mardi 13 août 2024

L'immigration explique-t-elle que les conservateurs fédéraux sont au coude à coude avec le Bloc québécois ?


Selon le dernier sondage Abacus, 25 % des Canadiens placent l’immigration parmi leurs trois principales préoccupations, ce qui est considérable compte tenu du large éventail de défis auxquels le pays est confronté.

Cette préoccupation est encore plus prononcée chez les partisans actuels du Parti conservateur, 36 % d’entre eux considérant l’immigration comme un problème majeur. Ceux qui sont prêts à voter pour les conservateurs sont également 16 points plus susceptibles de citer l’immigration comme un problème majeur que ceux qui ne sont pas prêts à voter pour les conservateurs.

Mais les chiffres les plus frappants proviennent du Québec, où 35 % des personnes interrogées considèrent l’immigration comme une priorité absolue. Cela fait du Québec la région la plus préoccupée par l’immigration, dépassant même les bastions typiquement conservateurs de l’Ouest canadien.
    
En revanche, seuls 20 % des répondants du Canada atlantique et 21 % des Britanno-Colombiens considèrent l’immigration comme une question urgente, ce qui souligne les disparités régionales dans la manière dont ce sujet est perçu à travers le pays.

Au-delà de l’importance de la question, ceux qui s’intéressent à la question pensent majoritairement que les conservateurs s’en occuperaient le mieux. 54 % d’entre eux pensent que le PCC serait le meilleur, suivi par le CPP (10 %), le PLC (7 %) et le NPD (4 %). 19 % sont incertains.


L’impact politique au Québec

Mais ce qui est fascinant et pourquoi j’attire l’attention sur cette question, c’est que les données des sondages révèlent un contraste frappant dans les intentions de vote entre les Québécois qui accordent la priorité à l’immigration et ceux qui ne l’accordent pas.

Parmi les 35 % de Québécois qui considèrent l’immigration comme une question prioritaire, 47 % expriment leur soutien au PCC, suivi par 27 % pour le Bloc Québécois (BQ) et 18 % pour le Parti libéral du Canada (PLC).

Il s’agit d’une grande différence par rapport au reste de l’électorat québécois (qui n’accorde pas la priorité à l’immigration), où le BQ mène avec 32 %, le PLC suit avec 27 %, et le PCC est en queue de peloton avec 22 %. Il s’agit d’un écart de 25 points pour les conservateurs et d’une indication claire que les opinions sur l’immigration peuvent avoir un impact sur le soutien au Québec.
    
Cela suggère que la position des conservateurs sur l’immigration résonne fortement avec un segment substantiel des électeurs québécois et c’est la raison pour laquelle Pierre Poilièvre a de nouveau soulevé la question la semaine dernière. Les données indiquent que l’immigration n’est pas seulement une question secondaire, mais une force motrice potentielle derrière le réalignement politique au Québec.

Voici un aperçu de la couverture médiatique des déclarations des conservateurs sur l’immigration au cours de l’année écoulée :
Il s’agit de promesses et de promesses récentes, rappelons que Poilièvre n’avait aucune objection aux taux faramineux d’immigration il y a deux ans Pierre Poilièvre ne s’opposait pas en 2022 à l’augmentation de l’immigration annuelle à plus de 400 000 par an. Enthousiasme qui s’est amoindri publiquement depuis un an voir Chute de 5 % dans les intentions de vote pour Poilièvre, forte augmentation des gens opposés à l’immigration de masse alors que l’inflation diminue (son message anti-inflation est depuis moins porteur).

Pourquoi l’immigration résonne au Québec

L’importance de la question de l’immigration au Québec n’est pas tout à fait surprenante. Le Québec possède une identité culturelle et linguistique distincte, et les préoccupations liées à la préservation de cette identité ont longtemps influencé sa politique. Les changements démographiques de la province, associés aux débats sur la laïcité et l’intégration, ont fait de l’immigration une question particulièrement sensible et à fort enjeu.

Le parti conservateur a exploité ces préoccupations, se positionnant comme le défenseur de l’identité unique du Québec contre les menaces perçues d’une immigration accrue. Ce message semble gagner du terrain, d’autant plus que les autres partis s’efforcent de répondre à ces préoccupations d’une manière qui trouve un écho auprès des électeurs québécois.
    
Conclusion

Selon David Coletto d’Abacus Data, si l’immigration continue d’être une question prioritaire pour les Québécois, les conservateurs pourraient voir leur soutien augmenter de manière significative dans la province, même si leur position sur d’autres questions pourrait rebuter les Québécois.

Cela marquerait un changement notable dans le paysage politique du Québec, où le PCC a toujours eu du mal à s’implanter. Cependant, cela suggère également un électorat plus polarisé, où l’immigration devient un sujet de discorde qui pourrait aggraver les divisions non seulement au Québec, mais aussi dans tout le Canada.

À l’approche des prochaines élections fédérales, selon David Coletto sera crucial d’observer comment l’immigration est débattue et comment elle influence le comportement des électeurs. Pour les conservateurs, l’immigration pourrait être la question qui leur permet de percer au Québec, surtout lorsqu’ils tentent de se distinguer du Bloc Québécois et de faire valoir qu’un gouvernement conservateur peut réellement mettre en œuvre une politique alors que le BQ ne peut que l’influencer.

Voir aussi

Canada — Les employeurs continuent de faire appel à des travailleurs étrangers faiblement rémunérés, malgré la hausse du chômage.

La PM « conservatrice » de l’Alberta, Danielle Smith, veut doubler sa population d’ici 25 ans

Canada — le taux de chômage des immigrants récents à 12,6 % en juillet 2024 (6,4 % pour la population générale), le taux du chômage des jeunes grimpe également rapidement

 

samedi 10 août 2024

Le Canada en 2024


La mairesse de Toronto Olivia Chow (au centre) au festival Caribana 2024. Olivia Chow est née le 24 mars 1957 à Hong Kong, a été une enseignante et femme politique de gauche (NPD)

La PM « conservatrice » de l'Alberta, Danielle Smith, veut doubler sa population d'ici 25 ans

Dans son allocution télévisée et son discours du Trône prononcés l’automne dernier, la Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, avait déclaré que son gouvernement se préparait à plus que doubler la population de l’Alberta d’ici 2050, pour atteindre 10 millions d’habitants, soit trois millions de plus que ce que les autorités provinciales avaient prévu pour le milieu du siècle.

Elle souhaite également voir la population de Red Deer décupler. D’environ 106 000 aujourd’hui à un million d’habitants. (Red Deer se trouve sur la rivière du même nom, anciennement rivière du Daim-Rouge en français.)

Danielle Smith a récemment réitéré son ambition de doubler la population de sa province d’ici 2050 dans une vidéo (voir ci-dessous).

Pour que l’Alberta ait le poids politique qu’il mérite

Danielle Smith dans cette vidéo déclare : « Nous devons nous fixer un objectif ambitieux, à savoir doubler notre population. Nous devons être ce bastion de la liberté, les gens voudront venir ici et nous voulons les accueillir. Et nous voulons construire cet endroit de manière à ce que nous ayons le poids politique que nous méritons en Alberta. À l’heure actuelle, nous sommes traités comme un partenaire mineur par Ottawa. Et si nous finissons par avoir l’économie la plus forte et par doubler notre production de pétrole… »

Le taux de chômage en Alberta est déjà parmi les plus hauts au Canada 

À 7,1 %, le taux de chômage de l’Alberta est bien supérieur à la moyenne nationale qui se situe à 6,4 % et à celui du Québec à 5,7 %.

Notons que les immigrés récents (moins de 5 ans au Canada) ont un taux de chômage plus du double aux Canadiens nés au Canada.

 

Logements hors de prix

Le marché immobilier de l’Alberta est très cher, car il y a très peu de logements disponibles, manque conjugué à une forte demande et à une forte activité de vente. Pour mai 2024, le prix de référence des maisons en Alberta, soit 514 200 $, est le plus élevé jamais atteint, et il est en hausse de 9,3 % d’une année sur l’autre.

Augmentation de la population de 200 000 personnes en 2023 (+ 4,4 % de la population)


Les deux tiers des personnes qui viennent de s’installer en Alberta sont des immigrants.

Ces chiffres font suite à l’augmentation de la population de la province de 202 324 habitants en 2023 — soit environ deux fois la population de Red Deer — avec un taux de croissance de 4,4 %, le plus élevé depuis 1981.

L’augmentation de la population au cours du premier trimestre de 2024 est due aux résidents internationaux non permanents, qui représentent près de 60 % de l’immigration en Alberta.

« La différence, cette fois, c’est que l’Alberta, et en particulier Calgary, qui a été la plus grande ville d’immigrants en croissance au Canada, compte de nombreuses communautés établies d’immigrants qui ont migré ici au cours des dernières décennies », a-t-elle déclaré.

70 % des Albertains opposés à davantage d’immigration

Les immigrants au Canada en général soient plus nombreux que les gens au Québec (y compris donc les anglo-allophones de Montréal) à trouver que les cibles d’immigration sont trop élevées…
Le rejet le plus important vient de l’Ontario et de l’Alberta, à égalité, avec 70 % des personnes interrogées qui trouvent que les cibles d’immigration sont trop élevées.

Mais depuis quand en démocratie occidentale les politiciens écouteraient-ils leurs électeurs « racistes » ?

Les immigrés sont urbains et votent massivement pour la gauche (NPD, Libéraux)

Madame Danielle Smith a défendu une vision résolument souverainiste des pouvoirs de sa province. Elle a fait adopter à la fin 2022 une Loi sur la souveraineté et l'a invoquée un an plus tard pour s'opposer aux règles imposées par le gouvernement fédéral de Justin Trudeau sur l'électricité propre.

Il est cependant douteux qu'elle convertisse ces nouveaux venus en des souverainistes albertains conservateurs en assez grand nombre puisque ceux sont ne partagent pas les caractéristiques de ces électeurs conservateurs actuels : souvent ruraux, chrétiens et d'extraction européenne avec une solide tradition d'autonomie au sein de petites communautés.

Les personnes nées à l'étranger étaient plus enclines à dire (en octobre 2019) que Justin Trudeau serait le meilleur premier ministre (41 %) que celles nées au Canada (33 %).
Ils tendent aussi à voter plus pour le NPD que le BQ ou le Parti vert.

Dans un sondage Abacus dans le cadre des élections provinciales de 2023 en Alberta, on note un fort clivage selon l'origine ethnique des électeurs. Le Parti conservateur albertain (UCP) menait par 11 points chez les Albertains blancs, tandis que le NPD (la gauche) menait par 31 points chez les Albertains racialisés.


Le même sondage de 2023 nous apprenait que le NPD de gauche avait une avance de 30 % dans la ville d'Edmonton (60 % contre 30 %), tandis que l'UCP conservateur était largement en tête à l'extérieur des deux plus grandes villes (57 % à l'UCP contre 40 % au NPD).

Madame Smith pense-t-elle vraiment qu'elle fera de ces millions d'immigrants (l'immense majorité « racialisée ») urbains des conservateurs et des souverainistes albertains ?

L'accroissement de la population n'assure pas la prospérité

L'accroissement de la population ne garantit en rien la prospérité, il suffit de regarder la Grande-Bretagne, la France avec une forte immigration ou même le Canada sous Trudeau où le PIB/habitant a diminué depuis 4 ans alors que l'immigration connaissait des sommets. À l'inverse, des pays peu peuplés comme la Suisse ou la Norvège sont prospères. 

Le PIB par habitant du Canada a diminué de 0,4 % par an depuis 2020 - le pire taux parmi les 50 premières économies développées du monde. Les nouveaux investissements et la croissance de l'emploi sont principalement le fait du gouvernement.

Les initiatives du secteur privé se limitent essentiellement au marché de l'immobilier, ce qui ne contribue guère à la productivité et à la prospérité. De nombreux jeunes n'ont pas les moyens d'acheter dans l'un des marchés immobiliers les plus chers du monde. Pressés de citer une réussite numérique, les Canadiens citent Shopify - mais le magasin en ligne est le seul nom technologique parmi les 10 plus grandes entreprises du pays, et ses actions s'échangent à la moitié de leur pic de 2021.

Danielle est immigrationniste, mais est-elle conservatrice ?

Danielle Smith envisage donc d’essayer de doubler la population de l’Alberta quasi exclusivement grâce à l’immigration, au lieu de se concentrer sur la réduction du coût de la vie, la réduction de la criminalité et l’incitation des Albertains à avoir plus d’enfants afin d'assurer une lente croissance démographique homogène.

En quoi, Danielle Smith est-elle conservatrice ? Que veut-elle conserver ?

Danielle Smith

La conservatrice Danielle Smith n’a aucun enfant. Cette absence de descendance avait été critiquée par d’autres conservateurs albertains qui mettaient en doute sa sincérité dans la défense des familles. Notons qu’elle et son second mari, David Moretta, qui se sont mariés en 2006, auraient eu l’intention d’avoir des enfants selon un communiqué émis par Danielle Smith. La déclaration indique que le couple a demandé l’aide d’une clinique de fertilité, mais que les traitements auraient été infructueux.

Controverses sur ses affirmations relatives à son ascendance

Mme Smith a fait des déclarations sur son ascendance qui ont été démenties par des généalogistes et par les archives de l’immigration canadienne.

Son arrière-grand-père paternel était Philipus Kolodnicki, dont le nom a été anglicisé en « Philip Smith » à son arrivée au Canada.

En octobre 2022, elle a affirmé que M. Kolodnicki avait quitté l’Ukraine après la Première Guerre mondiale, qui s’est achevée en 1918, pour échapper au communisme. Elle a déclaré que ses convictions politiques étaient « en grande partie nées d’une méfiance totale à l’égard du socialisme que mon arrière-grand-père a fui ». Dans un profil publié en 2012 dans le Globe and Mail, Mme Smith a affirmé que Kolodnicki était un immigrant ukrainien arrivé au Canada en 1915.

Les dossiers d’immigration examinés par le Toronto Star montrent que Kolodnicki est arrivé au Canada en 1913, avant la Première Guerre mondiale ou la Révolution d’octobre 1917. Kolodnicki a également indiqué que sa nation d’origine était l’Autriche et que sa race était la Ruthénie, un terme qui, à l’époque, désignait les ancêtres des Ukrainiens, des Biélorusses et des Rusyns modernes.

À partir de 2012, Mme Smith a affirmé publiquement qu’elle avait des racines cherokees grâce à son arrière-arrière-grand-mère, Mary Frances Crowe. Mme Smith a également affirmé que Mme Crowe avait été victime de la Piste des larmes et déplacée de force au Kansas dans les années 1830. Une enquête d’APTN National News a examiné les registres de recensement américains et a découvert que Mme Crowe était née en 1870 en Géorgie, environ 20 ans après que le gouvernement américain a forcé les Cherokees à quitter leur terre natale.

Kathy Griffin, généalogiste cherokee du Texas qui a travaillé avec APTN, n’a pas trouvé de preuve que les ancêtres de Smith étaient membres des tribus historiques cherokee, notamment la Bande orientale des Indiens cherokee, la Bande unie Keetoowah des Indiens cherokee de l’Oklahoma ou la Nation cherokee. Les ancêtres de Smith ne figuraient pas non plus sur le Dawes Roll, un registre américain répertoriant les membres des tribus Cherokee, Creek, Choctaw, Chickasaw et Seminole.

À la suite du reportage d’APTN, l’attaché de presse de Mme Smith a déclaré que cette dernière n’avait pas fait de « recherches approfondies sur ses ancêtres » et qu’elle avait « entendu parler de son héritage par ses proches ».

Le gouvernement turc veut prendre le contrôle des écoles françaises en Turquie (m à j)

La Turquie interdit avec effet immédiat toute nouvelle inscription dans les classes primaires et maternelles des écoles françaises du pays, a annoncé samedi le ministère de l'Éducation. Aux termes d'un accord intérimaire intervenu après « de longues négociations », indique le ministère dans un communiqué, « aucun nouvel étudiant turc ne sera inscrit dans les écoles mentionnées jusqu'à ce qu'un accord international prévoyant un statut juridique soit conclu ».

«Dans ce contexte, aucun nouvel élève turc ne sera inscrit dans les classes de maternelle et de première année des écoles primaires Charles De Gaulle à Ankara et Pierre Loti à Istanbul », poursuit le ministère. Le ministère turc précise également que la mesure prend un effet rétroactif « à partir du 1er janvier 2024, pour couvrir l'année scolaire 2024-2025 et au-delà. De même, aucun nouvel élève ne sera admis dans les classes intermédiaires ».

À moins d'un mois de la rentrée scolaire le 3 septembre, cette décision du gouvernement turc n'a pas encore été communiquée aux parents d'élèves turcs qui représentent l'écrasante majorité des inscrits dans ces deux établissements.

Surveillance et inspection

Le ministère prévient également que « la liste des élèves turcs scolarisés et les informations sur les écoles labellisées par l'Agence française pour l'enseignement à l'étranger (Aefe) seront remises à notre Ministère avant la rentrée prochaine». «Jusqu'à ce que ces écoles obtiennent » un statut légal, les cours de langue turque, culture turque, littérature turque, histoire et géographie turques « ne pourront être dispensés que par des enseignants citoyens de la République de Turquie nommés par notre Ministère », précise le communiqué. Il prévient en outre que les programmes et contenus de ces écoles « seront surveillés et inspectés par les fonctionnaires » du ministère et de l'État.

Par ailleurs, le ministère indique qu'un « accord global de coopération éducative, incluant l'enseignement du turc pour les étudiants turcs résidant en France« est en cours de négociations, et appelle à »poursuivre les négociations pour le finaliser dans les plus brefs délais ».

Après des « mois de négociations », selon l'ambassade de France à Ankara, le ton était subitement monté mi-juillet avec le ministre de l’Éducation Yusuf Tekin qui avait dénoncé « l'arrogance » de la France qui « ne daigne pas nous prendre comme interlocuteur ». « Nous ne sommes pas comme les pays que vous avez colonisés. Nous sommes un État souverain. Vous devez donc agir selon nos conditions si vous voulez enseigner ici », avait-il mis en garde.


Billet originel du 18 juillet

Lycée Pierre Loti d'Istamboul
 
 Le ministère turc de l'Éducation a intensifié sa surveillance des écoles françaises en Turquie à la suite du refus de la France d'autoriser la fondation turque Maarif d'y ouvrir des écoles, selon plusieurs sources.

Maarif, qui a été créée avant la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 par le biais d'une loi adoptée par le parlement turc, a cherché à fermer les établissements d'enseignement créés par les adeptes du mouvement religieux Gülen depuis le putsch avorté, dans le cadre de la politique étrangère du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir en Turquie, qui qualifie le mouvement d'organisation terroriste et l'accuse d'avoir orchestré le coup d'État raté.

Le mouvement Gülen, une initiative civique mondiale inspirée par les idées du religieux musulman Fethullah Gülen, nie fermement toute implication dans le putsch manqué et toute activité terroriste.

À ce jour, la fondation Maarif a repris des centaines d'écoles dans le monde entier qui avaient été créées par des adeptes du mouvement Gülen dans le cadre des mesures de répression prises par le gouvernement à l'encontre de ce groupe.

Elle est désormais la seule organisation habilitée à ouvrir des écoles dans un pays étranger au nom de la République de Turquie. Elle gère des écoles pour tous les groupes d'âge, de la maternelle à l'université.

Le journaliste Nuray Babacan a écrit sur le site d'information Gazete Pencere que les inspections du ministère turc de l'éducation dans les écoles françaises d'Ankara et d'Istanbul ont atteint un niveau tel qu'elles perturbent l'éducation des élèves. Ces actions sont considérées comme des représailles après l'échec de la tentative de la Fondation Maarif d'établir des écoles en France.

Babacan indique dans son article que le gouvernement turc, sous l'administration de l'AKP, a pris pour cible des établissements français, notamment l'école Charles de Gaulle à Ankara et le lycée Pierre Loti à Istanbul. Les écoles ont dû s'acquitter d'amendes et d'ingérences dans leurs programmes sous couvert d'inspections.

"Cela va au-delà des inspections régulières ; le gouvernement s'immisce maintenant dans les programmes scolaires", écrit M. Babacan. "Ce problème a commencé lorsque les tentatives de la Turquie d'ouvrir des écoles en France ont été bloquées. Aujourd'hui, des pressions sont exercées sur les écoles françaises, exigeant qu'elles incluent des cours de religion et d'éthique, qu'elles suivent le programme turc et qu'elles emploient des enseignants turcs.

Ce développement s'inscrit dans une tendance plus large de détérioration des relations entre la Turquie et la France, qui ont connu des relations diplomatiques fluctuantes. Cette situation a suscité l'inquiétude des élèves et de leurs parents. Des parents français et turcs ont demandé au ministre turc des affaires étrangères, Hakan Fidan, d'intervenir et de chercher une solution diplomatique.

Fidan devrait aborder cette question lors de sa prochaine visite en France, où les discussions devraient se concentrer sur la résolution du problème avant le début de la nouvelle année universitaire en septembre.

Ces dernières années, la Fondation Maarif a reçu un soutien financier substantiel de la part du gouvernement turc. Depuis sa création, la fondation a pris le contrôle de 216 écoles dans 44 pays et prévoit d'en reprendre d'autres.

Malgré l'importance des fonds alloués à Maarif, ses détracteurs estiment que ces ressources devraient être affectées à la résolution des problèmes éducatifs nationaux, tels que les classes surchargées et le nombre insuffisant de nominations d'enseignants.

La résistance du gouvernement français à l'expansion de la Fondation Maarif est en partie due aux inquiétudes concernant l'imposition de l'éducation religieuse, qui contredit le strict système d'éducation laïque de la France. En réponse, la pression accrue exercée par la Turquie sur les écoles françaises à l'intérieur de ses frontières a suscité des critiques pour avoir potentiellement politisé l'éducation et affecté le bien-être des élèves et de leurs familles.Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.

Déjà en 2020

Déjà en 2020, le quotidien Yeni Safak, proche du pouvoir islamo-conservateur, avait consacré des articles remettant en cause le statut des lycées Charles-de-Gaulle, à Ankara, et Pierre-Loti, à Istanbul, qui accueillent au total 2 300 élèves. « On se demande bien comment cette école illégale [Charles-de-Gaulle], qui n’a rien à voir avec la législation turque et n’a pas le statut d’école privée, a pu inscrire des étudiants turcs », avait écrit le journal, le 8 septembre 2020.

Renommés pour la qualité de leur enseignement, les deux lycées qui préparent au baccalauréat français comptent de nombreux élèves turcs francophones – près de 70 %, pour Pierre-Loti. Dépendants de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), Charles-de-Gaulle et Pierre-Loti ne sont pas enregistrés en tant qu’établissements internationaux. Au regard de la loi turque, ils n’ont pas d’existence légale. Paris estime, pour sa part, que ses écoles « à but non lucratif » sont soumises à la législation française. Conscient de la fragilité de ce statut – qui touche de nombreux établissements français ailleurs dans le monde – la France a créé, il y a sept ans, un groupe de travail avec la Turquie, regroupant des diplomates et des spécialistes des ministères de l’éducation, pour trouver un compromis.

Lycée Charles-de-Gaulle d'Ankara



« Prétendu génocide arménien »

Ankara ne voit pas d'un bon œil le fait que ces établissements échappent à sa supervision. « Aucun officiel ne peut contrôler ces écoles illégales », déplorait Yeni Safak dans son édition du 3 septembre 2020, jugeant sulfureux le contenu des manuels scolaires. « On dit que le prétendu génocide arménien est enseigné aux étudiants turcs qui suivent ces cours. » Empêcher les familles turques d'y envoyer leurs enfants sera difficile à réaliser, pour ne pas dire impossible. D'autant que certains des éditorialistes parmi les plus acharnés à critiquer la France et ses écoles ont, eux-mêmes, leurs enfants sur les bancs de Pierre-Loti.

Le ton de la presse s'est déjà fait menaçant. Des mesures de rétorsion sont évoquées, qui vont de la fermeture des établissements concernés à des représailles à caractère financier. « Évasion fiscale ! Les écoles françaises n'ont pas payé un sou d'impôt », affirmait Yeni Safak dans son article du 8 septembre 2020, en soulignant l'existence de droits d'inscription élevés. Au contraire, Paris souligne que les établissements ne jouissent pas d'un statut fiscal privilégié. Le 7 septembre 2020, en une seule journée, deux tentatives de « visite » avait eu lieu dans ces établissements, de la part de d'officiers de la voirie d'Istanbul, prétendant enquêter sur des travaux, et de jeunes hommes se prétendant agents de l'ONU.

Les établissements catholiques francophones de Turquie

Depuis plus de 150 ans, les établissements catholiques francophones de Turquie forment une partie de la jeunesse de ce pays. Ils ont été fondés par des congrégations françaises au dix-neuvième siècle pour répondre à des besoins de scolarisation des familles étrangères installées au Levant. Il en reste six aujourd’hui, cinq à Istanbul et un à Izmir. Ils portent le nom de Saints, d’ailleurs, on les appelle : « Les Saints ». Saint Joseph (à Istanbul et à Izmir), Saint-Benoît, Saint-Michel, Sainte-Pulchérie et Notre-Dame de Sion.

Leur particularité est d’enseigner le programme turc [ce n'est pas le cas d'autres Lycée comme celui Pierre Loti d'Istanbul ou de Charles-de-Gaulle d'Ankara qui enseignent le programme français], en langue française pour une grande partie des disciplines, hormis, par exemple, la langue turque, l’anglais et l’histoire. Dans ces établissements, qui sont des lycées, les enseignants sont turcs, ne parlant pas français, pour un tiers, turcs francophones pour un tiers et français, venant de l’enseignement public ou de l’enseignement catholique pour le dernier tiers. Cette cohabitation de cultures différentes est extrêmement riche sur un plan professionnel, surtout dans des établissements où le travail en équipe est la règle.

Pour un professeur français qui arrive dans cet univers, où c’est lui l’étranger, il faut s’accoutumer à d’autres habitudes relationnelles, au risque de commettre des indélicatesses. Beaucoup de choses sont différentes dans la relation aux élèves, aux familles, aux collègues, à la direction. Il faut également s’accoutumer à d’autres pratiques professionnelles qui peuvent surprendre au départ. Par exemple, les enseignants de ces établissements doivent assurer des heures de présence sur la cour de récréation pour renforcer la proximité avec les élèves dans un autre cadre que celui de la classe. Ils ont également une heure fixée dans leur emploi du temps hebdomadaire pour recevoir les familles.

Contrairement à l’origine, aujourd’hui, tous les élèves sont turcs. Leurs familles les inscrivent dans ces établissements, après la réussite à un concours, à cause de leur excellent niveau de réussite aux examens. Afin de pouvoir suivre les quatre années de lycée en français, les élèves doivent suivre une année préparatoire de renforcement linguistique avec vingt-cinq heures par semaine d’apprentissage de cette langue. L’ouverture linguistique et culturelle de ces établissements donnent la possibilité aux élèves qui le souhaitent de poursuivre leurs études dans des universités étrangères.

Outre leur excellence académique, les « Saint » sont aussi des promoteurs de la culture française, en lien avec la diplomatie française. De très nombreuses activités culturelles sont proposées : expositions, conférences, pièces de théâtre, concerts... De plus, de grands évènements thématiques sont organisés dans les établissements : Printemps du numérique, Modèle des Nations-Unies, Prix littéraires...

 

Lycée Notre-Dame de Sion, Mustafa Kemal Atatürk y inscrivit ses filles adoptives.

 

vendredi 9 août 2024

Président du CIO : pas de système scientifique qui permette d'identifier qui est une femme

Selon le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach :

Personne ne nous a présenté de système solide scientifique qui permette d'identifier qui est une femme (nous avons enlevé les nombreux « euh... »)


Faible fréquence des intersexes

Selon la philosophe Carrie Hull la fréquence des personnes intersexes se situerait à 0,37 % de la population. Leonard Sax parvient quant à lui à une proposition de 0,018 % de personnes intersexuées dans la population.

Un article de l’American Journal of Human Biology publié en 2000 et faisant la synthèse de la littérature médicale publiée entre 1955 et 2000 dresse des statistiques détaillées pour les différents critères possibles d'écart par rapport à un idéal-type masculin/féminin et conclut qu'environ 2 % des naissances sont concernées. Ce chiffre, critiqué par Leonard Sax, comprend des personnes avec une apparence mâle ou femelle mais présentant notamment un chromosome supplémentaire comme celles atteintes de trisomie 47 X, l'anomalie chromosomique féminine la plus fréquente qui touche environ une femme sur 1000, la majorité des femmes n'étant que peu touchées voire totalement asymptomatiques.


Compte de Richard Dawkins éliminé par Facebook

Si le CIO ne parvient pas à un système clair pour dire qui est une femme, comment pourra-t-il exclure des athlètes transgenres des compétitions féminines si ce n'est de manière arbitraire et variable (laisser les pays ou les fédérations locales décider par exemple) ?

Le célèbre biologiste, vulgarisateur, théoricien de l'évolution et éthologiste britannique athée Richard Dawkins a vu son compte Facebook éliminé après avoir posté sur la plateforme rivale 𝕏 que le boxeurs génétiquement mâles (XY) ne devraient pas concourir dans les catégories féminines des jeux.

<

Canada — le taux de chômage des immigrants récents à 12,6 % en juillet 2024 (6,4 % pour la population générale)


Les nouveaux immigrants sont aussi touchés de manière disproportionnée par le ralentissement du marché du travail. Au cours de la dernière année, le taux de chômage des immigrants qui sont au Canada depuis moins de cinq ans a bondi de 3,1 % pour atteindre 12,6 %.

« L'augmentation a été particulièrement notable chez les jeunes immigrants récents – le taux de chômage de ce groupe s'est établi à 22,8 % en juillet, en hausse de 8,6 points de pourcentage par rapport à un an plus tôt, » écrit Statistique Canada.

Le taux de chômage des immigrants récents affiche une plus forte hausse en juillet par rapport à 12 mois plus tôt. Le taux de chômage pour la population née au Canada était de 5,1 % en juillet 2023 et 5,6 % en juillet 2024.
 

Le chômage a peu varié au Canada en juillet, pour un troisième mois consécutif, souligne Statistique Canada, qui publiait ce matin les données du mois dernier sur l'emploi au pays. Au Canada, le taux de chômage est demeuré inchangé à 6,4 %.

Le mois dernier, la création d'emplois au Canada s'est soldée par une perte nette de 2800 emplois. Les principaux secteurs touchés ont été le commerce de gros et de détail (-44 000), la finance, les assurances, les services immobiliers, les services de location et de location de bail (-15 000).

Les secteurs qui ont généré le plus d'emploi au cours de la période ont été les administrations publiques (+20 000), le transport et l'entreposage (+15 000) et les services publics (+6200).

"En juillet, l'emploi a reculé chez les femmes (-41 000) et chez les hommes (-15 000) âgés de 55 à 64 ans. L'emploi a aussi diminué chez les jeunes hommes âgés de 15 à 24 ans (-20 000), tandis qu'il a augmenté chez les hommes âgés de 25 à 54 ans (+48 000)", souligne également Statistique Canada.

Le taux d'activité diminue

Le taux d'activité — la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi ou est à la recherche de travail — a diminué de 0,3 point de pourcentage pour s'établir à 65,0 % en juillet. Il s'agit du plus faible taux depuis juin 1998 (à l'exception de 2020 et de 2021, pendant la pandémie). Par rapport à un an plus tôt, le taux d'activité était en baisse de 0,6 point de pourcentage en juillet 2024.

Bien que le vieillissement de la cohorte du baby-boom ait exercé une pression à la baisse sur le taux d'activité au cours des années, la plus récente diminution sur 12 mois du taux d'activité en juillet 2024 est en grande partie attribuable aux baisses enregistrées chez les jeunes hommes (-2,5 points de pourcentage pour atteindre 62,4 %), les jeunes femmes (-1,3 point de pourcentage pour s'établir à 63,5 %) et les femmes du principal groupe d'âge actif (-1,0 point de pourcentage pour s'établir à 84,6 %).

Taux de chômage à 5,7 % au Québec

Après une baisse marquée de près de 18 000 emplois en juin, l’emploi a fléchi à nouveau en juillet au Québec, cette fois de 9 100 emplois. Le taux de chômage est resté stable à 5,7 %. Cela est attribuable à la chute du taux de participation, qui a atteint son plus bas niveau (64,2 %) en deux ans. Le taux de chômage provincial est toutefois tiré vers le haut par les régions à fort poids démographique et des immigrés (notamment l’île de Montréal), tandis que trois régions à faible immigration enregistrent un taux de chômage inférieur à 3 % (Abitibi-Témiscamingue, Saguenay-Lac-Saint-Jean et Chaudière-Appalaches).


Le taux de chômage des jeunes (15 à 24 ans) a grimpé à 12,3 % au Québec. En excluant la pandémie, il faut remonter à 2016 pour trouver un taux de chômage aussi élevé dans cette tranche d’âge. La faiblesse de l’emploi peut surprendre alors que l’on observe une amélioration substantielle du PIB réel et d’autres indicateurs économiques. Pourtant, ce décalage entre la croissance économique et les effets subséquents sur le marché du travail n’a rien d’inhabituel.

Les pertes prononcées dans le secteur privé et l’emploi à temps plein en juillet démontrent bien que le ralentissement du marché du travail québécois est encore en cours. Le nombre d'employés de l'État et des municipalités lui continuent d'augmenter. Depuis le début de l’année, le secteur privé a retranché 55 700 emplois, et la baisse de juillet constitue le pire résultat depuis janvier 2022. En outre, les heures travaillées ont reculé de 2,3 % par rapport à juillet 2023.



Royaume-Uni : « Aucune mesure anti-immigration n’a fonctionné, les chiffres n’ont fait qu’augmenter »

Sophie Loussouarn, spécialiste de la politique britannique et auteur de Brexit and Its Aftermath (Bloomsbury), analyse les causes des émeutes qui secouent le Royaume-Uni et l’immigration outre-Manche.

Les manifestations provoquent des troubles dans les rues de Westminster alors qu’elles se heurtent à la police après que d’autres émeutes ont éclaté à Southport cette semaine après que trois jeunes filles ont été tuées lors d’une attaque au couteau alors qu’elles assistaient à une soirée dansante de Taylor Swift.

Quel est l’état de l’immigration au Royaume-Uni ?

Sophie Loussouarn. Le Royaume-Uni est un pays ouvert qui a accueilli des immigrés de la communauté afro-caribéenne et de la communauté asiatique depuis 1945. C’est-à-dire des populations qui venaient des anciennes colonies de l’Empire britannique. La communauté afro-caribéenne s’est mieux intégrée que la communauté asiatique composée d’Indiens, de Pakistanais, de Birmans… Ce qu’on constate depuis le Brexit, qui devait faire baisser l’immigration, c’est que finalement, elle n’a cessé d’augmenter.

En 2023, ce sont 685 000 nouveaux migrants qui sont arrivés au Royaume-Uni, c’est fondamental pour comprendre la situation actuelle. Par ailleurs, le nombre de personnes traversant la Manche clandestinement est en hausse depuis janvier 2024, et ce malgré la politique de lutte contre les « small boats », surnom donné aux embarcations légères des migrants qui traversent la Manche. Le Royaume-Uni a mené une des politiques d’intégration des immigrés les plus efficaces d’Europe. Pour ce qui est du multiculturalisme, le Royaume-Uni est un exemple de réussite en la matière, les communautés ont contribué à la vie de la nation. Il y a même un certain nombre de dirigeants qui sont issus des minorités ethniques. Je pense à l’ancien Premier ministre, Rishi Sunak, qui est d’origine indienne, mais également à l’ancien ministre de l’Intérieur, James Cleverly, qui est musulman et actuellement candidat à la présidence du Parti conservateur. Enfin, le maire de Londres, Sadiq Khan, est aussi musulman.

Malgré une intégration plutôt réussie, il semblerait que certaines villes soient particulièrement « divisées », avec un communautarisme très fort ?

Oui, je vous le confirme, c’est notamment le cas dans le nord de l’Angleterre, à Birmingham et à Manchester, où vous avez des communautés entières de musulmans souvent radicalisés depuis plus de dix ans. Il faut se rappeler que les dernières émeutes remontent à 2011, ce n’est pas la première fois que le Royaume-Uni connaît ce genre d’évènements. Vous avez eu aussi les Brixton disorders en 1981, à la suite du Scarman report.

Quel avait été l’enjeu des dernières émeutes de 2011 ? 

Des émeutes avaient éclaté à Croydon et à Nottingham pendant l’été 2011, sous le mandat de David Cameron, qui avait décidé de rappeler le Parlement. Elles avaient débuté après la mort d’un jeune noir tué par un policier sur fond de trafic de drogue. Les émeutes se sont alors généralisées en actes de pillage.

L’immigration est un sujet central au Royaume-Uni depuis plusieurs années, aucun gouvernement n’a réussi à satisfaire les demandes de la population ?

Non, mais c’était une des priorités des conservateurs et notamment de Rishi Sunak. Il voulait s’attaquer justement à ces « small boats » qui transportent les immigrés illégaux. Mais il n’y est pas parvenu, malgré les accords de coopération avec la France. Le problème crucial reste toujours l’immigration clandestine. C’était dans ce sens-là que Boris Johnson, en juin 2022, avait décidé d’extrader au Rwanda les immigrés qui arrivaient clandestinement au Royaume-Uni. Il avait scellé un accord avec le gouvernement rwandais pour que ces immigrés s’envolent au Rwanda et soient hébergés là-bas. Mais il a été très rapidement stoppé par un jugement de la Cour suprême qui condamnait cette mesure qu’elle estimait contraire aux droits de l’Homme. La Cour européenne des droits de l’homme avait condamné aussi cette mesure, tout comme le roi, qui était à l’époque prince de Galles. Cette mesure est totalement abandonnée maintenant que les travaillistes sont au pouvoir depuis le 4 juillet 2024. Aucune mesure anti-immigration n’a réellement fonctionné, les chiffres n’ont fait qu’augmenter.

Les rumeurs vont bon train concernant l’identité du tueur à l’origine de ces émeutes. Qu’en est-il ? 

Il est né au Royaume-Uni, de parents rwandais, et il n’est pas musulman. Alors que sur les réseaux sociaux, aussitôt après le meurtre des trois fillettes, on avait fait courir le bruit que c’était un musulman radicalisé. Je ne peux pas vous dire s’il est catholique, mais au Rwanda, la population est majoritairement catholique a priori.

Les médias présentent principalement ces émeutes comme émanant de l’extrême droite. Est-ce la réalité ou le mouvement commence-t-il à atteindre d’autres franges de la population ?

Oui, elles émanent au départ principalement de l’extrême droite anglaise. Mais attention, vous avez aussi parmi les manifestants des patriotes inquiets des chiffres de l’immigration, qui scandent les slogans « Stop the boats » et « Mettez-les dehors ». Après il est possible qu’ils soient dans l’ensemble de nouveaux électeurs de Reform UK (parti politique britannique eurosceptique et conservateur), de Nigel Farage. Ce parti a tout de même obtenu 14 % aux élections législatives du 4 juillet, avec cinq députés à la Chambre des communes c’est une première. Ils ont d’ailleurs pris de nombreuses voix aux conservateurs qui, sans cela, auraient eu beaucoup plus de sièges.

D’autres personnes ont-elles joué un rôle important dans le déclenchement des émeutes ? 

L’ancien chef de l’English Defence League, Tony Robinson, a particulièrement attisé la violence sur les réseaux sociaux alors qu’on avait le sentiment qu’il n’avait plus vraiment d’influence depuis une dizaine d’années. Et puis vous avez quand même aussi des déclarations assez surprenantes de la part d’Elon Musk, le propriétaire d’X qui intervient dans le débat. Il a notamment répondu à des tweets qui attribuaient ces troubles à l’immigration et aux frontières ouvertes en disant qu’au Royaume-Uni, la guerre civile était inévitable. Ce n’est en rien son rôle.

Le mouvement continue à s’étendre ou commençons-nous à assister à la fin des émeutes ? 

Ce n’est pas la fin du mouvement. Le 5 août au soir, il s’est justement étendu à Plymouth dans le Sud-Ouest de l’Angleterre. Dans le même temps, le gouvernement a décidé d’ajouter 2 000 policiers supplémentaires pour lutter contre ces émeutes, le montant total atteignant 6000 agents. Le gouvernement a également réservé 500 places de prisons destinés aux criminels qui prennent part aux émeutes.

Les images de violences anti-immigrés et anti-blancs se multiplient sur les réseaux sociaux. Quelle est la réalité sur le terrain ?

Depuis le 31 juillet, des émeutes se sont étendues à Liverpool, Sunderland, Bristol, Hull, Stoke-on-Trent, Leeds, Nottingham, Blackpool, Rotherham et également à Belfast en Irlande du Nord. Donc, ce n’est pas concentré uniquement en Angleterre. À plusieurs endroits, des boutiques d’immigrés ont été pillées et des voitures ont été incendiées. À Sheffield, deux hôtels hébergeant des demandeurs d’asile ont été attaqués. Certaines mosquées ont aussi été ciblées et visées. Mais ce que j’ai vu essentiellement, ce sont des affrontements entre des manifestants anti-immigration et anti-musulman contre des manifestants antifascistes portant des cagoules et qui arboraient des pancartes « Stop the nazis » ou « Racism off our Streets ». La manifestation du racisme anti-blanc, je ne l’ai pas encore vue.

Le nouveau gouvernement tient des discours de fermeté, mais a-t-il réellement les moyens de sortir la tête haute de cette crise survenue un mois seulement après son élection ?

C’est la première crise auquel le gouvernement de Keir Starmer est confronté. Mais il faut rappeler que le Premier ministre était chef de la lutte contre la criminalité, il est au fait de ce genre de situation. Lundi 5 août, il a réuni un conseil de crise, le Cobra Meeting (pour Cabinets Office Briefing Rooms Ndlr.), en présence des chefs de la police et du système pénitentiaire. Il y a annoncé trois mesures pour lutter contre les troubles. La première est de constituer un groupe de policiers spécialisés chargé d’assurer la sécurité dans les zones atteintes par les émeutes. Ensuite, le Premier ministre souhaite que les criminels soient jugés et punis très rapidement. Par exemple, le 6 août, six personnes ont été jugées à Sheffield. Les cours de justice sont prêtes pour juger jour et nuit sachant qu’il y a déjà 400 personnes qui ont été arrêtées. Pour cela le gouvernement a décidé de réserver 500 places de prison aux émeutiers pour « donner l’exemple ». Enfin, la troisième mesure consiste à poursuivre les personnes qui incitent à la violence en ligne. Keir Starmer réussit à se montrer intransigeant.

Quels enjeux cela révèle pour son prochain mandat ? Devra-t-il se saisir plus fortement du dossier de l’immigration ? 

Keir Starmer devra déjà réformer le système de justice et s’attaquer vigoureusement au sujet migratoire. C’est ce que lui avait recommandé  l’ancien  Premier ministre travailliste, Tony Blair dans sa tribune, écrite dans le Sunday Times. La question de l’immigration devra être une priorité pour le nouveau gouvernement.

Quel genre de mesures enverraient un message de fermeté au Royaume-Uni ?

Renforcer les frontières dans un premier temps. Et renforcer également la coopération avec la France pour éviter les passages et les traversées de la Manche. Paradoxalement, les Britanniques ont voté pour le Brexit afin de réduire l’immigration venant de l’Union européenne. Ce qui a conduit évidemment [?] à un manque de main-d’œuvre, et maintenant, l’immigration vient d’ailleurs.

Ce serait cette nouvelle immigration qui pose un problème aux Britanniques ? 

Toute immigration, je pense, pose un problème aux yeux des Britanniques. On le sent dans cette période de crise du pouvoir d’achat. Les gens ont le sentiment que les immigrés bénéficient du système de protection sociale et ne contribuent pas, au même titre que les autres, à la vie de la nation, tout en prenant les emplois disponibles.

Source : Valeurs actuelles

Voir aussi

La réalité en Grande-Bretagne est bien pire que vous ne croyez

 

Deux tiers des Britanniques (67 %) considèrent que la politique d'immigration menée ces dernières années a contribué à la violence

Réponses à la question:

D'après ce que vous avez vu et entendu, dans quelle mesure considérez-vous que chacun des éléments suivants est responsable, le cas échéant, des troubles qui ont eu lieu lors des récentes manifestations en Angleterre ?


En pourcentage.



Si, de façon assez prévisible, les personnes interrogées attribuent les émeutes aux émeutiers présents et aux « réseaux sociaux », il est intéressant de noter que, sur le long terme, deux tiers des Britanniques (67 %) considèrent que la politique d'immigration menée ces dernières années a contribué à la violence, et 55 % d'entre eux disent la même chose des récents gouvernements conservateurs.


Pour la première fois depuis plus de 50 ans, la Suède compte plus d'émigrants que d'immigrants

La tendance de l’année dernière à la diminution du nombre de demandeurs d’asile en Suède et du nombre de permis de séjour accordés se poursuit. Selon les prévisions de l’Agence suédoise des migrations, la Suède devrait accueillir le plus petit nombre de demandeurs d’asile depuis 1997 et, pour la première fois depuis plus de 50 ans, la Suède connaît une émigration nette. Plus de Syriens, de Somaliens et d’Irakiens quittent désormais la Suède que n’y immigrent.

 


Alors que le nombre de demandeurs d’asile dans l’Union européenne s’est stabilisé à un niveau élevé, le déclin se poursuit en Suède. Jusqu’à la fin juillet de cette année, un total de 5 600 demandes d’asile ont été enregistrées. Cela représente une baisse de 27 % par rapport à la même période de l’année dernière. Selon les prévisions de l’Agence suédoise des migrations, la Suède enregistrera cette année le plus faible nombre de demandeurs d’asile depuis 1997.


« Les efforts du gouvernement portent leurs fruits. Le nombre de demandes d’asile tend vers un niveau historiquement bas, les permis de séjour liés à l’asile continuent de diminuer et, pour la première fois en 50 ans, la Suède enregistre une émigration nette. Cette évolution vers une immigration durable est nécessaire pour renforcer l’intégration et réduire l’exclusion », de déclarer la ministre des Migrations, Maria Malmer Stenergard.

En 2023, l’émigration a augmenté parmi les personnes nées dans des pays tels que l’Irak, la Somalie et la Syrie. En 2023, les chiffres de l’immigration nette pour les personnes nées dans ces pays étaient négatifs. Selon les statistiques préliminaires officielles, la Suède a connu une immigration nette négative jusqu’au mois de mai de cette année. Les initiatives du gouvernement visant à améliorer l’enregistrement de la population sont censées contribuer à ce résultat.


La Suède avait accueilli un nombre important d’immigrants depuis les années 1990, principalement en provenance d’ex-Yougoslavie, de Syrie, d’Afghanistan, de Somalie, d’Iran ou d’Irak, et d’autres régions en proie à des conflits.  

Pour rappel, Ulf Kristersson, chef de file des conservateurs, est arrivé au pouvoir en 2022 en formant un bloc majoritaire à l’aide du parti nationaliste des Démocrates de Suède. Il s’était alors engagé à réduire radicalement l’immigration. 

À partir du 1er octobre 2023, les règles pour obtenir un permis de travail en Suède avaient changé. Jusqu'alors, le salaire minimum exigé pour décrocher un titre de séjour était de 13 000 couronnes (1 100 euros) par mois. Il va doubler, pour passer à 26 500 couronnes, soit 80 % du salaire médian suédois. Les travailleurs non-européens doivent donc désormais gagner le double de ce qui était jusque-là nécessaire pour obtenir un permis de résidence.



Le chômage en Suède touche particulièrement les personnes nées à l’étranger. Au cours du deuxième trimestre de 2024, le chômage parmi ce groupe a augmenté de 16,2 à 16,9 pour cent. Le manque d’intégration et de compétences linguistiques sont souvent cités comme facteurs contribuant à ce phénomène.

Voir aussi
 
L'escroquerie aux allocations en Suède : 80 % de l'argent versés aux immigrés

Les personnes nées à l'étranger représentent 80 % du coût des paiements indus de l'Agence suédoise d'assurance sociale et, en ce qui concerne les prestations d'assistance, les immigrés reçoivent huit fois plus de paiements indus que les Suédois. C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport de l'Agence suédoise d'assurance sociale.

Dans ce rapport, l'Agence suédoise d'assurance sociale répartit les paiements incorrects en deux groupes : les tricheries délibérées (infractions à la législation sur les prestations) et les erreurs non intentionnelles.

Au sujet du groupe des tricheurs délibérés, l'Agence suédoise d'assurance sociale écrit ce qui suit :

"Les personnes nées à l'étranger ont tendance à être surreprésentées dans le groupe des fraudeurs délibérés pour presque toutes les prestations présentées. Cette surreprésentation est particulièrement importante pour l'allocation d'assistance, les allocations familiales et l'allocation parentale".

En ce qui concerne l'allocation d'assistance, les erreurs sont plus de huit fois plus fréquentes chez les personnes nées à l'étranger que chez celles nées en Suède, selon l'Agence suédoise d'assurance sociale.

L'agence identifie aussi spécifiquement les réseaux familiaux comme un facteur de risque qui doit être analysé de manière plus approfondie.

Selon le rapport, une part de l'explication du niveau élevé de fraude parmi les immigrés peut être liée au fait qu'ils choisissent de recevoir des prestations et des allocations bien qu'ils vivent à l'étranger.

Le rapport de l'Agence d'assurance sociale était à l'origine un document interne, mais il a finalement été rendu public sous la pression de Verifiera, un géant de la cartographie personnelle, qui a demandé le document en vertu du principe de l'accès public aux documents officiels.


jeudi 8 août 2024

Immigration — Le Québec manquera d'enseignants à la rentrée

À quelques semaines de la rentrée, les écoles font à nouveau face à un casse-tête insoluble. En pleine pénurie d’enseignants et de personnel qualifiés, et alors que les départs à la retraite sont à la hausse, une forte augmentation du nombre d’élèves (20.000) est prévue au cours des prochains mois . Cela pourrait contraindre Québec à ouvrir jusqu’à 1000 nouveaux postes de professeurs au cours du calendrier scolaire 2024-2025, et ce, même si les classes ont pris fin en juin dernier sans que tous les postes déjà affichés pour la dernière année scolaire aient été pourvus.
 
 Selon des projections préliminaires du ministère de l’Éducation obtenues par La Presse, environ 20 000 nouveaux élèves devraient s’ajouter en cours d’année au réseau primaire et secondaire public de la province. Seulement pour faire face à cet afflux de nouveaux élèves, l’équivalent d’un millier d’enseignants devrait être ajouté au réseau, estime-t-on à Québec.

Or, l’an dernier, les centres de services scolaires ne sont pas parvenus à trouver un enseignant pour chaque poste ouvert en raison de la pénurie de main-d’œuvre.

Dans ce contexte, l’augmentation du nombre d’élèves – qui requiert l’ouverture de plus de postes d’enseignants – pourrait amplifier les effets de la pénurie.

D’où viennent tous ces nouveaux élèves prévus en 2024-2025 ? Le ministère de l’Éducation n’est pas en mesure de décortiquer et préciser sa prévision. Toutefois, pour l’année scolaire 2023-2024, près de 80 % de la hausse provenait d’élèves nés hors du Canada, souligne-t-on au cabinet du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville. Ce dernier a d’ailleurs déploré par le passé que la hausse de l’immigration temporaire et du nombre de réfugiés exerçait une pression importante sur les écoles, qui peinent déjà à répondre à la demande.
 
Québec doit faire le point

Au début de la semaine prochaine, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, aura en main un portrait à jour de la pénurie d’enseignants et de professionnels dans le réseau. Il doit faire le point au cours des jours suivants.

À son cabinet, on indique que la hausse des départs à la retraite et « la hausse prévue du nombre d’enfants dans les classes du Québec [font] en sorte que les besoins d’enseignants seront encore plus importants pour la prochaine rentrée ».

« Ça démontre toute l’importance du nouveau processus que nous avons mis en place pour que les affectations se fassent avant le 8 août afin de nous assurer d’une stabilité plus rapidement. C’est un changement de culture important. On revoit des pratiques qui sont en place depuis des années et ça demande une certaine adaptation. Maintenant, on est réalistes, il va rester des enjeux, notamment de pénurie de main-d’œuvre. On a fait des avancées majeures dans le renouvellement des nouvelles conventions collectives, mais ça prend du temps [pour] inverser une tendance », affirme le cabinet de M. Drainville.

Nicolas Prévost, président de la FQDE, ajoute que « la pénurie va durer encore un petit bout ». « Il y a plus de gens qui partent à la retraite que de jeunes diplômés. Mathématiquement, on n’y arrive pas », dit-il.
 

Chiffres 
  • 1 157 761 Nombre d’élèves en formation générale des jeunes pour l’année scolaire 2023-2024. Le nombre d’élèves pourrait croître de 20 000 au cours de l’année scolaire 2024-2025.
  • 88 448 Nombre total de postes d’enseignants dans le réseau scolaire public
  • 471 Nombre de postes à pourvoir au 20 mai 2024