lundi 19 juin 2017

Natalité baisse au Québec depuis 7 ans, mais CS de Montréal devrait accueillir 5000 élèves de plus d’ici cinq ans

Depuis sept ans d’affilée, la natalité baisse constamment au Québec (le premier trimestre 2017 est lui-même en baisse par rapport à l’année passée) et cependant les journaux annoncent que La Commission scolaire de Montréal (CSDM) prévoit des problèmes d’infrastructures en 2021-2022. Les écoles primaires de Montréal dépasseront jusqu’à deux fois leur capacité d’accueil en élèves dans cinq ans si rien ne change, met en garde un rapport de la Commission scolaire de Montréal.


En 2021-2022, il y aura 5000 élèves de plus dans les écoles montréalaises, soit 1000 élèves de plus par année, selon les calculs de la CSDM dont Le Journal de Montréal a obtenu copie. Ces chiffres s’appuient sur le nombre d’élèves et d’enfants de 0 à 4 ans qui vivent déjà dans le quartier. Au Québec, le nombre d’enfants nés pendant les cinq dernières années a baissé. Selon les données provisoires de l’Institut de la statistique du Québec, 86 400 bébés sont nés au Québec en 2016 soit 2 600 de moins qu’en 2012. À Montréal, le nombre des naissances à également baissé de 500 bébés depuis 2012, passant de 23 571 en 2012 à 23 026 en 2016.

Ni la construction de nouveaux ensembles résidentiels ni l’arrivée de NOUVEAUX immigrants ne sont prises en compte dans ces calculs de manque de place.

Les articles des gros médias n’abordent pas la question, mais il semble que ces élèves supplémentaires s’expliqueraient par une immigration récente concentrée à Montréal.

Catherine Renaud
Notons qu’à ces difficultés d’infrastructures s’ajoutent celles du recrutement dans un milieu montréalais qui attire peu. Catherine Renaud, présidente du syndicat qui représente les enseignants des écoles publiques de la Commission scolaire de Montréal, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, souligne qu’« il y a une pénurie de suppléants. Il faut mettre en place des conditions de recrutement intéressantes et aussi des conditions de rétention. Un enseignant sur quatre, en début de carrière, choisit de quitter »
.
Selon le syndicat, les conditions particulières à la CSDM, comme le fait qu’un élève sur cinq est en difficulté, qu’un sur deux n’a pas le français comme langue maternelle, ainsi que la vétusté des immeubles, ne créent pas un contexte particulièrement attrayant pour attirer du personnel. D’autant que les suppléants peuvent figurer aussi sur d’autres listes de rappel dans d’autres commissions scolaires.

La CSDM tient à préciser qu’elle n’est pas la seule commission scolaire à connaître des problèmes de recrutement. Cela dit, il y a quelques mois, elle indiquait faire face au pire épisode de manque de suppléants des cinq dernières années. Des chiffres que nous avons obtenus en témoignent. Le nombre de remplacements d’urgence a plus que doublé entre l’année dernière et l’année en cours.

Remplacements d’urgence très coûteux

Les coûts pour le remplacement d’urgence, qui sont assumés par les écoles (en réalité en fin de compte par les contribuables québécois...), sont passés de près de 444 000 $ en 2015-2016 à près de 860 000 $ pour l’année en cours qui n’est pas encore terminée. Leurs coûts sont plus élevés que les coûts de suppléance.

Coûts de remplacement — suppléance comparativement au remplacement d’urgence

Enseignants de la banque de suppléants : 214 $ par jour
Enseignant régulier qui agit à titre de remplaçant : 339 $ par jour

Parmi les causes expliquant de manque de suppléants :
  • un ajout de 1000 nouveaux élèves par année ; (mais il naît moins d’enfants à Montréal depuis 7 ans...)
  • l’augmentation du nombre de classes de maternelle 4 ans (et leur nombre augmentera encore, malgré leur efficacité très relative) ;
  • un nombre plus important de congés parentaux chez les enseignants ;
  • les sommes additionnelles de Québec pour l’embauche d’orthopédagogues, ce qui a aussi contribué à drainer la banque de suppléants.

Dans une entrevue accordée en février dernier, le directeur général adjoint de la CSDM, Jean Ouimet, évoquait aussi les problèmes de congestion routière, bien présents en raison des grands chantiers, pour expliquer la situation. « Le facteur le plus important, c’est qu’actuellement on a de la difficulté à être compétitif avec l’ensemble des commissions scolaires environnantes. Le problème de circulation, c’est souvent mentionné de la part des nouveaux », précise Jean Ouimet. Les enseignants n’habiteraient donc pas assez Montréal, ville si riche de sa diversité multiculturelle, pardon interculturelle.

Campagne d’embauche

L’hiver dernier, la CSDM a lancé une campagne de recrutement. Elle ouvre maintenant davantage ses portes, par exemple, aux retraités, aux étudiants de première année du baccalauréat en enseignement de même qu’à ceux qui ne sont pas inscrits à un tel programme, comme en témoignent ces chiffres obtenus grâce à la Loi sur l’accès aux documents.

Au total, la CSDM dit avoir recruté quelque 780 nouveaux enseignants depuis le 1er juillet dernier.

La CSDM a aussi mis en place d’autres mesures comme :
  • concentrer des formations du personnel enseignant lors des périodes de l’année durant lesquelles les étudiants en enseignement sont disponibles ;
  • limiter les autorisations de congé sans solde ;
  • refuse d’accorder aux enseignants des absences non rémunérées.
Dépenses en suppléance

Les dépenses annuelles de suppléance à la CSDM oscillent autour de 20 millions de dollars par année depuis 2013, soit de 2 à 6 millions de dollars de moins que le financement reçu par Québec.

Bandeau du site de la Commission scolaire de Montréal


Coût par élève à Montréal comparé aux banlieues de Montréal ?

Il serait intéressant de connaître le coût de chaque élève dans la CSDM quand on considère les frais d’infrastructures, de recrutement permanent, de suppléance et de remplacement d’urgence, le nombre de classes de maternelle à 4 ans, l’aide aux devoirs, à l’achat de livres et à l’aide alimentaire liés à son contexte particulier. Ce coût est-il supérieur à ceux des élèves dans les commissions scolaires des banlieues ?

Sources : Institut de la statistique du Québec, Journal de Montréal, Radio-Canada

Les habitants de Montréal à l'arrivée des Français parlaient-ils agnier (mohawk) ?

Article d'Alain Dubuc sur une tradition politiquement correcte récente. Notons qu'en Nouvelle-France, les Mohawks (un terme algonquin signifiant « mangeurs d'hommes » ou « Gens de l'ours » repris par les Anglais) étaient appelés Agniers par les Français.

Au Canada anglais, surtout dans l’Ouest, il y a maintenant une tradition bien établie. Dans les événements publics, on commence les discours en saluant les Premières Nations qui occupaient les terres sur lesquelles on se trouve.

Je n’ai donc pas été étonné, la semaine dernière, lors d’un séjour à Saskatoon, d’entendre le jeune maire de la ville, Charlie Clark, commencer son allocution par une salutation aux Dakotas et aux nations signataires du traité no 6. Mais une question m’est venue à l’esprit. Qu’est-ce qu’on ferait, à Montréal, si l’on adoptait cette pratique ?

Marc Miller, le député fédéral de Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Sœurs a donné une réponse la semaine dernière lorsqu’il a fait une intervention en [agnier] (langue mohawk) à la Chambre des communes. Son discours a fait le tour du monde et lui a valu un moment de célébrité dans les médias sociaux.

« C’est la langue du territoire que je représente, le centre-ville de Montréal, la terre traditionnelle mohawk », a-t-il expliqué en entrevue à La Presse.

[...] Mais la réponse n’est pas vraiment exacte. Ce que nous dit l’histoire, c’est que lorsque Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne-Mance ont fondé la ville, personne n’habitait sur l’île. Et que, pour définir Montréal comme une terre traditionnelle mohawk, il faut pas mal étirer l’élastique.

Il y avait eu un peuplement autochtone sur l’île. Quand Jacques Cartier a remonté le Saint-Laurent, en 1535, il a visité un très gros village, composé de 50 maisons longues, comptant de 2000 à 3000 âmes, que ses habitants appelaient Hochelaga. Il était situé, selon le compte rendu de l’explorateur, Brief récit de la navigation faicte es ysles de Canada, au pied d’une montagne qu’il baptisa mont Royal, en l’honneur de François 1er. Il y a un débat sur le site exact d’Hochelaga. Si Cartier a accosté l’île en passant par le Saint-Laurent, ce serait près de l’Université McGill. S’il est plutôt passé par la rivière des Prairies, ce serait à Outremont.

Les Hochelaguiens, selon les historiens, faisaient partie d’un peuple que l’on a baptisé les Iroquoiens du Saint-Laurent, appartenant au même groupe linguistique et culturel que les Hurons-Wendats, ou les diverses nations iroquoises, comme les Mohawks. Comme ceux-ci, ils étaient semi-sédentaires, cultivaient la terre, habitaient dans des maisons longues. Les habitants de Stadaconé, sur le site de Québec, appartenaient à ce même peuple. [Note : On ne connaît la langue des Iroquoiens du Saint-Laurent que par quelque 200 mots sommairement transcrits par Cartier.]

Mais quand Champlain est arrivé, en 1608, les Iroquoiens du Saint-Laurent avaient complètement disparu, tant à Québec qu’à Montréal.

Et quand Jeanne-Mance et Paul de Chomedey de Maisonneuve se sont établis à Montréal, il n’y avait pas de peuplement autochtone sur l’île.

Les [Agniers/]Mohawks, quant à eux, habitaient beaucoup plus bas, dans l’État de New York, et n’avaient pas d’établissements sur le territoire actuel du Québec. Ils remontaient le lac Champlain et le fleuve, pour la pêche, la chasse et le commerce. Mais ils n’étaient pas les seuls. Les Algonquins aussi sillonnaient le Saint-Laurent.

Les Mohawks, qui étaient dans un processus de conquête et d’expansion territoriale, voyaient certainement le territoire montréalais comme faisant partie de leur zone d’influence, même s’ils ne l’habitaient pas. C’est dans cette logique que le député décrit Montréal comme leur territoire traditionnel, tout comme le fait l’Université McGill sur son site internet. Mais ce n’est pas le point de vue d’autres nations autochtones qui occupaient aussi ce territoire. Et cela ne correspond pas non plus au test de la Cour suprême pour reconnaître des droits, celui de l’avoir occupé depuis des temps immémoriaux. Les Mohawks n’occupaient pas ce territoire, et leur présence ne remontait pas à des temps immémoriaux, puisque les Hochelaguiens les avaient précédés.

L’implantation des Mohawks au Québec est plus tardive. Après la paix avec les Français, attirés par le commerce, ou encore [en se réfugiant] dans les missions des jésuites [Note du carnet: pour échapper à leur compatriotes qui les persécutaient parce qu'ils s'étaient convertis au catholicisme], comme à Kahnawake. [Note: Le village agnier de Kahnawake se déplace en son lieu actuel en 1716. La mission s'appelle Saint-Louis du Sault. C'est le village d'origine du trappeur Ignace Francis La Mousse qui aida les jésuites belges, parmi lesquels le R.P. de Smet, à explorer les Montagnes Rocheuses au xixe siècle. Au xixe siècle, certains habitants de Kahnawake sont unilingues iroquois alors que la plupart parlent aussi le français et portent des noms iroquois agencés à des noms de famille français tels que de Lorimier, Giasson, Beauvais, Monique et Delisle. Aujourd'hui, la langue anglaise leur est plus familière.] D’autres, fidèles aux Britanniques, les ont rejoints après l’indépendance des États-Unis. Les litiges territoriaux entre les Mohawks de Kahnawake et les gouvernements portent d’ailleurs sur les terres de la seigneurie du Sault-Saint-Louis qui leur avaient été destinées.

On assiste au même phénomène à Québec où les Hurons-Wendats, originaires de la baie Géorgienne en Ontario, plus loin que Toronto, décimés par les maladies européennes et les guerres avec les Iroquois, ont été rapatriés [dans l'Est de la] Nouvelle-France par les missionnaires, ce qui en fait en quelque sorte des réfugiés.

Le fait de dire que Montréal n’est pas un territoire traditionnel mohawk n’enlève rien aux obligations que nous devons avoir à leur égard. Ce n’est pas parce qu’une Première Nation n’a pas occupé un territoire depuis des temps immémoriaux, comme le veut la formule, qu’elle est privée de droits, qu’on peut faire abstraction de leur histoire, marquée par des guerres, des déplacements, les effets de la conquête européenne, la dépossession et la discrimination dont ils ont été l’objet.

Mais, pour en revenir à mon point de départ, comment adapter à Montréal la tradition canadienne de reconnaissance des Premières Nations ? Le mieux, ce serait de saluer les premiers habitants de ce lieu, les Hochelaguiens.



Le gouvernement veut-il à nouveau réinventer l'école qu'il imposera à tous ?

Billet de SIMON-PIERRE SAVARD-TREMBLAY :

« Réinventer l’école », « école du futur », « école innovante » : tous les termes sont bons pour désigner la nécessité de mettre au rencart l’enseignement « traditionnel » et ses méthodes, soudainement devenus coupables de tous les maux.

En effet, on apprenait récemment que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a confié aux « vedettes » Pierre Lavoie, Ricardo Larrivée et Pierre Thibault le mandat (avec un budget de 5 millions de dollars sur ans) de « concevoir un nouveau milieu de vie qui donne le goût aux enfants d’apprendre ». Le premier est un sportif reconnu, le second un cuisinier à la tête d’un véritable empire médiatique, et le troisième un architecte. On oublie au passage de demander leur avis aux principaux concernés : les profs. [Note du carnet : Et les parents..., mais bon les organisations parentales ne sont pas représentatives, et la meilleure façon de demander l’avis des parents c’est de libérer l’école et de les laisser choisir l’école de leur choix (publique, privée, école du futur, école à l,ancienne, sans pénalité financière.]

Et ce n’est pas tout. Comme nous le révélait aujourd’hui Isabelle Ducas dans La Presse, la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay mettra sur pied, dès la rentrée scolaire, un nouveau type d’école. Citons l’article :

Entrer dans une forêt de bouleaux, puis emprunter un pont couvert pour aboutir à New York [On a les mythes fondateurs qu’on peut...]. Sortir de la bibliothèque de Harry Potter par la glissoire menant au gymnase. Lire en se balançant dans une bulle de plexiglas suspendue au plafond ou blotti sur des coussins au coin du feu. Cuisiner sous la supervision d’un grand chef. Cultiver des légumes dans la serre et les vendre au magasin général. Visiter un musée parisien grâce à la réalité virtuelle. À la prochaine rentrée, les élèves de l’école Au Millénaire, à La Baie, pourront faire tout ça pendant leurs journées de classe. [...] Deux autres particularités de la nouvelle école : l’utilisation des nouvelles technologies (iPad pour chaque élève, télés interactives, lunettes de réalité virtuelle) et l’initiation à l’entrepreneuriat (culture en serre et vente des produits au magasin général).

D’où provient l’inspiration pour un tel projet ? Voici ce qu’en dit Chantal Cyr, la directrice de la CSRS :
« Pour trouver des idées, on n’est pas allés en Scandinavie ou ailleurs », poursuit-elle, faisant allusion aux intentions du trio à la tête du Lab-école d’aller chercher l’inspiration ailleurs dans le monde pour améliorer l’école québécoise.
« On a simplement surfé sur l’internet. Ce ne sont pas les belles écoles dans d’autres pays qui nous ont inspirés, mais les bureaux colorés d’entreprises comme Facebook, Apple, Google. »

Eh bien ! On ne pense pas l’école à partir d’une réflexion culturelle, scientifique, pédagogique, historique. Non : on surfe sur internet et on trouve....
Facebook... Apple... Google !

Vous avez bien lu !

Quand même le lieu à partir duquel on pense l’école devient internet, c’est que quelque chose ne tourne pas rond dans ce bas monde. Éric Martin, professeur au Collège Édouard-Montpetit, a bien raison de souligner que la production de la norme en éducation part ici directement de la machine informatique et vient réorganiser l’école.

L’esprit de la chose est clair : l’éducation, ce n’est plus apprendre une culture générale et ça ne s’acquière pas par obligation sur les bancs d’école ; on apprend plutôt des savoir-faire éphémères grâce à des incitatifs liés au plaisir et à des bidules technologiques, parce qu’« apprendre » doit être cool et ludique. J’ai parlé de connaissances et de culture ? Mes excuses ! Ces mots sont beaucoup trop ringards et passéistes, contraires au projet pédagogique contemporain, et relèvent d’un « mythe » : celui que quelque chose d’important existait avant et mérite être transmis.

Aujourd’hui, seule compte la construction de savoirs opérationnels pour les futurs soldats du marché du travail.

Tant qu’à y être, pourquoi ne pas concevoir une application pour téléphone intelligent (un fléau que le ministre refuse d’interdire en classe) où le savoir pourra être littéralement attrapé en jouant dans une réalité « augmentée », à la manière de Pokémon Go ?

Les penseurs des « écoles du futur » (et je crains que ce soit vraiment le cas) se plaignent du manque de moyens, et du fait qu’ils n’ont pas le soutien du ministère. La commission scolaire des Rives-du-Saguenay a présenté son projet au ministre Proulx, qui l’a rejeté non pas parce le modèle qu’il prône est bête, mais parce qu’il va « trop vite par rapport à ce qui s’en venait ».

Autrement dit, leur défaut est d’être en avance sur la bêtise à venir. Mais ça reste le plan à moyen terme.

Et ça, ça fait vraiment peur.

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mercredi 14 juin 2017

Débat sur le mondialisme heureux

Chronique d’Éric Zemmour sur l’ouvrage « Non, ce n’était pas mieux avant » de Johan Norberg, écrivain, journaliste et conférencier suédois, mais il pourrait aussi bien être québécois ou belge « progressiste » et « mondialiste ».

D’abord la présentation de l’éditeur de cet ouvrage :
Chaque jour, à la télévision, dans la presse, sur Internet et dans la bouche des hommes politiques, nous sommes abreuvés du même discours catastrophiste : le chômage, la pauvreté, les désastres environnementaux, la faim, la maladie et la guerre sont partout. Et pourtant !

Pourtant, l’humanité a fait davantage de progrès au cours des cent dernières années que depuis l’apparition d’Homo sapiens. Pourtant, l’espérance de vie a plus que doublé au XXe siècle, alors qu’elle n’avait pas significativement évolué auparavant. Pourtant, la pauvreté a davantage reculé au cours des 50 dernières années que pendant les cinq siècles qui ont précédé.

Contrairement aux idées reçues, l’humanité a connu, au cours des dernières décennies, un progrès et une amélioration de ses conditions de vie sans précédent. Quel que soit le critère considéré, on peut sans conteste affirmer que « c’est mieux maintenant ». Et il y a même toutes les raisons de croire que ce sera encore mieux... demain.

Évidemment, Zemmour n’est pas aussi enthousiaste que l’éditeur...

Un éloge de la modernité sans nuances. Un plaidoyer manichéen pour la mondialisation et les sociétés « ouvertes ».

« Au XIXe siècle. on disait que les Européens amenaient la civilisation aux “sauvages”. Notre auteur suédois a simplement remplacé le vilain mot de “colonisation” par le beau nom de » « mondialisation » et le tour est joué !

Pangloss est de retour. Le mentor de Candide, brocardé par Voltaire pour son optimisme impénitent, pour son « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles » sans cesse asséné à son jeune protégé devant les pires catastrophes, est devenu une vedette des médias français et occidentaux qui lui tressent des louanges. Il faut dire que notre Pangloss est un social-démocrate suédois qui parle le globish english. Sa providence divine est le libre marché. Ses évangiles sont les œuvres des théoriciens libéraux, de Friedman à Popper. Son paradis est la « société cosmopolite ouverte et fluide ». Jadis, le modèle de l’humanité était le Christ souffrant sur la croix ; désormais, le modèle radieux vers lequel tous les humains doivent tendre est le Suédois ouvert sur le monde, tolérant, féministe et gay friendly : « La prochaine génération grandira dans un climat de tolérance et d’acceptation plus marquées que jamais, au grand dam des réactionnaires. »

Le diable est dans le populisme. Le déclinisme, le socialisme, le protectionnisme, le nationalisme sont les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Pour sa version française, notre Pangloss scandinave a reçu la bénédiction enthousiaste de son préfacier Mathieu Laine, qui est au libéralisme ce que les compagnons de route des années 50 étaient au marxisme-léninisme : mêmes lendemains qui chantent, même certitude scientifique d’être dans le vrai. Le progressisme néolibéral est un millénarisme qui a remplacé les oraisons par les statistiques. Aussi menteuses, mais aussi intimidantes les unes que les autres. Notre Pangloss scandinave nous bombarde de chiffres selon la méthode du « tapis de bombes » chère à l’aviation américaine. Il a tout détruit, avant qu’on ait le temps de s’interroger sur leur pertinence.

Sa vision de l’histoire est simple, voire simpliste : avant les Lumières, il y a l’obscurantisme. Après, l’homme occidental se libère de ses chaînes religieuses, mais aussi (et surtout) mercantilistes et protectionnistes. La libre-pensée et le libre marché amènent le bonheur aux peuples occidentaux. Qui, après les années 50, le diffusent dans le reste de la planète.

On se croirait revenu au bon temps des livres progressistes du XIXe siècle. À l’époque, on disait que les Européens amenaient la civilisation aux « sauvages ». Notre auteur suédois a simplement remplacé le vilain mot de « colonisation » par le beau nom de « mondialisation » et le tour est joué ! Mais depuis, on croyait que la Première Guerre mondiale et sa suite, la seconde et son cortège d’horreurs, avaient tué cette naïve vision irénique du progressisme scientifique. Que nenni ! Notre Pangloss suédois ne veut pas voir que la grande différence avec les guerres d’antan est que celles d’aujourd’hui sont à la fois industrielles et totales, que le degré de destruction et d’implication des peuples a été décuplé. Il s’enferme dans un économisme et un matérialisme asphyxiant : la croissance entraîne la tolérance ; la récession provoque intolérance, discrimination et racisme.

Il nous dit : « Le bon vieux temps était épouvantable. » On ne savait pas que des époques qui avaient donné à l’humanité Rabelais, Pascal, Molière, Racine, Bossuet, Voltaire, Rousseau, Balzac, Flaubert étaient aussi monstrueuses. Il nous dit : « La Suède de mes ancêtres était l’Afrique d’aujourd’hui. » Mais où sont dans l’Afrique d’aujourd’hui les cathédrales du Moyen Âge, les toiles de Michel-Ange, de Rembrandt, Poussin, Watteau, Fragonard, Boucher ? Il nous assène que « le niveau de bonheur augmente dans le monde entier ». Et pour le prouver : « Rien qu’en 2015, les Chinois ont acheté plus de 400 millions de téléphones intelligents. » C’est dire s’ils sont heureux !

Il a l’habileté de répondre aux questions qu’on ne pose pas, mais de ne pas répondre aux questions qu’on se pose. Il nous assène que les progrès de l’hygiène et de la médecine depuis deux siècles ont éradiqué de nombreuses maladies. Mais qui a prétendu le contraire ? Il compare l’incomparable, nous dit que « notre espérance de vie » est passée de 35 ans à 80 ans en quelques siècles, sans nous expliquer clairement que cette moyenne statistique était avant tout plombée par la mortalité infantile de masse. Et il oublie que sa fameuse espérance de vie recule, depuis quelques années, aux États-Unis dans les classes populaires blanches. [voir par exemple : L’espérance de vie baisse aux États-Unis, une première depuis 20 ans]

Il rappelle avec raison aux écologistes que l’utilisation des engrais azotés a permis d’augmenter notre quantité quotidienne d’alimentation et la disparition des famines. Mais il se tait pudiquement sur la destruction des cultures vivrières en Afrique et le développement massif dans les pays occidentaux de l’obésité et du diabète, provoqués par cette malbouffe industrielle. [Voir : L’obésité explose dans le monde... le nombre d’obèses a plus que doublé dans 73 pays du monde depuis 1980... Le surpoids et l’obésité ont progressé plus vite chez les enfants que chez les adultes sur les 35 dernières années] Il exhume l’argument convenu des partisans du libre-échange sur « la sortie de la misère » de 2 milliards d’hommes. Mais il passe sous silence l’entrée dans la misère des classes populaires et moyennes des pays occidentaux. Si la mondialisation a réduit les inégalités entre pays, elle a accentué celles au sein des pays, au plus grand profit du 1 % qui s’est considérablement enrichi.

C’est pour cette raison que les intellectuels et juristes libéraux ont changé subrepticement la conception même de la démocratie, qui n’est plus « le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple », mais « la protection des minorités » contre la loi de la majorité. Cette nouvelle approche, érigée sous le magistère de la religion des droits de l’homme, désagrège les peuples et les nations au profit d’un individu-consommateur, et de communautés sexuelles et religieuses qui imposent leur vision du monde, souvent conflictuelles. Sur ce chaos qui gronde règne une classe dominante, les fameuses élites mondialisées, qui ont fait sécession de leurs nations respectives, comme l’avait finement analysé Christopher Lasch. Toute classe dominante a besoin d’une idéologie qui légitime ses privilèges et son hégémonie. Qui chante ses louanges en faisant oublier que « l’histoire est tragique ». Notre Pangloss suédois et tous ses thuriféraires médiatiques sont avant tout ses hommes de main, ses hommes de mots et de chiffres ; en clair ses agents de propagande. Et après eux, le déluge.



Non ce n’était pas mieux avant
de Johan Norberg
publié le 24 mai 2017
chez Plon
à Paris
272 pages
ISBN-13 : 978-2259253260

lundi 12 juin 2017

Décrypter les médias - Il faut schroumpfer

Extrait de l’ouvrage d’Ingrid Riocreux sur la langue des média. Voir notre billet Cours de rhétorique et de décryptage des médias à l’école. Ingrid Riocreux est agrégée de lettres modernes et docteur de l’Université Paris-Sorbonne. Elle est actuellement chercheuse associée à l’Université Paris IV.

Obligation de schtroumpfer

On peut penser ici à ce grand moment de télévision inquisitoriale que fut l’interview de Marine Le Pen par Bruce Toussaint dans la matinale d’iTélé le 12 janvier 2015.

« Êtes-vous Charlie ? » demande le journaliste à la présidente du FN, reprenant le mot d’ordre de la grande manifestation de la veille. Agacée, la présidente du FN répond que dans l’hypothèse où cela revient à lui demander si elle défend la liberté d’expression, la réponse est évidemment oui ; mais que cette réponse est négative, en revanche, si on lui demande ainsi d’adhérer à la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Toutefois, ce discours ne plaît pas à Toussaint qui réitère sa question. Il veut entendre un bien clair et bien scandaleux « Je ne suis pas Charlie ».

Le fameux « Je suis Charlie » est la formule la plus vide ou, au choix, la plus ambiguë qui soit ; elle a permis de faire défiler côte à côte des gens pour qui elle n’avait pas le même sens en donnant l’illusion de l’unité.

Pour les uns, elle signifiait, « à bas l’islam (ou telle forme de l’islam) », pour d’autres « à bas la République impuissante et veule », pour d’autres encore, « à bas les religions ». C’était un slogan-schtroumpf : « Schtroumpfons tous· ensemble ! » — « oui, schtroumpfons ! ». Sauf que le verbe schtroumpfer n’a pas le même sens pour tous les Schtroumpfs en présence. Donc personne ne sait ce que signifie « être Charlie » ; mais il est ignominieux de ne pas être Charlie.



Quelles que soient ses motivations, celui qui n’est pas Charlie tombe sous le coup d’une condamnation a priori. Il ne veut pas schtroumpfer avec les autres.

Si Marine Le Pen concède qu’elle n’est pas Charlie, inutile pour elle de soigner sa justification. Son propos sera réduit au titre « Marine Lepen affirme : “Je ne suis pas Charlie » » qui défilera toute la journée dans le bandeau au bas de l’écran.

Nous sommes encore sur iTélé le 16 juillet 2015 à 22 h 20. Romain Desarbres interroge Guillaume Larrivé sur la politique migratoire de l’Union européenne et lui demande ce qu’il pense du mur que la Hongrie veut faire construire à sa frontière. Réponse de l’invité : « C’est une initiative de la Hongrie ». Romain Desarbres : « Initiative... regrettable ? » Le journaliste est gentil : il va jusqu’à suggérer les bonnes réponses à ses propres questions. On rêve tous d’un pareil jury du concours. Face à cette attitude, les hommes politiques ont trois options :
  • jouer la provocation en affirmant que non, ils ne sont pas opposés à cette initiative ;
  • courber l’échine et affirmer que, bien entendu, il s’agit là d’un mur de la honte et que tout le monde doit le condamner avec la plus grande fermeté selon la formule consacrée ;
  • ne pas exprimer de point de vue.

Guillaume Larrivé choisit la troisième possibilité : « Je ne veux pas commenter les décisions d’un pays étranger ». Sa réponse est claire et le Journaliste [avec une majuscule, l’archétype du journaliste] devrait donc passer à la question suivante.

Mais, après la suggestion de l’adjectif « regrettable », Romain Desarbres entend bien accomplir au mieux sa mission inquisitoriale (il ne s’agirait pas d’encourir un blâme du CSA [organe de surveillance de l’audiovisuel], qui veille) : « Vous ne voulez pas condamner ce mur 7 » L’invité doit saisir la perche qui lui est tendue une dernière, fois, ou confirmer qu’il a consciemment et obstinément refusé de la saisir. Par calcul ou par conviction, Guillaume Larrivé ne condamnera pas le mur. Encore un qui ne veut pas schtroumpfer.

Dans un ouvrage paru en 2011 et intitulé Le Petit Livre bleu, Antoine Buéno montrait que la société des schtroumpfs constitue un « archétype d’utopie totalitaire ». Comme un journaliste lui faisait remarquer que les petits hommes bleus n’ont pas l’air opprimés ni malheureux, il répondait qu’« on peut vivre pas trop mal dans une société non démocratique ». Une société non démocratique où l’on ne vit pas trop mal, c’est peut-être une bonne description de la nôtre.




Description de l’ouvrage d’Antoine Buéno, Le Petit Livre bleu


Les Schtroumpfs peuvent être étudiés sous une infinité d’angles : culturel, esthétique, marketing, économique, juridique, historique, sociologique, psychologique, psychanalytique. Pédagogique également : ils s’adressent en priorité à un public d’enfants. Une telle approche explique certains traits saillants du monde des Schtroumpfs, comme l’absence de sexualité. Le village des Schtroumpfs peut apparaître comme la métaphore d’une classe d’école. 

Mais allons plus loin dans l’analyse : Les petits lutins de Peyo se ressemblent tous : bonnet blanc, collant blanc, corps bleu, petite schtroumpf bleue, excepté le grand Schtroumpf, ils vivent en collectivité et travaillent tous à une cause commune : réparer le village après le passage d’un méchant, bâtir un pont sur la rivière Schtroumpf... l’initiative privée est rarement récompensée, elle est même la plupart du temps réprimée, ils prennent leur repas tous ensemble dans une salle commune, ils ont un chef unique, ils sortent très rarement des limites de leur petit pays... Cela ne vous évoque rien ? Une dictature politique par exemple ? 

Antoine Bueno, professeur à l’IEP de Paris, nous propose une étude intéressante autant que divertissante émaillée d’exemples divers pris dans l’œuvre de Peyo. Son raisonnement étayé en étonnera plus d’un, et livrera aussi toutes les réponses aux questions fondamentales que pose la série, comme la taille réelle des Schtroumpfs. A l’issue de la lecture, nous espérons qu’il vous aura convaincu d’une chose : Le monde des Schtroumpfs semble bien un archétype d’utopie totalitaire. Alors, cela change-t-il pour autant le regard que nous portons dessus ? En aime-t-on moins les petits lutins de Peyo ? Sans doute pas. Faut-il s’en inquiéter ? C’est toute la question...


Roger Scruton sur le progrès, le progressisme, le conservatisme et le populisme


Extrait d’un entretien avec Roger Scruton publié dans Le Figaro, philosophe anglais né le 27 février 1944 au Royaume-Uni, il est l’auteur de plus de trente livres. Depuis 1992, il occupe des postes de professeur invité à Boston University, à l’American Enterprise Institute de Washington D.C., à l’Université de St Andrews, et à l’Université d’Oxford où il est membre du Blackfriars Hall. En 1982, il cofonde la Salisbury Review, revue politique conservatrice qu’il dirige pendant 18 ans.

LE FIGARO. — Emmanuel Macron estime que le nouveau clivage est entre « conservateurs » et « progressistes ». Ce clivage vous paraît-il plus pertinent que celui entre droite et gauche ?

Roger SCRUTON. — Le problème de la politique, c’est qu’elle est souvent binaire. Le progrès contre le regret, l’avenir contre le passé, les ouverts contre les fermés : ce sont souvent ceux qui définissent les oppositions qui veulent s’en sortir gagnants. Ce sont des clichés. Moi, je suis pour le progrès dans la science, la tradition dans les arts, la continuité dans la morale et pour ne rien faire d’autre que le nécessaire en politique. En situation de paix et de relative opulence, je crois que la politique doit rester à sa place. Pour moi, c’est cela le conservatisme. Quant au progrès, c’est un slogan. Il fut utilisé par les jacobins, les fascistes et les communistes qui se voyaient l’instrument de l’avenir. L’avenir est une excuse pour quantité de crimes. C’est une idole qui exige qu’on lui sacrifie les hommes du présent. Le passé n’est pas une excuse pour les crimes du présent. Il est ce qui est achevé, il ne demande aucun sacrifice. Le passé est beaucoup plus inoffensif que l’avenir. Le progrès justifie tout, là où la Tradition ne demande aucune justification. D’un point de vue rationnel, l’idéalisation du futur est extrêmement dangereuse.

LE FIGARO. — On accuse souvent le conservateur d’être renfrogné, replié sur lui-même, triste et nostalgique. Peut-on être un conservateur joyeux ?

Roger SCRUTON. — Absolument. Pour moi, le conservatisme, c’est la philosophie de l’amour ! L’amour de ce qui existe, de ce que nous possédons et avons hérité. Lorsqu’on aime vraiment, on accepte les imperfections de l’objet aimé. Cette acceptation de la vie ordinaire qui est au fondement du conservatisme peut être joyeuse. Regardez Chesterton, c’est l’exemple type du bon vivant conservateur : son œuvre est pleine d’un rire tendre pour l’humanité et sa stupidité. J’ai passé ma vie, en tant qu’intellectuel, à fréquenter des gens de gauche, car j’y étais obligé. Ce sont les gens les plus tristes du monde ! Ils se détestent les uns les autres, ils ont des ennemis partout, refusent le dialogue et sont animés par le ressentiment. Qu’y a-t-il de joyeux dans le marxisme groupusculaire ? Quelle joie y a-t-il dans les écrits de Lénine ? Un peu chez Marx, mais sous la forme du sarcasme…

LE FIGARO. — Il semble que la joie soit le propre du conservatisme britannique. En France, l’antimodernité a quelque chose de douloureux et de tragique…

Roger SCRUTON. — Il est très compliqué d’aborder le conservatisme français : il est comme enterré dans la littérature et dans l’art, mais pas explicite. Dans Voyage au bout de la nuit, de Céline, les sentiments de base sont conservateurs, mais l’action est entièrement sombre et négative. Idem chez Balzac, où la peinture de l’ordre social est conservatrice, mais là aussi sinistre. Je crois qu’il y a là une tristesse créée par la Révolution, qui n’est jamais partie. Comme un deuil d’avoir perdu la bataille, une nostalgie. [Note du carnet : nous pensons qu’il y a de cela en effet, le culte de Révolution par la République alors que celle-ci fut sanguinaire, cruelle et mesquine le tout au nom du progrès. On se souvient du mot célèbre de Talleyrand : « Celui qui n’a pas connu la vie avant 1789, n’a pas connu la douceur de vivre. » Le prince de Bénévent savait de quoi il parlait, né en 1754, il survit à la Révolution, connaît l’Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet, une longue vie de 84 années.]

LE FIGARO. — Oui, d’ailleurs le conservatisme a tellement mauvaise presse qu’aucun politique n’ose s’en réclamer. Est-ce la même chose au Royaume-Uni ?

Roger SCRUTON. — Au Royaume-Uni, seuls 10 % des universitaires votent pour le Parti conservateur et ils étaient quasiment tous contre le Brexit. Ils appartiennent tous à la couche cosmopolite de la société et se proclament contre la vie bourgeoise. Depuis John Stuart Mill, qui disait « les conservateurs forment le parti stupide », ils identifient le conservatisme à l’arriération et à la bêtise. Pour nous, conservateurs, c’est ce genre de remarque qui est stupide. D’ailleurs, en général, le conservateur ne peut dissocier la politique d’une certaine forme de stupidité.

LE FIGARO. — Pourquoi cette honte à se dire conservateur ?

Roger SCRUTON. — Parce que le conservatisme a du mal à se justifier. C’est ce que Burke a dit sur le préjugé ou Pascal sur les raisons du cœur : il y a des raisons que la rationalité libérale ignore, qui sont des raisons enterrées dans les pratiques humaines. Des traditions qui sont le fruit d’interactions sociales. Il est très facile de justifier les idées libérales : elles ne proposent que de libérer l’homme, d’aller de l’avant, de combattre l’injustice. On peut trouver des tas de bonnes raisons d’être de gauche.

Mais la vraie raison, la raison profonde de la société, échappe à ce genre de raisonnement. Prenons la question du mariage. Si l’on s’interroge sur la raison derrière le mariage traditionnel entre un homme et une femme pour la vie, il est très difficile de trouver une raison. Comme il est très embêtant de donner des raisons objectives d’une opposition au mariage entre homosexuels. Pourquoi n’auraient-ils pas le droit ?

La raison profonde derrière l’idée du mariage traditionnelle n’était jamais connue des gens qui l’ont pratiquée. Idem pour l’inceste. C’était un tabou dont les gens ignoraient la raison, cachée dans les profondeurs de la nature humaine. Le mariage n’est pas un contrat d’exclusivité entre individus pour le plaisir sexuel, mais un vœu entre deux personnes pour transcender le contrat, mettre l’accord de côté et se dévouer entièrement à quelque chose qui n’existe pas encore, une descendance. Ce n’est pas un contrat de jouissance, mais une renonciation.

La rationalité libérale n’admet que l’explicite, là où le conservateur met sa foi dans l’implicite. Peut-on encore faire valoir des raisons implicites dans un monde libéral ? La tradition existe, mais elle ne reçoit pas de crédibilité politique. Pourtant, il est impossible de fonder une politique uniquement sur la raison. Sinon, c’est 1789 ou 1917. Il faut à un moment respecter ce que les gens sont, leur passé. Sinon, on les torture. Aujourd’hui, les bonnes consciences de gauche torturent les pauvres gens, les accusant d’être racistes et xénophobes parce qu’ils veulent être chez eux. Ce mépris pour la nature humaine a coûté aux travaillistes le pouvoir et aux cosmopolites, le Brexit.

LE FIGARO. — Une expression très à la mode est celle de « populisme », mot infamant destiné à discréditer toute critique de la mondialisation libérale. Le conservatisme est-il une forme de populisme ?

Roger SCRUTON. — Le populisme est un mot utilisé par la gauche pour désigner le peuple quand il ne l’écoute pas. Quand le peuple prend une autre direction que celle tracée pour lui par les intellectuels de gauche, ils en tirent la conclusion qu’il a été manipulé par des démagogues.

LE FIGARO. — Mais les démagogues existent. Il y a dans le populisme un « antiélitisme » qui semble incompatible avec la pensée conservatrice…

Roger SCRUTON. — Il y a en effet une vraie tentation populiste qui est de dire : le peuple a toujours raison contre les intellectuels. Mais dans la vie, parfois les intellectuels ont raison et parfois le peuple a tort. La foule a toujours tort. Qu’est-ce que la politique ? La tentative de séparer le peuple de la foule, pour que le peuple soit une voix organisée autour d’une idée nationale. Je crois que le populisme n’est rien d’autre que l’exploitation des sentiments conservateurs de la foule. Trump et Le Pen n’ont rien de conservateur, mais ils prennent les aspirations conservatrices des peuples sans les transformer en projet. Nous, conservateurs, ne devons pas être démagogues. Mais nous savons que les sentiments du peuple comptent, en particulier ceux qui ne sont pas explicités et raisonnés, mais qui procèdent de l’expérience concrète de membres d’un corps constitué, des communautés locales, de la société, d’une vie qui exige des sacrifices.

LE FIGARO. — Benjamin Disraeli avait théorisé le torysme « one nation » et plaidé pour une responsabilité des élites envers les masses. Est-ce là le rôle du conservatisme ?

Roger SCRUTON. — Ce que Disraeli et son mouvement ont voulu faire, c’était utiliser la politique et la culture pour imposer des limites à la spéculation économique. Il était contre les grands dirigeants d’usine, les exploiteurs. Il voulait leur rappeler l’unité sociale profonde du pays qu’ils étaient en train de détruire en créant deux nations, celle des pauvres et celle des riches.

Avec la mondialisation, nous sommes revenus à cette situation de deux sociétés : l’une cosmopolite, qui profite des bienfaits du transfrontiérisme, et l’autre de la vie ordinaire, qui fait tourner le pays. C’est même pire : au XIXe siècle, la bourgeoisie profitait des pauvres, mais de pauvres auxquels elle était liée, qu’elle croisait sur le palier ou à l’église. Aujourd’hui, la classe libérale n’a plus rien en commun avec ceux qu’elle exploite : elle ne les voit pas.

Ce que voulait Disraeli, c’est l’unité de la nation, pas seulement autour du droit de propriété, mais aussi autour du devoir des propriétaires, de ceux qui réussissent, envers les plus défavorisés, à la manière d’une famille. Voilà la grande tâche de la droite : c’est de réconcilier profondément ces deux classes. On ne doit pas se contenter de verser des injures sur l’élite libérale ou d’entretenir à coups de subventions les défavorisés. Il faut ouvrir une conversation.

LE FIGARO. — De nombreux penseurs comme Christopher Lasch ou Jean-Claude Michéa ont montré une incompatibilité fondamentale entre libéralisme et conservatisme. Qu’en pensez-vous ?

Roger SCRUTON. — C’est une question fondamentale : comment contrôler le marché pour qu’il ne vienne pas détruire ce à quoi nous sommes attachés ? Il faut reconnaître que le marché est nécessaire : on n’a jamais trouvé d’autre moyen de coordonner la vie économique d’une grande société. Cela a été prouvé théoriquement par l’école autrichienne et pratiquement par l’URSS.

La circulation de l’information qu’exigent les échanges économiques ne fonctionne qu’à travers le marché. Mais il y a des limites, des choses qu’on ne peut pas marchandiser, des profits excessifs qu’on ne peut pas tolérer. Comment renforcer ces limites ? Dans le passé, il était reconnu que certaines choses ne pouvaient pas être achetées : l’amour, la maternité, l’honneur, la famille, tout ce qui relève des relations humaines intimes. On dit que la prostitution est le plus vieux métier du monde : mais son interdiction est bien aussi ancienne ; en tout cas, si elle était tolérée, elle était aussi marginalisée.

LE FIGARO. — Face à la montée du péril djihadiste, le conservatisme doit-il désormais « conserver » ce qu’il a combattu, à savoir l’héritage hédoniste et libertaire de Mai 68 ?

Roger SCRUTON. — Je déteste la presse satirique et la musique pop. Mes enfants aiment la musique pop. Mais pour les islamistes, ce n’est pas une faute de goût, mais un crime. Ils n’attaquent pas nos salles de concert au nom de Beethoven, mais au nom d’Allah, parce qu’ils détestent la musique en soi. Ils se sentent offensés par la vue des gens qui s’amusent, qui acceptent le monde. Leur religion, dans sa forme extrême, est un rejet du monde. Je valorise davantage une civilisation qui permet au mauvais goût d’exister. Il y a une hiérarchie de valeurs, et la liberté est au-dessus de la beauté.

LE FIGARO. — Mais personne n’a envie de mourir pour le libéralisme…
 
Roger SCRUTON. — C’est vrai. Mais on meurt rarement pour un « isme ». La seule chose que le communisme a créée, ce sont des martyrs pour un « isme ». En général, on meurt pour la liberté. Mais pas la liberté comme abstraction, la liberté de la patrie, de la presse, de la pensée. L’expérience concrète d’une communauté dont il convient de défendre l’existence. C’est le sentiment de base de la décence commune que nous avions oublié : celui de mourir pour ce à quoi nous sommes attachés.

La maternelle à 4 ans n’a pas atteint ses objectifs, Québec en crée 100 classes de plus

On se rappellera qu'il y deux mois sortait une première étude sur la qualité éducative de la maternelle quatre ans, depuis son déploiement en 2013, démontre qu’elle n’a pas atteint ses objectifs. Ceci s’expliquerait par un manque de qualité, selon la psychologue et professeure Christa Japel au Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM, qui a piloté l’étude. La conclusion de son étude est sans équivoque : l’initiative a raté sa cible, puisqu’elle ne réussit pas à favoriser la préparation à l’école des enfants issus de milieux défavorisés.

Une nouvelle qui ne surprenait pas les lecteurs de ce carnet au vu des études précédentes qui tendent à montrer que l’éducation formelle très précoce a — en général — peu d’effets à long terme. Les gains observés en maternelle s'atténuant au bout d'une année d'école. Voir Maternelle publique et gratuite : sans effet sur les résultats au primaire, « Le système de garderie universel en Suède forme des enfants moins instruits » et Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique. Ceci dit dans certains cas avec des enfants très défavorisés et des programmes de très bonnes qualités, on peut obtenir de bons résultats. Mais cela ne s’applique pas à un grand nombre d’enfants, il faut vraiment que les enfants viennent de milieux dysfonctionnels ou qui ne permettraient pas à l’enfant d’apprendre la langue d’enseignement avant qu’il ne rentre à l’école.

Eh bien ! malgré cet échec, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, annonce l'ouverture de 100 classes de maternelle 4 ans à temps plein dès la prochaine rentrée scolaire. Ces classes de maternelle qui accueillent des enfants dès l’âge de 4 ans sont créées en complément des services de préparation à la maternelle déjà offerts aux tout-petits dans les services de garde éducatifs. Ces classes de prématernelle visent particulièrement les enfants des milieux défavorisés qui ne fréquentent pas des services de garde éducatifs et qui ne bénéficient pas de cette période d’adaptation à la vie scolaire.

Les élections approcheraient-elles ? S'agit-il de cocher la case « Nous avons créé beaucoup de classes de maternelles à 4 ans » ? Même si l'argent des contribuables n'est pas nécessairement dépensé au mieux dans ce domaine ?


France — Des professionnels dénoncent les risques de l’éducation à la sexualité trop précoce

Le pédopsychiatre Maurice Berger alerte l’opinion sur « l’éducation à la sexualité » précoce chez les enfants. Le Dr Berger est ancien chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne, ex-professeur associé de psychologie à l’Université Lyon 2, et psychanalyste. Il déclare d’emblée être athée et en faveur de l’avortement, il le précise, car les croyants sont d’office disqualifiés ou qualifiés d’extrémistes par les « tolérants » qui pensent pour nous et savent ce qui est bon pour les enfants d'autrui.



Nous, professionnels de la psychologie et de la psychiatrie, du psychotraumatisme et de l’enfance, dénonçons les risques de « l’éducation sexuelle » et des « droits sexuels » mettant en danger les enfants, sous couvert d’idéaux de « prévention » et d’« égalité ».

De fait, les plans gouvernementaux français sur « l’éducation à la sexualité », prenant source dans des textes internationaux portés par l’OMS, la planification familiale et l’ONU, dont nous critiquons la dangerosité pour les enfants, sont en cours d’application dès la maternelle en France.

Ce site Internet a été développé pour alerter, informer, donner un lieu d’expression et d’échange aux professionnels et être facteur de ressources documentaires. Nous revendiquons, au regard des risques inhérents à de tels programmes, que soit entendu et pris en compte l’avis des professionnels spécialisés dans la psychologie, tout particulièrement de l’enfant et du psychotraumatisme.

Une pétition intitulée « Stop à la dangereuse imposture des “droits sexuels” et de “l’éducation sexuelle” » a été créée.


Pétition


Novlangue — Exit les immigrants illégaux, fini les sans-papiers, désormais c'est migrant au statut précaire

De Radio-Canada cette réserve inépuisable de correctivisme politique et de novlangue, cet extrait d’un reportage d’avril 2017 :

« Nous sommes chez Médecins du Monde, une clinique qui prodigue certains soins de santé gratuits à des migrants au statut précaire. »

« Braulio est un demandeur d’asile dont la demande a été refusée en 2009. » Il vit dans la clandestinité depuis huit ans, c’est un immigrant illégal donc.

« Après avoir épuisé leurs recours, ceux dont la demande d’asile est refusée reçoivent un avis de déportation et doivent ensuite se présenter à l’aéroport. »

« À long terme, ces personnes espèrent pouvoir régulariser leur statut [en restant suffisamment longtemps illégalement]. En attendant, l’accès aux soins de santé est pénible et il est difficile de voir la lumière au bout du tunnel. »

On comprend bien la portée de cet euphémisme : leur statut est précaire à cause d’une administration tatillonne ou injuste, il suffira d’attendre avec ou sans campagne médiatique jouant sur l’émotionnel (regardez comme cette fillette est charmante et on veut la renvoyer avec ses parents !) pour que cette précarité se transforme en des papiers finalement délivrés par une administration obtuse.

Ce terme n’est pas tout neuf, le ministère de l’Éducation du Québec (sous brève gouvernance du PQ, mais cela ne change habituellement rien aux tendances lourdes au sein de ce ministère) l’avait déjà utilisé en 2013 : « Québec facilite l’admission à l’école des enfants de migrants à statut précaire » encore décrits par la périphrase dont « leurs parents [sont dans l’incapacité] de fournir des documents officiels nécessaires à l’obtention d’un code permanent ».

Le projet de loi 144, présenté le 9 juin 2017 à l’Assemblée nationale, élargit « la portée du droit à la gratuité des services éducatifs dans le but d’assurer l’accessibilité à l’école pour les enfants à statut d’immigration précaire ».

Voir aussi

Novlangue : « implanter des mesures d’appui au vivre ensemble »

« Avoir droit » ou « être obligé » ?

Parlez-vous le français socialiste ?

Sélection novlangue de la semaine (en construction)

Sélection novlangue de la semaine (2)


Novlangue au Monopole : le mot athée désormais tabou

Ne dites plus... parlez pédagogiste...

Lexique du Plateau

Novlangue — OQLF prescrit « action positive » plutôt que « discrimination positive »



dimanche 4 juin 2017

375e de Montréal, récupération multiculturaliste ? (m-à-j)

Nous avions déjà fait part de nos craintes de voir le 375e anniversaire de la fondation de Montréal récupéré politiquement par le parti du « vivre ensemble » multiculturel qui occulterait la fondation d’une ville française point d’appui d’une colonie française, d’un effort mené par des gens très pieux (Ville-Marie) et l’importance de cette ville du point de vue historique et linguistique pour la francophonie nord-américaine.

Denis Bombardier revient sur cette récupération :

TOUS DES IMMIGRANTS ?

Rien ne nous sera épargné­­. Montréal est en fête et cette commémoration de la fondation de Ville-Marie par nos ancêtres français permet au maire Denis Coderre de conclure que « nous sommes tous des immigrants ». Tous, mais d’abord et avant tout les Canadiens français de souche. On a bien compris­­ le message.

Le maire n’en est pas à un raccourci près lorsqu’il veut nous faire part de la réflexion qui inspire ses initiatives. Pour comprendre sa vision orthodoxe du multiculturalisme, ne l’oublions pas, puisque Denis Coderre­­ a été dans une vie antérieure ministre libéral à Ottawa. Le multiculturalisme s’est développé et s’est épanoui, si l’on peut dire, pour en arriver à cette création surprenante qu’est le Canada post national tant vanté et incarné par Justin Trudeau. Dans ses voyages à l’étranger, il commande l’admiration­­ de nombre de gens qui ignorent par ailleurs ce qu’est le Canada­­ en dehors des clichés. Et c’est à l’initiative de Pierre-Elliot Trudeau, père de la Charte des droits que le multiculturalisme, cette réponse au nationalisme québécois, s’est imposé. Que Denis Coderre prenne ses aises avec l’histoire et nos ancêtres français ne devrait donc pas nous surprendre.

EXPANSION FRANÇAISE

Le hic est que les Français venus coloniser­­ le Canada n’étaient pas des immigrants. Ils ne fuyaient pas leur pays. Ils voulaient l’agrandir jusqu’en ces contrées lointaines sur lesquelles ils misaient pour s’enrichir. Pour imposer leur civilisation également. Il s’agissait, pour ces navigateurs qui étaient des aventuriers et pour ces missionnaires animés d’une foi vibrante et conquérante, de prendre possession du territoire au nom du roi de France. Ils ne se déracinaient donc pas, ils s’installaient tout simplement dans des terres qu’ils s’appropriaient, parfois en négociant des traités avec certaines tribus. Comme les Anglais l’ont fait eux-mêmes à l’intérieur de leur empire.

PROCÈS

Le procès du colonialisme de ces grands empires a déjà été fait. Avec raison, d’ailleurs. Mais on ne peut pas réécrire l’histoire selon les critères moraux d’aujourd’hui. Les idéologues qui plaquent notre réa­lité actuelle à la lecture de celle du passé en arrivent, eux, à conclure que nous, les Blancs, sommes criminels de tous les malheurs du monde. En prenant possession de la Nouvelle­­-France, nous serions devenus­­ les initiateurs du génocide des autochtones et à ce jour, nous en demeurons les coupables.
Cette petite phrase prononcée par le maire Coderre pour bien montrer son ouverture aux communautés culturelles du Québec d’aujourd’hui est une façon de dénoncer insidieusement les Québécois qui se revendiquent de leur histoire, de leur culture propre et de leurs ancêtres, qui ont bâti ce pays. C’est une invitation à un déracinement collectif de la majorité francophone. Quel paradoxe tout de même de lancer le message aux immigrants de conserver leur culture d’origine et d’exiger des Québécois de souche qu’ils se fondent, eux, dans cette diversité culturelle canadienne en marche.

Et si les Québécois, par leur silence et leur mémoire défaillante, donnaient­­ raison au maire Coderre ?
« 375 ans d’accueil »

Le Devoir publiait vendredi une chronique de Cathy Wong, chroniqueuse au Devoir, à Radio-Canada et la plus jeune présidente du Conseil des Montréalaises, une instance consultative auprès de l’Administration municipale en ce qui a trait à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la condition féminine. Son article voulait célébrer la dimension autochtone de Montréal et les 375 années d’« accueil » de la communauté autochtone.
Tanite nita tshipa tshi uni-tshissitutatan (Où es-tu que je n’oublie pas)

La place Jacques-Cartier, la rue Amherst (ce gouverneur anglais qui avait suggéré de donner des couvertures souillées aux autochtones pour leur transmettre la variole), le boulevard de Maisonneuve sont tous des espaces publics qui témoignent d’un Montréal colonial. Où sont ceux qui valorisent notre histoire millénaire ? Dans cet esprit, la « Commission de toponymie sauvage de Montréal », une initiative citoyenne, s’est prêtée à une action de dénomination l’été dernier. Le temps d’une action intempestive, l’angle des rues Mackay et Sherbrooke se nommait désormais ȣgmakw, le nom du frêne abénaquis. Ce genre de geste citoyen nous rappelle que, en dehors des quatre murs d’un musée, les références aux Premières Nations sur le territoire montréalais sont encore limitées. Où es-tu que je n’oublie pas ? se demande [la poétesse montagnaise] Joséphine Bacon. L’effacement de l’histoire entraîne aussi l’effacement de la mémoire. Pour l’amour de notre ville, multiplions les lieux de reconnaissance des Premières Nations.


En quête de son identité autochtone, Joséphine Bacon nous renvoie à notre vivre-ensemble. Depuis 1642, les Premières Nations accueillent sur leur territoire des vagues de migration : les Français d’abord, ensuite les Anglais, les Italiens, les Haïtiens, les Chinois, etc. Depuis 375 ans, nous sommes tous des enfants de grandes migrations et le territoire autochtone d’Hochelaga continue à accueillir les trois quarts des immigrants du Québec.

« Accueil » des Français par les Iroquois autour de Montréal
Si les Français furent bien accueillis par les Montagnais, les Hurons et les Algonquins, ils furent mal accueillis par les ennemis de ceux-ci. Il n’y a pas de tradition uniforme d’accueil des Français de la part des autochtones. C’est un point de vue racialiste (les Autochtones unis par opposition aux blancs), un point de vue anachronique.

Cette chronique étrange de cette habituée du Devoir, de Radio-Canada et animatrice de l’émission Droit de cité à CIBL FM a d’abord suscité cette réaction de Mathieu Bock-Côté :


Une fraude historique, entretenue par l’école québécoise

Mathieu Bock-Coté revenait à la charge le lendemain :,

Le 375e anniversaire de Montréal nous rappelle à quel point l’histoire est l’objet d’immenses manipulations idéologiques.

L’une d’entre elles cherche à nous faire croire que nous serions tous des immigrants, mis à part les Amérindiens, seuls vrais fondateurs de la ville et du pays.

Les Français ? Ils n’auraient été qu’une vague migratoire parmi bien d’autres dans l’histoire de Montréal. Ensuite seraient venues d’autres vagues, les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Italiens, les Grecs et tant d’autres.

Immigrants ?

Il faut dire que ce n’est pas vraiment nouveau. Même au ministère de l’Éducation, on tient aussi ce discours à propos du Québec.
On déclasse symboliquement la Nouvelle-France d’un trait de plume. On fait disparaître la France et son effort de colonisation. On réécrit l’histoire. On en invente une nouvelle, mensongère, mais conforme aux canons de la rectitude politique. C’est une histoire multiculturaliste. Une histoire fabulée.

On comprend l’enjeu politique de cette réécriture.

Il s’agit de nier aujourd’hui que la majorité historique francophone soit le cœur de la nation. On veut en faire une communauté parmi d’autres, ayant le même statut que n’importe quelle communauté immigrée­­.

Cette thèse a des conséquences identitaires.

On justifie historiquement un nouveau droit fondamental, celui de ne pas s’intégrer à la nation d’accueil.

On veut transformer les Québécois­­ francophones en étrangers­­ chez eux.

Nouvelle-France


Prétendre que nous sommes tous des immigrants, c’est insulter l’histoire de ceux qui ont fondé, défriché et inventé ce pays.
C’est humilier la mémoire de la Nouvelle-France. C’est mépriser sa grandeur mystique et conquérante. C’est nier nos racines françaises.
C’est nier notre identité et ridicu­liser nos combats pour la préserver.

Redisons-le : nous ne sommes pas tous des immigrants.

Nous voulons bien accueillir dans des proportions raisonnables ceux qui veulent s’ajouter à nous pour peu qu’ils s’intègrent. Nous ne voulons­­ pas pour autant nous effacer­­ et disparaître.


Absence de timbre commémoratif


Postes Canada publie fréquemment des timbres qui commémorent des événements historiques. Voici ceux disponibles en cette veille de la Fête des Patriotes... Nous avions déjà parlé de l’historicité problématique liée à un de ces timbres célébrant Mathieu da Costa pour le mois de l’histoire des Noirs alors qu’on ne sait même pas si da Costa est venu au Canada...! Mais bon, rien donc sur l’aspect historique de la fondation de Montréal.



On apprenait cette dernière semaine de mai que Postes Canada venait de publier pour la première fois un timbre pour l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Adha. Plus tôt cette année, Postes Canada et India Post ont décidé de produire la toute première émission conjointe de deux timbres soulignant le Diwali, la fête des Lumières célébrée par les hindous. Ils seront émis le même jour dans les deux pays à l’automne 2017. Postes Canada émettra également un timbre consacré à Hanoukka en l’honneur de la fête juive de huit jours qui a lieu en décembre. Selon Postes Canada « Les timbres consacrés à l’Aïd, à Diwali et à Hanoukka s’appuient sur la tradition de nos timbres de Noël. Ils témoignent de notre fierté de vivre dans un pays diversifié des points de vue religieux, culturel et traditionnel. »




« Je ne suis pas une immigrée, mais une descendante de colons »

L’essayiste américaine (la polémiste pour ses adversaires) Ann Coulter s’est également insurgée contre l’utilisation du slogan « Tous immigrés ! » de la part de ceux qui veulent ouvrir au maximum les frontières des pays occidentaux.

À l’accusation qu’elle était ignorante et que, descendante de colons, elle était une immigrante comme tous, Ann Coulter a répliqué que « Non, les immigrants déménagent dans un pays préexistant, les colons en créent un nouveau. Je ne vis pas dans la “Nation cherokee” ». (Nations des Chéraquis sous le régime français... Puisqu’on parle d’histoire.)