vendredi 17 juillet 2020

France — À l’université, des résultats étonnamment bons : bienveillance et triche à distance

À la bienveillance des professeurs s’est ajouté la triche, visiblement massive avec les examens à distance.

Le 6 mai dernier, à Rouen, une étudiante en biologie prépare ses examens du second semestre qui ont eu lieu en ligne le jour du déconfinement.

Une réussite en nette augmentation, dans tous les domaines. Après les résultats exceptionnels du bac 2020 - 95,7 % d’admis après les rattrapages —, les universités vont à leur tour connaître une explosion de leur taux de réussite. C’est en tout cas ce qui ressort des premiers chiffres révélés par les différents établissements d’enseignement supérieur. « Cette année, dans notre université, le taux de réussite va augmenter d’une dizaine de points », atteste Pierre Denise, le président de l’université de Caen Normandie. Même constat à l’université Paul-Valéry de Montpellier, qui anticipe également une augmentation de près de 10 points de la réussite sur l’ensemble de l’établissement. « Nous avons même quelques filières où la hausse est supérieure à 15 points. C’est par exemple le cas en première année de licence d’information-communication, où le taux de validation passe d’un peu plus de 70 % à 90 % », renseigne Patrick Gilli, le président de l’établissement. Les chiffres sont également éloquents à l’université d’Angers, où les étudiants de première année de droit sont 56 % à avoir validé leur année, contre moins de 40 % les années précédentes.

Les raisons de cette hausse sont multiples. Il y a tout d’abord la bienveillance dont tous les enseignants ont fait preuve dans leur notation. « Avec le confinement, les cours en ligne, les examens à distance, nous avons demandé à nos collègues d’être compréhensifs à l’égard des étudiants », explique le président de l’université Paul-Valéry. Les partiels du second semestre n’ont d’ailleurs porté que sur une petite partie du programme. « Nous avons allégé les examens et interrogé les étudiants uniquement sur les cours qu’ils avaient suivis en présentiel », témoigne Mohammed Benlahsen, président de l’université de Picardie Jules-Verne. « Certains syndicats étudiants souhaitaient que l’on attribue la moyenne à tout le monde, nous avons refusé. Mais nous devions tout de même tenir compte de la situation exceptionnelle, nous avons donc élaboré des sujets moins difficiles et été plus souples dans la correction », confirme Pierre Denise (université de Caen).

« Du jamais vu »

Autre facteur qui a pesé dans cette réussite accrue : le « présentéisme » des étudiants lors des examens. Là où, tous les ans, les universités constatent de nombreuses absences lors des partiels de fin de semestre, elles ont cette année remarqué une participation en nette augmentation. À l’université de Caen par exemple, 95 % des étudiants ont composé lors des partiels à distance du second semestre. « Du jamais vu », selon le chef d’établissement. « Nous avons eu un taux de défection beaucoup plus faible que les années précédentes. Il semble que les partiels à la maison aient connu un meilleur succès que les examens en présentiel », abonde Christian Roblédo, le président de l’université d’Angers.

Des partiels en ligne qui ont permis aux étudiants de tricher plus facilement. Pendant la période des examens, nombre d’entre eux ne s’en sont d’ailleurs pas cachés et l’ont clamé sur les réseaux sociaux. « Dans ma fac, la plupart des étudiants ont triché. C’est le cas de tous mes camarades de promotion, mais aussi, de tous mes amis d’autres filières », avoue une étudiante. Si les universités jurent avoir tout fait pour limiter et détecter les fraudes, elles reconnaissent que les tricheries ont pu jouer un rôle dans la réussite exceptionnelle des étudiants cette année. « Il est fort possible que les cas de fraude aient augmenté, mais nous ne pouvons pas chiffrer cela », concède Patrick Gilli (université Paul-Valéry). « Au-delà des cas de triches, certains étudiants ont composé dans un environnement extrêmement favorable et ont pu être aidés par leur entourage », complète Denis Varaschin, le président de l’université Savoie Mont-Blanc. Une fois de plus, cette réussite inédite pose une question essentielle : celle de la valeur des diplômes obtenus par les étudiants dans ces conditions.

Source : Le Figaro

Histoire — Jules Brunet, le vrai-faux dernier samouraï

Ce Français a écrit une des pages décisives de l’histoire du Japon.

Son destin incroyable a inspiré Hollywood et offert à Tom Cruise un de ses plus beaux rôles : Jules Brunet (ci-contre à Ezo en 1869), lieutenant de l’armée de Napoléon III, a combattu aux côtés des derniers shoguns Tokugawa de l’ère Edo, au Japon, en 1868. Mais qui était-il vraiment ?

En arrivant au port de Marseille, le 19 novembre 1866, Jules Brunet est loin de se douter qu’il gagnera dans l’Histoire l’étrange surnom de « dernier samouraï ». Alors qu’il s’apprête à embarquer sur le Péluse, un paquebot impérial affrété dans le cadre de la mission française au Japon, le jeune lieutenant de 28 ans revient tout juste de l’expédition du Mexique, sous les ordres du général Bazaine. Il a participé à la prise de la capitale du pays, en 1863, et à l’installation sur le trône d’empereur du Mexique de Maximilien de Habsbourg. Ses hauts faits militaires lors de la bataille de Puebla lui ont valu d’être décoré de la Légion d’honneur par Napoléon III en personne. À son retour, il a été choisi pour participer à une autre aventure : défendre les intérêts de la France dans un Japon qui s’ouvre lentement au monde extérieur.

Fils d’un vétérinaire militaire, saint-cyrien et polytechnicien, féru de peinture et lui-même artiste, il va se retrouver plongé — comme témoin et acteur — dans une des périodes les plus tumultueuses, les plus cruciales de l’histoire du Japon : le Bakumatsu. C’est-à-dire le moment où le pays bascule — non sans douleur — du régime féodal et isolationniste de l’époque Edo à l’ère impériale Meiji, qui prône une ouverture de l’île au monde. Après des escales à Alexandrie, Ceylan, Singapour et Saïgon, le lieutenant Brunet touche le sol japonais cinquante-deux jours après son départ de Marseille, le 13 janvier 1867.

Il y arrive en qualité d’oyatoi gaikokujin — littéralement « étranger employé » —, au service du shogunat Tokugawa. Un régime qui, après deux siècles et demi de règne sur un pays en paix, brille de ses derniers feux, est ébranlé par plusieurs fiefs souhaitant une restauration de l’autorité impériale. C’était pourtant justement un empereur qui, au XVIe siècle, avait délégué la plupart de ses pouvoirs politiques effectifs à Ieyasu Tokugawa, grand stratège militaire grâce à qui le Japon avait été unifié en mettant fin à plus d’un siècle de guerres intestines entre les daimyos — les seigneurs des différentes provinces. Une parenthèse de paix qui s’était ouverte à l’issue de la bataille de Sekigahara, en 1600, point d’orgue de la période de règne des samouraïs, entamée au XIe siècle. Près de 150 000 hommes s’étaient affrontés pendant plus de six heures dans une vallée plongée dans le brouillard. Durant cette gigantesque tempête de bois et d’acier, de grands guerriers servant leurs maîtres avaient combattu avec lances, arcs, arquebuses et sabres, en suivant non pas le budo moderne, creux et vide, mais le bujutsu : l’art de la guerre et de tout ce qui s’utilise pour combattre sur un champ de bataille. Miyamoto Musashi, le samouraï le plus célèbre et bretteur émérite, auteur du Livre des cinq anneaux, dont la vie de solitude et de combat inspirera La Pierre et le Sabre, d’Eiji Yoshikawa, était lui-même présent à Sekigahara — dans le camp des perdants. Deux cent soixante-huit ans plus tard, c’est une autre bataille qui referme l’ère des samouraïs : Toba-Fushimi. Nous sommes alors en 1868, quinze ans après l’arrivée du commandant américain Perry et de ses quatre canonnières à Uraga — l’un des événements déclencheurs du Bakumatsu. Toba-Fushimi est l’inverse, en tout point, de Sekigahara : ici luttent dans les deux camps des samouraïs boursouflés aux katanas émoussés par plus de deux siècles de paix, qui côtoient des hommes formés et équipés par les pays occidentaux présents au Japon : Américains, Anglais, Hollandais et… Français, donc.

Parmi eux, Jules Brunet. En sa qualité d’oyatoi gaikokujin, l’officier impérial encadre les forces du shogun Tokugawa. En particulier un de ses corps d’élite : le denshutai. Fort de 900 hommes issus des familles les plus modestes, ses soldats ont été formés à l’infanterie, à la cavalerie, à l’artillerie et sont équipés de fusils Chassepot M1866. Bien que plus nombreuses et bénéficiant des conseils de la mission française des deux Jules (Chanoine et Brunet), les armées du shogun sont mises en déroute par celles des fiefs de Choshu et Satsuma (soutenus dans l’ombre par les Britanniques…) ; partisans du retour de l’Empereur, leurs chefs sont aussi farouchement hostiles aux « barbares » (comprendre : les étrangers), dont l’influence grandit depuis l’ouverture en force du pays par l’Américain Perry, en 1853. Équipées de mitrailleuses automatiques Gatling, qui leur confèrent une puissance de feu décisive et compensent leur infériorité numérique, les troupes de l’Empereur japonais parviennent à s’emparer de la capitale du shogunat, Edo, le 7 avril. Et obtiennent la reddition du shogun Yoshinobu Tokugawa. Le 3 septembre 1868, la ville est renommée Tokyo (littéralement « la capitale de l’Est »). Mutsuhito investit le château d’Edo — le palais impérial.


La présence de la mission française n’est alors plus souhaitée et son retour en France programmé. Mais le désormais capitaine Brunet, animé par sa loyauté envers les hommes qu’il a formés, décide de rester pour continuer de soutenir ceux qui demeurent fidèles à la cause du shogun malgré sa reddition. Début octobre, il remet sa démission de l’armée française par courrier et accompagne l’amiral Enomoto Takeaki sur l’île actuelle d’Hokkaido. Avec d’autres officiers français, il l’aide à fonder la république sécessionniste d’Ezo en fédérant cette région peuplée de tribus indigènes (les Aïnous). Il organise aussi les troupes (quelques milliers d’hommes) avec un autre commandant japonais : Otori Keisuke. Mais l’armée impériale, désormais bien plus fournie que la leur et soutenue par les canonniers anglais, parvient à s’emparer de la ville portuaire de Hakodate et à acculer les forces d’Enomoto et de Brunet dans une forteresse.


Le 9 juin 1869, alors que Hakodate s’apprête à tomber et que ses camarades français ont été blessés dans les bombardements, le capitaine Brunet accepte d’être évacué à bord d’un navire français, le Coëtlogon. Un an plus tard, ayant réintégré un régiment d’artillerie en France, il reprend les armes… contre la Prusse. Il finira général de division après avoir été chef de cabinet d’un ministre de la Guerre qu’il connaît bien depuis son aventure japonaise : Jules Chanoine. Quand il meurt en 1911, il a aussi été élevé au grade de grand officier du Trésor sacré du Mikado…

Son histoire est infiniment romanesque. Et cinématographique. Le réalisateur Edward Zwick ne s’y est pas trompé. Il s’est inspiré de son destin en 2003 pour réaliser Le Dernier Samouraï, avec Tom Cruise. Mais en prenant de nombreuses libertés avec la réalité historique. Dans ce film qui totalisa un demi-milliard d’euros au box-office, Brunet n’est pas français mais américain ; il n’est pas officier artilleur mais forme les cavaliers japonais ; il n’arbore pas une élégante moustache mais une crinière de longs cheveux soyeux que même les plus sanglantes batailles ne parviennent pas à décoiffer ; il n’a pas participé aux campagnes mexicaines de Napoléon III mais aux guerres indiennes d’Amérique du Nord ; il n’arrive pas au Japon en 1867 mais près de dix ans plus tard, en 1876. D’ailleurs, dans le film, Jules Brunet n’est même pas Jules Brunet mais Nathan Algren. En réalité, ni Jules Brunet ni Nathan Algren ne sont réellement le « dernier samouraï ». Quand Jules Brunet débarque au Japon, les samouraïs ont disparu depuis longtemps. Ceux qui se qualifient ainsi ne sont que les descendants putatifs des guerriers légendaires et se reposent sur les exploits de leurs aïeuls. Ils sont devenus des notables arborant à leur ceinture le daisho (littéralement « grand et petit », ensemble de deux sabres composé d’un katana et d’un wakizashi), mais qui n’ont jamais connu eux-mêmes les horreurs de la guerre. « Des guerriers qui n’en étaient plus, mais ne pouvaient le faire voir, selon l’ancien directeur de la Maison franco-japonaise de Tokyo, Olivier Ansart. Des hommes qui devinrent des serviteurs et qui, sous le masque de la loyauté, complotaient contre leurs maîtres ; des truqueurs sans vergogne de généalogies imaginaires ; des amateurs de confort douillet qui brandissaient des armes qui n’étaient plus que des symboles vides. »

Les figures qui nous viennent à l’esprit lorsque nous entendons le mot samouraï, qui définit un homme dévoué à son maître jusqu’au sacrifice suprême, sont mortes plus de deux siècles avant l’arrivée de Brunet. Mais si l’on veut absolument en retenir un à l’époque de Brunet, il s’agirait de Saigo Takamori.


Fer de lance de la philosophie Sonno-joi (littéralement « révère l’Empereur, expulse les barbares »), qui avait permis de fédérer les provinces de Choshu et Satsuma contre le shogun, Takamori a été déçu par l’ère ouverte avec la chute des Tokugawa qu’il a lui-même précipitée. Devant la tournure prise par l’ère Meiji, qui a finalement choisi d’ouvrir ses portes aux étrangers, il s’est senti floué par l’Empereur et s’est retranché dans son fief pour organiser une rébellion en 1877. Mais elle sera bientôt écrasée à Shiroyama par l’armée impériale. Comme le dernier soupir du Japon féodal.

Les événements du film Le Dernier Samouraï font donc plutôt référence à la rébellion de Satsuma, dans laquelle est propulsé l’Américain fictif Nathan Algren, qu’à la résistance de la république d’Ezo et de Jules Brunet, sept ans plus tôt. Mais qu’elles soient réelles ou fictives, les trajectoires de ces trois hommes finissent par se rejoindre sur un point : la fidélité à un idéal. À l’essence de ce qui fait un vrai samouraï (la racine du mot vient d’un terme signifiant « servir » en japonais). À un amour nostalgique pour le Japon des samouraïs, évaporés dans une ère de paix où ces guerriers n’ont plus leur place. À la permanence d’un combat pour maintenir en vie l’esprit sublime de la chevalerie japonaise, fille orpheline d’une féodalité défunte. À une fascination pour l’esprit de résistance, l’honneur, la fidélité et le courage. Autant de valeurs disparues en partie avec les samouraïs. Au Japon comme ailleurs.


Source : Figaro Magazine

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mercredi 15 juillet 2020

À partir de 2064 la population mondiale devrait diminuer rapidement

La population mondiale devrait diminuer rapidement, déclenchant un « changement radical dans l’ordre de préséance » des nations, prévoit un nouveau rapport.

Foule à Kinshasa, la population du Congo (RDC) devrait passer de 81 millions en 2017 à 246 millions en 2100


Alors que les prédictions d’une explosion démographique potentiellement catastrophique abondent depuis des années, de nouvelles recherches suggèrent une contraction imminente majeure d’ici 2100, moment auquel les personnes âgées seront plus nombreuses que les jeunes.

Le Lancet vient de publier sa « Global Burden of Disease Study » qui cite une baisse accélérée des taux de fécondité dans le monde développé au cours des prochaines décennies. Le rapport prédit que la population mondiale culminera en 2064 à 9,7 milliards de personnes, avant de chuter brusquement à 8,8 milliards en 2100.

Cette nouvelle étude contredit les prévisions de l’ONU qui évoquait près de 11 milliards d’habitants en 2100.

C’est « une bonne nouvelle pour l’environnement (moins de pression sur les systèmes de production alimentaire et moins d’émission de CO2) », indique Christopher Murray, directeur du respecté Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) à Seattle, qui a mené cette étude.

L’Asie et l’Europe devraient perdre des habitants. Elles abritent une grande partie des 23 pays qui devraient voir leur population réduite au moins de moitié : le Japon (128 à 60 millions), la Thaïlande (71 à 35), l’Espagne (46 à 23), l’Italie (61 à 31), le Portugal (11 à 4,5), la Corée du Sud (53 à 27). Quelques pays y échappent, comme la France, où le maintien d’un taux de fécondité relativement élevé permettrait de limiter la perte de population à 67 millions à la fin du siècle (contre 70 millions en 2050 et 65 millions en 2017).

Selon les chercheurs, les personnes âgées représenteront un pourcentage plus élevé de la population mondiale, les octogénaires devant être plus nombreux que les tout-petits de moins de cinq ans par deux à un au tournant du siècle prochain.

Les populations de quelque 23 pays, dont le Japon, la Thaïlande, l’Italie et l’Espagne, pourraient se contracter d’au moins 50 %, tandis que 183 des 195 pays inclus dans la recherche auraient des taux de fécondité inférieurs au niveau de remplacement de 2,1 naissances.

D’une part, la Chine et 34 autres pays devraient connaître une baisse de la population de plus de 25 %, mais d’autre part, la Lettonie et le Salvador connaîtront un déclin de la population de plus de 75 %.


Classement des 25 principales économies par PIB en 2017 et scénario de référence en 2030, 2050 et 2100


Le rapport cite l’accès à la contraception et une éducation des filles où l’on insiste sur de petites familles comme principaux catalyseurs « Accélérer les baisses de fertilité et la croissance démographique lente. »

« La croissance démographique mondiale continue au cours du siècle n’est plus la trajectoire la plus probable pour la population mondiale », a déclaré le Dr Christopher Murray, qui a dirigé l’étude, ajoutant que les gouvernements du monde entier doivent « Commencer à repenser leurs politiques en matière de migration, de main-d’œuvre et de développement économique. »

Le rapport envisage un déclin important des populations en âge de travailler en Chine et en Inde, des puissances économiques émergentes à l’heure actuelle qui devraient probablement s’estomper si cette évolution démographique se produisait comme prévu. Les États-Unis pourraient réapparaître en tant que première puissance économique mondiale d’ici 2098 après une baisse de la population et de l’influence économique.

L’étude a suggéré des politiques d’immigration massives comme moyen d’atténuer le déclin de la population et de soutenir la croissance économique, en particulier pour les pays industrialisés comme les États-Unis, l’Australie et le Canada.

Pendant ce temps, l’Afrique subsaharienne connaîtra probablement une explosion démographique jusqu’à trois fois, en raison d’une baisse combinée des taux de mortalité et d’une augmentation simultanée du nombre de femmes en âge de procréer. Selon les auteurs de l’étude, le Niger pourrait connaître une croissance de 765 %, une croissance de 710 % au Tchad, 594 % au Soudan du Sud et 321 % au Mali.

Pour cette raison, l’Afrique éclipserait probablement l’Asie en tant que région la plus peuplée du monde au tournant du siècle prochain.

L’étude prévoit également l’émergence d’un monde beaucoup plus multipolaire avec l’Inde et le Nigeria qui devraient rejoindre les États-Unis et la Chine en tant que puissances mondiales dominantes, tandis que davantage de pays africains et arabes prendraient les rênes en tant que leaders économiques mondiaux.

L’Afrique subsaharienne pourrait, quant à elle, voir tripler sa population (de 1 à 3 milliards), tirée notamment par le Nigeria — 206 à 790 millions d’habitants — qui deviendrait en 2100 le deuxième pays le plus peuplé au monde derrière l’Inde, mais devant la Chine.

« Ce sera véritablement un nouveau monde, un monde auquel nous devrions nous préparer dès aujourd’hui », a commenté le rédacteur en chef du Lancet Richard Horton. […]

Pour modifier la trajectoire démographique, ils évoquent à l’inverse des « politiques sociales » pour aider les femmes à travailler tout en ayant le nombre d’enfants qu’elles souhaitent. Mais aussi des « politiques d’immigration libérales ». « Nous estimons que plus tard dans le siècle, les pays qui ont besoin de travailleurs migrants devront rivaliser pour attirer ces migrants », qui devraient venir principalement d’Afrique subsaharienne et du monde arabe, indique Christophe Murray.

La France échappe à la décroissance

Quelques pays y échappent, comme la France, où le maintien d’un taux de fécondité relativement élevé permettrait de limiter la perte de population à 67 millions à la fin du siècle (contre 70 millions en 2050 et 65 millions en 2017).

Une population divisée par deux en Chine

La Chine pourrait elle perdre près de la moitié de ses habitants - 1,4 milliard aujourd’hui, 730 millions en 2100 - avec un déclin du nombre de personnes en âge de travailler qui va « entraver » sa croissance économique.

Les États-Unis, appelés à perdre prochainement leur place de première économie mondiale, pourraient ainsi repasser devant la Chine d’ici la fin du siècle, si l’immigration continue à pallier la fécondité en baisse, selon l’étude. Évidemment, une autre solution consiste à augmenter la natalité des Américains.

Triplement en Afrique subsaharienne

L’Afrique subsaharienne pourrait quant à elle voir tripler sa population (1 à 3 milliards), tirée notamment par le Nigeria — 206 à 790 millions d’habitants — qui deviendrait en 2100 le deuxième pays le plus peuplé au monde derrière l’Inde, mais devant la Chine.



dimanche 12 juillet 2020

Quelles sont les vraies origines des thèses racialistes et déconstructivistes ?

Les thèses racialistes et déconstructivistes, souvent citées depuis la mort de George Floyd, le 25 mai dernier, seraient importées en France depuis les États-Unis. Il faut pourtant y regarder de plus près.

Nous ne partageons pas l'idée que la France est différente des autres pays et ne serait qu'un projet de valeurs universelles. C'est une vision particulière « hors sol » (dite « républicaine ») de ce qu'est la France.




vendredi 10 juillet 2020

Débat autour du Bac « Covid » : 91,5 % ont été admis avant même le rattrapage oral est-ce inédit ?

Débat autour du Bac « Covid » où 91,5 % ont été admis avant même le rattrapage oral.


Est-ce sans précédent ? Un diplôme au rabais ? Quid du bac 1968 où les examens écrits avaient aussi été annulés, mais pour lequel les candidats avaient dû passer un oral ? Que sont devenus les bacheliers de 1968 ? Ils semblent avoir mieux réussi dans la vie que les bacheliers (par écrit) de 1967 et 1969. Comment l’expliquer ? La même chose se passera-t-elle avec les bacheliers 2020 ?



jeudi 9 juillet 2020

Repentance — De quoi la France devrait-il s'excuser en Algérie ?

La tribune de l’historien Jean Sévillia sur les demandes répétées de repentances (et de compensations sonnante ste trébuchantes) deandées à la France pour sa colonisation de l’Algérie. En réclamant de nouvelles excuses à la France, le président algérien Abdelmadjid Tebboune entretient un ressentiment qui fait obstacle à un travail mémoriel apaisé sur la présence française en Algérie, estime l’historien. Jean Sévilla est chroniqueur au Figaro Magazine et membre du comité scientifique du Figaro Histoire, auteur de nombreux essais historiques, dont notamment Les Vérités cachées de la guerre d’Algérie (Fayard, 2018)

Depuis 1962, l’Algérie a organisé de manière systématique l’écriture de son passé sur la base d’une propagande destinée à confirmer la légitimité de l’État-FLN, notamment avec le chiffre mythique de 1,5 million d’Algériens morts pendant la guerre d’indépendance (le chiffre réel, déjà bien assez lourd, est de 250 000 à 300 000 victimes, tous camps confondus). Avec le temps, ce récit à sens unique s’est étendu à la conquête de l’Algérie au XIXe siècle, ce qui permet aux hiérarques du système d’englober la totalité de la présence française en Algérie, de 1830 à 1962, dans un même discours réprobateur. Nul n’a oublié comment Abdelaziz Bouteflika, en visite d’État à Paris en 2000, avait pris la parole depuis la tribune de l’Assemblée nationale pour semoncer la France et l’inviter à reconnaître « la lourde dette morale des anciennes métropoles envers leurs administrés de jadis ».

En 2005, à Sétif, il montait d’un cran dans l’accusation : « L’occupation (française, NDLR) a adopté la voie de l’extermination et du génocide qui s’est inlassablement répétée durant son règne funeste. » Et en 2018, pour son dernier discours présidentiel, il reprenait le refrain habituel en saluant « le combat d’un peuple contre lequel le colonisateur a porté sa barbarie répressive à ses ultimes extrémités ». [Étrange génocide qui a vu la population musulmane passée de 2 millions à 12 millions sous l’occupation française]

Que l’actuel président algérien, Abdelmadjid Tebboune, élu en décembre dernier, ait déclaré, le 4 juillet, attendre des excuses de la France pour la colonisation de l’Algérie n’a par conséquent rien d’étonnant : comme dans un jeu de rôle, l’homme jouait sa partition consistant à répéter comme un mantra que tous les torts, de 1830 à 1962, ont été du côté de la France. Comme son prédécesseur, le président Tebboune n’a pas manqué de présenter ses exigences (« On a déjà reçu des demi-excuses. Il faut faire un autre pas. »), en rappelant au passage que l’Algérie possède un moyen de pression sur Paris : les 6 millions d’Algériens ou de Franco-Algériens établis en France [établis très majoritairement depuis que l’Algérie est indépendante, libre et qui devrait être plus prospère grâce au pétrole découvert par les Français dans le Sahara peu avant l’indépendance.]

C’est donc un rituel du pouvoir, à Alger, que de vilipender la colonisation, alors même que près de 9 Algériens sur 10 sont nés depuis l’indépendance. C’était d’autant plus facile, pour Abdelmadjid Tebboune, que le Covid-19 lui a donné carte blanche, renvoyant chez eux les centaines de milliers de manifestants du Hirak, le mouvement de contestation qui avait montré que le peuple algérien attend autre chose que le sempiternel discours du FLN.

La vraie question est de savoir si la France va répondre docilement aux injonctions d’Alger. Et c’est là que commencent les inquiétudes si l’on se souvient qu’Emmanuel Macron, en février 2017, alors qu’il n’était que candidat à l’Élysée, avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », ajoutant que cette séquence « fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes », et que, devenu président de la République, il déclarait souhaiter, en janvier dernier, que le travail sur la mémoire de la guerre d’Algérie obtienne, sous sa présidence, « à peu près le même statut que celui qu’avait la Shoah pour Chirac en 1995 ». Cette formule semblait annoncer une reconnaissance de culpabilité de la France dans la guerre d’Algérie, ce à quoi se sont opposés tous les prédécesseurs du chef de l’État, même François Hollande.

Avoir restitué à Alger, comme cela a eu lieu le 3 juillet, les crânes de plus de vingt guerriers arabes et kabyles qui s’étaient révoltés contre la présence française après la fin de la guerre de conquête, et dont les restes étaient conservés au Musée de l’homme à Paris, n’était pas en soi scandaleux : ces combattants ont eu droit, environ cent cinquante ans après leur mort, à un hommage digne, et la France avait déjà eu des gestes symboliques analogues envers d’autres pays afin de marquer une amitié défiant les traces de conflits très anciens. Mais la République algérienne démocratique et populaire est-elle réellement l’héritière des tribus qui affrontaient l’armée française vers 1850, ces tribus n’ayant nulle conscience d’appartenir à une nation algérienne qui n’était même pas en gestation à l’époque, puisque la France venait de conquérir un territoire où se juxtaposaient des peuples hétérogènes ? L’interrogation porte aussi sur l’esprit d’un tel geste mémoriel. Généreuse amitié entre deux peuples sous le signe de l’oubli et du pardon, ou acte de repentance qui ne fera que susciter de nouvelles exigences ?

De quoi la France devrait-elle s’excuser ? D’avoir colonisé l’Algérie ? Mais peut-on refaire l’histoire ? Et n’y aurait donc rien à sauver de cent trente-deux ans de présence française outre Méditerranée ? La France doit-elle s’excuser d’avoir éradiqué des épidémies, construit des hôpitaux, des routes, des barrages et des ponts, d’avoir scolarisé des enfants, d’avoir introduit une agriculture moderne et d’avoir découvert le pétrole et le gaz du Sahara qui restent la richesse principale de l’Algérie d’aujourd’hui ? On dira — avec raison — que la colonisation ne fut pas que cela. Elle eut certes aussi ses échecs, sa part d’ombre, ses contradictions, notamment le fait que ce territoire, partie intégrante de la République française, représenta en réalité une société duale où, sans apartheid légal, mais avec un clivage inscrit dans les faits, deux types de population - Européens et musulmans coexistèrent sans se mêler totalement. [Avant la colonisation française, ce clivage existait déjà entre musulmans et juifs.]

Il faut dire la vérité sur le passé, toute la vérité. Le bien, le mal. Sans rien cacher, mais sans manichéisme et sans anachronisme. La colonisation n’a pas été un crime en soi : elle a été un moment de l’histoire. Dans sa phase de conquête, cette colonisation a été rude pour les colonisés, mais il en a toujours été ainsi depuis la nuit des temps. Quant à la guerre d’indépendance, elle a été violente des deux côtés : quelle guerre n’est pas violente ? La souveraineté française sur l’Algérie, de 1830 à 1962, représente cependant une expérience commune aux Français et aux Algériens. Cette expérience, il faut la regarder en face, sans l’embellir, ni la noircir. Pour les Algériens, cette vision apaisée serait le préalable à une relation enfin adulte avec la France.

Voir aussi
 
Chère Algérie : La France et sa colonie (1930-1962) de Daniel Lefeuvre

« Plus de deux cent mille morts, côté algérien, près de trente mille morts, côté français : telle fut l’issue sanglante de la guerre d’Algérie. Cette guerre meurtrière, qui a longtemps tu son nom, fut aussi extrêmement coûteuse : elle a représenté 20 % du budget de l’État pour la seule année 1959. Fallait-il que les enjeux soient considérables pour que la France manifeste, si longtemps, un tel attachement! Or ce livre démontre qu’il n’en fut rien, mettant à mal, au passage, bien des idées reçues : dès le début des années trente, l’Algérie connaît une crise qui ira s’aggravant jusqu’à son indépendance, et représente un fardeau toujours plus lourd pour la métropole. Les ressources sont insuffisantes pour nourrir une population qui croît très vite, car l’Algérie n’est pas ce pays richement doté par la nature qu’on s’est longtemps plu à imaginer ; la misère s’étend, les Algériens sont, très tôt, contraints de s’expatrier pour nourrir leurs familles — et non parce que la France fait appel à eux pour se reconstruire après 1945. Cette crise, aucune mesure n’a pu la juguler, ni les tentatives pour industrialiser la colonie avant la guerre, ni le plan de Constantine décidé en 1958. Quant à la découverte des hydrocarbures du Sahara, elle fut loin de représenter la manne qui aurait avivé la cupidité de la puissance coloniale... Analysant les relations complexes et changeantes entre les acteurs de la colonisation — État, organismes patronaux, entreprises, citoyens —, Daniel Lefeuvre propose une histoire nuancée et critique de ce pan tragique de notre passé colonial, au risque de heurter les partisans de la commémoration nostalgique comme les tenants d’une « repentante » mal entendue. »


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Lettres classiques — beaucoup d'élèves ne connaissent plus la patience


L’enseignement des lettres classiques n’est plus de saison. Mais il reste quelques passeurs, comme la maison d’édition centenaire Les Belles Lettres, et la jeune helléniste Andrea Marcolongo.


Il n’aura pas fallu très longtemps pour que nous changions de civilisation. En cinquante ans, nous avons presque cessé de faire la guerre, standardisé la possibilité de faire l’amour sans engendrer, mis en quarantaine la moitié de l’humanité, remplacé chez nos enfants les jeux de mains par des jeux vidéo, et les livres par les réseaux sociaux. Le digital, le globish et l’écologie sont devenus notre sainte-trinité, et ces mêmes enfants ne retiennent qu’à peine les textes que leurs professeurs de lettres désenchantés n’ont plus envie de leur transmettre. George Steiner, décédé en février, prophétisait depuis longtemps ce basculement : celui de l’âge des livres vers celui des images. L’incandescent érudit polyglotte ne se faisait pas d’illusions. Pas plus d’ailleurs que Marc Fumaroli, autre virtuose, chantre d’un éternel ressourcement des Modernes dans les Anciens, qui nous a quittés il y a peu. Le sablier ne sera pas inversé. L’Adieu aux Anciens est sans retour possible.

Les lettrés d’aujourd’hui, car il en reste, se penchent donc autrement sur l’Antiquité abolie. Ils sont souvent italiens. C’est le livre de l’archéologue Massimo Osanna sur Les Nouvelles Heures de Pompéi (Flammarion), ou l’attachant atlas étymologique d’Andrea Marcolongo. Cette Italienne gracile à l’œil bleu piquant vit à Paris depuis quelques années. Elle a connu il y a trois ans un succès inattendu avec La Langue géniale, cantilène enflammée pour le grec ancien – 200 000 exemplaires, traduit dans une quinzaine de pays, des conférences jusqu’en Amérique latine. Le public, un certain public en tout cas, continue de répondre présent à ce genre d’appels au secours. Certains se laisseraient sûrement tenter par le défi d’apprendre une langue aussi lointaine. « Beaucoup d’élèves ne connaissent pas la patience, or il faut savoir que cela prend du temps, c’est comme un marathon (grec…), cela doit se préparer », prévient notre interlocutrice diaphane (dont témoigne la photo ci-contre prise par son ami Nikos Aliagas). Il ne faut plus rêver à une génération spontanée de petits hellénistes et latinistes, même si quelques professeurs de combat, comme Augustin d’Humières, fondateur de l’association Mêtis, continuent de remonter le courant. On ne pourra pas contrecarrer la puissance stupéfiante de la civilisation des images. Il nous reste néanmoins la liberté de nous ressourcer grâce à quelques passeurs de mémoire. Modestement, Marcolongo s’y emploie. Non pas en universitaire surabondante de savoir — comme son modèle, Jacqueline de Romilly —, mais en helléniste de terrain, ancienne prof de latin-grec en Italie. Elle a été bien d’autres choses, et notamment l’éphémère plume de l’éphémère président du Conseil italien Matteo Renzi. Cette expérience lui a montré la pauvreté de la langue politique contemporaine, et son rythme haletant, répétitif et amnésique. « Il faut tout le temps surprendre, étonner, faire des coups, et très peu donner sa place à la réflexion et au temps long. » En effet, la politique, jadis si infusée de mémoire et d’histoire, n’est aujourd’hui devenue qu’une comédie amnésique, où les mots n’ont plus de sens qu’euphémisés et tenus par le carcan du « politiquement correct », que Marcolongo déteste.

Car il y a dans toute étymologiste un généalogiste acharné qui se méfie du présent. Les mots sont devenus insipides, car on ne connaît plus rien de leur histoire. « Le présent n’existe pas, si ce n’est dans la distension de l’âme qui récupère les souvenirs et les projette vers ce qui adviendra — le présent est donc ineffable, une simple limite établie entre un passé que nous nous rappelons et un avenir que nous présageons grâce aux souvenirs », écrit-elle. L’étymologiste relie les mots à leur sens archaïque comme le corps mort retient la bouée où s’attache le bateau. « Nommer la réalité, c’est la soustraire à la confusion », ajoute-t-elle, en vestale de l’ordre contre le chaos, ce chaos de la « mer vineuse », chère à Homère, sans bord et sans forme, dont elle parle très bien.

L’histoire des mots ne cesse de corriger les contresens du temps présent. Ainsi, on aurait tort de ne voir qu’une différence de degré entre haïr et détester. Haïr est un vœu éternel d’anéantissement total de l’ennemi. « C’est Polyphème maudissant Ulysse. » En revanche, détester vient de la racine « terstis », qui signifie qu’un « tiers » peut départager les adversaires. On déteste celui dont des témoins confirment qu’il nous a lésés. La querelle peut se purger devant un tribunal. Mieux vaut la détestation, transitive et judiciaire, que la haine, intransitive et meurtrière. À rebours, « je t’aime » se dit en latin : « diligo te », je te choisis. « S’ils ne craignaient rien plus que le chaos aveugle et l’irrationnel, comment pouvaient-ils accepter que le sentiment le plus noble soit le fruit d’une simple coïncidence ? L’amour était pour eux un choix », souligne Marcolongo. Cupidon, l’angelot qui décoche ses flèches au hasard, n’a donc « rien à voir avec la religion romaine », décoche-t-elle à son tour.

Ce livre tord aussi le cou à l’idée moderne d’un « bonheur », qui serait soit le fruit d’un hasard favorable, soit d’un art de se mettre en retrait. Or « felix », radical de « félicité », vient de la racine indo-européenne Fe, qui est à l’origine de fecundus. Le bonheur vient à celui qui est fécond et productif, même quand il connaît des coups durs. « Être heureux ce n’est pas connaître une vie de quiétude, c’est l’énergie d’agir, la joie de faire. L’infélicité est l’incapacité à se mouvoir, c’est rester immobile sans pouvoir chasser les pensées pénibles », résume-t-elle. Le mot « poésie » est lui aussi prisonnier d’un cliché semblable. Comme le savent bien les hellénistes, le radical du mot signifie « faire », « fabriquer ». « Le contraire de la poésie n’est pas la prose, mais l’ataraxie. » On en conclura que les poètes ne sont pas ceux qui jouent à l’être en revendiquant leur désœuvrement, mais tous ceux qui font et en faisant connaissent la félicité d’une vie féconde. « Fabriquer notre présent, c’est donc le poétiser », conclut l’auteur.

Et le mot destin ? Il vient du latin destinare, à savoir fixer, établir, assigner un but. « Les “destinae” étaient des points d’appui, les fondations de la vie. » Là encore, aucune trace de hasard. Nous connaissons la destination que nous voulons atteindre. « Nous préparons notre voyage bien avant d’arriver à “destino”, au destin, comme le dit l’espagnol. » Le fatum est donc l’anti-destin. Sa racine vient du verbe « fari », dire. Ce sont les oukases qu’auraient prononcés des dieux sadiques à notre endroit et auxquels croient les esprits superstitieux. Marcolongo nous rappelle par petites touches que le langage, et seulement lui, nous permet de dominer, à force de patience, le fatum, le hasard, et le chaos. C’est la leçon gréco-latine numéro un !

Source : Le Figaro

Étymologies
par Andréa Marcolongo
publié aux Belles Lettres
à Paris
le 5 juin 2020
332 pages,
ISBN-10 : 2 251 450 866
ISBN-13 : 978-2251450865

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    samedi 4 juillet 2020

    Allemagne — Décapiter statue de Bismarck pour son rôle dans la colonisation, il y était pourtant peu favorable...

    L’avenir du plus grand monument au monde consacré à Bismarck qui culmine avec son socle à 34 mètres de hauteur à Hambourg continue de susciter des discussions. L’administration de la Culture a annoncé qu’une plaque critiquant la politique de Bismarck serait apposée dans la base du monument après sa rénovation. De plus, on prévoit un colloque à l’automne pour discuter de la façon de gérer le monument. Pour des critiques tels que le pasteur protestant et expert en culture mémorielle Ulrich Hentschel, le monument représente la mégalomanie et les crimes du colonialisme. Nous reproduisons ci-dessous quelques paragraphes de son entretien avec la NDR, le diffuseur étatique local (du Nord de l’Allemagne).

    NDR — Monsieur Hentschel, que feriez-vous avec Bismarck ?

    Ulrich Hentschelé — Il existe de nombreuses idées. L’une serait de répéter la scène qui a eu lieu peu de temps avant l’inauguration officielle du monument. L’énorme tête de M. Bismarck a été amenée d’Altona [ville non loin de la statue] jusqu’au monument dans une charrette, puis placée au sommet. Pourquoi ne pas redescendre cette tête et la poser sur une charrette de pierre qui serait cette fois, pour ainsi dire, sur le chemin du retour. Cela causerait de l’irritation. Mais c’est extrêmement important, afin de briser la monumentalité et la force de ce monument. Il ne sert à rien de mettre quelques panneaux explicatifs dans les catacombes. La force doit être brisée. Cela nécessite des idées originales. Quelqu’un avait suggéré de simplement incliner le grand Bismarck. Je soupçonne que ce serait plus complexe et plus cher. Mais on devrait discuter de tout cela à l’automne. En fin de compte, le vieux Bismarck ne devrait plus dominer Hambourg dans sa pose héroïque armée d’une épée.

    NDR — Que répondez-vous à ceux qui pensent que c’est notre histoire et l’iconoclasme n’aidera personne ?

    Hentschel. — Je leur dis : oui, c’est notre histoire. Et c’est pourquoi nous devons montrer ce que Bismarck signifiait vraiment. Parce qu’il n’était pas un héros qui n’a fait qu’apporter de bonnes choses au monde. On sait qu’après une première hésitation, il a fondé la politique coloniale allemande. Lors d’une conférence à Berlin qu’il a convoquée, il s’est tenu avec d’autres penchés sur une carte de l’Afrique, puis ils ont divisé le continent entre eux comme une bande de voleurs. Il convient également de rappeler qu’il a interdit l’organisation précurseur du parti socialiste allemand.




    Bismarck le colonisateur à contre-cœur, même après la conférence de Berlin

    Bismarck s’est opposé aux acquisitions coloniales, faisant valoir que le fardeau d’obtenir, de conserver et de défendre de telles possessions l’emporterait sur tout avantage potentiel. Il pensait que les colonies ne payaient pas pour elles-mêmes, que le système bureaucratique formel allemand ne fonctionnerait pas bien dans les tropiques faciles à vivre et que les conflits diplomatiques provoqués par les colonies détourneraient l’Allemagne de son intérêt central, l’Europe elle-même. Quant aux dessins français sur le Maroc, Chlodwig, prince de Hohenlohe-Schillingsfürst a écrit dans ses mémoires que Bismarck lui avait dit que l’Allemagne « ne pourrait qu’être satisfaite si la France prenait possession du pays » car « elle serait alors très occupée » et distraite de la perte de l’Alsace-Lorraine.

    Pressions internes

    Bismarck fut contraint d’évoluer et de définir une nouvelle politique. Trois arguments tempérèrent ces certitudes anticolonialistes : le problème de l’émigration allemande, celui de la marine et enfin la question du prestige du Reich. En effet :

    1. Pays d’émigration durant tout le XIXe siècle, l’Allemagne avait vu partir sans espoir 3,5 millions des siens entre 1819 et 1885 principalement aux États-Unis. Il s’agissait d’une véritable hémorragie humaine et les groupes de pression coloniaux, dont la Ligue coloniale fondée en 1883, militaient pour que ce flot soit détourné vers des colonies de peuplement appartenant à l’Allemagne.


    2. L’Allemagne s’était lancée dans un ambitieux programme maritime destiné à garantir la liberté commerciale sur toutes les mers du globe. Mais encore fallait-il disposer de points d’appui sûrs : il était donc nécessaire des colonies.

    3. Les initiatives commerciales privées permettaient certes à l’État de ne pas être engagé dans un engrenage colonial, mais, en cas de menace sur des ressortissants allemands, là où aucune autre autorité européenne ne s’exerçait, fallait-il les laisser massacrer sans intervenir ?

    Bismarck qui ne pouvait plus s’opposer au mouvement de course aux colonies tenta d’en rester maître, de le contrôler et même de le freiner. Il affirma ainsi que la constitution d’un empire colonial n’était pas un but, une fin en soi, mais simplement un moyen de soutenir et d’aider le commerce de l’Allemagne.


    Conférence de Berlin

    En 1884, il organise la conférence de Berlin afin de régler le partage de l’Afrique entre les différentes puissances européennes et notamment le sort du Congo.

    Les historiens débattent du motif exact derrière ce changement soudain et de courte durée de la part de Bismarck. Il savait que l’opinion publique avait commencé à exiger des colonies pour des raisons de prestige allemand. Bismarck voulait également saper les libéraux anti-coloniaux qui étaient parrainés par le prince héritier qui, étant donné la vieillesse de Guillaume Ier, pourraient bientôt devenir empereur et destituer Bismarck. En effet, une politique colonialiste aurait inévitablement pour effet de dégrader les relations avec la Grande-Bretagne, mettant ainsi de la distance entre Frédéric et l’Angleterre.

    L’Allemagne ne possédant pas à l’époque du congrès de Berlin en 1884 les moyens militaires et navals en vue de conquêtes territoriales de vive force, le chancelier Bismarck se fit en cette occasion le chantre du commerce libre et de la libre entreprise dans la zone centre-africaine.  La mise en place de l’empire colonial allemand s’est déroulée sans heurts, à commencer par la Nouvelle-Guinée allemande en 1884.

    Devant le défenseur de la colonisation Eugen Wolf, le chancelier déclarera cependant en 1888 : « Votre carte de l’Afrique est effectivement très belle, mais ma carte de l’Afrique est, elle, située en Europe. La France est à gauche, la Russie à droite et nous nous trouvons au milieu. Ça, c’est ma carte de l’Afrique. » Il quittera le pouvoir deux ans plus tard, en mars 1890.

    La colonisation après la mise à l’écart de Bismarck

    Après la mise à l’écart de Bismarck par le nouvel empereur Guillaume II, monté sur le trône en 1888, l’Allemagne mit en œuvre une politique coloniale différente de celle suivie sous le règne de Guillaume Ier.

    Désormais, le Reich ne réclama plus seulement la liberté pour ses maisons de commerce, mais une place en Afrique correspondant à sa véritable puissance économique (supérieure à celle à la Grande-Bretagne dès la fin du siècle).

    Rappelons qu’en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA), l’Empire allemand était la deuxième économie du monde occidental après les États-Unis, mais talonné par l’empire russe avec, en 1913, un PIB (PPA) de 237 milliards de dollars internationaux soit 8,8 % du PIB mondial pour l’Allemagne et 232 milliards de dollars internationaux soit 8,6 % pour la Russie. Le Royaume-Uni seul avait un PIB de 224,6 milliards soit 8,3 % du PIB mondial. En ajoutant ses dominions et ses colonies, l’Empire britannique représentait cependant 20 % du PIB mondial. La France sans ses colonies avait un PIB (PPA) de 144,5 milliards soit 5, 3 % du PIB mondial. Le Canada 68,2 milliards (2,5 %) et la Belgique 32,4 milliards (1,2 %).

    Étudiants chinois de l’école supérieure sino-allemande de Tsing-Tao (Chine)


    Le Dr Kayser, directeur de la section coloniale du ministère des Affaires étrangères, entreprit de transformer des comptoirs isolés et sans arrière-pays en empire colonial. Comme il ne fut guère encouragé dans cette voie par le chancelier bon Caprivi, successeur de Bismarck depuis le 20 mars 1890, il lui fallut attendre 1894 pour voir le chancelier Carl Viktor von Hohenlohe-Schillingsfürst engager définitivement le Reich dans une véritable politique coloniale. Cette nouvelle orientation se traduisit par une augmentation significative des crédits coloniaux qui passèrent de 2 millions de marks pour l’exercice 1890-1891 à près de 10 millions pour 1896-1897.

    Bâtiment principal de l’école supérieure sino-allemande de Tsing-Tao (Chine) aujourd’hui Administration ferroviaire de Qingdao

    À partir de ce moment, l’Allemagne chercha à acquérir  des positions partout de par le monde et l’Extrême-Orient eut les faveurs de Guillaume II. La convention sino-allemande du 6 mars 1898 donna en bail à l’Allemagne pour 99 ans, la baie de Kiao-Tchéou et le port de Tsing-Tao. Le 12 février 1899, l’Allemagne racheta à l’Espagne (vaincue par les États-Unis venus « libérer » les Philippines en 1898) les Carolines, les Mariannes et les îles Palaos puis elle acquit les îles Bougainville et Buka.

    Une preuve de l’intérêt croissant des questions coloniales en Allemagne est fournie par l’importance que ces dernières prirent dans les questions de politique intérieure et notamment dans les débats au Reichstag avec les attaques systématiques menées par le parti socialiste contre le gouvernement. En 1906, le Reichstag refusa même de voter l’ambitieux de voies ferrées ; il s’était également opposé à la création d’un ministère des Colonies et à l’augmentation de la garnison dans le Sud-Ouest africain, la future Namibie. C’est à ce moment que l’empereur décida de dissoudre le Reichstag et de placer à la tête de l’administration coloniale un homme à poigne : Bernhard von Dernburg. Les élections qui suivirent la dissolution renforcèrent la majorité gouvernementale : les Allemands adhéraient donc à la politique coloniale nationale. Le nouveau Reichstag accorda les crédits refusés par le précédent.

    Loi antisocialiste contreproductive ?

    Quant à la loi antisocialiste, elle est prévue au départ pour une durée de deux ans et demi, mais prorogée à plusieurs reprises, interdit les rassemblements, les associations et les écrits sociaux-démocrates. Concrètement, cela signifie que le SAP, ses associations affiliées et les syndicats sont interdits. Les infractions à la loi sont punies par des amendes et des emprisonnements.

    Les sociaux-démocrates peuvent cependant continuer à se porter candidats de manière individuelle. De fait, les groupes parlementaires sociaux-démocrates peuvent continuer à exister aussi bien au Reichstag que dans les parlements régionaux.

    Ayant appris de sa défaite contre l’Église catholique lors du Kulturkampf, une série de lois répressives contre les catholiques allemands, Bismarck décide cette fois d’associer à la répression un volet plus apaisant à ces lois. Il fait ainsi voter une série de lois sociales avec l’instauration d’un système d’assurance maladie et invalidité en Allemagne, bien avant les autres grandes puissances européennes. Il espère ainsi de vaincre les sociaux-démocrates sur leur terrain et endiguer leur progression.

    Ce dernier objectif n’est cependant pas atteint. Le nombre de suffrages que reçoivent les sociaux-démocrates pendant la période des lois antisocialistes ne cessent en effet de croître : en 1881 ces candidats récoltent 311 961 voix, en 1884 549 990, en 1887 763 128 et enfin en 1890 la bagatelle de 1 427 000 voix. Cette dernière élection fit du parti socialiste celui ayant reçu le plus de suffrages dans l’Empire allemand pour la première fois.

    La nouvelle victoire des socialistes aux élections joue un rôle important dans la démission de Bismarck en 1890, démission demandée par le nouvel Empereur Guillaume II. Finalement, après un nouveau débat pour prolonger la loi durant lequel les députés sociaux-démocrates mettent en lumière les méthodes peu scrupuleuses de la police contre les socialistes, le Reichstag rejette la proposition lors du vote du 25 janvier 1890.

    Les sociaux-démocrates continuent à gagner en influence après le retrait de la loi. Le SAP est renommé SPD en 1891 lors du congrès d’Erfurt. Les élections de 1912 marquent un sommet : le parti récolte 34,8 % des voix et 110 mandats au Reichstag.


    Source : NDR

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