mercredi 22 janvier 2020

Québec — nouvelles mesures pour faciliter le recrutement du personnel enseignant

Face au manque d’enseignants dans les écoles primaires et secondaires du Québec, principalement à Montréal qui connaît un afflux important d’immigrants, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge met en place de nouvelles mesures pour faciliter le recrutement du personnel.

Le gouvernement souhaite profiter de la période d’inscription dans les universités pour lancer un site Internet destiné à ceux qui songent à faire carrière dans l’enseignement.

Le site web doit regrouper à un seul endroit l’ensemble des informations relatives à la profession, qu’un candidat potentiel peut consulter au Québec ou à l’étranger.

Parmi les renseignements disponibles sur le site se trouvent les qualifications requises, le cheminement universitaire, les conditions de travail et les offres d’emploi dans le réseau scolaire.

La recherche de talents

Québec souhaite par ailleurs augmenter la présence du ministère dans les activités de recrutement, comme dans les salons d’emploi ou les journées portes ouvertes des différentes universités.

Qui plus est, le ministre espère redoubler ses efforts de recrutement à l’étranger. Les missions de Toulouse et de Paris ont permis aux commissions scolaires d’offrir 340 promesses d’embauche, selon son ministère.

Une autre mission est prévue à Marseille en février, en partenariat avec la Commission scolaire de Montréal, la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île et la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Maîtrises qualifiantes pour les détenteurs d’un baccalauréat dans une autre discipline

Enfin, le gouvernement compte sur un parcours universitaire plus souple pour convaincre les futurs enseignants, avec la mise en place de maîtrises qualifiantes pour les détenteurs d’un baccalauréat dans une discipline autre que l’enseignement.


Terminée, l’intégration à tout prix des élèves à troubles d’apprentissage

Pour trouver des candidats, le ministre Roberge admet qu’il faut aussi rendre la profession plus attrayante, en améliorant notamment les conditions de travail.

Si l’augmentation des salaires, en particulier pour les nouveaux enseignants, fait partie des solutions, le ministre propose aussi un changement de philosophie en matière d’intégration des élèves qui ont des troubles d’apprentissage.

« Y’a une espèce de philosophie que tout le monde, partout, tout le temps, tous ensemble pis par magie ça va fonctionner : c’est pas vrai », de dire le ministre dans son style familier.

Il souhaite poursuivre le processus qui a permis au gouvernement d’ouvrir 150 classes d’adaptation durant la dernière année.

De nombreuses écoles doivent toujours composer avec un manque criant de personnel enseignant, en particulier dans la région de Montréal.

Le ministre de l’Éducation reconnaît qu’il s’agit d’un des principaux défis du réseau scolaire. Environ 350 enseignants à temps plein manquaient à l’appel à la dernière rentrée scolaire, dit-il, dont 80 % dans la région de Montréal.

Il est convaincu que les mesures annoncées par son gouvernement permettront d’attirer plusieurs centaines d’enseignants.

lundi 20 janvier 2020

France — réforme Blanquer du CAPES, connaissances sacrifiées

Anne Coffinier, directrice de Créer son école et fondatrice de Educfrance revient sur une réforme inquiétante du certificat d’aptitude à l’enseignement dans le second degré (CAPES) préparée par le ministère de l’Éducation.

Vers une réforme qui déforme ?

Un document interne à la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) révèle les projets du Ministère pour le Certificat d’aptitude à l’enseignement dans le second degré (CAPES). Et les nouvelles ne sont pas bonnes ! D’après les informations d’Educ’France, connaissances scientifiques et capacité des professeurs à réagir aux questions de culture générale inhérentes à la discipline enseignée se voient sacrifiées… sur l’autel des aptitudes pédagogiques. Autrement dit, la réforme annoncée prétend former des professeurs qui sachent enseigner, sans nécessairement savoir quoi ni comment.

Jean-Michel Blanquer nous a délivrés des délires pédagogistes du dernier quinquennat. Mais gardons-nous de crier victoire. Ils pourraient revenir par le truchement d’une réforme qui, loin de se soucier du contenu, semble tout miser sur le contenant. Ceux qui soutiennent le CAPES 2.0 louent en effet son côté « professionnalisant ». Au diable les « sachants » ! L’Éducation nationale veut désormais des professeurs capables d’enseigner loin de l’abominable « verticalité », ou logique « top down » trop susceptible d’autorité. De nouveau, cette réforme se place sous le signe de l’antagonisme supposé du fond et de la forme : connaissances contre transmission, culture contre pédagogie, bref. Ceux qui raisonnent en termes binaires ne rendront pas service à notre pays, qui mérite que l’on redécouvre la richesse du plus beau métier du monde.

Le fil rouge d’une réforme du concours devrait être la recherche d’une conciliation, constante, de deux impératifs catégoriques : connaissance et transmission. S’il faut tirer les leçons des échecs de la formation des enseignants, faisons-le sans concessions.

Rétablissons l’exigence d’un haut niveau de connaissances aux épreuves d’admissibilité. L’entrée de plain-pied dans l’école du XXIe siècle ne doit pas se faire au détriment du savoir, a fortiori quand l’accès au savoir dématérialisé entretient l’illusion de la vanité du par cœur. Il est scientifiquement prouvé que, seule l’appropriation personnelle, régulière et réitérée des connaissances est capable de forger une culture à même d’être développée puis transmise.

Tirons parti des ressources des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle pour enrichir le savoir comme ses modalités de transmission, sans jamais renoncer à ce qui fait notre identité. À commencer par nos traditions académiques, et notamment l’attachement qui doit être le nôtre à la philosophie, durement éprouvée par ce que devrait être la réforme.

Gardons-nous enfin de tout angélisme. Derrière les velléités d’élargissement du concours à des catégories socio-professionnelles qui en seraient exclues, c’est l’égalitarisme qui s’agite. Trop de démocratie tue la démocratie.

Anne Coffinier

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France — l’enseignement du français a été amputé de près de 600 heures entre 1976 et 2015


Québec — Le nombre d’enfants instruits à la maison augmente encore

Depuis septembre 2018, les parents dont les enfants reçoivent une éducation à la maison doivent en aviser le ministre de l’Éducation. Pour 2019-2020, 5518 de ces avis ont été reçus, contre 4968 l’année dernière, une augmentation d’environ 10 %.

Depuis septembre 2018, les parents dont les enfants sont instruits à la maison doivent en aviser le ministre de l’Éducation. Pour 2019-2020, 5518 de ces avis ont été reçus, contre 4968 l’année dernière.

Cette augmentation s’est faite en dépit de restrictions supplémentaires imposées l’an dernier par la CAQ dans le règlement encadrant l’enseignement à la maison, restrictions critiquées par des parents qui les jugeaient « inutiles », « injustes », « contreproductives » ou « prématurées ».

Québec demande maintenant aux parents qui font l’école à domicile de se soumettre davantage au programme qui est donné dans les écoles. Il est obligatoire d’enseigner les matières de base comme la langue maternelle, la langue seconde et les mathématiques, mais aussi les sciences et l’histoire.

Dès juin 2021, les enfants scolarisés à domicile devront se soumettre aux examens ministériels qui sont donnés dès la quatrième année du primaire. Il s’agit donc de limiter la liberté pédagogique des parents. D’autres voies étaient envisageables, mais apparemment inconcevables au Monopole de l’Éducation du Québec, notamment admettre un ensemble de programmes équivalents (par exemple le CNED en France) dont les examens et devoirs voudraient équivalence.

Le ministère de l’Éducation n’a pas fourni de réponse quant à la cause de cette augmentation de jeunes scolarisés à la maison, mais l’inscription d’enfants des communautés juives hassidiques l’expliquerait en partie. Selon l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, ils seraient près de 1900 enfants à être inscrits auprès du gouvernement.

C’est aussi une hypothèse qu’avance Christine Brabant, professeure à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

« Les communautés juives hassidiques sont de plus en plus nombreuses à se joindre à l’école à la maison. Ce sont des jeunes qui étaient dans des écoles qu’on appelle [faussement] illégales, qui étaient dans un flou juridique. [Le juge Dugré a plutôt dit qu’on pourrait les considérer comme des séminaires et donc non assujetties à la loi sur l’instruction publique ou celle sur l’école privée] Étant inscrits, ils apparaissent dans les effectifs du Ministère et vont être suivis individuellement », dit Christine Brabant.

Dans le cadre de ses recherches, elle suit certains enfants de la communauté juive hassidique et leurs parents. « Les parents sont beaucoup plus impliqués dans l’éducation des enfants, ils ne peuvent plus seulement confier l’éducation à l’école ou au centre, il y a beaucoup de choses qui se font à la maison et qui sont ajoutées pour rejoindre le programme [gouvernemental] », explique Christine Brabant. Dans certains centres, toutefois, « c’est plus difficile », dit-elle.

« Beaucoup de mécontentement chez les familles » à la suite du tour de vis de Roberge


Le nouveau règlement de Québec ayant causé beaucoup de mécontentement chez les familles qui font l’école à la maison, « il aurait pu y avoir un recul », poursuit la professeure. Des familles auraient pu choisir de ne pas s’inscrire auprès du gouvernement ou de déménager pour changer de commission scolaire et ainsi laisser moins de traces.

La directrice de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED) estime que des parents se sont « résignés ». « Il y a un peu plus de parents qui ont peur de ne pas s’inscrire, parce qu’on ne sait pas quelles seront les conséquences de ne pas communiquer qu’on fait l’école à la maison. Je pense que les parents ont décidé d’être patients et d’acheter la paix à court terme », dit Noémi Berlus, directrice de l’AQED.

Elle dit connaître personnellement « au moins cinq familles » qui ont décidé de déménager en Ontario après l’adoption du règlement. « En Ontario, le gouvernement dit que si tu ne délègues pas la responsabilité de l’éducation de ton enfant à l’école et qu’il n’y a pas de signalement qu’il y a un problème, on assume que le parent est de bonne foi et qu’il fait ce qu’il faut pour son enfant », dit Noémi Berlus.

En apportant des restrictions au règlement encadrant l’enseignement à la maison, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et ancien instituteur du primaire, Jean-François Roberge, avait utilisé le prétexte de prévenir « plus efficacement le recours aux “écoles” dites illégales ou clandestines ».

Pour l’AQED, il a plutôt changé l’essence de l’éducation à la maison en demandant aux parents de se coller à ce qui se fait à l’école.

« Ce qu’on trouve triste, c’est que la raison pour laquelle beaucoup de nos membres ont quitté l’école, c’est que les enfants n’entraient pas dans le moule », dit Noémi Berlus.

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Québec — Le bas âge des décrocheurs inquiète

Près de la moitié des élèves qui abandonnent l’école ont 15 ans et moins au Québec.

Selon ces données provenant des 72 commissions scolaires, 4474 jeunes de 15 ans et moins étaient absents du réseau scolaire québécois durant l’année scolaire 2017-2018, alors qu’ils y étaient l’année précédente, ce qui représente 47 % de l’ensemble des décrocheurs au Québec.

Élèves qui ont abandonné le réseau scolaire québécois selon l’âge (2017-2018)

* Ces chiffres comprennent des décrocheurs, mais aussi des élèves qui ont quitté l’école pour d’autres raisons (déménagement hors province, scolarisation à la maison non déclarée, maladie, décès, etc.).

**Sur le nombre total de jeunes qui ont abandonné le réseau scolaire.


Il s’agit du « nombre de sortants sans diplôme ni qualification », une mesure que Québec utilise pour déterminer le taux de décrochage.

Cet indicateur comprend les jeunes qui ont décroché, mais aussi ceux qui ne fréquentent plus le réseau scolaire québécois pour d’autres raisons (déménagement à l’extérieur de la province, scolarisation à la maison non déclarée, maladie grave ou décès). Leur nombre exact est toutefois impossible à déterminer, selon le ministère de l’Éducation.

Ces chiffres incluent aussi les élèves autochtones des trois commissions scolaires à statut particulier, où le taux de décrochage atteint des sommets.

Même si ces données doivent être utilisées « avec prudence », Michel Perron, professeur retraité de l’Université du Québec à Chicoutimi et du cégep de Jonquière, affirme, de son côté, que la situation est « questionnable » puisque l’école demeure légalement obligatoire jusqu’à 16 ans au Québec.

Alors que le taux de décrochage global est en baisse constante depuis dix ans au Québec, ces chiffres permettent de constater que la diminution s’est surtout fait sentir dans les rangs des élèves plus âgés, souligne-t-il.

Selon la Loi sur l’instruction publique, les directions d’écoles sont tenues de signaler à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) tout élève de 15 ans et moins qui arrête d’aller à l’école pour des motifs non valables.


Le taux de décrochage global est toutefois en baisse constante au Québec depuis une dizaine d’années, étant passé d’environ 20 % à 13 % pendant cette période.

Source : ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Journal de Québec


dimanche 19 janvier 2020

La parité : nouveau dogme néoféminisme (quand cela arrange) ?

Texte de Nathalie Elgrably-Lévy sur un « Délire de néoféministes ».

L’auteure Marcia Pilote a récemment écrit un texte à l’emporte-pièce pour dénoncer l’absence de femmes parmi les créateurs du Bye bye. Puis, depuis lundi, c’est l’hystérie collective parce que la liste des finalistes pour l’Oscar du meilleur réalisateur est exclusivement masculine.

La parité étant devenue un dogme quasi religieux exigeant une obéissance docile, il est tendance de s’indigner bruyamment chaque fois que les femmes sont sous-représentées dans un domaine.

Avantage

Dommage que les apôtres de la parité fassent l’économie d’une réflexion élémentaire, car ils s’apercevraient que l’absence de parité avantage les femmes dans une multitude de circonstances. Des statistiques américaines, mais qui peuvent aisément refléter la réalité canadienne, ont montré que pour 100 femmes qui...

– s’inscrivent à l’université, on compte 73 hommes ;

– obtiennent un diplôme de médecine, on compte 90 hommes ;

– sont itinérantes, on compte 154 hommes ;

– sont alcooliques, on compte 200 hommes ;

– décèdent entre 25 et 34 ans, on compte 232 hommes ;

– décèdent d’un accident de travail, on compte 1294 hommes ;

– se trouvent en prison, on compte 1333 hommes.

La parité démographique n’existe nulle part ! D’ailleurs, au nom de quel impératif sibyllin faudrait-il que les femmes et les hommes soient toujours numériquement égaux ?

L’égalité des droits entre tous les êtres humains est un objectif noble. Fort heureusement, elle a été atteinte dans les sociétés occidentales. Ce que réclament aujourd’hui les néoféministes, c’est la parité, et donc l’égalité des résultats, de gré ou de force.

Différent


Toutefois, la parité suppose que les deux sexes sont parfaitement identiques, qu’ils ont les mêmes intérêts et les mêmes ambitions. Or, cette hypothèse est d’une absurdité incommensurable vu qu’il est impossible de trouver ne serait-ce que deux hommes (ou deux femmes) identiques. Méfions-nous donc du credo de la parité. Il s’agit d’un délire de néoféministes à la recherche d’un prétexte pour se victimiser.

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Violence entre partenaires intimes : les hommes plus souvent victimes

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Histoire — l’ex­clusion des femmes du suffrage fut davantage le fait de l’idéologie progressiste que de la pensée réactionnaire.

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Les propos complètement inconscients de la psychanalyste Françoise Dolto

C'ÉTAIT il y a à peine trois semaines, avant l'affaire Matzneff : France 2 diffusait une remarquable émission consacrée à Françoise Dolto, la célèbre pédiatre et psychanalyste. Titré « Au nom de l'enfant », ce documentaire soulignait le rôle qu'avait joué cette disciple de Jacques Lacan dans l'évolution du regard porté par les psychothérapeutes sur l'enfant, son éducation et ses éventuels traumatismes.Mais « Au nom de l'enfant » a ignoré les propos, pour le moins stupéfiants, que la même Françoise Dolto, dans un long entretien et dans un livre, a tenu sur les femmes battues, la pédophilie et l'inceste. En outre, la réalisatrice a oublié d'évoquer la pétition que Dolto avait signée le 23 mai 1977, réclamant, en compagnie de Gabriel Matzneff, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Main Robbe-Grillet et autres, un assouplissement du Code pénal sur les détournements de mineurs. À l'époque, Françoise Dolto jouait les mamies gâteaux au micro de France Inter ou d'Europe 1...


Lorsque, en 2010, des journaux sont revenus sur cette pétition et sur cette prise de position, la fille de Françoise Dolto, Catherine Dolto, l'a défendue avec cet argument : « Tout cela se passait dans les suites à l'époque du suicide de Gabrielle Russier, professeure qui avait entretenu une relation avec un de ses élèves. » Point final. Quant aux écrits de sa mère, tels qu'ils sont reproduits ci-dessous, Catherine Dolto a affirmé qu'il s'agissait de « citations tirées de leur contexte, dans lesquelles Françoise Dolto parlait] de l'inconscient et non du registre conscient. Cela dénature totalement ses propos, bien évidemment. » A les lire dans « leur contexte », l'inconscient a vraiment bon dos.

LE FLORILÈGE qui suit est extrait d'une interview parue en novembre 1979 dans le numéro 44 du journal féministe de Gisèle Halimi « Choisir la cause des femmes ». Pour une bonne part, les « thèses » développées dans cet entretien ont été reprises dans l'ouvrage « L'Enfant, le Juge et la Psychanalyste », publié chez Gallimard en 1999, accompagnées de cet exergue : « Ce livre est le dialogue intense, exemplaire, d'un juge d'enfants et d'une psychanalyste... »

Les femmes battues

Question : Pour l'enfant et les femmes battues, le problème est le même.
Dolto [En] attendant que les mentalités changent, les maisons pour femmes battues sont utiles. Mais à mon avis, cela ne résout rien. (...) J'ai vu une de ces femmes, absolument perdue, incapable de trouver à s'occuper, même de ses enfants qui sont avec elle, complètement soumise à une assistante sociale du lieu [une maison pour femmes que Françoise Dolto a visitée]. On comprend qu'un homme marié à une telle femme qui attendait d'elle qu'elle fasse ce qu'elle avait à faire en vienne à lui taper dessus, en espérant la faire changer. Or, elle est incapable de changer, c'est une infirme. Et il y en a d'autres dans son cas.

Q.: [Vous] semblez justifier le fait que l'enfant et la femme soient battus par quelqu'un de plus fort.
R. : Je ne justifie rien ! Mais je dis que c'est le mari qui doit être aidé et non la femme battue. Il faut dire au mari « Vous ne pouvez pas vivre avec cette femme. » Elles sont incapables d'entreprendre quoi que ce soit. Elles « poissent » leur mari mais ne font rien pour eux.

Q. : Vous ne pensez pas qu'il y a des enfants battus qui souhaitent ne pas l'être, de même qu'il y a des femmes battues qui aimeraient d'autres relations ?
R. : La preuve que non c'est que lorsque l'on sépare un enfant de ses parents maltraitants, celui-ci se meurt de chagrin. De même, la femme battue, réfugiée dans ces maisons d'accueil, veut revoir son mari. Encore une fois, les coups ne veulent pas dire absence d'amour [...].
 

Q. : Alors concrètement, si un enfant nous dit « je suis battu », que faut-il faire ?
R. : Il faut lui dire : « Ne le cherches-tu pas ? Ne veux-tu pas faire des histoires avec tes parents ? » C'est l'enfant qui trouve la solution [...].

L'inceste, le viol

Dolto : Dans l'inceste père-fille, la fille adore son père et est très contente de pouvoir narguer sa mère !

Q.: Et la responsabilité du père ?
R. : C'est sa fille, elle est à lui. Il ne fait aucune différence entre sa femme et sa fille, ou même entre être l'enfant de sa femme ou bien le père de sa femme. La plupart des hommes sont de petits enfants. Il y a tellement d'hommes qui recherchent dans leur femme une «nounou ». Et des femmes qui les confortent dans cette idée-là ! Alors la responsabilité du père à ce niveau (...) 

Q. Donc, la petite tille est toujours consentante ?
R.: Tout à fait.

Q.: Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?
R. n'y a pas de mal du tout. Elles sont consentantes.

Q. : Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que dans son enfance, son père a coïté avec elle, et qu'elle l'a ressenti comme un viol, que lui répondez-vous ?
R.: Elle ne l'a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l'aimait et qu'il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l'amour avec lui.

Q. : Comment expliquez-vous alors le traumatisme de la fille si elle est consentante ?
R.: Je vous l'ai dit, ce traumatisme vient du fait que sa sexualité ne peut pas se développer normalement, puisque la sexualité se développe à partir de l'interdit de l'inceste. C'est l'interdit de l'inceste qui valorise la sexualité. Cet interdit intervient quand l'enfant désire l'inceste, c'est-à-dire à partir de 3 ans jusqu'à 13 ans environ. Quand tout se passe bien, la sexualité se déplace et ne se fixe plus sur le père ou sur la mère. Le fait qu'un enfant doit faire plaisir à ses parents est déjà une forme d'inceste. Or, toute notre éducation est basée justement sur cette notion de plaisir. « Fais-moi plaisir, mange ta soupe ». C'est pervers. C'est vicieux ! Bien des filles en arrivent à coucher avec leur père pour faire plaisir à leur mère. « Va dans le lit de ton père, il aime les caresses, et toi aussi, moi j'en ai assez ! » 

Q. : D'après vous, il n'y a pas de père vicieux et pervers ?
R. Il suffit que la fille refuse de coucher avec lui, en disant que cela ne se fait pas, pour qu'il la laisse tranquille. 

Q. : Nous insistons peut-être beaucoup, mais enfin nous savons qu'il y a des petites filles violées par leur père et qui ne sont pas du tout consentantes.
R. : Dans ce cas-là, elles tombent malades. La somatisation dérobe l'enfant au père. C'est une manière inconsciente de se soustraire à l'acte incestueux... 

Ce dialogue est d'autant plus incroyable que, deux ans auparavant, Dolto avait clairement condamné la pédophilie. Ainsi, dans une lettre ouverte, en 1977, elle écrit que » l'initiation sexuelle des adolescents et des enfants par un adulte ( ...), en admettant que ce partenaire ne soit pas incestueux, encore plus si cet adulte est confirmé en âge ou en prestance, est toujours un traumatisme psychologique profond ». C'est sûrement à cette « autre Dolto » que pensaient tant de maires et d'élus locaux qui ont donné son nom à des rues ou à plus de 150 établissements scolaires...

Enfants battus

DANS son interview à « Choisir », Françoise Dolto applique aux enfants la célèbre théorie infligée par certains aux femmes abusées : « Elles l'ont bien cherché... »
« Il conviendrait d'expliquer à l'enfant que, très souvent, e est lui qui s'arrange pour être battu. C'est sa manière de capter l'attention parentale. II faudrait donc lui apprendre à ne pas se laisser battre, mais aussi à ne pas se laisser tripoter par sa mère. Certaines sont écœurantes, dégoûtantes avec leurs enfants. Leur soi-disant amour est de l'inceste. Il y a des mères qui laissent leur enfant suçoter leurs nichons toute la journée ! Des enfants de vingt-deux mois ! »

Source : Le Canard enchaîné, janvier 2020

samedi 18 janvier 2020

France — l'enseignement du français a été amputé de près de 600 heures entre 1976 et 2015

L’essayiste et enseignant Jean-Paul Brighelli revient, à l’occasion de la sortie de La Désinstruction nationale de René Chiche, sur la faillite actuelle du système éducatif.

René Chiche est professeur de philosophie, vice-président du (petit, mais vif) syndicat enseignant Action et Démocratie CFE-CGC, et membre du Conseil Supérieur de l’Éducation. Et il est en colère.

Cet homme pondéré vient de sortir un (petit, mais important) livre dans lequel le syndicaliste et l’enseignant qu’il est en même temps met les pieds dans le plat et dit tout le mal qu’il pense de l’École qui lui a tout donné, et qui ne lui permet plus de rendre aux autres ce qu’il a reçu, tant le système est vérolé des pieds à la tête. Un pourrissement dont l’auteur donne les origines — l’arrivée aux commandes de ces « pédagogistes » qui ont entraîné l’Educ-Nat dans les abysses —, et dont il observe les progrès. C’est à un livre médical que nous avons affaire : ceux que les autopsies de cadavres pourrissants rebutent devront se pincer le nez. [...]

« Mise à mort » de l’École

Dans Éducation nationale, un grand corps malade, un documentaire que j’avais en grande partie scénarisé et qui est disponible sur le Net [voir la vidéo ci-dessous], j’avais eu l’occasion d’expliquer le détail de cette mise à mort, et de dénoncer les agitations stériles de nos pédagogues nouveaux qui bougent de façon à faire croire que le cadavre remue encore. Il faut le dire et le redire : les Trente Glorieuses ont été prolongées, sur le plan éducatif, par Trente Pouilleuses, dont l’élève actuel est le produit perfectionné. Non plus cancre comme autrefois — chez le cancre le plus obtus, il y a toujours l’espoir d’une étincelle, d’un sursaut, d’un éveil ; mais crétinisé par des gens dont c’était l’objectif, et qui l’ont réalisé avec une froide détermination, tout en tenant un discours lénifiant et envoûtant, auquel syndicats et parents d’élèves ont adhéré de toutes leurs forces. Demander sans cesse « des moyens », quand il s’agit, comme le relate René Chiche, de transmettre des connaissances en théorie acquises dans le cadre des concours de recrutement, c’est se cacher derrière son petit doigt, en renvoyant tout progrès réel aux calendes grecques.




L’élève de Terminale d’aujourd’hui, explique René Chiche, est un illuminé qui croit passer le « Bac à l’oréat » (sic !). Sans doute sous le ministère Chatel passait-il même le Bac à l’Oréal… C’est que le français fut la première victime des Diafoirus de la pédagogie : « Quand on considère la scolarité qui va du cours préparatoire à la fin du collège, cette discipline a été amputée de près de 600 heures entre 1976 et 2015. » En clair, un élève qui sort de Troisième actuellement a eu autant d’heures de Français dans sa courte carrière qu’un élève qui sortait de Cinquième il y a quarante ans : voir l’analyse complémentaire de mon autre honorable collègue, Loys Bonod, détaillant les statistiques compilées par l’association Sauver les Lettres.

Les grands praticiens de l’Éducation constatent tous les mêmes méfaits ; tous constatent que non seulement l’institution n’entend rien, mais qu’ils sont vilipendés.

Et c’est là que le désespoir saisit René Chiche. Le diagnostic a été posé depuis belle lurette, par moi (dans la Fabrique du crétin) et pas mal d’autres — lire l’Enseignement de l’ignorance, de Jean-Claude Michéa ; Nos enfants gâchés, de Natacha Polony ; ou Autopsie du mammouth — l’Éducation nationale respire-t-elle encore ? de Claire Mazeron. René Chiche s’inscrit dans une lignée de grands praticiens de l’Éducation, qui tous constatent les mêmes méfaits ; qui tous proposent des remèdes héroïques (on appelait ainsi autrefois les ultimes médecines administrées à des moribonds) ; et qui tous constatent que non seulement l’institution n’entend rien, mais qu’ils sont vilipendés par des gens qui se sont arrogé le pouvoir depuis trente ans, et qui ont infiltré tous les échelons de la hiérarchie. Il faut entendre, rue de Grenelle, la déploration de responsables ministériels parfois pleins de bonne volonté, mais impuissants, disent-ils, à dégommer des malfaisants — alors qu’il suffirait de les pendre par les pieds à la porte du ministère : puisqu’ils pensent à l’envers, ça ne peut leur faire que du bien.

La destruction de la langue ne touche pas seulement les déshérités : désormais toutes les classes sociales, « y compris les milieux les plus aisés », dit justement René Chiche, sont affectées par cette déperdition linguistique qui dégénère forcément en bouillie sémantique : ce qui ne s’énonce plus clairement ne se conçoit plus du tout. L’École forme depuis trois décennies un troupeau aveugle de consommateurs [...]. Version moderne du slogan antique, « du pain et des jeux », réactualisé en « un salaire universel, du foot et Cyril Hanouna ». Ce sont ces consommateurs désormais sans défense immunitaire contre la Bêtise galopante que fabrique l’École d’aujourd’hui.

À noter qu’à en croire l’auteur (et comment ne pas lui donner raison ?), c’est surtout parce qu’une langue porte des caractères nationaux que nos thuriféraires de la chose européenne veulent l’éradiquer — revenant, analyse finement Chiche, à l’inversion du mythe de Babel, un seul gloubi-boulga avec lequel on ne risque pas d’escalader les cieux. Qui ne voit pourtant que l’Europe, dont tous ces grands commis se gargarisent, ne peut émerger que par l’union des caractères nationaux fortement exprimés ? Et que l’Angleterre a saisi sa chance de survivre, en quittant le piège bruxellois tendu par Jean Monnet et ses successeurs ?

(Parenthèse : je salue la perspicacité de la plupart des journalistes français qui — à l’exception notable de ceux de Valeurs Actuelles, Causeur et Marianne, trois empêcheurs de penser en rond — prédisaient l’échec du Premier ministre anglais, assimilant un garçon passé par Eton et Oxford à un Trump d’outre-Manche… Bravo à eux !

[Bien évidemment les médias québécois ne valent guère mieux. Radio-Canada parlait récemment dans un article d’opinion de son cru « des frasques, les mensonges et les manières clownesques » d’un Boris Johnson. Le tout dans un article d’analyse (qui se voulait très sérieux) qui de se demandait 2020 : la démocratie en recul dans le monde ? et qui associait Boris Johnson à ce recul potentiel... On attend des articles du même acabit parlant « des frasques, les mensonges et les manières clownesques » de Justin Trudeau...]
)

« Le niveau de compétence disciplinaire a été déclaré secondaire »

Et les enseignants, tous complices ? Rappelez-vous La Fontaine : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. » René Chiche pose avec ironie la question : « Les éducateurs sont-ils vraiment au fait des choses de l’esprit ? » Et de fustiger « des professeurs qui paraissent avoir trouvé leur diplôme dans une pochette surprise » et qui « se retrouvent à enseigner ce qu’ils ignorent ou ne connaissent qu’approximativement ». Et il conclut : « L’explication est simple : le niveau de compétence disciplinaire a été déclaré secondaire, et même facultatif par les plus enragés militants de la désinstruction. »

Qui sont ces militants ? Je suis désolé de le dire, parce que j’y conserve quelques amis, mais ils viennent tous de gauche. Cette Gauche qui n’a rien trouvé de mieux, après les tueries de Charlie Hebdo et du Bataclan, que de demander à Philippe Meirieu — Chiche n’est pas avare d’imprécations à l’égard du pape du pédagogisme — de rédiger à la va-vite un texte sans colonne vertébrale (ne pas stigmatiser ! Ne pas dire « islam » !) à lire à des élèves impavides ou même hostiles. René Chiche dans son lycée a incité ses élèves, en 2018, à saluer le sacrifice d’Arnaud Beltrame, au grand dam de ses collègues — sans doute préféraient-ils l’attitude de SUD, ce syndicat absolument pas raciste (vous vous rappelez sans doute que SUD a organisé « des stages de formation syndicale interdits aux Blancs », tous colonisateurs, comme chacun sait) — qui ont « fait savoir tout le mal qu’il pensait d’un tel hommage, auquel il se vantait même d’appeler le reste de la profession à ne pas participer ».

Je ne veux pas déflorer complètement un livre terrible, un livre qui fera mal à ceux qui le liront sans œillères, un livre qu’il faudrait faire étudier dans les classes, si on n’avait d’abord, comme le suggère notre philosophe, à étudier Spinoza et la règle de trois : si à l’exposé de leurs malheurs programmés, les élèves s’insurgent et proposent de pendre les assassins de l’École, quelques espoirs sont permis ; mais si au récit de leur misère ils restent impavides, alors les pédagos auront réussi leur coup : le mal sera absolument sans remède.


La Désinstruction Nationale,
de René Chiche,
Coll. Temps présents,
paru 20 novembre 2019,
aux Éditions Ovadia,
252 pages
20 €.
ISBN-13 : 978-2363923684

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France — Saignées dans l’enseignement du français

Les Québécois consomment de plus en plus de pétrole

Alors que les élites médiatiques autoproclamées du Québec aiment à dire depuis plusieurs années d’être un chef de file en matière de lutte contre les changements climatiques et de transition énergétique, les Québécois consomment toujours plus de produits pétroliers et achètent de plus en plus de camions légers (VUS), selon ce qui se dégage de l’édition 2020 du rapport L’État de l’énergie au Québec.


Selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, qui produit chaque année ce rapport, « Les tendances énergétiques québécoises actuelles ne sont pas rassurantes ».

Cet engouement auprès du grand public pour ces véhicules gloutons en pétrole ne devrait-il pas relativiser l’idée qu’il n’existerait aucune « acceptation sociale » pour la construction d’oléoducs ou l’exploration gazière ou pétrolière au Québec ? (Gisement Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent : Québec doit tout recommencer).

Le Québec est un chef de file de la production « verte » d’électricité grâce aux barrages électriques. Ces barrages ne sont pas issus d’une volonté écologiste, mais nationaliste et économique : doter le Québec de son énergie autonome à bon marché. En 2019, la production d’électricité québécoise totalisait 214  TWh, dont 95 % provenaient de source hydroélectrique, 4,7 % de source éolienne et 1 % de la biomasse, de l’énergie solaire et du diesel. Pour l’économiste Youri Chassin, il n’existe aucune place (rentable) pour l’éolien au Québec.




*Dans la catégorie des camions, on compte les minifourgonnettes, les véhicules utilitaires sport, les camions légers et lourds, les fourgonnettes et les autobus.

L'excellence scolaire des jeunes élèves d’origine asiatique

Barthélémy Courmont et Laurent Alexandre dans un entretien mené par Atlantico dialoguent sur l’excellence scolaire des jeunes élèves d’origine asiatique.

— Selon une étude de la sociologue du Cnam Yaël Brinbaum parue en décembre 2019, les enfants d’origine asiatique, et plus particulièrement les filles, se démarquent en France par leur surréussite scolaire. Comment l’expliquer ?

Barthelemy Courmont — Les résultats de cette étude qui a analysé les trajectoires de 30 000 enfants scolarisés sur une décennie sont spectaculaires en ce qu’ils indiquent que les enfants d’origine asiatique réussissent mieux que tous les autres groupes ethniques en milieu scolaire. Les filles comme les garçons asiatiques atteignent ainsi des taux de réussite au bac très élevés (92 % et 88 %), qui dépassent même les Français d’origine (nous entendons ici ceux qui sont Français depuis au moins trois générations) et les autres enfants appartenant à la deuxième génération de l’immigration. Idem sur le taux de redoublement, très faible, et dans les orientations vers des bacs généraux à très forte majorité. Cette étude n’offre cependant pas de précision sur les origines de ces « Asiatiques », l’Asie étant une entité aussi vaste que diversifiée. Gageons que les cas les plus étudiés sont des enfants qui appartiennent à la deuxième génération d’une immigration en provenance de Chine et du Vietnam en majorité, de pays comme la Corée ou le Japon ensuite. Il s’agit de pays de culture confucéenne, où l’éducation est mise en avant. On constate par exemple dans ces sociétés que le « savant » celui qui détient des diplômes ou exerce des fonctions dans l’éducation, est un personnage important et respecté, par exemple le lao shi (老師, professeur) chinois. Dans ces sociétés, le rythme scolaire est très soutenu et les jeunes suivent de nombreux enseignements en plus des heures de classe, pour conforter leurs connaissances ou apprendre de nouvelles matières, de la musique, du dessin, des langues étrangères, etc. Bien sûr, ces habitudes changent au contact de la société française, mais les habitudes demeurent et restent très présentes en particulier dès lors que les parents de ces enfants scolarisés en France ont reçu une éducation confucéenne.

Laurent Alexandre — On a un début de réponse. On retrouve chez les Asiatiques de l’est de très bons scores aux tests de QI. Le quotient intellectuel (QI) moyen en Asie de l’Est est très élevé : à Singapour et à Hongkong par exemple il serait 10 points au-dessus de celui constaté en France ou aux É.-U. (108 contre 98).

L’admission dans les grandes universités américaines utilisant systématiquement le test de mesure cognitive SAT qui est très fortement corrélé au test de QI, il est logique que les Asiatiques prennent beaucoup de places dans les grandes universités. Dans le classement PISA des élèves par pays, la Chine est désormais numéro 1 mondial. Les autres pays d’Asie de l’Est sont également très bien placés. Par ailleurs, il existe une forte pression exercée par les parents. Et les professeurs sont respectés… Les parents asiatiques veulent que leurs enfants gagnent la guerre des intelligences.

— Quelle que soit l’origine, les filles dépassent les garçons, sauf chez les descendants asiatiques où les deux sexes frôlent l’excellence. Pourquoi ?

Barthelemy Courmont — Dans les sociétés confucéennes, la réussite du garçon est primordiale. Il y a encore quelques décennies, on sacrifiait l’éducation des filles dans de nombreuses sociétés asiatiques au profit des garçons, quand les ressources familiales étaient limitées, parce que c’est le garçon qui va fonder un foyer, perpétuer le nom, et donc la famille, tandis que la fille quitte la famille au moment du mariage. La réussite des filles est donc secondaire. Cette approche traditionnelle, aujourd’hui confrontée à l’interculturalité et au développement, autant qu’à un accès plus facile à l’éducation, n’en demeure pas moins une réalité culturelle. La pression sociale reste ainsi très forte sur les garçons qui doivent réussir et, pour y parvenir, atteindre des performances scolaires. Ils sont ainsi poussés par leur famille. C’est sans doute ce qui explique que les garçons asiatiques réussissent aussi bien que les filles, contrairement à d’autres groupes ethniques, en tout cas pour ce qui est des personnes originaires de cultures confucéennes (Asie du nord-est surtout). Là encore, il serait intéressant de voir si les enfants originaires d’Asie du sud-est (hors péninsule indochinoise) ou d’Asie du sud (Inde surtout) offrent les mêmes résultats.

Laurent Alexandre — On observe que les filles sont plus appliquées que les garçons. Mais cet écart est nettement moins prononcé chez les Asiatiques. Il n’y a pas d’explications claires à ce phénomène.

— Les enfants d’origine asiatique sont surreprésentés dans les filières scientifiques. Il y a-t-il un rapport au prestige plus important dans la culture asiatique que dans la culture occidentale ?

Barthelemy Courmont — C’est à la fois le point fort et la limite de la pensée confucéenne appliquée au monde de l’éducation, comme le montrent très nettement des pays comme la Corée du Sud, le Japon et, de plus en plus, la Chine. Le système éducatif y est très dur, et les performances spectaculaires (la Corée du Sud se hisse régulièrement en tête des pays offrant les meilleurs résultats scolaires), mais les méthodes d’apprentissage privilégient souvent le bachotage plus que la réflexion [note du carnet : nous ne pensons pas qu’il y ait une incompatibilité entre les deux, en Occident on assiste surtout à des jeunes peu cultivés qui ressassent des stéréotypes à la mode, confondus avec de la réflexion. Il faut une bonne dose de connaissance pour pouvoir réfléchir par soi-même...].

Cela s’avère utile pour les sciences de la nature, moins pour les sciences humaines, où la réussite d’étudiants asiatiques est nettement plus faible [note du carnet : peut-être sont-elle justement peu valorisée — la revanche chinoise ne viendra pas de là — et n’attirent donc pas les meilleurs éléments ? Ajoutons que les Asiatiques se méfient de la philosophie européenne et ne considèrent pas important de préserver la culture classique européenne, cela diminue l’attrait des études non scientifiques dispensées à l’université.]. Ce n’est donc, à mon sens, pas tant une question de prestige que de technique d’éducation. Il est par exemple troublant de voir de jeunes Chinois être capables de réciter par cœur des poèmes anciens, parfois très longs. Mais ils n’ont pas pour autant une bonne connaissance de la littérature ni un goût prononcé pour les lettres. Ce qui était autrefois gage de réussite et de connaissance l’est moins désormais, a fortiori dans les sociétés occidentales où on apprend aux jeunes à réfléchir plus qu’à retenir, dans les sciences humaines en particulier. Notons par ailleurs que dans certains pays asiatiques, la Corée du Sud en particulier encore, les jeunes sont tellement poussés lors de leur enseignement primaire et secondaire qu’ils perdent l’envie d’apprendre une fois à l’université. Les sciences humaines, basées, sur l’envie d’apprendre, ne leur conviennent que rarement. Bien sûr, ces remarques doivent être nuancées, d’autant qu’elles concernent le système éducatif dans les sociétés asiatiques, et non la communauté asiatique de France. Mais là encore, cela ne saurait être sous-estimé. Imaginez une famille dont les deux parents ont été formés à « l’école coréenne ou japonaise ». Même s’ils en gardent un souvenir amer, il y a de grandes chances qu’ils reproduiront à une certaine échelle ce modèle sur leurs enfants.

Laurent Alexandre — Les descendants d’immigrés asiatiques sont effectivement surreprésentés parmi les bacheliers scientifiques (36 % des filles, 42 % des garçons) contre seulement un quart des Français d’origine. Les pays d’Asie de l’Est comme la Chine, où règne un spectaculaire consensus sur les modifications génétiques, la manipulation cérébrale et le déploiement de l’IA sont ultra favorables à la science. L’impérialisme technologique chinois est saisissant. La Chine est devenue la première puissance transhumaniste, loin devant les États-Unis, et ne trouve aucun obstacle sur sa route. La science est reine en Asie de l’est. À l’inverse, les sciences sont désormais méprisées en France. L’écologie a diabolisé le nucléaire, l’ingénierie, l’aviation…

— Le phénomène semble mondialisé. Peut-on supposer un facteur génétique ?

Laurent Alexandre — Il y a trois hypothèses. Soit, les Asiatiques travaillent davantage. Soit, ils ont un meilleur patrimoine génétique. Soit, ils ont une culture qui pousse davantage à l’excellence. Aucune de ces explications n’est politiquement correcte. Cela revient à dire que les cultures ne sont égales face à l’école ou que certaines communautés sont moins courageuses ou bien encore ont de moins bonnes caractéristiques génétiques. Personnellement, je pense que, quelle que soit la cause de ces disparités, il est nécessaire de les combattre. Cae derrière ces inégalités cognitives, il y a de grandes inégalités sociales : les polytechniciens gagnent mieux leur vie que les Bac moins 3. Cette supériorité intellectuelle des Asiatiques pose des problèmes politiques aux É.-U..

Les Américains d’origine asiatique sont 14,7 millions soit 4,8 % de la population américaine. Dès 2014, la célèbre université de Harvard a été attaquée en justice par une organisation d’étudiants asiatiques, « Students for fair admissions », pour ses préférences accordées aux candidats noirs, hispaniques et blancs,  aux dépens d’étudiants asiatiques plus méritants : en raison de cette politique, les Asiatiques représentaient seulement 19 % des étudiants admis, alors qu’ils atteindraient 43 % sur les seuls critères intellectuels et scolaires. Soit quasiment dix fois leur poids démographique ! 64 organisations asiatiques américaines reprochent désormais à Harvard et à d’autres prestigieuses universités de la Ivy League de fixer des critères d’admission plus élevés pour leur communauté, via une discrimination inversée.

À New York, le très prestigieux lycée Stuyvesant, qui ne sélectionne que sur examen d’entrée et ne pratique aucune discrimination en faveur des autres groupes ethniques, est ainsi asiatique à 72 %. Le sociologue Thomas Espenshade, de Princeton, a montré en 2009 que pour être acceptés dans les meilleures universités, les Asiatiques devaient en moyenne obtenir (sur un total de 2 400 points) 140 points de plus que les étudiants blancs, 270 points de plus que les « Hispaniques » et 450 points de plus que les « Afro-Américains » aux tests intellectuels SAT. La politique de discrimination positive a été pensée pendant les années 1960 pour aider les minorités raciales défavorisées. Elle affronte aujourd’hui une grave crise : les associations asiatiques sont convaincues que la politique de discrimination positive construite par les blancs pour aider les Hispaniques et les noirs est devenue un instrument pour réduire la place des Asiatiques.

Aux États-Unis, les différences économiques entre communautés deviennent gigantesques. Les statistiques gouvernementales montrent que les familles Asiatiques gagnent 81 431 dollars par an contre 65 041 pour les « Blancs », 47 675 pour les « Hispaniques » et 39 490 dollars pour les « Noirs » (US Census Bureau, Current Population Survey). Les Asiatiques gagnent donc 2,06 fois plus que les noirs et nettement plus que les blancs.

Certains généticiens réputés jettent de l’huile sur le feu et implorent l’opinion de rouvrir un autre débat miné : le lien entre notre race, notre ADN et nos caractéristiques y compris intellectuelles. Dans le New York Times du 23 mars 2018, David Reich — généticien de réputation internationale à Harvard — a défendu l’idée que nier les différences interraciales sera contre­productif et renforcera le racisme : « En tant que généticien, je sais aussi qu’il n’est [...] plus possible d’ignorer les différences génétiques moyennes entre les “races”. Il sera impossible — en fait, antiscientifique, stupide et absurde — de nier ces différences. » Je ne suis pas d’accord avec David Reich. J’ai expliqué dans « Le Monde » que je n’étais pas favorable à l’ouverture de ce débat.

En revanche, je suis favorable à une lutte déterminée contre les inégalités entre communautés.

La France connaît sans aucun doute également de grandes disparités d’accès aux grandes écoles et de revenus, mais l’interdiction des statistiques ethniques ne permet pas de les mesurer et d’y remédier : les sociologues et politiciens peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ils ne seront jamais perturbés par les criantes inégalités intercommunautaires ! Personnellement, je suis favorable aux inégalités positives pour diminuer les écarts intercommunautaires et donc aux statistiques ethniques pour les monitorer. Nous refusons de regarder en face les différences socio-économiques intercommunautaires. En croyant être bienveillants, nous nous empêchons en réalité de combattre les inégalités entre communautés.

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L'imposition de l’écriture jawi (arabe) enflamme la Malaisie

Le ministre de l’Éducation de la Malaisie, Maszlee Malik, a démissionné le 2 janvier. Les ennuis ont commencé lorsque le gouvernement a annoncé qu’il obligerait tous les enfants de dix ans à apprendre l’écriture jawi. Il s’agit d’une écriture analogue à l’arabe. Les textes en malais, langue de la majorité de la population de Malaisie, utilisaient cette écriture avant que les réformateurs du XXe siècle n’imposent l’alphabet latin comme norme administrative et scolaire.

Le jawi n’est plus guère utilisé de nos jours, bien qu’on trouve des traces sur les timbres, les billets de banque et quelques autres endroits. Sa préservation est importante pour les Malais de souche qui craignent que leur héritage et leur culture ne soient menacés par le multiculturalisme de la Malaisie moderne, héritage du colonialisme britannique.

Les Malais ne sont pas les uniques citoyens de la fédération malaise. Environ 25 % de Malaisiens est d’origine chinoise et 10 % d’origine indienne, établis depuis plusieurs générations. Il y a, en outre, les « Orang Asli » (populations autochtones). L’origine ethnique des citoyens (malaise, chinoise, tamoule ou autre) est mentionnée sur la carte d’identité et le passeport. On trouve des minorités eurasiennes à Kuala Lumpur, Melaka et Penang.

Même texte en malais (« No1, réputé et digne de confiance ») écrit dans l’écriture traditionnelle jawi (en haut) et en lettres latines (en bas). Les deux lignes se prononcent de la même façon. Panneau affiché à Kutuan la capitale de l’État malais du Pahang.

L’an dernier, les autorités de Pahang, le plus grand État de la péninsule malaisienne, ont décrété que les panneaux de circulation et les enseignes commerciales devaient tous être écrits à la fois en écritures jawi et latine.

L’introduction des cours d’écriture jawi a alarmé les écoles dont la clientèle est principalement issue des minorités ethniques chinoises et indiennes de Malaisie. Minorités qui représentent ensemble environ un tiers de la population du pays. Ces écoles jouissent d’une certaine liberté pour établir leurs propres programmes. Leurs directions ont déclaré que l’imposition du jawi était incompatible avec cette liberté pédagogique. Certaines écoles craignent que, en cédant sur l’imposition du jawi, elles n’établissent un précédent et enhardissent les autorités malaisiennes qui voudraient imposer aux écoles minoritaires d’autres matières scolaires chères à la majorité ethnique malaise, notamment davantage de contenu islamique. Certains groupes marginaux en Malaisie s’opposent catégoriquement à l’enseignement en chinois et en tamoul. En octobre, plusieurs mouvements promalais, réunis lors d’une conférence baptisée « Congrès de la dignité malaise », ont fait valoir qu’il fallait mettre un terme aux écoles chinoises et tamoules.

Le gouvernement a quelque peu reculé. Il a réduit les heures consacrées au jawi dans son nouveau programme d’études et a déclaré que les écoles n’auront à l’enseigner que si la majorité des parents d’élèves sont d’accord.

Ces mesures n’ont pas réussi à apaiser les écoles des minorités ethniques et leur résistance continue a, à son tour, rendu furieux certains nationalistes promalais. Fin décembre, la police a interdit à Dong Jiao Zong, une association éducative qui défend les intérêts des étudiants chinois, d’organiser des réunions pour discuter de la controverse. Certains groupes promalais avaient prévu de manifester lors de ces réunions. Les autorités semblaient craindre que ces réunions n’occasionnent des violences.

La démission de M. Maszlee pourrait ramener le calme. M. Maszlee avait accumulé les maladresses, il n’avait pas notamment réussi à convaincre les sceptiques qu’il n’y avait pas d’ordre du jour caché derrière l’imposition du jawi, qu’il n’y avait « pas de crevette sous roche », pour utiliser une expression malaise.

Il est le premier membre du cabinet à démissionner depuis que le Pakatan Harapan (PH), la coalition multiethnique au pouvoir, a remporté les élections générales en 2018. L’accession au pouvoir du PH avait suscité l’espoir de rapports apaisés entre les communautés ethniques de la Malaisie qui trancheraient avec ceux entretenus lors des mandats de son prédécesseur, le Barisan Nasional (Front national). Le BN était au pouvoir depuis l’indépendance du pays, en 1957, jusqu’aux élections de mai 2018. Le BN est une alliance de mouvements conservateurs, d’adeptes du suprématisme malais et de libéraux économiques. Ces espoirs ont été déçus et le PH semble plutôt avoir ravivé la contestation identitaire.