mercredi 25 avril 2012

Lent déclin du français à Montréal et sa banlieue

Guillaume Marois, doctorant en démographie à l'INRS, revient sur les propos de Michel Kelly-Gagnon qui dans un article récent soutient que ceux qui s'inquiètent de la situation du français à Montréal basent leurs analyses sur une mauvaise interprétation des statistiques. Marois est également coauteur du livre Le Remède imaginaire. Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec.

« La première erreur consisterait à concentrer les analyses uniquement sur la municipalité ou l'île de Montréal plutôt que sur la région métropolitaine, incluant les banlieues. Puisque les francophones quittent la ville-centre pour la banlieue dans de plus fortes proportions que les anglophones et allophones, ce déplacement de personnes occasionne une anglicisation de la municipalité sans toutefois transformer la composition de l'ensemble métropolitain. Ce n'est pas faux. Toutefois, cela n'invalide en rien les inquiétudes relatives au déclin du français. La raison est simple : entre 2001 et 2006, la chute du français s'est également observée dans les banlieues. Durant cette période, le poids des francophones est passé de 87 % à 85 %. Sur l'île précisément, la situation est encore plus alarmante : les francophones sont passés de 56 % à 54 %. Ce déclin, tant sur l'île que dans les banlieues, ne peut pas être attribué uniquement à l'augmentation de la proportion d'allophones, puisque durant la même période, l'anglais a, lui, progressé. Pour quiconque se préoccupant du sort du français au Québec, ce ne sont pas des tendances réconfortantes.

M. Kelly-Gagnon rappelle qu'en ne considérant que la proportion de francophones, on oublie que la partie restante n'est pas constituée que d'anglophones, mais également d'allophones qui seront, eux ou leurs enfants, éventuellement intégrés à l'une ou l'autre des deux communautés linguistiques. Il s'empresse de rajouter que si on observe les transferts linguistiques d'allophones rapportés par l'OQLF, ils sont un peu plus nombreux à choisir le français que l'anglais (51 % contre 49 %). J'ignore quel est l'objectif de l'auteur en présentant ces chiffres. Certes, c'est la majorité, mais mathématiquement, c'est loin d'être suffisant pour maintenir le poids du français au Québec. Soyons clairs   : ils illustrent que les allophones choisissent le français dans une proportion nettement inférieure au poids relatif de la communauté francophone (80%) et par conséquent, contribuent à son déclin.

Pour une analyse encore plus honnête, il faut savoir que les transferts linguistiques ne sont pas un très bon indicateur des tendances réellement à l'œuvre, car ils ne concernent qu'une faible proportion des allophones   : ceux dont la langue à la maison n'est pas leur langue maternelle. Si un peu plus de la moitié des allophones qui ont changé de langue ont choisi le français, les deux tiers des allophones n'ont simplement pas effectué de transfert linguistique. Est-ce que cette majorité d'allophones s'intégrera à la communauté francophone ou anglophone? Si on regarde les autres indicateurs linguistiques, rien ne laisse présager que le français sera en bonne posture. Par exemple, les chiffres sur la langue la plus souvent utilisée au travail par les allophones et les immigrants indiquent que le français est loin d'obtenir sa juste part.

La réalité est la suivante   : l'intégration des immigrants et des allophones à la communauté francophone se fait un peu mieux qu'auparavant, mais cette intégration demeure encore nettement insuffisante pour empêcher le déclin démographique du français au Québec, d'autant plus que l'immigration est plus forte que jamais et a par conséquent un impact de plus en plus important sur la composition démolinguistique du Québec. Peu importe l'indicateur utilisé, que ce soit la langue parlée à la maison, la langue parlée au travail ou la langue maternelle, et peu importe la géographie concernée (ville de Montréal, région métropolitaine de Montréal, ensemble du Québec), tout indique que le français est en déclin. »

Voir aussi

Résultats en lecture du français très médiocres, on impose l'anglais intensif de manière « brutale »

Élèves de l'école publique à Montréal : le français perd du terrain depuis 1998 tandis que l'anglais demeure stable

Les francophones bientôt minoritaires à Montréal, légère baisse des francophones dans l'ensemble du Québec

Écoles lavalloises — vague d'immigration, pauvreté et tensions raciales

200 000 immigrants en 4 ans au Québec, bon pour le développement durable !?

L'immigration, le remède imaginaire




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dimanche 22 avril 2012

MàJ : Revue Égards — La saga Lavallée : l’État, le judiciaire et l’Église contre la famille, l’école et la législature

La revue Égards (n° 35) qui vient de paraître se penche sur le jugement de la Cour suprême dans l'affaire de l'imposition sans exemption possible du cours ECR à tous les élèves du Québec (sauf les autochtones de la C.S. Kativik). Nous reproduisons ci-dessous le début de l'article écrit par le professeur en sociologie Gary Caldwell.

Édifice de la Cour suprême

« Le jugement du 17 février 2012 de la Cour suprême du Canada (CSC) dans le litige entre la famille Lavallée et la Commission scolaire des Chênes (CSD) est extrêmement révélateur du déséquilibre entre l’État et la société civile. Un bref rappel de l’origine du litige. La famille Lavallée – grand-mère, mère et enfants – s’adresse à la cour en 2008 parce que la CSD a refusé d’accorder une exemption à ses enfants, qui leur permettrait de ne pas assister au cours obligatoire d’éthique et culture religieuse (ÉCR). La famille formulait deux griefs : premièrement, la CSD avait été contrainte par un tiers, soit le ministère de l’Éducation (MELS), de ne pas acquiescer à sa demande; deuxièmement, la nature du cours ÉCR était telle que, selon les parents, il entrait en conflit avec leur autorité en matière d’éducation et que, ce faisant, il empiétait sur leur liberté de religion et de conscience.

La famille ne contestait pas la constitutionnalité du cours, mais plutôt son caractère obligatoire. Il faut souligner qu’elle ne demandait pas un « accommodement raisonnable », mais l’application d’une loi de la législature du Québec, soit l’article 222 de la Loi sur l’instruction publique, et la protection de cette loi. Cet article prévoit une exemption de cours pour « éviter un préjudice grave » à un enfant.

La famille a perdu en première instance, la Cour supérieure du Québec (CSQ) à Drummondville devant le juge Dubois, et la Cour d’appel du Québec (CAQ) a refusé de l’entendre, acceptant l’argument de la CSD et du procureur général du Québec (PGQ), selon qui les enfants, étant à ce moment-là à l’école privée (d’intérêt public), n’étaient plus dans l’obligation de suivre le cours et qu’en conséquence, la question n’était plus d’intérêt public. C’est une erreur de fait puisque le caractère obligatoire du cours concerne aussi les écoles privées d’intérêt public, comme le démontre le litige entre le PGQ et le Collège Loyola de Montréal. Les juges de la CSC ont entériné cette erreur de fait; ce qui laisse à penser que leur apprécia­tion des faits a été influencée par des motifs idéologiques. Qu’ils aient accordé si peu de place, dans leur jugement, aux plaidoyers de sept intervenants, tous aussi pertinents et étayés les uns que les autres, surtout si on les compare aux plaidoyers pitoyables de la CSD et du PGQ, peut nous laisser songeurs quant à l’ouverture d’esprit des honorables juges... Avaient-ils déjà un parti-pris multiculturaliste et étatique ? [Une vidéo de ces plaidoyers ainsi que le texte du jugement sont disponibles sur demande à partir du site Web de la CSC. Le numéro de la cause est 33678. Un compte rendu gratuit de l'audience est disponible ici.]

Venons-en au jugement même. En substance, il prétend que le cours ÉCR ne constitue pas, dans l’état actuel des connais­sances sur le programme, connaissances qui se fondent sur l’intention du ministère et les manuels [note du carnet : deux manuels, le juge Dubois ayant refusé une analyse exhaustive de tous les manuels et cahiers d'activités alors disponibles contrairement au juge Dugré dans l'affaire Loyola], une atteinte aux droits constitutionnels des parents – leur droit, comme parents, de transmettre leur religion – bien qu’il pourrait (selon deux des juges) en constituer une, selon la façon dont le programme sera mis en œuvre. D’après le jugement, le fardeau de la preuve, quant à la possible atteinte à leurs droits constitution­nels, repose selon la jurisprudence des deux chartes (cana­dienne et québécoise), sur les épaules des parents. La cour a jugé que les parents n’avaient pas réussi à faire une telle preuve. Appel rejeté avec dépens.

Ainsi, l’État a maintenant l'imprimatur de la CSC pour impo­ser un tel cours, et les parents et leurs enfants n’ont qu’à en subir les conséquences, à moins de faire la preuve, après le fait, d’une atteinte à leur liberté de religion et de conscience. En d’autres mots, il faut que le préjudice ait été subi avant qu’on puisse se prévaloir d’un droit d’exemption. Réfléchis­sons sur les implications de ce jugement.

D’abord, la CSC accorde à l’État le pouvoir d’imposer un cours qui pose que toutes les religions recourent à des mythes qui s’équivalent; en conséquence, il ne peut y avoir une vérité en matière de religion, mais « des vérités », pas plus vraies les unes que les autres. Pour la CSC, le cours ÉCR n’im­pose pas le relativisme religieux et moral, mais répond à une nécessité dans une société multiculturelle et diverse. De plus, selon la Cour suprême, l’État (le gouvernement du Québec) aurait « l’obligation » d’exposer les enfants dès l’âge de six ans à cette réalité sociale. Par le biais d’un cours de culture reli­gieuse obligatoire ! Exposer les jeunes de la fin du secondaire à une diversité culturelle et religieuse est une chose. Mais parler de plusieurs religions dès l’âge de six ans à des enfants qui n’ont pas encore eu le temps d’être initiés à celle de leurs parents en est une autre !

Cette idée que l’État a l’obligation de donner un ensei­gnement qui aura pour effet de relativiser, en matière reli­gieuse et éthique, les croyances héritées de la famille, est une énormité. Dans notre tradition occidentale, les premiers responsables de l’éducation des enfants sont les parents, principe entériné par la législature (Assemblée nationale du Québec); ensuite, selon le principe de séparation de l’État et de l’Église, l’État n’a pas d’affaire à présenter, encore moins à imposer un contenu religieux à l’école. L’école, elle, pour­rait le faire avec le consentement des parents, en autant que soient respectées les valeurs fondamentales de la civilisa­tion occidentale. Il est à noter qu’avant l’instauration du pro­gramme ECR, l’enseignement dit « confessionnel » n’était pas obligatoire. C’est en reconnaissant cet état de fait historique que la législature a prévu une possibilité d’exemption du cours ÉCR.

À ce sujet, la loi prévoit que ce sont les écoles ou les com­missions scolaires (en l’occurrence la CSD), et non l’État, qui doivent trancher sur une demande d’exemption. Devant les tribunaux, la famille Lavallée avait fait valoir (au procès de Drummondville) que l’État avait abusé de son pouvoir en contraignant la CSD à refuser d’accorder une exemption. Cette allégation d’une contrainte par un tiers, en l’occurence l’État en la personne de la ministre, n’a pas été retenue par le juge Dubois, ni par les juges de la CSC. C’est très étonnant, et là encore révélateur d’une disposition idéologique de l’État. Pour revenir aux faits : le tribunal de Drummondville a convo­qué quatre journalistes invitées à une « séance d’information » donnée par la ministre. Trois d’entre elles (la dernière a refusé de témoigner parce qu’elle était en grève) ont maintenu que la ministre avait affirmé qu’« il n’y aurait pas d’exemp­tion », paroles amplement rapportées dans les médias. C’est méconnaître la société québécoise de penser qu’après une pareille intervention, une directive explicite du ministère de l’Éducation s’avérait nécessaire : le Québec est une société suffisamment homogène pour que, lorsque la ministre se prononce devant les médias, les instances concernées n’aient pas besoin qu’on leur fasse un dessin. Ce constat se trouve confirmé par le fait que, sur plus de deux mille demandes soumises aux commissions scolaires à travers le Québec, pas une seule n’a été acceptée.

[Note du carnet. Ajoutons ici quelques informations.

Les lettres de refus de toutes les commissions scolaires au Québec étaient identiques, certaines portant même une date erronée correspondant à la date de la lettre originale de refus envoyée par un organisme de coordination des directeurs généraux de commission scolaire du Québec (l'ADIGECS). Lettre non sollicitée envoyée à la Commission scolaire des Chênes, parmi d'autres commissions scolaires donc, quelques jours après la prise de position publique de la ministre de l'Éducation contre toute exemption (car une exemption pourrait « ouvrir une brêche » dans les termes de la journaliste du Devoir interrogée par le juge Dubois). C'est cette lettre que les parents Lavallée recevront pour leur signifier le refus d'exemption.

Plusieurs demandes d'accès à l'information ont été faites auprès des commissions scolaires, du ministère de l'Éducation et de l'ADIGECS pour connaître la genèse de ces lettres de refus et étayer la thèse de la « dictée d'un tiers ». L'ADIGECS est commodément une association privée non régie par la Loi sur l'accès à l'information... Elle refuse donc de répondre. C'est pourtant cette association privée qui rédige et envoie des lettres de refus non sollicitée comme l'ont admis les responsables de la Commission scolaire des Chênes dans le cadre du procès de Drummondville. Quant à plusieurs autres commissions scolaires, elles ont d'abord omis de remettre toute correspondance (y compris donc cette lettre obtenue grâce au procès de Drummondville) quand on leur a demandé leur correspondance au sujet de l'établissement de la politique d'exemption ou plutôt de refus systématique d'exemption au cours ECR. Après une seconde demande mentionnant le fait que l'ADIGECS leur avait bien envoyé une lettre à ce sujet, elles ont déclaré qu'il fallait se renseigner auprès des organismes qui avaient envoyé cette correspondance. L'ADIGECS refusant de répondre, il a également été demandé au MELS toute correspondance envoyée aux commissions scolaires ou organismes associatifs des commissions scolaires au sujet des demandes d'exemption. Le MELS a d'abord refusé, puis a envoyé une longue documentation où n'apparaît pas de lettres spécifiques sur les demandes d'exemption alors que, dans leur correspondance, certaines commissions scolaires demandent des instructions au MELS à ce sujet et à la fronde naissante et que le MELS répond qu'il suit ce sujet de près car il est important, mais semble d'après ses documents remis n'avoir envoyé aucune lettre à ce sujet !

Pour refus d'information, il a été fait appel devant la Commission d'accès à l'information. Une première rencontre devant le directeur de la Commission devait avoir lieu il y a quelques mois, mais le MELS a immédiatement demandé de la reporter ce qui a été accepté sans consultation de la partie demanderesse. Aucune date n'est encore fixée pour une autre comparution. Affaire à suivre donc...]
Ces « faits » indirects et d’autres circonstances n’ont pas amené la CSC à accepter l’allégation qu’un tiers, l’État, avait empiété sur ce qui, selon la loi, rele­vait de la compétence de l’école ou de la commission sco­laire.

On voit ici le préjugé idéologique de la CSC à l’effet que, comme elle le dit explicitement dans son jugement, l’État a « l’obligation » d’exposer les enfants à plusieurs religions. Voici, en toutes lettres, la prise de position idéologique mul­ticulturaliste et étatiste de la CSC :

De plus, l’exposition précoce des enfants à des réalités autres que celles qu’ils vivent dans leur environnement familial immédiat constitue un fait de la vie en société. Suggérer que le fait même d’exposer des enfants à différents faits religieux porte atteinte à la liberté de religion de ceux-ci ou de leurs parents revient à rejeter la réalité multiculturelle de la société canadienne et méconnaître les obligations de l’État québécois en matière d’éducation publique.
Par le simple fait que les enfants appartiennent à diverses cultures et à différentes religions, ils sont familiarisés avec ces différences. Faut-il comprendre que l’État aurait le devoir d’enseigner ces différences religieuses dans un cours obliga­toire ? Et cela dès l’âge de six ans !

[...]
»


Lire la suite dans le n°35 de la Revue Égards.




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samedi 21 avril 2012

La CAQ vote pour l'abolition du programme ECR au primaire

Le premier programme de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a été adopté samedi par les quelque 600 militants réunis à Victoriaville en congrès de fondation.

Après un vibrant plaidoyer du député Éric Caire, les militants caquistes ont voté majoritairement en faveur de la disparition du controversé cours d'Éthique et de culture religieuse (ECR).

Un instituteur, M. Jean-François Roberge, qui enseigne le programme ECR dans une école primaire a défendu devant les militants l'imposition du programme qu'il trouve utile.

Dans une autre résolution, la CAQ désire imposer un cours obligatoire d'« économie, de finances personnelles et d'entreprenariat » en secondaire IV. C'est l'année de la double dose d'ECR. Il n'est pas impossible que cela surcharge la grille horaire en secondaire IV et qu'il faudra réduire l'envergure d'ECR.

[D'autres résolutions portant sur l'éducation ont été adoptées et une renvoyée à la commission politique, celle portant sur les frais de scolarité universitaire, nous y reviendrons dès que le libellé officiel de ces résolutions sera connu.]




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jeudi 19 avril 2012

Étude Fortin, Godbout sur les garderies : « étude loufoque », système injuste, Ottawa premier gagnant

Mise à jour du 19 avril 2012

Étude sur les garderies qui se paieraient d'elles-mêmes : la multiplication des pains (l'économiste  Martin Coiteux)

Défendre l’indéfendable… sans succès! (Nathalie Elgrably-Lévy de l'IEDM)




Les réactions continuent de paraître sur l'étude Fortin et Godbout (non publiée dans une revue scientifique à notre connaissance) sur le fait que les garderies à 7 $ se paieraient d'elles-mêmes. Le tout fondé sur un rattrapage (tout relatif, voir ci-dessous) des femmes québécoises (y compris celles sans enfants !) sur le marché du travail.



« C'est une étude totalement loufoque, a fait savoir Éric Duhaime au Journal de Montréal. Faudrait-il comprendre que si l'État investissait 100 milliards $ en programmes publics, il réglerait tout le déficit du Québec ? »

Le chroniqueur considère qu'il serait plus rentable de fournir des subventions pour les études aux femmes les plus démunies que de maintenir un programme universel qui profite surtout «aux couples millionnaires».

Pierre Lefebvre, professeur au département d'études économiques, de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, croit que, même si tous paient des impôts, « les familles les plus nanties sont proportionnellement les plus avantagées, écrivait-il en décembre 2011 (…) Dans les familles les moins nanties, on n'utilise pas ou peu les services à 7 $. »

David Descôteaux, chroniqueur à Argent estime qu'il faut soutenir les parents à la place de financer un système étatique qui sera appelé à augmenter à cause des revendications des éducatrices syndiquées et de la lourdeur administrative du programme.

M. Descôteaux pense qu'on pourrait arriver au même résultat si l'argent était versé aux parents qui pourraient l'utiliser avec plus de flexibilité.

« Ce qui envoie la mère sur le marché du travail, c'est le faible montant à verser pour la garderie, a-t-il affirmé. Pas les CPE ou le système de garderie en soi. »

Payer ailleurs

Le grand gagnant de ces avantages québécois serait le gouvernement fédéral.

Dans l'étude « Les garderies à 7 $, sont-elles une aubaine ? », publiée en 2010, les professeurs Claude Laferrière et Francis Montreuil de l'UQAM s'interrogent sur les répercussions d'un tarif réduit sur d'autres mesures gouvernementales. « Elle vous fera perdre de l'argent ailleurs », ont-ils fait savoir. D'une part, les frais de garde à 7 $ ne sont pas admissibles au crédit d'impôt québécois.

D'autre part, du côté fédéral, les familles risquent de payer plus d'impôts, de recevoir moins d'allocations familiales fédérales, moins de crédit de TPS et voir la prestation fiscale pour revenu de travail être réduite à zéro. « Cette politique fait perdre aux ménages à faible revenu des sommes importantes. Si le revenu familial se situe entre 30 000 $ et 45 000 $, le programme de garderie à 7 $ constitue une mauvaise décision financière », ont-ils calculé.

Même si depuis 2005, le Québec offre des mesures fiscales pour soutenir les familles monoparentales, les auteurs sont catégoriques.

« Chaque fois qu'un enfant est placé dans une garderie à 7 $ plutôt qu'à 26 $ ou 28 $, Ottawa reçoit un cadeau, ont souligné Claude Laferrière et Francis Montreuil. Pour l'année 2010, on peut évaluer ce cadeau à plus de 320 $ millions. »

Le professeur Luc Godbout a reconnu que le gouvernement fédéral en profite grandement. L'étude l'indique également. Néanmoins, selon les auteurs, le Québec en sort gagnant puisqu'il y a plusieurs avantages sociaux qui s'ajoutent aux rentrées fiscales, dont moins de familles sur l'aide sociale.

Le programme de services de garde a été lancé par le gouvernement du Québec en septembre 1997. En mars 2011, le programme accueillait 215 000 enfants d'âge préscolaire, soit seulement près de la moitié de tous les enfants québécois de cette catégorie d'âge. De ce nombre, 38 % fréquentaient des «centres de la petite enfance» (CPE), 43 % des services en milieu familial et 19 % d'autres garderies subventionnées.

Voir aussi


« Le système de garderies à 7 $ est-il payant pour le Québec ? Non. »

« Le Québec, leader en matière de petite enfance »




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Les contes de fée modernisés


France — « La grande braderie » des diplômes

« L’inventivité n’a plus de limite quand il s’agit de trouver les moyens d’accorder des licences à des étudiants qui n’ont pas le niveau », se moquait mercredi matin Éric Zemmour sur la radio française RTL, alors qu’à partir de la rentrée 2012, les notes éliminatoires seront interdites pendant les trois premières années à l'université.

« Profitez, jeunes gens, c’est la grande braderie ! Jadis, la verve populaire des parigots avait une expression imagée : trouvé dans une pochette surprise. Tout le monde est d’accord, le ministère veut lutter contre l’échec, l’UNEF [syndicat] veut lutter pour l’égalité : la belle et bonne alliance pour toujours plus de médiocrité ! »

L’« objectif officiel » des pouvoirs publics ? « Conduire 50 % d’une classe d’âge à la licence. Objectif de la droite comme de la gauche », cherchez l’erreur ! « Et des syndicats, bien sûr. Toujours plus d’étudiants signifie toujours plus d’emplois de profs et plus de budgets. » La réforme de l’autonomie des universités de Nicolas Sarkozy (« dont il est si fier ») ? Courageux mais pas téméraire, le président sortant « a pris la précaution d’en débrancher le principe de sélection prévue » !

Certes, « certaines universités sélectionnent discrètement, mais au niveau du master [maîtrise], c’est-à-dire après la licence [baccalauréat québécois]. Pendant trois ans, après le bac [DEC québécois], sans compter les éventuels redoublements, les étudiants seront donc laissés à leur médiocrité et à leurs illusions. On retarde une fois encore le moment où leurs yeux se désilleront. On prolonge encore la garderie débutée au primaire et qu’on a prolongé avec le collège unique dans les années 70 et jusqu’au bac dans les années 90 ».

Dire que « le même jour, une étude officielle du ministère de l’Éducation nationale s’inquiétait de l’affaiblissement continu des élèves du primaire en grammaire et en orthographe ».

Et Éric Zemmour de conclure, fataliste : « Pendant la campagne présidentielle, l’effondrement continue : la droite a poursuivi l’œuvre de démolition que la gauche avait commandé et qu’elle achèvera. »








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mercredi 18 avril 2012

Étude sur les garderies qui se paieraient d'elles-mêmes : la multiplication des pains

L'économiste Martin Coiteux, professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal, critique en détail l'études de Fortin, Godbout et Saint-Cerny qui prétend que les garderies se paieraient d'elles-mêmes puisqu'elles auraient contribuer à une augmentation de 5,1 milliards dans le PIB québécois grâce à l'arrivée de près de 70.000 « libérées des servitudes de la maternité » sur le marché du travail.

Il revient (mais cette fois avec des chiffres et des graphiques !) sur certaines questions que nous posions déjà : quel est coût d'opportunité ? pourquoi la comparaison avec l'Ontario et pas d'autres provinces ? pourquoi le programme des garderies serait la cause de ce rattrapage dans le taux d'emploi alors que même les femmes sans enfant au Québec ont vu leur taux d'emploi augmenter de beaucoup pendant la même période ?

La critique de Coiteux n'est pas exhaustive. Il s'est limité à deux problèmes particuliers : la méthodologie retenue, laquelle ignore le principe économique fondamental des coûts d'opportunité, et l'attribution au seul programme des garderies de toute l'augmentation du taux d'emploi des Québécoises depuis 1997.
« Lorsqu'un résultat est extraordinaire au point d'être magique, il faut généralement se méfier.

En l'occurrence, il n'est pas nécessaire de creuser bien longtemps pour s'apercevoir que cette conclusion digne du miracle de la multiplication des pains découle tout simplement d'une méthodologie fautive.

Les auteurs tiennent pour acquis que le programme des garderies à tarif subventionné aurait permis la création de 70 000 emplois, mais ne tiennent nullement compte des emplois qui auraient été créés en l'absence de celui-ci. Pourtant, si le gouvernement n'avait pas créé le programme des garderies, l'économie québécoise aurait quand même créé des emplois, tout simplement en utilisant à d'autres fins les quelque 2 milliards de dollars qui sont aujourd'hui consacrés chaque année à ce seul programme.

Combien de ces emplois alternatifs auraient été créés ? Nul ne peut le dire avec certitude. On peut cependant être certain d'une chose : cette création n'aurait pas été nulle. Elle aurait même pu être supérieure à celle induite par le programme des garderies. Il est donc méthodologiquement faux d'affirmer que le programme aurait créé au net 70 000 nouveaux emplois.

Cette méthodologie erronée ne constitue cependant qu'une partie du problème. Pour en arriver aux 70 000 emplois bruts du départ, les auteurs ont eu recours à deux hypothèses: l'augmentation du taux d'emploi des femmes québécoises aurait pris l'ascenseur en 1997 avec l'introduction du programme, et cette accélération n'aurait eu d'autre cause que le programme des garderies.

Pourtant, si on y regarde de plus près, on ne trouve aucune accélération de la tendance à la hausse du taux d'emploi dans le cas des femmes québécoises âgées de 25 à 44 ans. Une telle accélération n'a été observée que pour les femmes âgées de 15 à 24 ans, celles-ci étant moins susceptibles que les premières d'utiliser les services de garde. »

Matin Coiteux explique ainsi que les tendances observées au Québec n'ont guère été différentes de celles observées dans trois provinces de l'Atlantique n'ayant pourtant pas adopté ce programme :
« Plus important encore, les tendances observées au Québec pour chacun des deux groupes d'âge ont été presque identiques au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. Pourtant, ces provinces n'ont jamais imité le modèle québécois des garderies.

Comment expliquer, par exemple, que les femmes âgées de 15 à 24 ans de ces trois provinces aient connu le même rebond de leur taux d'emploi que celui observé au Québec à partir de 1997 ? C'est que 1997 n'a pas été uniquement l'année du lancement du programme québécois des garderies; 1997 a été également l'année du lancement de la réforme fédérale de l'assurance emploi. Cette réforme aurait poussé un plus grand nombre de jeunes, incluant des femmes, à se trouver un emploi. Visiblement, c'est au Québec et dans les provinces de l'Atlantique que ses effets ont été les plus probants.

En somme, le taux d'emploi des femmes âgées de 25 à 44 ans n'a fait que suivre la tendance haussière stable observée simultanément dans trois provinces de l'Atlantique, tandis que celui des femmes âgées de 15 à 24 ans semble avoir réagi au Québec comme dans ces mêmes provinces à une réforme commune de l'assurance emploi. Comment peut-on alors attribuer 70 000 emplois bruts au seul programme des garderies ? »

Voici les graphiques sur lesquels Coiteux s'appuie pour écrire ces dernièrs paragraphes. Dans chaque cas, la moyenne mobile de 12 mois des données mensuelles est présentée et la source est Statistique Canada.

Taux d'emploi du Québec p/r au Nouveau-Brunswick (1991 à 2011)



Taux d'emploi du Québec p/r à la Nouvelle-Écosse (1991 à 2011)




Taux d'emploi du Québec p/r à Terre-Neuve (1991 à 2011)



Selon Coiteux, les similitudes entre le Québec et ces trois provinces de l'Atlantique sont frappantes. Comment attribuer alors à un programme inexistant dans trois d'entre elles toute l'augmentation du taux d'emploi dans une seule d'entre elles ?


Voir aussi 

« Le Québec, leader en matière de petite enfance »

« Le système de garderies à 7 $ est-il payant pour le Québec ? Non. »

Étude Fortin, Godbout sur les garderies : « étude loufoque », système injuste, Ottawa premier gagnant

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Maternelle publique et gratuite : sans effet sur les résultats au primaire





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lundi 16 avril 2012

Congrès de la CAQ : proposition d'abolir le cours d'ECR au primaire

En plus de ses positions déjà connues sur l'éducation et la santé, la Coalition avenir Québec soumettra à ses membres lors de son congrès de fondation des propositions visant à abolir le cours d'Éthique et culture religieuse.

Une proposition qui sera soumise aux membres vise aussi l'abolition du cours Éthique et culture religieuse au primaire.

« De nombreux parents émettent des doutes sur la pertinence de ce cours », note le cahier de proposition rédigé pour le congrès de vendredi et samedi prochain. Les heures libérées seraient plutôt consacrées aux matières de bases comme le français et les mathématiques.

Source : http://coalitionavenirquebec.org/upload/docs/documents/CAQ_2012_Cahier_du_participant_electronique.pdf




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dimanche 15 avril 2012

École américaine efface une partie d'une fresque pour cause de conservatisme parental

Une école américaine dans le Rhode Island veut faire effacer une partie d'une fresque parce que celle-ci représentait une famille traditionnelle. La peinture murale illustre les différentes étapes de la vie, les deux derniers stades sont l'obtention d'un diplôme et un couple hétérosexuel avec un seul enfant et deux alliances au-dessus des parents.

L'école a demandé à l'artiste d'effacer le couple hétérosexuel. Prétexte : cela ne représente pas nécessairement le parcours de tous les élèves.  Est-ce que l'obtention d'un diplôme représente-t-il vraiment la dernière étape de la vie des gens ? Quid des décrocheurs qui ne sont pas représentés et ainsi stigmatisés ? La vie s'arrête-t-elle à 18 ans ? On efface ainsi une grande partie de la vie pour faire plaisir à des minorités de plus en plus militante.

À force d'« ouverture », de refus de « stigmatiser », on nie la majorité et on aboutit à un mur blanc, le vide.

(vidéo en anglais)





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Professeurs militants « socialisent » leurs élèves captifs

Les gouvernements libéraux et péquistes (c'est kif kif dans le dossier scolaire) ont donné à l'école québécoise trois missions : instruire, socialiser et qualifier. Instruire, tout le monde est d'accord. Socialiser cela signifie le plus souvent endoctriner dans un sens particulier afin d'assurer le « vivre ensemble » progressiste, anticonservateur et multiculturel (pardon, interculturel !) Finalement le « qualifier » ressemble surtout à du mauvais français : on « qualifie » des élèves d'épithètes. Mais bon, ce mauvais français ne jure pas avec une école médiocre au niveau de la transmission des connaissances objectives et de qualité.

Richard Martineau revient ce matin sur la manière dont des professeurs ne se gênent pas pour embrigader leurs élèves captifs dans le dossier des boycotts des universités québécoises par une minorité d'étudiants militants. (Incidemment, si les universités étaient privées et décidaient chacune de leur frais d'inscription, on peut se demander si le Québec aurait connu ces longues manifestations assez surréalistes.)

« Un peu partout à travers la province, des profs organisent des manifestations ou descendent dans la rue pour appuyer les étudiants « en grève ».

Il y a quelques jours, des enseignants ont même affiché de grands carrés rouges dans les cours de 36 écoles secondaires de la Commission scolaire de Montréal.

S’il y a un signe que le débat a méchamment dérapé, c’est bien celui-là.

SIGNES OSTENTATOIRES

Que des étudiants ne veulent plus étudier, soit. C’est leur décision, et ils devront l’assumer jusqu’au bout.

(Comme a dit un de mes amis à sa fille : « Tu veux manifester contre la hausse des frais de scolarité ? Pas de problème. Mais si ta session est annulée et que tu dois la reprendre, TU paieras les frais toi-même. Il est hors de question que je paie pour TES décisions. » C’est ce qu’on appelait naguère, à l’époque lointaine où les parents osaient confronter leurs enfants, une leçon de vie.)

Mais que des enseignants refusent d’enseigner ou se mettent à faire du militantisme en classe est totalement inacceptable.

Un enseignant, ça enseigne. Point à la ligne.

[...]

Vos appartenances idéologiques, laissez-les chez vous.

Vous avez déjà de la difficulté à apprendre à nos enfants à lire, à écrire et à compter correctement, n’essayez pas en plus de leur enseigner l’ABC de la guérilla citoyenne.

[...]

On ne vous paie pas pour que vous tentiez d’empester nos jeunes avec vos idées, fussent-elles de droite ou de gauche. Le rôle de l’école n’est pas de permettre aux syndicats de propager leurs idées « progressistes » (je dirais plutôt : « immobilistes ») ou de faire du recrutement, c’est de permettre aux enfants d’acquérir des connaissances

[...]

UNE ÉCOLE ÉPUISÉE

Comme l’a déjà dit le philosophe français Alain Finkielkraut à la radio : « On ne demande pas à l’enseignant d’être un type sympa, un bon gars dévoué et coopératif, mais de très bien connaître sa matière. »

Le rôle d’un prof de maths est de bien enseigner les maths. Celui d’un prof de géo, de bien enseigner la géo. Vous voulez donner votre opinion ? Rédigez un blogue, publiez des lettres ouvertes dans les journaux, militez dans un parti et faites du porte à porte le week-end, mais cessez de considérez vos élèves comme un auditoire et le poste que la société vous a confié comme une tribune…

Pas étonnant que l’école soit en crise et court après son souffle. Elle veut « former des citoyens », « propager des valeurs », « élever les enfants » — alors que tout ce qu’elle devrait faire est de TRANSMETTRE le plus objectivement possible des connaissances. »

Voir aussi

Un peu d'endoctrinement syndicalo-socialiste avec votre ECR ?






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