lundi 10 décembre 2018

Québec — Roberge (CAQ) veut que l'Éducation à la sexualité soit imposée à tous malgré couacs et difficultés

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de la Coalition avenir Québec (CAQ) fait dans la continuité en reprenant in extenso le programme établi par son prédécesseur libéral (PLQ). Cela n’a rien d’étonnant quand on se rappelle, d’une part, que Roberge a défendu l’imposition du controversé programme d’Éthique et de culture religieuse lors d’un congrès à Victoriaville en 2012, débat qu’il perdit contre la base. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire] Il faut aussi se souvenir que François Legault n’a jamais marqué un vif intérêt pour le contenu des programmes ou la liberté pédagogique, ce qui l’intéresse ce sont les structures, le bilan financier. On se rappellera aussi qu’au niveau des contenus il était apparu très superficiel lors des mouvements de contestation du programme ECR qu’il croyait être un cours d’histoire des religions qui se donne à la fin du secondaire... Il n’y a apparemment, à ce stade, au sein de la CAQ aucune réflexion sur les contenus très progressistes des programmes scolaires gouvernementaux imposés ni de volonté d’accorder un supplément de liberté aux gens qui se sentent mal à l’aise face à ceux-ci.




C’est donc sans étonnement qu’on lit dans le Journal de Québec :

Tous les élèves devront recevoir de l’éducation sexuelle cette année malgré les obstacles sur le terrain, maintient le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

[Cette présentation est fausse ou trompeuse, les élèves recevaient déjà de l'éducation sexuelle, mais cette formation variait d'une école à l'autre. Comme le disait le site du Monopole de l’éducation du Québec en janvier 2017 : « Les enfants et les adolescents québécois reçoivent déjà de l’éducation à la sexualité à l’école. Ce qu’ils apprennent varie toutefois d’une école à l’autre. » Bref, on parle sans cesse d'autonomie, mais en réalité on impose de plus en plus la centralisation et le manque d'autonomie devant des clientèles ou des conditions d'enseignement variables.


]

« Je pense que les écoles vont être capables [...]. Je suis convaincu que 100 % vont y arriver », a dit le nouveau ministre en entrevue avec Le Journal.

Il entend d’ailleurs envoyer bientôt une lettre aux commissions scolaires pour leur rappeler cet échéancier.

Les nouveaux contenus seront donc obligatoires partout, mais les profs ne seront toujours pas forcés de les enseigner.

Dans cette directive, il invitera en effet les écoles à utiliser des ressources externes, comme les travailleurs sociaux et organismes communautaires.

« Il y a des CLSC à la grandeur du Québec. Et il reste encore sept mois avant la fin de l’année scolaire, rappelle-t-il. Et on parle de seulement 5 à 15 heures par année. »

Le précédent ministre avait aussi suggéré cette solution aux écoles qui ne trouveraient pas de volontaires. « Mais je pense que ce n’était pas aussi clair. »

« Il y a des gens qui ne sont pas à l’aise [d’aborder la sexualité] et je le comprends très bien », dit M. Roberge.

Enseignants mal à l’aise

C’est le cas de bon nombre d’enseignants hommes, remarque Mélanie Hubert, du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal (SEOM).

L’idée d’avoir à parler d’agressions sexuelles avec des élèves du primaire rend aussi inconfortables beaucoup de profs, hommes comme femmes.

Et au-delà de ces exemples, la majorité des profs trouvent que la formation, le temps alloué et le matériel ne sont pas assez complets pour offrir un enseignement de qualité à leurs élèves sur un sujet aussi sensible, selon Mme Hubert.

Par exemple, certains profs n’ont reçu qu’une formation sommaire qui leur présentait les canevas pendant quelques heures, abonde Nathalie Morel, de la Fédération autonome de l’enseignement. « Ce n’est pas de la formation, c’est de l’information. »

Le syndicat dénonce la « précipitation » du gouvernement, même s’il se dit pour le retour de l’éducation à la sexualité. « Mais pas de cette manière. On réclame que ça fasse partie d’un cours en bonne et due forme », dit Mme Morel.

Directeurs d’écoles qui s’arrachent les cheveux, boycottage de profs, parents agressifs

Rien ne va plus avec le retour de l’éducation à la sexualité, au point où des commissions scolaires ont décidé de l’implanter plus lentement que prévu, a appris Le Journal.

« C’est extrêmement difficile », dit Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire.

L’éducation sexuelle est censée être de retour dans toutes les écoles pour les élèves de tous les niveaux dès cette année.

« Mais au rythme où vont les choses, des écoles n’y arriveront pas », explique Mme Bourdages.

Dans plusieurs milieux, il n’y a pas assez de profs volontaires. Le précédent ministre de l’Éducation avait en effet promis qu’aucun prof ne serait forcé de donner le cours.

Résultat : « On manque de joueurs sur la patinoire » pour enseigner les nouveaux contenus, puisque « c’est la responsabilité de tout le monde et de personne », résume Mme Bourdages.

Pendant ce temps, les directeurs ne savent pas quoi répondre aux questions des parents. Avec une forte concentration multiethnique à Montréal, beaucoup sont réticents au point d’en devenir agressifs, explique-t-elle.

Pas tous les élèves

Le problème varie d’une école à l’autre. Dans certaines, les profs ont été formés et tout baigne.

Mais plusieurs commissions scolaires savent déjà que ce ne sont pas tous les élèves qui auront de l’éducation sexuelle cette année.

À la Commission scolaire de la Pointe-de-l’île à Montréal, seuls certains niveaux du primaire et du secondaire sont visés. « Nous avons pris la décision de prendre le temps de bien former nos enseignants », dit Valérie Biron, du service des communications.

Il s’agit pourtant d’une commission scolaire qui avait une longueur d’avance grâce aux projets pilotes instaurés dans certaines écoles.

À la Commission scolaire Chemin-du-Roy, en Mauricie, l’implantation sera étalée sur trois ans.

Quant à la Commission scolaire de Montréal, la plus grosse au Québec, la présidente Catherine Harel-Bourdon est suffisamment inquiète pour avoir écrit au ministre Roberge récemment. Elle se dit aux prises avec un « boycott ».

Des profs qui seraient volontaires subiraient des pressions de leur délégué syndical pour ne pas l’enseigner, abonde Hélène Bourdages.

« Des directions craignent de se retrouver avec un grief ou une plainte pour harcèlement psychologique. Ça joue dur », dit-elle.

On force la main

En fait, le syndicat n’a fait que rappeler à ses membres qu’ils n’étaient pas obligés de donner le cours, assure Nathalie Morel de le Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente plus de 38 000 enseignants.

« Il n’a jamais été question de boycottage. On veut juste qu’il n’y ait pas de tordage de bras. »

Car dans certaines écoles, des profs subissent des pressions, remarque Mélanie Hubert, du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal (SEOM).

Par exemple, des directeurs leur laisseraient entendre qu’ils seront forcés de l’enseigner, à moins « d’avoir une bonne raison », illustre-t-elle.

« Mais certains profs ont des raisons personnelles pour ne pas vouloir parler de sexualité et n’ont pas envie de les révéler à leur patron. On peut penser que c’est le cas de ceux qui ont eux-mêmes subi des violences sexuelles », suppose-t-elle.

Voir aussi
Québec — Clinique de changement de sexe débordée (épidémie psychologique sociale ?)

Préoccupations du ESCC (Conseil catholique d'expression anglaise) concernant le programme d’éducation sexuelle

Quebec : Nouveau curriculum pour l’éducation à la sexualité (Lettre ouverte au Ministre de l’Éducation)

Pédagogies alternatives : une galaxie aux finalités politiques variées

Sur les douze millions d’enfants et adolescents scolarisés en France, seules quelques dizaines de milliers de jeunes seraient inscrits dans des cursus revendiquant des pédagogies alternatives. Des sites de diffusion des militants comme le printemps de l’éducation avancent le chiffre de 60 000 enfants concernés. Un chiffre « officiel » de 24 851 enfants est donné par le rapport de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) pour les enfants non-scolarisés en famille ou à distance.

Si l’on s’arrête aux statistiques, le phénomène peut donc sembler marginal. Néanmoins leur progression est réelle et les discours des militants de ces pédagogies rencontrent un grand écho dans les médias et une partie de la société. Nous avons, dans une étude récente de la revue Tréma, esquissé une analyse de la définition et des contours de cette galaxie hétéroclite.

Quel point commun entre une école « traditionnaliste » religieuse et une école Montessori, entre une école Freinet et le homeschooling ? Analyser cette nébuleuse, c’est tenter d’établir les principes fédérateurs de ces mouvements sans sous-estimer les oppositions entre les acteurs des différents courants. C’est aussi souligner le rôle effectif des initiateurs, des soutiens et des ramifications idéologiques et financières.

L’éducation nouvelle en héritage

L’idée d’alternative n’est pas récente puisque les courants d’éducation nouvelle issus des pédagogues Célestin Freinet, Maria Montessori, Rudolf Steiner et Ovide Decroly sont présents en France depuis la première moitié du XXe siècle et se sont construits en réaction à l’école traditionnelle. Les pédagogies alternatives du XXIe siècle apparaissent différentes dans leurs finalités politiques, leurs modalités et leurs assises scientifiques.

Vu qu’elles se composent principalement d’établissements privés hors contrat, la question des liens avec l’institution scolaire est posée. En étudiant les discours des différents courants, on se rend bien compte que les « attaques » contre l’enseignement public ne sont pas toutes de même nature.

Les militants de l’instruction à domicile sont dans une opposition de principe à l’école mais d’autres mouvements, comme les écoles démocratiques, prônent des stratégies de contournement ou de concurrence au nom de la liberté pédagogique. S’agit-il d’une résistance conjoncturelle ? Cela participe-t-il à la libéralisation et la privatisation de l’éducation ? Ces questions restent encore en suspens.

Les neurosciences en arrière-plan

Dans son dernier ouvrage, Philippe Meirieu a précisé avec lucidité les enjeux des débats actuels entre les tenants d’une école « traditionnelle », les militants de l’éducation nouvelle et les militants des pédagogies alternatives actuelles qui souhaitent de façon radicale redéfinir l’ensemble des relations pédagogiques par une condamnation de la domination adulte. Philippe Meirieu les définit comme des « hyperpédagos », ce qui peut être discuté, car certains militants refusent l’idée même de pédagogie perçue comme outil de domination de l’enfant.

Derrière cette typologie se décèle un clivage politique. Les mouvements Freinet, mais aussi dans une moindre mesure Decroly, revendiquent une finalité émancipatrice et une transformation politique de l’éducation, alors que les mouvements alternatifs actuels se disent le plus souvent « apolitiques » en mettant en avant « l’évidence » du développement personnel légitimé par les neurosciences. Cependant, ce refus d’être « étiqueté » n’empêche pas un discours et des pratiques qui renvoient à des univers politiques et pédagogiques bien identifiés.

Les pédagogies alternatives du XXIe siècle, qu’elles soient hors ou dans l’école, se revendiquent implicitement ou explicitement des courants d’éducation nouvelle du début du XXe siècle. Elles en sont parfois des émanations directes, comme c’est le cas pour les écoles Montessori ou les classes Freinet. Néanmoins, les assises scientifiques des deux courants, ne sont pas les mêmes.

Les courants d’éducation nouvelle sont issus des réflexions et des pratiques de la psychologie de l’enfant et de la psychologie sociale. Les pédagogies alternatives du XXIe siècle, tout en reprenant une partie de ce corpus, légitiment leurs pratiques par les avancées des sciences cognitives et en particulier des neurosciences. On assiste d’ailleurs à une sorte d’alliance entre neuroscientifiques et militants des pédagogies alternatives face à l’enseignement public.

Sortir des mythes

Notre analyse de la galaxie des pédagogies alternatives met en avant trois archipels aux finalités politiques divergentes voir antagonistes.

  • Le premier archipel est celui des courants historiques de l’éducation nouvelle (Decroly, Montessori, Steiner ou Freinet), bien présents aujourd’hui dans le paysage éducatif français public et privé. Il ne s’agit aucunement d’un « front » commun. Les idéaux de mixité sociale et de transformation de l’éducation restent des points d’ancrage forts dans la mouvance Freinet et Decroly alors que les courants Steiner et Montessori mobilisent avant tout le développement de la personnalité.
  • Le second archipel propose un projet pédagogique centré sur la « tradition », sur la transmission des savoirs avant toute socialisation. Cet ensemble est principalement composé d’écoles catholiques traditionnalistes. Ces écoles sont idéologiquement en opposition avec la plupart des écoles alternatives prônant une transformation sociétale. Néanmoins, cette mouvance perçoit dans certaines écoles alternatives, une convergence dans ce contournement de l’enseignement public et dans cette libéralisation de l’éducation.
  • Enfin, le troisième archipel, qui aujourd’hui se développe, est une nébuleuse regroupant tout un ensemble d’expériences pédagogiques, d’associations et d’acteurs qui s’appuient sur les concepts d’éducation familiale, de développement personnel et de neurosciences. Son essor reste quantitativement négligeable mais médiatiquement et politiquement très offensif. L’un des aspects nouveaux est cette captation de l’idée d’innovation par des écoles ou expériences qui ne s’attachent pas à une forme éducative particulière. On y assiste à un tiraillement entre un repli individualiste et une volonté de transformer le système en place.

Hier comme aujourd’hui, l’école est bien évidemment un enjeu politique. La difficulté des réformateurs de l’intérieur du système éducatif public est bien de défendre l’idée d’une école du bien commun, tout en étant critique de ce système éducatif. Cela ne signifie pas que la situation est immuable mais il nous semble qu’il faut sortir des mythes.

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samedi 8 décembre 2018

Délit de tresses : la chasse aux radicalisés de droite dans les maternelles allemandes

Une brochure destinée aux éducatrices cause l’émoi en Allemagne. Le livret de près de 60 pages est conçu pour aider à identifier les parents nazis — sur la base de l’apparence de leurs jeunes enfants.

Les filles porteraient des tresses et des robes, les garçons seraient très sportifs. Ce document a été rédigé par la fondation Amadeu Antonio de Berlin. Sa préface a été écrite par la ministre de la Famille, la socialiste (SPD) Franziska Giffey. Le quotidien Berliner Kurier (tirage de 120 000) qualifie ce fascicule de « grotesque ». La Fondation Amadeu Antonio, créée en 1998, est une fondation allemande qui lutte contre « l’extrémisme de droite, le racisme et l’antisémitisme ».

Le livret s’intitule « Am, stram, gram, et c’est toi qui sors ! » Cela ressemble à une invitation à exclure les filles avec des tresses des garderies. Selon la fondation berlinoise, il s’agirait plutôt de reconnaître les influences xénophobes ou de la droite radicale avant qu’elles ne puissent pénétrer dans la tête des enfants.

Nadine Schön (CDU, centre-droite, parti de Merkel), vice-présidente du groupe parlementaire de l’Union au Bundestag : « Si les éducateurs devaient se muer en surveillants et en correcteurs des convictions parentales, cela dépasserait les bornes ». Ce livret contient des « études de cas et des suggestions absurdes ».

Cette critique renvoie à des recommandations telles que l’organisation de rencontres à l’école entre parents et enseignants quand les enfants sont vêtus d’une certaine façon ou quand les garçons sont « fortement mis au défi physiquement » à la maison. La politicienne de la CDU, Schön, estime que cet « espionnage parental » n’a pas sa place en démocratie. En RDA, les enfants de la maternelle étaient interrogés sur les opinions de leurs parents. Schön n’a qu’une suggestion quant à l’utilisation pratique de ce livret : « Le mettre immédiatement au pilon ! »

La couverture de l'opuscule

Cette demande de mise au pilon est partagée par d’autres politiciens de la CDU. Elle constitue une attaque contre le partenaire de la grande coalition au pouvoir en Allemagne, le SPD socialiste. La ministre socialiste de la Famille, Giffey, a non seulement écrit un avant-propos élogieux à cette brochure destinée aux garderies et diffusée dans tout le pays, mais elle a également subventionné sa parution avec l’impôt des contribuables. On parle de plusieurs milliers d’euros.

Giffey se défend en soulignant qu’il s’agissait uniquement d’aider les éducatrices qui ont à la tâche délicate de reconnaître les cas où des enfants sont mis en danger par des parents radicalisés. Le politicien fédéral de l’AfD (droite nationaliste), Stephan Brandner, se demande toutefois comment la brochure peut se conformer à l’exigence de neutralité de la part du gouvernement fédéral. La brochure est « aberrante et complètement partiale ».

Selon le Berliner Kurier, la Fondation Berlin Amadeu Antonio a pu remarquer que leur brochure n’avait pas que des admirateurs. Le téléphone n’a pas dérougi depuis plusieurs jours, car les gens se plaignent. La Fondation souligne que toutes les études de cas proviennent de la pratique : la fille aux tresses avait des parents radicalisés à droite.


Source : Berliner Kurier

vendredi 7 décembre 2018

Québec — Plus de 30 % des naissances issues d'au moins un parent né à l’étranger

La proportion de naissances comptant au moins un parent né à l’extérieur du Canada était de 31,9 % en 2017, comparativement à 21,3 % en 2000 et à 12,6 % en 1980. La hausse s’explique surtout par des naissances issues de deux parents nés à l’étranger, dont la part est passée de 7 % à 13 % à 21 % au cours de la même période. La proportion de nouveau-nés dont l’un des parents est né à l’étranger et l’autre au Canada a aussi augmenté, passant de 5 % en 1980 à près de 11 % en 2017. Selon les données provisoires, chez les mères comme chez les pères, les principaux pays de naissance des parents nés à l’étranger sont l’Algérie, le Maroc, Haïti et la France.



L’indice synthétique de fécondité fléchit à 1,54 enfant par femme

L’indice synthétique de fécondité au Québec poursuit son recul et s’établit à 1,54 enfant par femme au Québec en 2017. Il était passé sous la barre de 1,6 enfant par femme en 2016, niveau au-dessus duquel il s’était maintenu pendant dix ans, de 2006 à 2015.

Selon les données provisoires, 83 900 enfants sont nés au Québec en 2017. Cela représente 2 400 naissances de moins qu’en 2016 (86 324), soit une baisse de près de 3 %. Le nombre de naissances a diminué chaque année depuis le sommet récent enregistré en 2012 (88 933) alors que la population a augmenté chaque année à cause de l’immigration.

Une extrapolation faite à partir des données des dix premiers mois de l’année, extraites du Registre des événements démographiques du Québec, laisse présager que le nombre de naissances pourrait être d’environ 84 000 en 2018. Ce qui serait un nombre de naissances stables, mais avec une population toujours en augmentation par le fait de l’immigration, le taux de fécondité et de natalité pourrait donc encore un peu baisser en 2018, sans doute très légèrement s’il le fait. En 1960, le nombre de naissances au Québec était quasiment le double de celles en 2017 alors que la population n’était que 5,2 millions. En 2017, la population du Québec s’élevait à 8,3 millions. Le taux de natalité était en 1960 de 27,5 ‰ (27,5 naissances pour 1000 habitants) alors qu’en 2017 ce taux de natalité s’était effondré à 10,1 ‰.


Accroissement de la population très largement dû à l’immigration et aux résidents non permanents

Le gain de 85 700 habitants enregistré au Québec en 2017 résulte d’un accroissement naturel de 17 600 personnes (la différence entre les naissances et les décès) et d’une migration nette de 37 000 personnes à laquelle s’ajoute un solde positif de 31 100 résidents non permanents. L’accroissement naturel, obtenu en soustrayant les décès des naissances, était de 17 600 au Québec en 2017, en forte baisse par rapport à 2016 (22 700). Cette baisse est liée à la fois à une diminution du nombre de naissances (qui sont passées de 86 300 en 2016 à 83 900 en 2017) et à une hausse du nombre de décès (qui sont passés de 63 600 en 2016 à 66 300 en 2017).

Des immigrants admis au Québec en 2017, 43,4 % sont nés en Asie, 27,5 % en Afrique, 15,8 % en Europe et 13,1 % en Amérique. La Chine (9,8 %) arrive en tête, devant la France (8,6 %), la Syrie (7,0 %), l’Inde (6,3 %) et l’Algérie (4,7 %). Les Philippines se hissent au sixième rang (4,4 %), pendant que le Maroc (3,8 %) et Haïti (3,7 %), habitués des cinq premiers rangs, glissent en septième et en huitième position.

Selon les estimations de Statistique Canada, le Québec aurait compté près de 151 500 résidents non permanents au 1er janvier 2018, en hausse de plus de 31 000 personnes par rapport à la même date en 2017. Ce solde est le plus élevé à avoir été enregistré depuis le début de la série historique (1972). Les résidents non permanents (RNP) sont des étrangers admis de façon temporaire au Canada, par exemple les travailleurs temporaires, les étudiants étrangers ou encore les demandeurs d’asile. Les demandeurs d’asile comptent pour 46 % de la hausse et les étudiants étrangers, pour 5 %. Ce sont les demandeurs d’asile qui ont connu la plus forte croissance relative. Cette tendance s’est poursuivie au cours du premier semestre de 2018. La part des demandeurs d’asile est maintenant (au 1er juillet 2018) de 22 %, contre 51 % pour les travailleurs temporaires et 27 % pour les étudiants étrangers.



Les 20 prénoms les plus populaires tous « bilingues » ou anglais

Parmi les dix prénoms les plus populaires pour les filles et les dix prénoms les plus populaires pour garçons, on ne trouve que des prénoms « bilingues » qui ne détonneraient pas en Ontario. Certains prénoms sont d’ailleurs très anglais (William, Logan, Noah) alors qu’aucun prénom n’est un prénom typique français (Guillaume, Pierre, Luc, Jean, Jacques, Thierry, etc.).

Source : Retraite Québec — Banque de prénoms

Part des immigrants dans la population au Québec, un record depuis 1911

La figure ci-dessous présente l’évolution de 1911 à 2016 de la part des immigrants au sein de la population, au Québec et dans le reste du Canada. Alors que cette part oscillait entre 6 % et 8 % de 1911 à 1986, on observe depuis une augmentation régulière. La part des immigrants atteint 13,7 % en 2016, et 14,8 % en incluant les résidents non permanents. Dans le reste du Canada, ces parts atteignent respectivement 24,3 % et 25,9 % en 2016.


La figure ci-dessous permet de constater que parmi les 1,2 million de personnes immigrantes ou de résidents non permanents du Québec, ceux issus de l’Europe sont devenus très minoritaires, même si l’Europe est le continent qui affiche la plus forte part (29 %), suivie par l’Asie (y compris le Moyen-Orient) à 27 %, les Amériques (22 %) et l’Afrique (y compris l’Afrique du Nord) à 22 %.



La France est le pays d’où provient le plus grand nombre d’entre eux, soit près de 104 000 personnes (graphique ci-dessous). Vient ensuite Haïti avec plus de 83 000 personnes, suivi par le Maroc, l’Algérie et la Chine. Notons qu’il y a une part assez forte (22 %) de résidents non permanents parmi les personnes dont le lieu de naissance est la France, comparativement à une part de 6 % parmi les personnes nées ailleurs qu’en France. Cela s’explique par l’important contingent de Français parmi les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires. Si l’on considère uniquement les immigrants admis, la France et Haïti arrivent ex æquo au 1er rang des pays de naissance, avec environ 81 000 personnes chacun.


30 % des jeunes de 0 à 14 ans sont issus de l’immigration

  • 1re génération : personnes nées à l’extérieur du Canada. Il s’agit, pour la plupart, d’immigrants, mais aussi de résidents non permanents.
  • 2e génération : personnes nées au Canada, dont au moins l’un des parents est né à l’extérieur du Canada. Il s’agit, pour la plupart, d’enfants d’immigrants.
  • 3e génération ou plus : personnes nées au Canada dont les deux parents sont nés au Canada.

mercredi 5 décembre 2018

Règles de Wall Street pour l'ère #BalanceTonPorc: éviter les femmes à tout prix ?

Bloomberg se penche sur certains effets inattendus du mouvement #BalanceTonPorc/#MoiAussi.

Finis les dîners avec des collègues féminines. Conseils : ne pas s’asseoir à côté d’elles sur les vols, réserver des chambres d’hôtel à différents étages, éviter les rencontres individuelles.

En fait, comme un gestionnaire de patrimoine le décrit : le simple fait d’embaucher une femme est « un risque indéterminé ». Et si elle prenait mal quelque chose qu’un de ses collègues dira ?

Dans le secteur financier de Wall Street, les hommes adoptent des stratégies controversées adaptées à l’ère de # BalanceTonPorc et, ce faisant, rendent la vie plus dure pour les femmes dans ce domaine.

En finance, l’impact pourrait aboutir à une ségrégation sexuelle croissante.

Des entretiens avec plus de 30 cadres supérieurs ont révélé que beaucoup étaient effrayés par #BalanceTonPorc et avaient du mal à gérer cette situation. « On a l’impression de marcher sur des œufs », a déclaré David Bahnsen, ancien directeur général de Morgan Stanley qui gère plus de 1,5 milliard de dollars.

Au Québec, l’impact de ce mouvement se fait aussi sentir.

C’est ainsi que, comme nous l’apprend le Journal de Québec, moins d’entreprises organiseront des réceptions de Noël cette année, constate l’Ordre des conseillers en ressources humaines, s’inquiétant de cette tendance qui pourrait s’expliquer en partie par le mouvement de dénonciation #MoiAussi.

Il s’agit d’un constat tiré d’un sondage mené pour l’Ordre auprès de 619 travailleurs québécois du 14 au 19 novembre par la firme CROP et dont Le Journal a obtenu copie.

Seulement 61 % des travailleurs québécois auront une célébration pour le temps des Fêtes, selon les données du sondage.

Aussi, un employé sur cinq qui n’aura pas de fête de Noël cette année en avait eu un l’an passé, révèle une question posée aux répondants qui serait toutefois à prendre avec un bémol compte tenu du faible échantillon.

Selon Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), il s’agit d’une tendance à la baisse depuis le mouvement de dénonciation d’agression ou de harcèlement #MoiAussi qui a fait son apparition sur les réseaux sociaux à la fin 2017.

« Nos membres l’entendent dans les organisations. Déjà l’année dernière il y avait des hésitations, mais les préparatifs étaient déjà bien avancés alors plusieurs ont dû maintenir les festivités quand même », explique-t-elle.



lundi 3 décembre 2018

Italie : appui des ministres de l'Éducation et de l'Intérieur aux crèches de Noël et aux crucifix dans les écoles

Le ministère italien de l’Éducation italien a autorisé l’installation de crucifix et la réintégration de crèches de Noël dans les écoles du pays.

« Le crucifix est pour moi le symbole de notre histoire, de notre culture et de nos traditions », a déclaré le ministre de l’Éducation, Marco Bussetti, devant la Fédération des écoles catholiques. « Je ne vois pas comment cela peut être offensant, cela peut au contraire aider les écoliers à réfléchir à notre histoire. » Il a ajouté « Le crucifix et la crèche sont des symboles de nos valeurs, de notre culture et de nos traditions, expression de notre identité. Je ne vois pas comment cela peut poser problème à l’école. Ceux qui pensent que pour pratiquer l’inclusion il faut les cacher font fausse route ».

Après qu’une école de Terni, au nord-est de Rome, a annulé la crèche vivante traditionnelle sous le prétexte de respecter les enfants d’autres cultures, le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini a qualifié la mesure d’« IDIOTIE ».

« Il ne s’agit pas seulement de religion », a déclaré Salvini sur Facebook, « mais de l’histoire, des racines, de la culture. Vive nos traditions. Je ne lâche pas ! » a-t-il ajouté.


Samedi dernier, Salvini s’est exclamé au sujet d’un autre incident du même type quand une école avait interdit le mot offensant de « Jésus » qu’il ne voyait pas comment le mot « Jésus » dans un Noël pouvait offenser quiconque pour conclure par « exceptionnelle écolière [qui s’est rebellée], lamentables institutrices. »


Dans ce dernier incident, les institutrices d’une école primaire du Nord de l’Italie avaient demandé aux élèves d’omettre le nom de Jésus dans le cantique de Noël afin de ne pas offenser la sensibilité de leurs camarades non catholiques. Mais une écolière se rebella, recueillit les signatures de ses camarades et obtint à la fin que la chanson soit chantée dans sa version originale lors du Récital de Noël. Le fait s’est produit dans une école élémentaire de la Riviera del Brenta, à la frontière entre les provinces de Venise et de Padoue. La fille a 10 ans et est en 5e année.

Sources : Corriere de la Sera, Il Gazzettino (de Padoue), Facebook de Salvini


Pacte de Marrakech : subventionner les médias selon leur attitude vis-à-vis de l’immigration ?

Le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » doit être signé à l’occasion de la conférence de Marrakech, les 10 et 11 décembre, sous l’égide de l’ONU. Mais la liste des désistements s’allonge de jour en jour. Contrairement à de nombreux pays européens, au Canada cette future signature ne fait pas débat dans les grands médias.

Selon l’AFP, le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, doit signer le Pacte mondial pour les migrations en décembre lors d’un sommet à Marrakech au Maroc. Le premier ministre Justin Trudeau a réitéré, à la Chambre des communes, le 21 novembre dernier, que le [gouvernement du] Canada ne se retirera pas du pacte, se disant convaincu « qu’il faut accroître l’immigration et accepter plus de "réfugiés" de partout au monde »...

L’AFP qui se veut rassurante caractérise ainsi le Pacte migratoire : il s’agit d’« un accord non contraignant qui vise à réguler les flux migratoires entre les nations de l’ONU et ne peut légalement rien imposer à ses signataires ».

Comme pour désamorcer toute contestation l’AFP et les grands médias insistent sur le « non contraignant ». Mais pourquoi signer un pacte si ce n’est pour l’utiliser afin d’interpréter des décisions ultérieures du gouvernement en s’y référant ? On peut également imaginer qu’à l’occasion de certains contentieux, devant des juridictions internationales ou nationales, des avocats utilisent ce pacte comme instrument de référence pour essayer d’orienter l’interprétation à donner à des décisions.

Le point 17 du Pacte à l’égard du débat public est inquiétant et il pourrait bien servir de justification à une immixtion grandissante de l’État dans ce débat public.

Le pacte de Marrakech prône ainsi « l’élimination de toutes les formes de discrimination, dont le racisme, la xénophobie et l’intolérance, à l’endroit des migrants et de leur famille », et s’attache à « promouvoir une information indépendante, objective et de qualité, y compris sur Internet, notamment en sensibilisant les professionnels des médias aux questions de migrations ». Indépendante grâce à une sensibilisation gouvernementale ?

Ce point encourage également la lutte contre les discriminations à l’égard des migrants « en cessant d’allouer des fonds publics ou d’apporter un soutien matériel aux médias qui propagent systématiquement l’intolérance, la xénophobie et le racisme », tout en garantissant — un peu hypocritement — « le plein respect de la liberté de la presse ». Or, au Canada, le Premier Ministre Trudeau a déjà montré qu’il fait peu de différence entre la critique de l’immigration — irrégulière de surcroît ! — et la xénophobie... Se rappeler Justin Trudeau sermonnant une Beauceronne lui demandant quand le fédéral paierait les frais toujours non remboursés au début novembre 2018 liés à l’immigration « irrégulière » invitée par Trudeau (« vos immigrants ») : « Cette intolérance par rapport aux immigrants n’a pas sa place au Canada. Cette intolérance par rapport à la diversité vous n’avez pas votre place ici ! [...] Votre intolérance n’a pas sa place ici. »





Le gouvernement pourrait donc se voir justifier de couper les subventions aux médias critiques en matière d’immigration et n’aider que ceux qui y sont activement favorables. Rappelons que les médias sont extrêmement dépendants du bon vouloir gouvernemental en la matière : Radio-Canada ne vit quasiment que de subventions de l’État alors que la presse privée traditionnelle, fortement concurrencée notamment par Radio-Canada, périclite et se voyait récemment offrir un ballon d’oxygène de 595 millions par l’État. Le Parti conservateur du Canada voit d’un mauvais œil l’aide annoncée aux médias, craignant que les libéraux tentent de mettre les journalistes à leur solde en pleine année électorale.


Invitation de Justin Trudeau aux candidats immigrants de la Terre entière

Ailleurs dans le monde, la grogne monte autour de la signature de ce Pacte. Le gouvernement belge pourrait au mieux ne pas signer le pacte (le parlement le ferait sans doute) ou pire tomber si le Premier ministre Michel se rend à Marrakech contre l’avis de la puissante N-VA flamande. Les États-Unis, l’Italie, la Hongrie, puis l’Australie, la République tchèque, Israël, la Pologne, l’Autriche, la Bulgarie, la Slovaquie ont fait savoir qu’ils ne signeraient pas le Pacte de Marrakech.
Campagne choc de la N-VA (droite) flamande : « le Pacte des migrations de l’ONU = le séjour illégal n’est plus punissable »


Le Parlement allemand a voté une motion selon laquelle le Pacte ne peut pas empiéter sur le droit allemand. Mais cela ne fait pas pourtant cesser les critiques à l’encontre de la signature de ce Pacte. La décision du Bundestag pourrait, de l’avis de Frank Schorkopf (48 ans), spécialiste de droit international de Göttingen être réduite à néant par le principe de la « responsabilité commune » fixé dans le pacte. C’est ce qu’il a déclaré à l’hebdomadaire Der Spiegel. Sur la radio Deutschlandfunk, Reinhard Merkel, spécialiste du droit public à Hambourg, reproche au gouvernement fédéral « une tromperie suggestive ». Le pacte « déclenchera un certain appel d’air » et « renforcera nettement la migration venant des États pauvres vers les États riches », « venant surtout d’Afrique. […] Nous allons subir de nouvelles vagues migratoires. » L’espoir que le pacte fasse baisser la pression migratoire est naïf, a déclaré Reinhard Merkel. « L’accord aura très certainement des conséquences en droit international. On convient d’objectifs. La façon dont ces objectifs sont mis en œuvre reste l’affaire des États. Mais il est convenu qu’ils doivent être mis en œuvre, et ce de façon vraiment obligatoire sur le plan juridique. » Matthias Herdegen, spécialiste de droit international à Bonn, qui avait également au début posé sa candidature à la présidence de la CDU, déclare dans le journal Die Welt : « Ce n’est pas un pacte sur les migrations, c’est un pacte mondial pour les migrations. » D’après Herdegen, « nous nous dirigeons vers un droit à l’immigration ». « Le Haut-Commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme parle d’ailleurs déjà d’un tel droit. » Enfin, comme le rapporte le Bild, Jan Henrik Klement, 43 ans, spécialiste de droit public à l’université de Mannheim, attire l’attention sur les conséquences à long terme du Pacte de l’ONU sur les migrations. Il nous déclare : « Le fait que le pacte ne soit pas juridiquement contraignant ne signifie pas qu’il restera sans effet. Si l’Allemagne veut respecter ses engagements politiques, les contenus du pacte devront se traduire dans l’action du gouvernement et de l’administration. Cela peut par exemple prendre la forme de dispositions administratives. Il y a de nombreux exemples de transposition dans le droit dur de ce que l’on appelle le “droit souple” [ou “droit mou”]. Il existe des mécanismes politiques pour la mise en œuvre du Pacte. On le voit nettement en particulier dans la mise en place prévue dans le projet d’un “Forum de contrôle des migrations internationales” de l’assemblée générale de l’ONU. »

Pour Alexandre del Valle dans Valeurs actuelles, le Pacte vise en fait à favoriser une immigration extraeuropéenne massive, tant légale qu’illégale (les deux étant confondues de façon perverse), que les pays d’accueils européens sont sommés d’accepter et d’organiser sous peine d’être qualifiés de « racistes » et « xénophobes ». Les Républicains (centre-droit) de France s’opposent à la signature du pacte migratoire de l’ONU et dénoncent un texte « néfaste » qui instaure un « droit à l’immigration ». Le député de centre-droit des Alpes-Maritimes Eric Ciotti estime ainsi que « le pacte sur les migrations de l’ONU représente la pire réponse aux crises migratoires » et que c’est un texte « néfaste » qui « instaurera un appel d’air mondial et une forme de droit international à la migration ». « Au nom de l’intérêt de l’État et de sa souveraineté, j’appelle Emmanuel Macron à refuser de signer ce pacte », conclut Eric Ciotti.

Alexandre del Valle poursuit :
Outre la mise en place de « campagnes d’information », de sites internet et de procédures d’information avant le départ et dès l’arrivée du « migrant », les États d’accueil doivent fournir à ce dernier des renseignements détaillés sur les formalités à remplir, les conditions de vie et les outils juridiques en vigueur et bien sûr garantir l’accès aux soins de santé, la justice et au marché du travail, mesures déjà en vigueur en France d’ailleurs, où la seule aide aux migrants irréguliers « mineurs non accompagnés » (souvent faux mineurs d’ailleurs), coûte déjà deux milliards par an. D’évidence, le Pacte est bel et bien un projet de facilitation massive de la « migration », ou plutôt de « l’immigration », régulière comme irrégulière. Les « campagnes plurilingues » qui « doivent » donner l’état des conditions de vie dans chaque pays d’accueil potentiel sont par ailleurs la porte ouverte au magasinage migratoire. De même, les procédures de « réunification familiale » — un « droit » du migrant et qui faciliterait son inclusion dans sa société d’accueil ! — doivent selon les rédacteurs du Pacte être simplifiées et accélérées.

À nouveau, le Pacte ne parle du « migrant » que comme entité générique dépourvue de culture, d’identité voire d’origines, comme bénéficiaire de principe de « droits » qu’il revient au pays hôte de « protéger ». Entre un Nigérian, qui peut avoir en moyenne 6 enfants et dont la culture familiale induit des liens très forts sur plusieurs générations, et le Suisse (moins de deux enfants par femme), le Pacte ne fait pas de différence. Quoique très précis sur les mesures concrètes à prendre vis-à-vis du migrant, le document est d’une abstraction confondante sur le comment du financement, l’impact sur les pays concernés, ou tout simplement les circonstances de telles mesures.

Lorsqu’il s’agit de faire « participer » le secteur privé et les employeurs à l’inclusion des migrants — notamment en permettant la formation « sur le terrain », des cours de langue ciblant l’occupation professionnelle, la reconnaissance de compétences obtenues autrement que par le diplôme — les Nations Unies semblent avoir balayé d’un revers de main la situation économique et la réalité du marché du travail de la vaste majorité de ses membres. La France compte en effet 5 649 600 demandeurs d’emploi, l’Espagne plus de dix millions. Les prérequis incombant aux jeunes européens sont de plus en plus exigeants, notamment en termes de compétences en langues étrangères (rappelons qu’à Bruxelles il est fréquent que le candidat doive connaître trois langues), pourtant, le Pacte demande que la « maîtrise de la langue » soit revue à la baisse afin de magiquement « faciliter l’emploi des migrants »...

Appel à la censure et « rééducation » de l’Occidental rempli de préjugés anti-immigration


Le Global Compact est un « tout pour l’autre » vertigineux, où les mesures éminemment concrètes à l’égard des migrants forment un contraste saisissant avec la simple « considération » accordée aux inquiétudes « légitimes » des États et communautés d’accueil. Le citoyen sera donc heureux de savoir que les Nations Unies ont constaté son « désarroi », mais le Pacte lui rappelle benoîtement que la migration est avant tout un « avantage » et, au pire, un « défi ». C’est d’ailleurs en ces termes que le Pacte déclare que l’accès à une information « objective, factuelle et claire sur les avantages et les défis de la migration » doit être fourni à tous, afin de « dissiper les discours qui génèrent une perception négative des migrants ». L’objectif n° 16 du Pacte global est de « donner les moyens aux migrants et sociétés de réaliser une inclusion et cohésion sociale complètes », et c’est à ce titre qu’il s’agit de promouvoir le reportage éthique sur le sujet des migrants. Passant sans vergogne du devoir d’objectivité à la nécessité de dissiper le négatif, le Pacte enjoint les signataires à mettre en lumière les « contributions positives » des migrants.

L’active participation des médias est requise dans cette vaste entreprise de positivisme forcené, notamment en formant et sensibilisant les professionnels des médias aux problématiques et à la terminologie liées à la migration. Ceux qui feraient montre d’intolérance, de xénophobie, de racisme et toute autre forme de discrimination à l’égard des migrants verraient leurs subsides se tarir. La même vigilance serait de mise en période électorale, ce qui laisse à penser que le Pacte Global vise à interdire l’immigration comme sujet politique ! Autorités publiques et médias seraient ainsi soumis à des mécanismes spécifiquement mis en place pour protéger le migrant — ce qui laisse à penser que pour les Nations Unies, les nationaux d’un pays sont nécessairement hostiles aux nouveaux venus, et que la culture nationale ne vaut pas la peine, elle, d’être protégée, promue, ou « mise en lumière ». Avec des activités culturelles (sport, musique, les arts, festivals culinaires, volontariat et autres événements sociaux), le Pacte entend faciliter (décidément le mot-clé de cet accord) la compréhension et l’appréciation mutuelles des cultures migrantes et celles des communautés de destination.

Tout comme en France la protection des minorités évacue l’antisémitisme musulman (ciblant pourtant une « minorité »), l’élan humaniste et gestionnaire du Pacte Global se préoccupe du migrant dont les droits doivent être protégés des assauts que lui porterait nécessairement la communauté d’accueil. La culture du migrant doit d’ailleurs être « incluse », « acceptée », « appréciée », « mise en lumière », par les autochtones, dont la culture d’accueil est censée tout absorber, en s’adaptant au besoin jusqu’à la distorsion à « l’Autre » appelé à être considéré comme le « Même ». C’est jusque dans les soins de santé que le Pacte entend faire subir cette adaptation culturelle et économique : il s’agit en effet « d’incorporer les besoins de santé des migrants aux politiques de soins de santé nationale et locales » et ce, notamment, en réduisant les barrières de communication... y compris culturelles, en sensibilisant les fournisseurs de soins de santé aux cultures diverses. La disruption générée dans les hôpitaux occidentaux, où médecins masculins ne peuvent ausculter nombre de patientes musulmanes sans un tiers mâle présent par exemple, ne serait dans cette optique à sens unique que le fruit d’un manque d’acceptation par la culture arrivante de la culture d’accueil, et ce problème est évacué au profit d’un discours d’intégration où c’est la communauté d’accueil qui doit absolument « intégrer ».

Le texte du Pacte



Version française PDF hébergée par la Commission fédérale des migrations CFM suisse.



dimanche 2 décembre 2018

La nouvelle révolution génétique et ses répercussions

« Nous pensions que notre destin était inscrit dans les étoiles », déclara en 1989 James Watson, l’un des savants à l’origine de la découverte de l’ADN, « nous savons maintenant que, dans une large mesure, notre destin est dans nos gènes. »

Après l’achèvement du projet sur le génome humain, initialement dirigé par Watson, les espoirs de comprendre rapidement la complexité de l’humain grâce au décodage de l’ADN se sont estompés. Les caractéristiques physiques ou mentales des individus et leur vulnérabilité aux maladies s’avèrent, en effet, extrêmement complexes. Petit à petit, les prétentions mégalomaniaques et fanfaronnes avaient disparu du domaine de la génétique. Elles semblent revenir en force et promises à un rôle grandissant.

Dans « Blueprint », Robert Plomin, psychologue et généticien, explique ce nouvel enthousiasme par des avancées récentes. Il est bien placé pour le faire : il étudie depuis plus de 30 ans l’interaction entre les gènes et de l’environnement et leurs effets sur la personnalité. Mais l’enthousiasme de M. Plomin pour son sujet signifie aussi que les conséquences qu’il perçoit ne sont pas explorées de manière impartiale. « Blueprint » est fascinant. Pour ceux plus pessimistes que M. Plomin, cet avenir est alarmant.

Pendant la plus grande partie du XXe siècle, la psychologie était dominée par l’idée que la nature humaine était une page blanche sur laquelle l’éducation et l’environnement s’imprimaient. Le livre « Blueprint » commence par décrire comment M. Plomin et d’autres chercheurs ont démontré que, au contraire, les différences de comportement sont fortement influencées par la génétique.

Des études sur les enfants adoptés indiquent que, par leur disposition, ils ressemblent davantage à leurs parents génétiques qu’à leurs parents adoptifs. Même lorsqu’ils sont élevés séparément, les jumeaux identiques se ressemblent davantage que les « faux » jumeaux dizygotes (qui sont aussi différents sur le plan génétique que n’importe quel frère ou sœur).

De telles recherches montrent qu’en moyenne, l’ADN représente environ la moitié des différences psychologiques entre les individus, le reste étant dû à des facteurs environnementaux. La proportion précise varie avec la caractéristique en question. Plus récemment, des scientifiques ont passé au peigne fin le génome humain pour identifier des milliers de variations génétiques associés à des traits particuliers, allant de la taille au poids, en passant par le niveau d’instruction et le névrosisme. Les tests dont le coût est inférieur à 80 dollars canadiens peuvent, selon Plomin, mesurer la propension génétique à différents traits : être en surpoids ou aller à l’université.

M. Plomin a une mauvaise nouvelle pour ceux qui pensent que ceci laisse aux parents bienveillants ou aux enseignants une marge de manœuvre assez grande pour exercer une forte influence : ces facteurs environnementaux sont eux-mêmes fortement influencés par la génétique. C’est ainsi que ses travaux montrent que les gènes représentent environ un tiers des différences entre le nombre d’heures passées devant la télévision par les enfants. Pire encore, ce qui reste d’influence du milieu sur ces habitudes semblent être principalement attribuable à des événements imprévisibles plutôt qu’à, par exemple, être élevé dans une maison pleine de livres.

Selon M. Plomin, ces résultats signifient que « les parents ne jouent pas un rôle important dans les résultats de leurs enfants au-delà des gènes qu’ils leur lèguent ». L’ADN serait un « diseur de bonne aventure » qui « fait de nous ce que nous sommes ». Les effets environnementaux sont « importants », mais « nous ne pouvons rien y faire grand-chose ».

M. Plomin insiste sur le fait que, munis de leurs résultats de tests polygéniques, les gens peuvent prendre des mesures pour contrer ou améliorer leurs inclinations innées ; mais ils ont peu de chances d’y parvenir si leur psychologie est également déterminée en grande partie par leurs gènes comme Plomin le suggère lui-même. Il existe un scénario moins optimiste que celui de Plomin et sans doute tout aussi plausible : les carences identifiées par ces tests génétiques serviront à stigmatiser les « démunis » génétiques ou à justifier leur exclusion. C’est la pente glissante de l’eugénisme au sujet duquel M. Plomin parle fort peu.

Au lieu de cela, Plomin préconise l’utilisation de tels bilans génétiques quand vient le temps de choisir entre plusieurs candidats pour un poste. Pourtant, une personne avec de résultats génétiques élevés pour les traits associés aux compétences de codage n’est pas nécessairement un bon programmeur — elle a simplement une plus grande probabilité de l’être. Un candidat qui a démontré son aptitude à un poste (grâce à l’étude et à un effort sur lui par exemple) se sentirait à juste titre mécontent de se voir préférer un incompétent au moment des tests, mais qui serait génétiquement doué. De même, bien que les médecins puissent trouver utile de savoir qu’un patient est génétiquement prédisposé à être obèse, le meilleur moyen de déterminer son poids est de lui demander de monter sur la balance.

Les ramifications de ces connaissances génétiques pourraient devenir explosives. En effet, comme le note M. Plomin, la taille de la composante génétique d’un trait particulier — son « héritabilité » — varie selon les populations. L’héritabilité du niveau d’instruction en Norvège s’est accrue depuis la Seconde Guerre mondiale, le pays ayant élargi l’accès aux soins de santé et aux écoles, atténuant ainsi les effets sur l’environnement. En d’autres termes, les étudiants à l’université sont plus sûrement issus de parents universitaires qu’il y a 60 ans. La mobilité sociale ou du moins « académique » semble donc avoir diminué.

Cette tendance semble s’être inversée en Amérique au XXIe siècle. Paradoxalement, l’héritabilité de nombreux traits augmente si les États mettent en œuvre des politiques visant à offrir à tous leurs citoyens des chances égales et des droits égaux.

On pourrait conclure que les politiques visant à réduire l’inégalité des chances permettent à nos gènes de briller à leur plein potentiel. Cette inégalité des résultats renforcée par une égalité des chances n’est pas sans rappeler le paradoxe de l’égalité des chances dans la distribution des emplois en fonction du sexe : plus le pays est féminisme et permet aux femmes de vraiment choisir leur profession, plus ces femmes se concentrent par choix dans certains emplois.

Blueprint: How DNA Makes Us Who We Are.
par Robert Plomin,
paru le 13 novembre 2018
aux presses du MIT
280 pages ;
37 $ canadiens
ISBN-13 : 978-0262039161

samedi 1 décembre 2018

Médias: la nouvelle Inquisition ?

Docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises, Ingrid Riocreux étudie dans son nouvel ouvrage le désamour généralisé envers les médias.

Enclins à orienter l’information au gré des vents qui leur conviennent, les médias colportent et imposent une vision du monde qui leur est propre, souligne Ingrid Riocreux.

À l’heure des infox et des médias alternatifs, des polémiques à deux sous et des « buzz » pilotés, « médiatiquement nous sommes entrés dans l’ère du soupçon », indique Ingrid Riocreux. Après un premier ouvrage consacré au langage propre aux médias, l’agrégée de lettres modernes et docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises analyse dans son nouvel opus comment les médias et journalistes qui colportent la suspicion sont devenus indignes de confiance.

Mêlant témoignages et décryptages, l’ouvrage dévoile une parole dominante qui cherche à s’imposer dans le discours médiatique au détriment de la recherche de la vérité et du pluralisme.


— Pourquoi, après un premier livre qui étudiait le langage des médias, consacrer à nouveau un ouvrage à ceux que vous appelez, citant Maupassant, les « marchands de nouvelles » ?

— Le point de départ de la Langue des médias était la démonstration de l’existence d’un sociolecte journalistique : une manière de parler propre aux journalistes. Je m’attachais à la diction, au repérage de formules récurrentes, pas toujours marquées idéologiquement, que ce soient les anglicismes ou les métaphores clichés.

Je voulais surtout insister sur le glissement qui conduit de l’absence de réflexion sur le langage à l’imprégnation idéologique. Dans ce second volume, c’est cette imprégnation idéologique qui est au cœur de mon analyse, de deux manières, puisque je montre que le discours médiatique est porté par une vision du monde qui préexiste à l’observation du réel et la modèle, et parallèlement, que cette manière de dire le monde oriente totalement notre compréhension des choses, en profondeur.

Méthodologiquement, Les Marchands de nouvelles diffère beaucoup de La Langue des médias sur trois points : j’y ai mis beaucoup de moi, alors même que je m’étais effacée le plus possible de mon premier livre.

J’ai voulu montrer l’impact de l’idéologie portée par les médias sur la vie, sur le quotidien, au travers d’anecdotes personnelles. J’ai suivi en cela l’exemple de Klemperer, précisément parce que, entre-temps, j’ai lu LTI [la langue du IIIe Reich de Victor Klemperer] et d’autres ouvrages que je cite abondamment. C’est la deuxième différence avec mon autre livre : le second est beaucoup plus nourri que le premier parce que, grâce aux conseils de lecteurs qui m’ont écrit, j’ai découvert Sternberger, Klemperer, Armand Robin, etc. Et le travail fascinant de Michel Legris (Le Monde tel qu’il est, Pion, 1976). Enfin, je reviens, dans ce nouveau livre, sur la réception du précédent : comment la Langue des médias a été accueilli et ce que cela dit de notre temps. J’ai traqué le off des journalistes, leurs confidences hors plateau, notamment sur la dégradation de leurs conditions de travail, directement en lien avec la pression idéologique qu’ils subissent et dont beaucoup se plaignent.

— Quelle est l’idéologie sous-jacente de ce discours médiatique ?

— Sans hésiter : le progressisme. C’est à la fois une croyance et un parti pris. C’est ce qui en fait pleinement une idéologie, c’est-à-dire tout à la fois une « vision du monde » et une « visée du monde » se matérialisant dans une logocratie, un langage tout-puissant. Plus exactement, on peut le définir comme un parti pris reposant sur une croyance. Le journaliste est persuadé qu’il existe un sens de l’histoire et veut travailler à son avènement, tout comme les chrétiens, qui croient à la Providence, veulent collaborer au plan de Dieu. Mais les journalistes ne reconnaîtront jamais cette posture du croyant militant qui est pourtant la leur.

— En renfort de cette imprégnation idéologique du discours, vous parlez de « pulsions totalitaires » : les journalistes sont-ils de petits dictateurs en puissance ?

— Ils ne se considèrent pas comme tels, bien sûr : ils parlent de leur « sens de la responsabilité ». Celui-ci justifie tout : troncation de propos, falsification, dissimulation, insinuation, etc. Surtout, il sous-tend une éthique du journalisme totalement pervertie, qui consiste, pour les journalistes, à anticiper en permanence la réception de leur propre discours. Cette approche de l’information est extrêmement restrictive et pesante. Un journaliste qui avait démissionné, excédé, de la rédaction d’un quotidien gratuit m’a dit les choses ainsi : « la seule ligne éditoriale, c’était de savoir si telle info allait faire le jeu du Front national ; je suis parti : je ne voulais pas travailler pour la Pravda. » Et, vous voyez : quoi de plus innocent, en apparence, qu’un gratuit distribué dans le métro ? C’est cela le problème. Comme c’est gratuit, nous sommes dans une attitude de reconnaissance et de fragilité, absolument pas dans une posture critique et méfiante. Or, il faut se méfier des médias : c’est sain. La confiance aveugle est un signe de vulnérabilité intellectuelle.

Dany Turcotte « comique » de la version québécoise de Tout le monde en parle sur la télé gouvernementale. Un lieutenant du journalisme, chargé d’orienter la réception du discours dans les émissions.

— Vous observez que « le comique devient le lieutenant du journaliste » : qu’est-ce que cela révèle ?

— Un terrible mélange des genres. Prenez France Inter : au milieu d’un discours journalistique dépourvu de tout engagement — croient-ils ! —, la nécessité s’impose tout de même de rappeler les évidences morales dont il ne faut pas se départir. Mais ne pouvant le faire de manière hautaine et magistrale, ce qui serait insupportable, on le fait avec humour.

Le comique devient donc le lieutenant du journaliste, au sens premier du terme (le lieutenant est celui qui se substitue au chef en son absence, le gradé que l’on investit de l’autorité du chef auprès des troupes), quand il s’agit de rappeler les grandes causes à la mode, les catégories de personnes dont il ne fait pas bon se moquer, celles pour qui il est inconvenant d’éprouver de la sympathie, les gentils et les méchants de la politique nationale et internationale, le sens naturel de l’histoire. Le comique de France Inter a pour mission de compléter, sinon de compenser, le discours journalistique ; donc, là encore, d ’en orienter la réception.

— Ce discours journalistique est empreint d’uniformisme...

— Je cite à ce sujet Jacques Dewitte, lequel parle d’une « forclusion de l’altérité » menaçant la démocratie sous prétexte de la défendre ; c’est fort bien vu. Il dit aussi, en faisant référence à Orwell, que les dispositions totalitaires censées aboutir à une forme d’harmonie entre les individus par leur adhésion contrainte à des valeurs imposées opèrent une bestialisation de la parole.

Pour ma part, je déplore une « zombisation » des masses. L’individu n’a plus à cœur de s’affirmer dans sa singularité, il jouit de se fondre dans la masse le plus possible, au point de renoncer à penser par lui-même et de se sentir d’autant plus vivant qu’il laisse parler à travers lui un langage prédigéré et insipide. Regardez tous ces gens qui prononcent « homophobe » ou « vivre ensemble » : on sent jusque dans le ton de leur voix le plaisir qu’ils ont à se fondre dans un prépensé idéologique comme on se love dans un canapé.

— La précarité du statut jouerait un rôle dans l’uniformité idéologique qui sévit dans la profession journalistique : de quelle manière ?

— Ce constat me vient d’une remarque que l’on m’a faite plusieurs fois : « Vous êtes bien gentille avec vos petites études de mots, mais tout ce qu’on veut, nous, c’est le renouvellement du CDD [contrat à durée déterminée] et si pour cela, il faut faire un peu de politiquement correct, eh bien, on le fait. » La déviance idéologique est alors d’autant plus dangereuse pour les journalistes que leur statut est précaire.

On leur demande de produire à la chaîne des articles sur des sujets parfois totalement stupides, du type : « Dérapage de Machin : la twittosphère s’enflamme après la réaction très polémique de Bidule ».


On est dans le commentaire du commentaire d’un propos initial généralement sans grand intérêt ou, du moins, bien moins révulsant qu’on voudrait nous le faire croire. Les journalistes guettent les dérapages des hommes politiques, des personnalités de l’industrie du spectacle, mais aussi des autres journalistes. Ce contrôle permanent des uns par les autres est très pénible. Rendez-vous compte que des journalistes m’envoient des infos en me disant : « Faites-en quelque chose, moi je ne peux pas » ! Si ce n’est pas une situation de totalitarisme, qu’est-ce que c’est ?

— En matière de contrôle, nous sommes entrés dans l’ère des fake news (infox) : que cela vous inspire-t-il ?

— D’abord, la notion de « fake news » est inutile : erreur, mensonge, diffamation. Nous avons des mots variés, précis... et français ! pour désigner les informations fausses. Mais surtout, elle nous enferme dans une dialectique du vrai et du faux qui est trompeuse. On peut dire quelque chose de parfaitement vrai, mais d’une manière telle que l’on oriente insidieusement la compréhension du monde chez celui qui reçoit l’information.

C’est cela que font en permanence les médias d’autorité et qui, par conséquent, doit nous préoccuper...

— Croire que les gens qui se désintéressent des médias, ne lisent pas la presse, n’écoutent pas la télévision ou la radio ne sont pas manipulés par les médias est, selon vous, une erreur. Pourquoi ?

— La force d’une idéologie est qu’elle s’insinue dans le langage quotidien. J’ai pu dire que les journalistes étaient des perroquets. Mais nous aussi, qui écoutons les médias, nous sommes des perroquets, qui nous chargeons d’imprégner les autres. Les médias nous disent à quoi penser et quoi en penser ; ils nous donnent aussi les mots pour décrire le réel. Ce lexique façonne la langue commune bien au-delà de ceux qui suivent l’actualité à travers les médias.

— Vous dénoncez des mots qui se sont imposés par le biais des médias. Lequel vous semble le plus parlant ?

— « Dérapage », évidemment ! Il exprime à lui seul la position inquisitoriale des journalistes, avec cette espèce de bienveillance qui vous laisse la possibilité de « rétropédaler », de redire votre pleine adhésion au dogme et de faire dûment pénitence. Ce mot ne veut rien dire, puisqu’il désigne n’importe quoi : un propos de Zemmour, un geste grivois de Laurent Baffie, un coup de pied en plein visage lancé par Patrice Evra... Tout cela, ce sont des dérapages !

Résultat : le mot « dérapage » désigne aussi bien d’authentiques délits que des propos condamnables au point de vue de la morale médiatique uniquement.

Le dérapage est un verdict propre aux médias qui veut dire « pas bien » et vous enveloppe, quelle que soit votre faute ou présumée faute, d’un halo de puanteur.

— Comment se prémunir du biais journalistique sans tomber dans le complotisme ?

— Devant les films d’horreur, il y a deux types de spectateurs : celui qui croit que tout est vrai et qui se cache les yeux ; et celui qui trouve cela effrayant, mais écarquille les yeux pour mieux voir les trucages. Il faut être le second. Comme disait Karl Kraus : « Ne pas lire un autre journal, mais lire le même journal, autrement. »

Propos recueillis par Anne-Laure Debaecker de Valeurs actuelles

Les Marchands de nouvelles,
d’Ingrid Riocreux,
paru le 24 octobre 2018
chez L’Artilleur,
à Paris
 528 pages,
22 euros.
ISBN-13 : 978-2810008469

Québec — et si on parlait du contenu de l'éducation ?

Billet de Mathieu Bock-Côté sur le plan de M. Legault en éducation (principalement ouvrir 220 nouvelles classes en maternelle et dépenser plus d’argent).

Plusieurs commentateurs ont noté l’importance accordée par François Legault à l’éducation dans son discours inaugural. Il parle même de redressement national.

École

Mais pour être à la hauteur de la mission qu’il se donne, le Premier ministre devra se référer à une définition exigeante de l’éducation. Il ne devra pas seulement parler d’argent, même s’il s’agit d’une question essentielle, mais préciser sa vision de l’éducation et sa philosophie. Il s’agira, en d’autres mots, de répondre à une question essentielle : qu’est-ce qu’une bonne éducation ?

Cette question en ouvre une autre : que souhaitons-nous transmettre avec l’école québécoise ?

On parle ici de la mission de l’école. Quoi qu’en pensent certains esprits à courte vue, elle ne doit pas se penser seulement, ni même d’abord, en fonction des besoins du marché du travail, mais transmettre une culture s’alimentant à notre riche patrimoine de civilisation. Pour l’instant, elle ne le fait pas.

Il y a 99 chances sur 100 qu’une jeune personne sortant du secondaire connaisse peu et mal l’histoire du Québec et celle de la civilisation occidentale. Il en ira de même pour la littérature française. Et plus tristement encore, il est bien possible que cette jeune personne maîtrise très approximativement la langue française.

Dans un même esprit, l’école devra prendre ses distances avec les théoriciens fous du ministère et des facultés de sciences de l’éducation qui ont contribué progressivement à sa décomposition.

Culture

Il faudrait rompre avec une pédagogie qui sacrifie les connaissances et sacralise la technologie.

Il faudrait restaurer la discipline en classe et cesser d’imposer aux enseignants des élèves avec des problèmes d’apprentissage ou de comportement qui rendent la vie en classe impossible.

Il faudrait aussi délivrer les enseignants de la paperasse pédagogico-bureaucratique comme les plans d’intervention et autres machins qui alourdissent leur vie.

En fait, il faudra beaucoup de choses ! Plus le gouvernement en sera conscient, mieux il gouvernera.