières années pour atteindre 1,3 enfant/femme l’année dernière.

L’indice de fécondité de Hong Kong à 0,87 enfant/femme affiche un des niveaux les plus bas du monde avec la Corée du Sud.

Voir aussi 

Les économies avancées d’Asie ont désormais des indices de fécondité inférieurs à ceux du Japon


 

Couche-Tard et Orwell : « L’ignorance, c’est la force »

Dans  son roman 1984, George Orwell écrit : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. »

« L’ignorance, c’est la force ».

Cela semble être le cas avec le p.-d.g. de Couche-Tard (un fleuron québécois) qui ignore superbement le français.

Cette ignorance est le fruit d’une force (il est aux manettes et donne de bons résultats apparemment) et une force en elle-même pour l'anglais (elle permet de forcer les autres à parler l’anglais). L’ignorance des anglophones des autres langues permet d’imposer l’anglais (« nous aimerions tellement parler le patois local, malheureusement nous n’en sommes pas capables, parlons en anglais ») et la connaissance de l’anglais par de plus en plus de francophones (« le bilinguisme qui nous enrichit »)  renforce l’anglais. « La connaissance, c’est la faiblesse » ?

Le Journal de Québec nous apprend par ailleurs :

À la tête d’Alimentation Couche-Tard depuis près de huit ans, Brian Hannasch ne comprend toujours pas le français. Et même si la question linguistique fait les manchettes depuis des mois, il n’a pas l’intention d’apprendre la langue officielle du Québec.

L’apprentissage des langues, « ça ne fait pas partie de mes forces », a affirmé hier le dirigeant américain en entrevue au Journal, évoquant ses faibles notes en espagnol au secondaire.

« Je ne suis pas très bon [en français], a-t-il ajouté. Je m’améliore un peu chaque année, mais j’ai encore beaucoup de chemin à faire. »

Promesse rompue

M. Hannasch (ci-contre) reconnaît toutefois qu’il n’a pas suivi de cours de français « au cours de la dernière année ».

Lors de sa nomination, en 2014, Brian Hannasch s’était engagé à apprendre la langue de Molière. 

Il avait aussi promis de déménager à Montréal, ce qu’il n’a jamais fait. Il habite à Columbus, en Indiana.

Pas forcé par la loi 96

Il y a trois ans, Alain Bouchard, cofondateur et président exécutif du conseil d’administration de Couche-Tard, a confié qu’en 2014 il avait la « volonté ferme » de voir M. Hannasch apprendre le français. Il a ensuite changé d’idée.

« J’ai eu une longue discussion avec Brian et je lui ai demandé d’oublier ça. En fait, c’est moi. J’ai dit : “Écoute, je ne veux pas que tu mettes du temps là-dessus parce que tu as trop de temps à investir dans l’entreprise” », a déclaré M. Bouchard à l’assemblée des actionnaires de Couche-Tard tenue en septembre 2019, selon La Presse.

L’automne dernier, le Premier ministre François Legault a dit vouloir convaincre « les présidents d’entreprise au Québec » d’apprendre le français, mais il n’a pas donné plus de détails. 

Adoptée au printemps, la loi 96 impose de nouvelles obligations linguistiques aux entreprises, mais elle ne force pas leurs dirigeants à apprendre le français.


Proposition du MÉDAC rejetée
 

Les actionnaires du détaillant ont rejeté, hier, une proposition du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC) voulant que Couche-Tard fasse du français sa langue officielle.

« Depuis sa création, en 1980, Couche-Tard défend fièrement sa culture francophone et veille à ce que toutes ses parties prenantes au Québec soient servies et puissent communiquer et travailler en français sans limitation », a soutenu l’entreprise, dans un document envoyé à ses actionnaires.

COUCHE-TARD EN BREF

  • 122 000 employés
  • 14 000 magasins
  • 24 pays
  • 9 millions de clients par jour
  • 750 000 tasses de café servies par jour
  • 133 millions de litres d’essence vendus par jour

jeudi 13 octobre 2022

L’enseignement à domicile a doublé au Canada entre 2019 et 2021

L'inscription à l’enseignement à domicile a considérablement augmenté pendant la pandémie. Selon l'Enquête de Statistique Canada sur l'enseignement primaire et secondaire de 2020-2021, plus de 83 784 élèves étaient inscrits en enseignement à domicile en 2020, soit le double (40 608) par rapport à l'année scolaire précédente.

Le nombre d'inscriptions était particulièrement élevé pour les première et deuxième années du primaire, avec des augmentations respectives de plus de 134 %.

Ces chiffres demeurent marginaux dans la mesure où plus de 90 % des élèves inscrits du primaire et du secondaire vont dans les écoles publiques et 7,5 %, dans les écoles privées. La part de l’enseignement à domicile est de 1,5 %.

De plus, l’enquête de Statistique Canada souligne que l’inscription aux programmes de langue seconde a augmenté pendant la décennie 2006-2016. Les plus hauts taux ont cependant été enregistrés en 2020-2021, de la quatrième à la huitième année.

Enfin, l’enquête relève une légère hausse (+0,5 %) du taux de diplomation secondaire au Canada par rapport à 2019-2020.


mercredi 12 octobre 2022

France — La mise à mort de SOS Éducation par le ministère des Finances ?

Le site de l’association SOS Éducation. L’Éducation nationale ouvre ses portes aux associations LGBT et intégrationnistes, mais fait tout pour faire disparaître celles qui militent contre le déclassement scolaire ?


Pour Valeurs actuelles :

Dans le viseur de l’administration fiscale depuis cinq ans, SOS Éducation, une association militant pour l’amélioration du système éducatif français, a écopé d’une amende de près de 1,6 million d’euros.

Un cas d’école de mise à mort politique par étranglement financier.

Mieux vaut ne pas contester la doctrine de l’Éducation nationale : c’est la leçon que retiendra SOS Éducation. Si toutefois elle survit aux sanctions du fisc. Fondée en 2001 par des professeurs et parents d’élèves alarmés par les premières chutes françaises dans le classement PISA, l’association à but non lucratif paie aujourd’hui un lourd tribut à son engagement.

À l’origine de la pétition contre l’écriture inclusive qui donnera naissance à la circulaire Blanquer, SOS Éducation nage à contre-courant, et défend depuis vingt ans « une école loin de toute idéologie, qui respecte les choix des parents en matière d’instruction et l’autorité des professeurs, et qui permette notamment aux enfants issus de milieux défavorisés d’avoir accès à une instruction de qualité ». Un combat qui n’a pas l’air de plaire à tout le monde.

Harcèlement administratif 

Ce n’est pas la première fois que l’on tente de mettre des bâtons dans les roues de SOS Éducation. Au bas mot. Menaces téléphoniques, mobilisation d’huissier pour freiner son action, les sapeurs ont déjà tout tenté. Jusqu’à la falsification de documents pour enrayer le conseil d’administration. « Le projet était d’infiltrer l’association pour y prendre le pouvoir et la vider de sa substance », témoigne Sylvain Marbach auprès de Valeurs actuelles. L’actuel président de l’association était en première ligne : il avait alors dû démissionner de son poste de trésorier, du fait de pressions et manipulations internes. « Nous essayons d’améliorer le système éducatif, pour des millions d’élèves, pour tous les Français… Mais une bonne action ne reste jamais impunie », sourit-il.

À terme, l’entreprise de sabotage interne s’avère être un échec. Alors ses détracteurs tentent de faire condamner l’association. Après le dépôt d’une plainte auprès du procureur de la République vient une dénonciation calomnieuse à la Cour des comptes. La première est classée sans suite. La seconde entraîne trois contrôles sur une durée totale de plus de trois ans. S’engagent alors des fouilles à répétition — jusqu’à trois fois par semaine. « C’était absurde : dans les locaux, il y avait plus de contrôleurs que de salariés », soupire Sophie Audugé. Tout juste nommée, la nouvelle déléguée générale de l’association subit un accueil on ne peut plus rude. « Nous recevions des courriels très lourds, détaille Sylvain Marbach : des milliers de documents, des avalanches de questions dès six heures du matin, jusqu’à 22 heures trente, et durant les vacances, et la veille de Noël… C’était tout simplement du harcèlement. ».

Malgré tout, SOS Éducation coopère, espérant que la transparence leur permettra de tourner cette page au plus vite. Pour contrôler la modeste association de sept salariés, on mobilise jusqu’à la brigade d’intervention rapide de la direction générale des enquêtes fiscales. Un spécialiste des systèmes d’information et d’analyses de données, en détachement de l’armée pour l’occasion, est missionné.

Si l’équipe de contrôle ne trouve rien, on en change dans l’espoir de trouver quelque chose. Tout est passé et repassé au peigne fin. On finit par dénicher un compte bancaire à l’étranger non déclaré… « Un compte PayPal, pour collecter les dons en ligne », soupire Sylvain. La montagne accouche d’une souris.

Pionnier de l’accompagnement et du conseil des associations non lucratives, Me Xavier Delsol n’en revient pas : « En quarante ans de spécialisation en droit fiscal, je n’ai jamais vu ça. Un cumul de contrôles aussi sévères, dans une telle ambiance de suspicion et de haine, pour une si petite association, c’est inédit. » La pression n’est pas sans effet. « Il est certain que l’acharnement administratif subi par SOS Éducation a eu raison de ma stabilité émotionnelle », confie Sylvain. À bout, n’en dormant plus, il a été contraint de mettre son activité professionnelle entre parenthèses, se privant de deux ans et demi de salaire. « Pour vivre, j’ai vidé l’épargne prévue pour les études de mes enfants », souffle-t-il. Et d’ajouter : « Cette affaire m’a volé cinq ans de vie, personnelle, familiale et professionnelle. »

Le fait du prince Chatel

Pour comprendre les dessous de l’affaire, il faut remonter vingt ans en arrière. En 2002, la jeune association met un point d’honneur à refuser toute subvention, pour demeurer indépendante. Ne lui reste qu’à espérer être éligible au mécénat, afin que les dons défiscalisés puissent nourrir son travail. SOS Éducation s’en enquiert auprès de l’administration fiscale : cette dernière lui renvoie un rescrit positif, entérinant sa capacité à émettre des reçus fiscaux. Quelques mois se passent, et l’association a grandi. Elle en tient informée l’administration fiscale, et veut s’assurer que le rescrit vaut toujours. Trop bonne élève, elle ne sait pas encore que ce zèle précipitera sa perte.

Le dossier, intégralement reconstitué pour l’occasion, est perdu dans les méandres de l’administration. À deux reprises. Puis, silence radio durant quatre ans, malgré les relances de l’association. Or, les lois en vigueur à l’époque sont claires : l’absence de réponse administrative en six mois vaut approbation. SOS Éducation peut dès lors se satisfaire de cette validation tacite et poursuivre son activité, sans craindre aucun redressement. C’est sans compter la cabale politique qui ne fait que commencer.

Une enveloppe parvient aux locaux de SOS Éducation. Elle renferme une correspondance entre Luc Chatel et Éric Woerth, qui s’y opposent fermement à la demande de l’association. Peut-être le ministre de l’Éducation n’appréciait-il pas les vives critiques formulées par l’intéressée à l’encontre de sa réforme scolaire. « Qu’importe, n’en tenez pas compte », tranche Me Delsol, conseiller de l’association. Et pour cause : le texte, simple échange interministériel, ne présente aucune valeur juridique, et ne peut assurément pas faire office de réponse administrative, d’autant qu’il ne peut faire l’objet d’aucun recours puisqu’il n’est pas adressé à l’association elle-même.

Et pourtant. Les contrôleurs fiscaux ressortent la poussiéreuse lettre du placard. Malgré ses airs d’intimidation politique, l’administration y voit une réponse officielle de sa part, dix-neuf ans après le dépôt du premier dossier. Et de remettre en cause tant d’années de perception de dons. Un fait du prince qui n’inspire qu’ironie à Me Delsol : « Si un ministre dit à sa concierge que les Restos du cœur ne sont pas une association à mission sociale, faut-il sanctionner Coluche ? »

Rien n’y fait : le couperet tombe. SOS Éducation perd son droit au mécénat et écope d’une amende exorbitante — l’équivalent de trois ans de recettes. « Tout au long de cette affaire, Bercy avait la possibilité d’être de bonne foi, de reconnaître son erreur et de clarifier la situation », s’exaspère Me Delsol. « S’ils ne voulaient pas tuer la structure, ils auraient négocié. Ce dossier n’est rien d’autre qu’une affaire politique : quand on ne peut pas vous parasiter de l’intérieur, ni vous dissoudre, on vous coupe les vivres », ajoute-t-il.

Soudain, le nœud de l’affaire se resserre. Contraint de reconnaître le travail d’intérêt général de SOS Éducation, l’État nie sa dimension éducative. Les inspecteurs des impôts sont formels : pour être considéré « éducatif », il faut produire de l’enseignement. Une interprétation très restrictive de la loi, absolument inédite : « Le Bofip (Bulletin officiel des finances publiques, NDLR) reconnaît bien les associations de parents d’élèves, qui n’ont pourtant elles-mêmes aucune activité éducative, mais protègent l’intérêt des enfants, tout comme SOS Éducation », rétorque Me Delsol. « Faudrait-il trouver des baleines dans le bureau du WWF pour lui reconnaître sa mission de protection des espèces animales ? », renchérit Sophie Audugé.

Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État

Voilà plus de vingt ans que SOS Éducation se donne pour mission de défendre « une école qui instruit, où il n’y a pas la place pour l’idéologie, qui respecte le choix du mode d’instruction des parents et l’autorité de ses professeurs ». En d’autres termes, SOS Éducation défend l’instruction ; seulement, pas celle que vante l’Éducation nationale. C’est là que le bât blesse. Pour son président, le sort réservé à l’association est de mauvais augure : « Ce qui est en jeu ici, c’est bien entendu et avant tout la liberté d’association et la liberté d’expression. C’est une jurisprudence dangereuse, la porte ouverte à la mise à mort arbitraire d’autres associations indépendantes. » De quoi craindre que l’État verrouille sa doctrine éducative, loin de toute contradiction citoyenne.

Ambitionnant un rôle de garde-fou de l’école publique, SOS Éducation se revendique « non partisane, non confessionnelle et à l’écart des syndicats ». Bercy, pour sa part, lui prête un esprit « inspiré ». Comprenez « militant ». Un argument qui laisse perplexe, quand on sait que les associations LGBT ont, elles, pignon sur rue. « Elles sont subventionnées, présentent comme faits scientifiques des théories idéologiques, et interviennent dans les écoles avec le blanc-seing de l’Éducation nationale », déplore Sophie Audugé. Mais SOS Éducation communie à la mauvaise chapelle. Il faut tuer le chien. Alors, le rapport provisoire de la Cour des comptes l’accuse d’avoir la rage, et insinue que l’association jouirait d’un soutien du Rassemblement national. « Effectivement, Marine Le Pen nous a écrit une fois », se souvient Sylvain Marbach… « via son avocat, qui menaçait de nous attaquer pour diffamation ».

L’association, qui dénonce un traitement inédit et une rupture d’équité entre contribuables vis-à-vis de l’impôt, n’est pas seule à avoir soulevé ce lièvre. Dans un référé de décembre 2020, la Cour des comptes elle-même épinglait des pratiques de l’administration fiscale non déclarées au Bofip. Son président, Pierre Moscovici, dénonçait alors cette doctrine d’appréciation des associations dites « à contenu idéologique ». « Elle repose sur des bases juridiques fragiles, laissant une large part à l’appréciation, parfois subjective, de l’administration », avertit le référé. Qu’à cela ne tienne : « les observations de la Cour […] me laissent perplexe », répond Jean Castex.

Éducation nationale : couvrez cette faillite que je ne saurais voir

« Malgré nos désaccords, on a longtemps pu continuer à discuter avec l’Éducation nationale, se souvient Sylvain Marbach. À partir de 2017, c’est autre chose… » SOS Éducation est loin d’être la seule association constatant une rupture du dialogue avec les différents gouvernements de l’ère Macron. « Ils ne s’attaquent pas à SOS Éducation, assure Sophie Audugé, mais à sa clairvoyance évidente depuis vingt ans. » L’effondrement du niveau de l’école publique, nié par ses seuls responsables, lui a donné raison.

Exclue du champ du mécénat depuis août 2020, SOS Éducation a perdu près de 50 % de ses dons en trois ans. Ajoutez à cela 1,6 million d’euros de redressement et d’amende, et c’est la « mise à mort par asphyxie financière », assure Sophie. L’association a été contrainte de fermer ses locaux et de licencier deux tiers de ses effectifs. « On a envisagé de mettre la clé sous la porte, et de léguer ce qui nous reste à une association qui mène le même combat que nous, défendre l’école de Jules Ferry, souffle la déléguée générale… Avant de réaliser qu’il n’y en avait pas. »

Ils ne sont aujourd’hui plus que deux salariés à tenter de défendre ce qu’il reste de la seule association soucieuse de l’enseignement public français. « Si on avait cru en la Justice, on serait morts aujourd’hui, conclut gravement Sylvain Marbach. À moins d’une mobilisation citoyenne, nous ne tiendrons encore qu’un an, maximum ».

mardi 11 octobre 2022

Qu'est-ce qu’une femme ?
(vidéo sous-titrée en français)

Documentaire de Matt Walsh (Daily Wire) qui s'interroge sur la logique de l'idéologie du genre et le mouvement transgenre qui vise de nos jours les femmes et surtout les enfants, à travers cette question qui pourtant semble fondamentale : « Qu’est-ce qu’une femme ? »


France — Malgré un budget de l'éducation publique en hausse constante, l’enseignement privé remporte la mise

Alors que l’école de la République atteint les tréfonds des classements internationaux, l’enseignement privé tire son épingle du jeu grâce à une autonomie et des projets pédagogiques qui séduisent les familles de toutes origines, soucieuses de la réussite de leurs enfants.

Musulmane pratiquante, Dhekra Bedoui a fait le choix du privé pour ses deux garçons. À Aulnay-sous-Bois (93), puis à Choisy-le-Roi (94). « Des environnements pas toujours rassurants, résume-t-elle pudiquement. Je voulais un établissement sérieux, bienveillant, porteur de valeurs. » Lorsqu’elle découvre l’existence des écoles catholiques, elle se demande s’il « faut être chrétien » pour les intégrer. « Mon mari a connu l’école coranique en Tunisie. Il se demandait si c’était pareil, raconte-t-elle. À Saint-André, à Choisy, nous n’avons jamais eu de problèmes liés à nos origines. L’éveil religieux concerne toutes les religions et s’appuie sur la tolérance et l’unicité de Dieu. À la cantine, mes enfants ne mangent pas de porc. Mais s’ils veulent manger hallal, ils le feront ailleurs, ou plus tard. »

Présidente de l’Apel (Association de parents de l’enseignement libre) de son établissement depuis six ans, Dhekra Bedoui constate que Saint-André — qui affiche des frais de scolarité d’environ 250 euros par mois — accueille « de plus en plus de parents musulmans ». « Je dirais 40 %, précise cette chef de projet informatique chez Elior. Ils choisissent cet établissement pour son modèle éducatif et ses résultats au bac. » Son fils aîné est aujourd’hui en deuxième année d’école d’ingénieur.

Des familles musulmanes dans des écoles privées ? Un phénomène aujourd’hui banal, tant le privé est devenu un refuge pour les familles, et ce, quelle que soit leur origine. Il est vrai que l’exemple vient d’en haut. Pap Ndiaye, ministre de l’Éducation nationale, qui a déclaré en septembre vouloir s’attaquer au collège, « l’homme malade du système », ne cache pas avoir enlevé ses enfants du public pour les mettre à l’École alsacienne afin de leur assurer « une scolarité sereine et heureuse ». Avant eux, cet établissement privé laïc parisien a accueilli le ministre Gabriel Attal, la journaliste de France Inter Léa Salamé, l’avocat d’extrême gauche Juan Branco ou encore Élisabeth Badinter.

Davantage d’autonomie

« Il faut être lucide, l’école de la République française n’est plus à la hauteur. » C’est le président Macron lui-même qui en fait le « cruel » constat le 25 août, face aux recteurs réunis pour la rentrée. Évoquant des élèves « malheureux », des parents « anxieux », des professeurs « désabusés », il a appelé ces hauts fonctionnaires de l’Éducation à « l’audace » pour « changer de méthode ». De l’audace, il en faudra, tant la situation est préoccupante pour la France, septième puissance mondiale, mais 23 en lecture parmi les pays de l’OCDE, avec moins de 10 % de très bons lecteurs — un niveau comparable à la République tchèque, au Portugal et à la Belgique. Les taux de réussite au brevet et au bac (96 % au bac général en 2022) ne parviennent plus à leurrer personne.

« L’enseignement public aurait intérêt à s’inspirer du privé », lâche Jean-Paul Brighelli. L’auteur se désole d’avoir eu raison, il y a quinze ans, avec son succès de librairie La Fabrique du crétin, dont le second tome est paru en 2022. « Le privé est souvent conçu en cités scolaires, comme c’était le cas avant dans les lycées publics. Si l’on constate des lacunes en seconde, les professeurs du collège peuvent réagir plus rapidement », ajoute-t-il.

Sur plus de 12 millions d’élèves, près de 17 % sont scolarisés dans l’enseignement privé sous contrat — 97 % l’étant dans l’enseignement catholique. Un « contrat » avec l’État qui rémunère les enseignants, en contrepartie de quoi les établissements doivent se conformer aux programmes officiels. Le fameux « caractère propre », inscrit dans la loi Debré de 1959, leur laisse cependant une marge de liberté. « Le caractère propre, ce n’est pas seulement la catholicité. Ce sont les projets pédagogiques, très variés d’un établissement à un autre, et le fait que l’on sait où l’on met les pieds, explique Frédéric Gautier, actuel directeur de Stanislas à Paris, passé par Saint-Joseph à Reims et Franklin à Paris. Cela procure chez les familles un sentiment d’adhésion et de sécurité. Les élèves ne sont pas affectés par territoire, en fonction d’une carte scolaire, mais par choix. » Et puis il y a « les valeurs ». « Dans l’enseignement public, les valeurs républicaines ne font finalement référence qu’au “vivre-ensemble”. Elles déclinent la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, ou encore la transphobie. Dans l’enseignement catholique, nous n’avons pas “une certaine idée” de la personne, mais “une idée certaine” de ce qu’est un homme, une femme, une jeune fille, un jeune garçon. Une conception éclairée par l’Évangile, loin des délires du moment », ajoute-t-il.

Stanislas, qualifié de sexiste [par l’extrême gauche]

Un caractère propre et des valeurs attaquées par l’extrême gauche, bien décidée à relancer la guerre public-privé. En juin dernier, c’est un article de Mediapart [média d’extrême gauche] qui a mis le feu aux poudres, dénonçant Stanislas comme un établissement « sexiste et homophobe », en ciblant notamment ses classes non mixtes, son règlement intérieur qui précise la tenue des élèves (des hauts opaques pour les filles, interdiction de pantalons taille basse, de survêtements, etc.). Ce qui n’a pas fait trembler l’établissement. Dans un communiqué, l’école vieille de plus de deux cents ans a affirmé son « attachement indéfectible à tout l’enseignement de l’Église catholique, même sur les questions qui peuvent susciter l’incompréhension d’une partie de nos contemporains et qui sont parfois ressenties comme un “scandale” ». Dans la foulée, le groupe écologiste Gauche communiste, écologiste et citoyenne (GCEC) en a profité pour demander la suppression des subventions de la région. Une demande rejetée illico par Valérie Pécresse. À la rentrée, le règlement intérieur qui interdit les mangas à Stanislas, mais aussi jeux électroniques et jeux de rôle, a encore fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux.

Toutefois, il faut être lucide, Stanislas est une exception. En réalité, la discipline a beaucoup molli ces dernières années dans le privé. L’uniforme et la non-mixité ont disparu avec les années 1980. « Beaucoup d’écoles catholiques n’ont de catholique que le nom », regrette même Servane, institutrice en retraite dans les Bouches-du-Rhône, qui avait choisi l’école privée par conviction religieuse. « Le collège privé de notre ville ne proposait même pas de pastorale », se souvient-elle. Reste que le privé affiche généralement un règlement intérieur plus strict sur la tenue scolaire, les retards, les absences, le niveau de langage, l’utilisation du téléphone portable, ce qui est apprécié des familles. Caroline*, professeur du public dans le Val-de-Marne, a opté pour le privé en raison de « l’encadrement, des fréquentations, et pour que ses enfants soient tirés vers le haut ». Et surtout, les familles adhèrent au règlement imposé. « Au moment de l’entretien, je l’explique aux familles qui choisissent ou pas d’inscrire leur enfant. C’est la grande différence avec le public où les élèves sont affectés », explique Marie-Astrid Courtoux-Escolle, directrice de Saint-Michel-de-Picpus dans le 12e arrondissement de Paris.

Dans le privé, on travaille plus

Le Covid a aussi exacerbé cette impression que dans le privé « on travaille plus que dans le public ». « Pendant la crise, je voyais bien que les profs de mon fils se contentaient d’envoyer des courriels, alors que les enfants de mes amies, qui étaient dans le privé, suivaient leurs cours sur Zoom », raconte Béatrice, dont le fils était en troisième, en 2020, au collège Chappe dans le 19e, et qui avoue s’être ruinée en cours particuliers afin qu’il puisse suivre une fois au lycée.

Les établissements privés se distinguent aussi par une plus grande souplesse et une « gestion » plus proche du terrain. « Si un prof de maths est absent une semaine, les élèves feront plus de physique et rattraperont les heures de maths la suivante », fait valoir Gilles Demarquet, le président de l’Apel.

Dans le privé, le directeur a davantage de marge de manœuvre. Il recrute lui-même ses enseignants et ses suppléants (l’équivalent des contractuels). La gestion des ressources humaines est aussi plus décentralisée. Là où un enseignant stagiaire du public peut être affecté à l’autre bout de la France, les débutants du privé ont toutes les chances de rester dans leur académie d’origine. « Pour les professeurs des écoles, la gestion est départementale, et pour ceux du collège et du lycée, elle est académique, précise Yann Diraison, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique. Nous essayons de faire du cousu main. » De fait, sur 2300 lauréats au concours du second degré, seuls 33 ne sont pas affectés dans l’académie de leur choix. « Les salaires sont les mêmes. Mais la grosse différence est que j’ai la liberté de choisir les enseignants, qui eux aussi peuvent nous choisir. Cela change tout en termes de bien-être, de motivation, d’ambiance dans l’équipe, explique Marie-Astrid Courtoux-Escolle. Ils ne sont pas envoyés loin de chez eux. Il y a des établissements compliqués aussi dans l’enseignement catholique, mais l’enseignant n’est pas déraciné. » D’ailleurs, le dernier bilan social de l’Éducation nationale (2020-2021) montre que les enseignants du privé sont moins en arrêt maladie que leurs homologues du public (près de 5 points de différence dans le second degré).

Des professeurs choisis

Des atouts déterminants à l’heure où « le plus beau métier du monde » souffre d’une grave crise d’attractivité. Une crise à laquelle le privé n’échappe pas. Tout en réussissant, jusqu’alors, à sauver les meubles. « Il y a quinze ans, nous comptions sept candidats au concours de professeurs des écoles pour un poste. Aujourd’hui, nous sommes à 2,8 », explique Yann Diraison. Reste que, depuis 2018, la totalité ou presque des postes proposés sont pourvus. Là où dans le public 75,7 % ne l’ont pas été en 2022, contre 92 % en 2016. « Au-delà de la question du salaire (1800 euros net mensuels pour un enseignant débutant, après l’année de stage rémunérée à 1400 euros, NDLR), nous voulons une affectation digne », répète Loïc, qui a enseigné pendant vingt ans dans le public, en lycée professionnel.

Après avoir obtenu brillamment le Capes de lettres, pour enseigner en lycée général, le voilà aujourd’hui contraint de faire son année de stage à Rennes, où il a passé le concours — « C’est une circulaire qui le dit ! », explique-t-il —, alors qu’il vit à Bordeaux, avec sa femme, magistrate, et son fils. Il fera donc des allers-retours. À ses frais. Alors même que l’académie de Rennes, parmi les plus attractives de France, ne souffre pas de la pénurie de professeurs, comme celles de Créteil ou de Versailles, où des « job dating » [entretiens d’embauche minute/rencontres express] ont été organisés à l’été, pour recruter des contractuels.

Les professeurs sont-ils « meilleurs » dans le privé que dans le public ? A priori, peu de différences. Ils ont le même niveau de formation, passent des concours comparables et touchent le même salaire. La proportion de contractuels y est même supérieure : 30 % des enseignants de collèges et lycées, contre 8 à 9 % dans le public. « Quand les jeunes enseignants, diplômés bac + 5, arrivent à la Goutte-d’Or, ils tombent de haut, qu’ils enseignent dans le privé ou le public », résume Isabelle, au rectorat de Paris, qui fait passer les oraux de concours aux deux populations. »

Et la pédagogie ? Là encore, pas de fossé criant entre les deux mondes, le « pédagogisme » à l’œuvre depuis les années 1970 ayant infusé partout. Mais dans le monde du privé sous contrat, on trouve des projets bien différents. « Dans le public, j’entends souvent la formule “la pédagogie que l’on défend”, explique Baptiste Jacomino, adjoint au directeur diocésain de Paris. De la tradition jésuite à Montessori, il y a chez nous DES pédagogies. Mon travail consiste à encourager les établissements à aller au bout de leurs projets. » À Stanislas, établissement d’excellence, où 70 % des bacheliers font une prépa et 20 % intègrent médecine, on considère « qu’apprendre par cœur reste la meilleure manière d’apprendre, explique son directeur, Frédéric Gautier. Nous nous appuyons sur une tradition pédagogique ancienne, qui a fait ses preuves. Dans une époque de fragilité, cette approche classique est rassurante pour les familles. »

Les investisseurs en embuscade

Toutefois, beaucoup pensent que le privé sous contrat n’en fait pas assez et suit trop la pédagogie et les valeurs Éducation nationale. « Si c’était à refaire, je mettrais mes enfants dans le privé hors contrat », déclare Caroline, enseignante dans le Val-de-Marne, qui a mis ses trois enfants dans le privé sous contrat avec des allers-retours dans le public. Ces dernières années, le petit monde du hors contrat (0,7 % des élèves y sont scolarisés) connaît une croissance significative. Ses quelque 1700 établissements ne sont pas tenus au cadre Éducation nationale, même s’ils sont soumis à des contrôles de l’État, de plus en plus fréquents depuis la loi contre le séparatisme d’août 2021. Cette année, 172 établissements hors contrat ont ouvert, selon l’association Créer son école. « Contrairement aux idées reçues, 82 % des écoles indépendantes sont aconfessionnelles », relève Anne Coffinier, sa présidente. À leurs côtés, 11 % d’établissements catholiques, 5 % musulmans, 1 % juifs et 1 % protestants. « Les créations, en cette année 2022, montrent que les écoles sont en harmonie avec l’évolution de la société, ajoute Anne Coffinier. On trouve beaucoup d’établissements spécialisés — des troubles de l’apprentissage au sport de haut niveau —, ainsi qu’un fort ancrage à la nature, avec des “forest schools” [c’est la France !, l’école en forêt au Québec]. Mais la tendance de fond, c’est l’ouverture croissante d’écoles bilingues. »

Et la dégringolade du système français aiguise les appétits des fonds de pension américains. Le groupe Globeducate, propriété du fonds d’investissement américain Providence, possède ainsi une dizaine d’établissements en France, dont le Cours Hattemer, Mougins British International School dans le Var, mais aussi les EIB (Écoles internationales bilingues à Paris), des écoles bilingues privées sous contrat réputées, qui se développent à vitesse grand V dans la capitale. Dans ce paysage, le bac français cède du terrain. De plus en plus d’écoles privées proposent à leurs élèves de passer le bac américain, avec une préparation qui débute dès la troisième, à raison de 1250 euros par an. Les organismes privés, eux, créent à tour de bras des certificats en orthographe, en maths, en physique, en anglais, sortes de badges de compétences que les jeunes peuvent exhiber dans leur dossier scolaire à défaut de diplôme reconnu. Nulle crainte que le bac enterré soit rapidement remplacé.

* Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés.


Source : Le Figaro

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dimanche 9 octobre 2022

Le Conseil de l'Europe songe à interdire le « temps mort » (File dans ta chambre ! Dans le coin !)

Après avoir recommandé ce « châtiment non violent » envers les enfants pendant quinze ans, le Conseil de l’Europe réfléchit à le déconseiller.

Le Conseil de l’Europe, cette grosse machine productrice de normes, de chartes et de conventions, dispose d’un service parentalité. Qui prescrit des normes, des chartes et des conventions destinées à combattre les violences dans l’éducation. D’après nos informations, ce service est sur le point de produire une nouvelle norme. Alerté par des associations, dont Stop VEO (violences éducatives ordinaires), il songe à réviser sa posture au sujet du « temps mort ».

Le « temps mort », est la punition classique connue via la formulation qui l’ordonne : « File dans ta chambre ! ». La mise au coin en est une variante. « C’est sans doute la punition la plus vieille du monde », résume le pédopsychiatre Maurice Berger.


Cette méthode d’éducation garde de fervents défenseurs à l’image de Caroline Goldman, auteur de « File dans ta chambre » en 2020. Cette psychologue pour enfants et adolescents estime que la mise à l’écart temporaire d’un enfant hors de l’espace commun est la solution pour éduquer un enfant sans violence et sans laxisme. Dans le balado « Établir les limites éducatives », elle rappelle dans le même temps qu’un enfant a besoin de limites pour grandir.

Fessée, gifle, tape sont désormais interdites en France pour punir un enfant. Or 33 % des parents l’ignorent, selon un sondage réalisé en France par Mpedia auprès de 1300 parents en 2021. 85 % des parents interrogés estiment qu’il est difficile, voire impossible d’élever un enfant sans crier.

Alors, quelle attitude adopter face à son enfant si l’envoyer dans sa chambre pour se calmer n’est plus la bonne solution ? Le Conseil de l’Europe est en train d’y travailler.

Sources : la Dépêche et le Figaro


L’Algérie mène la chasse à la langue française

Fronton de l’université d’Alger (fondée par les Français en 1909) désormais en arabe et en anglais

Depuis cette rentrée, le gouvernement a imposé l’apprentissage de l’anglais dès le primaire, où la mise en concurrence avec le français va évidemment se faire au détriment de « la langue de la colonisation », alors que l’épuration est entamée depuis plusieurs années dans les administrations.

« En Algérie, l’arabe et le français n’arrivent plus à cohabiter. » À quelques mois de la retraite, Khaoula Taleb Ibrahimi, qui a passé sa carrière à former de jeunes Algériens aux sciences du langage à l’université d’Alger, a bien du mal à cacher sa tristesse. Ses étudiants de première année, qui autrefois savaient écrire et parler en français, « ne savent même plus former les caractères latins », constate l’éminente linguiste. « Au cours de leur scolarité, une grande partie d’entre eux n’ont été en contact avec aucune langue étrangère. »

Et pourtant. En Algérie, le français est inscrit au programme en troisième année de primaire (l’équivalent du CE2). Mais face à la raréfaction des instituteurs formés à une telle mission, il a progressivement disparu des emplois du temps.

Le 30 juillet, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de l’achever en décidant que l’anglais serait obligatoire dès la rentrée en troisième année, à raison d’une heure et demie hebdomadaire, au même titre que le français. « La langue française est un “butin de guerre”, mais l’anglais est une langue internationale », a-t-il justifié en faisant référence à l’expression d’un des pères de la littérature algérienne, Kateb Yacine.

Pour Charif Ben Boulaïd, petit-fils de Mostefa Ben Boulaïd, un des six « chefs historiques » du FLN, résistants algériens à l’origine de la guerre d’indépendance, cette décision est « historique ». Enseignant-chercheur en langue anglaise — il a participé à l’élaboration de la stratégie linguistique et la diffusion du projet de l’anglais en Algérie —, il rappelle sur son mur Facebook que cette introduction de l’anglais à l’école est le « fruit d’un travail de longue haleine initié [lancé/débuté] dans les années 1990 ».

La résistance des écoles privées

Si la mise en concurrence du français et de l’anglais prend cet automne une nouvelle tournure, des signaux forts avaient été envoyés ces dernières années par les politiques. En 2019, le ministre de l’Enseignement supérieur, Tayeb Bouzid, décrétant que le français « ne mène nulle part », décida, pour attirer les étudiants étrangers en Algérie, que l’anglais devait « remplacer le français ». Une note avait été adressée aux recteurs d’université pour que les en-têtes des documents administratifs soient écrits en arabe et en anglais.

En octobre 2021, après une crise diplomatique provoquée par les propos d’Emmanuel Macron qui s’était notamment interrogé sur l’existence « d’une nation algérienne avant la colonisation française », le ministère de la Jeunesse et des Sports et celui de la Formation professionnelle avaient ordonné à leurs services d’utiliser l’arabe dans leurs correspondances et d’en bannir le français.

L’onde de choc s’était même propagée dans les écoles privées, où sont dispensés à la fois le programme algérien et le programme français dans une spécificité algérienne que l’on appelle « le double programme ». Les enfants étudient sur les mêmes livres que ceux adoptés dans le système éducatif français, mais leurs notes, dans les matières françaises, ne sont pas reportées sur le bulletin.

« Un soir, mon fils de 8 ans est rentré de l’école complètement paniqué. Il m’a dit, au bord des larmes : “Maman, la maîtresse nous a dit de ne pas amener notre livre de français demain et qu’elle nous punirait si elle le trouvait dans notre sac !” », raconte une mère dont l’enfant est scolarisé dans une des écoles privées de la capitale, à ce moment-là menacée d’une inspection.

Si en pratique les autorités tolèrent que le double programme soit enseigné, certains établissements ont pris des précautions en ouvrant des centres consacrés à l’étude des langues, qui échappent aux contraintes réglementaires des écoles. Le matin, les élèves suivent le programme algérien dans l’école principale et, l’après-midi, passent de l’autre côté de la rue pour suivre le programme français, à l’abri dans l’annexe consacrée aux langues.

« Est-ce que vous imaginez un peu les dégâts sur le cerveau des enfants ? », s’emporte Khaoula Taleb Ibrahimi, tout en comprenant « les stratégies développées par les parents ». Car c’est à l’initiative de parents d’élèves que les écoles privées ont vu le jour à fin des années 1990, rappelle-t-elle. « La société n’est pas inerte ! Voyant que l’école publique algérienne perdait pied, ils ont voulu créer des écoles qui permettent d’assurer un avenir à leurs enfants. » En clair : de maîtriser le français pour pouvoir suivre des études scientifiques dans une université algérienne (le cursus de médecine, par exemple, se fait en français) ou… de l’autre côté de la Méditerranée.

Certes, les écoles privées sont minoritaires dans l’ensemble du système éducatif algérien, réservées aussi à une classe moyenne qui a les moyens de payer chaque mois environ 150 euros par enfant (en Algérie, le salaire minimum est de 127 euros), « mais on voit aussi des parents dont les enfants sont scolarisés dans le système public inscrire leur progéniture au CNED (le Centre français d’enseignement à distance, NDLR) ou se saigner pour leur proposer des cours particuliers en français, note Khaoula Taleb Ibrahimi. Y compris chez les arabisants nationalistes pour lesquels l’arabe a une profondeur historique. Ce ne sont pas eux qui récusent le français, mais plutôt les islamistes, qui font le choix de l’anglais ».

Du côté des Français, où l’on a bien pris conscience de cette perte d’influence, on recadre d’abord le débat : cette remise en question de la langue « est une problématique propre aux pays du Maghreb ». Les pays du Golfe, à l’opposé, « cherchant à diversifier leurs partenaires, expriment une réelle demande pour le français et l’expertise culturelle française », explique un responsable de la diplomatie culturelle.

Ensuite, on rappelle quelques faits. En 2021, Campus France, la structure par laquelle passent les bacheliers qui veulent partir faire des études en France, a enregistré quelque 50 000 dossiers algériens, un record. En France, les Algériens représentent le deuxième vivier d’étudiants derrière les Marocains. Aucun pays ne propose par ailleurs aux Algériens une offre de bourses, de coopération ou de résidences artistiques aussi importante que la France.

« L’attrait pour la France et le français reste important. Mais, même si nos cours sont complets, on doit sans cesse se questionner pour proposer une offre de cours moderne, plus ludique pour la jeunesse, et contrer ce discours selon lequel le français est une “langue du passé”, “des romans d’amour”, comme on peut le lire sur les réseaux sociaux, explique ce responsable. À nous de mieux communiquer pour montrer que le français est, comme l’anglais, une langue scientifique et de la recherche, la langue de Victor Hugo, mais aussi celle de l’intelligence artificielle. »

Logique de guerre des langues

Face à la force de diffusion de l’anglais, les Français doivent comprendre qu’en Algérie, la guerre déclarée au français « a toujours eu une dimension politique », souligne Khaoula Taleb Ibrahimi. Lors de la visite d’Emmanuel Macron en août, les présentations des pupitres de la conférence de presse conjointe avec le président Tebboune étaient écrites… en anglais et en arabe. Lors de sa rencontre avec les startuppeurs, c’est aussi en anglais que certaines questions ont été posées au chef de l’état français.

Macron, le 25 août 2022 à Alger avec un lutrin d’où le français était banni
 

« Dès l’indépendance, en 1962, les élites arabisantes se sont rendu compte que les élites francophones avaient pris le pouvoir », raconte la linguiste. L’arabisation imposée dans les années 1970 fut une façon de se réapproprier cette identité algérienne « spoliée » par la colonisation.  [La colonisation arabe a largement effacé le berbère, langue autochtone du Maghreb, alors que le latin (surtout urbain) a été éliminé en quelques siècles d'arabisation. Cette arabisation a été renforcée depuis le départ des Français.]  « Je crains d’ailleurs que l’enseignement de l’anglais se fasse comme celui de l’arabe dans les années 1970, à la hussarde », poursuit-elle.

Des syndicats de l’éducation et des pédagogues ont déjà protesté, dénonçant « une précipitation », affirmant que « l’école n’est pas prête », que les enseignants « ne sont pas assez nombreux » et « pas assez formés » pour enseigner l’anglais, et qu’il aurait fallu « une année de réflexion » pour que la cohabitation avec les autres langues enseignées au primaire se passe bien.

« En 2021-2022, la filière compte plus de 8200 licenciés et 4 400 diplômés en master, et 425 diplômés sont sortis de l’école normale supérieure (qui forme les enseignants). Le nombre d’enseignants ne constitue aucunement un souci. Quant à l’accompagnement pédagogique, les outils numériques peuvent assurer cela », note Charif Ben Boulaïd.

« Le problème n’est pas d’introduire l’anglais, mais la façon dont c’est fait, dans une logique de guerre des langues, dans un pays où la question linguistique est le creuset de toutes les batailles idéologiques depuis les années 1960 », analyse l’écrivain algérien francophone Adlène Meddi, qui se souvient qu’à école, dans les années 1980, « il était mal vu de maîtriser le français, la langue du dominant, c’est-à-dire des classes sociales algériennes supérieures ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Algériens qui ont entre 20 et 30 ans aujourd’hui sont très anglophones. « Ces jeunes, qui ont été exclus des cercles francophones des centres urbains ont, avec la généralisation d’internet, trouvé une revanche dans l’anglais pour se former, animer des clubs de lecture, créer de jeunes startups, se projeter ailleurs qu’en France, etc. », poursuit l’auteur.

« Dans le fond, nous n’avons pas su construire une intelligentsia nationale qui prenne en compte la diversité du pays, ce qui inclut la langue coloniale. L’aliénation est telle que la seule solution pour couper, c’est d’éradiquer. On ne comprend pas qu’entrer dans la modernité n’implique pas de gommer ce passé qui fait aussi ce que nous sommes, conclut Khaoula Taleb Ibrahimi. Or, le français est présent dans l’humus social, nous ne pouvons pas l’éradiquer, quand bien même certains le voudraient. »

Source : Le Figaro

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