dimanche 3 novembre 2019

Un historien canadien, « expert en études du genre », avoue avoir falsifié ses recherches

Confessions de Christopher Dummitt pour Quillette, un journal australien en ligne. Christopher Dummitt est historien de la culture et de la politique. Il enseigne à l’université Trent en Ontario au Canada. Il est l’auteur de Unbuttoned : A History of Mackenzie King’s Secret Life. La traduction est de Peggy Sastre avec quelques corrections de ce carnet.

Si on m’avait dit, voici vingt ans, que la victoire de mon camp allait être aussi décisive dans la bataille idéologique sur le sexe et le genre, j’aurais sauté de joie. À l’époque, je passais de nombreuses soirées à débattre du genre et de l’identité avec d’autres étudiants – voire avec n’importe qui avait la malchance de se trouver en ma compagnie. Je ne cessais de le répéter : « Le sexe n’existe pas. » Je le savais, un point c’est tout. Parce que j’étais historien du genre.

Norrie, la personne à l’origine de la création d’une troisième option ; le genre neutre
Dans les facultés d’histoire nord-américaines des années 1990, c’était d’ailleurs le nec plus ultra. L’histoire du genre — et, plus généralement, les études de genre dans le reste du monde universitaire — constituait un ensemble de sous-disciplines à base identitaire alors en pleine phase ascendante dans les campus d’arts libéraux. Selon les enquêtes sur les domaines de spécialisation menées en 2007 et 2015 par l’Association des historiens américains, les plus gros effectifs se comptaient dans l’histoire des femmes et du genre, suivis de près par l’histoire sociale, l’histoire culturelle et l’histoire raciale et sexuelle. Autant de domaines partageant avec moi une même vision du monde : que pratiquement toutes les identités ne sont qu’une construction sociale et que l’identité n’est qu’une question de pouvoir.

À l’époque, pas mal de gens n’étaient pas de mon avis. Toute personne — c’est-à-dire pratiquement tout le monde — n’ayant pas été exposée à ces théories à l’université avait bien du mal à croire que le sexe n’était globalement qu’une construction sociale, tant cela allait à l’encontre du sens commun. Mais, aujourd’hui, ma grande idée est partout. Dans les débats sur les droits des transgenres et la politique à adopter concernant les athlètes trans [hommes se disant femmes] dans le sport. Dans des lois menaçant de sanctions quiconque laisserait entendre que le sexe pourrait être une réalité biologique. Pour de nombreux militants, un tel propos équivaut à un discours de haine. Si vous défendez aujourd’hui la position de la plupart de mes opposants d’alors — que le genre est au moins partiellement fondé sur le sexe et qu’il n’y a fondamentalement que deux sexes (le mâle et la femelle), comme les biologistes le savent depuis l’aube de leur science —, les super-progressistes vont vous accuser de nier l’identité des personnes trans, et donc de vouloir causer un dommage ontologique à un autre être humain. À cet égard, dans son ampleur et sa rapidité, le revirement culturel est stupéfiant.

Mea culpa

Aujourd’hui, j’aimerais faire mon mea culpa. Mais je ne me contenterai pas d’être désolé pour le rôle que j’ai pu jouer dans ce mouvement. Je veux détailler les raisons qui me faisaient faire fausse route à l’époque, et celles qui expliquent les errements des socio-constructionnistes radicaux contemporains. J’ai avancé les mêmes arguments qu’eux et que je sais qu’ils sont faux.

J’ai ma carte du club socio-constructionniste. J’ai terminé mon doctorat en histoire du genre et publié en 2007 mon premier livre sur le sujet, The Manly Modern : Masculinity in Postwar Canada [Modernité virile : la masculinité dans le Canada d’après-guerre]. Mais ne vous fiez pas au titre, il ne s’agit en réalité que de cinq études de cas datant du milieu du XXe siècle, toutes centrées sur Vancouver, où des aspects « masculins » de la société ont pu faire l’objet d’un débat public. Pour mes exemples, j’ai pioché dans la culture automobile, le système pénal, un club d’alpinisme, un terrible accident du travail (l’effondrement d’un pont) et une commission royale sur les anciens combattants. Je n’entrerai pas dans les détails, mais j’ai honte de ma production, surtout en ce qui concerne les deux dernières parties.


J’ai également publié un article tiré de mon mémoire de maîtrise, dont la portée a sans doute été plus large que mes travaux académiques. C’est un article divertissant consacré aux liens entre les hommes et le barbecue dans le Canada des années 1940 et 1950. Publié pour la première fois en 1998, il a été intégré à plusieurs reprises dans des manuels de premier cycle. Bien des étudiants embarqués dans l’étude de l’histoire du Canada ont été obligés de le lire pour en apprendre davantage sur l’histoire du genre et la construction sociale du genre.

La « pose du mollet viril »

Petit problème : j’avais tort. Ou, pour être un peu plus précis : j’avais partiellement raison. Et pour le reste, j’ai globalement tout inventé de A à Z. Je n’étais pas le seul. C’est ce que faisait (et que fait encore) tout le monde. C’est ainsi que fonctionne le champ des études de genre. Je ne cherche pas à me dédouaner. J’aurais dû faire preuve de plus de discernement. Mais, rétrospectivement, je crois que c’était le cas : je ne me bernais pas moi-même. Raison pour laquelle je défendais ma position avec autant de ferveur, de colère et d’assurance. Cela me permettait de camoufler qu’à un niveau très élémentaire j’étais incapable de prouver une bonne partie de mes propos. Intellectuellement, ce n’était pas jojo.

Ma méthodologie se déroulait en trois étapes. Tout d’abord, j’aurais tenu à souligner qu’en tant qu’historien je savais l’existence d’une grande variabilité culturelle et historique. Que le genre n’avait pas toujours et en tout lieu été défini de la même manière. Comme je l’écrivais dans The Manly Modern, le genre est « un ensemble de concepts et de relations historiquement changeants donnant sens aux différences entre hommes et femmes ». Et j’insistais : « Il n’y a pas de fondation anhistorique de la différence sexuelle enracinée dans la biologie ou autre base solide dont l’existence aurait été antérieure à son appréhension culturelle. »

J’avais mes exemples préférés, que je recyclais dans mes conférences ou mes conversations. Louis XIV et ce que j’appelais la « pose du mollet viril », vue comme le summum de la virilité dans les années 1600, mais qui apparaît aujourd’hui comme plutôt efféminée. Je parlais aussi de bleu et de rose, avec des citations datant des années 1920 dans lesquelles on conseillait aux petits garçons de porter du rose « ardent et terrien », tandis que le bleu « aérien et éthéré » était préféré pour les petites filles. Mon auditoire éclatait de rire et mon argument n’en passait que mieux : ce que nous considérions comme la vérité absolue et certaine du genre avait en réalité changé avec le temps. Le genre n’était pas binaire. Il était variable et peut-être même infiniment.

Une question de pouvoir

Deuxièmement, j’aurais avancé à quiconque me parlant de masculin ou de féminin que ces notions ne relevaient pas uniquement du genre. Qu’il y avait toujours, simultanément, une question de pouvoir. Le pouvoir était, et demeure, une sorte de formule magique dans le milieu universitaire, surtout pour un étudiant découvrant Michel Foucault. À l’époque, ce n’était que discussions interminables sur l’« agentivité » (Qui en avait ? Qui n’en avait pas ? Quand ? Où ?). Dès lors, si quelqu’un niait que le sexe et le genre étaient variables, s’il laissait entendre qu’il y avait quelque chose d’intemporel ou de biologique dans le sexe et le genre, alors, il cherchait en réalité à justifier le pouvoir. Et donc à légitimer des oppressions. Vous voyez le topo ?

Et troisièmement, j’aurais cherché une explication dans le contexte historique montrant, à un moment historique précis, pourquoi on pouvait parler de masculin ou de féminin dans le passé. L’histoire a cela de merveilleux qu’elle est immense. Il y a toujours quelque chose à trouver. Mes travaux portaient sur l’après-guerre, dire que les gens craignaient le retour à la normale après l’arrêt des hostilités n’avait rien d’absurde. Il y avait eu des femmes dans l’armée et dans des emplois « masculins ». L’accent mis sur les distinctions de genre cachait en réalité une volonté de renvoyer les femmes à la maison. Tout n’était question que de contrôle et d’oppression.

Tant que je m’en tenais aux archives et reconstituais la manière dont les gens parlaient dans le passé, j’étais en terrain sûr. Il en va, selon le jargon des historiens, du « comment » de l’histoire. Les historiens privilégient certaines questions par rapport à d’autres. Tout le monde est censé avoir le qui, le quoi, le quand et le où. Ce sont les détails du passé. Mais ce genre de précision, comme l’écrivait le grand historien E. H. Carr, est un devoir, pas une vertu. Il n’y a donc pas matière à se vanter.

Il y a deux autres questions, et ce sont celles qui comptent le plus. La première est le comment. Comment est-ce arrivé ? Comment pensaient les humains du passé ? Répondre à ces questions exige de reconstruire des schémas de pensée. Ce qu’on ne peut jamais parfaitement réussir en général et d’autant plus avec des gens ayant vécu à une autre époque.

Construction sociale

Reste que la plus grande question — la plus importante — est la dernière : Pourquoi ? Dans mon cas : pourquoi les Canadiens d’après-guerre parlaient-ils des hommes et des femmes comme ils le faisaient ? Mes réponses, je ne les ai pas trouvées dans mes recherches primaires. Je les ai tirées de mes convictions idéologiques, même si, à l’époque, je ne les aurais pas qualifiées ainsi. Sauf que c’est bien ce qu’elles étaient : un ensemble de croyances préconçues et intégrées a priori dans la pénombre académique que sont les études de genre.

Tel était mon argument : si les gens parlaient des hommes comme je le décrivais, c’était parce que le genre est une construction sociale dont les contours ne peuvent être attribués qu’au pouvoir et à l’oppression. Les Canadiens avaient recours a une pensée genrée, car cela donnait du pouvoir aux hommes et en enlevait aux femmes, parce que cela structurait la masculinité comme supérieure à la féminité.

Bien évidemment, on pourrait partir de la même base documentaire et déboucher sur d’autres explications elles aussi parfaitement plausibles. Est-ce que les Canadiens d’après-guerre voyaient les hommes comme des preneurs de risque à cause d’une construction sociale ? Oui, c’est plausible. Comme il est tout aussi plausible de penser qu’ils le pensaient… parce que les hommes, en moyenne, prennent davantage de risques que les femmes. Mes recherches ne prouvaient rien, dans un sens comme dans l’autre. Je partais du principe que le genre était une construction sociale et je brodais toute mon « argumentation » sur cette base.

Je ne me suis jamais confronté — du moins pas sérieusement — à une autre opinion que celle-ci. Et personne, à aucun moment de mes études supérieures ou du processus de publication de mes articles de recherche, n’allait me demander de faire preuve d’un tel esprit d’ouverture. En réalité, les seules critiques que j’ai reçues me demandaient de renforcer davantage le paradigme, ou de me battre pour d’autres identités ou contre d’autres formes d’oppression. On pouvait me demander pourquoi je ne parlais pas davantage de classe. Ou pourquoi je me focalisais sur les hommes et laissais les femmes de côté. Même si je m’attelais à déconstruire la masculinité et à montrer qu’elle n’était qu’une construction sociale, il fallait quand même que je m’intéresse aux femmes. Et quid de la sexualité ? Ne pouvais-je pas trouver davantage de références à des hommes non hétérosexuels ? Pourquoi ne pas s’intéresser plus avant à la manière dont la masculinité se construisait parallèlement à la sexualité ? Tant que les questions se bornaient au paradigme dans lequel je m’étais de toute façon déjà limité, toutes étaient bonnes à prendre.

Attentes genrées

Il y en a pourtant d’autres. Les attentes genrées sont-elles réellement si différentes et variables dans le temps et l’espace ? Impossible d’y répondre avec les petites anecdotes que j’adorais citer. Cette question doit être étudiée de manière systématique et comparative. Dans ma propre lecture, je dois admettre que ce que je voyais tenait davantage d’une légère variabilité avec une cohérence centrale manifeste. Que les hommes soient vus comme les principaux pourvoyeurs de ressources, preneurs de risque et responsables de la protection et de la guerre semble une notion assez stable à travers l’histoire et les cultures. Oui, il y a des variations en fonction de l’âge et de certaines particularités culturelles et historiques. Mais sans partir du principe que ces petites différences ont une grande importance, les données disponibles ne vous permettent pas d’arriver à cette conclusion.

Et la question du pouvoir alors, est-elle réellement omniprésente ? Peut-être. Et peut-être pas. Pour prouver que c’était le cas, je ne faisais que citer d’autres chercheurs qui en étaient persuadés. Et encore mieux s’ils étaient philosophes avec un nom français. Je me suis aussi beaucoup appuyé sur les travaux d’une sociologue australienne, R. W. Connell. Selon elle, la masculinité est avant tout une question de pouvoir — et permet d’affirmer la domination des hommes sur les femmes. Sauf que ses travaux ne permettent pas de le prouver. Tout ce qu’elle fait, comme je le faisais, c’est d’extrapoler à partir de petites études de cas. J’ai donc cité Connell. Et d’autres m’ont cité. Voici comment l’on « prouve » que le genre est une construction sociale et une question de pouvoir. Comment on peut prouver n’importe quoi et son contraire.

Mon raisonnement bancal et d’autres travaux universitaires exploitant une même pensée défectueuse sont aujourd’hui repris par des militants et des gouvernements pour imposer un nouveau code de conduite moral. Lorsque je prenais des verres avec d’autres étudiants et que nous bataillions tous pour la suprématie de nos ego, cela ne portait pas trop à conséquence. Mais les enjeux sont aujourd’hui tout autre. J’aimerais pouvoir dire que ce domaine d’études s’est amélioré — que les règles de la preuve et la validation par les pairs sont plus exigeantes. Sauf que, en réalité, l’acceptation aujourd’hui presque totale du socio-constructivisme dans certains cercles est bien davantage le fruit d’un changement démographique au sein du monde universitaire, avec des points de vue désormais encore plus hégémoniques qu’ils ne l’étaient à l’époque de mes études supérieures.

Il ne faut pas voir dans cette confession un argument pour dire que le genre n’est pas, dans de nombreux cas, socialement construit. Reste que les critiques des socio-constructivistes ont raison de lever les yeux au ciel lorsque de soi-disant experts leur présentent de prétendues preuves. Les erreurs de mon propre raisonnement n’ont jamais été dénoncées — et n’ont en réalité qu’été confirmées par mes pairs. Tant que nous n’aurons pas un domaine d’études sur le sexe et le genre très critique et idéologiquement diversifié — tant que la validation par les pairs n’y sera peu ou prou que le dépistage idéologique d’un entre-soi —, alors, il nous faudra effectivement prendre avec énormément de pincettes toute « expertise » sur la construction sociale du sexe et du genre.

Voir aussi

Biologie — L'expression de 6 500 différences génétiques distinguent l'homme de la femme

Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

Jordan Peterson poursuit l’Université Wilfrid-Laurier

Le constructivisme radical ou comment bâtir une réforme de l’éducation sur du sable

La théorie du genre : la réduction de l’altérité et la rééducation des enfants


Québec — La réforme Roberge critiquée par la FSE et la CSQ, trop de pouvoir aux parents ?

Au printemps, les commissions scolaires seront chose du passé. Le projet de loi 40 déposé le mois dernier par le gouvernement de François Legault prévoit la disparition des conseils des commissaires élus par la population. Ces structures seront remplacées par des centres de services scolaires (CSS) gérés par des CA où les parents détiendront 8 des 16 siège [mais seront-ils représentatifs ?], contre 4 pour le personnel scolaire. Le ministre Roberge fait fausse route en restreignant le pouvoir des enseignants et des professionnels, croit la CSQ qui présentera sa position sur le projet de loi 40 en commission parlementaire lundi.

Mme Éthier, présidente de la CSQ, recommande donc au gouvernement d’accorder au personnel enseignant, professionnel et aux employés de soutien 8 des 16 sièges au sein du CA des futurs CSS. « Il faut vraiment avoir la majorité puisque nous détenons l’expertise pour tout ce qui se passe dans les établissements d’enseignement », a-t-elle affirmé.

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) dénonce l’ingérence de l’autonomie professionnelle des enseignants qu’introduira la Réforme Roberge.

Sa présidente, Josée Scalabrini, s’en prend aux articles du projet de loi 40 qui permettent la manipulation des notes des élèves ; qui impose des formations aux enseignants sans tenir compte de leurs besoins particuliers ; qui affaiblit la représentation des enseignants au sein des conseils d’établissement.

Des modifications à la Loi sur l’enseignement public qui viennent dévaloriser la profession enseignante aux yeux de Mme Scalabrini. Présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini a évoqué l’influence qu’auront les parents sur les méthodes pédagogiques, menaçant du même coup l’autonomie professionnelle des enseignants.

« Les enseignants ne veulent plus se sentir comme des exécutants. Ils veulent être partie prenante des décisions. Le projet de loi nous amène encore plus à devenir des exécutants que des gens qui font partie des solutions », estime-t-elle.

Le projet de loi instaurera un régime particulier pour les 9 commissions scolaires anglophones puisque les membres des CA des CSS seront élus par la population, et non choisis par les élèves et les parents siégeant aux conseils d’établissement, comme ce sera le cas pour les écoles francophones.

samedi 2 novembre 2019

À parité de pouvoir d’achat, les enseignants québécois sont déjà mieux payés que ceux de la Finlande

Chronique de Mario Dumont sur l’ampleur des demandes syndicales des enseignants dérange même ceux qui seraient sympathiques à une amélioration de leur sort.

Les demandes syndicales des enseignants sont exagérées. Les propos de certains leaders syndicaux aussi. C’est malheureux. Un mauvais départ pour une négociation importante.

Je précise que j’appuie l’idée générale que cette négociation permette des améliorations réelles à leurs conditions de travail. C’est connu, le gouvernement jouit de marges de manœuvre. 

[Il faut comprendre par marges de manouvre qu’il a des surplus, notamment parce que nous payons nettement plus d’impôts que l’Ontario que les syndicats aiment utilisé comme base de comparaison pour les salaires...

Taux d’imposition marginale Québec
Revenus
Taux
43 790 $ ou moins
15 %
de 43 790 $ à 87 575 $
20 %
de 87 575 $ à 106 555 $
24 %
de 106 555 $
25,75 %


Taux d’imposition marginale Ontario

Revenus
Taux
43 906 $ ou moins
5,05 %
de 43 906 $ à 87 813 $
9, 15 %
de 87 813 $ à 150 000 $
11,16 %
de 150 000 $ à 220 000 $
12,16 %
supérieur à 220 000 $
13,16 %

Source

Il faut aussi rappeler, comme le fait l'Institut du Québec dans son rapport sur le sujet, que la rémunération des enseignants du Québec est déjà globalement avantageuse quand on la compare au salaire moyen des bacheliers universitaires québécois âgés entre 25 et 64 ans, considérant surtout que les enseignants bénéficient de la permanence, de plusieurs semaines de vacances annuelles et d’un régime de retraite à prestations déterminées. 

]
Cette ronde de discussions devrait permettre d’améliorer autant le salaire que les conditions de pratique des professeurs.

Ils exécutent un travail exigeant. Plusieurs d’entre eux le font dans des conditions difficiles et dans des milieux qui présentent beaucoup de défis. Pour un gouvernement et pour une société qui met en priorité l’éducation, quoi de plus normal que de bien traiter ceux qui en ont fait leur carrière.


Trop loin, excessif

Cette semaine, la FAE a mis la barre tellement haute que j’en perds mon préjugé favorable. Le salaire de départ qui passerait de 42 000 $ à 56 000 $. L’échelon maximal qui serait atteint après seulement 11 ans, plutôt que 17. Cet échelon maximal qui passerait de 82 000 $ à 92 000 $. Les demandes représentent au total plus de 20 % d’augmentation sur trois ans. Énorme. !

D’ailleurs, je dois candidement avouer que je ne pensais pas qu’un enseignant gagnait présentement au-dessus des 80 000 dollars par année. J’ai aussi réalisé que la majorité des gens furent étonnés dans mon entourage.

Le métier d’enseignant est certes demandant, je trouve quand même pas mal grotesque d’entendre le président de la FAE parler d’exploitation à 82 000 $ par année. « Tout ce qui est excessif est insignifiant », disait Talleyrand. Je crois que cela s’applique bien à la notion d’enseignants québécois prétendument « exploités ».



Si noir que ça ?

L’Institut du Québec, un institut de recherche économique, s’est penché sérieusement sur la situation des enseignants québécois. Sont-ils maltraités lorsqu’on prend la peine d’aller chercher des comparatifs ? La réponse est non. Peut-on faire mieux ? La réponse est oui.

Voici l’extrait exact : « La rémunération des enseignants du Québec est comparable à la moyenne de l’OCDE. À parité de pouvoir d’achat, les enseignants québécois sont mieux payés que ceux de la Finlande, mais moins bien rémunérés que ceux des Pays-Bas, de Singapour, de l’Ontario et de la moyenne canadienne. »

Par contre, parmi les pays qui payent mieux les enseignants, bon nombre sont aussi plus exigeants, que ce soit en matière d’évaluation ou de formation continue. 

[
Ajoutons que, pour ce carnet, la valeur de l'enseignement au Québec n'est pas optimale : il est peu diversifié (toutes les écoles doivent enseigner un identique programme gouvernemental y compris des matières controversées comme ECR) et davantage orienté vers une formation de citoyen du monde et des attitudes politiquement correctes qu'une culture nationale, encyclopédique ou scientifique (au choix). Voir Québec — La construction d'une nouvelle citoyenneté par l'école.]

À Singapour, les enseignants suivent 100 heures de formation par an pour se tenir au courant des dernières techniques alors que la pédagogie elle-même est « magistrale » et l'enseignant n'est en rien un simple animateur. Le gouvernement les paie bien aussi. Il accepte la nécessité de classes plus importantes (la moyenne est de 36 élèves contre 24 dans l’ensemble de l’OCDE et 12 dans les classes dédoublées des banlieues immigrées en France). Car mieux vaut avoir de grandes classes données par d’excellents enseignants que de plus petites aux mains de médiocres. Les enseignants qui cherchent de l’avancement sans devenir directeurs d’école peuvent devenir de « maîtres enseignants », responsables de la formation de leurs collègues. Les meilleurs enseignants obtiennent des affectations au ministère de l’Éducation et des primes importantes. Dans l’ensemble, les enseignants sont payés à peu près comme les diplômés dans le secteur privé. Les enseignants sont également soumis à de rigoureuses évaluations de performance annuelles.

]


Les syndicats d’enseignants aiment parfois rappeler que lors de la fondation de son parti, François Legault avait ouvert la porte à rehausser substantiellement leur rémunération. Il faut alors préciser que cela venait avec de nouvelles exigences en retour, notamment la formation d’un ordre professionnel. C’est un peu indécent de demander l’argent lorsqu’on a refusé catégoriquement les autres idées du nouveau pacte.

La présence de marge de manœuvre [surplus nés notamment d’impôts très élevés] semble avoir enivré certains chefs syndicaux. Du calme, le gouvernement ne laissera pas les syndiqués du secteur public partir avec la caisse. Ceux qui garderont l’appui du public amélioreront leur chance d’avoir leur part.


Voir aussi

Syndicats satisfaits : taux du nombre d’élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu’en 2015 [mais mystérieusement les résultats ne s’améliorent pas...]

Singapour — Il est permis de copier : « Singapour privilégie la pédagogie traditionnelle où les enseignants donnent un cours magistral face à leur classe. Cela contraste avec la préférence de nombreux réformateurs qui privilégie un enseignement plus souple, plus « progressiste » dont le but est d’apprendre aux enfants à apprendre par eux-mêmes. Bien que les études internationales donnent à penser que l’enseignement magistral (« l’instruction directe ») est, en effet, un bon moyen de transmettre des connaissances, ses détracteurs soutiennent que la méthode de Singapour consiste à « bûcher et tuer » et qu’il produit de malheureux matheux sans imagination. Les parents s’inquiètent du stress que le système impose à leurs enfants et à eux-mêmes alors qu’ils convoient leurs enfants à des cours particuliers. [...] Singapour a obtenu des résultats en collaboration qui surpassaient ses excellents résultats en lecture et en sciences. Les élèves singapouriens se sont également déclarés heureux, plus que les élèves en Finlande, par exemple, un pays que les pédagogues présentent souvent (pour les mauvaises raisons selon Nathalie Bulle) comme une façon d’obtenir des résultats exceptionnels avec des méthodes plus « affectueuses » d’enseignement. »


PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question

Lecture des élèves à 10 ans, bons résultats du Québec, pour les rares participants

Les résultats des élèves au PISA remis en question

TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux, mais faible participation québécoise

vendredi 1 novembre 2019

Table ronde sur la crise de la foi, de la famille et de l'Église catholique

Table ronde tenue le 28 octobre 2019*sur la décadence dans le monde et dans l'Église catholique, et comment en sortir. En compagnie de :



* La date incrustée dans le bandeau inférieur de la vidéo (28 octobre 2010) est une erreur.

Pologne – Un projet de loi citoyen contre la sexualisation des enfants

Le lundi 21 octobre avait lieu au Parlement européen un nouveau débat sur la Pologne. Il ne s’agissait pas cette fois de discuter des réformes de la justice mises en œuvre par le gouvernement de Mateusz Morawiecki, mais de l’accès à l’éducation sexuelle. En réalité, à part les eurodéputés polonais, il n’y avait à peu près personne. Il s’agissait, pour reprendre les mots du député du PiS Ryszard Legutko, « non pas de débattre, mais de créer l’événement ». Dans la semaine qui a suivi sa défaite électorale, l’opposition gaucho-libérale polonaise tentait de renouer avec sa stratégie de 2015-16, à savoir d’organiser des manifestations de rue et de demander à l’UE de faire pression sur le PiS. L’occasion lui en était cette fois donnée par une nouvelle initiative citoyenne, qui a recueilli 265,00 signatures (il en faut au moins 100 000 pour porter un tel projet au parlement) et que la Diète sortante a adoptée le 17 octobre en première lecture avec les voix du PiS.



Le projet de loi citoyen en question, intitulé Stop Pedofilii (« Stop à la pédophilie »), sera donc examiné en commission par la nouvelle Diète. Il a été lancé par l’organisation pro-vie Pro-Prawo do Życia (« Pro-Droit à la Vie »). Présenté par une partie de l’opposition comme interdisant l’éducation sexuelle à l’école, ce projet de loi prévoit en réalité d’interdire et punir toute action entreprise par des adultes en vue d’inciter les mineurs à avoir des relations sexuelles, ce qui inclut les ateliers d’éducation sexuelle conduits par des militants souvent liés aux milieux LGBT qui, avec l’accord de directeurs d’école naïfs ou idéologisés, viennent expliquer aux enfants, à l’insu des parents, que se masturber et regarder de la pornographie est quelque chose de tout à fait naturel et même de très sain, que les identités sexuelles et les sexualités sont fluctuantes et se valent toutes, qu’en cas de problème pour ceux qui choisiront l’hétérosexualité il y a l’avortement (même si l’avortement est interdit dans la majeure partie des cas en Pologne), et que tout ce qui compte est le consentement mutuel des participants à l’acte sexuel. En bref, il s’agit avec ce projet de loi de s’opposer à cette vision de l’éducation sexuelle proposée dans un document élaboré en 2010 en Allemagne par l’OMS — Région Europe et le Centre fédéral pour l’éducation à la santé (BZgA) à l’intention des gouvernements européens, intitulé « Standards pour l’éducation sexuelle en Europe ».

Ce sont justement ces standards que le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, du parti libéral Plateforme civique (PO), promettait de mettre en œuvre dans les écoles de la capitale polonaise lorsqu’il signait en février dernier une « charte LGBT+ » qui allait enflammer le débat avant les élections européennes et contribuer, en portant ce débat sur le terrain sociétal, à l’éclatante victoire du PiS en mai.

L’initiative citoyenne attribuée à tort au PiS par ses critiques et par certains médias n’interdit donc pas l’éducation sexuelle en tant que telle, contrairement à ce qu’a prétendu le député polonais et militant LGBT Robert Biedroń, chef du parti d’extrême gauche Wiosna, lors du débat au Parlement européen. En réalité, il stipule des peines de 2 à 3 ans de prison pour toute personne « qui promeut ou vante publiquement les comportements à caractère pédophile » ou « qui promeut ou vante publiquement les actes sexuels chez les mineurs ». Ces clauses visent aussi les personnes qui agiraient ainsi par le biais des médias ou en relation avec leur poste ou leur profession ou encore en relation avec une activité liée à l’éducation ou l’enseignement.

Le 25 octobre était justement la date choisie pour l’édition 2019 du « vendredi arc-en-ciel » organisé dans certaines écoles polonaises par l’ONG polonaise Kampania Przeciw Homofobii (KPH, Campagne contre l’homophobie »). Une action qui suscitait comme l’année dernière de fortes résistances. Cette année, pour éviter d’être tenue responsable, la KPH passe par les associations d’élèves comme celle qui prétendait organiser le 24 octobre, dans un lycée de Poznań, une « journée de la jupe » lors de laquelle les élèves des deux sexes étaient invités à venir en jupe. Si cette journée avait eu lieu, ce qui n’a pas été le cas en raison des réactions négatives, les garçons en jupe avaient la promesse qu’ils ne seraient pas interrogés par leurs professeurs ce jour-là.

Pour revenir au projet de loi citoyen « Stop à la pédophilie », plusieurs manifestations et événements ont été organisés dans la semaine qui a suivi les élections du 13 octobre sous l’intitulé « Automne moyenâgeux ». Parmi ces actions de protestation, une discothèque avec drapeaux LGBT a été organisée sous la fenêtre depuis laquelle le pape Jean-Paul II s’adressait aux habitants de Cracovie quand il s’y trouvait lors de ses pèlerinages en Pologne. C’était le 16 octobre, pour le 41e anniversaire de l’élection de Saint Jean-Paul II au trône de Saint Pierre. Pourtant, ce n’est pas l’Église qui est à l’origine du projet de loi citoyen contre lequel les manifestants souhaitaient protester.

Si le PiS a refusé de rejeter ce projet de loi en première lecture, ce qui est un engagement de principe pris avant les élections de 2015 pour ce qui concerne les initiatives citoyennes, il n’est pas dit que cette nouvelle initiative ne subira pas le sort de celle qui voulait interdire les avortements eugéniques (pour motif d’anomalie ou maladie grave et incurable de l’enfant à naître) et que le PiS a, après son adoption en première lecture en 2017, bloqué en commission jusqu’à la fin de la législature.

Source : Visegradpost

Voir aussi

Législatives en Pologne : les « ultra-conservateurs » natalistes conservent la majorité absolue

L'empire du bien continue d'empirer

La chronique d’Éric Zemmour à l'occasion de la réédition de l’un des chefs-d’œuvre de Philippe Muray publié pour la première fois en 1991. Toujours aussi jubilatoire. Et prophétique.

Il est devenu une légende. Un mythe. Une référence suprême. On se passe ses bons mots comme autant de clins d’œil complices, de codes de reconnaissance et de connivence, entre une blague de Coluche ou Desproges et une citation de grands écrivains de ce XIXe siècle qu’il connaissait si bien. Il est de ces auteurs que Fabrice Luchini aime à lire au théâtre et la figure tutélaire d’une « réacosphère » que les progressistes n’osent pas égratigner. Trop drôle, trop féroce, trop lucide, Philippe Muray est intouchable. Depuis sa mort en 2006, il a acquis un statut de prophète de notre monde hyper-individualiste qui noie dans la fête (homo festivus) sa vacuité spirituelle. Alors, quand l’occasion est donnée de relire le maître, de se délecter de ses trouvailles et bons mots, on se précipite pour aller voir si sa réputation de Cassandre ne s’est pas démentie avec le temps. Lui-même avait exercé ce devoir d’inventaire en 1998, soit sept ans après la parution de son célèbre Empire du Bien, pour une préface à la hauteur de sa réputation : « Depuis l’empire du Bien, le bien a empiré, attaquait-il. Le bien, en 1991, était dans les langes, mais ce petit Néron de la dictature de l’Altruisme avait déjà de sérieux atouts de côté. » Il en profitait pour aligner dans son viseur Jack Lang, qu’il se reprochait d’avoir dédaigné en dépit de ses coupables états de service d’ancien ministre de la Culture socialiste, et grand ordonnateur des fêtes officielles, Fêtes de la musique, Gay Pride, etc. : « dindon suréminent de la farce festive […] combinaison parfaite et tartuffière de l’escroquerie du bien et des méfaits de la fête. »

Encore vingt ans plus tard, où en sommes-nous ? Muray est victime à son tour de la malédiction du « en même temps. » À la fois dépassé et indépassable. Homo festivus n’est plus maître du monde. Il se défend — de plus en plus mal - contre le retour du tragique. Ses ours en peluche et ses bougies font pâle figure après les attentats meurtriers commis par les djihadistes. L’internationalisme démocratique et droit de l’hommiste de « la fin de l’Histoire » (le livre de Fukuyama est contemporain de celui de Muray, et les deux viennent tout naturellement après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du communisme) recule partout face à la realpolitik des leaders nationalistes qui ont émergé dans les vieilles nations — et les anciens Empires — qui entendent bien ressusciter : le Russe Poutine, le Turc Erdogan, le Chinois Xi Jinping, ou encore l’Indien Modi. Les peuples occidentaux se révoltent contre leurs élites qui avaient programmé leur douce euthanasie : c’est le populisme, ce cri des peuples qui ne veulent pas mourir, qui sape les fondements de l’Empire du bien au cœur même de l’Empire : Trump, le Brexit, sans oublier la Hongrie, la Pologne, l’Italie…

Mais c’est au moment où l’histoire semble le rendre désuet que notre Muray nous est le plus utile. Devant l’adversité, le « petit Néron de la dictature de l’Altruisme » a encore grandi. Le tyran s’est entièrement dépouillé de ses habits de lumière festifs. Il donne désormais toute sa mesure tyrannique, voire totalitaire, que Muray avait annoncée, cette « envie de pénal » qu’il avait détectée : lois liberticides étouffant les paroles rebelles sous couvert de lutte contre « les fake news » [bobards], procès en rafale contre tous les dissidents enfermés dans « la cage aux phobes », selon sa formule géniale, sans oublier l’utilisation massive du tapis de bombes des médias pour accoucher du monde nouveau. Lisons-le : « Le consensus n’est qu’un autre nom pour servitude […] L’intéressant, c’est que le lynchage prend maintenant des masques progressistes. Le lynchage accompagne le consensus comme l’ombre accompagne l’homme […] La passion de la persécution reprend, je le répète, un poil de la bête terrible sous les croisades philanthropes. »

Au début des années 1990, on pouvait encore croire que certaines excroissances de l’Empire du Bien ne toucheraient pas la France, pays protégé par son archaïsme même, sa futilité, sa légèreté, son génie propre : « Un pays où le féminisme anglosaxon et le déconstructivisme derridien n’ont jamais pu réellement adhérer, prendre racine en profondeur, ne peut être tout à fait mauvais. C’est bien pour cela que nous inquiétons. Il faudra un jour nous liquider. Nous coloriser nous aussi. Nous convertir intégralement. »

C’est fait. Ou presque. Il y a encore quelques résistances, quelques Catherine Deneuve pour défendre les « porcs », quelques universitaires pour affronter à mains nues la mouvance décoloniale, mais ils sont submergés par la puissance de feu (médiatique, judiciaire, politique, économique) de « l’Empire du bien ». Celui-ci, d’abord surpris par une rébellion populaire qu’il n’attendait plus est passé à la contre-offensive : « “Jamais l’égoïsme ne s’était montré plus à découvert, mais le bien public, la liberté, la vertu même étaient dans toutes les bouches”, constatait Mme de Ménerville dans l’ambiance de 1789. Nous en sommes là exactement. Je cite quelques écrivains parce qu’ils sont seuls à avoir su, à avoir su voir, à avoir su dire, que ce sont toujours les pires salauds qui s’avancent le cœur sur la main. » Muray ne serait pas surpris par l’arrivée de Macron à l’Élysée : « À chaque siècle son Tartufe. Le nôtre a un petit peu changé. Il s’est élargi, étoffé. Il est membre fondateur de plusieurs SOS-Machin, il a fait les Mines ou l’ENA, il vote socialiste modéré, ou encore progressiste-sceptique, ou centriste du troisième type. »

« L’Empire du bien » s’impose toujours avec le cœur en drapeau : « Nous sommes en pleine dévotion cordicole. En plein culte du Cœur-roi. En plein nœud cordien. » Mais il ne cache plus désormais son gros bâton pour réprimer tous ceux qui osent ne pas se soumettre. À l’époque de Muray, l’illusion consensuelle avait encore cours. Ce temps-là est révolu. Là aussi, Muray nous l’avait annoncé : « Le pamphlet à Cordicopolis serait devenu un genre impossible ? Et si c’était le grand contraire exactement ? Si tout grand livre, désormais, si tout récit de mœurs bien senti, tout roman un peu énergique, devait de plus en plus virer, comme fatalement, même sans le vouloir, au pamphlet le plus véhément ? […] Car l’avenir de cette société est de ne plus pouvoir rien engendrer que des opposants ou bien des muets. »

À chacun de choisir son camp, opposant ou muet.


L'Empire du bien
de Philippe Muray
paru le 29 août 2019
chez Perrin,
à Paris,
dans la collection Tempus,
142 pp.
ISBN-10 : 2262080771
ISBN-13 : 978-2262080778

Non, la France n'a pas toujours été terre d'immigration

Un entretien avec Michèle Tribalat dans les colonnes du Figaro. La démographe juge que le président de la République a une vision erronée de l’histoire de l’immigration en France. Son dernier ouvrage paru est « Statistiques ethniques, une querelle bien française », L’Artilleur, 2016.

LE FIGARO. —Dans Valeurs actuelles, Emmanuel Macron juge que « nous avons toujours été une terre d’immigration ». Partagez-vous cette appréciation ?

Michèle TRIBALAT. – S’il est vrai que des étrangers ont de tout temps voyagé en Europe, on ne peut en déduire que la France a été de tout temps une terre d’immigration. En 1851 on ne compte que 381 000 étrangers en France, soit 1 % de la population. Il s’agit de voisins européens installés en France, des Belges en grand nombre, notamment. C’est vrai que la France a connu une immigration étrangère précoce par rapport à la plupart de ses voisins, où celle-ci s’est surtout développée dans les années 1960 ou après. La grande vague migratoire des années 1920 a amené en France de nombreux Italiens et Polonais. En 1931, la proportion d’immigrés (nés étrangers à l’étranger) était de 6,6 %. Je suis donc sidérée par les erreurs du président qui déclare, dans Valeurs actuelles, après avoir affirmé que « nous avons toujours été une terre d’immigration », qu’« on a toujours eu 10 à 14 % de la population qui était d’origine étrangère ». En réalité, la France a connu trois grandes vagues migratoires, celle des années 1920, interrompue par la récession et la guerre ; celle des Trente Glorieuses, suivie d’une décrue lors du dernier quart du XXe siècle ; et la vague qui a démarré avec le XXIe siècle et qui est d’intensité comparable, pour l’instant, à celle des Trente Glorieuses. Comment pourrait-on avoir eu une population d’origine étrangère d’une grande stabilité, ne serait-ce que sur cette longue période ? Et qu’entend le président par population d’origine étrangère ? D’après les dernières données diffusées par l’Insee, nous aurions un peu plus de 14 millions de personnes d’origine étrangère sur deux générations en 2018, soit 21 % de la population. J’avais déjà été frappée par la bévue de Gérard Collomb, qui, devant la commission des Affaires étrangères, « évaluait » à 200 000 la population d’origine étrangère en Île-de-France, ce qui lui paraissait déjà beaucoup, sans choquer personne dans l’assistance. Pourtant, ça ne représenterait que 1,7 % de la population de la région ! Le président n’a pas d’idées plus claires sur les tendances de l’immigration étrangère et ses effets démographiques.




– Quels enseignements tirer de la comparaison des vagues d’immigration ?

– La composition par origine de la population immigrée a beaucoup changé. En 1982, en France métropolitaine, 56 % des immigrés étaient d’origine européenne et 33 % étaient originaires d’Afrique. Dans l’ensemble de la France hors Mayotte en 2018, ces proportions sont respectivement de 33 % et 46 %. Le courant migratoire qui a le plus augmenté est celui en provenance de l’Afrique hors Maghreb (près de 18 % dans l’ensemble de la France hors Mayotte en 2018, contre 4,3 % en 1982 en métropole). L’effacement de la contribution européenne est encore plus visible sur les jeunes d’origine étrangère de moins de 18 ans : en France métropolitaine, en 2017, seulement 22 % de ceux-ci sont d’origine européenne, 40 % d’origine maghrébine et 20 % originaires du reste de l’Afrique. Ce qui a beaucoup changé aussi, c’est l’intensité des concentrations, que nous avons mesurée avec Bernard Aubry, pour les jeunes d’origine étrangère de moins de 18 ans. À la fin des années 1960, la proportion de jeunes d’origine étrangère dans les communes d’au moins 5000 habitants était proche de 15 %. Elle s’est beaucoup accrue, notamment dans les communes d’au moins 30 000 habitants, où elle dépasse 37 % en 2015. On ne peut guère comparer les immigrés européens venus après la guerre à ceux d’aujourd’hui. Les premiers étaient chrétiens et l’endogamie religieuse a favorisé la mixité des unions avec des Français d’origine. Pour les musulmans venus du Maghreb ou du Sahel, l’endogamie religieuse est un obstacle à cette mixité. Par ailleurs, la manière dont était envisagée l’intégration dans les années 1960 n’a rien à voir avec la conception multiculturaliste à laquelle la France souscrit désormais.

– Le président Macron évoque ces citoyens qui font « sécession » avec la République…

– Emmanuel Macron parle de sécession, mais n’a pas l’air de prendre très au sérieux la ferveur religieuse qui se développe notamment chez les jeunes musulmans. Il y voit une compensation, une provocation de la part de personnes qui « se moquent de la religion » qu’elles « utilisent pour provoquer la République », laquelle n’aimerait pas les musulmans. Constat qu’il semble partager. C’est une manière d’accréditer la posture grief. Le président place la responsabilité du côté de la France, qui n’en aurait pas fait assez pour intégrer économiquement les pères et les frères des filles qui se voilent. On retrouve ici la priorité qu’il accorde aux conditions matérielles. D’ailleurs, c’est à la fin de « la fabrique de l’intégration par le modèle économique » des Trente Glorieuses qu’il attribue les problèmes actuels. Manifestement, la fracture culturelle ne l’intéresse pas ou il la juge suffisamment superficielle pour disparaître avec la prospérité. Je ne vois pas de grand changement par rapport à sa déclaration de campagne niant l’existence d’une culture française.

– Macron souligne l’échec des politiques d’assimilation. Qu’en penser ?

– Le mot « assimilation » n’a pas franchi ses lèvres. Il parle de « l’échec de notre modèle » (sans autre précision) qui, conjugué à « la crise que vit l’islam », expliquerait que des filles ou petites-filles d’immigrés se voilent. C’est un peu court ! De quel modèle parle-t-il ? J’ai bien peur que ce soit du modèle économique plus inclusif qu’il appelle de ses vœux. Le modèle d’assimilation français est mort. Il a été abandonné par les élites et officiellement par l’État, sous Jacques Chirac en 2004, lorsqu’il a souscrit au modèle d’intégration multiculturaliste ainsi défini par la Commission européenne : « L’intégration est un processus dynamique à double sens d’acceptation mutuelle de la part de tous les immigrants et résidents des États membres. » L’assimilation, au contraire, est un modèle asymétrique qui privilégie la continuité historique en accordant un privilège à la culture du pays d’accueil. Elle n’a pas tant besoin de politiques particulières que d’un engagement du corps social dans son entier, élites comprises. 



jeudi 24 octobre 2019

Socialisation — Plus du tiers des jeunes Canadiens victimes de violence à l’école

Environ 35 % des jeunes Canadiens de 14 à 21 ans disent avoir subi une agression physique à l’école et 12 % ont été agressés sexuellement par un ou plusieurs élèves, selon un sondage mené pour le compte de CBC/Radio-Canada. Un grand nombre de ces gestes ne sont pas rapportés au personnel de l’école.

Cette proportion de jeunes qui disent avoir subi au moins une fois un geste violent est sensiblement la même au primaire et au secondaire, selon les résultats issus d’une consultation en ligne faite auprès de 4065 jeunes du pays.

À l’affirmation Vous avez été agressé physiquement, par exemple, en étant poussé, giflé, frappé ou mordu ou en recevant un coup de pied, 36 % des jeunes ont répondu que cela leur était arrivé au moins une fois au deuxième cycle du secondaire (qui correspond au high school hors Québec). 35 % donnent la même réponse pour ce qui est des années passées au primaire et au premier cycle du secondaire.

Les garçons sont en proportion plus nombreux que les filles à avoir été victimes de violence physique (environ 40 % contre 30 %).

Environ le tiers des jeunes disent avoir été menacés de violence au moins une fois au primaire et au secondaire.




Par ailleurs, au deuxième cycle du secondaire, 57 % des jeunes disent avoir été la cible de propos ou de commentaires haineux au moins une fois, en personne ou en ligne, de la part d’autres élèves. Cette proportion est de 47 % pour les années antérieures.


Parmi ceux qui disent avoir été victimes de violence (que ce soit des insultes, des menaces ou des agressions physiques), deux sur cinq ne l’ont pas rapporté au personnel de l’école.

Environ la moitié des jeunes interrogés dans le cadre de cette enquête étaient toujours à l’école secondaire au moment de répondre au sondage, tandis que l’autre moitié suivaient des études postsecondaires ou n’étaient plus à l’école. Ces jeunes étaient donc appelés à se remémorer leurs années passées au primaire et au secondaire.

Violences sexuelles à l’école

Une section du sondage concerne les actes à caractère sexuel non désirés, le harcèlement et les agressions sexuelles.


Pour toutes les années passées à l’école (de la maternelle à la fin du secondaire), environ le quart des jeunes disent avoir reçu des commentaires non désirés à caractère sexuel de la part d’autres élèves (y compris par les textos ou les réseaux sociaux) ; la même proportion dit avoir été l’objet de rumeurs ou de messages de nature sexuelle les concernant. La proportion est notablement plus élevée chez les filles.

Un jeune sur cinq dit avoir subi des contacts sexuels non désirés (26 % chez les filles, 14 % chez les garçons).

Finalement, 12 % des jeunes disent avoir été agressés sexuellement à l’école par un autre jeune ou par un groupe de jeunes (15 % chez les filles, 9 % chez les garçons).



Dans 62 % des cas, les jeunes n’ont pas rapporté ces faits au personnel de leur école.

Parmi ceux et celles qui ont subi du harcèlement sexuel ou une agression sexuelle à l’école, un quart disent que c’est arrivé la première fois avant le secondaire. Environ la moitié affirment que c’est arrivé entre le secondaire 1 et le secondaire 4.



Peu de signalements

Une faible proportion de jeunes rapportent la violence subie, et surtout la violence sexuelle, mais ceux qui dénoncent ces gestes sont plutôt contents du suivi fait par l’établissement : 70 % se disent très satisfaits ou assez satisfaits de la réponse de leur école.

Les élèves rapportent peu ces gestes, et ça ne nous surprend pas, c’est corroboré par les études sur les agressions, explique en entrevue l’auteure de la recherche, Heather Scott-Marshall.

Particulièrement en matière de violence sexuelle, il y a une stigmatisation associée au fait de rapporter et il y a souvent une crainte de subir des représailles. Il peut aussi y avoir un sentiment de honte ou de culpabilité. De jeunes femmes pensent aussi que ce n’est pas assez important pour le rapporter ou qu’on ne les croira pas.

Une jeune fille se protège le visage à l’aide de son bras et fait « stop » avec son autre main.

La violence sexuelle entre élèves est fréquente au secondaire, mais se produit aussi au primaire.

 
Entretemps, les parents qui instruisent leurs enfants à la maison s’inquiètent

De légères différences régionales

De façon générale, les jeunes du Québec étaient proportionnellement un peu moins nombreux à avoir subi de la violence physique ou sexuelle que les jeunes ailleurs au Canada. Pour ce qui est de la violence sexuelle, les jeunes des Prairies étaient proportionnellement un peu plus nombreux à en avoir été victimes.


Par exemple, 12 % des répondants au Québec affirment avoir été menacés avec une arme (tous types confondus) au moins une fois au deuxième cycle du secondaire, alors que la proportion est de 18 % dans l’ensemble du Canada.

Et 14 % des jeunes au Québec disent avoir eu au moins un contact sexuel non désiré dans leur parcours scolaire, alors que c’est 20 % dans l’ensemble du Canada et 25 % dans les Prairies.

Une étude d’envergure
À notre connaissance, c’est la première étude pancanadienne sur la violence entre les élèves à l’école, dit l’auteure de la recherche, Heather Scott-Marshall, présidente de Mission Research et professeure de santé publique à l’Université de Toronto.

Les études publiées jusqu’ici se penchaient surtout sur la violence dont sont victimes ou dont sont témoins les enseignants et le personnel de l’école, explique-t-elle. Ici, on a interrogé directement les élèves, ce qui est une des forces de la présente étude, précise-t-elle.

Gros plan de profil sur les mains d’élèves du secondaire qui écrivent dans leurs cahiers ou textent sur leur téléphone, en classe.

La violence psychologique s’exerce souvent par l’entremise de la messagerie et des réseaux sociaux.


Et les résultats ne sont pas si surprenants, poursuit-elle, en considérant les études qui existent sur la violence rapportée par les enseignants : plus de la moitié rapportent avoir été victimes ou témoins de violences commises par des élèves.

Source : Maria Yau et Janet O’Reilly, « 2006 Student Census, Grades 9–12 »

Une étude qui renforce les constats

Des données provinciales recueillies au fil des ans, au Québec par exemple, pointent aussi vers ces problématiques dans des proportions similaires, même si les méthodologies, les questions et les échantillons sont différents de ceux de l’étude actuelle.

Par exemple, pour 2017, 37,3 % des jeunes Québécois questionnés disent avoir été bousculés intentionnellement et 26,6 % affirment avoir été frappés quelquefois, souvent ou très souvent dans le contexte scolaire au primaire, selon les données du Groupe de recherche sur la sécurité et la violence dans les écoles québécoises.

Le Québec recueille aussi des données sur les violences sexuelles dans le contexte de relations amoureuses. En 2016-2017, 5,4 % des garçons et 16,8 % des filles au secondaire disent avoir subi de la violence sexuelle dans le cadre d’une relation amoureuse dans la dernière année.

Les données [que nous venons de recueillir pour l’ensemble du Canada] sont préoccupantes, compte tenu des politiques et des procédures mises en place qui sont censées réduire la violence dont sont victimes les élèves, dit Mme Scott-Marshall. « Il y a eu le projet de loi 56 au Québec, le projet de loi 13 en Ontario et d’autres ailleurs » qui s’attaquent notamment à l’intimidation et à la violence.

Je pense qu’on a atteint une limite des ressources. Aussi, les réseaux sociaux représentent un médium de plus où les jeunes peuvent être intimidés, harcelés. Et je ne crois pas que les écoles disposent des moyens suffisants pour mettre en œuvre tout ce qu’il faut pour s’attaquer à ces problèmes.

Au Québec, l’an dernier, le Comité contre les violences sexuelles dans les écoles réclamait une loi pour s’attaquer au problème, qui, selon les milieux, serait beaucoup plus répandu que ne le laissent croire les chiffres officiels.


 

mercredi 23 octobre 2019

Mathieu Bock-Côté : la démographie a chassé les nationalistes de Montréal

Discussion avec Mathieu Bock-Côté, chroniqueur blogueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec et animateur du balado « Les idées mènent le monde » à QUB radio : Retour sur son texte : « Deux Québec dans un ».




Un texte de Frédéric Lacroix sur le même sujet :

La débâcle du Parti Libéral du Québec (PLQ), en octobre 2018, est en train de nous faire oublier quelque peu la chape de plomb que ce parti a fait peser sur le Québec pendant de trop longues années. Mais ignorer l’histoire, c’est se condamner à la revivre. Rappelons-nous que le PLQ a fait main basse sur le pouvoir pendant 15 ans, grâce à une stratégie électorale reposant sur deux piliers : Maximiser les volumes d’immigration et s’assurer que les immigrants admis au Québec se « québécisent » le moins possible. Au cours du temps, cela a consolidé et augmenté le nombre de circonscriptions « sûres », où les fédéralistes sont quasi certains de remporter une éventuelle élection.

Les résultats d’octobre 2018 sont révélateurs. Alors que le PLQ a subi la pire débandade de son histoire avec le score électoral le plus faible depuis la Confédération (24,8 %), il a tout de même réussi à récolter 31 sièges. Ce n’est pas anodin. Il domine ainsi outrageusement l’île de Montréal où il a raflé 19 sièges sur 27. On notera que si sa domination se limitait autrefois au « West-Island », elle fait maintenant tache d’huile vers l’est. Le PLQ a raflé non seulement la totalité des sièges dans l’ouest (13 sur 13), mais également six sièges sur quatorze dans l’est. Vers l’est seulement ?


Non ! Vers le nord aussi.

Le Parti Québécois arrivait autrefois (il y a 15 ans à peine !) à faire élire des candidats sur l’île de Laval. C’est chose du passé. À Laval, le PLQ a remporté cinq sièges sur six en 2018. Lors des élections fédérales d’octobre 2019, son frère jumeau le PLC a raflé TOUTES les circonscriptions fédérales de l’île de Montréal et de Laval à l’exception de deux, le Bloc québécois n’ayant réussi qu’à conserver la circonscription de la Pointe-de-l’île.

Laval est entièrement tapissé de rouge. Pourquoi ? L’immigration massive a provoqué l’effondrement de la proportion de francophones langue d’usage (langue parlée le plus souvent à la maison). De 2001 à 2016, le pourcentage de francophones à Laval a chuté de 77,5 % à 65,1 %, tandis que la proportion d’anglophones augmentait de 11,5 % à 15,4 %.

En 15 ans seulement, grâce à de forts volumes d’immigration combinés à une volonté hypocrite de ne pas québéciser, le PLQ/PLC a réussi à verrouiller plusieurs circonscriptions supplémentaires dans la région de Montréal, c’est-à-dire à y rendre l’alternance politique pratiquement impossible. Aujourd’hui, les partis nationalistes sont éjectés de l’île de Laval. J’en ai parlé plus longuement ici.



Cet effondrement du poids des francophones dans la région de Montréal va se poursuivre dans l’avenir prévisible. Je ne l’invente pas. Statistique Canada nous l’a confirmé dans une publication relativement récente sur les projections démolinguistiques jusqu’en 2036.

En voici le résumé. Le français va reculer au Québec, selon tous les scénarios projetés. Le pourcentage de francophones (langue maternelle) baissera de 78,9 % en 2011 à 69 % en 2036. En parallèle, fait nouveau, le pourcentage d’anglophones augmentera de 8,2 % à 8,7 %. Le déclin du français se fera sentir sévèrement sur l’île de Montréal, mais aussi dans toute la grande région de Montréal. Malheureusement, Statistique Canada n’a pas fourni un découpage géographique plus précis dans ses projections, découpage qui aurait permis d’estimer concrètement les impacts du recul du français hors de l’île de Montréal (sûrement un simple oubli ?).

Heureusement, la thèse de doctorat de Patrick Sabourin, rédigée dans le cadre du groupe d’Alain Bélanger à l’INRS, offre un découpage spatial plus adéquat pour ceux qui cherchent à extraire la signification politique des projections démolinguistiques. Cette thèse utilise une méthode analogue à celle de Statistique Canada et effectue des projections jusqu’à l’horizon 2056.

Donc, vers le nord seulement ?

Non ! Vers le sud également !

Prenons, par exemple, la division de recensement de Longueuil, l’exemple typique d’une banlieue « francophone ». Que s’y passera-t-il si la tendance se maintient ? Mais oui. La même chose qui s’est passée à Laval, qui était encore, il n’y a pas si longtemps, une banlieue « francophone » typique.

Dans la division de recensement de Longueuil, les projections démolinguistiques de l’INRS indiquent que le pourcentage de francophones, langue maternelle, passera de 76,5 % en 2006 à 55,7 % en 2056, soit une perte de 20,8 points en 50 ans. Le pourcentage d’anglophones restera quant à lui quasi stable (8,7 % à 8,4 %). Pour la langue d’usage, le pourcentage de francophones passera de 79,6 % à 68,2 %. Fait important à noter, le pourcentage d’anglophones, langue d’usage augmentera de 10,8 % à 11,9 %.

L’essentiel de cette augmentation du pourcentage d’anglophones, langue d’usage, sera dû aux transferts linguistiques vers l’anglais effectués au Québec même. Il faut savoir qu’en 2011, par exemple, le taux de transfert vers le français des allophones était de seulement 54 %, le reste, soit 46 %, allant vers l’anglais. Ceci alors que les anglophones ne représentent globalement qu’une petite minorité au Québec.

Mais les anglophones recueillent une quantité absolument disproportionnée des transferts linguistiques effectués au Québec. Il faudrait qu’environ 90 % des transferts aillent vers le français pour que nous soyons assurés que le solde des transferts linguistiques ne favorise pas indûment l’anglais. Nous sommes loin, très loin du compte.

Les conséquences de cet effondrement du poids des francophones à Longueuil seront les mêmes que celles que nous subissons actuellement à Laval. Les partis nationalistes seront expulsés de cette région. Graduellement, les partis fédéralistes vont devenir compétitifs à Longueuil. On peut prévoir qu’ils deviendront bientôt indélogeables. On notera d’ailleurs que le PLC a remporté sans trop de difficultés deux des comtés de la Rive-Sud de Montréal inclus dans la division de recensement de Longueuil lors des élections fédérales d’octobre 2019. L’avenir est déjà là…

Vers l’est, vers le nord et maintenant vers le sud. On peut s’écrier, comme dans le conte de Perrault : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie ».

Si Anne continue de ne rien voir, il se passera ceci : Longueuil, comme Laval, va se « West-Islandiser ». Le résultat des élections fédérales d’octobre 2019 est un avertissement supplémentaire. Le Québec français doit bouger. Sinon, il sera laminé politiquement. À assez court terme.

La CAQ ne semble pourtant pas être en faveur d’un renforcement de la loi 101. Il semble que la CAQ ne voie rien venir.


mardi 22 octobre 2019

Médias canadiens silencieux — L'indignation de Yaniv a fait du Canada la risée du monde (mà-j vidéo)

Le tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique s’est prononcé aujourd’hui contre l’activiste transgenre Jonathan « Jessica » Yaniv, qui avait officiellement déposé des plaintes pour « discrimination » contre un certain nombre d’esthéticiennes immigrantes qui avaient refusé d’épiler ses parties génitales en partant du principe qu’en tant que « femme » autodéclarée, il y avait droit comme toute autre femme. Le tribunal a décidé que les esthéticiennes, travailleuses à domicile, avaient le droit de refuser de manipuler les organes génitaux masculins contre leur gré.

« La législation sur les droits de la personne n’exige pas qu’un fournisseur de services épile un type d’organes génitaux pour lequel il n’a pas été formé et qu’il n’a pas consenti à épiler », a déclaré le tribunal.

La décision a en outre conclu que Yaniv « s’était livré à une conduite inappropriée », « avait déposé une plainte à des fins inappropriées » et que le témoignage de Yaniv était « de mauvaise foi et intéressé. »

Le tribunal a condamné Yaniv aux dépens.

Billet originel du 16 août 2019

L’ancien chroniqueur de la CBC, le Terre-neuvien Rex Murphy s’est insurgé contre les poursuites frivoles de Yaniv, cet homme qui se dit femme, et la lâcheté médiatique qui les a accompagnées.

Le passage sous silence de l’affaire Yaniv symbolise pour lui la lâcheté journalistique, la peur de critiquer les lubies pieuses du progressisme militant.

Jessica Yaniv, un Britanno-colombien qui se dit femme, a porté plainte devant le Tribunal des droits de l’homme contre des entreprises parce que celles-ci auraient discriminé contre Yaniv à cause de son identité de genre.

Un de mes amis s’est récemment rendu à son garage local, affirmant qu’il était une Chevrolet Nova 1979 restaurée et il leur a demandé de vérifier le carburateur et d’équilibrer ses pneus. Les garagistes ont répondu qu’ils n’en feraient rien parce qu’il n’avait pas de carburateur et pas plus de pneus et qu’ils ne travaillaient que sur les « voitures ». Ils ont été convoqués au Tribunal local des droits de la personne (après un arrêt pour acheter des pièces de rechange).

Cette étrange, inquiétante et effrayante affaire dont a été saisi le Tribunal des droits de la personne de Colombie-Britannique a eu des répercussions dans le monde entier. Il s’agit de cette personne aux identités diverses sur Internet, parfois Jonathan ou d’autres fois Jessica Yaniv, qui a lancé une campagne pour forcer des esthéticiennes à lui faire une « épilation brésilienne » sur ses testicules et son pénis toujours bien présents. Yaniv a porté plainte contre toutes ces dames. [Rappelons que porter plainte ne coûte rien à celui qui se plaint à ces tribunaux des droits de l’homme.]

Comme je l’ai écrit la semaine dernière, il s’agit uniquement de femmes, certaines immigrantes et souvent économiquement défavorisées et culturellement marginalisées — 16 au total, selon la plupart des sources. Au moins une, d’origine brésilienne, a dû fermer sa petite entreprise. Toutes ont été soumises à d’intenses pressions. Le désagréable plaintif, Yaniv, est connu pour son hostilité envers les immigrants : il a publié sur les réseaux sociaux, alors qu’il se alors faisait appelé Jonathan, des messages particulièrement insultants à l’encontre des nouveaux arrivants au Canada. Certaines des esthéticiennes ont payé 2500 dollars à Yaniv pour qu’il les laisse tranquilles, tandis que Yaniv a abandonné sa plainte envers d’autres qui avaient embauché un avocat, à leurs frais.


Yaniv dans ses œuvres (vidéo en anglais, Yaniv et sa mère agressent un homme)

C’est une affaire très troublante à plusieurs égards, au-delà du harcèlement de ces femmes. Cela soulève des questions non seulement sur ce tribunal des droits de la personne, mais également sur bon nombre des principaux médias au Canada.

Commençons par la fin : le Times de Londres a publié un article sur cette histoire, une émission de radio irlandaise populaire a parlé à Yaniv (irrité des questions qu’on lui posait, Yaniv a raccroché, mais seulement après avoir dit être capable de tomber enceint). Aux antipodes, The Australian a relaté par le menu cette affaire. Des centaines d’autres sites d’actualités et de blogues sérieux et largement suivis au Canada, aux États-Unis et à l’étranger ont fait de même.

Ce n’est pas une histoire purement d’intérêt local. Et quand Ricky Gervais, le maître du tweet, a lancé ce missile de lucidité condensée, l’affaire a connu sur Twitter l’équivalent d’un décollage de mission Apollo : « Une femme a le droit de dire : “Je n’épile pas les testicules. Ni sur un homme ni sur une femme.” Fin de la discussion. Pas de sexisme. Pas d’homophobie. Pas de transphobie. » Le monde entier a tendu l’oreille, surpris par ce conte sordide.

Pour ma part, Yaniv n’est pas l’essentiel de l’histoire, il m’apparaît comme un opportuniste, cruel, égocentrique et narcissique qui instrumentalise les fixations sans cesse changeantes de la politique d’identité et de genre à la recherche (a) de notoriété (b) d’un gain potentiel et (c) d’un certain plaisir à pousser et à insulter les personnes démunies, en particulier les Asiatiques et les nouveaux arrivants (voir ma chronique de la semaine dernière), plaisir personnel très discutable.

Mais qui a couvert cette affaire — en dehors du National Post et du Toronto Sun — dans les grands médias de ce pays ? CTV, CBC, le Globe and Mail, le Toronto Star ? Silence. [Le site de Radio-Canada ne semble avoir aucun article récent mentionnant un Yaniv.] Les chaînes de télévision ont peut-être une excuse. Après tout, vous ne pouvez pas vous attendre à passer sept heures à écouter le témoignage de Mueller [Note du carnet : qui bredouillait, ne pouvait rien dire, car ce n’était pas de son ressort, ne se souvenait pas, etc.], à couvrir la présidence de Trump toutes les 15 minutes et à raconter une histoire de harcèlement d’immigrants et de comportement pour le moins étrange et glauque à Vancouver. (Si Trump avait tweeté sur le sujet, bien sûr, les journalistes en discuteraient sans fin d’un ton infiniment indigné.)

N’est-ce pas une nouvelle nationale que le Tribunal des droits de la personne de Colombie-Britannique accorde à cette personne apparemment agressive et très controversée une telle attention, un tel crédit respectueux ? Alors même que 16 femmes passent à travers ce qui doit leur apparaître comme l’effrayant broyeur de la justice qui vient les tourmenter ? Pourquoi les médias canadiens ne relatent-ils pas au moins ce par quoi ces femmes passent ?

Est-ce simplement parce que même le mot « transgenre » est de la « kryptonite » pour les courageux médias qui, dans d’autres circonstances, sont toujours soucieux de dire la « vérité aux puissants » ? Le passage sous silence de cette histoire est de la lâcheté journalistique, la peur d’offenser les lubies pieuses du progressisme militant.

Pour ce qui est du Tribunal, suffit-il — voir l’épigraphe sarcastique ci-dessus — que quelqu’un entre dans leurs bureaux déclare « Je suis une femme trans et je ne peux pas m’épiler le scrotum » pour qu’il décide de bien vouloir entendre officiellement la cause ? Est-ce vraiment tout ce qu’il suffit de faire ?

Les membres de ce tribunal [dont les règles sont différentes des autres tribunaux de justice] ont-ils pensé peut-être si 16 - 16 ! – femmes ont unanimement refusé d’épiler Yaniv, le problème était plus probable avec ce client potentiel et non avec les prestataires ? Ont-ils considéré le bouleversement de leur vie aussi solennellement qu’ils ont accepté cette plainte manifestement nuisible, frivole, insensée et narcissique ?

Dans mon article de la semaine dernière, je déplorais le manque de bon sens du Tribunal. Cette semaine, je me demande où est leur sympathie, leur compassion pour les nouveaux venus — et utiliser l’un de leurs termes préférés, pour les marginaliser ? La femme du Brésil a perdu son revenu alors que Yaniv jouit d’une grande publicité [et de quelques revenus supplémentaires extorqués à des femmes apeurées par ces poursuites en justice.]

Ces femmes ne choisissent pas d’épiler les organes génitaux d’autrui par amour pour cette occupation. Elles sont pauvres. Elles tiennent probablement à subvenir aux besoins de leurs enfants afin que ceux-ci ne soient jamais confrontés à la corvée déplaisante consistant à s’occuper des parties privées d’autres personnes, hommes ou femmes. Ces personnes désintéressées qui sont prêtes à faire ce travail sont, à juste titre, des figures héroïques. Des parents qui font ce que tous les parents dignes font : travailler pour le bien de leurs enfants. Mais maintenant, les voilà « accusées » devant un tribunal canadien, accusées d’être des bigots transphobes.

Je ne vous dérangerai pas en énumérant longuement les autres activités présumées de Yaniv. Mais imaginez une fixation sur les tampons sanitaires et sur les très jeunes filles, l’envoi de textos à de jeunes filles en y joignant des images de pornographie enfantine, des propositions de baignades entièrement nues avec des enfants de 12 ans et vous pourrez facilement vous faire une idée du personnage.

Certaines personnes ont réellement besoin de la protection d’un tribunal des droits. Mais pas cet être dérangé et menaçant qui veut que ses parties privées soient épilées sous la force de la loi.

Le Canada est la risée de la moitié du monde à cause de cette farce manifeste, mais non moins cruelle.

Jessica/Jonathan Yaniv