Une demi-douzaine de jeunes de la région de Montréal soupçonnés de vouloir grossir les rangs des djihadistes à l’étranger ont été arrêtés la semaine dernière dans le cadre d’une nouvelle opération policière menée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). On en sait désormais un peu plus sur les dix jeunes arrêtés.
Sur les dix jeunes arrêtés la fin de semaine dernière à l’aéroport Montréal-Trudeau, quatre étaient des étudiants du
Collège de Maisonneuve. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu quitter le pays, probablement pour aller grossir les rangs des djihadistes islamistes. Cela porte à onze le nombre d’élèves du cégep de Maisonneuve ayant quitté le pays ou ayant été arrêtés en raison de craintes liées au terrorisme. Les six autres jeunes arrêtés vendredi et samedi dernier fréquentaient deux autres cégeps montréalais et des écoles secondaires. Ils ont été longuement interrogés, puis relâchés sans faire l’objet d’aucune accusation. Leur passeport a toutefois été saisi, et la GRC affirme que son enquête n’est pas terminée.
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| Arrestation de l'un des jeunes par la GRC |
Le cégep montre du doigt les médias sociaux
Devant ces nouveaux faits, le Collège de Maisonneuve a publié un communiqué en fin d’après-midi. La direction affirme que le phénomène d’endoctrinement des jeunes a pris une tournure qu’elle ne soupçonnait pas.
« À titre de communauté éducative, nous devons continuer d’agir dans les limites que notre sphère d’activités nous impose, car, faut-il le rappeler, nos étudiants évoluent dans un monde qui va bien au-delà de nos murs », explique la porte-parole du cégep.
Cette dernière estime par ailleurs qu’il est « de plus en plus évident que le recrutement de jeunes passe particulièrement par les médias sociaux ». La direction affirme sinon ne pas en savoir davantage sur les événements et n’émettra pour l’instant aucun commentaire.
Aucune autocritique de l’école québécoise
Bizarrement, personne ne semble se demander si l’école québécoise dont une des missions est la « socialisation » des élèves a bien rempli son rôle d’intégrateur, d’émousseur des « intégrismes ». Ce n’est pas l’école ou les professeurs qui auraient dénoncé ces élèves radicalisés, mais leurs parents.
Que penser notamment des cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) obligatoires et imposés à tous les élèves pour favoriser la reconnaissance de l’autre (♩♮ musique de violons ♫ langoureuse ♬♭), le dialogue ♩♬, le vivre ♩♯ ensemble ♪♪, le tissage d’une riche courtepointe ♫♪ bigarrée et plurielle ♩♮ et tout le tintouin. À ce sujet, quand va-t-on avoir une évaluation sérieuse de ces classes idéologiques (ECR, univers social et tous les sujets politiques, écologistes et sociétaux comme la lutte contre les X-phobies abordés dans les écoles québécoises) ?
Quels sont les effets véritables, par exemple, du cours d’ECR qui commence dès la première année du primaire jusqu’à la fin du secondaire ? Qu’y apprennent vraiment les enfants ? Des faits ? Des attitudes ? De façade ? Que n’apprennent-ils pas pendant ces longues années passées à étudier à répétition l’« éthique et la culture religieuse » ?
Notons qu’il y a peu de chance que l’école québécoise fasse changer d’avis les jeunes musulmans en voie de radicalisation : d’une part, les professeurs marchent sur des œufs (il ne faut pas être intolérant, raciste, islamophobe, etc.), d’autre part les manuels évitent toute critique de l’islam et si certains manuels approuvés sont ouvertement critiques du christianisme (voir liens ci-dessous), l’islam y est présenté sous un jour favorable...
Des parents inquiets, des élèves issus de l’immigration, mais nés ici...
La ministre de la Sécurité publique du Québec, Lise Thériault, a par ailleurs insisté, à son arrivée au caucus libéral mercredi matin, sur le fait que l’approche du gouvernement fonctionnait, malgré l’augmentation du nombre de cas.
« Depuis le début, j’ai toujours fait appel à la collaboration des gens en leur disant : “soyez à l’affût de ce que vos enfants font, si vous voyez que des jeunes se radicalisent, que leurs comportements changent, signalez-les”, a fait valoir la ministre. On voit que ça marche
puisqu’il y a des parents qui l’ont fait. »
«
Ce que je trouve encore plus inquiétant, c’est que ce soient des jeunes de deuxième génération, a ajouté la ministre Thériault. Quand leurs parents ont choisi de venir vivre ici, c’est parce qu’ils voulaient que leurs enfants aient un avenir meilleur. »
« C’est difficile de concevoir qu’un jeune qui a grandi ici, qui réussit bien, qui va à l’école, qui est bien intégré [dans quel sens ?], veuille aller faire la guerre. »
Le Premier ministre Philippe Couillard s’est de son côté félicité que « les forces de sécurité, heureusement, jouent leur rôle », se disant sinon
lui aussi inquiet que le goût du djihadisme ait pu prendre naissance chez des jeunes nés et éduqués au Québec.
D’autres jeunes issus de l’immigration dans la ligne de mire
À la mi-janvier, un autre groupe de quatre garçons et deux filles de Montréal et Laval avaient été rapportés disparus après avoir quitté le pays. Les autorités croient qu’ils sont partis dans l’espoir de rejoindre des combattants islamistes en Syrie. Après un long silence, le profil Twitter de l’un d’eux a été mis à jour avec la description « soldat du califat ».
Puis, le mois dernier, deux élèves du Collège Maisonneuve, Mahdi El Jamali et Sabrine Djermane, 18 ans, ont été accusés d’avoir tenté de quitter le Canada en vue de commettre un acte terroriste à l’étranger, mais aussi d’avoir eu en leur possession des substances explosives dans un but criminel. Ils ont plaidé non coupables.
Deux autres Montréalais, Daniel Minta Darko et Merouane Galmi, s’étaient par ailleurs fait imposer de sévères conditions en vertu de l’article 810.01 du Code criminel, dont le port d’un bracelet GPS, parce que les autorités craignaient qu’ils commettent un acte terroriste.
Par ailleurs, en parallèle, l’Équipe intégrée de la sécurité nationale coordonnée par la GRC a mené d’autres opérations relativement à la radicalisation de jeunes Québécois au cours des derniers jours. Vendredi dernier, La Presse a été témoin d’une de ces interventions dans l’arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal.
Un adolescent est alors sorti d’une maison du quartier, escorté à l’extérieur par plusieurs agents en civil, jusque dans une voiture banalisée. À la fin de l’opération, La Presse a tenté en vain d’obtenir une réaction de la famille. Le père de l’adolescent a refusé à nouveau, hier, de nous accorder une entrevue. Un proche de la famille nous a confié que ce n’était pas la première fois que des policiers intervenaient au domicile.