mercredi 27 juin 2018

Si la démographie, c'est le destin... de l'Afrique et de l'Europe

Si la démographie est le destin, comme l’aurait écrit Auguste Comte, gageons que la crise migratoire en Europe n’est pas près de se terminer quand on considère la démographie africaine.

— Avec un taux de croissance de 4 % la population africaine double tous les 18-20 ans.

— Cette semaine tombaient les statistiques démographiques de l’Algérie. La population résidente totale en Algérie a atteint 42,2 millions d’habitants au 1er janvier 2018 contre 41,3 millions d’habitants au 1er janvier 2017. En 1965, la population algérienne était 12,7 millions d’habitants, celle du Québec était alors de 5,7 millions d’habitants. En Algérie, le programme de planification familiale avait permis de faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990, à 2,8 en 2008. Or, avec la réislamisation du pays, depuis 2012, il a rebondi à plus de 3 enfants par femme. Ceci a conduit à une hausse des naissances vivantes qui sont passées de 589 000/an en 2000 à 1,06 million en 2017, soit une hausse de près de 80 %. Par comparaison, il naît uniquement 84 000 enfants/an au Québec, ce nombre était de 140 000 de 1957 à 1963 avec une population qui représentait 60 % de celle d’aujourd’hui.



— Au Niger, pays en grande partie désertique le taux de fécondité est de 7 enfants par femme ; sa population était de 3 millions d’habitants en 1960 et elle sera probablement de 40 millions en 2040, puis de 60 millions en 2050.

— En Somalie, le taux de fécondité est de 6,4 enfants par femme alors qu’il est au Congo (RDC) de 6,1.

Prédictions

D’ici à 2030, l’Afrique devrait voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an.

Selon un rapport de l’ONU de 2016, 60 millions de jeunes arabes se retrouveront, dès 2020, devant un marché du travail saturé. Quant à l’Afrique, qui compte 1,2 milliard d’habitants alors que l’Europe n’en compte que 510 millions, elle sera forte de 2,5 milliards d’habitants vers 2050, tandis que l’Europe en aura perdu 60 millions.

Pour des dizaines de millions de jeunes Africains, la seule issue pour améliorer leur sort sera l’émigration, et tout d’abord l’Europe.

Est-ce que le développement économique pourrait enrayer cette migration ?

Comme l’indique Stephen Smith, spécialiste de l’Afrique, et auteur de la Ruée vers l’Europe : le développement économique du continent alimente en fait l’émigration vers l’Europe. Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et — ce n’est pas toujours dit aussi franchement — rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tireraient une balle dans le pied pour Stephen Smith. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs.

Ce « développement » ne pourrait donc n’avoir que des résultats à très long terme. Il n’évitera pas la volonté de départs de millions d’Africains pendant les années à voir.

En outre, l’Europe a consacré de grandes sommes à l’aide au développement depuis l’indépendance des pays africains, il y a plus de six décennies de cela. En vain, car, en dépit des sommes abyssales déversées pour tenter de la faire « démarrer », l’Afrique régresse en termes de richesse par habitant.

Le PIB par habitant de l’Afrique diminue

Selon les Objectifs du millénaire pour le Développement (OMD) adoptés en 2000 par 189 États, aucun recul de la pauvreté africaine ne peut être envisagé sans un minimum de croissance annuelle de 7 % soutenue durant plusieurs années.

Or la croissance annuelle de l’Afrique se situe entre 3 et 4 % de croissance. Il en manque donc autant pour atteindre cet objectif et faire reculer la pauvreté.

L’Afrique n’attire pas les investisseurs

Dans son rapport de mai 2018, la BAD (Banque africaine de développement) souligne que pour les investissements dans le seul domaine des infrastructures, l’Afrique a besoin annuellement de 170 milliards de dollars d’investissements étrangers directs (IED), alors que dans ce domaine elle n’en reçoit que 60 milliards.

Début juin 2018, la lecture du rapport sur les IED publié par la CNUCED (CNUCED, World Investment Report 2017) nous apprenait qu’en 2017, sur les 2000 milliards de dollars d’IED mondiaux, l’Afrique n’en recueillit en effet que 60, un volume dérisoire en baisse de 3 % par rapport à 2016 selon la Banque mondiale.

L’Afrique, dans son ensemble formé de 1,2 milliard d’habitants, a donc reçu presque autant d’IED que Singapour [61,6 milliards pour 6 millions d’habitants], et moins que l’Irlande [79,2 milliards pour 5 millions d’habitants]…

La raison de ce désintérêt de la part des investisseurs est qu’ils n’ont pas confiance dans l’avenir de l’Afrique où, ce qui y fonctionne aujourd’hui peut exploser du jour au lendemain. Les exemples de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone sont éloquents à ce sujet : voilà deux pays qui, à la fin du siècle dernier, étaient présentés comme deux miracles africains et qui, l’un et l’autre se sont effondrés en quelques semaines avant de sombrer dans deux terribles guerres ethnociviles.

Quant à l’Afrique du Sud, avec à peine 1,3 milliard de dollars d’IED en 2017 contre 2,3 milliards en 2016, son cas est emblématique de la faillite d’un pays dont les dirigeants ont consciencieusement dilapidé et pillé l’immense héritage légué par les Blancs. Cette spoliation (dans les médias francophones : expropriation sans compensation) ne rassurera en rien les investisseurs étrangers.

Europe continuera d’être un continent de cocagne

L’Europe continuera donc d’être considérée comme un continent de cocagne, elle représente 50 % des dépenses sociales dans le monde... L’État-providence est une énorme pompe aspirante. D’autant plus facilement accessible qu’elle est peuplée de vieillards, de populations culpabilisées qui ne font plus d’enfant et facilement manipulées avec quelques images émouvantes si ces dernières nées nous permettent d’en juger.

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Québec — L’école à la maison chez les hassidiques semble réussir

Après deux ans de scolarisation à la maison, un premier groupe d’enfants de la communauté hassidique a passé avec succès les examens de fin d’année de la Commission scolaire anglophone de Montréal. Si les résultats sont encourageants, ils démontrent toutefois qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire, constatent les leaders de la communauté.

« J’aurais préféré que les résultats soient un peu plus élevés, en maths surtout, mais l’examen était assez difficile », affirme Jacob Maman, directeur de l’Académie Yéchiva Toras Moché, qui offre du soutien scolaire aux jeunes de la communauté hassidique ayant opté pour l’école à la maison.

« C’est quand même une bonne nouvelle, ajoute-t-il parce que, au-delà des chiffres, ça nous permet de voir où sont nos faiblesses et de réajuster le tir pour les années à venir. »

Quelque 70 élèves de cinquième année du primaire ont passé leurs premiers examens officiels dans les locaux du centre culturel, sous la supervision du personnel de la commission scolaire.

La quasi-totalité d’entre eux (96 %) ont réussi l’examen de français langue seconde. La moyenne à cet examen était de 84 %.

En anglais, les notes sont un peu moins bonnes. Ainsi, quatre élèves sur cinq (82 %) ont obtenu la note de passage, avec une moyenne générale de 64 %.

Enfin, en mathématiques, à peine 64 % des jeunes ont réussi l’examen, pour une moyenne générale de 64 %.

« Honnêtement, je suis très surpris que le taux de réussite en français soit meilleur qu’en anglais, ça démontre que les enfants sont très motivés à apprendre le français, confie Abraham Ekstein, l’un des porte-parole de la communauté hassidique à Montréal. Ça augure bien pour le futur. Mais je ne dirais pas que c’est mission accomplie : il y a encore beaucoup de travail à faire pour que tous les enfants réussissent. »

Jacob Maman apporte une nuance, rappelant que l’examen de français langue seconde est beaucoup moins exigeant que celui d’anglais, qui est considéré comme la langue première, même si, pour ces enfants, il s’agit plutôt d’une troisième langue, après le yiddish, parlé à la maison, et l’hébreu, qu’ils étudient à la yéchiva pendant la journée.

À la Commission scolaire anglophone de Montréal, qui accompagne quelque 800 jeunes de la communauté juive faisant l’école à la maison, on se dit « très satisfait » de ces premiers résultats.

« On n’avait pas d’attentes particulières, on voulait juste voir où les jeunes en étaient après deux ans d’école à la maison, explique la présidente de la commission scolaire, Angela Mancini. On a vu dès le début que les parents sont très impliqués pour aider les jeunes et, ça, c’est un gage de succès. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de défis, mais on travaille ensemble. On commence à se connaître de mieux en mieux et donc, on va pouvoir s’adapter pour travailler avec les jeunes en fonction de leurs forces et de leurs faiblesses. »

Nouvelle loi, aide pédagogique devrait être en français

Tant du côté de la commission scolaire que dans la communauté hassidique, on espère pouvoir poursuivre cette collaboration dans les prochaines années. Or, la loi qui encadre l’école à la maison, adoptée à Québec l’automne dernier, entrera en vigueur dès septembre, ce qui risque de forcer les familles qui font l’école à la maison à se tourner vers une commission scolaire francophone pour obtenir du soutien.

Source : Le Devoir

Liberté d'expression — la Cour suprême américaine condamne la Californie

En Californie, la loi impose d’informer chaque femme enceinte de sa possibilité d’avorter. Une obligation inacceptable pour des cliniques privées qui privilégient l’aide aux femmes enceintes et aux enfants à naître à l’avortement. Ceux-ci ont porté plainte en 2015 contre la loi, estimant qu’elle « violait leur liberté de conscience et d’expression protégée par le premier amendement de la Constitution. »

La loi californienne imposait aux « organismes privés opposés à l’avortement » d’indiquer aux femmes enceintes qu’elles peuvent avoir recours à un avortement et des moyens de contraception « gratuits ou fortement subventionnés ». En pratique de devoir exprimer des choix qu’elles opposent.


Ces centres accueillent, il en existe plusieurs centaines en Californie, conseillent et assistent des femmes enceintes qui font face à une grossesse surprise, leur présentant notamment les possibilités d’aides financières et matérielles existantes, pour les aider à poursuivre leur grossesse.


La Cour suprême des États-Unis a considéré que la Californie ne pouvait pas imposer « à des centres antiavortement d’informer les femmes enceintes qu’elles pouvaient se faire avorter ailleurs ». Les cinq juges ont estimé qu’« une telle loi viole la Constitution ». Ces exigences « transforment purement et simplement » le message que souhaitent transmettre les centres de crise de la grossesse, a dénoncé dans l’arrêt le juge Clarence Thomas.

Mat Staver, président de l’organisation Liberty Counsel, s’est réjoui : « La Californie ne peut plus forcer les centres de crise de la grossesse à émettre un message qui va directement à l’encontre […] de leur mission consistant à sauver des vies ».

mardi 26 juin 2018

Critique de la réforme Parent (1963-1968)



Né en 1961, Jean-Claude Dupuis a étudié au Collège de L’Assomption, au Cégep de Saint-Jérôme, à l’Université de Montréal et à l’Université Laval. Diplômé en histoire, en droit et en pédagogie, il fut procureur de la couronne pendant quelques années avant de faire une maîtrise sur L’Action française de Montréal (1917-1928), sous la direction de Pierre Trépanier, et un doctorat sur Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau et le catholicisme libéral au Canada français (1820-1898), sous la codirection de Brigitte Caulier et Nive Voisine. Spécialisé en histoire intellectuelle et religieuse du Québec des XIXe et XXe siècles, boursier du Fonds FCAR et du CRSHC, il a présenté plusieurs communications dans les sociétés savantes et publié des articles dans diverses revues, notamment la Revue d’histoire de l’Amérique française, L’Action nationale, Études d’histoire religieuse et Le Sel de la Terre. Il a remporté le Prix Guy-Frégault (1994), décerné par l’Institut d’histoire de l’Amérique française, pour son article sur « La pensée économique de L’Action française ».  Se considérant comme un héritier du nationalisme groulxien, il n’hésite pas à critiquer le bilan de la Révolution tranquille et les valeurs matérialistes du Québec contemporain.

Baccalauréat (licence) — le retard grandissant du Québec

Le taux de diplomation universitaire est beaucoup plus faible au Québec qu’ailleurs au pays et l’écart ne cesse de s’accroître, soutiennent des chercheurs du CIRANO dans un nouvel ouvrage, Le Québec économique. Éducation et capital humain. Ils attribuent cette situation à la « très forte sous-performance » des francophones et à un cheminement ralenti par l’obligation d’aller au cégep. « Contrairement aux attentes, on constate une sous-représentation de la diplomation québécoise dans l’ensemble de la diplomation canadienne pour la période 2001-12 », écrivent Robert Lacroix, ancien recteur de l’Université de Montréal, et Louis Maheu, ancien professeur de ce même établissement, dans un chapitre consacré à la diplomation universitaire.

Les Québécois représentent 23,3 % de la population canadienne, mais ils ne représentent que 22,0 % des diplômés. À titre comparatif, l’Ontario, qui est « la province dominante en diplomation universitaire », forme 44,7 % des diplômés universitaires au Canada, alors que sa population constitue 38,5 % du total canadien. Les auteurs ajoutent que « la forte croissance de l’écart entre les taux de diplomation au baccalauréat de l’Ontario, du Canada et du Québec est frappante » et ils tentent, pendant près d’une trentaine de pages, d’expliquer cette « dégradation graduelle » du système universitaire québécois. Robert Lacroix et Louis Maheu évoquent « un effet collatéral et non anticipé de la structure même du système d’éducation postsecondaire particulier au Québec », rappelant qu’ailleurs au Canada, les jeunes passent directement du secondaire à l’université. « Bon nombre des diplômés des études préuniversitaires collégiales sortent du cégep à un âge plus avancé que prévu et, pour certains, déjà passablement endettés, ayant eu accès au régime de prêts et bourses du gouvernement québécois. Ils décident donc de remettre leurs études universitaires à plus tard ou de les poursuivre le soir tout en travaillant le jour. »

Un problème francophone au Québec

Selon cette étude, la piètre performance du Québec à l’échelle canadienne « découle essentiellement de la faible diplomation des francophones » au baccalauréat. Et si le Québec fait meilleure figure quant aux études supérieures (maîtrise et doctorat), c’est « dû à la surreprésentation des diplômés […] de langue maternelle anglaise et d’autres langues maternelles dans le total des diplômés du Québec ». Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs ont mis en comparaison le taux de diplomation des francophones, celui des anglophones et celui des allophones du Québec par rapport à leur poids démographique. « La sous-représentation des diplômés de langue maternelle française, présente au niveau du baccalauréat, est encore plus marquée à la maîtrise et devient dramatiquement forte au doctorat. » Pourtant, les anglophones vont eux aussi au cégep, reconnaissent les auteurs. Ils expliquent la différence de performance par des « facteurs culturels » liés à une longue tradition de valorisation des études supérieures chez les anglophones. Enfin, ils notent que les francophones sont davantage attirés par les formations universitaires plus courtes, comme les certificats et les attestations « qui peuvent avoir une certaine valeur et desservir certains segments du marché du travail, [mais qui] ne procurent toutefois pas la formation disciplinaire complète que fournit le baccalauréat ».

Gagnants et perdants

Reconnaissant que la Commission Parent et feu Paul Gérin-Lajoie ont permis une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur au Québec depuis 50 ans, les auteurs remettent toutefois en cause son héritage. « Force est de reconnaître, pourtant, que l’essentiel est ailleurs : il ne faut pas seulement accéder à l’université, mais aussi en sortir en ayant acquis un grade universitaire en bonne et due forme […] Les grands gagnants au Québec sont les allophones et les anglophones », écrivent-ils. « Cinquante ans après les réformes de la Commission Parent, essentiellement mises en place par et pour les francophones, leurs répercussions effectives en ce qui a trait spécifiquement à la scolarisation universitaire des Québécois francophones demeurent pour le moins ambiguës, voire décevantes quant à l’acquisition des compétences que livrent les grades universitaires du baccalauréat au doctorat. »

Source : Le Devoir

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Gary Caldwell sur l'étatisation de l'école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

L'Éducation devenue une priorité québécoise, vraiment ? L'immigration inquiète plus les Québécois

Le baromètre CIRANO présente sa dernière étude.

Dans le résumé de La Presse, la santé et l’économie sont présentées comme les enjeux qui préoccupent le plus les Québécois, sans aucune mention sur l’éducation. Le Journal de Montréal souligne que « l’éducation ne préoccupe pas non plus outre mesure les Québécois alors que seuls 28 % des répondants ont dit s’inquiéter de l’accès à l’éducation ». Le Devoir mentionnait que « les enjeux liés à l’éducation — le décrochage scolaire ou encore l’accès à l’éducation universitaire (frais de scolarité) — ont glissé respectivement au 24e et 34e rang des priorités de l’heure des Québécois ». Pour les frais de scolarité, ce carnet comprend les Québécois : les frais de scolarité sont peu élevés au Québec comparés à d’autres pays.

En comparaison, selon Le Devoir, près de la moitié de la population québécoise est d’avis que l’immigration présente un « grand », voire un « très grand risque » pour le Québec, indique un sondage commandé par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).


Précisément, 48 % des 1000 personnes sondées associent à un « grand » ou à un « très grand » risque l’arrivée de dizaines de milliers d’immigrants par année au Québec ; 28 % à un « moyen » risque et 22 % à un risque « faible » ou « négligeable ». « [Le motif] dépend toujours du répondant. Ça peut être un risque perçu pour sa sécurité, pour son emploi, pour la culture ou d’autres raisons », explique la coauteure de l’étude, Ingrid Peignier, dans un entretien avec Le Devoir.

Les femmes, les personnes âgées de 55 ans et plus ainsi que les francophones « se montrent [les] plus inquiets », fait-elle remarquer. En effet, parmi ceux percevant des risques « grands » ou « très grands » associés à l’immigration, il y a : 53 % de femmes contre 43 % d’hommes ; 55 % d’individus de 55 à 74 ans contre 39 % de moins de 35 ans ; et 50 % de francophones contre 36 % d’anglophones et 31 % d’allophones.

Les Québécois associent un risque plus grand à l’immigration qu’à la pollution de l’air et de l’eau, à la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), au terrorisme ou encore aux épidémies, indique le Baromètre CIRANO 2018 dévoilé à 100 jours et des poussières des prochaines élections générales.

Pour ce carnet, les questions de ce type de sondage sont trop vagues : de quelle immigration parle-t-on ? De francophones européens qualifiés ? De réfugiés anglophiles peu qualifiés ? On peut trouver excellente la première, mais être nettement moins enthousiaste envers l’autre. Comment alors répondre à une unique question sur le risque lié à l’immigration ?

« Il y a une inquiétude, une perception des risques qui ne devrait pas être là », prétend Mme Peignier, rappelant que l’immigration économique serait arrimée en grande partie aux besoins du marché du travail québécois. « Ils ne devraient pas être inquiets », ajoute la directrice du CIRANO.

Cette dernière affirmation nous paraît simpliste : le taux de chômage parmi les immigrants non francophones de naissance et réfugiés est plus haut que parmi la population, l’arrimage n’est donc pas si optimal. On parle beaucoup d’un manque de main-d’œuvre, mais il est naïf de prétendre que d’accepter plus de réfugiés (ou prétendus tels) permettra de pourvoir ces postes qui ne trouvent pas preneurs. Les immigrés peuvent ne pas avoir les qualifications, connaître le français, vouloir quitter une grande ville, la rémunération peu attrayante, etc.

En outre, même si tous les immigrés trouvaient un bon emploi et contribuaient financièrement au Trésor public, même alors, une population peut être inquiète par l’afflux important de populations aux mœurs, à la religion ou à la langue différentes. Il suffit de penser à l’immigration européenne qui anglicisait Montréal tout au long du XIXe siècle et au début du XXe siècle. La bilinguisation de plus en plus évidente de Montréal montre bien que la loi 101 actuelle ne suffit pas à assimiler linguistiquement les immigrés non francophones.



Décès de Paul Gérin-Lajoie et les fruits de la démocratisation de l'enseignement ?

Paul Gérin-Lajoie, « le père de l’éducation au Québec », s’est éteint à 98 ans cette semaine. Ministre de l’Éducation dans le gouvernement libéral de Jean Lesage de 1964 à 1966, il fut l’un des plus grands artisans des transformations apportées au système d’éducation québécois. Paul Gérin-Lajoie naquit à Montréal le 23 février 1920. Après des études à Montréal et à l’Université d’Oxford, en Angleterre, il fut admis au Barreau du Québec en 1943. Déjà, à l’époque, il exprima sa ferme volonté de lutter en faveur de « la démocratisation » de l’enseignement.

Peu après son élection comme député et sa nomination comme ministre de la Jeunesse, il créa la commission Parent. Le but était d’établir un ministère de l’Éducation aux pouvoirs très élargis et de centraliser le plus rapidement possible toutes les responsabilités en matière d’enseignement auprès de celui-ci.

S’enclencha alors une petite révolution : il abolit les collèges classiques, qui, selon la légende (lire Gary Caldwell sur le sujet et extrait ci-dessous), n’étaient accessibles qu’à une élite, et instaura un système d’éducation gouvernemental. On vit alors surgir un peu partout au Québec des polyvalentes et, plus tard, des cégeps.


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Baccalauréat (licence) — le retard grandissant du Québec

Sur les collèges classiques et l’éducation avant Paul-Gérin Lajoie et la « démocratisation » de l’enseignement par le « père de l’Éducation » du Québec :
[A]u milieu des années 60, le taux de scolarisation au primaire (6 ou 7 années) était très élevé : plus de 90 % du groupe d’âge en question (6 à 13 ans) fréquentait l’école. [...] [O]n disposait d’un bon réseau d’écoles techniques et professionnelles, dispensant une formation toute particulière (école de métiers, instituts, écoles normales, etc.) et d’un réseau « d’écoles privées d’intérêt public » où l’on dispensait surtout le « cours classique » de huit ans. De plus, contrairement à l’opinion propagée par les réformateurs des années 60, ces collèges semi-publics parce que largement financés par les autorités publiques étaient, hors de Montréal et de Québec, relativement accessibles aux classes sociales inférieures ; et par le fait même, ils ont contribué à une circulation des élites relativement efficace. En effet, dans une ville de province, au moins la moitié de la clientèle des collèges classiques était d’origine ouvrière ou agricole ! Par la suite, l’université presque gratuite devenait, à cette période, accessible à ces diplômés.
Gary Galwell, dans l’étatisation de l’école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

Critique de la réforme Parent (1963-1968)

Gary Caldwell sur l'étatisation de l'école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

Gary Caldwell est professeur de sociologie à la retraite. Membre de l’Institut québécois de recherche sur la culture, il a enseigné à tous les niveaux éducatifs québécois. Avec Pierre Anctil, il a notamment fait des études sur l’histoire des Juifs au Canada. Il a été membre de la Commission des États généraux sur l’éducation. Dans le n° 14 de la revue Égards (2006-2007), il revenait sur l’étatisation et la concentration de l’éducation au Québec (1965 — 2005). Extraits, les intertitres et les textes entre crochets sont de nous.

[Lors d’une visite auprès d’une école en Estrie en 2005, Gary Caldwell se voit confronté « six fois en vingt minutes » par des questions d’élèves similaires et qui tranchent avec l’opinion des adultes de la région. En l’occurrence, les élèves demandaient au professeur d’expliquer « Pourquoi êtes-vous contre le mariage [dit] gai ? » Chaque élève voulant bien faire ou bien paraître en l’interrogeant de la sorte.]

J’ai par conséquent rencontré des élèves qui, trop jeunes pour être parvenus par eux-mêmes à une position réfléchie sur cet enjeu social et maintenant politique, se trouvent déjà endoctrinés au nom d’un nouveau dogme que leurs parents n’ont pas encore accepté. C’est une expérience qui m’a, il n’y a pas d’autres mots, affligé.

Comment se fait-il que l’école véhicule auprès de ces jeunes un dogme encore étranger à leur propre milieu (le vote de leurs parents en est la preuve) ? Comment se fait-il que l’école ne reproduise pas la culture du milieu où elle se trouve ? Au contraire, les élèves ont voté massivement, lors de leur élection simulée, contre le Parti conservateur. [...] Qui est responsable de cette déculturation ?  [...]

[L]es élèves sont pris en charge par des enseignants. De quelle institution sociale ces professeurs se conçoivent-ils les agents ? Autrement dit, quelle est leur allégeance sociale ?

Leur allégeance, pour des raisons purement bureaucratiques, n’est pas envers la société civile dans laquelle se situe l’école elle-même : en effet, ils ne viennent pas de la [petite ville locale]. [Techniquement, ils dépendent] de la commission scolaire [locale, abrégée en C.S.], qui, elle, dépend entièrement de l’État sur le plan constitutionnel.

Les commissions scolaires sous tutelle, les contribuables locaux sans pouvoir

Depuis 1998, année où l’on a abrogé l’article 93 de la Constitution de 1867, les C.S. n’ont plus aucun statut constitutionnel en dehors de la législature du Québec. Autrement dit, rien ne fait obstacle à l’administration des écoles par l’État, et la province pourrait même, à son gré, supprimer les C.S., ce que le Nouveau-Brunswick a déjà fait. De plus, sur le plan financier, les C.S. dépendent à 85 % de l’État [plutôt que des contribuables locaux]. À la suite de l’instauration d’une négociation collective centralisée à la fin des années 70, elles n’ont d’ailleurs plus qu’un pouvoir très limité sur la gestion de leur personnel enseignant, si ce n’est celui d’administrer mécaniquement des conditions de travail et des salaires établis par l’État. [...]

En conséquence, il n’est pas étonnant que les enseignants se décrivent eux-mêmes comme des employés de l’État. Ainsi, les élèves [de la ville] sont scolarisés par un appareil proprement étatique, qui échappe presque totalement à l’emprise locale des parents et des contribuables [de cette région]. [Rappelons que dans la vision traditionnelle, les enseignants sont au service des parents qui détiennent l’autorité parentale et éducative. Les parents choisissent l’école et ses enseignants pour leur compétence et leur adéquation avec leurs valeurs pour ensuite leur déléguer l’autorité parentale le temps de la classe.] [...]

L’éducation au Québec, avant sa « modernisation »

[A]u milieu des années 60, le taux de scolarisation au primaire (6 ou 7 années) était très élevé : plus de 90 % du groupe d’âge en question (6 à 13 ans) fréquentait l’école. [...] [O] n disposait d’un bon réseau d’écoles techniques et professionnelles, dispensant une formation toute particulière (école de métiers, instituts, écoles normales, etc.) et d’un réseau « d’écoles privées d’intérêt public » où l’on dispensait surtout le « cours classique » de huit ans. De plus, contrairement à l’opinion propagée par les réformateurs des années 60, ces collèges semi-publics parce que largement financés par les autorités publiques étaient, hors de Montréal et de Québec, relativement accessibles aux classes sociales inférieures ; et par le fait même, ils ont contribué à une circulation des élites relativement efficace. En effet, dans une ville de province, au moins la moitié de la clientèle des collèges classiques était d’origine ouvrière ou agricole ! Par la suite, l’université presque gratuite devenait, à cette période, accessible à ces diplômés.

[Si les écoles étaient inspectées par des inspecteurs de l’État et les collèges classiques par les autorités ecclésiastiques et les universités qui décernaient les baccalauréats,] l’administration et le choix des enseignants incombaient à la société civile : commissions scolaires, sociétés religieuses ou corporation publiques. Il n’y avait pas de ministère de l’Éducation. [...]

De l’importance de laisser participer la société civile à l’éducation

[L]es membres de la société civile [locale donc] assumaient eux-mêmes la responsabilité de l’éducation de leurs enfants, soit au niveau des C.S., des corporations publiques ou des sociétés religieuses (où toute famille avait de la parenté). Les sentiments de fierté et de dignité que procurent la prise en charge et l’acquittement d’une telle responsabilité sont une facette de la « responsabilisation citoyenne » sans laquelle il n’y a pas de liberté au sens où on l’entend en Occident. [...]

Le rapport Parent et sa « révolution scolaire »

Sans hésiter, les membres de cette élite culturelle et politique [du début des années 60] ont décidé que les établissements d’éducation, dont ils étaient eux-mêmes issus, étaient inadéquats, chose étonnante lorsque l’on connaît la qualité exceptionnelle de leur formation. [Caldwell, lui-même né en Ontario, raconte comme il fut impressionné lors de rencontres au début des années 60 par l’envergure culturelle, la conscience historique et sociale, la compétence intellectuelle et le savoir-vivre de ces membres de l’élite québécoise qui « dépassaient de loin ceux des Anglo-canadiens du même groupe ».]

[Survient le rapport Parent dont Caldwell résume les conclusions ainsi] :
  1. on assiste à une expansion majeure du système [éducatif] qui a doublé depuis 5 ans, une expansion similaire est à prévoir dans les 5 prochaines années ;
  2. l’éducation au Québec n’est pas assez « démocratique », c.-à-d.. trop loin de l’égalité des chances ;
  3. la formation « scientifique » et « technologique » manque pour répondre aux besoins d’une société « moderne »
  4. il faut un « système d’éducation » orchestré par l’État ;
  5. il faut un ministère de l’Éducation pour rationaliser, coordonner, planifier et financer ce système.
[Caldwell poursuit]

On ne s’est même pas posé la question de savoir comment le régime existant avait pu s’adapter à l’augmentation des effectifs scolaires, qui avaient doublé de 1947 à 1961, et ce, sans ministère de l’Éducation !

Quant au danger que le nouveau ministère ne devienne un instrument d’endoctrinement comme, disait le rapport, on venait de le voir en Allemagne et en Russie, on prévoyait le contrer en maintenant l’ancien Conseil supérieur de l’éducation, lequel conserverait ses fonctions de surveillance, devant aussi celui qui veille à ce que l’État n’abuse pas de son pouvoir. Cette recommandation du rapport entrait en contradiction avec le peu d’estime dont il faisait preuve à l’égard du Conseil existant, un corps dormant qui ne servait qu’à convoquer et à chapeauter le Comité catholique et le Comité protestant [les deux réseaux scolaires de l’époque]. Mais si l’État était seul capable de prendre l’éducation en main, de quoi serait faire l’indépendance d’un Conseil dont les membres sont nommés en majorité par l’État lui-même ?

[Les rapporteurs ont la conviction d’avoir le mandat de faire une « révolution » en éducation, combinée à une volonté d’éliminer l’influence de l’Église au profit du seul État.]

Cela a fait de ses auteurs les jacobins d’un nouvel étatisme. Des jacobins doivent confirmer leur légitimité en infirmant celle de leur propre histoire, ce qui s’est produit dans la subséquente rhétorique de « la Révolution tranquille » à propos de « la grande noirceur », processus idéologique qui a été documenté et mis en lumière deux décennies plus tard. [...]

De surcroît, il est absolument remarquable de constater à quel point, dans le rapport Parent, l’on renie sa propre éducation : l’institution du « collège classique » ne figure simplement pas, concrètement, dans le rapport. Le vocable même ne s’y retrouve pas. On s’y réfère dans l’abstrait, comme exemple d’un problème, à savoir l’insuffisance de l’enseignement québécois face au monde moderne : une éducation trop orientée vers un monde qui n’existe plus, une éducation « libérale » réservée à une élite ; une éducation où la science et la technologie ne sont pas suffisamment à l’honneur. Et tout cela sans jamais prononcer (je n’en ai trouvé trace), dans cinq volumes, l’expression « collège classique » [le nom habituel de ces établissements dont était issue l’élite...] Ce constat est assez révélateur : silence absolu sur ces collèges, apparus vers le début du XIXe siècle, qui étaient au moins une centaine en 1960, à travers le Canada français (sauf, curieusement, dans Charlevoix), et par où étaient passés tous les détenteurs d’une formation universitaire. Cela ressemble à un refoulement collectif, au sens freudien.

(à suivre)

Voir aussi

Ministre Proulx : le ministère de l’Éducation créé pour s'assurer que tous aient accès à l’école (Vraiment ?)

La Passion d'Augustine et la « reprise en main du système éducatif par le gouvernement » (rediff)


L’avis du critique de cinéma Laurent Dandrieu sur La Passion d’Augustine :

La Passion d’Augustine de Léa Pool

Dispersé. Québec, années 1960. Mère Augustine (Céline Bonnier) dirige un pensionnat de jeunes filles centré sur l’éducation musicale. Tout en s’efforçant de préparer sa nièce à un prestigieux concours de piano, elle doit se battre pour sauver son couvent, menacé par la reprise en main du système éducatif par le gouvernement. Réalisé un peu platement, mais remarquablement interprété, ce récit très riche évoque la soudaine laïcisation du Québec, les tentatives de compromission de l’Église avec le monde, l’initiation musicale d’une jeune fille, la passion de la transmission... : mais pour avoir embrassé trop de pistes à la fois, le film laisse un sentiment d’inachevé.


La qualité du français, le faible accent « canadien » ont frappé ce critique méridional. Lysandre Ménard souligne que c’était à dessein pour mieux calquer l’exigence du français châtié transmise par les religieuses, cette exigence aurait largement disparu aujourd’hui

L’avis de la critique de cinéma Marie-Noëlle Tranchant du Figaro :

Les scènes musicales, vives et intenses, sont le meilleur du film. Sous les doigts de Lysandre Ménard, jeune pianiste pour la première fois actrice, Bach, Chopin, Beethoven débordent de jeunesse enthousiasmante. L’émotion musicale coule à flots, le reste est étrangement figé.

La Passion d’Augustine est un mélo sociologique qui prétend faire revivre le Québec des années 1960 passant de la tradition à la modernité, de la culture chrétienne à la sécularisation. La transition serait intéressante à suivre si elle ne se résumait à des clichés. La réalisatrice cisèle des images pieuses pour vanter la liberté laïque. Tout est joli et factice. Aucune vérité dans ces personnages dessinés d’un même trait, qui parlent toujours le langage de la réalisatrice, jamais le leur : on la voit inscrire dans leurs attitudes « autorité », « impertinence », « passion », « révolte », « liberté ». Seule scène surprenante : le changement d’habits des religieuses, où l’on sent une émotion juste. Moralité : un message progressiste ne suffit pas à éviter la fadeur académique.

Nous trouvons ces jugements un peu sévères, c’est un bon film, même s’il est vrai que l’on sent que Léa Pool se félicite en quelque sorte de l’issue. Le film n’est pas exempt de caricatures, notamment pour ce qui est du portrait de la générale ou de l’usage des saisons quand le film commence par un long hiver rigoureux (comme la religion d’alors doit-on comprendre) pour finir avec l’arrivée du printemps, symbole trop évident du passage d’une société ténébreuse à une époque progressiste.

Saluons cependant ce film qui ne juge pas pesamment, mais laisse parler des différents protagonistes. Il est de belle facture tant au niveau visuel que musical. Il trace des portraits touchants de religieuses aux personnalités diverses. Léa Pool n’appuie pas trop, elle laisse parler. On est donc libre de penser que c’est la professeur de français, la plus stricte, qui a sans doute le mieux vu ce que ce radieux avenir signifierait pour ces religieuses : « Vous ne voyez pas qu'on planifie notre disparition ? On va se retrouver à quatre-vingts ans, sans voile, sans costume, sans couvent. On va être toutes seules. Puis on va être les dernières. »



Bande-annonce

L'avis du Quotidien du médecin (français) :

Au Québec, la laïcisation de l'enseignement, dominé par l'Église catholique, a été tardive. Et, parfois, d'autant plus brutale. [Note du carnet: Visiblement, ce chroniqueur ne connaît pas son histoire de France, la laïcisation forcée en France fut très brutale... Le Québec accueillit d'ailleurs de nombreuses congrégations chassées de France par les « tolérants » républicains. Voir ici et .] C'est ce qu'évoque « la Passion d'Augustine » à travers l'histoire d'un petit couvent et de sa directrice (Céline Bonnier), qui en a fait un établissement d'excellence pour la musique.

« Ce n'est pas du tout un film sur la religiosité, mais sur la spiritualité qui s'exprime par la musique » , explique Léa Pool . C'est aussi un film sur l'émancipation féminine. La cinéaste, qui a signé une vingtaine de films, fictions et documentaires depuis 1979, souligne au passage que « faire du cinéma quand tu es une femme est déjà un acte d'émancipation. En tout cas c'était le cas il y a trente ans... ».

Mais revenons à mère Augustine et à son école de jeunes filles. Le personnage, dont on découvre les forces et les failles, est attachant, et son combat contre les forces contraires (le conservatisme de l'Église d'un côté, le progressisme et l'air de liberté de l'autre) qui conspirent à l'abattre ne manque pas de panache. Mêlant l'humour, l'émotion, et le pouvoir de la musique, Léa Pool nous le fait admirer.

Les jeunes interprètes, qui sont elles-mêmes musiciennes, sont bien choisies, comme les décors de neige, faisant contraste avec l'uniforme noir des religieuses. Malgré quelques lourdeurs vers la fin, on aura compris que la passion d'Augustine mérite d'être partagée.


Rencontre avec plusieurs artisanes du film La Passion d’Augustine et commentaire de sœur Évangéline Plamondon sur le film.


Couvert de prix au Québec et par celui du public au Festival d'Angoulême, le succès populaire de ce film a surpris, à une époque où la religion n'agit plus dans la société, où la multitude d'églises, couvents et monastères sont devenus de vastes appartements, des bibliothèques, des centres associatifs, voire des spas. La Passion d'Augustine a rejoint son public. Comme le rapporte La Croix, à chaque projection, les spectateurs sortaient émus, remués de retrouver aussi fidèlement leur passé de pensionnaires, remerciant la réalisatrice. Cette reconnaissance intervient aussi au moment où nombre d'historiens au Québec réexaminent le bilan de l'Église, établissant qu'il ne saurait être totalement confondu avec la prétendue raideur dogmatique de l'éducation qu'elle dispensait. Léa Pool apporte une pierre à cet édifice de réhabilitation.


Vu par Itélé (groupe Canal+ classé à gauche/bobo) : insiste sur l’aspect progressiste des sœurs



Madame Renée Gagnon, musicienne professionnelle, et Sr Carmen Gravel, enseignante émérite qui a travaillé à la formation de Mme Gagnon, nous partagent leurs souvenirs et ce qu’elles retiennent de leur expérience commune.


Voir aussi « La passion d’Augustine » : quand le cinéma tire vers le haut

La Grande Noirceur inventée (Denis Vaugeois)

Les Québécois à la traîne économiquement depuis 150 ans, rattrapage le plus grand aurait été sous Duplessis

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mercredi 20 juin 2018

Algérie — méthode radicale pour empêcher les fraudes aux examens

Les autorités algériennes n’ont rien trouvé de plus efficace que de couper Internet sur tout son territoire à chaque début d’épreuve du baccalauréat (diplôme d’études collégiales québécois quand il s’agit du baccalauréat organisé par la France).

La mesure, draconienne, semble porter ses fruits. Aucune fraude au baccalauréat n’a pour le moment été détectée cette année en Algérie. Et pour cause, les autorités ont pris une décision radicale : couper Internet chaque jour au début de chaque épreuve, durant une heure le matin et une heure l’après-midi.

Tous les accès à internet, fixe ou mobile, concernés

Entre ce mercredi 20 juin 8 h 30, lancement de la première épreuve du baccalauréat 2018, et 9 h 30, puis au début de la 2e épreuve, entre 11 h 30 et 12 h 30, tous les accès à internet, fixe ou mobile, ont été coupés, a constaté le bureau de l’AFP à Alger. Une troisième coupure d’une heure est prévue mercredi après-midi, selon un programme communiqué par l’opérateur public Algérie Télécom.

Une édition 2016 marquée par une fraude massive

Ces coupures interviennent « conformément aux instructions du gouvernement visant à assurer le bon déroulement des épreuves du baccalauréat », a expliqué l’opérateur. Si les autorités algériennes ont demandé cette année aux opérateurs publics et privés de couper totalement internet au début des épreuves, c’est notamment parce que l’édition 2016 du baccalauréat avait été entachée par une fraude massive, les sujets ayant fuité sur les réseaux sociaux, avant ou au début des épreuves, permettant aux retardataires d’en profiter.

Pour y remédier, le gouvernement avait fait couper par les opérateurs l’accès aux réseaux sociaux l’an dernier, mais cela n’avait pas empêché certains d’y accéder. Aucun retard aux épreuves n’avait en outre été toléré afin d’éviter que certains ne profitent d’éventuelles fuites. Mais une session spéciale avait finalement dû être organisée pour les nombreux retardataires refoulés des centres d’examen.

Tout objet connecté également interdit pour les surveillants et professeurs

Téléphones, tablettes ou autres objets connectés sont cette année interdits dans les 2 108 centres d’examen, une interdiction valable pour les quelque 709 000 candidats, mais aussi pour les professeurs, surveillants ou membres du personnel administratif.

Des détecteurs de métaux et brouilleurs de télécommunications mis en place

Mais ce n’est pas tout, puisque la ministre de l’Éducation Nouria Benghabrit a indiqué que les candidats étaient soumis aux détecteurs de métaux à l’entrée des centres. Enfin, et pour parfaire cette opération antifraude, elle a également fait savoir que des brouilleurs de télécommunications et des équipements de vidéosurveillance avaient été installés dans les centres d’impression des sujets.

Source : AFP