samedi 30 août 2008

« Un instant, Madame Courchesne ! »

Trop, c'est trop. Je ne peux rester sans commenter les propos rapportés dans l'article du 29 août s'intitulant « Courchesne souhaite que les parents songent plutôt au bien de leur enfant ».

En tant que père de quatre enfants, je peux vous dire que le bien de mes enfants est la priorité dans ma vie et que je n'ai aucune intention de déléguer mon autorité parentale au gouvernement pour y arriver. Gouvernement qui a modifié la Charte québécoise des droits et libertés de la personne et aboli la liberté de conscience des enseignants pour imposer ses cours d'éthique et de culture religieuse.

On dirait que le ministère de l'Éducation et le gouvernement du Québec ont décidé, par la réforme scolaire et autres interventions, que le nivellement par le bas et que tout le monde soit pareil, c'est la voix à suivre. Pas pour moi. N'en déplaise à Mme Courchesne, mes enfants ne deviendront pas des « suiveux », je désire que ces derniers se construisent une colonne vertébrale et qu'ils aillent au bout de leur potentiel.

Bravo aux enfants et aux parents qui auront assez de colonne pour ne pas se laisser arrêter par des épouvantes !

Jacques Joly
Sherbrooke

vendredi 29 août 2008

Le dalaï-lama hospitalisé à Bombay « serait emballé par le cours d'ECR »

Selon la Presse qui reproduit les affirmations de partisans du cours d'ECR, « le dalaï-lama serait emballé » par le cours d'éthique et de culture religieuse. Ceci alors que le dalaï-lama, de retour d'un long voyage en Europe, est à l'heure actuelle hospitalisé à Bombay !

Il viendrait même en octobre 2009 (dans plus d'un an) vanter les mérites de ce cours à Montréal !

On a dû mal à croire que le dalaï-lama, avec son horaire chargé, ait pu étudier le nouveau cours en détail alors qu'il n'y a aucun manuel en anglais et que ceux en français viennent juste de sortir. Ceci ne signifie pas évidemment qu'il ne se réjouira pas de la grande place donnée aux spiritualités orientales dans ces manuels et du fait qu'il soit cité sur toute une page en exemple dans les manuels Modulo (non, aucun Pape n'est cité comme modèle). Mais il est peu probable qu'il ait pu se pencher sur la question au-delà de ce qu'on aurait pu lui dire d'en penser.

Il est intéressant de voir comment ces affirmations attribuées au dalaï-lama par des partisans sont si facilement reprises par des « journalistes professionnels et neutres » (la même nouvelle est parue en anglais).

Mission de l'école québécoise : faire des jeunes des citoyens du monde ?

Les propos du dalaï-lama rapportés par Samdup Thubten, de la communauté tibétaine de Montréal, sont assez caractéristiques. Selon M. Thubten, « Le dalaï-lama croit qu'il faut enseigner et instiguer des valeurs d'éthique aux enfants dès leur plus jeune âge pour en faire des citoyens du monde ». On notera qu'on n'a aucune citation directe du dalaï-lama, mais uniquement ce qu'en rapporte un partisan du cours. Ensuite, la partie la plus contestable de cette citation n'est pas le fait d'enseigner des valeurs morales tôt dans la vie des jeunes, mais le fait que ce soit pour en faire des citoyens du monde ! La fonction de l'école québécoise devrait plutôt être d'intégrer les enfants qui la fréquente à la société québécoise ou du moins de les y familiariser, mais pas d'en faire des êtres déracinés qui sont d'abord des citoyens du monde ! C'est évidemment à la mode dans certains milieux, mais pas nécessairement sage dans un Québec qui se détricote très vite.

Le dalaï-lama est-il pour la privation de droits et les menaces répétées de sanction ?

On peut également se demander si le dalaï-lama est d'accord avec la manière dont ce programme est imposé : en supprimant des droits dans les chartes, en enlevant le droit d'objection de conscience aux enseignants, en imposant le cours à tous et en menaçant les parents récalcitrants.

Il nous paraît, toutefois, difficile de penser que ce chef spirituel qui a consacré sa vie à défendre la liberté d’expression, de conscience et de religion puisse avoir donné son aval à la privation de droits qui a accompagné l’introduction de ce cours. Il est également difficile de penser que le chef tibétain approuve les menaces de sanctions scolaires répétées qui planent sur les élèves qui n’assisteraient pas à ce cours pour des raisons religieuses ou philosophiques.

La vraie question

Car, en fin de compte, la question porte sur cela : la liberté en matière d'éducation et le respect des convictions des parents. Que des bouddhistes aiment bien qu'un programme se penche plus sur leur spiritualité quoi de plus normal, que le dalaï-lama dise — enfin des partisans du cours en question disent que le dalaï-lama dit — être en faveur de la formation de citoyens du monde, c'est leur droit le plus strict. Le véritable enjeu est de savoir s'il n'y a de place que pour ce que décide l'État en matière d'enseignement de la morale et de la spiritualité sous peine de sanction. Les parents qui s'opposent à l'imposition de ce cours pensent que l'État qui dit valoriser le pluralisme — c'est un comble ! — n'a pas à imposer un seul cours à tous dans le domaine de la morale et de la spiritualité, qu'il doit permettre la dispense à ce cours comme c'est le cas partout ailleurs dans les pays démocratiques.

Le 3 septembre, réunion d'information des milieux évangéliques à Saint-Romuald (Lévis) sur le cours d'ECR

Plusieurs intervenants évangéliques considèrent que le programme obligatoire d’Éthique et de Culture Religieuse du MELS comporte des menaces sérieuses à la liberté de conscience et surtout au droit des parents de transmettre leurs valeurs à leur enfant. Selon le gouvernement, les enfants de famille évangéliques ne peuvent se soustraire de ce cours, même dans les écoles privées !

Prière de transmettre cette invitation à une soirée d’information le 3 septembre 2008 à 19h00 au :

Centre du Plein Évangile de la Rive-Sud,
1575 Chemin du Sault,
Saint-Romuald (Lévis), Qc.


Cet évènement est organisé en collaboration avec plusieurs organismes évangéliques et avec la Coalition pour la liberté en éducation.

Essentiellement, cette question débattue depuis plus d’un an a été présentée de façon forte incomplète par les média et par le MELS. Les parents sont au centre de ce débat et doivent entendre tous les points de vue avant de décider de leur action en ce qui concerne au plus haut point LEUR ENFANT.

La réunion sera diffusée en direct sur Internet grâce à la collaboration de Radio VPJC <http://www.dravard.net/vpjc/>. Pour syntoniser, rendez-vous sur http://www.cpers.qc.ca/MediaCPERS.htm.

Vous y trouverez les instructions pour entendre les conférenciers, de même que des moyens pour intervenir immédiatement dans les discussions par courriel ou par audio.

Si vous habitez en dehors de la région immédiate de Québec, nous vous suggérons d’organiser une réunion « branchée » à ce moment, dans un lieu où vous pourrez diffuser l’évènement (un ordinateur branché à Internet suffit) et permettre à des gens d’interagir avec ceux du CPERS.

Pour information à ce sujet contacter : media<arrobe>cpers.qc.ca

Le mouvement de retrait s'étend

La Tribune de Sherbrooke indique que le retrait des enfants des cours imposés d'éthique et de culture religieuse s'étend désormais à au moins cinq écoles dans la région sherbrookoise.

Après Valcourt, c'est maintenant au tour de parents de Sherbrooke de s'organiser pour retirer leurs enfants des cours d'éthique et de culture religieuse. Des parents font aussi de même dans la région de Drummondville.

« Boycott, ce n'est pas le terme que j'aime. On a un droit de retrait qui va être exercé », indique Claudette Lavallée, mère d'une élève du Collège Sacré-Coeur de Sherbrooke qui a l'intention de retirer sa fille du cours ce vendredi.

Au total, cinq écoles seraient concernées sur le territoire sherbrookois: quatre écoles publiques et le Collège Sacré-Coeur, selon Mme Lavallée.

jeudi 28 août 2008

Pédagogisme et formation des maîtres en France

Petits extraits d'un reportage sur les I.U.F.M. (instituts universitaires de formation des maîtres en France).

« C'est comme le service militaire, ça sert à rien, mais il faut y passer. »

« Peu d'opposition à Québec »

Le Journal de Québec titrait ce matin « Peu d'opposition à Québec » en parlant du peu de demandes d'exemption au cours d'ECR reçues à Québec.

Ce sont deux choses différentes.

Il est normal que beaucoup de parents se soient abstenus de faire des demandes d'exemption quand on se rappelle :
  1. que la ministre Courchesne a dit dès le début que toutes ces demandes seraient refusées quitte à « écraser des orteils » (18 avril 2008 au Soleil) ;
  2. que les commissions scolaires et un professeur Rousseau hier encore à la tribune téléphonique de Radio One ont répété que l'absence au cours signifierait l'échec;
  3. qu'il ait fallu attendre la CBC hier pour forcer un directeur adjoint de commission scolaire à avouer que cela ne signifiait qu'échec en cette seule matière, mais que cela n'avait aucun impact sur le parcours scolaire de l'élève retiré du cours ou qui choisirait l'éducation physique en secondaire V : il ne redoublerait pas  (on notera au passage l'absence d'écho dans la presse francophone conformiste) ;
  4. que l'immense majorité des parents ne connaît pas le cours ;
  5. qu'ils ont surtout entendu au sujet de ce cours les envolées lyriques du Monopole de l'Éducation : enfin permettre de « vivre ensemble » dans un Québec de plus en plus divers, de discuter de justice sociale et de favoriser le dialogue, sans qu'ils aient accès aussi facilement aux critiques fondamentales présentées par la CLÉ ainsi que des universitaires ou des éducateurs comme ceux de l'école secondaire catholique Loyola (cette école et sa demande d'exemption en bloc il y a quelques mois n'ont d'ailleurs jamais été mentionnés dans la presse francophone à notre connaissance) ;
  6. que la presse a, par exemple, ouvert ses colonnes à une association de professeurs d'éthique et de culture religieuse (AQECR) pour qu'elle se livre à une attaque au vitriol contre la CLÉ (l'accusant de discours « mensonger », de « mauvaise foi », de « désinformation ») sans publier une réplique sereine de cette Coalition ; d'autres journaux, comme Le Devoir, ont très tôt avoué leur parti-pris en faveur du cours d'ECR et cela dans un éditorial, le Devoir n'a d'ailleurs publié récemment que très peu d'articles couvrant l'opposition à ce cours.

Il n'est donc pas étonnant étant donné ce manque de débats, l'annonce du refus systématique d'exemption et les menaces répétées de sanctions scolaires que les parents n'aient pas demandé en grand nombre l'exemption de ce cours. Ceci ne signifie pas qu'ils soient d'accord avec l'imposition de ce cours ou même ce cours qu'ils méconnaissent.

Enfin, rappelons que nous parlons ici de droit démocratique d'exemption en raison d'une objection de conscience. Ce droit ne dépend pas du nombre d'objecteurs assez courageux pour se lever contre le Monopole de l'Éducation qui brandit la menace de sanctions. Ce droit doit, par principe, être respecté dans une société qui chérit ses libertés de conscience et de religion, peu importe le nombre d'objecteurs de conscience et ceci alors que l'objection ne s'accompagne pas d'inconvénients indus envers le ministère (il peut continuer à prodiguer ce cours à ceux qui le veulent).

Il est ironique de voir la distance qui sépare la pratique (les sanctions, le refus de dialogue, du pluralisme) du discours des partisans du cours d'ECR (pour la non-violence, le dialogue, le pluralisme).

mercredi 27 août 2008

L'école secondaire Loyola fait appel du refus d'exemption au cours d'ECR

L'école secondaire catholique montréalaise Loyola fait appel de la décision du Monopole de l'Éducation qui lui a refusé une demande d'exemption au cours d'ECR déposée il y a quelques mois.

Les enseignants de Loyola avaient demandé à être dispensés du programme d'ECR parce qu'ils désapprouvent de sa méthodologie et parce que, en tant qu'établissement privé, il offrait déjà un programme en religions du monde.

Le directeur, Paul Donovan, déclaré qu'il n'avait pas de difficulté avec le programme obligatoire en tant que tel, mais plutôt avec la structure de ce programme imposé par le MELS.

« Il n'y a rien de mal — et nous n'avons pas de réticences quant aux objectifs du cours, c'est-à-dire la promotion de la tolérance et d'un "vivre ensemble" » a-t-il déclaré à la CBC. « Nous en avons plutôt avec la méthode. »

Le volet éthique promeut le relativisme, ce qui est contraire à la philosophie éducative de Loyola, d'ajouter Donovan.

« Y a-t-il moyen de savoir ce qu'est le bien et le mal, ou faut-il que nous disions que personne ne peut jamais le savoir ? » a-t-il demandé.

« Ce n'est pas ainsi que les lois sont modifiées, ce n'est pas comme cela que la société change ou s'améliore. La morale doit prendre le pas sur la loi et la culture. »

Selon M. Donovan, il ne faut pas que le gouvernement puisse dicter à l'école secondaire Loyola comment elle doit enseigner la religion.

« Est-il normal que le gouvernement dise que tout le monde au Québec doive adopter son type particulier de philosophie, ce qui se passe pour l'instant ? C'est une philosophie relativiste. »

Les enseignants de Loyola ont déjà suivi les sessions de formation au nouveau cours d'ECR et pourraient l'enseigner a ajouté M. Donovan.

Mais en son âme et conscience, le directeur de Loyola se dit incapable de commencer à enseigner cette matière.

Source : aol.ca.

Les enfants retirés du cours d'ECR ne redoubleront pas...

D'après une dépêche de la CBC, M. Christian Provencher, directeur adjoint de la Commission scolaire des Sommets, a assuré que les enfants qui auront été retirés du cours controversé d'ECR imposé par le Monopole de l'Éducation ne redoubleront pas (« Students will still be able to graduate »).

Nous avions déjà mentionné qu'avec la réforme, tout le monde est supposé passer au primaire sauf les enfants qui ont de grandes difficultés d’apprentissage et en concertation avec leurs parents.

Le cours n'est pas sujet à sanction, selon le régime pédagogique du Monopole de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), sauf en 5e secondaire où les élèves doivent réussir le cours d'éthique et de culture religieuse ou celui d'éducation physique pour obtenir leur diplôme d'études secondaires.

Voilà une excellente manière de promouvoir l'éducation physique et la santé de la jeunesse québécoise ! Bravo à la CLÉ.

lundi 25 août 2008

« L'aspect éthique négligé » par les opposants au cours d’ECR

La Tribune de Sherbrooke consacre un autre article aux seuls partisans du cours d’ECR, rien de bien neuf (faire peur aux parents d’un côté, d'un autre prétendre que le nouveau cours n’aura pas d'impact sur la foi des enfants, ce qui dans l'absolu est faux bien sûr). Rien de neuf, sauf ce paragraphe :
Selon Christian Provencher, [le préfet de discipline à la Commission scolaire des Sommets], les opposants au cours d'éthique et de culture religieuse oublient trop souvent l'aspect éthique du cours. « Les jeunes vont se pencher sur le respect, la justice et les différentes réalités sociales qui les entourent. C'est une plus-value dans le développement global des jeunes. »

« Mauvaise foi »

Cette critique n’est pas sans rappeler la critique au vitriol de Sylvain Fournier, enseignant en Éthique et culture religieuse à la Commission scolaire des Affluents et responsable de l'information à l’Association québécoise en éthique et culture religieuse (AQÉCR) parue dans la Voix de l'Est. Celui-ci reprochait à la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) de mener une « campagne de désinformation », de discours « mensonger » et de « mauvaise foi » en citant pour preuve, si on peut dire, que la CLÉ ne parlait jamais du volet éthique du programme d'ECR. Rien de moins ! Le manque de modération des propos d’un enseignant en ECR et responsable de l’information à l’AQÉCR ne peut qu’inquiéter les parents soucieux de l’instruction de leurs enfants.

Les partisans du cours d’ECR qui s'expriment dans les médias, assez conformistes et dont tant semblent défendre étrangement leur gagne-pain, devraient se renseigner. Aidons-les.

Pas d’éthique, sans définition de vertus…elles dépendent de la foi

Pour des croyants, l’éthique ne peut se concevoir sans un cadre moral préalable : quels sont les vertus et les vices acceptés. Nommons, par exemple, une de ces vertus qui manque singulièrement aux architectes qui ont pondu ce cours pour les enfants du bon peuple québécois : la prudence. La prudence qui imposait de ne pas imposer ce cours, mais de le rendre au moins facultatif devant la réticence de nombreux parents et même des évêques catholiques, mollement résignés.

Citons Léon XIII dans son encyclique Affari Vos : « sans religion il ne peut y avoir aucune éducation digne de ce nom, ni quelque bien que ce soit, étant donné que la véritable nature et puissance de tous les devoirs origine des devoirs spéciaux qui lient l’homme à Dieu, qui commande, défend et détermine ce qui est bien et mal. »

Or, donc, la religion propose un cadre moral qui peut s’opposer, lors des discussions éthiques abordées, aux points de vue qui seront exposés en classe ou qui seraient majoritaires. On ne peut donc croire que le volet éthique est séparé de manière étanche du volet religieux pour des croyants comme le laissent penser ces fonctionnaires du MELS.

Notons que les points de vue présentés (« voici ce que pensent les catholiques, les scientifiques ») le seront peut-être de manière tronquée (il y aura si peu de temps avec tant de religions et le point de vue « scientifique » à aborder !) sans que les parents ne le sachent.

Sujets d’éthique prématurés, pression conformiste ou embarrassante

En octobre 2007, Mme Morse-Chevrier s’était inquiétée des questions relatives aux « types de famille » acceptables (homosexuelle, polygame par exemple ?) et avait souligné que ce sujet était trop délicat et controversé pour être abordée au premier cycle de l'école primaire. Qu’exigera-t-on de l’enfant dans une telle discussion ? L’enfant vivra une pression sociale si ses valeurs familiales ne vont pas dans le sens du programme ou du groupe. Rappelons que la plupart des religions partagent ces réserves par rapport aux modèles familiaux que le programme d’ECR dans sa partie « éthique » encourage à explorer. C’est aussi le fait de l’Église catholique, même si l’Église québécoise, timorée, ne dit mot de peur de paraître « radicale » ! Faut-il rappeler que le message christique est radical, que Dieu vomit les tièdes (Apocalypse 3:14-16) ou que Jésus réprouve ceux qui cachent Sa Lumière sous le boisseau (Matthieu 5:15) ? Et en quoi le silence des catholiques (ou des chrétiens en général), terrorisés de passer pour des extrémistes, a-t-il fait avancer leur cause ? Ils laissent, de la sorte, un boulevard à leurs détracteurs qui essaieront, sûrs de leur monopole de la parole, d'imposer aux enfants des croyants des valeurs que ces mêmes croyants réduits au silence récusent pourtant.

En février 2008, Mme Morse-Chevrier, psychologue et présidente de l’Association des parents catholiques du Québec, lors d’une grande réunion publique à Montréal à l'Oratoire Saint-Joseph s’était encore penchée sur le nouveau programme « Éthique et Culture religieuse » pour en signaler par des exemples concrets les dérives possibles : demande prématurée d'abstraction de la part des enfants (dès six ans !), confusion alors que l'enfant demande des repères, pression du groupe fréquente quand le programme demande aux enfants de « dialoguer » (avec quelles connaissances ?) et de voir comment ils sont parvenus à modifier ou non leurs points de vue. Tout cela sur de nombreux sujets délicats qui pourraient embarrasser ou blesser les enfants qui se trouveraient sans réponse ou en minorité.

Créer des enfants individualistes, pluralistes et critiques des préceptes moraux de leurs parents

En juin 2008, Douglas Farrow dans le National Post s’opposait à la philosophie individualiste sous-jacente au cours d’ECR : 
« C’est le même Québec qui en septembre [2008] commencera à enseigner un programme obligatoire d’Éthique et de culture religieuse – obligatoire dans toutes les écoles, publiques et privées – dont le but avoué est d’inculquer à chaque jeune Québécois une philosophie « individualiste ». En effet, l’objectif est de créer une distance critique (comme s’il en fallait davantage !) entre la jeune fille de Gatineau et les préceptes moraux et religieux de ses parents ou de son prêtre. » […]

Nous sommes désormais tous devenus les pupilles de l’État et il ne faut plus s’étonner quand nos juges et politiciens prennent des décisions qui nous poussent à demander où s’arrête l’autorité parentale et où commence celle de l’État. Dans le nouveau Canada, l’autorité de l’État, comme celle de Dieu, ne connaît plus ni début, ni fin. »
En mai 2008, dans la Gazette, Douglas Farrow écrivait :
« Je me dresse contre ce cours parce que — ne vous y trompez pas — ce cours vise à sevrer les enfants des religions traditionnelles et de leurs engagements moraux pour leur inculquer une idéologie antipathique à ces engagements, l’idéologie dite du pluralisme normatif ». Le but est de leur enseigner le principe de Sheerman selon lequel la foi est acceptable tant et aussi longtemps que les gens n’y croient pas trop. Ce qui est visé, en d’autres mots, c’est de les arracher de leur communauté de socialisation de base — leurs familles et leurs lieux de culte — pour les unir dans l’État, avec l’État et sous l’État, un État qui se considère foncièrement plus important que ces familles et ces églises. »

Créer un « Vivre ensemble »

Quant au vivre ensemble tant vanté du nouveau cours d’éthique, M. Antoine Malek, président de l'Association de la communauté copte orthodoxe du Grand Montréal, a adressé une lettre à la ministre de l'Éducation, reproduite dans l'édition du printemps 2008 de Famille-Québec :
« Madame la ministre, nous trouvons honteux [nous soulignons] que vous teniez ces propos qui peuvent laisser sous-entendre que les Québécois ne sont pas vraiment capables de bien vivre ensemble. Nous trouvons honteux [idem] que l'ensemble de votre argumentation puisse culpabiliser les Québécois. Non, madame la ministre, les Québécois méritent d'être félicités pour leur civisme, leur accueil chaleureux et leur savoir vivre ensemble. »
M. Gary Caldwell, dans le nº 20 de la revue Égards, reprend ce thème :
« En proclamant le besoin de « créer » un « vivre ensemble », on se trouve, par le fait même à escamoter et déprécier celui qui existe déjà. En fait, la société québécoise jouit d’un degré de civilité hors de l’ordinaire et d’un esprit d’égalité exceptionnel. […] Présumer qu’il faille rendre les jeunes Québécois plus tolérants et plus capables de « vivre ensemble » que la société civile ne le fait déjà constitue une attitude de mépris envers le « vivre ensemble » et « la culture publique commune » qui existent présentement. »

Dialoguisme et dialogue : à boire et à manger

Le nouveau cours insiste beaucoup dans sa composante éthique sur le dialogue. Or, s'il est bon d'étudier et d'apprendre les règles du respect, du discours argumenté, de la délibération et de détecter les erreurs de logique dans les discours, il n'est pas du tout certain que cela mérite un cours particulier répété chaque année de la scolarité obligatoire. Tout à coup, les compétences transversales disparaissent !

Il faut aussi distinguer le dialogue de l'acceptation des arguments d’autrui de la part d'élèves mis en minorité quand on aborde des sujets délicats, les échanges vains (il y a bien autre chose à faire avec un horaire surchargé !) ou encore l'affadissement de ses positions, par exemple « dialogue interreligieux ».

Pure spéculation ? Voyons ici ce qu'en disent les manuels approuvés au primaire : dialogue à l'issue « duquel tout le monde devrait êter gagnant" » (Modulo, 5e primaire, p. 6) quitte à faire l’appel au conformisme le plus béat lorsque, par exemple, les enfants d’une équipe doivent tous se mettre d’accord sur qui, parmi des personnages fictifs, aura le droit de s’asseoir dans un autobus bondé (Modulo, 2e cycle). On ne comprend pas très bien comment ces dialogues « au terme [desquels] tout le monde devrait être gagnant » formeront des citoyens autonomes tant vantés par le MELS. Coupés des valeurs de leurs parents, probablement, mais pas plus autonomes.




On notera au passage que ces critiques n’ont pas été reprises par la presse quotidienne francophone du Québec…

« Beaucoup de manuels critiqués sur ce site ne sont pas approuvés par le MELS »

Nous avons reçu ce commentaire d'une blogueuse Sonia qui nous accuse de critiquer de nombreux manuels non approuvés :
Après une simple vérification, on constate que beaucoup de manuels critiqués sur ce site ne sont pas approuvés par le MELS. Peu importe ce que l'on pense du programme, il faut vérifier ses sources pour ne pas faire de la désinformation...
D'une part, nous avons toujours demandé aux éditeurs de nous envoyer uniquement des livres qui peuvent être utilisés dans les écoles, d'autre part une simple vérification avec source montre que l'affirmation vague (« beaucoup de manuels ») de Sonia est non fondée. Rappelons que nous avons critiqué ici 7 livres : six manuels de Modulo et un cahier d'activités d'ERPI.

Voici une reproduction des deux pages du Bureau d'approbation du matériel didactique du MELS énumérant les manuels approuvés pour le cours d'ECR au primaire. Reproduction pour connaître la situation actuelle, on trouvera ici le PDF régulièrement mis à jour. On remarquera que les six manuels de Modulo pour le primaire que nous avons critiqués sont tous approuvés ! Pour ce qui est du livre du secondaire d'ERPI, il s'agit d'un cahier d'activités, et non d'un manuel, qui n'a pas à recevoir l'approbation du MELS pour pouvoir être utilisé en classe. Ce cahier fait toutefois plus de 220 pages. Merci Sonia.


manuels de Modulo approuvés
manuels de Modulo approuvés