mardi 26 janvier 2016

Bock-Côté : « Il est temps de réduire les seuils d’immigration »

Extrait d’un texte de Mathieu Bock-Côté.

Le Devoir nous confirme ce matin une chose dont nous nous doutions: la francisation des immigrés est un échec. Les immigrants boudent les cours de français. Nos efforts pour les intégrer n’aboutissent pas à des résultats convaincants. Et plus encore, ces efforts, aussi admirables soient-ils, sont mal coordonnés et mal orientés. En un mot, du point de vue de l’intégration linguistique et culturelle, l’immigration est un échec, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des milliers et des milliers de belles histoires réussies.

Si Montréal est de plus en plus bilingue..
pourquoi apprendre le français ?
Résumons : 60 % des immigrés d’âge adulte qui arrivent au Québec et qui ne parlent pas le français en y arrivent refusent de prendre des cours de français. La tendance est à la hausse depuis quelques années. En un mot, nous ne les intéressons pas. Ils arrivent chez nous et peuvent aisément se passer d’une interaction avec la majorité francophone et ceux qui la composent pour vivre et travailler, comme le note d’ailleurs Robert Dutrisac dans son article. Dans la société du Bonjour/Hi, ils choisissent le Hi.

Ce n’est pas qu’ils sont méchants. C’est que nous ne comptons tout simplement pas. Ils arrivent en Amérique du Nord. Ils arrivent au Canada. Ils arrivent à Montréal. Ils arrivent dans un environnement qui fonctionne en anglais et où la langue française a de moins en moins de pouvoir et n’est plus prestigieuse du tout. À la rigueur, nous sommes considérés comme un résidu historique plutôt sympathique. Mais nous n’incarnons plus l’avenir. On peut se passer de nous. Il y a un prix à payer à ne pas être un pays.

On devine déjà la réponse des nationalistes médiatiquement respectables : il faudrait augmenter les budgets en francisation. Les plus courageux voudront même rendre obligatoires les cours de français. Évidemment. Cela va de soi. Mais il faut aller plus loin et poser la question qui demeure fondamentalement interdite dans notre système médiatique : est-ce que l’immigration massive telle que nous la connaissons aujourd’hui est favorable aux intérêts du Québec et à la survie de sa culture ? La réponse est non.

On veut nous faire croire depuis des années qu’une immigration massive est indispensable à la prospérité économique et au rajeunissement de la population. Ce mythe a été démonté depuis un bon moment déjà par plusieurs chercheurs, qui ont bien montré en quoi l’immigration n’était pas une solution miracle pour sauver le Québec. Cela n’empêche pas certaines figures du patronat atteintes d’illettrisme économique ou militant férocement pour la fin des frontières de plaider pour une augmentation des seuils d’immigration.

Source

Voir aussi

L’immigration, le remède imaginaire

Institut Fraser : L’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général ; les politiques d’immigration doivent être revues (étude de 264 pages)

Bock-Côté : Immigration, un tabou explose [Mais campagne publicitaire du gouvernement libéral pour l’immigration]

L’immigration essentielle pour combler le manque de travailleurs au Québec... Vraiment ?

Le Québec reçoit-il trop d’immigrants ? L’immigration profite-t-elle au PLQ ?

200 000 immigrants en 4 ans au Québec, bon pour le développement durable !?

Controversé projet scolaire sur l’immigration à une école secondaire de Karoumaska


Québec — Les cours de français de plus en plus boudés par les immigrants

Environ 60 % des immigrants adultes qui ne connaissent pas le français en arrivant au Québec refusent de suivre les cours de français qui leur sont offerts gratuitement par l’État, une proportion en nette progression ces dernières années.

Selon le rapport annuel de gestion 2014-2015 du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), des 13 455 immigrants reçus qui déclaraient ne pas connaître le français en 2012, seulement 3689 s’étaient inscrits à un cours de français dans les deux ans qui ont suivi, soit un pourcentage de 27,4 %. Mais comme les cours offerts par le MIDI ne représentent que les deux tiers des cours de français offerts aux nouveaux arrivants, a-t-on précisé au ministère — l’autre tiers est le fait du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) —, il s’agit d’un peu plus de 40 % des immigrants anglophones ou allophones qui jugent bon d’apprendre formellement le français dans les deux ans qui suivent leur arrivée.

Or en 2008, la proportion était inversée : 60 % des nouveaux arrivants ne connaissant pas le français assistaient aux cours offerts par l’État, évaluait-on au ministère. On s’inquiétait toutefois du fait que 40 % d’entre eux choisissaient de bouder les cours.

Source : Le Devoir

lundi 25 janvier 2016

Québec — L'école « intégrée » et plus « inclusive » serait un cauchemard au quotidien pour certains enseignants

Selon le Journal de Québec, la proportion d’élèves en difficulté intégrés dans les classes ordinaires n’a jamais été aussi élevée dans les écoles du Québec, a appris Le Journal. En classe, enseigner devient « un cauchemar au quotidien » pour certains profs.

Selon des données provenant du ministère de l’Éducation, 61 % de ces élèves étaient en classe régulière en 2003-2004, plutôt que dans une classe spéciale, alors que dix ans plus tard, ce chiffre grimpe à 69 %.

L’augmentation est particulièrement marquée au secondaire, où la proportion d’élèves intégrés est passée de 42 % à 57 % en dix ans. Mais il reste que c’est au primaire où ils sont le plus présents en classe ordinaire.

La diminution graduelle des classes spéciales a commencé au Québec en 1999, par l’adoption d’une politique de l’adaptation scolaire qui prône l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté dans les classes ordinaires, pour une école plus inclusive.

Au fil des ans, les syndicats d’enseignants ont toutefois dénoncé à maintes reprises le manque de services pour ces élèves, ce qui a mené à de « l’intégration sauvage » au détriment des enfants intégrés et des autres élèves de la classe, affirment-ils.

« Cauchemar quotidien »

Quinze ans plus tard, rien n’est réglé. « C’est un cauchemar au quotidien », affirme Chantal Arsenault, qui enseigne au primaire depuis 28 ans. « Il y a une pression incroyable sur le dos des enseignants qui doivent trouver des formules magiques afin que tous réussissent sans ressources, avec une aide minimale ou inexistante » affirme celle qui a récemment écrit au premier ministre Philippe Couillard, pour dénoncer la situation. Mais même en classe spéciale, des enseignants se sentent parfois tout aussi démunis.

Les autres élèves de la classe écopent, ajoute Mme Arsenault. « On ne les stimule pas assez. J’ai honte de dire qu’ils ne reçoivent pas tout le contenu qu’ils sont en droit de recevoir », lance-t-elle.

De son côté, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) réclame davantage de ressources et l’ouverture de nouvelles classes spécialisées. Récemment, les compressions ont plutôt poussé certaines commissions scolaires à en fermer. La difficulté d’obtenir une place dans une classe spéciale a même poussé des parents d’un enfant autiste à poursuivre une commission scolaire de Québec, parce que leur fils n’a pas reçu les services appropriés, allèguent-ils. Une autre poursuite du même genre sera déposée sous peu par d’autres parents de Lévis.

Pour Égide Royer, spécialiste en adaptation scolaire, « Si cette augmentation avait été accompagnée d’une augmentation du taux de réussite, ç’aurait été une bonne nouvelle. Est-ce que ce sont vraiment les éducateurs qui se sont dit que le meilleur endroit pour le jeune est la classe ordinaire ou si les compressions budgétaires ont joué en cours de route ? »

Il y a quelques semaines, des policiers ont dû se rendre dans une école primaire pour maîtriser un enfant autiste de six ans en crise. Alors que la directrice tentait de le maîtriser, l’élève lui a « fracassé la tête dans un casier », raconte l’enseignante Chantal Arsenault. Une autre employée qui a voulu intervenir s’est fait arracher des cheveux, « lui laissant une plaque grosse comme un 2 $ sur la tête ». Une partie de l’étage de l’école a dû être évacuée jusqu’à ce que l’élève soit maîtrisé. L’enfant a été suspendu pendant une semaine. Il est revenu à l’école quelques jours plus tard.

Depuis quatre ans, le taux de prévalence de l’autisme a doublé, ajoute Mme Plourde, directrice générale d’Autisme Québec. Cette augmentation subite pose toutefois de nombreuses questions. Voir Troubles de l’attention : une pilule qui passe mal (m-à-j) et Nombre d’élèves en difficulté a près de doublé en 10 ans, coût : 2,3 milliards par an.

Coups de poing et menaces de mort dans une classe spéciale

Coup de poing dans le ventre. Coup de crâne en plein visage. Mena­ces de mort. Le passage de Stéphanie Kerouac comme enseignante dans une classe spécialisée n’a vraiment pas été de tout repos.

Devant elle, six à huit élèves autistes ou avec un trouble psychopathologique. La violence est fréquente. Un élève a déjà « pris en otage » la technicienne en éducation spécialisée qui l’accompagnait dans un local, en débranchant le téléphone et en se plantant devant la porte avec une paire de ciseaux et le téléphone en main pour qu’elle n’appelle pas à l’aide.

Après avoir reçu des menaces de mort, Stéphanie a terminé l’année avec un garde du corps qui s’est fait passer pour un stagiaire.

« Le jeune me disait qu’il allait me planter son crayon dans ma veine jugulaire et que j’allais mourir au bout de mon sang. Je ne comprenais pas pourquoi nous n’avions pas plus d’aide. Une technicienne en éducation spécialisée et un prof pour tout ce beau monde, ça ne suffit pas », lance Stéphanie.

Un autre élève avait l’habitude de se « désorganiser », comme on dit dans le jargon scolaire. Il tentait de se faire vomir en classe, criait qu’il voulait mourir, lançait des objets, se cognait la tête contre les murs... « L’enfer ! raconte l’enseignante. Il faisait peur aux petits nouveaux qui, à leur tour, se désorganisaient. J’avais une classe pop-corn. J’ai fini par crasher [sic]. »

L’enseignante est actuellement en congé de maladie. Elle raconte avoir été « sidérée et éberluée » de constater le manque de ressources pour ces enfants « meurtris de l’intérieur », même en classes spécialisées. « On n’est pas mieux équipé de l’autre côté », lance-t-elle.


L'Ontario retirera les termes « mère » et « père » de 10.000 formulaires

Les députés de l'Ontario ont adopté en septembre dernier une motion visant à modifier tous les formulaires du gouvernement provincial pour retirer les termes « mère » et « père » et ainsi « refléter la diversité » des familles de la province.

Glenn Thibeault, député libéral de Sudbury, a estimé que la terminologie « genrée devraient être remplacées par des termes « neutres et inclusifs » sur 10 000 différents formulaires du gouvernement ontarien.

La motion, qui a été approuvée jeudi lors d'un vote à l'Assemblée législative de l'Ontario, affirme que des mots spécifiques de genre, « y compris - mais pas seulement - mère et père », pourraient être remplacés par « parent ou tuteur », ce qui permettrait de reconnaître les droits des parents issus de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre ou queer (LGBTQ).

« Si le député était vraiment sérieux au sujet d'être inclusif, il demanderait que des mots comme « parent » et « tuteur » soient ajoutés aux formulaires du gouvernement sans exclure les mots « mère » et « père », a déclaré le député conservateur Bob Bailey.

Liens connexes

Ontario — Théorie du genre dans le nouveau programme d'éducation sexuelle

Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »

Islam et christianisme : les impasses du dialogue interreligieux actuel

L'islamologue François Jourdan revient dans les colonnes du FigaroVox sur les différences spécifiques qui distinguent l'islam du christianisme. Il déplore un déni de réalité ambiant qui masque les problèmes à résoudre dans le dialogue avec la religion musulmane.

Extraits

[...]

François JOURDAN. — Nous ne sommes pas prêts au vrai dialogue, ni l'islam très figé depuis de nombreux siècles et manquant fondamentalement de liberté, ni le christianisme dans son retard de compréhension doctrinale de l'islam par rapport au christianisme et dans son complexe d'ancien colonisateur. L'ignorance mutuelle est grande, même si on croit savoir : tous les mots ont un autre sens dans leur cohérence religieuse spécifique. L'islamologie est en déclin dans l'Université et dans les Églises chrétiennes. Le laïcisme français (excès de laïcité) est handicapé pour comprendre les religions. Alors on se contente d'expédients géopolitiques (histoire et sociologie de l'islam), et affectifs (empathie sympathique, diplomatie, langage politiquement correct). Il y a une sorte de maladie psychologique dans laquelle nous sommes installés depuis environ 1980, après les indépendances et le Concile de Vatican II qui avaient ouvert une attitude vraiment nouvelle sur une géopolitique défavorable depuis les débuts de l'islam avec les conquêtes arabe et turque, la course barbaresque séculaire en mer méditerranée, les croisades et la colonisation.

[...]

[L]es mots ont tous un autre sens pour l'autre. Par exemple le mot prophète (nabî en hébreu biblique et en arabe coranique) ; or le prophétisme biblique actif n'est pas du tout de même nature que le coranique passif devant Dieu. Les erreurs comme sur Abraham qui serait le premier monothéiste et donc le père d'un prétendu abrahamisme commun au judaïsme, au christianisme et à l'islam ; alors que, pour les musulmans, le premier monothéiste de l'histoire est Adam.

Mais chut ! Il ne faut pas le dire ! Pourtant l'islam est foncièrement adamique, « la religion de toujours », et non pas abrahamique puisque l'islam ignore totalement l'Alliance biblique faite avec Abraham et qui est la trame de l'histoire du Salut pour les juifs et les chrétiens où Dieu est Sauveur.

En islam Dieu n'est pas sauveur. L'islam n'est pas une religion biblique. Et on se doit de le respecter comme tel, comme il se veut être… et en tenir compte pour la compréhension mutuelle que l'on prétend aujourd'hui afficher haut et fort pour se flatter d'être ouvert.

Figarovox. — L'Andalousie de l'Espagne musulmane présentée comme le modèle parfait de la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans, les très riches heures de la civilisation arabo-islamique sont pour vous autant d'exemples historiques dévoyés. Comment, et dans quel but?

François JOURDAN. — Les conquérants musulmans sont arrivés sur des terres de vieilles et hautes civilisations (égyptienne, mésopotamienne, grecque antique, byzantine, latine) ; avec le temps, ils s'y sont mis et ont poursuivis les efforts précédents notamment par la diffusion due à leurs empires arabe et turc ; mais souvent cela n'a pas été très fécond par manque de liberté fondamentale. Les grands Avicenne et Averroès sont morts en disgrâce. L'école rationnalisant des Mu'tazilites (IXe siècle) a été rejetée. Cela s'est grippé notamment au XIe siècle et consacré par la «fermeture des portes de l'ijtihâd», c'est-à-dire de la réinterprétation. S'il y a eu une période relativement tolérante sous ‘Abd al Rahmân III en Andalousie, on oublie les persécutions contre les chrétiens avant, et après par les dynasties berbères almoravides et almohades, y compris contre les juifs et les musulmans eux-mêmes. Là encore les dés sont pipés : on exagère à dessein un certain passé culturel qu'on a besoin d'idéaliser aujourd'hui pour faire bonne figure.

[...]

[O]n se laisse berner par les apparences constamment trompeuses avec l'islam qui est un syncrétisme d'éléments païens (les djinns, la Ka‘ba), manichéens (prophétisme gnostique refaçonné hors de l'histoire réelle, avec Manî le ‘sceau des prophètes'), juifs (Noé, Abraham, Moïse, David, Jésus… mais devenus musulmans avant la lettre et ne fonctionnant pas du tout pareil: Salomon est prophète et parle avec les fourmis…), et chrétiens (Jésus a un autre nom ‘Îsâ, n'est ni mort ni ressuscité, mais parle au berceau et donne vie aux oiseaux d'argile…). La phonétique des noms fait croire qu'il s'agit de la même chose. Sans parler des axes profonds de la vision coranique de Dieu et du monde: Dieu pesant qui surplombe et gère tout, sans laisser de place réelle et autonome à ce qui n'est pas Lui (problème fondamental de manque d'altérité dû à l'hyper-transcendance divine sans l'Alliance biblique). Alors si nous avons ‘le même Dieu' chacun le voit à sa façon et, pour se rassurer, croit que l'autre le voit pareil… C'est l'incompréhension totale et la récupération permanente dans les relations mutuelles (sans le dire bien sûr : il faudrait oser décoder).

Si l'on reconnaît parfois quelques différences pour paraître lucide, on est la plupart du temps (et sans le dire) sur une tout autre planète mais on se rassure mutuellement qu'on fait du ‘dialogue' et qu'on peut donc dormir tranquilles.

Figarovox. — Une fois que le concile Vatican II a «ouvert les portes de l'altérité et du dialogue», écrivez-vous «on s'est installé dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel.» Comment se manifeste ce consensualisme sur l'islam?

François JOURDAN. — Par l'ignorance, ou par les connaissances vues de loin et à bon compte: c'est la facilité. Alors on fait accréditer que l'islam est ‘abrahamique', que ‘nous avons la même foi', que nous sommes les religions ‘du Livre', et que nous avons le ‘même' Dieu, que l'on peut prier avec les ‘mêmes' mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que [Mahomet] est «prophète» et au sens fort ‘comme les prophètes bibliques' et que le Coran est ‘révélé' pour lui au sens fort « comme la Bible » alors qu'il fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que «nous avons beaucoup de points communs»! C'est indéfendable.

[...]

On entretient la confusion qui arrange tout le monde: les musulmans et les non-musulmans. C'est du pacifisme: on masque les réalités de nos différences qui sont bien plus conséquentes que ce qu'on n'ose en dire, et tout cela par peur de nos différences. On croit à bon compte que nous sommes proches et que donc on peut vivre en paix, alors qu'en fait on n'a pas besoin d'avoir des choses en commun pour être en dialogue. Ce forcing est l'expression inavouée d'une peur de l'inconnu de l'autre (et du retard inavoué de connaissance que nous avons de lui et de son chemin). Par exemple, la liberté religieuse, droit de l'homme fondamental, devra remettre en cause la charia (organisation islamique de la vie, notamment en société) . Il va bien falloir en parler un jour entre nous. On en a peur: ce n'est pas « politiquement correct ». Donc ça risque de se résoudre par le rapport de force démographique… et la violence future dans la société française. Bien sûr on n'est plus dans cette période ancienne, mais la charia est coranique, et l'islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Chimone Pérès en juin 2014). D'ailleurs Boumédienne, Kadhafi, et Erdogan l'ont déclaré sans ambages.

[...]

L'islam est globalisant. Les musulmans de Chine ou du sud des Philippines veulent faire leur Etat islamique… Ce n'est pas une dérive, mais c'est la cohérence profonde du Coran. C'est incompatible avec la liberté religieuse réelle. On le voit bien avec les musulmans qui voudraient quitter l'islam pour une autre religion ou être sans religion: dans leur propre pays islamique, c'est redoutable. De même, trois versets du Coran (60,10; 2,221; 5,5) obligent l'homme non musulman à se convertir à l'islam pour épouser une femme musulmane, y compris en France, pour que ses enfants soient musulmans. Bien sûr tout le monde n'est pas forcément pratiquant, et donc c'est une question de négociation avec pressions, y compris en France où personne ne dit rien. On a peur.

[...]

Charlie Hebdo fait de l'amalgame par lâcheté
Figarovox. — La couverture du numéro spécial de Charlie Hebdo commémorant les attentats du 7 janvier, tiré à un million d'exemplaires représente un Dieu en sandales, la tête ornée de l'œil de la Providence, et armé d'une kalachnikov. Il est désigné comme «l'assassin [qui] court toujours»… Que révèle cette une qui semble viser, par les symboles employés, davantage la religion chrétienne que l'islam ?


François JOURDAN. — Il y a là un tour de passe-passe inavoué. Ne pouvant plus braver la violence islamique, Charlie s'en prend à la référence chrétienne pour parler de Dieu en islam. Représenter Dieu serait, pour l'islam, un horrible blasphème qui enflammerait à nouveau le monde musulman. Ils ont donc choisi de montrer un Dieu chrétien complètement déformé (car en fait pour les chrétiens, le Père a envoyé le Fils en risquant historiquement le rejet et la mort blasphématoire en croix: le Dieu chrétien n'est pas assassin, bien au contraire). Mais il faudrait que les biblistes chrétiens et juifs montrent, plus qu'ils ne le font, que la violence de Dieu dans l'Ancien Testament n'est que celle des hommes mise sur le dos de Dieu pour exprimer, par anthropomorphismes et images, que Dieu est fort contre le mal. Les chrétiens savent que Dieu est amour (1 Jean 4,8.16), qu'amour et tout amour. La manipulation est toujours facile, même au nom de la liberté.

Figarovox. — Toutes les religions ont-elles le même rapport à la violence quand le sacré est profané?

François JOURDAN. — Toutes les civilisations ont légitimé la violence, de manières diverses. Donc personne n'a à faire le malin sur ce sujet ni à donner de leçon. Il demeure cependant que les cohérences doctrinales des religions sont variées. Chacune voit ‘l'Ultime' (comme dans le bouddhisme sans Dieu), le divin, le sacré, Dieu, donnant sens à tout le reste: vision du monde, des autres et de soi-même, et le traitement de la violence en fait partie. C'est leur chemin de référence. [Mahomet], objectivement fondateur historique de l'islam, a été chef religieux, politique et militaire: le prophète armé, reconnu comme le « beau modèle » par Dieu (33,21) ; et Dieu « prescrit » la violence dans le Coran (2,216.246) et y incite (8,17; 9,5.14.29.73.111.123; 33,61; 47,35; 48,29; 61,4; 66,9…), le Coran fait par Dieu et descendu du ciel par dictée céleste, étant considéré par les musulmans comme la référence achevée de la révélation; les biographies islamiques du fondateur de l'islam témoignent de son usage de la violence, y compris de la décapitation de plus de 700 juifs en mars 627 à Médine. Et nos amis de l'islam le justifient.

Selon la règle ultra classique de l'abrogation (2,106), ce sont les versets les derniers qui abrogent ceux qui seraient contraires ; or les derniers sont les intolérants quand Mahomet est chef politique et militaire. Ce n'est pas une dérive.

Quand, avec St Augustin, le christianisme a suivi le juriste et penseur romain païen Cicéron (mort en 43 avant Jésus-Christ) sur l'élaboration de la guerre juste (« faire justement une guerre juste » disait-il), il n'a pas suivi l'esprit du Christ.

Gandhi, lisant le Sermon sur la Montagne de Jésus (Mt 5-7), a très bien vu et compris, mieux que bien des chrétiens, que Dieu est non-violent et qu'il faut développer, désormais dans l'histoire, d'autres manières dignes de l'homme pour résoudre nos conflits. Car il s'agit bien de se défendre, mais la fin ne justifie pas les moyens, surtout ceux de demain qui seront toujours plus terriblement destructeurs. Mais les chrétiens qui ont l’Évangile dans les mains ne l'ont pas encore vraiment vu. Ces dérives viennent bien des hommes mais non de Dieu qui au contraire les pousse bien plus loin pour leur propre bonheur sur la terre. Pour en juger, il faut distinguer entre les dérives (il y en a partout), et les chemins de référence de chaque religion: leur vision de Dieu ou de l'Ultime. Au lieu de faire lâchement l'autruche, les non-musulmans devraient donc par la force de la vérité («satyagraha» de Gandhi), aider les musulmans, gravement bridés dans leur liberté (sans les juger car ils sont nés dans ce système contraignant), à voir ces choses qui sont cachées aujourd'hui par la majorité ‘pensante' cherchant la facilité et à garder sa place.

Le déni de réalité ambiant dominant est du pacifisme qui masque les problèmes à résoudre, lesquels vont durcir, grossir et exploseront plus fort dans l'avenir devant nous. Il est là le vrai dialogue de paix et de salut contre la violence, l'aide que l'on se doit entre frères vivant ensemble sur la même terre.

Islam et christianisme, comprendre les différence de fond
Par le père François Jourdan
(islamologue et théologien eudiste),
Paru le 25 Novembre 2015,
aux Éditions du Toucan
à Paris,
384 pages,
ISBN : 9782810006762

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Livre ECR (secondaire) nous dit « Un Dieu, trois religions », vraiment ?

L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

Le dialogue, au sens strict, entre les religions est impossible

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »

Rémi Brague — Sur le « vrai » islam

Manuel d'histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l'islam tolérant pour sa part

Manuel d'histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

dimanche 24 janvier 2016

Enfants de couples homosexuels : « toutes les études [militantes] sont invalides »




« Toutes les études sont invalides » sur l'adoption d'enfants par des couples homosexuelles a expliqué le docteur Pierre Lévy-Soussan, psychiatre, psychanalyste et auteur de Destins de l'adoption. Il était l'invité de l'émission Le Rendez-vous santé, présentée par Brigitte Milhau, sur la chaîne d'information française LCI.



Intervention de Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre spécialisé dans l'adoption, au cours d'un débat dans l'émission Mots croisés sur France2

Sur les faibles effectifs (non aléatoires) de ces études brandies par des militants de la cause de l'adoption d'enfants par des couples homosexuels, lire Comment grandissent les enfants élevés par des couples de même sexe ?

Des études récentes effectuées sur de larges échantillons semblent indiquer, au demeurant, que les enfants vivant avec des homosexuels accusent un retard scolaire et sont exposés à des risques plus élevés.

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Étude révèle que les enfants vivant avec des homosexuels accusent un retard scolaire

Autre étude suggère des risques pour les enfants élevés par des couples homosexuels

Priorité de l'État : vous devez trouver homosexuels, bisexuels et transsexuels « normaux » !

George Leroux : L’État doit viser à déstabiliser les systèmes absolutistes de croyance

Après les drogues et le SIDA, le tabou des violences « conjugales » dans les couples homosexuels

Garçon gardé par un couple de lesbiennes subit un traitement hormonal pour bloquer sa puberté

École québécoise : l'homoparentalité expliquée aux enfants du primaire par l'État

Lutte à « l'hétérosexisme » : manque de modestie constitutionnelle du gouvernement québécois

Mariage et adoption pour les homosexuels — 63 % Slovènes s'y opposent par référendum (les médias anglo-saxons, belges et français annonçaient un résultat serré)

Tout se tient : mariage, adoption, location d'utérus pour homosexuels et endoctrinement scolaire des enfants


Les étudiants évaluent leurs professeurs, souvent injustement

Avec l’aide d’Enrico Bertini et de Cristian Félix de l’Université de New York, l’hebdomadaire britannique The Economist a analysé 1 289 407 évaluations de 1066 professeurs et chargés de cours dans l’État de New York.

La plupart des commentaires sont inoffensifs : les étudiants félicitent leurs professeurs pour leur brillance et leur générosité ou les réprimandent parce qu’ils sont barbants, trop exigeants ou vaches quand ils notent leurs disciples : « Ce prof vous fait suer, mais vous n’aurez quand même pas de A ».

Les étudiants ont attribué des notes à partir de trois critères : « serviabilité », « clarté » et « facilité » (la diligence et l’intelligence des enseignants comptent apparemment pour des prunes). Les professeurs ont tendance à bénéficier de bonnes notes dans les deux premières catégories, avec une moyenne de 3,7 sur 5 pour ces deux catégories, mais reçoivent des notes légèrement moins bonnes sur le plan de la « facilité ».

Ceci s’explique en partie parce que la difficulté perçue d’un cours varie grandement en fonction de la discipline : en général, les professeurs qui enseignent des sujets quantitatifs (mathématiques, informatiques, économie) ont tendance à recevoir des notes inférieures dans le domaine de la facilité. Les sociologues récoltent en moyenne une note de facilité de 3,4/5, sensiblement plus que le 2,9 récolté par les physiciens. La philosophie est barbante, mais (ou est-ce donc ?) ses enseignants sont considérés comme brillants.

Une analyse antérieure par Ben Schmidt, de la Northeastern University a montré que la perception du travail des professeurs dépendait fortement du sexe de ceux-ci. Les hommes étaient plus susceptibles que les femmes d’être décrits comme « intelligents » ou « drôles », mais moins susceptibles d’être décrits comme « gentils » ou « mesquins ».


Mais une mauvaise évaluation ne signifie pas nécessairement que le professeur soit un mauvais enseignant : une étude de 2007 a révélé que les notes globales données aux professeurs étaient fortement corrélées à la fois à la facilité de leurs cours et jusqu’à quel point ils étaient considérés comme attrayants, tandis qu’une autre étude l’an dernier a révélé que les professeurs de mathématiques au nom asiatique avaient tendance à être évalués plus sévèrement parce que les élèves avaient eu du mal avec leurs accents. Il semble bien que le génie professoral soit trop divers et immatériel pour pouvoir se résumer à une simple note. Pas que quelqu’un aurait l’idée de faire cela aux étudiants.

Rappelons, enfin, un effet pervers éventuel de cette évaluation des professeurs : l'inflation des notes accordées aux étudiants ces dernières années.

Voir aussi

Inflation des notes dans les universités nord-américaines ?

L’avenir des élèves québécois hypothéqué par des enseignants incompétents indéboulonnables ?

Québec — Enseignants incités à gonfler les notes ?

Universités québécoises : « diplômes au rabais, notes gonflées, cours inutiles »

jeudi 21 janvier 2016

Le latin et le grec pour tous et contre la langue de bois

La réforme des collèges, imposée par décret au printemps 2015 par le gouvernement socialiste en France, reste encore au travers de la gorge de nombreux professeurs et intellectuels. Pour cause : dès septembre 2016, l'enseignement du latin et du grec (trop élitistes ! trop exigeants !) disparaîtra des collèges publics - mais non des collèges privés. À la place, la ministre de l'Éducation, Najat Belkacem, a proposé un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI), où des enseignants de différentes disciplines organiseront ensemble des activités sur l'Antiquité... Une absurdité simpliste pour Pierre Judet de La Combe, helléniste, directeur d'études à l'Ehess, qui, dans son nouveau livre, l'Avenir des Anciens (Albin Michel), rappelle que rien n'était pourtant plus égalitaire que l'apprentissage d'une langue méconnue de tous... Et qu'est-ce qu'une démocratie qui refuse d'étudier la langue où a jailli le mot « démocratie » ?

EXTRAITS

Pourquoi parler maintenant, encore, de la lecture des Anciens, grecs et latins ? Parce que cette expérience a une valeur en soi, intellectuelle, pédagogique, sociale et politique : entrer dans un texte fort, comme savent l'être énormément de textes grecs et latins, écrit dans une langue que personne ne parle plus et qui n'est donc liée à aucun privilège social, est un cas d'école particulièrement révélateur de ce qu'apporte la lecture, si elle est démocratiquement étendue. Et parce que l'actualité politique a remis la question en un vif débat. [...]

Le texte du gouvernement a déclenché une nouvelle guerre du latin et du grec, comme la France en a l'habitude depuis le XVIIIe siècle. Elle prolonge la tendance lourde de notre système éducatif à marginaliser les études classiques, qui étaient autrefois dominantes. [...]

L'argument avancé est celui de la démocratisation. En proposant l'Antiquité comme thème à l'ensemble des élèves d'un collège et non plus à près de 20 % d'entre eux, comme c'est le cas actuellement pour le latin, et moins de 3 % pour le grec, on assure, dit-on, la généralisation d'une formation aux mondes classiques, enfin sortis de leurs filières étroites. Et, surtout, c'est l'argument choc, on combat la ségrégation sociale : le latin et le grec sont choisis par les parents (et éventuellement par les élèves) non pour l'intérêt qu'ils suscitent, mais parce que ce sont des marqueurs sociaux. Au sein des établissements, des filières plus nobles, plus sélectives, ont tendance à se constituer, aux dépens des autres élèves, puisque les cours de ces langues mobilisent des heures d'enseignement pour des publics restreints et surtout créent une hiérarchie au sein des établissements. Or, l'impératif d'égalité s'impose avec plus de vigueur que jamais, depuis que des enquêtes ont montré que l'école républicaine, censée créer l'unité du pays, favorise en fait les discriminations sociales.

Lieux d'exception

Le même raisonnement a été appliqué aux langues vivantes. Jack Lang avait créé des classes bilangues, où deux langues vivantes étaient sérieusement enseignées depuis la 6e [Secondaire I au Québec], ce qui était une grande nouveauté en France, où l'on connaît la faiblesse des compétences en langues étrangères. Cela marche, mais, encore une fois, cette filière privilégie un nombre restreint d'élèves (16 %) en nombre d'heures et donc en postes d'enseignants mobilisés. Or, tous les élèves ont droit au même nombre d'heures d'enseignement, au même soutien. La réforme, qui supprime ces classes, se dit démocratique, car elle généralise l'enseignement de la seconde langue vivante depuis la 5e [Secondaire II], et met à bas ces lieux d'exception, de discrimination.

Une nuit du 4 août. Plutôt nocturne.

Les réactions ont été très vives. Les mêmes voix que lors des querelles précédentes ont été mobilisées, les morts mis à part, avec un certain effet, semble-t-il  : pour le latin et le grec, et pour les langues régionales, le ministère a annoncé qu'il voulait sanctuariser les cours de langue existants, mais selon des modalités non précisées, sans que soit organisé le lien entre ces cours et les EPI prévus : comment concilier cours réguliers et activités libres ? Rien n'est dit (pour le moment ?).

Petite querelle, qui oppose encore une fois des traditionalistes indécrottables et de vrais progressistes ? Les premiers sont accusés de n'avoir à la bouche que l'importance incontournable de nos «racines» gréco-romaines, pourtant peu perceptibles dans le monde contemporain, et de ne concevoir l'enseignement du second degré que comme une longue sélection devant mener les «meilleurs» aux classes préparatoires aux grandes écoles (après le bac), sans donc qu'on se préoccupe de tous les autres, l'immense majorité. Le reproche n'est pas infondé. Les modernistes pédagogues disent que le monde a changé, que la nostalgie est déplacée. Ils ont, disent-ils, conscience de la réalité de l'enseignement, qui s'est complètement transformé avec sa massification, commencée dans les années 60, avec, en parallèle, la massification des recrutements d'enseignants, qui se trouvent désorientés, car le modèle élitaire de l'école, l'idéal qu'elle prétend réaliser n'a pas été repensé, retravaillé et ne correspond plus à la réalité. Ce qui est vrai. [...]

Les pédagogues qui, au ministère de l’Éducation, inspirent cette politique se prévalent, face aux « réactionnaires » (parfois et même très souvent de gauche), de leur expérience de terrain. Ils réfléchissent et agissent sans idéologie, disent-ils. Mais il y a là comme un défaut. Le terrain dit l'inverse. Le latin et le grec, ou l'allemand, ou l'arabe, ou le chinois, n'accentuent pas le clivage entre les classes sociales. Bien au contraire. Quand ils peuvent être choisis comme option, quand l'organisation des cours, des horaires, ne les étouffe pas, quand ils sont bien enseignés et ne font pas fuir les élèves, ce sont d'extraordinaires moyens de promotion, précisément dans les zones scolaires que le ministère entend revaloriser. Beaucoup de professeurs de collège défavorisé en témoignent. Le rapport remis en août 2011 par l'inspection générale montre clairement la « fonction intégrative » de l'enseignement des langues anciennes dans les zones difficiles, avec un accroissement des effectifs. [...]

Ces cours offrent la possibilité de sortir d'un environnement difficile, souvent bouché, où le français ne se parle pas toujours. Ils offrent la possibilité d'accéder enfin à la connaissance de la langue, tout d'abord celle des textes qu'on lit, mais aussi de sa propre langue, celle qu'on parle, et, au-delà, de toute langue. En effet, le latin et le grec ancien ne sont pas des langues parlées ; elles sont dès lors débarrassées de toute pesanteur sociale et par là éminemment égalitaires - nous y reviendrons. Étudiées pour elles-mêmes, en tant que langues, en dehors de toute contrainte d'échange, elles permettent d'accéder, par la grammaire, par la lecture, à la conscience de ce qu'est une langue, dans les deux aspects fondamentaux qui caractérisent toute langue.

- Comme structure, facile à repérer pour le latin avec les déclinaisons, justement, qui sont plutôt simples et qui facilitent, par des marques claires, les terminaisons des mots, la compréhension de la construction des phrases et la saisie des fonctions différentes des mots. L'enseignement rigoureux de la grammaire latine compense de plus la faible présence de la grammaire française dans le cursus. Il donne les outils pour analyser et donc construire des phrases, dans quelque langue que ce soit.

- Comme milieu historique qui suscite de grands textes, déchiffrables, lisibles, si on les lit patiemment.

Des outils pour analyser

Ce sont des langues et des textes qui font rêver et qui permettent d'acquérir, vite, une méthode et une culture, quand ils sont enseignés avec engagement et passion, c'est-à-dire quand leurs enseignants n'intériorisent pas le discrédit officiel qui pèse sur leur spécialité. Et puisque, pour l'enseignement du français, on a en grande partie renoncé à transmettre le savoir de la lecture patiente, de l'analyse méthodique, au profit des impressions, de la spontanéité, de l'empathie, de la capacité des élèves à réagir, immédiatement, à ce qui les frappe dans ce qu'ils lisent, les cours de langues anciennes sont presque les seuls où apprendre à lire des textes, pas à pas, est au cœur du travail. [...]

Les modernistes radicaux disent, en mauvais lecteurs de Pierre Bourdieu : oui, mais ce latin-grec littéraire est une culture bourgeoise, périmée, élitaire, dont on n'a rien à faire, et qui, surtout, ne peut intéresser des jeunes par ailleurs démunis et qui ont mieux à apprendre, tant ils sont en difficulté. C'est faux. Ils n'ont qu'à aller voir. Et une culture n'est pas en soi bourgeoise. Ce qui l'est est la fonction qu'on lui donne, avec les idées qu'on cherche à en tirer pour les inculquer. Il est pour le moins vrai que l'enseignement des textes anciens a longtemps rempli ce rôle de sélection. Mais il est vrai aussi que, même dans ce cadre restreint, il a eu une fonction émancipatrice pour ceux et celles qui ont pu en bénéficier : sa rigueur pédagogique, avec les exercices d'analyse et de traduction, et la force des textes ont pu aider à élargir les compétences linguistiques et culturelles des élèves. De quel droit ne pas généraliser cette qualité ? Qu'elle ait été dévoyée pour un but de sélection sociale n'en affecte pas les mérites premiers, qu'il s'agit d'offrir au plus grand nombre.

D'autres, plus éclairés, ceux qui ont préparé la réforme, disent : vous voulez maintenir une disparité parmi les élèves, vous triez, alors que l'école doit avoir le souci de tous. Or, votre idéal ne peut valoir pour tous, et si vous vous obstinez à l'appliquer, vous maintenez des privilèges, et donc des injustices, avec ces filières d'excellence. Par ce raisonnement, on veut priver les collèges en difficulté de réussites sociales avérées et possibles et surtout, hypocritement, on maintient des injustices lourdes qui fonctionnent bien, on les renforce.

Discriminants sociaux

La bourgeoisie saura toujours comment s'en sortir, par ses «bons» collèges, par l'enseignement privé, et les autres n'auront rien gagné. Il ne s'agit pas d'imposer les langues anciennes à tout le monde, mais de les offrir à qui veut. Même chose pour les langues vivantes. Si une minorité, importante, des élèves des zones difficiles s'en sortent mieux avec ces formations, de quel droit les en priver ? Et si, globalement, les collèges de ces zones gagnent en attractivité grâce à ces filières, pourquoi les pénaliser encore plus ? [...]

Une gauche-réflexe, pavlovienne, répond à la crise par le mot d'ordre d'une chasse aux privilèges. Elle croit compenser ainsi, tant qu'il est encore temps, ses échecs et ses renoncements dans le domaine économique et social. Mais, du coup, elle défavorise les défavorisés. La droite, qui n'a rien fait pour améliorer la situation, se récrie, proteste, mais en fait ricane. Ses adversaires font le travail pour elle et dégagent enfin les conditions d'une école à plusieurs vitesses. Si celle qu'elle privilégie est ainsi mieux protégée, car mieux distinguée, l'affaire est faite. Non pas qu'elle tienne plus que la gauche aux langues mortes ou vivantes. Fondamentalement, elle approuve l'idée d'une école débarrassée du trop grand poids des littératures, des langues autres que l'anglais international - langues que la gauche gouvernementale au pouvoir dit encourager, alors même qu'elle supprime les formations où elles sont vraiment apprises. L'important, pour la droite, est que l'école soit mieux adaptée aux contraintes du monde réel telles qu'elle les perçoit, et surtout, pour cette formation efficace, que s'établisse une hiérarchie bien claire des lieux d'éducation. La culture, les humanités, viendront en plus, plus que dans les établissements populaires, et joueront donc cette fois réellement le rôle de discriminants sociaux.

Le plus triste, peut-être, est qu'il ne s'agit même pas d'une lutte idéologique. Une idéologie, au moins, peut se combattre par des arguments. La contrainte qui pèse sur ce débat et sur ces actions est budgétaire : il faut, dans un contexte international où l’État doit limiter ses dépenses, rentabiliser au mieux les heures d'enseignement et les postes. S'instaure alors le pouvoir indiscutable des critères quantitatifs. On sait combien coûte une heure de cours, quel est son rendement dans la durée, en termes de public, de suivi des enseignements, de débouchés. Ces critères, qui sont «objectifs», passent pour démocratiques, car ils sont observables par tout le monde. Les nombres se substituent aux contenus, à leur valeur éducative et politique.

L'Avenir des Anciens,
de Pierre Judet de La Combe,
publié chez Albin Michel,
à Paris,
220 pp., 18 €.
À paraître le 21 janvier.

Présentation de l'éditeur


LE LIVRE

Les Grecs anciens ne sont pas nos ancêtres, mais ils sont devenus nos pères quand, au Moyen Âge, il a fallu rendre compatibles la Bible et Aristote. Les Romains ont fait notre langue, mais avaient décidé que leur culture serait grecque. Que faire maintenant de ces lointains parents d’adoption ?

La question est d’actualité avec la réforme des collèges, qui repose sur une idée très datée et simplificatrice de la culture : se contenter de la présentation rapide de contenus. Or l’enseignement des grands textes antiques et de leurs langues à l’école est un étonnant outil d’émancipation et de démocratisation. Langues muettes, langues égalitaires qui n’appartiennent à personne, le latin et le grec, si on les lit, si on les traduit, ouvrent à une expérience pratique, personnelle, créative.

Les mots anciens que nous reprenons tous les jours, « démocratie », « empire », « dieu », « technique », ne sont pas seulement des vocables. Ils se sont imposés dans l’Antiquité parce que leur sens, leur valeur ont été argumentés, disputés, parce qu’ils ont été élaborés par des textes. Aller voir du côté de l’antique, c’est aussi reprendre et réexaminer ces arguments, ces chemins de langage – et c’est passionnant.

L’AUTEUR
Pierre Judet de La Combe est helléniste, directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherches au CNRS. Il a traduit et commenté de nombreux textes de la poésie et du théâtre grecs. Après avoir activement participé à la mission ministérielle lancée par Jack Lang en 2001 sur l’enseignement des langues anciennes en Europe, il a publié avec Heinz Wismann L’Avenir des langues. Repenser les Humanités (Le Cerf, 2004).

Quand la femme était vénérée...

On n'est plus au Moyen Âge ! Et c'est parfois bien dommage, quand on songe au respect que cette époque réputée obscure avait su témoigner à la femme...

À notre époque confuse entre toutes, des féministes peuvent partir en guerre contre un festival de BD (celui d'Angoulême, du 28 au 31 janvier [Voir Radio-Canada pour qui la polémique prenait de l'ampleur], coupable d'avoir omis de glisser des noms féminins dans la liste de ses lauréats potentiels, et se taire d'un silence assourdissant quand des centaines de femmes sont la proie de prédateurs sexuels dans un pays voisin. [Avant de dénoncer le racisme des sociétés occidentales ainsi que le conservatisme et le machisme de toutes les sociétés patriarcales y compris occidentales...]


Manifestation féministe (300 personnes) devant le parvis de la gare de Cologne pour dénoncer le sexisme et le racisme... Vidéos allemandes sous-titrées en français sur les agressions sexuelles ici, ici et .

Le cache-sexe de la parité dissimule de plus en plus mal la démission générale devant la régression de la protection accordée aux femmes et à leur droit d'aller et venir où et quand bon leur semble sans être insultées, harcelées, molestées.

Cette époque se vit pourtant comme un âge d'or de la condition féminine, chèrement conquis sur l'obscurantisme passé. À ceux qui partagent cette idée reçue, on ne saura trop conseiller d'aller voir un étrange et délicieux ovni cinématographique, les Filles au Moyen Âge, d'Hubert Viel. Outre le plaisir malicieux qu'ils y prendront, ils pourront revenir à la source même de ce qui constitue la fondamentale originalité de la société occidentale dans les rapports entre les sexes.

L'histoire se passe un jour d'anniversaire, avec des enfants qui veulent jouer au Moyen Âge : pour les garçons, ça consiste à occire tout ce qui bouge et, pour les filles, à servir de proies aux seigneurs. Tout faux ! intervient le grand-père, interprété avec gourmandise par Michael Lonsdale.

Tandis qu'il rétablit la vérité, une suite de saynètes hilarantes, jouées par les enfants avec leur propre vocabulaire, remettent l'histoire à l'endroit, et notamment comment, en reconnaissant Marie comme mère de Dieu, le concile d'Éphèse (431) a bouleversé le regard porté sur les femmes : « Il est scandaleux de traiter les femmes comme nous le faisons ! On a complètement déconné ! », conclut un saint Cyrille d'Alexandrie joué par un bout de chou de 10 ans à la fausse moustache.

Et les petits comédiens d'égrener en jouant les conséquences concrètes de cette révolution : comment les femmes créèrent des écoles et des hôpitaux gratuits, comment l'amour courtois les fit régner sur le coeur des hommes, comment de grandes figures, de Hildegarde de Bingen à Jeanne d'Arc, bouleversèrent l'histoire et les connaissances...




Audacieux dans sa forme très libre, le film l'est aussi dans son propos, fantaisiste par son énonciation mais sérieusement étayé par les études de Régine Pernoud (la Femme au temps des cathédrales) ou de Jacques Heers (le Moyen Âge, une imposture). Dans une interview, Hubert Viel n'hésite pas à voir dans le Christ l'initiateur de ce respect de la femme qu'a témoigné le Moyen Âge : « Imiter le Christ, c'était la loi, le code civil de l'époque. [...] Montrer une apparition christique à l'écran, c'est marquer la rupture avec l'Antiquité [...] où les femmes étaient mineures et sous tutelle à vie. » Ni à dénoncer, à notre époque, « une forme de féminisme radical qui n'en est pas un et qui n'est qu'un libéralisme déguisé » : « Lorsque les Femen ont envahi Notre-Dame de Paris, je me suis dit qu'elles n'avaient rien compris car cette cathédrale dédiée à une femme a été bâtie à l'époque même de la puissance des femmes. »

La puissance des femmes au Moyen Âge, la biographie qu'André Vauchez consacre à Catherine de Sienne (1347-1380) en donne un saisissant exemple : voilà une simple fille de teinturier, qui, sans même embrasser la vocation religieuse, non seulement devient l'une des grandes figures mystiques de son temps, mais intervient avec autorité et véhémence dans les affaires temporelles, admonestant rois et princes de l'Église, allant jusqu'à menacer le pape des foudres du ciel s'il ne s'attaque pas avec vigueur à la corruption de son clergé. Et loin de la traiter de folle, on l'a canonisée moins d'un siècle après sa mort. Cette puissance des femmes dans l'Occident médiéval, dont Catherine n'est qu'un exemple, voilà bien l'un des fruits les plus étonnants et les plus merveilleux de la révolution chrétienne.

[Rappelons que le siècle des Lumières, la Révolution française et l'Empire napoléonien marquèrent, pour certains auteurs, une régression de la condition féminine. Voir liens ci-dessous.]

Catherine de Sienne,
d'André Vauchez,
publié aux éditions Cerf,
à Paris,
en octobre 2015,
256 pages,
24 €.

Source : Valeurs actuelles

Voir aussi

La place des femmes au Moyen-Âge : elles votaient, elles ouvraient boutique sans autorisation maritale

La femme au temps des cathédrales (m-à-j vidéo Apostrophes avec Regine Pernoud)

Les gens travaillaient-ils tout le temps au Moyen Âge ?

Histoire — les Français sous l’Ancien Régime payaient 18 jours de travail en impôts

Idée reçue : « Au Moyen-Âge, les paysans sont accablés d’impôts »

Histoire — Le Moyen-Âge, une imposture.


Les manuels scolaires québécois d’histoire...

« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » (Voltaire misogyne)

Le rôle de la femme et de l'Église au Moyen Âge

mercredi 20 janvier 2016

Tous du même avis ? Trop beau pour être vrai ? Indication d'une erreur ?

Mathématiques. Toutes les preuves concordent ? Il doit donc y avoir une erreur, expliquent des chercheurs qui décrivent le paradoxe de l’unanimité.

Selon le Talmud, un suspect condamné à l’unanimité par les juges devrait être acquitté. À première vue, ce raisonnement est déroutant. Mais, pour les sages de l’époque, l’accord à l’unanimité trahissait souvent une erreur systémique dans la procédure judiciaire, même si la nature exacte du problème restait à identifier. Ils avaient l’intuition qu’une erreur était à craindre quand quelque chose semblait trop beau pour être vrai. Dans un article [soumis le 5 janvier] à paraître dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society A, des chercheurs australiens et français (Lachlan J. Gunn et coll.) se sont penchés sur cette idée, qu’ils appellent le « paradoxe de l’unanimité ».

« Si de nombreux témoins identifient anonymement et individuellement un suspect, nous partons du principe qu’ils ne peuvent pas tous avoir tort, explique Derek Abbott, coauteur de l’étude, physicien et ingénieur en électronique à l’université d’Adélaïde [Australie]. Nous nous fions souvent à l’unanimité. Mais en réalité, il est très improbable qu’un grand nombre de personnes soient d’accord, c’est pourquoi nous devrions nous méfier de l’unanimité. Ce paradoxe montre que nos certitudes ne sont finalement pas aussi solides que nous le pensons. »

Faut-il se fier à l'unanimité ?
Les chercheurs ont mis ce paradoxe en évidence dans le cas contemporain des séances d’identification de suspects, dans lesquels des témoins tentent de désigner le présumé coupable parmi un groupe de plusieurs personnes.

Ils ont démontré que plus l’accord des témoins est unanime, moins ils ont de chances d’avoir raison.

L’erreur systémique peut être due à toutes sortes de partis pris, que ce soit la façon dont les suspects sont présentés aux témoins ou les préjugés que nourrissent les témoins eux-mêmes. Les chercheurs ont surtout montré qu’il en faut peu pour influencer considérablement les résultats : s’il existe un préjugé vis-à-vis d’un suspect pour seulement 1 % des témoins, la probabilité que le groupe identifie la bonne personne commence à diminuer après seulement trois identifications concordantes. Contre toute attente, la probabilité que les témoins aient raison augmente si un seul d’entre eux désignait un autre suspect.

La justification mathématique de ce phénomène est l’inférence bayésienne [cette méthode statistique, qui porte le nom du mathématicien britannique Thomas Bayes, permet de déduire la probabilité d’un événement à partir d’autres événements], que l’on peut résumer en observant une pièce pipée. Si une pièce pipée est conçue pour retomber côté face dans 55 % des cas, alors il suffira de jouer assez longtemps à pile ou face pour voir que la pièce retombe plus souvent côté face. Ces résultats ne prouveront pas que les lois de la probabilité d’un système binaire ont changé, mais que ce système particulier est défaillant. De la même manière, il est si peu vraisemblable d’obtenir l’unanimité dans un grand groupe (d’après les lois de la probabilité) qu’il est plus probable que le système lui-même soit sujet à caution.

Selon les chercheurs, ce paradoxe est plus courant qu’on ne le croit. L’unanimité reste une bonne chose dans un certain nombre de situations, mais seulement quand les préjugés sont quasi voire complètement inexistants.

Derek Abbott donne l’exemple de témoins chargés d’identifier une pomme parmi des bananes : cette tâche est si facile qu’il est presque impossible de se tromper, l’unanimité devient donc beaucoup plus probable.

En revanche, identifier un suspect est autrement plus complexe. Des mises en scène d’actes criminels ont montré que les erreurs d’identification peuvent atteindre 48 % quand les témoins ne font qu’entrevoir le coupable dans sa fuite. Dans ces cas-là, il sera très peu probable d’obtenir l’entente unanime d’un grand nombre de personnes. Mais dans une situation où les témoins auraient individuellement été retenus en otages par le criminel pendant un mois sous la menace d’une arme, le risque d’erreur serait largement inférieur à 48 % : cette situation serait plus proche du cas des bananes que de celui où l’auteur du délit n’est aperçu que brièvement.

Le paradoxe de l’unanimité a de nombreuses applications en dehors de la sphère judiciaire. Dans leur article, les chercheurs abordent notamment la question de la cryptographie.

On contrôle souvent les données cryptées en vérifiant si un nombre gigantesque fourni [une clé de chiffrement] est un nombre premier [qui n’a que deux diviseurs : 1 et lui-même] ou composé [qui a plus de deux diviseurs]. Pour ce faire, on peut réitérer un test probabiliste dit « de Miller-Rabin » [algorithme permettant de déterminer si un nombre entier est premier] jusqu’à ce que la probabilité pour qu’il prenne un nombre composé pour un nombre premier soit extrêmement faible : une probabilité de 2−128 est généralement jugée acceptable.

L’échec systémique, dans ce cas, est une faille informatique. La plupart des gens n’envisagent pas qu’un rayon cosmique isolé puisse inverser un bit [l’unité de base en informatique], ce qui pousserait le test à valider le nombre composé comme s’il était un nombre premier. Après tout, c’est un cas assez rare, susceptible de se produire environ 10−13 fois par mois. Mais la chose importante à repérer, c’est que cette quantité [10−13] est très supérieure à 2−128 [2,9 * 10-40]. Ainsi, même si le risque d’erreur est très faible, il reste supérieur au niveau de sécurité souhaité.

Par conséquent, le protocole cryptographique paraît plus sécurisé qu’il ne l’est réellement, puisque les résultats du test qui semblent indiquer un niveau élevé de sécurité sont plutôt le signe d’une vulnérabilité informatique. Pour garantir un niveau de sécurité satisfaisant, les chercheurs conseillent de réduire au maximum ces erreurs « cachées ».

Intuition mal informée. Même si le paradoxe de l’unanimité semble contre-intuitif, les chercheurs expliquent qu’il prend tout son sens une fois que nous avons toutes les informations en main.

« Comme pour la plupart des “paradoxes”, notre intuition n’est pas forcément mauvaise, mais elle mal informée, précise Derek Abbott. Nous sommes surpris parce que nous ignorons généralement que les taux de reconnaissance par témoins sont si mauvais, ou que les taux d’erreur de bits dans les ordinateurs sont élevés en matière de cryptographie. »

Les chercheurs ont noté que le paradoxe de l’unanimité était lié à la thèse de Duhem-Quine. Celle-ci postule qu’il est impossible de tester une hypothèse seule et que c’est un groupe d’hypothèses qui est toujours testé [en d’autres termes, qu’on ne peut pas dissocier une hypothèse du savoir implicite utilisé pour sa formulation]. Par exemple, une expérience évalue non seulement un phénomène précis, mais aussi la fonction corrective des outils expérimentaux.

Dans le paradoxe de l’unanimité, ce sont les méthodes (les « hypothèses auxiliaires ») qui échouent, ce qui nuit à la confiance accordée aux résultats principaux.

Le paradoxe de l’unanimité est applicable à des domaines nombreux et variés. Derek Abbott nous en donne plusieurs exemples :

1. Dans le scandale essuyé récemment par Volkswagen, l’entreprise a illicitement programmé une puce informatique pour minimiser les émissions des moteurs diesel pendant les tests de pollution. En réalité, les émissions étaient supérieures aux normes quand les voitures étaient sur la route. Les résultats des tests étaient trop homogènes et « trop beaux pour être vrais ». L’équipe qui a dénoncé Volkswagen a eu ses premières soupçons en voyant que les émissions étaient quasi identiques pour une voiture neuve et un modèle vieux de cinq ans ! Cette constance a trahi la distorsion systémique instaurée par la puce malicieuse.

2. On peut également citer le cas d’une accumulation de preuves trop accablantes pour être réalistes. Entre 1993 et 2008, la police européenne a identifié le même ADN féminin dans une quinzaine d’affaires criminelles survenues en France, en Allemagne et en Autriche. Le mystérieux assassin a été surnommé « le fantôme d’Heilbronn », et la police ne l’a jamais retrouvé. Les preuves ADN étaient identiques et accablantes, mais elles étaient erronées. C’était une erreur systémique.

Les bâtonnets utilisés pour collecter les échantillons d’ADN avaient été contaminés accidentellement à l’usine de production de ces bâtonnets par une même employée.

3. Lors d’une élection, on déplore souvent que le parti gagnant l’ait emporté avec une marge relativement faible. Chacun aimerait que son parti préféré fasse l’unanimité. Si c’était un jour le cas, cela révélerait une erreur systémique due à la manipulation du scrutin.

4. En sciences, la théorie et l’expérimentation vont de pair et sont interdépendantes. Toute expérience comporte une part de « bruit » et il faut donc s’attendre à des erreurs. Avec le temps, cela a donné lieu à plusieurs polémiques. L’une des plus célèbres a été suscitée par l’expérience de la goutte d’huile de Millikan pour déterminer la charge de l’électron [l’analyse a posteriori des notes du scientifique a mis en lumière un usage sélectif des données d’expérimentation]. Si les résultats sont trop parfaits et ne présentent pas un minimum de bruit et d’exceptions, on peut soupçonner un biais de confirmation, ajouté par le scientifique pour trier les données comme il l’entend.

5. Lors des réunions dans les grandes organisations, la tendance est aux décisions unanimes. Par exemple, un comité chargé d’évaluer les indicateurs clés de performance poursuit souvent le débat jusqu’à ce que tout le monde soit du même avis. La leçon à retenir, c’est qu’il faut se réjouir des voix discordantes, accepter les divergences d’opinions et se contenter d’en prendre note.

C’est un point plutôt positif, qui réduit le risque d’une erreur systémique.

6. Eugene Wigner [lauréat avec Maria Goeppert-Mayer et Hans Daniel Jensen du prix Nobel de physique en 1963 pour leurs travaux sur la structure du noyau atomique] a forgé l’expression « efficacité déraisonnable des mathématiques » pour décrire son impression étrange que les mathématiques sont trop parfaites pour s’appliquer aux théories physiques. Aujourd’hui, les machines n’utilisent plus de belles équations, mais des formules empiriques intégrées à des outils logiciels de simulation.

Les mathématiques analytiques n’étaient pas une méthode parfaite pour résoudre tous les types de problèmes. Pourquoi s’est-on laissé séduire par l’idée que les maths étaient déraisonnablement efficaces » ?

C’est le biais systémique de confirmation dû au fait que pour chaque grand article scientifique présentant une formule élégante, de nombreuses formules rejetées n’ont jamais été publiées.

Les mathématiques que nous connaissons aujourd’hui ont été triées sur le volet.

Source Phys.org.

Voir aussi

Le cours ECR, école de l'unanimisme politiquement correct

Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes ?

Supplément ECR pour contrer l'unanimisme du prêt-à-penser écologiste des manuels

Affaire Michaud: 51 députés péquistes reconnaissent avoir eu tort (voir aussi ce livre qui y est consacré)

Comment Pauline Marois modifie une constitution... et une charte (à l’unanimité et à toute vapeur, malgré des promesses contraires faites au préalable)