mardi 26 juin 2018

L'Éducation devenue une priorité québécoise, vraiment ? L'immigration inquiète plus les Québécois

Le baromètre CIRANO présente sa dernière étude.

Dans le résumé de La Presse, la santé et l’économie sont présentées comme les enjeux qui préoccupent le plus les Québécois, sans aucune mention sur l’éducation. Le Journal de Montréal souligne que « l’éducation ne préoccupe pas non plus outre mesure les Québécois alors que seuls 28 % des répondants ont dit s’inquiéter de l’accès à l’éducation ». Le Devoir mentionnait que « les enjeux liés à l’éducation — le décrochage scolaire ou encore l’accès à l’éducation universitaire (frais de scolarité) — ont glissé respectivement au 24e et 34e rang des priorités de l’heure des Québécois ». Pour les frais de scolarité, ce carnet comprend les Québécois : les frais de scolarité sont peu élevés au Québec comparés à d’autres pays.

En comparaison, selon Le Devoir, près de la moitié de la population québécoise est d’avis que l’immigration présente un « grand », voire un « très grand risque » pour le Québec, indique un sondage commandé par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).


Précisément, 48 % des 1000 personnes sondées associent à un « grand » ou à un « très grand » risque l’arrivée de dizaines de milliers d’immigrants par année au Québec ; 28 % à un « moyen » risque et 22 % à un risque « faible » ou « négligeable ». « [Le motif] dépend toujours du répondant. Ça peut être un risque perçu pour sa sécurité, pour son emploi, pour la culture ou d’autres raisons », explique la coauteure de l’étude, Ingrid Peignier, dans un entretien avec Le Devoir.

Les femmes, les personnes âgées de 55 ans et plus ainsi que les francophones « se montrent [les] plus inquiets », fait-elle remarquer. En effet, parmi ceux percevant des risques « grands » ou « très grands » associés à l’immigration, il y a : 53 % de femmes contre 43 % d’hommes ; 55 % d’individus de 55 à 74 ans contre 39 % de moins de 35 ans ; et 50 % de francophones contre 36 % d’anglophones et 31 % d’allophones.

Les Québécois associent un risque plus grand à l’immigration qu’à la pollution de l’air et de l’eau, à la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), au terrorisme ou encore aux épidémies, indique le Baromètre CIRANO 2018 dévoilé à 100 jours et des poussières des prochaines élections générales.

Pour ce carnet, les questions de ce type de sondage sont trop vagues : de quelle immigration parle-t-on ? De francophones européens qualifiés ? De réfugiés anglophiles peu qualifiés ? On peut trouver excellente la première, mais être nettement moins enthousiaste envers l’autre. Comment alors répondre à une unique question sur le risque lié à l’immigration ?

« Il y a une inquiétude, une perception des risques qui ne devrait pas être là », prétend Mme Peignier, rappelant que l’immigration économique serait arrimée en grande partie aux besoins du marché du travail québécois. « Ils ne devraient pas être inquiets », ajoute la directrice du CIRANO.

Cette dernière affirmation nous paraît simpliste : le taux de chômage parmi les immigrants non francophones de naissance et réfugiés est plus haut que parmi la population, l’arrimage n’est donc pas si optimal. On parle beaucoup d’un manque de main-d’œuvre, mais il est naïf de prétendre que d’accepter plus de réfugiés (ou prétendus tels) permettra de pourvoir ces postes qui ne trouvent pas preneurs. Les immigrés peuvent ne pas avoir les qualifications, connaître le français, vouloir quitter une grande ville, la rémunération peu attrayante, etc.

En outre, même si tous les immigrés trouvaient un bon emploi et contribuaient financièrement au Trésor public, même alors, une population peut être inquiète par l’afflux important de populations aux mœurs, à la religion ou à la langue différentes. Il suffit de penser à l’immigration européenne qui anglicisait Montréal tout au long du XIXe siècle et au début du XXe siècle. La bilinguisation de plus en plus évidente de Montréal montre bien que la loi 101 actuelle ne suffit pas à assimiler linguistiquement les immigrés non francophones.



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