samedi 15 juillet 2017

Étude : les croyants ne sont pas moins ouverts d'esprit que les athées, parfois ils sont même plus ouverts

Une nouvelle étude indique qu’en Europe occidentale les croyants religieux seraient mieux à même d’appréhender et d’intégrer différents points de vue que les athées.

« L’idée maîtresse de l’étude est que les personnes religieuses n’ont pas nécessairement l’apanage de la fermeture d’esprit », a déclaré Filip Uzarevic, un des auteurs de l’étude, chercheur auprès de l’Université catholique de Louvain en Belgique.

La recherche a été publiée le 27 avril 2017, dans la revue à comité de lecture Personality and Individual Differences.

La recherche trouve son origine dans un constat. Avec son équipe, Uzarevic avait constaté que dans le débat public, « bien que les groupes conservateurs et religieux, d’une part, et les groupes progressistes et athées, d’autre part, faisaient montre d’une forte animosité à l’égard de leurs opposants sur l’échiquier idéologique, c’était généralement les premiers qui étaient désignés comme ayant l’esprit étroit ».

« En outre, de déclarer Uzarevic, cette conception du non-religieux comme plus tolérant et ouvert paraissait dominante dans les ouvrages de psychologie. Intéressés par le sujet, nous nous sommes demandés si cela est nécessairement toujours le cas : les religieux sont-ils en général plus étroits d’esprit, ou serait-il utile d’enquêter sur les différents aspects de la fermeture d’esprit et sur leur relation avec la (non-)religion. »

Les chercheurs ont constaté que les participants chrétiens obtenaient une note plus haute sur une mesure de dogmatisme que les participants non religieux. Les participants chrétiens, par exemple, étaient plus susceptibles de ne pas être d’accord avec des affirmations telles qu’« Il y a tellement de choses que nous n’avons pas encore découvertes, personne ne peut être absolument certain que ses croyances sont correctes ».

Mais deux autres mesures d’étroitesse d’esprit donnaient des résultats très différents.

Les athées s’avèrent plus intolérants face à la contradiction, c’est-à-dire lorsqu’ils ont été présentés avec deux déclarations apparemment contradictoires, ils considéraient l’une comme très vraie et l’autre comme très fausse. Ils ont également montré moins de propension à pouvoir imaginer des arguments contraires à leur propre point de vue et à les trouver quelque peu convaincants.

« Dans notre étude, la relation entre la religion et l’étroitesse d’esprit dépendait de l’aspect de fermeture d’esprit considéré », a déclaré Uzarevic à PsyPost. « Les non-religieux semblaient plus ouverts que les religieux quand il s’agissait de mesurer explicitement la certitude dans ses propres croyances. Toutefois, de façon assez étonnante, quand il s’agit de mesurer subtilement une inclinaison à intégrer des opinions divergentes ou contraires à ses propres opinions, ce sont les religieux qui ont montré le plus d’ouverture. En somme, l’étroitesse d’esprit (ou du moins certains aspects de celle-ci) n’est peut-être pas l’apanage des seuls religieux. En outre, sous certains aspects, les non-religieux peuvent même être plus étroits d’esprit que les religieux. »

L’échantillon de l’étude était constitué de 788 adultes du Royaume-Uni, d’Espagne et de France. La majorité des participants ont déclaré être athées (302) ou agnostiques (143). Les autres participants étaient chrétiens (255), musulmans (17), bouddhistes (17), juifs (3) ou identifiés comme « autres » (51).

« Il y a, bien entendu, des limites à cette étude. Il est particulièrement important de les garder à l’esprit puisque l’étude psychologique de la non-religion n’en est encore qu’à ses balbutiements, et il convient d’interpréter ces résultats avec circonspection », de déclarer Uzarevic.

« Premièrement, nous ne savons pas si les résultats ne valent que pour le contexte de l’Europe de l’Ouest (sécularisée) d’où provient l’échantillon ou s’ils reflètent une tendance mondiale ».

« En gardant ceci à l’esprit et en se souvenant que l’ampleur des effets observés dans notre étude est assez petite, la reproduction de cette étude devrait permettre de confirmer la stabilité des résultats. Il est important de souligner l’importance de cette reproduction, car notre étude a été réalisée en ligne ce qui prête naturellement le flanc à des critiques (notamment sur une potentielle non-représentativité de l’échantillon, sur l’impossibilité de contrôler complètement la structure et la qualité de l’échantillon). Cependant, malgré ces limites, l’étude fournit des résultats relativement cohérents et un bon point de départ pour de futures recherches. »

L’étude, “Les athées sont-ils non dogmatiques ?”, est également signée par Vassilis Saroglou et Magali Clobert.

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Étude — Plus on est « progressiste », plus idéaliserait-on ou nierait-on la réalité ?

Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes

(Statistiques Canada 2015) Œuvres de bienfaisance : les plus religieux donnent le plus, le Québec le moins

Les enfants religieux seraient plus heureux


Les athées sont-ils moins altruistes ?
(Statistiques Canada 2009) « ces personnes pratiquantes sont nettement plus enclines à faire des dons à des organismes de bienfaisance et sans but lucratif et à faire des dons nettement plus importants à des organismes religieux et non religieux que ceux qui ne vont pas régulièrement à l'église. »

mercredi 12 juillet 2017

Église catholique s'inquiète du projet de loi punissant la liberté d'expression sur le genre

Extrait d’un communiqué de Mgr Douglas Crosby, Évêque de Hamilton et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada :


Le projet de loi C-16, Loi modifiant la Loi canadienne sur les droits de la personne et le Code criminel, a récemment été adopté par le Parlement du Canada et a reçu la sanction royale le 19 juin 2017. Cette loi ajoute l’identité de genre et l’expression de genre à la liste des distinctions illicites en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne, et elle modifie le Code criminel afin d’étendre la protection contre la propagande haineuse aux membres des groupes qui se distinguent par l’identité de genre ou l’expression de genre.

L’Église catholique regarde toutes les personnes, quelle que soit la manière dont elles s’identifient ou dont elles choisissent de vivre leur vie, comme investies d’une dignité inhérente que leur confère Dieu notre Créateur. Pour cette raison, toute discrimination injuste ou toute forme de violence contre une personne, ou une communauté, ou une classe de personnes, est toujours moralement mauvaise. Dès le moment de sa conception, l’être humain reçoit la dignité innée de porter l’image de Dieu. Toutes les personnes, y compris celles qui se disent « transgenres », doivent toujours être traitées avec compassion, respect et amour.

Bien que la Conférence des évêques catholiques du Canada soutienne l’objectif du projet de loi C 16, qui vise à assurer la protection des Canadiennes et des Canadiens, certains des principes qui le sous-tendent — si largement reçus qu’ils puissent être dans notre société — ne sauraient être appuyés par les catholiques. Le plus grave parmi ceux-ci prétend que le genre puisse être séparé de la sexualité biologique et choisi par l’individu. Ce principe clé de la théorie contemporaine du genre contrevient à la loi naturelle et à la révélation chrétienne, et, par conséquent, il a explicitement été rejeté par le pape François et le pape Benoît XVI.

Selon la Genèse, nous sommes créés homme et femme, à l’image de Dieu (Genèse 1, 26,27). Chacune et chacun de nous est donc appelé à accomplir sa vocation d’une façon qui est à la fois individuellement unique et néanmoins fidèle à celle ou à celui pour lequel nous avons été créés. Pour reprendre les mots du Catéchisme de l’Église catholique, aux numéros 2332 et 2333, « il revient à chacun, homme et femme, de reconnaître et d’accepter son identité sexuelle », laquelle comprend « la différence et la complémentarité physique, morale et spirituelle » et « affecte tous les aspects de la personne humaine, dans l’unité de son corps et de son âme ». Cette identité « concerne particulièrement l’affectivité, la capacité d’aimer et de procréer, et, d’une manière plus générale, l’aptitude à nouer des liens de communion avec autrui. »

Soucieux du bien-être, non seulement des catholiques, mais aussi de toutes les Canadiennes et tous les Canadiens, nous tenons à exprimer de nouveau nos graves inquiétudes au sujet du projet de loi C-16. Il est probable que cette législation soulèvera des questions liées à la liberté de parole, la liberté d’association et la liberté de religion. Nous invitons instamment tous les fidèles catholiques et toutes les personnes de bonne volonté à faire preuve de diligence en défendant ces libertés et la conception de la dignité humaine sur laquelle elles sont fondées.

Source

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La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

lundi 10 juillet 2017

Le Canada aujourd'hui : « Élever un enfant sans genre »

Cela semble être la dernière mode progressiste : s’extirper de sa réalité sexuelle biologique. Radio-Canada en parle souvent avec détachement ou bienveillance.

Voici ce que nos impôts payés à Radio-Canada (plus d’un milliard de $/an) nous apprenaient :

Alors qu’un parent en Colombie-Britannique se bat en cour pour que le sexe de son enfant ne soit pas inclus sur son certificat de naissance, ce mouvement prend de l’ampleur à l’échelle du pays.

En attendant des changements en Ontario, un couple de Toronto utilise des pronoms neutres et tente d’éviter toute notion de genre avec son enfant.

Ils ont décidé d’élever leur enfant, Ollie, en évitant toute notion de genre.

« On utilise les pronoms “they” et “them” (“eux”, en anglais) autant que possible et nous demandons à nos proches, notre médecin et d’autres fournisseurs de services de faire de même », explique Ashley McGee.

Les vêtements et les jouets du bébé, par exemple, ne sont ni féminins, ni masculins. [Note du carnet : donc ni poupée, ni camion, ni soldats ? Que reste-t-il ?]

L’Ontario, tout comme l’Alberta, étudie la possibilité d’ajouter un troisième genre non binaire sur les documents officiels. Certains veulent aller encore plus loin et complètement retirer la notion de genre sur les documents officiels.

Ce n’est pas assez, selon Barb Besharat, l’autre parent du couple. « Nous préfèrerions qu’il n’y ait pas de sexe sur les cartes d’identité », dit-elle.

Ce débat fait l’objet d’une révision judiciaire en Colombie-Britannique.

D’ailleurs, la coalition Gender Free ID surveille de près ce qui s’y passe en cour. « Je crois que c’est important parce que ça rendra tous les autres cas légaux similaires plus faciles », explique Felix Gilliand, porte-parole de la coalition.

Ottawa, de son côté, étudie déjà la possibilité d’ajouter des catégories de genres sur les passeports canadiens.

Aucune critique dans l’article de Radio-Canada. Il ne donne la parole qu’à des militants extrémistes.

Personne pour se plaindre de ces parents dont l’obsession asexuée risque de laisser des séquelles dans leurs enfants ? Que diront les parents quand leur fille aura ses premières règles et que la réalité physiologique reviendra au galop ? Ou feront-ils comme ces deux « mères » lesbiennes qui ont fait subir un traitement hormonal à « leur » fils pour bloquer sa puberté.

Thomas entre Pauline Moreno et Debra Lobel qui affirment qu'il n'a pas subi de pressions dans sa décision de devenir une fille


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La censure contaminerait les milieux universitaires

Pétition pour amender le nouveau programme québécois d’éducation à la sexualité




Remplacement du mot « principes » par celui de « valeurs »

La philosophe Bérénice Levet dans son dernier ouvrage, Le Crépuscule des idoles progressistes, analyse la fortune du mot « valeur » dans le discours politique récent :
D’ailleurs, au lendemain des 6-7-8 janvier [2015, l’attentat de Charlie Hebdo], on se garda bien de parler de la France ; un mot hypnotisa, neutralisa la réflexion : le mot « valeur », dont l’usage présidentiel, ministériel confirma de façon assourdissante son statut, déjà identifié par le poète Michel Deguy, de « lieu commun de l’éloquence politique » et de son « intarissable caquetage ». Et le 11 janvier, c’est au nom des valeurs que l’on se mobilisa. Les valeurs sont des universaux, sans ancrage historique. Charlie ne saurait donc prétendre au beau titre de citoyen, de patriote.

La fortune que connaît ce mot de « valeur » importé de la sphère économique dans la sphère politique atteste la perte de sens du politique. Dans ce domaine politique, ce sont les principes qui commandent — le principe de par son étymologie renvoie au commencement, à ce qui a été déposé par les ancêtres, origine fondatrice qui nous porte, nous soutient, nous inspire.

Mais le vocable a des accents par trop rigides pour l’esprit démocratique, on lui préfère donc celui de « valeurs », qui a quelque chose de plus souple — elles se troquent, se négocient, comme à la Bourse du commerce, et ont pour vertu d’être universelles. Et d’ailleurs, ce n’est pas tant d’avec les valeurs, de la République que les candidats au djihad font sécession — ils parlent volontiers l’idiome des droits de l’homme — mais bien d’avec l’identité française, ou plutôt, d’avec ce qu’ils en connaissent au travers de la propagande islamiste, et, hélas, du discours de certains de nos historiens, sociologues, journalistes dont le code de déontologie tient en un article : reconnaître les erreurs de la France.


dimanche 9 juillet 2017

L'immigration de masse vers les pays riches peut-elle résoudre le problème de la pauvreté du Tiers-Monde ?



Rappel

  • Population de l'Afrique en 1900:   100 millions d'habitants
  • Population de l'Afrique en 2017: 1.250 millions d'habitants
  • Accroissement naturel annuel net de la population africaine en 2017 : + 30 millions.
  • Population de l'Afrique en 2050 : 2.500 millions d'habitants


samedi 8 juillet 2017

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l'Europe romane

Quel fut le rôle de l’Empire byzantin dans l’essor culturel de l’Europe latine à l’époque de l’art roman ? C’est à Byzance, en effet, que fut recopiée la quasi-intégralité des œuvres de l’Antiquité grecque. Et c’est dans la cité impériale que la culture antique continua pendant des siècles à servir de socle à l’enseignement scolaire, la paideia παιδεία certes réservée à une élite.

Ce bagage byzantin fut transmis aux cours royales et aux abbayes de l’Europe à l’époque romane. On rencontre ainsi les influences artistiques byzantines à travers toute l’Europe des Xe-XIIe siècles, dans les vallées de la Meuse ou du Rhône, en Allemagne, jusque dans les royaumes scandinaves. De nombreux textes antiques furent alors traduits en latin puis commentés.

Les routes et les intermédiaires humains par lesquels cette transmission s’est effectuée montrent un couloir de circulation reliant la Sicile, l’Italie du Sud, la vallée du Rhône, la cour de Champagne, les abbayes d’Île-de-France et de Normandie, le monde rhénan...

C’est toute l’influence byzantine sur le monde latin, visible dans les fresques et les enluminures, dans la transmission d’ouvrages, d’abord religieux, puis savants que retrace dans cet essai magistral Sylvain Gouguenheim.


Brève présentation du libraire de la Procure




Entretien de 25 minutes avec Sylvain Gouguenhein au sujet de son ouvrage.
La « renaissance macédonienne » dont il est question eut lieu entre 867 et 1056 apr. J.-C. L’école de Tolède (en Espagne chrétienne car reprise en 1085 aux Sarrasins) traduisit à partir du milieu du XIIe siècle de nombreux ouvrages en langue arabe (eux-mêmes souvent traduits en arabe du grec, voire traduits en arabe du syriaque traduits du grec...)

Extrait relatif à l’enseignement byzantin
Le conservatoire de la paideia

Pour établir un pont entre la culture de l’Antiquité tardive et Byzance médiévale, il faut nous tourner vers le système scolaire, dont la survivance est illustrée directement, pour la fin du VIIIe siècle et le début du IXe par certaines œuvres parvenues jusqu’à nous.

« Les Byzantins, écrit B. Flusin, ont vu dans la paideia un trait caractéristique de leur identité » : l’école dispensait une culture à la fois classique, hellénique, et chrétienne ; la culture profane jouant un rôle « subordonné et instrumental. »

De Justinien aux souverains macédoniens, pas plus que dans l’Antiquité tardive des II-Ve siècles, l’enseignement ne se fonda uniquement sur des œuvres chrétiennes. Au début du IXe siècle, les textes scientifiques et techniques de l’Antiquité grecque sont encore à la disposition des lettrés.

Par exemple, les patriarches de Constantinople Taraise (784-806) et Nicéphore (806-815) reçurent une instruction où la tradition antique, païenne, était présente.

Tout commençait par une formation élémentaire, auprès du grammatistès, vers l’âge de 6-7 ans, « pendant laquelle l’enfant apprenait des rudiments de calcul et à lire et à écrire en utilisant des textes religieux ».

Ensuite, au bout de trois ou quatre ans commençait l’enseignement dit « encyclopédique » (εγκύκλιος παιδεία) dont le but était de fournir des connaissances « circulaires » c’est-à-dire un savoir global portant sur l’ensemble des disciplines jugées nécessaires à l’exercice des fonctions ecclésiales ou administratives. Cet enseignement reposait sur la mathimatiki tétraktys (arithmétique, géométrie, astronomie et musique) après les trois disciplines littéraires, la grammaire, la rhétorique et la poésie.

Les écoles byzantines demeurèrent fidèles au modèle de la paideia ; l’empire chrétien d’Orient ne l’avait pas détruite, ni ne lui avait substitué une école « chrétienne ». L’enseignement y reposait toujours sur les mêmes auteurs, dont les textes étaient abordés sous la forme de compilations, de florilèges et d’abrégés.

Homère, considéré comme le fondateur de la littérature grecque, donc comme le fondement de l’éducation, en constituait la base ; on étudiait sinon le texte entier de l’Iliade du moins les premiers chants ; Ignace le Diacre, actif dans la première moitié du IXe siècle le cite, ainsi qu’Hésiode ; Michel Psellos prétend l’avoir appris par cœur. À la fin du XIIe siècle, Eustathe de Thessalonique et Jean Tzétzès ont composé des commentaires sur les poèmes d’Homère.

Les Travaux et les Jours d’Hésiode et les tragédies servaient à l’étude de la grammaire, Démosthène à l’enseignement de la rhétorique et Aristote à celui de la logique ; on abordait les savoirs scientifiques par le biais d’Euclide et de Ptolémée : un palimpseste des Éléments écrit à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle témoigne de la permanence de leur étude même dans ces « âges sombres ». Il n’est pas exclu que Plutarque et la Cyropédie de Xénophon aient également été utilisés.

Il n’y avait pas d’université telle que l’Europe latine les inventa au XIIIe siècle. Au VIIIe siècle il n’y a même plus dans la capitale de lieux publics d’enseignement supérieur.

Au siècle suivant, l’école patriarcale, qui formait en théologie, dispensait un enseignement de base où dominaient la grammaire, la philosophie, les mathématiques. Même les futurs moines, écrit J. Irigoin s’initiaient à la logique et à la poétique. Mais ils ne semblent pas en avoir ensuite fait grand cas si l’on se fie au faible rôle des monastères dans la copie des textes classiques.

En 863, Bardas — frère de l’impératrice Théodora et régent entre 858 et 866 — installa à Constantinople dans le palais de la Magnaure une sorte d’école supérieure où l’on enseignait les sept arts libéraux et la philosophie.

Entre ces disciplines, il n’y avait pas de séparation : ce sont souvent les philosophes qui les enseignaient, en les orientant dans un sens spéculatif, par exemple en astronomie. Quatre professeurs y furent actifs à l’époque de la fondation ; outre Léon dit le « Mathématicien » ou le « Philosophe », chargé de la philosophie, son élève Théodore enseignait la géométrie, Théodègios l’arithmétique et l’astronomie, tandis que Kométas prenait en charge la grammaire. Constantin VII en relança l’activité au milieu du Xe siècle. Au début du XIIe siècle, la princesse Anne Comnène (1083-1153), fille de l’empereur Alexis Ier, témoigne dans son Alexiade, vaste poème à l’honneur de son père, avoir reçu une formation complète dans les sciences de la tétraktys ainsi que dans la philosophie platonicienne et aristotélicienne (étaient ainsi enseignés Proclus, Jamblique, Porphyre).

Le savoir antique avait, comme dans l’Antiquité tardive, une triple utilité : il fournissait le socle des connaissances nécessaires à la formation des élites ; il servait de propédeutique à la foi chrétienne et permettait — au prix d’une exégèse — de la corroborer ; il jouait, par ses « erreurs » le rôle d’un repoussoir. Il serait donc erroné de voir dans la paideia le souci de se cultiver auprès des auteurs anciens, de vivre en compagnie de Socrate, Sophocle ou Thucydide. De tels sentiments ont existé, mais furent rares et ne constituaient pas l’objectif de l’institution scolaire. Celle-ci a toutefois donc permis, dans une période où on ne s’en souciait guère, la conservation de la culture classique.

[…]




Dans la première moitié du IXe siècle, s’amorça à Constantinople un vaste mouvement de copie des textes antiques qui toucha tous les domaines et démontrait un regain d’intérêt pour la culture classique. Entre le IXe et le XIIe siècles, la plus grande partie des textes philosophiques, historiques, littéraires, mathématiques firent l’objet de copies. Ce travail fondamental, assurant à la fois conservation et transmission, a été étudié de nombreux historiens.

Sans ces translittérations de la « Renaissance macédonienne », la majeure partie de ces œuvres, notamment le théâtre et l’histoire, serait tombée dans les oubliettes. Sans ce travail, nous n’aurions pas aujourd’hui les versions originelles non seulement de Platon ou Aristote, mais de Thucydide Hérodote, Eschyle, Sophocle, Euripide, Euclide, Diophante, etc., grâce auxquelles sont élaborées les éditions modernes.

Caractères généraux de la « Renaissance macédonienne »





Cet intérêt toutefois ne se diffusa qu’au sein de certaines élites et notamment, au contraire de ce qui se passa dans les scriptoria monastiques d’Occident, les moines ne s’y impliquèrent guère. Ils ignorèrent la littérature antique, alors que leurs homologues bénédictins recopièrent inlassablement les auteurs latins. Le moine constantinopolitain Éphrem représente une exception.

Peut-être d’ailleurs a-t-il agi sur commande. Quoi qu’il en soit, il dirigea un important atelier de copie dans la seconde moitié du Xe siècle, qui produisit des textes d’Aristote, de Polybe, sans doute aussi de Thucydide, Appien, Lucien et Plutarque.

Ce renouveau ne fut pas une mode passagère puisqu’il inaugura un courant qui dura jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. Il concerna les œuvres classiques dans tous les — domaines ainsi que leurs commentaires de l’époque hellénistique. Le terme de renaissance ne doit pas être pris dans un sens trop proche de celui que l’on affecte à l’Italie des XVe et XVIe siècles ; J.-M. Spieser l’estime même « impropre », notamment parce que sa « véritable caractéristique est la production d’objets de luxe, mais l’usage s’en est répandu.


La reprise des œuvres artistiques de l’Antiquité n’eut en tout cas pas la même ampleur, encore moins le même esprit, que celle effectuée trois ou quatre siècles plus tard par les artistes italiens. — Et s’il y eut « floraison artistique » à l’époque macédonienne, elle imita l’art byzantin, ou paléochrétien, que la période iconoclaste avait bridé, plutôt que l’art antique.

Les débuts de cette « renaissance », à laquelle on donne le nom de la dynastie régnante entre 867 et 1056, mais qui se prolongea sous les Comnènes, se situent, selon les auteurs, entre 813 et 842 ou bien après le triomphe de l’Orthodoxie en 843 scellant la fin de la crise iconoclaste.

Ce fut encore la paideia qui servit d’appui à ce mouvement, notamment les écoles de la capitale qui portaient le nom de l’église qui les abritait (écoles des Chalkoprateia, des Quarante-Martyrs, de Saint-Pierre où enseignait au XIe siècle Michel Psellos, etc.)

Si les petites écoles et l’alphabétisation étaient supérieures dans l’empire grec à ce qu’elles étaient alors en Occident, la culture demeurait limitée à un maigre cercle social et dépendait beaucoup du mécénat de hautes personnalités ou des empereurs. Constantinople disposait, sans doute vers 950, d’une organisation d’ensemble d’écoles secondaires. Plusieurs cités de province abritent des écoles (Thessalonique, Trébizonde), mais la majorité de la population restait à l’écart.

Un commentaire porté sans doute par le juriste Xiphilin à la fin du XIe siècle sur un manuscrit des œuvres de l’historien Zosime émet un jugement négatif sur la culture du temps. Plus tard, le métropolite d’Athènes, Michel Choniatès (1139-1222), qui avait rassemblé une riche bibliothèque, se lamentait de l’ignorance des habitants de sa ville.

À l’origine du renouveau culturel se trouvent une poignée d’individus et les initiatives de certains empereurs, au prix d’entreprises de longue haleine. Mais ce que firent ces lettrés et savants eut une répercussion sans commune mesure avec leur nombre. Deux d’entre eux émergent : Léon le Mathématicien (ou « le Philosophe ») et Photios, futur patriarche de Constantinople.

Léon enseigna à l’école des Quarante-Martyrs à partir de 829/833 jusqu’en 840, puis à la Magnaure. Il était d’abord un scientifique, auteur de courts poèmes sur le Traité des coniques d’Appolonios de Perge, sur la mécanique et l’astronomie. On sait qu’il détenait des manuscrits des Éléments d’Euclide ou de l’Introduction à la Grande Syntaxe de Ptolémée, voire des traités d’Archimède. Il s’intéressait, en outre, à la philosophie antique et a notamment révisé les Lois de Platon ; travail qu’il signale dans une note marginale portée sur le plus ancien manuscrit de ce texte qui nous soit parvenu, qu’il a donc eu entre les mains. Il avait enfin une « connaissance étendue de l’Iliade et de l’Odyssée. » C’est avec lui, écrit J. Irigoin, que l’on peut commencer à parler d’une renaissance de la littérature antique.

Photios, patriarche de Constantinople entre 858 et 867 puis entre 877 et 886, est le second grand acteur de ce renouveau. Réputé pour sa science et sa maîtrise de l’ensemble des disciplines (grammaire, métrique, philosophie, médecine, géométrie, etc.), il enseigna la dialectique et la philosophie. Son Lexique (antérieur à 855) et sa Bibliothèque (855) donnent une idée de son érudition.

Le premier de ces ouvrages offre à travers les mots définis un choix de lecture de prosateurs et « historiens ; y sont insérées de nombreuses citations.

Le second présente des notices et extraits de 279 manuscrits lus et annotés par Photios lui-même et dont 122 correspondent à des œuvres d’auteurs profanes antiques et hellénistiques (99 au total, dont 31 historiens). Il s’agit de véritables comptes rendus critiques. N’y figurent pas les ouvrages classiques, qui étaient la base de l’enseignement, ni les philosophes autres que mineurs, ni aucun poète ; les œuvres latines sont absentes.

S’il connaît Thucydide et Xénophon, il ne les présente pas ; de même Il ne recense pas les travaux d’Euclide et de Ptolémée qu’il ne peut ignorer. Ses silences ne sont donc pas des lacunes, mais des choix : il fait figurer ce qu’il a lu, à l’exception des textes classiques et usuels.

Fait remarquable, les manuscrits byzantins ultérieurs ne nous ont transmis qu’un tiers des ouvrages mentionnés par Photios. Celui-ci avait donc trouvé nombre d’anciens textes dans les bibliothèques de la capitale ou des environs. À partir du Xe siècle et avec la réalisation des encyclopédies, on jugea inutile de les conserver, puisque les éléments les plus intéressants venaient d’être compilés. Photios fut donc précieux : aux auteurs antiques dont l’étude s’était perpétuée au fil des siècles (Aristote et ses commentateurs, Euclide, Homère), il ajoutait les historiens, les orateurs et des romanciers. D’où la conclusion de J. Irigoin :

“Photius, Léon le Philosophe, voilà les deux hommes qui se trouvent à l’origine de la renaissance byzantine et ont exercé une influence décisive sur son développement. C’est à eux que nous devons, pour une grande part, de pouvoir encore lire et aimer les chefs-d’œuvre de l’antiquité hellénique.”

Leur action trouve un écho dans le goût pour la culture classique manifesté par des hommes comme le diplomate Léon Choirosphaktès (mort vers 919), auteur de poèmes et d’épigrammes, ou Jean le Géomètre (935-1000) dont les poésies contiennent des références à Homère, Xénophon, Sophocle et Euripide, etc.

[…]

Un savoir prolongé




Décrié, recherché, imité, l’hellénisme fut donc en grande partie conservé, parfois prolongé, comme en philosophie et en médecine. Ces éléments ont été depuis longtemps relevés par les spécialistes de l’histoire de Byzance.


[...]

Dans le domaine que nous classons comme scientifique, sans bénéficier d’innovations majeures (aucun théorème ne porte le nom d’un Byzantin), le savoir mathématique ; basé sur les Éléments d’Euclide et l’Arithmétique de Diophante fut conservé : lorsque l’Arménien Anania de Chirak (m. 685) voulut s’instruire dans cette matière il se dirigea vers Constantinople, et trouva un précepteur à Trébizonde.

La Géographie de Ptolémée ne fut pas oubliée, mais ses intentions ne furent pas bien comprises. P. Gautier-Dalché en relève des traces d’utilisation, ainsi dans un traité anonyme de date incertaine (“Exposition de la géographie en épitomé” VIe-IXe siècle), mais qui s’écarte totalement de l’esprit du savant alexandrin. Des références au livre de Ptolémée figurent dans des gloses portées sur des résumés (Chrestomathies) de la Géographie de Strabon, peut-être issues de l’entourage de Photios ou d’Aréthas ; elles attestent un usage des cartes de Ptolémée, confrontées au texte de Strabon. Au XIIe siècle Jean Tzétzès, auteur de commentaires d’Aristote, composa des poèmes, les Chiliades, où l’on trouve des références à la Géographie. Mais il fallut attendre la fin du XIIIe siècle et les travaux de Maxime Planude pour assister à une redécouverte du livre de Ptolémée. Ce moine mathématicien (il commenta les travaux d’Euclide et de Diophante), astronome et géographe, en retrouva deux manuscrits. Surtout, il édita, en y rétablissant les cartes, la Géographie à partir d’un superbe manuscrit qu’il découvrit vers 1295, qui contenait une petite trentaine de cartes, et qu’il offrit à l’empereur Andronic II.

Il reste qu’à Byzance, les aspects “scientifiques” de la Géographie furent laissés de côté. Elle était un réservoir de données, non une image d’ensemble de l’œcumène ; on l’utilisait, conclut P. Gautier-Dalché, comme une géographie descriptive, sans en relever les éléments relatifs à la construction des cartes, signe de la “défaite de la géographie ptoléméenne dans ce qu’elle a de plus spécifique”.

Il est deux domaines scientifiques où le savoir antique fut conservé, voire amélioré, pour d’évidentes raisons pratiques. L’agriculture reprit intégralement l’agronomie romaine à travers la large diffusion des Geoponika. La médecine byzantine fut par ailleurs moins pauvre qu’on ne le pense d’ordinaire rappelle M.-H. Congourdeau.

D’une part on avait gardé les ouvrages et les pratiques héritées d’Hippocrate et Galien, dont les œuvres furent souvent copiées. S’y ajoutèrent les compilations médicales de l’Antiquité tardive (Oribase au Ve siècle, Aétius d’Amide au VIe, Paul d’Égine au VIIe puis les commentaires de médecins byzantins tels que Théophile le protospathaire [sans doute IXe siècle] qui laissa un traité Sur les pouls inspiré de Galien. Était en outre à la disposition des médecins toute une série d’encyclopédies et de manuels pratiques ; parmi ces derniers notamment figuraient les ouvrages d’Alexandre de Tralles [VIe siècle auteur d’un traité médical en 12 livres, θεραπευτικά, ainsi que d’un traité d’ophtalmologie], Paul de Nicée [IXe] ou encore Théophane Chrysobalanthès [Xe]. Enfin une très abondante masse de recettes médicales, les iatrosophia, vint au Xe siècle compléter le bagage littéraire de la médecine grecque médiévale. Ces textes mêlaient remèdes antiques à des innovations récentes, prises partout où c’était possible [s’y côtoient des traitements grecs, persans et arabes]. La plupart des lettrés byzantins semblent ainsi avoir eu des connaissances médicales ; Jean Philogathos, généreusement pourvu par les Ottoniens [Note du carnet : rois et empereurs allemands de 962 à 1024] a participé à la traduction en latin d’œuvres médicales grecques.

M.-H. Congourdeau cite à cet égard le Poème médical de Michel Psellos et souligne que nombre de sources littéraires attestent la diffusion de ce savoir.

Byzance introduisit par ailleurs plusieurs innovations. D’une part on y fonda, à partir du VIe siècle, des hôpitaux une époque où l’Europe latine ne connaissait — et pour longtemps encore — que des hospices [l’hospice abrite le pauvre malade et fait en somme œuvre de charité ; l’hôpital soigne : on y entre avec l’espoir d’en sortir]. Souvent fondés par des empereurs, associés à des monastères, ces hôpitaux furent installés principalement dans la capitale : le Myrélation de Romain 1er [Xe siècle], les Manganes de Constantin IX [XIe siècle], le Pantocrator de Jean II [XIIe siècle].

D’autre part, les médecins byzantins, s’ils n’apportèrent guère de progrès théoriques ni ne firent de grandes découvertes, améliorèrent les techniques d’ophtalmologie ou de gynécologie. Ils pratiquaient des dissections de cadavres dès le VIIe siècle et semblent avoir eu une certaine maîtrise des actes chirurgicaux : M.-H. Congourdeau cite une vie de saint du IXe siècle relatant “une opération d’extraction de calculs rénaux sans incision, ce que les Anciens ne savaient pas faire”, ou des interventions aussi délicates que des séparations de siamois [Xe siècle].

Enfin, utile à l’agriculture, aux transports et à la guerre, l’art vétérinaire semble avoir été d’un très bon niveau, en particulier dans les soins apportés aux chevaux.

On savait dès l’Antiquité panser les plaies, réduire les fractures, faire des sutures, remettre en place des articulations luxées, etc.

D’importants traités d’hippiatrie furent rédigés entre la fin du IIIe et la fin du IVe siècle ; ils furent réunis dans un corpus, les Hippiatrica, dont on connaît aujourd’hui 15 manuscrits ; les deux plus anciens remontent aux Xe et XIe siècles.

Ainsi, conclut S. Lazaris,

“Les Grecs ont jeté les bases d’une médecine scientifique du cheval, que les Romains ont transformée en une médecine du bétail. Quant aux Byzantins, ils ont eu le mérite de recueillir les acquisitions des Grecs et des Romains et de développer une ‘science du cheval’ pratique, tout en conservant les connaissances de leurs ancêtres.”







La Gloire des Grecs
par Sylvain Gouguenheim,
paru le 1 janvier 2017,
aux éditions du Cerf,
à Paris,
410 pages.
ISBN : 9782204103367
49,95 $









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vendredi 30 juin 2017

Australie — Recrutement sur base de CV anonymisés augmente nombre d'hommes blancs sélectionnés

Selon une importante étude australienne, une politique de recrutement anonymisé visant à stimuler l’emploi des femmes et de minorités visibles sur le marché du travail peut déboucher sur des résultats contraires.

Le recrutement en aveugle signifie que les recruteurs ne peuvent pas distinguer le sexe des candidats à des postes à pourvoir parce que les détails susceptibles de dévoiler cette information ont été éliminés des CV.

Ce type de recrutement est parfois préféré aux quotas selon le sexe ou l'origine ethnique. Il a été adopté en Australie par Deloitte, Ernst and Young, la police de l’État de Victoria Police et la banque Westpac.

Dans le but d’éliminer le sexisme et le racisme dans le recrutement, des milliers de fonctionnaires ont été invités à choisir des recrues dont les CV avaient tous été dépouillés de toute mention à leur sexe et leur origine ethnique.

L’hypothèse derrière cette étude était que la direction embaucherait plus de femmes quand les recruteurs ne peuvent plus prendre en compte que les mérites professionnels des candidats.

Leurs choix ont été surveillés par des économistes comportementaux du service du Premier ministre — familièrement connu sous le nom de « l’unité coup de pouce » (appelée Nudge unit à Paris)

Le professeur Michael Hiscox, un universitaire de Harvard qui a supervisé le processus, a déclaré qu’il était surpris par les résultats et a exhorté à la prudence.

« Nous avons prévu que cela aurait un impact positif sur la diversité, ce qui rendait plus probable que les candidates et les personnes appartenant à des minorités ethniques soient retenues pour un entretien », a-t-il déclaré.

« Nous avons trouvé le contraire, l’anonymat réduit la probabilité que les femmes soient sélectionnées pour la liste restreinte de candidats retenus ».

Résultats de l'étude :
  • Le processus a révélé que l’attribution d’un nom masculin à un candidat les rendait 3,2 pour cent moins susceptibles d’obtenir un entretien d’embauche.
  • En ajoutant le nom d’une femme à un CV, le candidat était de 2,9 % plus susceptible d’avoir le pied à l’étrier.
  • Les hommes de minorités visibles étaient 5,8 % plus susceptibles d’être présélectionnés et les femmes appartenant à ces minorités étaient 8,6 % plus susceptibles d’être présélectionnées lorsqu’elles étaient identifiables par rapport aux CV anonymisés.
  • La discrimination positive était la plus notable pour les candidates féminines autochtones qui étaient 22,2 % plus susceptibles d’être présélectionnées lorsqu’elles étaient identifiables par rapport à des CV anonymes.
  • Il est intéressant de noter que les évaluateurs masculins discriminaient nettement plus souvent en faveur des candidats des minorités visibles que leurs homologues féminines. En outre, les recruteurs de 40 ans et plus discriminaient plus souvent en faveur des femmes et ces minorités que les plus jeunes.

« Nous devrions faire une pause et être très prudents avant d’utiliser cette méthode pour augmenter la diversité, car elle peut avoir l’effet inverse », a déclaré le professeur Hiscox.

Scandinavie — Les élèves immigrés non occidentaux à la peine (y compris la 3e génération)

Une étude a provoqué tout un émoi au royaume du Danemark il y a quelques semaines. Elle indique, en effet, que les enfants d’immigrés (les immigrés de deuxième génération) se placent professionnellement loin derrière leurs camarades danois de souche.

Les nouveaux chiffres montrent également que les enfants immigrés de la troisième génération (les petits-enfants d’immigrés) ne réussissent pas mieux, bien que ceux-ci et leurs parents soient nés et aient grandi dans ce pays.

À l’école primaire, l’année dernière, les garçons nés d’immigrants en provenance de pays non occidentaux avaient une moyenne de 5,6 sur une échelle de 13 points, soit le même résultat que les immigrés de troisième génération. Cette moyenne est inférieure de 1,3 point à celle des Danois ethniques. L’écart est le même pour les filles. L'écart entre les Danois de souche et les enfants issus de l'immigration ne se résorbe pas, même après trois générations.

L’étude a été réalisée pour le Jyllands Posten à partir des chiffres de Statistiques Danemark.

L’ancien directeur de Statistiques Danemark, Jan Plovsing, estime que les chiffres sont fiables, bien que l’échantillon soit réduit (395 enfants pour l’année dernière). Les chiffres des examens des années précédentes indiquent la même tendance : « Il est très inquiétant de voir que l’intégration fonctionne aussi mal, comme le montrent ces chiffres. »

Les immigrés non occidentaux au Danemark, même à la troisième génération, s’en sortent nettement moins bien que les Danois d’origine et ne font pas mieux que leurs parents de la seconde génération avec une moyenne de 5,8 pour les filles et 5,2 pour les garçons, soient à peine assez pour réussir.

Statistiques Danemark commentait les résultats de la sorte : « l’échantillon de notre base de données de descendants d’immigrés est encore petit [258 élèves aux examens de fin d’école élémentaire], il sera donc intéressant de suivre leur parcours jusqu’à 16 ans, mais les chiffres indiquent qu’il n’y a pas de différence dans les moyennes scolaires entre les enfants de la deuxième génération immigrée et leurs parents. Même si la troisième génération a au moins un parent né au Danemark. » (Page 123 du rapport « Immigrants au Danemark 2014 »).

On trouvera ci-dessous la moyenne des résultats aux examens de fin d’école primaire des quatre dernières années. Les résultats sont donnés pour les garçons et les filles de quatre groupes : Danois de souche, élève immigré, élève de la seconde génération immigrée et ceux de la troisième génération.

Résultats aux examens de fin d’école primaire
 (8 = bien, 7 = satisfaisant, 6 = passable, 5 = échec)

AnnéeGarçonsFille
 Danois 1re
 générat. 
2e
 générat. 
3e
 générat. 
 Danoises 1re
 générat. 
2e
 générat. 
3e
 générat. 
20136,64,85,25,37,35,45,85,8
20146,64,95,25,17,35,45,85,7
20156,85,25,55,37,65,76,26,0
20166,95,05,65,67,75,66,36,3

Selon une étude du réseau pensant (think tank) DEA de 2014, les résultats à l’école primaire sont de bons prédicteurs des résultats par la suite : « Il existe un lien clair entre les notes obtenues à l’école primaire et secondaire et la transition vers l’enseignement supérieur. Les élèves avec de bons résultats à l’école réussissent mieux comme étudiants post-secondaires que les élèves ayant obtenu de faibles notes [...] En général, nombre d’élèves ayant des notes mauvaises à l’école primaire ont de la difficulté à obtenir un diplôme post-secondaire. » En outre, comme le soulignait le journal Politiken en février 2015, selon une étude de l’EVA, de mauvais résultats à l’école secondaire sont liés à un plus haut d’abandon dans l’enseignement supérieur.

L’immigration non occidentale au Danemark : un coût de 6,5 milliards $/an

Le ministère des Finances danois a récemment annoncé que l’immigration non occidentale coûtait 6,5 milliards de dollars canadiens par an au Trésor danois. Les chiffres ne prennent en compte que les données disponibles jusqu’en 2014, c’est-à-dire avant la forte hausse de demandeurs d’asile en 2015 et début 2016. Ce montant comprend 3 milliards liés au coût de la deuxième et à la troisième génération qui pour l’instant présente des dépenses puisqu’ils fréquentent les écoles maternelles, primaires, secondaires, mais qui devraient contribuer par la suite au Trésor danois. Pour Morten Uhrskov Jensen dans les colonnes du Jyllands Posten, il n’est pas évident au vu des faibles résultats de ces fils d'immigrés que cette future contribution au Trésor danois sera nette. Morten Uhrskov Jensen s'inquiète de la fabrication d'une nouveau prolératiat au Danemark.

Un enfant sur cinq né au Danemark est désormais d’origine immigrée

La question de l'intégration est devenue plus pressante au Danemark, alors que la proportion de bébés nés de mère immigrée au Danemark a augmenté de façon spectaculaire en dix ans, principalement en raison de l’arrivée d’immigrants syriens. L’année dernière, 61 614 enfants sont nés dans ce pays du nord de l’Europe - 21,6 pour cent d’entre eux (soit un sur cinq) à une mère immigrée ou issue de l’immigration. La grande majorité, 18,5 pour cent, est née d’immigrée de première génération. Il y a encore une dizaine d’années en 2007, la proportion était de 13,5 pour cent, révèlent des chiffres de Statistiques Denmark rapportés par le Kristeligt Dagblad.

Enfants qui ne parlent pas ou peu le danois envoyés d’autorité en maternelle ou perte d’allocations

Afin de faciliter l’intégration des jeunes immigrés, le gouvernement danois a de nouveau renforcé les lois d’intégration en janvier 2017 et cessera de distribuer des allocations aux parents qui refusent d’envoyer leurs enfants en bas âge à des cours de langue. Les enfants de trois ans issus de familles immigrantes qui ne fréquentent pas l’école maternelle doivent passer un test de langue. Les enfants qui ne savent pas ce que le gouvernement appelle une « connaissance appropriée du danois pour leur âge » sont désormais tenus d’aller à l’école maternelle et d’y recevoir une formation linguistique supplémentaire sous peine de suspension des allocations versées par l’État à leurs parents.

Le Danemark n’est pas le seul pays scandinave confronté aux difficultés suscitées par une forme immigration non occidentale. L’intégration des enfants de migrants se révèle également être un énorme défi.

La Suède aussi

C’est ainsi qu’aux termes d’une étude du Groupe d’experts suédois sur les finances publiques (ESO), l’intégration des immigrés s’est même dégradée de manière spectaculaire depuis 1998 en Suède. S’appuyant sur les résultats scolaires des enfants de migrants à l’âge de 16 ans, ce rapport constate que le taux de réussite à la fin de la dernière année de la scolarisation obligatoire (jusqu’à 16 ans) est passé de 70 % en 1998 à 50 % en 2014.

La détérioration se constate avant tout parmi les élèves qui sont arrivés en Suède à sept ans révolus. En effet, si l’on considère le groupe de ceux arrivés avant l’âge de sept ans, les statistiques sont très semblables à celles de l’année 1998. Chez les autres, ceux qui sont entrés en Suède plus tard pour commencer leur scolarité suédoise au-delà des petites classes de l’école primaire, les résultats se dégradent de plus en plus.

Écolières à Malmö (Sud de la Suède, en face du Danemark)


La moitié des élèves immigrés entrés à l’école suédoise après l’âge de six ans en échec scolaire

Selon Hans Grönqvist, professeur associé d’économie à l’université d’Uppsala, l’un des auteurs du rapport, cela s’explique ainsi : « Ceux qui sont arrivés au cours de ces dernières années étaient notablement plus âgés à la rentrée en Suède, ce qui signifie qu’ils ont moins de temps pour atteindre les objectifs de l’école ».

La langue y est-elle pour quelque chose ? Ou le manque de bases scolaires suffisantes ? Dans les deux cas, la statistique est parlante. Car si des jeunes qui passent des heures en immersion dans le système scolaire suédois ne parviennent pas à se mettre à niveau, que dire de leurs parents et plus largement des migrants adultes, qui arrivent sans connaissances du suédois et qui sont sans doute moins adaptables que des adolescents ? On ne peut que craindre de grandes difficultés d’insertion dans le monde du travail.

L’étude révèle également des différences selon les pays d’origine de ces jeunes migrants. Ce sont les adolescents en provenance d’Afrique qui s’en sortent le moins bien à la fin du « 9e niveau » de l’école secondaire, ainsi que les élèves arrivés en tant que mineurs non accompagnés — un groupe toujours plus important. Parmi ces derniers, seuls 20 à 30 % ont un niveau suffisant à 16 ans en suédois, anglais et mathématiques.

Les mauvais résultats des migrants à l’école en Suède liés à l’âge d’arrivée

Grönqvist explique cela par leur âge moyen relativement élevé lors de l’arrivée en Suède de ces mineurs non accompagnés : ils ont en moyenne un peu moins de 12 ans, tandis que pour l’ensemble des enfants de migrants, la moyenne est de huit ans et demi.

D’aucuns (voir liens ci-dessous) rendent l’afflux d’immigrés responsable de la chute de la Suède vers le bas du tableau d’honneur des évaluations PISA qui comparent les résultats scolaires de 34 pays. En mathématiques, elle est désormais à la 28e place, et elle fait à peine mieux pour la lecture et les sciences : 27e. L’OCDE, qui organise ces tests, a constaté qu’en Suède 48 % des élèves immigrés n’atteignent pas le niveau minimum en mathématiques, contre 22 % des autochtones.

À cela, il faut ajouter la désaffection des professeurs suédois pour les zones à forte densité immigrée. À Malmö par exemple, 42 % de la population est d’origine étrangère — et près d’un professeur sur cinq a quitté la zone l’an dernier pour aller enseigner ailleurs. Même le syndicat des enseignants, peu suspect de xénophobie, reconnaît que certaines écoles sont devenues trop dangereuses pour les enseignants en raison du taux de violence et de délinquance que l’on constate.


Sources : Jyllands Posten, Jyllands Posten, Kristeligt Dagblad, ESO.

Voir aussi

Suède — La baisse du niveau scolaire en partie imputable à l’immigration ?

Suède — Échec de l’intégration des immigrés, ce n’est pas faute de moyens ou de bons sentiments

La non-exception scandinave : la prospérité et les bons côtés ont précédé l’État-providence

« Le système de garderie universel en Suède forme des enfants moins instruits »

Suède : des résultats scolaires en baisse depuis dix ans

Danemark — Les chants de Noël à l’école victimes du multiculturalisme

L’État danois oblige les églises luthériennes à marier les homosexuels (mais pas les autres confessions religieuses)


France — La désolation d’une correctrice du bac face à la médiocrité des copies

Dans un billet publié sur Facebook, une correctrice du bac de français se désole du niveau des copies et de l’obligation qui lui est faite d’augmenter les notes. Son message a été partagé des milliers de fois.

L’auteur, Audrey, est professeur de français. Dans ce texte, l’enseignante, qui a 55 copies du bac 2017 à corriger, se désole du niveau des copies et surtout que les notes soient augmentées de manière artificielle. Elle décide alors de refuser de « cautionner » les consignes qui lui ont été données d’atteindre la moyenne sur l’ensemble des copies qu’elle corrige. « Vous distribuerez vous-mêmes, en haut lieu, les notes qui arrangent votre politique » écrit l’enseignante. Découvrez l’intégralité de son message.

« C’est affligeant de médiocrité »

« Je corrige des copies de l’écrit du bac de français pour des séries technologiques. C’est affligeant de médiocrité. Dans 90 % des cas les méthodes ne sont pas appliquées, les réponses ne sont pas trouvées, les textes ne sont pas compris, les outils d’analyse ne sont pas connus, pas utilisés, l’expression est déplorable avec beaucoup de phrases sans verbe, l’orthographe est un lointain souvenir d’une autre époque, les majuscules... un soldat inconnu.

Sincèrement je jette les points, histoire d’en mettre. Parce qu’il faut le savoir, la commission d’entente EXIGE que mon paquet de 55 copies dont certaines font 15 lignes ait 10 de moyenne.

“Je choisis de mettre les notes que ces malheureuses copies valent”
Audrey
Notes seront augmentées de toute façon

Si je n’atteins pas ce quota, mes notes seront augmentées. Alors à quoi bon ? À quoi bon passer plus de temps sur une copie que l’élève lui-même ? À quoi bon toute l’année transmettre conseils, leçons, connaissances ? À quoi bon exiger rigueur et culture ? Et surtout comment faire comprendre que ce lynchage du niveau du bac affaiblit nos jeunes pour l’avenir ? Pour les exigences de concours et de métiers où, oui, c’est dingue non, il faut savoir écrire, raisonner et analyser. Pauvre France... Pauvre éducation...

Alors je fais mon choix. Je ne joue pas. Je ne cautionne pas. Je choisis de mettre les notes que ces malheureuses copies valent. Vous distribuerez vous-mêmes, en haut lieu, les notes qui arrangent votre politique. La bienveillance n’est pas le mensonge. Votre grand leurre se fera sans moi ».

Une prof « extraordinaire »


Qui est Audrey ? Une professeur de français qualifiée de « géniale » par une collègue et très appréciée. Elody, qui se présente comme l’une de ses anciennes élèves, a tenu à rendre hommage à son ancien professeur de français avec un message : « Voici un petit texte, pour vous parler d’une femme que j’ai toujours appréciée. Je parle de ma prof de français : une femme en or, qui a du cœur et elle le fait ressentir dans son travail. Elle a toujours su nous aider dans tous les domaines, que ce soit en cours ou en privé, elle m’a guidée et beaucoup aidée. Je l’admire, car c’est une femme extraordinaire. »

Soutiens sur la Toile

L’initiative de l’enseignante a reçu un grand nom nombre de soutiens à en croire divers commentaires laissés sur les partages du billet Facebook. « J’approuve votre liberté de “noter” et continuez comme cela ! » ou encore « Bravo pour l’honnêteté... Il faut tellement y croire pour être enseignant de nos jours » faisaient partie des encouragements des utilisateurs du réseau social.

D’autres ont préféré commenter le fond du texte, en donnant souvent raison à son auteur. Ainsi, une certaine Béatrice fulminait : « C’est honteux ! Je préfèrerais ne pas savoir... Mettre la moyenne à des copies qui ne méritent pas la moitié... À quoi servent donc les exams ? Honteux ! Et pour les concours idem ? »

Tandis qu’un internaute nommé Babbaloo poussait plus loin l’analyse : « Elle est où, la France des lumières, de l’expression, de l’éloquence, des connaissances... La France est devenue la risée du monde occidental par son rétrécissement d’esprit, la dégradation de la morale et aujourd’hui un recul spectaculaire du niveau scolaire/académique. C’est affligeant, il faut faire quelque chose, maintenant… »


Comment l'Islande a désintoxé ses ados en quelques années

À la fin des années 1990, une série d’enquêtes sociales met au jour la dérive des jeunes Islandais. À l’époque, plus de 40 % des ados de 15 et 16 ans déclarent avoir bu au cours du mois précédent, un sur quatre fume et 17 % reconnaissent avoir déjà consommé du cannabis — un taux comptant alors parmi les plus élevés d’Europe.

« Les chiffres étaient inacceptables », analyse aujourd’hui le sociologue Helgi Gunnlaugsson. « Ç’a été un choc, mais surtout un déclic ».

Le nombre d’adolescents qui boivent, fument ou se droguent a chuté au cours des 20 dernières années. Le pourcentage qui a pris du cannabis est passé de 17 % à 7 % en 18 années.

« Quiconque marchait dans les rues de Reykjavik (à cette époque) le vendredi ou le samedi soir aurait eu peur ! Les adolescents déambulaient ivres, désagréables, ils étaient bruyants... Cela semblait même dangereux. Toute la société s’est inquiétée, pas seulement les parents », relève Harvey Milkman, professeur de psychologie à Denver et impliqué dans le projet depuis ses prémices.

Sous l’impulsion de Jon Sigfusson, directeur du Centre islandais pour la recherche et l’analyse sociale (Rannsóknamiðstöðin Rannsóknir og greining, R og G), le gouvernement lance en février 1997 un programme appelé « Une Islande sans drogue », renommé ultérieurement « Les jeunes en Islande ».

Sa clé de voûte : des questionnaires anonymes soumis aux écoliers et collégiens, qui permettent une véritable radiographie d’une génération. « Quand avez-vous bu pour la dernière fois ? Avez-vous déjà été ivre ? Avez-vous déjà essayé de fumer ? Si oui, à quelle fréquence fumez-vous ? Combien de temps passez-vous avec vos parents ? À quelles activités participez-vous ? »

Mobilisation générale, couvre-feu, hausse de l’âge de la majorité civile

En 1998, autorités et travailleurs sociaux estiment avoir recueilli suffisamment d’informations pour décréter la mobilisation générale.

Un couvre-feu frappe les mineurs de 13 à 16 ans qui ont encore aujourd’hui interdiction d’être dehors après 22 h, avec la permission de minuit du 1er mai au 1er septembre — quand il fait encore jour très tard le soir. La majorité civile est portée de 16 à 18 ans, la vente de tabac interdite aux moins de 18 ans et l’achat d’alcool illégal avant 20 ans.

En Islande, par ailleurs, les cigarettes sont invisibles sur les étalages, leur prix est parmi les plus élevés d’Europe, avec un prix moyen de 9 euros le paquet, et comme dans la majorité des pays nordiques, l’alcool est vendu dans des magasins d’État et taxé à plus de 80 %.

Le programme encourage de son côté la pratique du sport. Dans la capitale islandaise, chaque famille dispose d’une enveloppe annuelle de 35 000 couronnes (environ 380 $) par enfant de 6 à 18 ans pour l’exercice d’une activité extrascolaire.

Certains, ici, y voient un des facteurs expliquant l’essor du foot sur la petite île de l’Atlantique Nord et le parcours exceptionnel de son équipe à l’Euro-2016, où elle ne s’est inclinée qu’en quart de finale face à la France.

La petite Islande (340 000 habitants) bat l’Angleterre (55 millions) à l’Euro 2016

Pêche, soccer et jeux de quilles

À bientôt 15 ans, Kristjan Johannesson affirme n’avoir jamais bu une goutte d’alcool, ni touché une cigarette.

Sur les murs de sa chambre, il expose fièrement ses exploits à la pêche ou au foot. Sur le terrain synthétique de Breidholt, au sud de Reykjavik, il tape le ballon cinq fois par semaine. « C’est un plaisir de jouer au foot surtout avec mes amis, on s’éclate ».

Avec son catogan à la Zlatan Ibrahimovic, son idole, il vient tout juste d’être sélectionné avec l’équipe nationale des moins de 16 ans.

À l’âge où nombre d’adolescents s’enferment dans leur chambre, Kristjan passe le plus de temps possible avec ses parents.

Car les concepteurs du programme islandais prônent « plus de proximité, d’attention et de partage » au sein de la famille, explique Jon Sigfusson, le directeur du R og G.

Conscients du mal et appuyés par les structures scolaires, nombre de parents ont suivi ces recommandations.

« Nous faisons plus de choses avec nos enfants que par le passé », reconnaît ainsi Asdis, la mère de Kristjan, qui apprécie particulièrement les parties de quilles avec son fils.

Le programme a vite porté ses fruits, réduisant les problèmes de moitié en seulement huit ans, explique Jon Sigfusson. Et près de vingt ans après son lancement, la table est renversée : le pourcentage des jeunes déclarant avoir bu au cours du mois précédent a chuté à 5 %, les fumeurs réguliers sont seulement 3 % et 7 % avouent avoir consommé du cannabis.

Si l’amélioration suit une tendance européenne accréditée par les enquêtes ESPAD (European School Project on Alcohol and other Drugs [ne publie qu’en anglais...]), il n’y a qu’en Islande qu’elle prend de telles proportions.

Chaque famille dispose d’une enveloppe annuelle d’environ 380 $ par enfant de 6 à 18 ans pour l’exercice d’une activité extrascolaire.

Depuis 2006, 35 municipalités à travers 17 pays — en majorité en Europe — ont participé à un projet européen inspiré des questionnaires du modèle islandais et visant à étudier les pratiques des jeunes, explique Jon Sigfusson. Parmi les participants à cette initiative intitulée « Youth in Europe » figure notamment la ville de Tarragone, en Espagne.

Mais des mesures radicales telles que celles prises par l’Islande sont, elles, encore rares à l’étranger.

L’Islande ne compte que 340 000 habitants, l’équivalent de la population de Nice, dans le sud de la France ou de la ville de Gatineau dans l'Ouest du Québec en face d'Ottawa. Il est peut-être « techniquement beaucoup plus compliqué » de mobiliser la communauté quand l’échelle est beaucoup plus importante, relève le sociologue Helgi Gunnlaugsson, selon qui ce n’est toutefois « pas impossible ».

L’Islande a en outre « un état d’esprit » propice, dit-il : dans ce pays, on est convaincu qu’« on peut changer les choses pour faire mieux ».


Comment la petite Islande au climat ingrat est devenue une mini-puissance footballistique (construction de nombreuses salles de football intérieur, nombreux entraîneurs, caractère industrieux, équipe et partisans qui se connaissent).
Vidéo en anglais, sous-titrée en français. 12 min.

Source : Le Vif, Mosaic Science, IcelandMonitor