jeudi 7 août 2008

Paulo Coelho, le syncrétiste, un sage pour le cours d'ECR des éditions Modulo ?

Wikipedia décrit l'œuvre de Paulo Coelho en ces termes : « Les livres de Coelho sont des romans à tendance philosophique abordant la spiritualité, à la manière d'un vaste conte. Une spiritualité syncrétique, qui méconnaît les orthodoxies, empruntant à des traditions très diverses, et parfois contradictoires : religions, courants philosophiques, mysticisme, spiritisme, méditation, surnaturel, ésotérisme, etc. Le style fluide et direct, aisé à traduire, et la trame simple des récits ont permis à Coelho de toucher un très vaste lectorat, dans toutes les cultures. »

La critique littéraire est moins diplomatique que Wikipédia quant aux talents littéraires de Paulo Coelho : « gourou new age en stage chez Barbara Cartland », « littérature humanitaire, trempée dans un encrier de sagesse orientale, relevée d'une pointe d'exotisme Ushuaia [documentaires géographiques] », « bluette d'Épinal »... Certaines commissaires scolaires le font lire systématiquement aux élèves de 15 ans.

Les manuels d'Éthique et de culture religieuse pour le deuxième cycle du primaire (8 et 9 ans) publiés par Modulo introduisent un sage « très patient » qui « n'a jamais refusé de répondre [aux] multiples questions ». Il « vend des chapeaux ». Ces chapeaux jouent un rôle allégorique : différents chapeaux pour chaque tradition et occasion kippa, turban, barrette, voile musulman ou de mariée, etc. Ils serviront de fil conducteur le long des manuels.

L'allusion à Paulo Coelho, le romancier syncrétiste, qui adore lui aussi les chapeaux est transparente et probablement très appropriée à ce cours d'introduction aux religions. Le même syncrétisme médiocre dès le plus jeune âge.

la couverture syncrétique

La couverture très politiquement correcte de Modulo : on y reconnaît M. Paulo, Nadja « fière de son grand-père attikamek [tête-de-boule] », Simon « arrivé d'Haïti » et Octave aux cheveux châtain clair dont les parents ont bien sûr adopté une fillette asiatique, Lan.

M. Paulo essaie de réconcilier les récits religieux de la création et la science


la couverture syncrétique

Après avoir entendu différents récits de la création, plusieurs religieux et un scientifique (la théorie du Big Bang), Nadja se « sent bousculée dans sa tête ». Faut-il croire « la légende attikamek de son grand-père » ? Octave lui ne semble pas lié à ses racines, il se demande  « est-ce qu'Adam et Ève furent les premiers êtres vivants ou alors est-ce Pangu ? » Pangu[1] ? Qui au Québec se demande vraiment si 盤古 est le premier homme ? On notera au passage que le poids de la famille ne semble pas avoir de prise, mais que, dans ce scénario, l'école ébranle bien la compréhension religieuse de la création des jeunes héros. Dissonance que craignent plusieurs détracteurs de cette nouvelle matière, mais qui est recherchée par les pères de ce cours.

Mais voyons comment M. Paulo va résoudre ces dilemmes.
Octave reprend son souffle et résume : « Nous voulons savoir pourquoi la science et les religions ne disent pas la même chose sur l'origine du monde. Nous croyons que vous connaissez la réponse. »

Monsieur Paulo esquisse un geste et dit : « C'est parce qu'elles ne cherchent pas à répondre aux mêmes questions. La science tente de nous dire comment, dans les faits, le monde a commencé. Les récits sur les origines du monde veulent répondre à d'autres questions, par exemple : Que faut-il faire pour créer un monde de bonheur ? »
Et c'est ainsi que se termine le livre Modulo destiné à vos enfants de huit ans ! Ne vous étonnez pas s'ils sont déboussolés après un tel cours de « culture religieuse ».

Retour sur l'« explication » de M. Paulo

D'une part, cette explication ne plaira pas du tout aux créationnistes, ils ont aussi des enfants qui vont à l'école et ils sont en fait assez nombreux au Québec !

D'autre part, l'explication de M. Paulo accumule les défauts. Elle est toute sirupeuse de « bonheur » si moderne , elle passe sous silence le fait que la Terre est aussi une « vallée des larmes » et elle omet de parler de la « Chute » peu compatible a priori avec la création d'un « monde de bonheur », enfin elle est ambigüe et sans doute inexacte même si on est un interprète la Genèse de manière allégorique. Il est difficile d'être sûr puisque la réponse est ambiguë : qui dans « Que faut-il faire pour créer un monde de bonheur ? » est censé créer ce monde de bonheur et aurait besoin de savoir comment le créer ? Dieu le créateur ? Peu crédible. Les hommes ? Mais en quoi la Genèse le leur dirait ? Mystère et boule de gomme. Ah, M. Paulo !

Retour au catéchisme !

Pour une réponse plus compréhensible de ce que les religions enseignent vraiment, il faudra que les enfants aient la chance d'avoir un cours dans leur tradition. Pour les catholiques — et de nombreux autres chrétiens —, il faudra se tourner vers leur catéchisme :
La catéchèse sur la création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne : car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée : « D’où venons-nous ? » « Où allons-nous ? » « Quelle est notre origine ? » « Quelle est notre fin ? » « D’où vient et où va tout ce qui existe ? » Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir.

(Catéchisme de l’Église catholique, 1992, n° 282)

Il ne s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir quelle est le sens d’une telle origine : si elle est gouvernée par le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu.

(Catéchisme de l’Église Catholique, 1992, n° 284)



Inutile de dire qu'on ne trouve pas le mot « bonheur » dans ce catéchisme sur la création, mais bien « sagesse », « liberté », « joie » (pour ceux qui cherchent Dieu, Ps. 105, 3) et « confiance ». Le christianisme étant plus une religion de l'espoir que du « bonheur » de ce monde.


[1] La graphie traditionnelle française est Pan kou.

L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

Il y a quelques mois s'affrontaient un grand arabisant et le physicien Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, animateur de l’émission Islam à France 2 le dimanche matin.

Passionnante confrontation animée par Alain Finkielkraut et dont on appréciera les interventions du théologien François Jourdan, grand arabisant et responsable diocésain du dialogue catholique-musulman à Paris. Ce dernier vient de publier un livre dont le besoin se faisait sentir depuis vingt-cinq ans : « Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans. Est-ce le même Dieu ? » Le Père Jourdan répond non, car même si l’élan des croyants est comparable, l’idée que Dieu existe l’est aussi ; mais la similitude s’arrête là. Des différences irréductibles séparent les deux théologies. L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

Le père Jourdan s’oppose au dialogue aseptisé (penser au cours d’Éthique et de culture religieuse) et déclare que les bons sentiments ne sont pas nécessairement le meilleur remède. Il dénonce une constante maldonne sur les mots qui fonde une fraternité mensongère et un angélisme de mauvais aloi. Les mêmes mots sont des pièges. Ainsi quand le musulman dit « J'accepte Jésus », de quel Jésus s'agit-il ? Pourquoi n'est-il pas chrétien alors ? Mieux vaut au contraire savoir avec précision en Qui l’on croit, pour pouvoir ensuite dialoguer dans la vérité.

On ne peut que conseiller le livre du P. Jourdan à tous (y compris les futurs professeurs d’ECR), remarquablement clair, précis et argumenté. Il clarifie le débat pour des chrétiens habitués depuis trente ans à la confusion sur ce sujet. On y découvre que l’islam emploie des mots et des noms (Abraham, Gabriel, Jésus, le Livre) qui laissent croire à un patrimoine biblique partagé. Toutefois quand on examine de près ces termes, on constate que leur contenu n’est pas du tout semblable.

L'ouvrage réalisé par le père Jourdan donne le point de vue catholique officiel (c’est un ouvrage « nihil obstat et imprimatur ») sur la doctrine de Dieu comparée entre chrétiens et musulmans. L’auteur s’y insurge contre des assimilations faciles : Nous avons le même Dieu, le Coran parle de Jésus, Abraham est ;le père de tous les croyants...

Dans sa préface, Rémi Brague souligne que les points communs sont ce qu’il y a de moins intéressant. Définir Napoléon en disant : il a deux jambes et une tête, donc il est comme moi, n’avance à rien.

S'il y a unicité de Dieu dans l’islam, c'est d'unité divine qu'il faut parler dans le christianisme : l’unité préserve la diversité. Le Dieu chrétien comporte trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Cette notion de Trinité heurte l’islam. De plus, c’est une erreur d’appeler Dieu « Père  » pour un musulman. Le chrétien est fils de Dieu mais le musulman est serviteur, esclave (abdallah) de Dieu. Pour le chrétien (comme pour le juif) il y a une alliance entre Dieu et l’homme, pas en Islam. La conception de Dieu dans l’Islam diffère profondément de la conception chrétienne : en ce sens, ce n’est pas le même Dieu dont on parle.

Devant les problèmes nets soulevés par le père Jourdan, Bencheikh a été brillant, mais évasif, jouant à l’esquive. On appréciera sa joli pirouette qui consiste à dire que musulman ne signifie pas mahométan, mais simplement croyant en Dieu ! Ghaleb Bencheikh semblait, tout le long du dialogue, refuser d'aller au fond du problème.

Ses « j'en conviens » sont aseptisés, convenus. Pourtant, quel intérêt peut revêtir le dialogue interreligieux, s'il cherche à gommer la confrontation des altérités, qui est pourtant à la racine même d'un tel échange ? Si nous nous ressemblions tant que ça, l'intérêt d'un dialogue serait maigre.

Bencheikh semblait vouloir rendre plus présentable la vieille prétention de l'islam – tout en ne parlant jamais qu’à titre personnel et jamais au nom de l’islam – à être la religion originelle et parfaite (Abraham et Jésus étaient musulmans) et qui, dans sa doctrine, conteste radicalement le judaïsme et le christianisme.

lundi 4 août 2008

La tyrannie de l'État qui vous veut du bien

« De toutes les tyrannies, celle qui vise le bien de ses victimes est sans doute la plus oppressive. Il est sans doute préférable de vivre sous le joug de pillards impudents que sous celui de moralistes excités et omnipotents. La cruauté du pillard s’endort parfois, sa cupidité se rassasie, mais ceux qui nous tourmentent pour notre propre bien n’auront jamais de cesse puisqu’ils ont la bénédiction de leur conscience. »

C.S. Lewis, God in the Dock

dimanche 3 août 2008

Dialogue (bien sûr fictif) autour de la famille avec des élèves de 7 ans...

Fais l'inventaire de tous les modèles familiaux que tu connais. Que remarques-tu ?


(Cliquer sur l'image pour en afficher une version plus grande)


— Voyons voir... Oui, Pierre-Alexandre ?

— Les familles avec un papa et une maman.

— Très bien. D'autres encore ? Steeve ?

— Avec une maman et pas de papa à la maison ?

— Oui, on appelle cela, une famille mo-no-pa-ren-tale. Qu'est-ce qu'il y a Michael ?

— C'est pas une vraie famille ça ! Mon père dit que c'est pas bien pour les enfants.

— Ah, vraiment Michael ? Regarde bien la page suivante...

(Cliquer sur l'image pour en afficher une version plus grande)

Marco est triste. Pendant la récréation, Olivier s'est moqué de lui et l'a traité de vaurien parce qu'il n'a pas de papa. Marco habite seul avec sa maman. Il ne connaît pas son papa. Marco pleure.


— Tu comprends que tes paroles peuvent être blessantes, Michael ? Voyons comment résoudre ce problème. Regardez en bas de la page 32 de votre manuel.

(2) Propose une piste de solution et nomme un effet possible.

[3] De quoi a-t-on besoin pour former une famille  ? Discutes-en avec tes camarades [de 7 ans !].



(Longue discussion érudite)

— Bien, d'autres familles ?

Les familles décomposées, m'dame !

— On dit « recomposées », Shanny-Lynn; mais oui c'est bien. Encore ?

Les familles avec deux papas.

— Oui, c'est juste ; ce sont aussi des familles.


Source : pages 31 & 32 du manuel Mélodie B destiné aux enfants de 7 ans, publié par Modulo et agréé par le MELS pour le cours d'ECR.

vendredi 1 août 2008

ECR — Ouverture au dialogue ou pédagogie du conflit pour ébranler l'identité de l'enfant et introduire une dissonance ?

Les lecteurs de ce carnet se rappelleront que le 8 janvier 2008 à 18 h 45 M. le professeur Jean-Pierre Proulx avait laissé le commentaire suivant :
« Vous me faites par ailleurs trop d'honneurs en me qualifiant de "père" du cours d'éthique et de culture religieuse.

Le groupe de travail que j'ai présidé de 1997 à 1999 a repris une idée qui avait déjà été proposée par le professeur Fernand Ouellet de la faculté de théologie de l'Université de Sherbrooke, spécialiste des religions des Indes au début des années 80. Son idée fut d’ailleurs mise en œuvre pendant un certain temps avec l'approbation du Comité catholique du CSE dans les années 1980. L'idée fut reprise par le Conseil supérieur de l'éducation dans un de ses avis de la décennie 1990 puis par les États généraux sur l'éducation de 1995-96. »
Qui est ce Fernand Ouellet et quels sont donc les principes qui devraient guider un cours de culture religieuse ou d'éducation à la citoyenneté (intégré désormais au cours d'histoire) selon lui ?

Dans l’article intitulé « L’enseignement du fait religieux dans l’école publique ? »[1], Fernand Ouellet commente ainsi les assertions d’un autre auteur sur les pratiques pédagogiques à privilégier dans le cadre d’un tel cours :
Dans le contexte actuel, il ne suffit pas d’éduquer à la reconnaissance et au respect de l’autre. Il faut aussi apprendre à ébranler la « suffisance identitaire » et à s’intéresser à l’autre par delà les divergences et les conflits de valeurs  :

« On saisit à partir de là les principes de ce que pourrait être une éducation à la citoyenneté et à la responsabilité. Le problème n’est pas d’inculquer telle valeur ou ensemble de valeurs plutôt que tel autre. Il est de permettre l’émergence d’un questionnement, d’une inquiétude qui arrache l’enfant ou l’adolescent au confort d’un plein et serein accord avec soi-même et de l’acceptation passive de l’altérité d’autrui : « Lui, c’est lui, moi c’est moi ». Il est donc moins de « construire une identité » que, à l’inverse, d’ébranler une identité trop massive et d’y introduire la divergence et la dissonance; il n’est pas de préparer à la coexistence et à la tolérance, mais au contraire, de mettre en scène l’incommensurable abîme qui me sépare d’autrui et m’oblige (au sens moral du terme) à m’intéresser à lui. C’est donc une « pédagogie du conflit » à la fois entre les individus mais aussi en chacun. » (p. 146)

La pédagogie du conflit que propose ici Galichet comme solution à la crise de légitimité des valeurs dans les sociétés contemporaines s’inscrit dans une conception de l’éducation la citoyenneté où « l’enseignement des questions controversées » (Crick, 1998; Lorcerie, 2002, p.181-182) occupe une place centrale. Une approche de l’éducation à la citoyenneté apparaît particulièrement bien adaptée à la situation de tension entre plusieurs conceptions légitimes de la citoyenneté qui a été évoquée plus haut.
[1] Ouellet F., L’enseignement du fait religieux dans l’école publique ?, Carrefours de l’éducation 2002/2, n° 14, p. 40-58.

Méli-mélo — si les manuels agréés le disent !

Les manuels d'ECR agréés par le Monopole de l'Éducation commencent à paraître. Parmi ceux-ci, Diapason publié par Modulo. Ce livre est destiné aux enfants du 2e cycle du primaire.

On se rappellera que de nombreux opposants à ce cours, imposé à tous les élèves du Québec depuis la première année du primaire, se plaignaient du grand nombre de concepts introduits superficiellement et sur un pied d'égalité dès le plus jeune âge. Ces détracteurs craignaient que le cours soit « mélant ».

Fait-il voir un aveu de ce caractère confus et superficiel dans le titre de la page 51 : « Méli-Mélo »?



Au fait qui est Muhammad ? Les dictionnaires français donnent depuis des siècles Mahomet. Mais bon, le Québec est toujours « en avance » d'une mode. Il semble en tirer un certain orgueil.

mercredi 30 juillet 2008

Espagne — Ne recule pas d'un pas !

On trouvera ci-dessous une vidéo de l'association espagnole « Professionnels pour l'éthique » qui milite pour la liberté de choix en éducation et le droit à l'objection de conscience face au nouveau programme d'Éducation à la citoyenneté imposé par le gouvernement socialiste espagnol.

lundi 28 juillet 2008

« Le monde moderne est plein d'anciennes vertus chrétiennes devenues folles. »

Gilbert Keith Chesterton

Université de Californie : pas de mention à Dieu dans vos écoles si vous voulez que vos diplômés soient admis

L’Université de Californie, un des réseaux universitaires publics de Californie répartis dans 10 villes avec une clientèle de 190 000 étudiants, a adopté une politique l’an dernier qui stipule que les écoles qui utilisent les manuels de sciences, d’histoire et de littérature des grands éditeurs chrétiens ne verront plus leurs diplômés acceptés sur présentation de dossier. En cause : l’inclusion dans ces manuels d’une perspective chrétienne.

Robert Tyler qui représente l’école chrétienne Calvary Chapel et cinq étudiants dans l’affaire qui les oppose à l’Université de Californie a déclaré que la politique discriminatoire de l’université équivaut à un ultimatum : « Si vous voulez que vos cours privés soient reconnus et que vos diplômés puissent être admis dans le réseau universitaire public, vous devez adopter une perspective laïque dans vos écoles. »

« Les écoles chrétiennes devront décider : enseigner en adoptant une perspective chrétienne et priver leurs élèves de la possibilité d’étudier dans une université publique ou adopter une perspective laïque pour qu’ils puissent poursuivre leurs études dans les universités subventionnées de l’État » a-t-il expliqué.

« Ceci revient à dire que l’Université de Californie doit approuver à l’avance les matières enseignées dans nos écoles secondaires » d’ajouter Tyler. « C’est scandaleux, car les représentants de l’Université nous ont déclaré qu’il s’agisse de l’anglais, de l’histoire ou de la science, l’addition d’une perspective chrétienne rend ces cours inacceptables ».

Conditions d’admission dans le réseau universitaire public

Les règles d’admission de l’Université de Californie permettent aux étudiants résidant en Californie d’être reçus s’ils réussissent à se classer parmi les 2 ou 3 pour cent supérieurs à des examens d’aptitude normalisés ou s’ils ont réussi le programme de base des classes préparatoires approuvées.

Selon le dossier présenté par les écoles chrétiennes lors du procès qu’elles intentent actuellement contre l’Université de Californie, plus de 90 pour cent des étudiants du réseau universitaire public ont été admis en réussissant les classes préparatoires.

Enlevez les versets bibliques au début de chaque chapitre et ça ira

Les règles contestées en justice indiquent, toutefois, que les classes préparatoires qui utilisent des manuels qui mentionnent Dieu ou la Bible n’entrent pas en ligne de compte, ce qui revient à rendre l’éducation laïque obligatoire pour avoir être admis.

Les représentants de l’Université de Californie ont rejeté les manuels des principaux éditeurs chrétiens, Bob Jones University Press et A Beka Books, parce qu’ils complémentaient le matériel de base d’un point de vue chrétien.

Burt Carney, dirigeant auprès d’Association of Christian Schools International, a déclaré — à l’issue d’une rencontre avec les employés du réseau universitaire — qu’on lui avait dit qu’aucun fait relié à la physique ne posait de difficulté dans les manuels de physique de BJU Press qui ont cependant été désapprouvés.

En effet, un rapport de l’ASCI précise que les représentants de l’Université auraient confirmé « que, si les versets bibliques au début de chaque chapitre étaient supprimés des manuels, ceux-ci seraient probablement approuvés… » C'est ce que rapporte également Naomi Schaefer Riley dans le Wall Street Journal : « Barbara Sawrey, un professeur de chimie à l'Université de Californie à San Diego qui a conseillé l'université dans ce dossier, a affirmé à Burt Carney [...] que l'utilisation des versets bibliques à elle seule justifiait le refus d'approbation du manuel. »

Alors que les perspectives juives, musulmanes, hindoues sont admises…

« Et cette même université nous parle de liberté d’enseignement » de dire Carney. « C’est très discriminatoire. Ils n’interdisent pas les manuels à thème musulman, hindou ou juif, uniquement ceux à thème chrétien. »

Selon les documents de la poursuite, l’université publique a accepté un ensemble de manuels avec des sensibilités et perspectives différentes – mais pas ceux ayant une perspective chrétienne.

Parmi les manuels acceptés, on retrouve « La Civilisation occidentale : une expérience juive » et « Questions en histoire africaine », par contre « L’influence du christianisme sur l’histoire américaine » a été refusé. « Les rôles féminins en littérature », « Le genre, la sexualité et l’identité en littérature » et « Littérature de la dissidence » ont été approuvés alors que « Christianisme et moralité dans la littérature » ne l’a pas été.

Le manuel « Christianisme et moralité dans la littérature » comprend des extraits de Mark Twain, Stephen Crane et Nathaniel Hawthorne ; l'Université de Californie l'a cependant rejeté car, selon elle, « il ne présente pas cette matière de façon objective ». À quoi ressemble donc un cours objectif ? L'Université de Californie a accepté les manuels « Perspectives féminines en littérature » et « Expériences ethniques en littérature » qui eux sont utilisés dans les écoles publiques de Californie.

Encore plus frappant, « Intro au bouddhisme », « Introduction à la pensée juive », « Études féminines et féministes » et « Études sur la raza [hispanique] » sont des cours facultatifs approuvés tandis que « Providence spéciale : le gouvernement américain » n’a été approuvé ni comme cours d’instruction civique, ni comme cours facultatif.

Le dossier du greffe déposé par les associations chrétiennes résume leurs griefs : « En d’autres mots, les universités publiques californiennes approuvent couramment des programmes qui ajoutent des perspectives non chrétiennes, féministes, ethniques, politiques ou multiculturelles ou qui se concentrent sur une religion comme le judaïsme ou le bouddhisme, mais elles désapprouvent les programmes qui y incorporent une dimension conservatrice chrétienne. »

Emprise grandissante de l’Université d’État sur les programmes scolaires

Ce même dossier accuse « les facultés de l’Université de Californie d’exercer de manière méthodique et menaçante une emprise grandissante sur les écoles secondaires en Californie en imposant de plus en plus de conditions aux diplômés des écoles privées s’ils veulent être admis à l’Université de Californie (et, dans les faits, également à [l’autre réseau public de] l’Université d’État de Californie). Sans aucun mandat dans ce sens, l’Université de Californie est passée de l’établissement des règles d’admission à l’établissement des sensibilités philosophiques ou religieuses qui peuvent être enseignées dans les classes des écoles secondaires et à l’approbation ou non des manuels qui peuvent y être utilisés avec comme conséquence que certains élèves ne seront pas admis à l’Université de Californie alors qu’ils ont les mêmes résultats scolaires que ceux qui y seront admis. »

L’ACSI, avec l’aide d'Advocates for Faith and Freedom, un bureau d’avocats sans but lucratif voué à la protection des libertés religieuses devant les tribunaux, prétend que les règles discriminatoires d’admission de l’Université de Californie sont anticonstitutionnelles pour plusieurs raisons, parmi lesquelles une intrusion illicite du gouvernement dans les affaires de l’Église.

Le dossier de l’ASCI déposé au greffe affirme que « Le fait que l’Université et l’État inspectent les manuels et l’enseignement des écoles chrétiennes pour en supprimer une sensibilité ou perspective religieuse particulière que l’État désapprouve alors que les résultats des élèves qui utilisent ces manuels aux tests standardisés n'en pâtissent pas constitue une intrusion dans le domaine religieux. »

« Chaque enseignant adopte un point de vue » a déclaré Tyler à WorldNet. « Nous avons tous une sensibilité et enseigner une matière d’une perspective laïque, c’est aussi adopter un point de vue. »

« Selon nous, le gouvernement doit demeurer neutre quant à la perspective adoptée dans les manuels scolaires. »