jeudi 2 avril 2015

France — Classement gouvernemental des lycées 2015 : tout le monde gagne

« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! Tout le monde il est excellent ! Tout le monde il est un grand lycée, à Paris, en province et en banlieue surtout ! », s’exclame Éric Zemmour, qui appelle à ne pas croire tout ce que l’on raconte. « Paul-Éluard, à Saint-Denis [banlieue à mauvaise réputation], est bien meilleur qu’Henri IV [école élitiste] ! Alfred-Nobel, à Clichy-sous-Bois, largement au-dessus de Louis-le-Grand ! Le Corbusier, à Aubervilliers, enfonce Condorcet ! », s’amuse-t-il.



Ainsi les lycées des ZEP [Zone d’éducation prioritaire à mauvais résultats scolaires], « que tout le monde contourne avec soin, où le français est souvent une langue étrangère », seraient en vérité les meilleurs de France. « Peu importe que les profs y mettent rarement leurs enfants, que les ministres ou les journalistes n’appellent jamais les proviseurs pour y imposer leur progéniture : les classements de l’Éducation nationale, c’est désormais comme l’école des fans au temps de feu Jacques Martin, à la fin tout le monde gagne », lance le journaliste.




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jeudi 26 mars 2015

ECR — L'avertissement de la Cour suprême


L'opinion de l'avocate Mélanie Dugré dans les pages de La Presse de Montréal :

Devant la vitesse à laquelle s'opèrent les bouleversements sociaux et les changements législatifs, la Cour suprême du Canada a l'embarras du choix parmi les dossiers à étudier et les questions à trancher.

Plusieurs ont donc sourcillé devant sa décision de se pencher pour une seconde fois en si peu de temps sur le sujet du cours d'éthique et culture religieuse (ÉCR), enseigné dans les écoles québécoises depuis 2008.

On se rappellera en effet qu'en février 2012, la Cour suprême avait maintenu le refus d'une commission scolaire de Drummondville d'exempter des élèves de ce cours, précisant que l'enseignement des fondements des religions du monde et l'exposition des enfants à des réalités autres que celles qu'ils vivent dans leur environnement familial immédiat ne portaient pas atteinte à la liberté de conscience et de religion garantie par la Charte.

Bien que ce jugement ait été unanime, les juges LeBel et Fish avaient émis des réserves, refusant de confirmer définitivement la validité constitutionnelle du programme ÉCR, soulignant que «l'état de la preuve ne permet pas de conclure que le programme et sa mise en application ne pourront éventuellement porter atteinte aux droits accordés aux appelants et à des personnes placées dans la même situation».

Ce commentaire avait visiblement un caractère prémonitoire puisque la Cour suprême vient de donner raison à l'école Loyola, qui souhaitait être exemptée d'offrir ce cours selon les termes du programme ministériel. L'école Loyola est une institution privée, catholique et anglophone, fondée et gérée par les Jésuites, qui cherchait à adapter les enseignements du cours ÉCR en fonction de ses traditions, de son identité et de sa perspective confessionnelle.

Dans une décision divisée à quatre juges contre trois, la Cour suprême conclut que l'obligation d'enseigner le programme ÉCR constitue une contrainte inconstitutionnelle, car elle porte gravement atteinte à la liberté de religion des personnes qui veulent offrir et qui souhaitent recevoir une éducation confessionnelle, d'autant plus que l'existence des écoles privées confessionnelles est légalement reconnue au Québec.

Le cours ÉCR ne pourra pas pour autant être remplacé par un programme de doctrine et de religion, mais devra pouvoir bénéficier de certaines adaptations dans son application pratique afin de permettre aux enseignants de parler de la foi catholique d'un point de vue religieux. Un beau défi en perspective pour le nouveau ministre de l'Éducation! Rappelons aussi que ce qui est bon pour pitou est aussi bon pour minou. Ainsi, si les mains se frottent de contentement à l'école Loyola, la satisfaction est certainement aussi grande au sein de toutes les institutions privées confessionnelles de la province, qu'elles soient catholiques, juives, musulmanes ou autres.

En résumé, donc, une institution confessionnelle privée ne peut être contrainte d'offrir le cours ÉCR contre son gré et son identité religieuse, le tout au nom de la liberté de la religion, mais les élèves d'une école publique de Drummondville ne peuvent en être exemptés pour la même raison. J'entends au loin l'écho de la confusion et les grondements de protestation.

Le plus percutant, c'est qu'il y a, dans le ton et l'humeur de ce jugement, un sérieux avertissement à l'endroit du gouvernement et de tous les partis politiques qui pataugent en ce moment dans la charte Drainville et la question identitaire. La Cour suprême vient poliment de leur rappeler que nous avons choisi d'enchâsser dans notre constitution une Charte et que les droits et principes qu'elle protège ne peuvent être contournés d'un coup de balai législatif, aussi bien intentionné soit-il.

Ce jugement confirme que le législateur devra se lever de bonne heure pour qu'une éventuelle loi sur la neutralité survive à la contestation judiciaire. Que tous se le tiennent donc pour dit, le débat est loin d'être fini.




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mardi 24 mars 2015

ECR — « Il faut retirer le volet religieux » et... « abolir le financement public des écoles publiques »

Pour Daniel Baril, militant laïciste de longue date (ancien président du Mouvement laïque québécois, Intellectuels pour la laïcité, Association humaniste du Québec, Mouvement des Brights), s’exprimant dans les colonnes de Voir.ca :

Un aspect du jugement ne manque d’attirer l’attention du lecteur attentif : chaque fois qu’il est question du volet éthique, la Cour suprême le présente toujours comme s’agissant d’éthique religieuse. Même si ce volet est sensé [sic : censé] être indépendant du volet religieux comme le prétend la littérature des concepteurs, jamais les juges majoritaires n’abondent dans ce sens dans leur phraséologie. Plus précisément, l’éthique autre que catholique est toujours qualifiée d’« éthique d’autres religions », l’éthique humaniste demeurant invisible sous le radar.

Voici d’ailleurs comment ils présentent le cours :

« Imbrication de l’éthique à la religion

Daniel Baril
Le programme ECR a pour objectifs explicites la “reconnaissance de l’autre” et la “poursuite du bien commun”. Ces objectifs visent à inculquer aux élèves un esprit d’ouverture aux droits de la personne et à la diversité ainsi que le respect de l’autre. Pour réaliser ces objectifs, le programme ECR comprend trois volets : les religions du monde et le phénomène religieux, l’éthique et le dialogue. Ces trois volets sont censés se compléter et se renforcer l’un l’autre. » (page 6, emphase ajoutée)

Vous avez bien lu : à la lumière de son analyse du dossier, la Cour suprême conclut que le volet éthique est censé renforcer la religion alors que le volet religieux est censé renforcer l’éthique. Il y a imbrication des deux volets. Du côté de la mouvance laïque, c’est toujours ainsi que les choses ont été perçues malgré le discours officiel occultant ce biais. Cette réalité enlève toute crédibilité au cours et annule toute prétention à la neutralité.

Les trois juges dissidents estiment quant à eux que :
« Il n’y a rien d’inhérent aux objectifs du programme ECR (reconnaissance des autres et poursuite du bien commun) ou aux compétences qu’il vise à inculquer aux élèves (religions dans le monde, éthique et dialogue) qui exige que l’on adopte une démarche culturelle et non confessionnelle » (paragraphe 148).

Autrement dit, le fait qu’un enseignant oriente le contenu du cours par ses propres croyances religieuses n’empêche pas l’atteinte des objectifs du cours. Ce qui revient à dire que ces objectifs ne visent pas nécessairement la transmission culturelle et non confessionnelle du fait religieux. À moins que les juges n’aient rien compris. Mais si leur raisonnement est vrai pour une école privée confessionnelle, il l’est également pour une école publique supposément laïque. Ce cours ne met donc pas les élèves l’abri de la transmission d’une religion.

Ces trois mêmes juges estiment que l’approche non confessionnelle obligée forcerait les enseignants de Loyola, lorsqu’ils sont « confrontés à des positions qui heurtent de front la foi catholique […] à adopter une attitude de neutralité fausse et superficielle » (par. 156). Ou bien les enseignants croyants se font violence à eux-mêmes avec ce cours, ou bien les élèves ne seront pas longtemps dupes de positions non authentiques. Encore une fois, cela vaut quel que soit le statut public ou privé de l’école.

Retour en arrière

Bien qu’il ne s’applique qu’aux écoles privées confessionnelles, ce jugement risque donc d’avoir un effet psychologique non négligeable sur la posture professionnelle que peuvent adopter les enseignants de ce cours dans les écoles publiques. La pression en ce sens n’est pas qu’une vision de l’esprit. La Coalition pour la liberté en éducation, un lobby interreligieux opposé à la laïcité scolaire [c'est inexact, la Coalition lutte pour la liberté scolaire de tous, mêmes celle de M. Baril, mais pas l'imposition de ses préjugés aux autres] n’a d’ailleurs pas tardé à demander que ce jugement soit aussi appliqué à toutes les écoles publiques au nom de l’équité… envers les croyants ! (à 1 min 22 de ce reportage de Radio-Canada)

À l’Assemblée nationale, la députée péquiste Nicole Léger a pour sa part déclaré que ce jugement représentait un « retour en arrière » fragilisant la déconfessionnalisation des écoles [confessionnelles ou publiques ?] C’est en fait le cours ECR lui-même qui a marqué un retour en arrière. Ce cours n’était demandé par personne du côté des minorités religieuses et des associations laïques. Il a été imposé par le lobby catholique — héritier du Comité catholique — comme compromis visant à maintenir de l’enseignement religieux à l’école. Sous le régime confessionnel, il était toutefois possible, en principe, d’éviter l’enseignement religieux en choisissant l’enseignement moral. Ce choix n’est plus possible [La CLÉ a toujours défendu le choix des parents... ]  dû aux fondements supposément neutres du cours ECR  et tous les enfants sont maintenant soumis à un cours de promotion de l’identité religieuse.

Nous sommes ainsi revenus à la situation d’avant l’exemption de l’enseignement religieux qui prévalait dans les années 70.

Avec le cours ECR, l’État est allé jouer dans des plates-bandes qui ne sont pas les siennes, celles de l’appartenance religieuse. La seule avenue envisageable est de retirer le volet religieux de ce cours et d’enrichir le volet éthique par une approche favorisant la formation de la pensée critique. Quitte à ce que le fait religieux soit abordé dans les cours d’histoire lorsque nécessaire.

Et ultimement, abolir le financement public des écoles privées.




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La procréation assistée pour lutter contre la dénatalité ?


Patrick Lagacé se plaint de la suppression annoncée du Programme de procréation assistée par le gouvernement du Québec. Il décrit ce programme de la manière suivante :
« Un succès étincelant, qui stimule la science [lire : la technique] made in Québec, qui contribue à adoucir le choc démographique et qui comble de bonheur les couples qui peuvent concevoir sans se ruiner. […] Les méchantes langues diront que la mort annoncée du Programme de procréation assistée est une autre manifestation de l’indifférence du gouvernement Couillard à l’égard des femmes. La chose a été démontrée : l’austérité frappe davantage les programmes et les mesures dont les femmes profitent. [Les hommes de ces couples privés d'enfants ne seraient donc pas affectés ?] Cette indifférence fait probablement partie de l’équation. »

Ce programme a mis au monde 5 000 bébés québécois depuis 2010 ans. Ce programme a coûté au gouvernement la rondelette somme de 280 millions de dollars, soit 56 000 $ par bébé. 

On peut se demander s’il n’y a pas des manières moins chères de soutenir la démographie québécoise : endiguer l’exil économique des Québécois (114 603 ont quitté la province depuis 2010) en allégeant le fardeau fiscal, aider toutes les familles nombreuses (actuellement l’aide est presque uniquement dirigée vers le retour des femmes au travail), rappeler que l’infertilité est souvent due à une nuptialité de plus en plus tardive (l’âge des mères primipares — accouchant donc pour la première fois — ne fait qu’augmenter : il est passé de 24,7 ans en 1981 en à 28 ans en 2011), mais le rappel au réel est mal vu ces jours-ci.

La seule solution n’est pas de dépenser de plus en plus d’argent pour des résultats médiocres.

Voir aussi

Québec — Plus petit nombre de naissances depuis 7 ans

Les dépenses dans la politique de retour au bureau des mères et de congés parentaux (ce n'est pas une politique nataliste) du Québec ne font qu'augmenter.

Québec — L’immigration, ou plus précisément la « diversité », sera vue comme une fin en soi



La session sera annulée si le boycott se prolonge, dit Québec

Le ministre de l’Éducation, François Blais, menace d’annuler la session des étudiants boycotteurs si le boycott se prolonge dans des universités et des cégeps. Contrairement à 2012, le gouvernement n’a pas les moyens de financer la reprise des cours, prévient-il.

« Je veux que les étudiants le sachent : il pourra y avoir des conséquences de cette nature-là. Ça ne pourra pas être indéterminé dans le temps », a indiqué le ministre lors d’un bref point de presse mardi.

Manifestation du 21 mars 2015
« Pour le moment, la conséquence que nous envisageons, c’est qu’on sait très bien, dans le contexte financier qui est le nôtre, un contexte extrêmement difficile et exigeant, qu’on ne peut imaginer qu’il y aura un financement pour des reprises l’été prochain ou le printemps prochain. En 2012, le coût de la grève a été un coût pour la sécurité, mais aussi pour les reprises. Je ne vois pas comment je pourrais priver de financement les écoles primaires et secondaires pour financer des gens qui ont décidé de se mettre à la porte de l’université. On a cette préoccupation. »

Selon le ministre Blais, 10 % des cégépiens et des étudiants universitaires « n’ont pas eu accès à leurs cours » lundi en raison du boycott. Le pourcentage a baissé mardi : ce serait entre 5 % et 7 %, dit-il. Les mandats de boycott varient d’une association à l’autre. Le mouvement est plutôt « marginal » à ses yeux dans la mesure où ni la FEUQ ni la FECQ n’appellent à boycotter les cours.

Le ministre a lancé un appel à la « majorité silencieuse », celle des étudiants opposés au boycott, pour qu’elle s’exprime lors des assemblées. « La meilleure façon de sortir de cette spirale, c’est qu’ils aillent voter le plus tôt possible et disent non », a-t-il insisté.

En entrevue sur les ondes de CHOI hier, le nouveau ministre de l’Éducation, François Blais, rappelait que l’administration des cégeps et des universités ont tout en main pour assurer la sécurité des lieux et des conditions propices à l’enseignement. Ce matin, on apprend que même l’UQAM entend prendre les grands moyens. Toutefois, hier, à l’Université Laval, un agent de sécurité (voir vidéo ci-dessous) s’assurait que les étudiants respectent le vote de boycott de leur association. Cette consigne est non seulement incohérente avec la position du gouvernement, elle va à l’encontre de la mission de l’institution.




Joanne Marcotte fait remarquer que « l’illusion de la gratuité déresponsabilise. Les étudiants. Les parents. Et les recteurs. Il est temps de revaloriser l’importance de l’éducation et le respect du contrat qui lie les étudiants à leur institution d’enseignement. »






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Québec — Encore moins d'enseignants masculins dans les écoles


En cinq ans, la proportion d’hommes qui enseignent est passée de 23,3 % à 21,6 %.

Dans les écoles du Québec, les hommes qui enseignent sont plus rares que jamais. Le réseau scolaire compte 1900 enseignants masculins de moins qu’il y a cinq ans, a appris Le Journal.

Toutes proportions gardées, la diminution est bien réelle puisque les hommes représentaient 23,3 % des enseignants en 2008-2009, un chiffre qui est passé à 21,6 % en 2012-2013, selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation. Au secondaire, on en retrouve 36 % alors qu’au primaire, ils ne sont que 15 %. En maternelle, ce nombre chute à... 2 %.




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Cour ECR — Victoire du collège Loyola


CHOI 98,1 fm/Monette/. À titre de porte-parole de la CLÉ-Coalition pour la Liberté en Éducation, le chroniqueur Richard Décarie présente le jugement de la Cour suprême dans le dossier du programme d’éthique et culture religieuse au collège Loyola.


Écoutez (16 min 27)





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lundi 23 mars 2015

Débat sur ECR, cette « patate chaude » auquel les Québécois tiendraient

Émission radio : Isabelle
On a sorti la religion des écoles. Pourtant, deux Québécois sur trois tiennent au cours d'éthique et de culture religieuse à l'école. Est-ce un retour en arrière? • 98,5 fm Montréal

Écoutez l'émission (38 minutes)




  • Titre : « On a sorti la religion des écoles. Pourtant, deux Québécois sur trois tiennent au cours d'éthique et de culture religieuse à l'école [Note du carnet : faute de mieux, plus de parents était encore pour un choix de matières "religieuse" à l'école]). Est-ce un retour en arrière? »


  • Intervenants :
    • Isabelle Maréchal (qui ne comprend pas bien ce que demandait Loyola et pense que le cours ECR a commencé en 1998, elel serait plutôt pour un cours de morale et sortir la religion du cours), 
    • Luc Phaneuf (qui est étonné par la décision Loyola, théologien très « humaniste » et qui prétend que le programme ECR permet la critique de la radicalité religieuse, notons que Phaneuf enseigne dans un collège français privé qui n'est même pas obligé d'enseigner le cours ECR, son pendant Marie-de-France ne le fait pas, enfin le fait « transversalement »),
    • Hassan Serraji qui se pose des questions sur la difficulté pour les professeurs catholiques d'enseigner les croisades (il a beaucoup aimé ce qu'Antoine Robitaille a écrit dans le Devoir...).

    • Et des auditeurs dont un parle du bien et du mal dont on parlerait dans le cours ECR « neutre ».
    ECR populaire chez les jeunes : aiment surtout le débat (seul cours où ils peuvent parler autant), pas de devoir, mais peu d'intérêt pour la spiritualité religieuse, par contre intérêt sur pourquoi les autres feraient ceci ou cela. (C'est également ce que nos contacts nous disent. Mais est-ce une éducation, du temps utilisé au mieux ?)

    Écoutez l'émission (38 minutes)



    Finlande — Fin des matières cloisonnées, bienvenue aux compétences transversales

    Depuis des années, la Finlande est considérée comme l’un des pays ayant le système scolaire et éducatif le plus performant du monde. Souvent sans comprendre pourquoi ou en avançant de mauvaises raisons, selon certains chercheurs.

    C’est d’ailleurs un des pays les mieux notés dans le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) bien que ses résultats soient en baisse récemment. La 12e place de la Finlande dans le classement PISA avait constitué une grosse déception pour le pays. En 2009, le pays nordique était troisième du classement, ce qui lui avait valu l’attention du monde entier. Des politiciens et experts en éducation venus du monde entier se rendaient à Helsinki dans l’espoir de trouver la recette miracle de ce système éducatif. Aujourd’hui, une nouvelle formule d’enseignement est en train d’y voir le jour.

    École finlandaise
    « Un enseignement pour préparer les jeunes à la vie active »

    La Finlande s’apprête à lancer un tout nouveau système de cours. Il s’agit d’une réforme radicale du programme scolaire finlandais, selon The Independent qui rapporte cette information. Fini d’enseigner les traditionnelles matières comme les mathématiques, la géographie ou l’histoire. La Finlande veut les remplacer par des « sujets » transversaux. « Cela représente un grand changement dans l’enseignement en Finande qui n’en est qu’à son début », précise Liisa Pohjolainen, chargée de l’éducation des jeunes et des adultes à Helsinki.

    « Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est d’un genre différent d’enseignement qui prépare à la vie active », explique Pasi Silander, directeur du Développement de la capitale finlandaise. « Nous devons effectuer des changements en matière d’éducation qui sont nécessaires pour l’industrie et la société moderne. »

    Des cours de cafétéria et d’Union européenne

    La manière classique d’enseigner est déjà en train de disparaitre pour les jeunes de 16 ans dans certaines écoles d’Helsinki. Les Finlandais appellent ça « l’enseignement phénomène », mais on peut l’appeler plus sobrement l’« enseignement par sujets ».

    Par exemple, un étudiant de la filière professionnelle peut prendre comme cours « service de cafétéria ». Ce cours transversal permet à l’étudiant d’apprendre les mathématiques, les langues pour servir des clients étrangers, ainsi que des compétences en écriture et en communication.

    Dans les filières plus générales, on pourrait envisager de prendre un sujet « Union européenne », qui mélangerait des éléments d’économie, d’histoire, de langue et de géographie.

    « Une approche active et collaborative »

    Les matières scolaires ne sont pas la seule chose que la Finlande veut voir évoluer dans son système. La manière d’enseigner va elle aussi changer. Généralement, les étudiants sont assis dans la classe, à écouter leur professeur et à attendre d’être interrogés. Le système finlandais veut mettre les élèves à contribution, en instaurant une approche plus collaborative, notamment en les faisant travailler en petits groupes pour résoudre des problèmes tout en améliorant leurs compétences communicationnelles.

    De meilleurs résultats selon certaines données

    Marjo Kyllonen, directrice de l’éducation d’Helsinki, présentera son plan de changement au conseil à la fin du mois, souligne The Independent. Pour elle, « ce n’est pas seulement Helsinki, mais l’ensemble de la Finlande qui doit faire place à ce changement. Nous avons besoin de repenser notre enseignement et de redessiner notre système, pour préparer nos jeunes à leur futur en leur transmettant des compétences utiles pour aujourd’hui et demain. Nous avons besoin d’un enseignement qui convient au XXIe siècle ».

    Les premières données issues des écoles qui ont adopté l’apprentissage transversal montreraient que les étudiants en tirent des bénéfices. Depuis l’instauration de la nouvelle méthode, les résultats s’améliorent. Environ 70 % des enseignants des écoles secondaires de la ville ont été formés à cette nouvelle méthode d’enseignement. Marjo Kyllonen espère que son plan de réforme sera mis en place dans toutes les écoles du pays d’ici 2020.



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    Nathalie Bulle sur le modèle finlandais et les tests PISA

    Les traits du système finlandais que copie l’étranger n’expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes

    Les enfants finlandais continueront bien à écrire à la main…

    PISA 2012 : Canada perd des plumes, Asie en tête, net recul de la Finlande, la France mauvaise élève

    Les dessous de la réussite finlandaise

    Finlande — Immigration à 2 % dont beaucoup de Caréliens

    Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

    Prof Maclure : « Quitte à utiliser la clause dérogatoire » contre Loyola

    Jocelyn Maclure
    Pour Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, la Cour suprême du Canada aurait commis une « erreur » dans le dossier Éthique et culture religieuse.

    Erreur et non, simplement, un souci plus scrupuleux de la liberté de religion ou une plus grande sensibilité aux arguments des appelants (nous pensons que dans ce genre de causes « philosophiques » la sensibilité des juges teinte fortement leurs décisions), non mais bien une erreur pour l’éminent et influent professeur.

    Loyola aurait concédé

    Pour Maclure, comme pour Antoine Robitaille du Devoir, Loyola aurait modifié sa demande initiale :


    C’est pourtant inexact. Dès avant le premier procès, en 2008, l’école Loyola écrivait à la ministre :

    Le directeur de Loyola, Paul Donovan, a toujours dit qu’il invitait des imams pour présenter l’islam et des rabbins pour présenter le judaïsme. En fait, Donovan a insisté dès le 9 mai 2008 qu’il était plus troublé par le volet éthique que par le volet culture religieuse ! Il déclarait ainsi en mai 2008 à la Gazette de Montréal que son « école n’enseignera pas certaines parties de la composante éthique du programme ». « Les enseignants sont supposés rester neutres vis-à-vis des points de vue éthiques que les élèves pourraient défendre. Mais il s’agit d’une “neutralité feinte, pas d’une réelle neutralité” », devait-il ajouter.

    L’école Loyola a donc été très — trop ? — raisonnable dès le début. Pourquoi l’État peut-il même imposer que la présentation d’autres religions soit respectueuse ? Qu’est-ce que cela veut même dire ? Comment espérer que des Coptes persécutés par les musulmans en Égypte représentent l’islam à la manière irénique des manuels québécois approuvés par le Monopole de l’Éducation ? Ces manuels sont très « respectueux » des religions exotiques, peu du christianisme (voir ici et ), sont-ils objectifs ?

    Répéter les mêmes vœux pieux... 

    Maclure ressasse la même vulgate : le cours ECR permettrait de comprendre le « phénomène » religieux.


    Le programme ECR est superficiel, il permettra au mieux de connaître des rites, quelques grands principes, quelques règles, mais pas de comprendre les religions présentées. Le cours est trop superficiel, n’occupe pas assez de temps pour vraiment se familiariser avec les religions et son but n’est pas de vraiment comprendre de l’intérieur les religions au programme, mais d’apprendre aux élèves à toutes les trouver d’une égale valeur, à les « respecter » comme disent certains. Valeur égale qui peut très bien signifier, en fin de compte, qu’elles sont toutes folkloriques ou de vieilles sornettes.

    ... et décréter que seul ECR peut assurer le bien commun

    Maclure semble aussi penser que seule la version « laïque » d’ECR peut assurer le bien commun et la reconnaissance de l’autre, sans preuve :

    Peut-être Maclure n’a-t-il pas bien suivi la cause en justice ?

    Ces objectifs font partie de la doctrine catholique, notamment de Dignitatis humanae... Loyola ne peut y être opposé, en fait elle promeut ces objectifs. Quand un des pères d’ECR, Georges Leroux, fut interrogé dans le cadre du procès Loyola, il dut admettre que rien dans le programme de Loyola n’empêchait d’atteindre les objectifs fixés par le programme ECR. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les trois juges minoritaires de la Cour suprême à considérer que le programme Loyola est équivalent à ECR, voir par exemple :
     « [148] À notre avis, il n’y a rien d’inhérent aux objectifs du programme ÉCR (reconnaissance des autres et poursuite du bien commun) ou aux compétences qu’il vise à inculquer aux élèves (religions dans le monde, éthique et dialogue) qui exige que l’on adopte une démarche culturelle et non confessionnelle. »

    Ajoutons que rien ne prouve en fait que le programme ECR « laïque » atteindra ses objectifs, surtout s’il est « neutre », ou qu’il le fera mieux que le programme proposé par Loyola. Où sont les études, les faits qui permettraient de l’affirmer ?


    Maclure n’aime pas l’éthique de référence catholique dans une école catholique

    Pour Maclure, « Concrètement, la décision signifie que la morale catholique sera le système éthique de référence dans les discussions sur les dilemmes éthiques à l’école secondaire Loyola. » Cela lui semble très grave. Il déclare également que « Puisque Loyola est un collège privé jésuite, il est tout à fait normal qu’il fasse la promotion de la foi catholique. »

    Le philosophe déclare que « le volet “éthique”, pour sa part, n’est pas conçu comme un prêchiprêcha moraliste et vaguement humaniste. Il s’agit plutôt d’outiller les élèves pour qu’ils acquièrent les aptitudes à la réflexion automne [sic] et critique sur les questions éthiques, c’est-à-dire qu’ils apprennent à réfléchir par eux-mêmes et avec les autres sur les enjeux éthiques et politiques qui meublent la discussion publique. »

    Apprendre la logique, le dialogue, réfléchir, c’est bien. L’école Loyola a clairement dit qu’elle est d’accord avec cela. Mais pour Loyola la discussion comprend la présentation non neutre (la défense) par le professeur de la position catholique sur la question éthique posée. L’État ne peut l’empêcher de faire sans brimer sa liberté de religion. Car, en fin de compte, sur quoi aboutiront les discussions éthiques « neutres » en classe ? Des matchs nuls ? Une absence de conclusion selon que les participants adoptent une position éthique utilitariste, déontologiste, émotiviste, maximaliste, minimaliste, relativiste, égoïste, etc.

    Dans les classes « laïques » souhaitées par Maclure, il y a fort à parier qu’on aboutira à une absence de conclusion ou alors à une recherche du consensus guidée par un mimétisme entre les élèves ou la recevabilité des opinions selon leur rectitude politique. En général, le programme ECR souffre d’une aporie : comment peut-il former au vivre ensemble et à la reconnaissance d’autrui, tout en étant neutre ?

    Des parents qui envoient leurs enfants à des écoles comme Loyola pensent que c’est là un exercice tronqué, qu’il peut aboutir à un certain relativisme ou une légitimation de positions morales contraires à leur foi. Ils veulent compléter l’apprentissage de la logique, du dialogue par un enseignement des préceptes catholiques. Où est le problème, à moins que M. Maclure veuille expressément détacher les enfants des convictions de leurs parents ?

    Appel au collègue devenu ministre : utilise la clause « nonobstant » s’il le faut !

    Le billet du philosophe se termine par un appel au nouveau ministre de l’Éducation :

    Mise à jour : Le ministre rejette l’appel à la clause dérogatoire.





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