dimanche 8 juin 2008

Du côté des cobayes de la réforme : « Des exigences en béton, mais des connaissances bidon »

Nous en avions déjà parlé dans Les bases manquent, les ambitions sont universitaires, des ratés qui deviennent de plus en plus évidents dans le dossier du nouveau programme d'histoire concocté par le Monopole de l'Éducation dont on sait à quel point il est grevé de toutes les tares du prêt-à-penser politiquement correct le plus navrant et si prévisible.

Plusieurs dépêches de presse cette semaine relèvent, maintenant, des couacs dans les évaluations proposées par le Monopole de l'Éducation dans le sillage de la Réforme ou du Renouveau pédagogique.

Examen de mathématiques de sixième

C'est ainsi que Michel Champagne et Guylaine Turcot, enseignants en sixième année à l’école du Plein-Cœur à Richmond, sont encore abasourdis par l’examen de mathématiques soumis à leurs élèves.

Le test était réparti sur 10 jours et, selon eux, beaucoup trop complexe. En lisant l’une des questions, les deux enseignants se sont eux-mêmes demandé par où ils devaient commencer. « J’ai des élèves qui ont pleuré, qui ont repoussé leurs choses. Une fois terminée, ils étaient vidés, épuisés » a relaté Mme Turcot à la Tribune de Sherbrooke.

Des professeurs d'autres régions du Québec se sont également insurgés contre cet examen de mathématiques qui va apparemment bien au-delà de la matière enseignée.

L'épreuve de 11 pages consiste en un exercice complexe, au cours duquel les élèves doivent préparer un bon de commande et fabriquer des dossards en dessinant un patron et en calculant la quantité de tissu nécessaire.

Le porte-parole de la Fédération autonome de l'enseignement, Yves Parenteau, a dit y voir « une autre belle illustration des dérapages de la réforme » pédagogique, qui illustre son « côté démentiel ». Il ajoute que ça ne ressemble en rien à un examen de mathématiques. Visiblement M. Parenteau n'a pas encore bien compris le bien-fondé des compétences transversales.

Certains professeurs ont même refusé de soumettre leurs élèves à l'examen, convaincus qu'ils sont que ceux-ci ne pourraient pas le réussir sans aide.


Examen de mathématiques de troisième secondaire

Les professeurs de mathématiques de la commission scolaire des Affluents, dans Lanaudière, ont refusé de soumettre leurs élèves de troisième secondaire à un examen du ministère de l'Éducation, parce qu'ils le jugent trop complexe et mal adapté à leur enseignement. L'examen n'est pas obligatoire, il s'agit d'un « prototype » fourni par le Ministère dans le cadre du renouveau pédagogique, implanté cette année en troisième secondaire.

Dans la première partie de l'examen, l'élève doit « résoudre une situation-problème » complexe. Il lui faut aménager un terrain de camping de façon optimale, en respectant les coûts tout en prenant en considération la superficie des tentes et des roulottes, l'espace à préserver entre les campements et la construction de trois terrains de jeux.

« Le Ministère fournit beaucoup, beaucoup de données, mais aucune n'est complète. L'élève doit se référer à la 12e donnée pour compléter la première. Les jeunes ne sont pas habitués à travailler de cette façon et on avait peur que cela cause préjudice », expliquait André Lachapelle, directeur du service des ressources éducatives de la commission scolaire des Affluents, à la Presse de Montréal.

C'est que l'examen du Ministère «ne correspond pas à ce qui a été enseigné dans les classes», dit Frédéric Pilon, président du Syndicat de la région des Moulins. «  Les prototypes d'épreuves permettent au Ministère d'apporter des corrections à la réforme. Mais les profs et les élèves ont un peu l'impression de servir de cobayes là-dedans », déplore-t-il.

Qui prépare ces évaluations ?

Ces incidents poussent le Professeur masqué à déclarer :
« Chez les partisans de la réforme, on entend souvent l'argument à l'effet que les programmes et les évaluations ne sont pas déconnectés de la réalité parce qu'ils ont été conçus par des profs. On vient de constater ici que ce n'est pas parce qu'une évaluation est conçue par des enseignants qu'elle est valable. Il faudrait peut-être d'ailleurs s'interroger sur les critères de sélection de ces profs. Qui plus est, dans les deux cas mentionnés, il faut remarquer que ces évaluations ont passé toutes les étapes de validation requises par le MELS. On aura beau dire qu'il s'agissait d'épreuves prototypes, il est quand même troublant de penser qu'il s'agissait d'évaluations qu'on suggérait de faire passer à une cohorte complète d'élèves. Quand certains critiques affirment qu'on prend ces derniers pour des cobayes, comment leur donner tort ? On peut se questionner fortement sur des expérimentations de la sorte. »

UQÀM — Gestion désastreuse du Monopole de l'Éducation

Le rapport du vérificateur général dans l'affaire des dépassements de coûts immobiliers de l'UQAM est accablant pour l’ancien ministre de l’Éducation, M. Michel Fournier.

Dès la fin de 2005, il y avait des « signaux clairs » qui auraient dû l’amener à réagir. Le personnel du vérificateur n’a eu aucun mal à retrouver au ministère de l’Éducation des documents indiquant que les projets immobiliers de l’UQAM présentaient de sérieux risques. Ou bien le ministre ne les a pas lus, ou bien il n’a pas réagi.

Se laisser mener en bateau par les fonctionnaires ?

Selon Michel David du Devoir, « Il est vrai que le ministère de l’Éducation est un véritable labyrinthe, dans lequel il est très facile de s’égarer ou de se laisser mener en bateau par les fonctionnaires. »

Inélégance de Mme Courchesne

M. David poursuit : « On comprend le malaise de Mme Courchesne, qui ne veut pas accabler son prédécesseur malgré l’évidence de ses torts, mais la décence aurait dû lui interdire d’insinuer que l’ancien recteur de l’UQAM, Roch Denis, encore plus fautif, était lui-même « un ami du Parti québécois ». C’est tout à fait exact, mais ce dérapage ne peut pas être mis sur le dos de « l’ancien gouvernement », pas même par association. »

Pas seulement des ouï-dire comme le soutient Mme Courchesne

Le Vérificateur général Renaud Lachance est intraitable : il y avait des « signaux clairs » qui « auraient dû amener le ministère de l'Éducation à réagir ». Dès la fin de 2005 et le début de 2006, « il y avait des notes internes au ministère qui montraient que les projets immobiliers de l'UQAM mettaient en péril sa situation financière », a précisé Renaud Lachance. Pour M. Lachance, il ne s'agit certainement pas là de simples « ouï-dire », comme l'a prétendu la semaine dernière la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, mais « des documents très concrets, publiés en décembre 2005 et au début de 2006 ».

Aux contribuables de payer le gouffre de 500 millions de dollars

Aux contribuables de payer la facture qui pourrait s’élever jusqu’à 500 millions. Le recteur de l’UQAM, Claude Corbo, réclame que l’on efface, que l’on recommence, et que le fardeau du fiasco financier du Complexe des Sciences ainsi que celui de l’Îlot Voyageur soit assumé entièrement par les contribuables québécois.

Les dix plus gros mensonges sur l'école à la maison

De nos jours, l'école est un passage obligé, que nul n'ose remettre en question, passage auquel doivent se soumettre parents et enfants. Ne pas inscrire son enfant à l'école est le tabou par excellence. Transgresser ce tabou et oser défier cette institution est inconcevable pour la plupart des gens. Les clichés incriminant ceux qui se substituent à cette règle sont nombreux, avancés sciemment, ou par ignorance de ce que représente une vie sans école.

Pourtant, l'école à la maison est un choix éclairé et réfléchi, qui bouscule profondément les croyances les plus ancrées sur l'apprentissage, et sur les enfants en général. Si vous croyez notamment que : l'école est obligatoire, sans école, les enfants n'apprennent rien, sans école, les enfants ne sont pas sociables, tout le monde ne peut pas le faire, les familles qui ne scolarisent pas sont embrigadées dans des sectes. Alors ce livre est fait pour vous.

Les dix plus gros mensonges :
  1. L'école est obligatoire.
  2. Sans école, l'enfant n'est pas « socialisé » ou « sociabilisé ».
  3. L'instruction en famille empêche l'autonomie de l'enfant.
  4. Les enfants qui ne vont pas à l'école ne peuvent pas apprendre.
  5. Enfant non scolarisé = Enfant libre = Enfant tyran.
  6. Tous les enfants aiment l'école.
  7. Les enfants non scolarisés sont exclus de l'idéal : « L'école une chance pour tous ».
  8. Sans école, sans diplôme, point de salut. [À quoi on peut ajouter qu'on peut obtenir un diplôme après avoir été éduqué à la maison.]
  9. Tout le monde ne peut pas le faire.
  10. Familles non scolarisées = sectes.

Les 10 plus gros mensonges sur l'école à la maison
de Martin-Rodriguez Sylvie
Éditions Dangles (15 avril 2008)
ISBN-13: 978-2703307495

vendredi 6 juin 2008

Les ruses pour éviter l'interculturalisme et la mixité sociale imposés par l'État

On sait que, parmi les buts des commissaires Bouchard-Taylor, on retrouvait la volonté d'éviter au Québec ce qui s'était produit en France et d'empêcher l'éclosion de ghettos et l'irruption d'émeutes ethniques qui étaient survenues en France. L'État et l'école, au premier chef, doivent selon eux s'assurer qu'il y ait mixité ethnique et religieuse grâce à la promotion du fameux l'interculturalisme, décrit par d'aucuns comme le multiculturalisme soumis à la loi 101, et ceci même si les Québécois de souche renâclent et perdent des libertés scolaires (comme leurs cours de religion chrétienne, peu de choses quoi !) ou doivent être soumis à un cours plurireligieux comme l'ECR dès le plus jeune âge. Les commissaires invitaient également l'État à se pencher sur l'existence des écoles confessionnelles (catholiques et protestantes dans leur majorité) qui pourraient fragmenter la population...

Bref, une nouvelle culture commune québécoise ne pourrait naître que du dialogue et de la mixité ethnique (quitte à être imposés par l'État à l'école).

En France, c'est ainsi que l'on justifie également la survivance de la « carte scolaire » : forcer la mixité sociale et ethnique dans un lieu géographique donné.

M. Bégaudeau auteur du livre qui a inspiré le film à thèse Entre les murs , gagnant de la palme d'or du Festival de Cannes 2008, est persuadé que la classe moyenne a « tout à gagner » à mettre ses enfants dans des collèges multiethniques pour s’enrichir au contact de la « diversité ». C'est la thèse de son livre et du film. On ne sait jamais très bien d'ailleurs ce que le mot diversité cache dans ce genre de plaidoyer si convenu de nos jours : parle-t-on vraiment de diversité culturelle ? Mais ces élèves n'apportent pas avec eux la sagesse de leur culture, le petit Maghrébin dont les parents sont déclassés socialement [1] n'apporte pas toute la sagesse d'Averroès, ni d'Avicenne, d'ailleurs il ne lit sans doute pas l'arabe et parle plutôt berbère à la maison. On frémit à la pensée que M. Bégaudeau soit fasciné par la diversité des couleurs de peau. Extrait de sa thèse dans la vidéo ci-dessous.



Quoi qu'il en soit, il semble que beaucoup de parents — même parmi les plus convaincus des vertus de la mixité sociale et les journalistes de gauche — sont prêts à éviter les entraves placées par l'État pour limiter le choix d'école et limiter les chances de leurs enfants de s'enrichir au contact de la « diversité ». La vidéo ci-dessous passe en revue les ruses déployées par des parents bien-pensants et fortunés pour éviter cette mixité.



[1] Notons que ce déclassement se produit également au Québec et qu'on ne peut partager l'optimisme de MM. Bouchard et Taylor qui pensent que la sélection des immigrants empêchera au Québec de connaître les affres de l'immigration européenne. Rappelons, en effet, que près du tiers des Maghrébins au Québec, le gros de la nouvelle immigration en hausse qu'encourage le gouvernement du Québec, est au chômage ! En outre si, en 1980, les nouveaux immigrants de sexe masculin qui avaient un revenu d'emploi gagnaient 85 cents pour chaque dollar de revenu d'emploi des hommes nés au Canada. En 2005, ils n'en gagnaient plus que 63. Chez les nouvelles immigrantes, les chiffres correspondants étaient de 85 cents et de 56 cents respectivement. En outre, les choses ne s'améliorent pas pour tous les immigrants de deuxième génération. En effet, selon une étude récente de Statistiques Canada, toutes choses étant égales par ailleurs, certains hommes de minorités visibles dont les deux parents sont immigrants semblaient avoir un désavantage significatif au chapitre des gains comparativement à leurs pairs dont les parents sont nés au Canada.

Conférence de la CLÉ à Québec le 9 juin

La Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) organise une conférence à Québec le 9 juin. Au programme :

Me Jean-Yves Côté
Avocat spécialisé en jurisprudence,
co-concepteur de la demande d'exemption, recours légal

M. Gary Caldwell
Commissaire dissident aux États généraux
Il nous dévoilera les revers cachés de ce cours

Mme Carole Cardinal
Vice-présidente de l'ACPEQ
Assistante juridique de Home School Defence Association of Canada

Dre Jean Morse-Chevrier
Psychologue et présidente de l'APCQ
Les effets du cours ECR sur les enfants


Lundi, le 9 juin 2008 à 19 h 30
Montmartre Canadien de Sillery
1669, chemin Saint-Louis, Québec

Compléments d'information : infos@coalition-cle.org ou (418) 839-6236
Entrée libre, stationnement gratuit, bienvenue à tous et toutes.

jeudi 5 juin 2008

Cours ECR — explorer la diversité de différents types de familles : les familles décomposées et les marâtres

Le cours d'Éthique et de culture religieuse a comme une de ses missions pour les enfants du primaire de
« Les amener à explorer la diversité des relations d’interdépendance entre les membres de différents types de familles. (p. 319) »
Il n'est pas clair ce que cela signifie (c'est normal, c'est un document du Monopole) : doit-on comprendre qu'il faudra parler aux enfants de 6 ou 7 ans des familles homosexuelles ? C'est possible. Ce qui est, par contre, fort probable c'est qu'on forcera les enfants à parler des familles décomposées si modernes.

Apportons donc notre pierre à cet édifice et suggérons la lecture de ce portrait de certaines de ces familles décomposées puis recomposées paru dans le magazine français Le Point. Extraits.
Le mythe de la famille recomposée moderne s'effrite. Tous les mois, des « marâtres » au bord de la crise de nerfs évoquent ensemble leur rôle impossible. Au gouvernement, on planche sur un statut du beau-parent qui est loin de faire l'unanimité.

« Vous ne les aimez pas, ils vous pourrissent la vie, vous préfèreriez qu'ils n'existent pas, ces gosses ? Dites-le, personne ne vous jugera. » Sourires tendus. Elles sont une dizaine, dans ce café du 11e arrondissement de Paris, à assister pour la première fois à la réunion mensuelle du Club des marâtres. Créé il y a quatre ans par Marie-Luce Iovane-Chesneau, « marâtre » pétulante et décomplexée, ce cercle est un genre de salon exutoire où des belles-mères à cran déversent chaque mois leur fiel et leurs angoisses. Sans tabou. D'ailleurs, la réunion commence à peine que le niveau sonore, à la table des habituées, s'envole déjà de façon inquiétante.

Du côté des nouvelles, silence, on s'observe en sœurs d'infortune. Femmes de tous âges, de tous milieux sociaux, anti-héroïnes d'un conte de fées moderne et archibanal : la « recomposition » familiale. « Racontez-vous », encourage Sophie, la présidente. On s'attend à de l'anecdote légère, à du rigolo. Le tour de table commence dans les larmes. Sylvie, la mine dévastée, fait le récit du déni ordinaire dont elle se sent la cible. « Lorsque mes belles-filles sont chez nous, elles ne me parlent pas, elles ne me regardent pas. Si elles ont quelque chose à me demander, c'est leur père qui me transmet le message. Comme si, sous mon propre toit, je n'existais pas. » Jeanne, 50 ans, évoque cette petite fille qui habite chez elle un week-end sur deux et fait ce qu'elle veut d'un père rongé par la culpabilité. Au point de la chasser, elle, du lit conjugal. « Il dit que la petite fait des cauchemars, alors ces week-ends-là, c'est moi qui dors sur le canapé. » Et puis il y a Elise, une jolie blonde aux cernes noirs qui parle en se mordillant les doigts. Douze ans de garde alternée au compteur. « Une semaine sur deux, j'ai les deux ados de mon mari en plus de nos deux petits. Ils arrivent avec leur linge sale, se comportent comme s'ils étaient à l'hôtel : je les connais depuis qu'ils sont enfants, mais ce n'est pas moi qui les éduque, alors je ne peux rien dire. » Plus de dix ans de ce régime sans jamais échanger un seul mot avec la mère ont laissé ce petit bout de femme complètement exsangue. « Je voulais qu'on ne me reproche rien, alors j'ai tout porté. Je les ai renvoyés pendant des années avec leur linge repassé chez leur mère, comme si c'était normal. » Il y a quelques semaines, le « couple parental » d'origine a décidé que les deux foyers, l'an prochain, déménageraient en Bretagne. Sans la consulter. Alors Élise s'est effondrée.

Autour de la table, sans mentir, c'est un concert de sanglots. « Ce n'est pas toujours aussi sombre, tempère Sophie . On rit quand même souvent, il y a aussi de belles histoires. » N'empêche. Au terme de ces trois heures de litanies poignantes, la belle façade de nos familles recomposées modernes s'est comme écroulée, révélant, en coulisse, un indescriptible chaos affectif. « Mais ces joyeuses tribus à géométrie variable, ces enfants qui apprennent prétendument l'ouverture d'esprit, la souplesse, cette idée qu'une famille est un groupe qui se choisit et qui s'aime, c'est de la pure mythologie, s'amuse la sociologue Sylvie Cadolle, l'une des premières à s'être intéressées au rôle complexe du beau-parent. Pendant des années, les médias, les séries télé, même les livres pour enfants ont entretenu le mythe triomphant de la nouvelle famille recomposée, tellement plus gaie que la famille monoparentale. Je me souviens d'une émission ahurissante de "La marche du siècle", au début des années 90, qui décrivait ces tribus idylliques : le comédien Roger Vadim y racontait combien toutes ses ex-femmes, tous ses enfants s'entendaient selon lui à merveille. On s'aperçoit aujourd'hui que les choses sont un peu plus complexes. D'ailleurs, des études nous parviennent maintenant des États-Unis  : les familles recomposées se désagrègent encore plus vite que les autres. »

Premier fusible de ces reconstructions en équilibre instable : les beaux-parents. Et surtout la belle-mère. Parce qu'au sein de ces « nouvelles tribus » une constante de la famille traditionnelle demeure : c'est encore la femme, donc la belle-mère au moins à temps partiel, qui est la gardienne du foyer. Celle qui se coltine l'essentiel des soins aux enfants, du quotidien matériel et affectif. Celle qui se heurte donc en permanence à la question des limites de son rôle. « Quand un enfant a des problèmes scolaires, faut-il l'aider ? Quand il pose des questions sur la sexualité, est-on en droit de répondre ? Est-on autorisé à se fâcher pour qu'il range sa chambre ou à le consoler quand il va mal ? La difficulté, c'est qu'il faut s'inventer un rôle, résume Marie-Luce Iovane-Chesneau. On ne sait pas, au fond, ce que l'on attend de nous. »

La fulgurante révolution des mœurs, en marche depuis les années 60, a propulsé sur le devant de la scène familiale des personnages dont ni la société ni le droit n'ont eu le temps de définir le rôle. « Les "parâtres" et les marâtres d'autrefois se substituaient au parent décédé ou destitué de ses droits parentaux par le divorce, dit Sylvie Cadolle. Ceux d'aujourd'hui coexistent avec des parents qui, bien que séparés, continuent d'exercer pleinement leur autorité parentale. Il faut donc définir des rôles, des territoires entre tous ces adultes présents dans la vie de l'enfant. Or rien, dans notre histoire, dans notre culture, ne nous aide à penser cette pluriparentalité tellement étrangère à nos normes occidentales. »

Entre lémures, palme d'or ?

Alain Finkielkraut s'exprime au sujet de l'auteur du roman qui servit de trame au film couronné Palme d'or 2008 du festival de Cannes. L'auteur, M. Bégaudeau, joue son propre rôle de professeur dans le film « Entre les murs ». La lettre envoyée au Monde s'intitule Palme d'or pour une syntaxe défunte.


Bande annonce d'Entre les murs (palme d'or à Cannes 2008)

« Bégaudeau n'a pas le triomphe modeste, soit. Mais pourquoi l'a-t-il acrimonieux ? Pourquoi cette vindicte à l'égard des professeurs qui ne partagent ni ses méthodes, ni ses objectifs, ni son optimisme ? Pourquoi être si mauvais joueur quand on a gagné la bataille, et s'acharner contre les derniers récalcitrants quand on a, à ses pieds, le président de la République, la ministre de la culture et celui de l'éducation nationale ? Et pourquoi faut-il que Le Monde (le 28 mai) alimente cette étrange aigreur en dressant le repoussoir des "fondamentalistes de l'école républicaine" qui prônent "l'approche exclusive de la langue française par les grands textes" ?

Fondamentaliste, la lecture d'A la recherche du temps perdu, de Bérénice ou du Lys dans la vallée ? Fondamentaliste, l'expérience des belles choses, l'éventail déployé des sentiments et le tremblement littéraire du sens ? Le fondamentalisme est arrogant, catégorique et binaire ; la littérature problématise tout ce qu'elle touche. Le fondamentalisme enferme l'esprit dans le cercle étroit d'une vérité immuable ; la littérature le libère de lui-même, de ses préjugés, de ses clichés, de ses automatismes. Le fondamentalisme est une fixation ; la littérature, un voyage sans fin.

On jugera le film de Laurent Cantet lors de sa sortie en salles. Peut-être sera-t-on intéressé, voire captivé par cette chronique d'une année scolaire dans une classe de quatrième à travers les tensions, les drames, les problèmes et les imprévus du cours de français. Mais s'il est vrai qu'après s'être vainement employé à corriger la syntaxe défaillante d'adolescentes qui se plaignaient d'avoir été "insultées de pétasses", l'enseignant finit par utiliser certaines tournures du langage des élèves, "plus efficace que le sien", alors on n'aura aucun motif de se réjouir.

[...]

Naguère aussi, on respirait dans les œuvres littéraires ou cinématographiques un autre air que l'air du temps. Sean Penn, le président du jury, a remis les pendules à l'heure en déclarant, dès la cérémonie d'ouverture du Festival et sous les applaudissements d'une presse enthousiaste, que seuls retiendraient son attention les films réalisés par des cinéastes engagés, conscients du monde qui les entoure. Sarabande, Fanny et Alexandre, E la nave va, In the Mood for Love, s'abstenir. Un conte de Noël, ce n'était pas la peine. Le monde intérieur, l'exploration de l'existence, les blessures de l'âme sont hors sujet. Comme si l'inféodation de la culture à l'action politique et aux urgences ou aux dogmes du jour n'avait pas été un des grands malheurs du XXe siècle, il incombe désormais aux créateurs de nous révéler que Bush est atroce, que la planète a trop chaud, que les discriminations sévissent toujours et que le métissage est l'avenir de l'homme.

L'art doit être contestataire, c'est-à-dire traduire en images ce qui est répété partout, à longueur de temps. Big Brother est mort, mais, portée par un désir de propagande décidément insatiable, l'idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social. »

Il faut dire que Bégaudeau et Finkielkraut, tous les deux professeurs, se connaissent. Lors d'une émission où ils discutaient de l'école et des émeutes en banlieue parisienne, Bégaudeau était, non seulement clairement imbu de lui-même la bouche en cul de poule et le sourire narquois, mais également glaçant de mépris envers Finkielkraut. Il est vrai que M. Bégaudeau est de gauche.





L'autoritarisme étatique force les parents à contourner l'abus de pouvoir de l'État qui s'immisce dans l'éducation morale et religieuse

Lettre ouverte de Gérard Lévesque de Lévis.

Les principaux instigateurs du programme d'éthique et de culture religieuse (ECR) ne pouvaient pas ne pas réagir promptement à l'indignation que soulève un effet fort malheureux de ce programme. Comme le révélait Michel David dans sa chronique de samedi dernier intitulé La laïcité à deux vitesses, les élèves dont les parents peuvent financièrement les inscrire à l'école privée pourront continuer d'y recevoir un enseignement religieux confessionnel alors que les élèves fréquentant l'école publique ne pourront dorénavant bénéficier d'un tel enseignement.

Pour sauver la face de son programme, Jean-Pierre Proulx, dans son article [publié dans le Devoir] mercredi 3 juin intitulé Éviter la confusion et les impasses, propose comme solution, à la stupéfaction générale, rien de moins que la promotion de l'école privée en suggérant que les parents à faible revenu bénéficient de mesures fiscales pour pouvoir inscrire eux aussi leur enfant à l'école privée !

Que conclure de ce cercle vicieux ? Ce que Bock-Côté disait du Québec à partir de la pensée de Marcuse dans Le Devoir de philo du 3 juin dernier : de soi-disant intellectuels, coupés de la réalité et du sens commun du monde ordinaire, ont conçu un programme scolaire au mépris de la volonté légitime des parents qui tiennent à ce que l'école transmette à leur enfant un enseignement religieux confessionnel. L'autoritarisme étatique qui impose ce programme a pour effet que les parents cherchent des moyens de contourner cet abus de pouvoir de l'État qui s'immisce jusque dans les contenus religieux, en violation du principe de la séparation des Églises et de l'État. Alors d'aucuns suggèrent encore plus d'autoritarisme en conseillant à l'État d'interdire aux écoles privées l'enseignement confessionnel. Pour leur part, des auteurs du programme proposent des solutions tout aussi farfelues.

Il est grand temps que la ministre Courchesne impose le holà à ce programme !

mercredi 4 juin 2008

« Le fascisme et le Canada »

Éditorial sévère de Catholic Insight pour qui le fascisme s'installe au Québec.

Un extrait concernant le Québec et la Colombie-Britannique.
« En septembre 2008, le Ministère de l'Éducation de Colombie-Britannique a l'intention d'introduire l'enseignement obligatoire des mariages homosexuels du jardin d'enfants à douzième année dans les écoles provinciales. C'est la première fois qu’une province au Canada s’arroge le droit de déterminer l'enseignement moral dans les écoles alors que la grande majorité de ses citoyens rejette cet enseignement comme non scientifique et contraire au bien commun.

Voilà que l’on passe du fameux slogan prononcé par M. Trudeau en 1967 « l’État n’a pas à s’intéresser à ce qui se passe dans les chambres à coucher de ses citoyens » – utilisé à mauvais escient pour saper la moralité traditionnelle – à un nouveau slogan selon lequel l'État doit déterminer ce que doivent penser les gens en matière de morales.

En septembre, également, le Ministère de l’Éducation du Québec a l'intention de remplacer la morale chrétienne dans ses écoles par un salmigondis laïque inventé par son personnel qui ravale le christianisme à une religion parmi d’autres. Comme Douglas Farrow le signalait dans notre numéro de mars, cette suppression se fait au nom du « pluralisme normatif ». C’est à ce titre que l’État bafoue les droits des parents et le rôle formateur de la culture chrétienne et le remplace par une sociologie laïque. Une nouvelle fois, ici, l’État balaie l’autorité spirituelle et usurpe son rôle. C’est ce qu’on nomme dans l’histoire l’« étatisme », mieux connu sous le nom de « fascisme ».
[L’étatisme est un terme péjoratif que ne revendique aucun gouvernement. Il désigne les pratiques d'un État allant dans le sens d'une expansion de son champ d'intervention sur la société. Quand l’État investit tous les aspects de la vie des citoyens, on peut parler de totalitarisme comme, par exemple, dans les cas de l'Italie mussolinienne, de l'Allemagne nazie et de l'URSS.]