lundi 1 juin 2015

Priorité de Québec solidaire en éducation : des cours d'éducation sexuelle « féministe et égalitaire »


Les deux députés de Québec Solidaire
Manon Massé et Amir Khadir
Québec solidaire veut légiférer pour interdire les publicités sexistes et dégradantes envers les femmes (rien sur les hommes transformés en idiots dans les pubs, voir Protégez-vous[1]) et mettre sur pied des cours d’éducation sexuelle « guidés par une perspective féministe et égalitaire » dès l’école primaire. Rien de moins.

Il s’agit là de certaines des mesures adoptées par ce parti réuni en congrès à Montréal durant la fin de semaine.

« Combattre la culture du viol passe par la sensibilisation et l’éducation. C’est pour cela que Québec solidaire fait du retour des cours d’éducation sexuelle une priorité dès l’école primaire », a ajouté Françoise David. Ah, le prétexte de la lutte contre les maladies vénériennes ne fonctionne plus, on parle alors de lutter contre une « culture du viol » ? Rappelons que l’existence même de cette « culture du viol » est sérieusement remise en cause, notamment par manque de preuves statistiques et après les révélations d’histoires de viol universitaire inventées de toutes pièces. Voir aussi article du Time : It’s Time to End « Rape Culture » Hysteria et de US News : Statistics don't support the contention that 'rape culture' is pervasive.

La question de la prostitution a aussi été abordée dans ce congrès. Québec solidaire condamne la répression des prostituées et préconise des mesures socio-économiques, comme le revenu minimum garanti et le développement de services sociaux aux familles, pour contrer le marché du sexe. Un revenu minimum aussi élevé que ce que la prostitution peut rapporter ? Voir ce témoignage d’une escorte qui gagne 20.000 $ avec la prostitution en sus de ses revenus liés à une autre profession...

« Les conservateurs de Stephen Harper mettent les prostitués-es et travailleurs-es [typographie lourde typiquement progressiste] du sexe en danger. Les femmes ne devraient jamais être forcées à entrer dans le commerce sexuel, mais leur criminalisation n’est pas une solution. Il est temps pour les partis politiques présents à l’Assemblée nationale d’avoir une conversation franche sur cet enjeu pour faire pression sur Ottawa ! » a affirmé la députée de Gouin.



[1] « À force de représenter les hommes comme des idiots inaptes à s’occuper de leur famille, on transforme l’exception en norme », estime Dany Baillargeon.


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La pédagogie Montessori en vidéo


France 2 s’est intéressée à la pédagogie Montessori. Découvrez le reportage vidéo.






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Grand mathématicien français place sa confiance dans les écoles libres


Le mathématicien français Laurent Lafforgue (ci-contre) est récemment intervenu lors de la commission d’enquête sur le service public d’éducation, au Sénat le 2 avril 2015. Le lauréat de la prestigieuse médaille Fields y explique pourquoi il a perdu confiance en l’école gouvernementale, celle à laquelle pourtant ses grands-parents, parents et lui-même doivent tout et sont si attachés. Pour relever l’école publique de l’état de déréliction dans laquelle elle se trouve, cela prendra très longtemps, des décennies sans doute. D’ici là, on ne pourrait placer selon son espoir que dans quelques îlots dévolus à la transmission du savoir, au nombre desquels les écoles hors contrat ont un rôle important à jouer pour maintenir la vive flamme de l’espérance.

« Je ne fais plus confiance à l’école dite républicaine, à laquelle toute ma famille et moi-même avions tellement cru, pas plus qu’à l’école privée sous contrat, qui a malheureusement suivi le même chemin.

Ma seule espérance est désormais que subsistent, ici et là, au milieu du désastre général, de petits îlots d’instruction et de transmission des connaissances, grâce au travail d’instituteurs ou de professeurs isolés, dans des écoles publiques ou privées sous contrat, qui restent fidèles à la cause de l’instruction, de la transmission, et font tout ce qu’ils peuvent dans un environnement institutionnel hostile, ou bien dans des écoles hors contrat, qui sont aussi rares que leurs ressources et leurs moyens, mais qui maintiennent vivante la petite flamme de la transmission grâce au dévouement d’instituteurs et de professeurs qui consentent de lourds sacrifices pour exercer leur noble métier conformément à leur conscience. »

[Les écoles hors contrat françaises bénéficient d’une grande liberté de recrutement et de programme comparé au Québec, mais ne reçoivent pas de subventions de l’État. Le gouvernement socialiste a récemment déclaré vouloir renforcer la surveillance idéologique de ces écoles.]

[...]

« Moi qui ignorais jusqu’à l’existence des écoles hors contrat, j’en suis amené à concentrer mon énergie à les soutenir. La présentation, par le fondateur d’une école de ce type, de son programme, m’a frappé par son bon sens. Pourquoi faut-il des écoles spéciales pour entendre ces choses ? Je ne le comprends pas. J’ai des amis qui vivent dans le sud de la France, où ils élèvent cinq enfants. Malgré mes mises en garde, qu’ils ont reçues avec scepticisme, ils les ont mis à l’école, la meilleure du département. J’ai vu, année après année, monter leur inquiétude, et j’ai constaté moi-même, lors de mes visites, les dégâts des méthodes semi-globales, qui sont encore largement pratiquées : en CE2, l’aîné ne savait pas lire. Les parents ont fini par fonder une école, il y a dix-huit mois, en s’associant avec d’autres parents. Les résultats sont là : en un an, leur fils a appris à lire, et il lit désormais beaucoup. Cette école fonctionne pourtant avec des moyens dérisoires, avec deux classes mélangeant plusieurs niveaux et tenues par une institutrice et une mère de famille armée de son seul bon sens. J’ajoute que ces amis ne sont pas des intellectuels : ils tiennent un commerce de fruits et légumes ! »




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dimanche 31 mai 2015

La Grande Noirceur inventée

Texte de Denis Vaugeois, éditeur, historien et ancien ministre des Affaires culturelles, tiré de la préface qu’il signe dans l’ouvrage « Duplessis, son milieu, son époque ».

On a diabolisé Maurice Duplessis et on a inventé une période de Grande Noirceur dont il aurait été l’artisan. Tel Josué, Duplessis aurait arrêté le soleil !

Un jour, j’ai voulu y voir clair. J’ai tapé « Grande Noirceur » sur Google.

J’ai eu droit à une belle entrevue de Fernand Dumont ; j’ai appris que sous Duplessis, il s’était créé 100 000 emplois en 10 ans (1946-1956) (Robert Bourassa devancé par Maurice Duplessis !), que le salaire moyen avait plus que doublé pendant la même période, qu’un million de jeunes étaient fortement scolarisés en 1960 et qu’ils furent en réalité les vrais artisans de la Révolution tranquille. J’ai surtout eu droit à une entrevue avec le sociologue Jean-Philippe Warren racontant, sourire en coin, que lors d’un colloque tenu en 1972, Jacques Ferron, grand contestataire devant l’Éternel, avait demandé : « La Grande Noirceur dont vous parlez, elle a bien eu lieu autour des années 1950 ? C’est curieux, ce sont mes belles années, je ne me suis rendu compte de rien. » J’ai le même problème que Jacques Ferron. Moi non plus, je ne me suis rendu compte de rien ou, du moins, je n’ai pas eu plus de griefs contre Duplessis que j’en ai eu contre Pierre Elliott Trudeau. Duplessis pratiquait la chasse au communisme alors que Trudeau la faisait au séparatisme — et avec pas mal plus de dommages. Si je mets la Loi du cadenas en parallèle avec la Loi des mesures de guerre, franchement la cause est vite entendue. J’ai toujours pensé que Duplessis avait pris la vague et faisait du surf sur la peur du communisme. Je conserve des dizaines de brochures qui lui ont appartenu. On lui en envoyait par paquets. Il devait s’en moquer. Dans ce cas, je crois volontiers qu’il ne les lisait pas, ce qui n’est pas nécessairement révélateur de ses habitudes de lecture en général. Il ne voulait pas projeter une image d’intellectuel.


Entrevue avec Jean-Philippe Warren : mémoire de la Grande Noirceur

Récemment, j’entendais à la radio une de mes voisines d’enfance raconter que son père lui avait expliqué qu’elle n’avait pas obtenu de bourse « parce que son père était un bon libéral ». Curieusement, les deux filles de ladite famille ne reçurent pas de bourses, mais leur frère (qui avait le même père, c’était courant à l’époque) fit des études universitaires. La même voisine rappelait qu’elle était bien avertie de ne pas s’humilier avec les autres gamins qui se jetaient sur la monnaie que Duplessis lançait par terre lors de ses visites traditionnelles au parc Pie-XII. C’est niaiseux, me dira-t-on, mais j’ai bondi. J’ai été moniteur de terrain de jeux pendant plusieurs années et j’en garde plusieurs bons souvenirs. Chaque été, M. Duplessis faisait au moins une visite officielle au parc Pie-XII. Il était fier à juste titre de cet immense parc, tout comme il soutenait l’O.T.J. (l’œuvre des terrains de jeux), responsable de l’animation dans les divers parcs de la ville. Les activités y étaient nombreuses et variées. L’ordre et la discipline y régnaient au moins autant que dans une polyvalente d’aujourd’hui.

Dès l’arrivée du Premier ministre, les moniteurs sifflaient le rassemblement et les jeunes se plaçaient en rangs ; le visiteur leur adressait quelques mots, tel un grand-papa, puis circulait lentement parmi eux. Il demandait les noms, posait des questions précises, faisait mine de connaître les parents et discrètement glissait une pièce de 10 sous dans la main du jeune. Il n’y avait pas de bousculade. La scène n’avait rien d’une basse-cour où les poules se précipitent sur les grains qu’on leur lance.

Autrement dit, depuis un demi-siècle, on raconte n’importe quoi. [...]

Celles et ceux qui ont dirigé le Québec dans les années 1960 avaient été formés pendant cette fameuse Grande Noirceur. Les plus âgés se souviennent de ces mandarins de l’État québécois qui avaient piqué la curiosité des observateurs du reste du Canada. Ils surgissaient de partout, bardés de prestigieux diplômes. Ils étaient nombreux à avoir émergé de la Grande Noirceur. Ce fut le cas également de ces ingénieurs canadiens-français formés dans les chantiers de la Bersimis (I-1956 et II-1959) et dont les réalisations firent la fierté des Québécois et l’émerveillement des spécialistes étrangers. [...]

 
L'école de la Grande Noirceur et d'aujourd'hui selon un cahier d'ECR...
Page 56 — cahier-manuel d'éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée

Le champion de l’autonomie provinciale

[...] Issu d’une famille à l’aise, Maurice Duplessis a tout de même vécu parmi des gens de condition modeste. Au Collège de Trois-Rivières, qu’on appelait le Séminaire Saint-Joseph, il ne développe pas sa légendaire dévotion à Saint-Joseph (elle date plutôt de ses années de pensionnat à Montréal pendant lesquelles il a côtoyé le frère André), mais tout simplement une réelle amitié pour des fils d’ouvriers ou de cultivateurs, ses confrères de classe. Contrairement, là aussi, à une fausse idée reçue, les collèges classiques n’étaient pas les repères d’une petite élite bourgeoise. Ils accueillaient des jeunes dont les parents étaient conscients de l’importance de l’instruction.

Les parents faisaient les sacrifices nécessaires, les curés de paroisse qui avaient repéré les enfants les plus talentueux cherchaient de généreux bienfaiteurs, les autorités des institutions en cause géraient de façon serrée, les prêtres ne gagnaient à peu près rien. Bien sûr, la fonction première de ces institutions était de former de futurs prêtres, mais les autorités acceptaient que tous n’aient pas la vocation. « Beaucoup d’appelés, peu d’élus. »

Le jeune Duplessis est un vrai Trifluvien : un petit dur. Bien élevé, mais toujours un peu rustre. Dans son milieu, la fin justifie les moyens. Il aime la bagarre, prend un coup solide, du moins jusqu’à ce que les médecins l’incitent à la modération vu ses prédispositions au diabète. Sa vie, ce sera la politique ; sa compagne, la province.

Les libéraux lui ont montré la façon de gagner des élections. Il s’en souviendra : le patronage fait partie du jeu politique depuis belle lurette.

Mais rien ne remplace la ferveur populaire. Il le comprend vite. Il s’inquiète de l’emploi pour les ouvriers, des salaires aussi. Au lendemain de la guerre, la reprise économique est au rendez-vous ; les gens travaillent. À Trois-Rivières, les moulins à papier tournent à plein rendement, la Canron (Canada Iron) perpétue la tradition du fer, la Wabasso ou la Westinghouse paient de moins bons salaires à leurs employées féminines, mais celles-ci font tout de même leur entrée dans le monde du travail. L’activité industrielle de Trois-Rivières est à l’image de celle de la région et, en un sens, de celle du Québec. Duplessis sait que cette reprise est fragile. La nervosité des patrons l’inquiète, l’agitation des syndicats aussi. Il veille au grain. Il ne veut pas de conflits. Il connaît le drame du chômage ; il l’a côtoyé.

Victorieux en 1936, Duplessis connaît la défaite en 1939. Elle lui servira de leçon et donnera l’occasion à ses adversaires de commettre des erreurs dont ils ne se relèveront pas facilement.

Duplessis ne pardonnera pas à Adélard Godbout, Premier ministre de 1939 à 1944, les concessions faites au fédéral « pour le temps de la guerre ».

Réformiste lucide, Godbout réalise pourtant plusieurs bons coups, dont la création d’Hydro-Québec, mais il se laisse duper par Ottawa, confie au fédéral l’entière compétence en matière d’assurance-chômage et cède « le droit exclusif de lever les grands impôts directs ».

Leur reconquête alimentera l’action de Duplessis à partir de 1944 : protéger et défendre le « butin » du Québec devient son slogan. Le chef de l’Union nationale sera le champion de l’autonomie provinciale ; il luttera contre toute intrusion fédérale. Et il saura être convaincant ! J’ai le souvenir de mon père qui refusait les allocations familiales instaurées en 1944 par le gouvernement King. Mon père appartenait à une famille libérale, mais l’autonomie provinciale, c’était sacré.





Duplessis, son milieu, son époque
sous la direction de X. Gélinas et L. Ferretti
aux éditions du Septentrion
à Sillery (Québec)
en 2010
520 pages
ISBN
Papier : 9 782 894 486 252
PDF : 9 782 896 645 848





Voir aussi

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mercredi 27 mai 2015

Échec scolaire: et si on essayait la science?

Une étude d’une équipe de l’Université Laval, sous la direction de Simon Larose, levait le voile le 2 février dernier sur les ratés de la réforme scolaire au primaire et au secondaire. Échecs, décrochage et abandon sont trop souvent l’aboutissement des études ; c’est le destin qui attend 30 % des élèves. Il existe pourtant une solution simple pour relancer l’intérêt des jeunes pour l’école, particulièrement chez les garçons : l’enseignement des sciences. Avec des matériaux simples et de la créativité, on peut initier les enfants dès leur plus jeune âge à la chimie, à la physique, à la géologie…

Bien expliquée, la science est la plus vivante des matières et peut être une solution au décrochage des garçons, surtout dans les quartiers défavorisés. C’est ce que soutient depuis longtemps Marcel Thouin, professeur en didactique des sciences de l’Université de Montréal, ainsi qu’il l’expliquait dans un entretien paru dans L’Actualité en 2009. « Les jeunes se montrent vite passionnés par ce qu’ils découvrent. Construire la plus haute tour possible avec des cure-dents et de la pâte à modeler permet de faire avec enthousiasme son initiation à la physique et au génie civil. »

La nature, poursuit ce physicien de formation, est le plus formidable des laboratoires. Surtout pour les gars qu’on mettra au défi de fabriquer planeurs et catapultes avec quelques bouts de bois et des élastiques. Il a vu des garçons considérés comme de futurs décrocheurs se passionner pour les sciences après avoir participé à ce type d’expérience.

Le « renouveau pédagogique », lancé en 2005 pour diminuer le décrochage scolaire, n’a donc pas atteint son premier objectif. On sait moins qu’il a provoqué des dommages collatéraux pour la culture scientifique des jeunes. C’est un fait documenté par le Programme pancanadien d’évaluation des compétences des élèves de la 2e secondaire. Selon ce classement, le Québec est passé du 2e rang des dix provinces canadiennes en 2007 au 9e en 2010 en sciences. Une nouvelle édition du concours, en 2013, montre une légère amélioration dans la performance des Québécois. Mais ceux-ci demeurent derrière les jeunes de sept des autres provinces ; seuls le Nouveau-Brunswick et le Manitoba affichent un pire bilan.

Source

Voir aussi

Québec — La dégringolade en sciences

mardi 26 mai 2015

La réhabilitation philosophique des frontières


Dans son livre Indispensables frontières, le juriste néerlandais Thierry Baudet (ci-contre) remet en question les changements survenus en Europe au cours des dernières décennies. Recension de ce livre par le philosophe Robert Redeker.

Alors que les beaux esprits la tenaient pour enterrée, la question des frontières est de retour. Non seulement dans la politique, comme en témoignent les succès dans toute l’Europe des partis dits populistes, non seulement dans l’actualité, comme en fait foi le drame récurrent des migrants naufragés en Méditerranée, mais aussi et surtout dans la théorie. Au grand dam de ceux qui se sont attribué un droit permanent à la parole, dans l’univers intellectuel, politique, médiatique, ou dans le show-business, la question nationale aussi est de retour. L’essai du juriste hollandais Thierry Baudet, Indispensables frontières, impeccablement préfacé par Pascal Bruckner, fournit un remarquable échantillon de cette double réapparition.

L’idée que les frontières sont superfétatoires trouve sa source dans un croisement récent entre le rationalisme des Lumières et la foi romantique dans la bonté naturelle de l’homme. Cette approche philosophique et sentimentale a pris à la fin du siècle dernier un tour politique et institutionnel. La Communauté européenne, la Cour pénale internationale, la Cour européenne des droits de l’homme ou l’Organisation mondiale du commerce, en diluant la souveraineté des nations, traduisent cette tendance. L’existence de ces organismes s’appuie sur deux concepts : le supranationalisme et le multiculturalisme.

L’effacement des frontières répond à un projet. Certes, celui-ci est politique. Mais il est surtout anthropologique : la substitution d’un nouveau type d’homme, hors-sol, hors traditions, interchangeable, à l’homme ancien, enraciné. Pour y parvenir, détruire l’État-nation est exigé. Multiculturalisme et supranationalisme sont les deux armes — de véritables bombes — utilisées pour cette destruction. Ils diminuent chaque jour un peu plus la souveraineté nationale en écartant les peuples (en qui Gramsci voyait, dans son étude sur Machiavel, les princes modernes) des centres de décision et en réduisant à néant la représentativité politique. Le multiculturalisme génère un pluralisme juridique qui octroie des droits et devoirs différents en fonction des origines des personnes, quand le supranationalisme impose la soumission à des diktats politiques et à des normes juridiques sur lesquels les peuples n’ont aucune prise. Du coup, une mutation de première grandeur s’est opérée ces dernières décennies : « L’idéal de l’indépendance a été remplacé par un idéal d’interdépendance politique. » Devant ce spectacle, le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe !

Aussi éloigné de la conception ethnique de la nation chère au romantisme allemand que de son approche trop abstraite présente chez quelques auteurs français, Baudet la pense comme une communauté à la fois imaginée et territoriale fondée sur la loyauté. Ce trait l’oppose à la loyauté religieuse qui est extraterritoriale, universelle. Rien de plus central, ici, que la notion d’imagination. Une nation est un être imaginaire, qui ne continue d’exister que par la participation des individus qui se reconnaissent en elle à l’imaginaire qu’elle développe. Loin de requérir une pesante uniformité, cette prégnance de l’imagination implique cependant une culture commune qui donne le ton, une Leitkultur qui autorise les différences (par exemple les langues régionales et la pratique de religions diverses) tout en protégeant du multiculturalisme.

Baudet voit dans les frontières, qui tracent les limites de l’État-nation, la condition de possibilité de l’État de droit, de la démocratie représentative et du citoyen. Dans sa préface, Pascal Bruckner tire de ce lien entre ces concepts une leçon historique : « Tout ou partie du malheur européen vient non de l’excès mais de l’absence de frontières. » De fait, c’est moins le nationalisme que l’impérialisme qui a plongé l’Europe dans les terribles guerres du XXe siècle.

L’ouvrage de Thierry Baudet donne à son lecteur les instruments intellectuels permettant, d’une part, de penser sur de nouveaux frais les idées de nation et de frontière, et d’autre part d’appréhender les changements historiques et politiques récents. La réhabilitation de ces deux réalités politiques ne fait pas seulement œuvre de justice philosophique, elle répond aussi à un besoin historique.

Extraits d’un entretien avec Thierry Baudet publié dans le Figaro Magazine :


Le débat n’est plus entre l’étatisme et le libéralisme, mais entre les mondialistes et les patriotes, diagnostique Thierry Baudet. Citoyen néerlandais, il rejoint nos philosophes nationaux dans son analyse de l’Union européenne.

Figaro Magazine — Vous avez de la chance d’être néerlandais, car être un spécialiste du droit public âgé de 32 ans et publier Indispensables frontières vous classe d’emblée, en France, parmi les réactionnaires précoces. Cela peut coûter cher sur le plan médiatique...

Thierry Baudet — Je n’avais pas prévu que l’émigration de mes ancêtres français sous le Premier Empire pour s’installer aux Pays-Bas puisse avoir semblable conséquence ! Une telle intolérance de la presse est quand même bizarre, non ? Pourquoi criminaliser ainsi le débat ? Je ne pense pas être réactionnaire, car je propose une vision de l’État nation non pas fondée sur la nostalgie, mais sur l’importance de la démocratie et de l’État de droit, qui ne peuvent véritablement fonctionner qu’au sein d’une cohésion sociale garantie par des frontières. Les libéraux, partisans du constitutionnalisme et ouverts à l’échange, s’y retrouvent, d’où l’excellent accueil de mon livre dans les pays anglo-saxons ainsi qu’en Allemagne. Pour ce qui est des tenants de la gauche, ils s’y retrouvent aussi, dès lors que les bénéfices sociaux sont préservés grâce à une série de préconditions — particulièrement la cohésion, le sens de communauté — permettant à la solidarité de fonctionner. Nous voici de fait arrivés à un moment de l’Histoire où, après avoir vécu une période mondialiste, atomisante, rompant toutes les structures et associations, celle-ci est désormais réévaluée, et même remise en cause dans tous les pays européens. Une culture, une tradition, un patrimoine partagés au niveau national sont autant de valeurs sans lesquelles les sociétés ne peuvent demeurer des démocraties, au point qu’après soixante ans de déracinement, elles resurgissent, telles une essentielle nécessité.

« Je lis quatre journaux [québécois] chaque matin, la pluralité d'opinion elle existe »


Extrait d'une émission, Le 3950, diffusée en 2007 sur TV5, où l'on revoit François Bugingo qui a depuis lors perdu toute crédibilité. Il débat avec Richard Martineau, Cathy Gauthier, Dieudonné, Luck Mervil, Marc Raboy et Sophie Durocher (épouse de Richard Martineau) de la crédibilité du journalisme « encarté » et de l’émergence d’une nouvelle information sur Internet.



À un moment donné (9ʹ19ʺ), Sophie Durocher s'exclame qu'elle lit chaque matin quatre journaux (québécois doit-on penser) et que la pluralité d'opinions y existe : « Moi, je lis quatre journaux, la pensée unique je ne la vois pas. » C'est certainement vrai sur une certain nombre de sujets : la politique des partis québécois, l'affrontement fédéraliste / souverainiste, des choix d'urbanisme, de politique économique ou énergétique.

Anne Dorval réfléchissant
C'est nettement moins vrai sur les sujets sociétaux : quels journalistes au Québec ou personnalités québécoises étaient contre le mariage homosexuel, s'opposent à la politique d'immigration importante (55.000 par an) qui change le Québec, sont ouvertement contre le programme d'éthique et de culture religieuse, contre l'avortement, met en doute le « changement climatique », doutent de l'opportunité des mesures gouvernementales pour protéger ou favoriser les « femmes », pensent qu'il est bon que les femmes restent au foyer pendant l'enfance des enfants, etc. ? Là il y a « consensus ». Quand une de nos personnalités médiatiques québécoises est confrontée à une pensée originale qui s'exprime clairement, on assiste parfois à des crises hystériques comme celle d'Anne Dorval sur le plateau de On n'est pas couché en France face à Éric Zemmour qui ne se laissait pas démonter par le prêt-à-penser. (Sur sa réaction où elle interprète de manière « originale »  les propos de Zemmour lire ici et ici.)





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vendredi 22 mai 2015

Contrairement au Québec, en France les réformes ne passent pas dans l'apathie générale

De Christian Rioux, correspondant à Paris du Devoir :

Qui s’en souvient ? Au tournant du siècle, c’est à l’initiative de Pauline Marois que le Québec s’engageait dans l’aventure malheureuse du Renouveau pédagogique. Pédagogies « ludiques » et « centrées sur l’enfant », « école de la réussite », « compétences transversales », tels furent quelques-uns des slogans de la plus vaste entreprise de déconstruction de l’école jamais entreprise au Québec. Il aura fallu plus de 10 ans pour tenter de colmater quelques-uns des trous béants de cette opération de table rase. Et ceux-ci sont encore loin d’avoir été rebouchés, comme en témoignait une étude récente de Simon Larose et Stéphane Duchène selon qui, 15 ans plus tard, le niveau des élèves ne s’est guère amélioré [pour le moins, voir ci-dessous !]. Une réalité que les professeurs sont en mesure de constater empiriquement, pour peu qu’ils aient le courage de « voir ce que l’on voit », comme disait si bien Péguy.

Christian Rioux parle de peu d’améliorations. Citons l’étude...

Sur le plan des résultats, « les élèves du Renouveau ont obtenu un résultat global à l’épreuve de mathématique légèrement inférieur à celui obtenu par les élèves non exposés au Renouveau », annoncent les auteurs. « L’écart entre les cohortes exposées au Renouveau et la cohorte contrôle s’est accentué pour les élèves jugés à risque par leurs parents et pour ceux fréquentant des écoles de milieux défavorisés ». Autrement dit, l’objectif de lutte contre les inégalités n’est pas atteint lui non plus. En français, le niveau reste élevé [hmmm] mais moins bon pour les élèves du Renouveau. « Le critère “orthographe” est celui pour lequel les taux de réussite ont été les plus bas, et ce, particulièrement pour les élèves de la troisième cohorte ; cette différence est d’autant plus vraie pour les garçons de cette cohorte », écrit le rapport. Ne parlons même pas du manque de culture classique et littéraire des jeunes Québécois quand on évalue leur français.
À l’époque, cette vaste entreprise idéologique, parée des atours de la « démocratisation », ne provoqua guère d’affrontements malgré la grogne de nombreux professeurs. Pas de manifestations dans les rues, pas de grèves. C’est tout juste si les débats entre spécialistes firent frissonner les tribunes de nos journaux. Le Québec n’allait-il pas dans la direction où soufflait le vent ? Celui de la modernité évidemment ! [...]
C’est souvent ainsi au Québec. On se perd en conjectures : le bon peuple fait-il confiance aux bureaucrates qui pensent pour lui ? L’éducation n’est-elle en général pas une priorité ? [Ceci dit notre billet sur le Classement des écoles secondaires du Québec est un de nos plus lus : plus de 9440 vues en 6 mois.] Les parents sont-ils résignés ? Croient-ils vraiment les communiqués victorieux du Monopole de l’Éducation du Québec, relayés par les médias ? Un manque d'organisation, de figure de proue charismatique pour incarner le mécontentement ?


Le débat sur la réforme des collèges qui se déroule en France ces jours-ci devrait nous intéresser. Un peu comme on fait un retour accéléré pour revoir le début d’un vieux film. Comme souvent en France, la chose ne passe pas comme une lettre à la poste. [Se rappeler l’hystérique Anne Dorval qui ne comprenait même pas qu’on débatte.] Les professeurs et les intellectuels français, de gauche comme de droite, nous offrent l’exemple d’une belle résistance et d’un débat qui a au moins le mérite d’exister. Grâce à la force des traditions républicaines, l’école française avait résisté jusque-là plus que les autres aux sirènes de cette « école de la réussite ». Peut-être à cause de leur bonne formation, les professeurs savaient bien qu’une école où personne n’échoue ne pouvait être qu’une supercherie. Comme si dorénavant toutes les équipes de la Ligue nationale pouvaient décrocher la coupe Stanley la même année.

Le pays de Jules Ferry a longtemps boudé ce modèle unique et mondialisé si loin de ses principes. Ce modèle, c’est celui d’une école qui supprime l’échec et le redoublement — une importante mesure d’économie en temps de crise — en faisant disparaître l’évaluation des savoirs et l’effort. Ce modèle, c’est celui d’une école clientéliste où les humanités et la littérature ont été remplacées par des programmes allégés énumérant de vagues « compétences » difficiles à mesurer et proposant des projets pluridisciplinaires qui grugent un temps fou et transforment le professeur en animateur de colonie de vacances. Si ce modèle suffit à former de bons employés flexibles et polyvalents, pourquoi faudrait-il en demander plus ?

Pour Montaigne, Molière et les langues anciennes, il faudra donc aller voir ailleurs. En pratique, partout où cette école bas de gamme [celle que le Québec a déjà, on est les plus meilleurs !] s’est implantée, c’est l’école privée qui se charge de la formation des élites. Le Québec, où le privé prend de plus en plus de place depuis 10 ans, en est l’exemple parfait. 

Bien que le privé au Québec ait nettement moins de libertés pédagogiques que les écoles hors contrat françaises !



Cela faisait des années que l’OCDE reprochait à la France de continuer à caresser l’idéal des Lumières qui consistait à offrir à tous un fort contenu humaniste et littéraire proposant notamment des cours de latin et d’allemand jusque dans les banlieues les plus reculées. Or, voilà ces filières condamnées pour cause d’« élitisme ». Contrairement à la tendance générale, les meilleurs lycées français donnant accès aux grandes écoles sont encore publics, gratuits et accessibles à tous. Mais pour combien de temps ?

Il serait surprenant que la réforme du collège qui vient d’être imposée de manière autoritaire par le gouvernement socialiste produise des résultats différents de ce qui se passe ailleurs. Comme l’écrivait la directrice de la Revue des deux mondes, Valérie Toranian : « Les bons élèves vont encore plus déserter le système public pour aller former des élites dans le privé. Qu’auront gagné les élèves en difficulté ? Rien. Qu’auront perdu les bons élèves ? La possibilité d’être encore meilleurs dans l’école publique et de devenir les élites dont ce pays aura besoin demain. Les parcours d’excellence seront donc plutôt réservés aux privilégiés. Paradoxe du projet socialiste. »

Au Québec, c’est et cela a été le projet de tous les grand partis : PQ, PLQ et CAQ.

Paradoxe non moins étonnant, à gauche, nombre de défenseurs de ces réformes sont eux-mêmes issus de la méritocratie française. Comme si, après avoir eu droit à ce qu’il y avait de mieux, ils s’empressaient d’en interdire l’accès aux candidats des milieux populaires. Milieux avec qui la gauche a de toute façon depuis longtemps rompu. Que ne sacrifierait-on pas au nom du dieu Modernité…




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mercredi 20 mai 2015

Québec — Radicalisation d'enfants d'immigrés éduqués à l'école du « dialogue » et du « vivre ensemble »

Une demi-douzaine de jeunes de la région de Montréal soupçonnés de vouloir grossir les rangs des djihadistes à l’étranger ont été arrêtés la semaine dernière dans le cadre d’une nouvelle opération policière menée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). On en sait désormais un peu plus sur les dix jeunes arrêtés.

Sur les dix jeunes arrêtés la fin de semaine dernière à l’aéroport Montréal-Trudeau, quatre étaient des étudiants du Collège de Maisonneuve. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu quitter le pays, probablement pour aller grossir les rangs des djihadistes islamistes. Cela porte à onze le nombre d’élèves du cégep de Maisonneuve ayant quitté le pays ou ayant été arrêtés en raison de craintes liées au terrorisme. Les six autres jeunes arrêtés vendredi et samedi dernier fréquentaient deux autres cégeps montréalais et des écoles secondaires. Ils ont été longuement interrogés, puis relâchés sans faire l’objet d’aucune accusation. Leur passeport a toutefois été saisi, et la GRC affirme que son enquête n’est pas terminée.

Arrestation de l'un des jeunes par la GRC

Le cégep montre du doigt les médias sociaux

Devant ces nouveaux faits, le Collège de Maisonneuve a publié un communiqué en fin d’après-midi. La direction affirme que le phénomène d’endoctrinement des jeunes a pris une tournure qu’elle ne soupçonnait pas.

« À titre de communauté éducative, nous devons continuer d’agir dans les limites que notre sphère d’activités nous impose, car, faut-il le rappeler, nos étudiants évoluent dans un monde qui va bien au-delà de nos murs », explique la porte-parole du cégep.

Cette dernière estime par ailleurs qu’il est « de plus en plus évident que le recrutement de jeunes passe particulièrement par les médias sociaux ». La direction affirme sinon ne pas en savoir davantage sur les événements et n’émettra pour l’instant aucun commentaire.

Aucune autocritique de l’école québécoise

Bizarrement, personne ne semble se demander si l’école québécoise dont une des missions est la « socialisation » des élèves a bien rempli son rôle d’intégrateur, d’émousseur des « intégrismes ». Ce n’est pas l’école ou les professeurs qui auraient dénoncé ces élèves radicalisés, mais leurs parents.

Que penser notamment des cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) obligatoires et imposés à tous les élèves pour favoriser la reconnaissance de l’autre (♩♮ musique de violons ♫ langoureuse ♬♭), le dialogue ♩♬, le vivre ♩♯ ensemble ♪♪, le tissage d’une riche courtepointe ♫♪ bigarrée et plurielle ♩♮ et tout le tintouin. À ce sujet, quand va-t-on avoir une évaluation sérieuse de ces classes idéologiques (ECR, univers social et tous les sujets politiques, écologistes et sociétaux comme la lutte contre les X-phobies abordés dans les écoles québécoises) ? Quels sont les effets véritables, par exemple, du cours d’ECR qui commence dès la première année du primaire jusqu’à la fin du secondaire ? Qu’y apprennent vraiment les enfants ? Des faits ? Des attitudes ? De façade ? Que n’apprennent-ils pas pendant ces longues années passées à étudier à répétition l’« éthique et la culture religieuse » ?

Notons qu’il y a peu de chance que l’école québécoise fasse changer d’avis les jeunes musulmans en voie de radicalisation : d’une part, les professeurs marchent sur des œufs (il ne faut pas être intolérant, raciste, islamophobe, etc.), d’autre part les manuels évitent toute critique de l’islam et si certains manuels approuvés sont ouvertement critiques du christianisme (voir liens ci-dessous), l’islam y est présenté sous un jour favorable...

Des parents inquiets, des élèves issus de l’immigration, mais nés ici...

La ministre de la Sécurité publique du Québec, Lise Thériault, a par ailleurs insisté, à son arrivée au caucus libéral mercredi matin, sur le fait que l’approche du gouvernement fonctionnait, malgré l’augmentation du nombre de cas.

« Depuis le début, j’ai toujours fait appel à la collaboration des gens en leur disant : “soyez à l’affût de ce que vos enfants font, si vous voyez que des jeunes se radicalisent, que leurs comportements changent, signalez-les”, a fait valoir la ministre. On voit que ça marche puisqu’il y a des parents qui l’ont fait. »

« Ce que je trouve encore plus inquiétant, c’est que ce soient des jeunes de deuxième génération, a ajouté la ministre Thériault. Quand leurs parents ont choisi de venir vivre ici, c’est parce qu’ils voulaient que leurs enfants aient un avenir meilleur. »

« C’est difficile de concevoir qu’un jeune qui a grandi ici, qui réussit bien, qui va à l’école, qui est bien intégré [dans quel sens ?], veuille aller faire la guerre. »

Le Premier ministre Philippe Couillard s’est de son côté félicité que « les forces de sécurité, heureusement, jouent leur rôle », se disant sinon lui aussi inquiet que le goût du djihadisme ait pu prendre naissance chez des jeunes nés et éduqués au Québec.

D’autres jeunes issus de l’immigration dans la ligne de mire

À la mi-janvier, un autre groupe de quatre garçons et deux filles de Montréal et Laval avaient été rapportés disparus après avoir quitté le pays. Les autorités croient qu’ils sont partis dans l’espoir de rejoindre des combattants islamistes en Syrie. Après un long silence, le profil Twitter de l’un d’eux a été mis à jour avec la description « soldat du califat ».

Puis, le mois dernier, deux élèves du Collège Maisonneuve, Mahdi El Jamali et Sabrine Djermane, 18 ans, ont été accusés d’avoir tenté de quitter le Canada en vue de commettre un acte terroriste à l’étranger, mais aussi d’avoir eu en leur possession des substances explosives dans un but criminel. Ils ont plaidé non coupables.

Deux autres Montréalais, Daniel Minta Darko et Merouane Galmi, s’étaient par ailleurs fait imposer de sévères conditions en vertu de l’article 810.01 du Code criminel, dont le port d’un bracelet GPS, parce que les autorités craignaient qu’ils commettent un acte terroriste.

Par ailleurs, en parallèle, l’Équipe intégrée de la sécurité nationale coordonnée par la GRC a mené d’autres opérations relativement à la radicalisation de jeunes Québécois au cours des derniers jours. Vendredi dernier, La Presse a été témoin d’une de ces interventions dans l’arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal.

Un adolescent est alors sorti d’une maison du quartier, escorté à l’extérieur par plusieurs agents en civil, jusque dans une voiture banalisée. À la fin de l’opération, La Presse a tenté en vain d’obtenir une réaction de la famille. Le père de l’adolescent a refusé à nouveau, hier, de nous accorder une entrevue. Un proche de la famille nous a confié que ce n’était pas la première fois que des policiers intervenaient au domicile.


Voir aussi

Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

Manuel d’histoire — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

« Un Dieu, trois religions » (la thèse musulmane des gens du livre comme vérité vrai dans du matériel ECR)

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ÉCR — Une enseignante fait expérimenter le voile à ses élèves

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ECR — Marie s'est fait violer, elle a inventé l'histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire

mardi 19 mai 2015

Moins de décrochages en Ontario, mais les élèves ontariens réussissent-ils mieux pour autant ?


L’Ontario a mené vers la réussite un nombre grandissant de ses élèves au cours des 10 dernières années. Mais de quelle réussite est-il question?

Au cours des 10 dernières années, l’Ontario a réussi à faire passer le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires de ses jeunes citoyens de 68% à 84%. Aujourd’hui, au Québec, le même taux n’est que de 71%.

Ce sont là des faits rapportés dans un reportage de Daphnée Dion-Viens, paru récemment dans Le Journal de Montréal. Il semble que l’Ontario ait mis en place depuis 2003 une recette qui fonctionne et qui a fait de son système d’éducation un des 20 meilleurs au monde, selon la firme McKinsey.

Cette recette, selon le reportage, consiste en une série de mesures dont le Québec pourrait s’inspirer. Ainsi, toutes les écoles secondaires ontariennes possèdent une équipe d’intervention auprès des jeunes à risque de décrochage, qui aide ceux-ci à rattraper leur retard. Les élèves ne peuvent quitter l’école avant l’âge de 18 ans, à moins d’avoir obtenu un diplôme, alors qu’au Québec, un jeune de 16 ans sans diplôme peut facilement quitter l’école. Si un jeune Ontarien décroche sans diplôme, un travailleur social lui est assigné. Les autres mesures incluent l’apprentissage précoce de la lecture, l’ajout de stages en entreprise au secondaire et un programme de formation continue pour les enseignants.

Les résultats obtenus par les Ontariens [sur le plan du décrochage] sont tout à fait encourageants, et leur recette mérite qu’on s’y attarde. Mais un autre reportage tout récent, paru cette fois dans le magazine Affaires universitaires, montre que tout n’est pas parfait chez nos voisins ontariens. Selon le professeur Alan Slavin, de l’Université Trent, ces mêmes élèves qui avaient si bien réussi au secondaire ont pourtant de sérieuses difficultés une fois à l’université. [On observe la même chose en Finlande si souvent donné en exemple...] En effet, les taux d’échec et d’abandon des étudiants universitaires de première année ont fortement augmenté au cours des 10 dernières années, particulièrement dans les cours de physique et de mathématiques. La plupart des professeurs interrogés par M. Slavin remarquent que la préparation des nouveaux étudiants à ces études est souvent déficiente.

Toujours selon le professeur, les jeunes étudiants n’ont pas acquis les habiletés conceptuelles essentielles à la réussite de ces cours, dont le raisonnement, l’analyse et la synthèse. Au lieu d’enseigner ces habiletés, l’école secondaire ontarienne a mis l’accent sur la mémorisation de faits depuis la fin des années 1990. Les étudiants sont donc désemparés lorsqu’ils doivent soudainement utiliser ces compétences dans un cours universitaire. Ils ne savent que restituer les faits qu’on leur a transmis et sont incapables de les intégrer dans une démarche plus complexe.

Malheureusement, un jeune du secondaire qui, pour obtenir son diplôme, répète comme un perroquet des faits entendus en classe semblera sur la voie du succès, aux yeux de ses professeurs et de ses parents. Mais cette réussite est un leurre. Un jeune diplômé qui ne peut que restituer de l’information, plutôt que de la raisonner, ne réussira ni à l’université ni sur le marché du travail du XXIe siècle.

Source

Voir aussi

Big drop in math skills of entering students (2010)

Has Ontario taught its high-school students not to think? (2007)

Les traits du système finlandais que copie l'étranger n'expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes (Bons résultats aux tests PISA, insuffisance à l'arrivée à l'université)