Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Une nouvelle étude révèle qu'aux États-Unis une plus grande proportion de femmes noires et hispaniques fréquentent désormais l'université que les jeunes hommes blancs.
Chronique de Joseph Facal sur les développements dans le monde universitaire nord-américain.
On n’a jamais autant parlé des universités que depuis que l’on se demande si un prof peut ou non prononcer le mot « nègre » dans certaines circonstances.
Vous auriez tort de trouver cela anecdotique, car les universités sont les incubateurs de la société du futur.
Ce vent de censure et d’intolérance, venu des États-Unis, balaie surtout les sciences sociales.
Comment expliquer la force de ce vent ?
Le directeur de ma thèse de doctorat, Raymond Boudon, aujourd’hui décédé, avait jadis vu monter ce phénomène et en avait proposé une explication complexe qu’un collègue m’a rappelée.
Elle se trouve dans son ouvrage Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme (2004).
Pourquoi
Réduite à sa plus simple expression, elle tient en trois points interreliés.
Premièrement, dans beaucoup de départements de sciences sociales, il n’y a pratiquement aucune sélection à l’entrée. [Ces étudiants sont en outre subventionnés au Québec, en France et en Belgique.]
On y trouve des étudiants exceptionnels, mais le niveau moyen est faible.
Logiquement, plus l’étudiant est faible, plus les chances sont fortes qu’il avale des niaiseries.
Deuxièmement, notre époque a vu se répandre l’idée (fausse) qui voudrait que toutes les opinions se valent.
On confond le droit de chacun à son opinion avec l’idée que toutes les opinions ont le même poids.
Le gars qui n’y connaît rien se croit aussi compétent que celui qui a étudié à fond le sujet.
Nous sommes à l’époque du « je-le-sais-parce-que-je-le-pense ».
Parallèlement, dans les sciences sociales, s’est répandue l’idée (fausse aussi) que l’objectivité est un mythe, une illusion.
Il est frappant de voir le nombre de profs dont les travaux ne sont que de l’idéologie déguisée en science.
Les étudiants, eux, ont souvent beaucoup de difficulté à dépasser l’expression de leurs émotions, de leur subjectivité.
Des disciplines comme les mathématiques, la physique ou la biologie, en raison de la nature même de leur savoir, sont mieux protégées contre ces dérives.
En physique, par exemple, on ne s’en sort pas en exprimant simplement une « opinion » : on doit pouvoir tester et valider.
Troisièmement, ces phénomènes — niveau moyen bas et règne de la subjectivité et de l’émotion — se conjuguent pour en produire un autre : la montée en flèche du moralisme, de l’indignation vertueuse, de la rectitude politique.
Pourquoi ? Parce que juger est beaucoup plus facile que comprendre.
Comprendre un phénomène complexe est difficile. Ressentir une émotion et porter un jugement est à la portée de n’importe qui.
Par exemple, les difficultés sur le marché du travail des immigrants ont des causes diverses et complexes.
Les « expliquer » toutes par le racisme de la majorité, c’est simple, c’est facile, et ça donne bonne conscience.
Tempête
Et c’est cette montée du moralisme — facilitée par le faible niveau et la valorisation du ressenti au détriment des faits vérifiés — qui explique cette nouvelle intolérance chez tant d’étudiants.
Ils s’imposent d’autant plus facilement qu’ils réduisent au silence, en les intimidant, ceux qui ne pensent pas comme eux, et bénéficient souvent de la complicité lâche de directions apeurées.
Au Canada, l’idéologie multiculturaliste, qui glorifie les minorités, et le ressentiment anti-francophones (un « racisme systémique » ?) s’y ajoutent pour en faire la tempête parfaite.
Extrait d’un billet intéressant d’Antoine Lévy. Notons que la plupart des gouvernements ont au moins pris une mesure spécifique à l’âge depuis l'été : la non-fermeture des écoles (sauf dans quelques États démocrates aux États-Unis qui alimentent la psychose et les désagréments probablement pour des raisons politiques, en rejetant ensuite la faute sur Trump pour sa « gestion désastreuse » alors que la grande majorité des mesures scolaires ou de santé sont du ressort des États fédérés comme au Canada).
Rien n’illustre mieux cette coûteuse indécision que le refus de mesures spécifiques par âge. Toutes les simulations scientifiques mettent en évidence la supériorité de mesures de confinement ciblées par âge ou d’ouverture des commerces via des horaires particuliers pour les seniors. Le risque associé au Covid possède un gradient par âge extrêmement pentu. Entre 70 et 80 % des malades actuellement hospitalisés en raison du Covid ont plus de 60 ans.
Ce sont les seniors qui occupent les lits de réanimation, et c’est pour les préserver que les mesures restrictives doivent être prises, pas pour punir une population entière accusée de n’avoir pas joué le jeu. Cette riposte graduée est d’autant plus essentielle que les restrictions sont bien plus coûteuses socialement lorsqu’elles s’appliquent aux plus jeunes, qu’ils soient en âge d’étudier ou de travailler. Mais le gouvernement fait le choix coupable d’une uniformité délétère, pour s’éviter, au nom de la prétendue force d’âme que requièrent ces mesures « difficiles », le véritable courage politique d’assumer des politiques différenciées.
Comment prétendre qu’empêcher deux jeunes bien portants de 20 ans d’aller marcher une journée en forêt à 2 kilomètres de leur domicile sert un quelconque objectif de santé publique ? Comment justifier, pour les actifs, l’utilité sanitaire de l’humiliante attestation de sortie autoadministrée, qu’aucun autre grand pays d’Europe n’a choisi d’imposer ? Comment ne pas mettre explicitement sur la table du débat démocratique et parlementaire une option différenciée par âge ?
Tout se passe comme si la référence à la scientificité, si chère au gouvernement du Choose France, avait la bonne idée de s’évanouir lorsque les recommandations scientifiques viennent à entrer en conflit avec les impératifs électoraux.
En témoigne la non-ouverture des modèles épidémiologiques de l’Institut Pasteur au grand public, alors même que les 400 000 morts évoqués par le président semblent fondés sur un calcul de coin de table et des hypothèses, toutes deux largement désuètes, d’immunité collective à 50 % de la population [ce taux pourrait être inférieur] et de taux de mortalité de 1,3 % [il est probablement bien inférieur autour de 0,3 % par cas infectés].
En témoigne, l’opacité qui règne quant à la mobilisation des tests dans les laboratoires privés par les ARS, un échec cuisant du modèle jacobin et de la gestion de la crise par les autorités sanitaires. En témoigne l’absence ahurissante de communication politique sur l’état d’avancement des traitements ou des préparatifs pour vacciner la population à grande échelle. Sur tous ces sujets, la geste pseudo-scientiste du mouvement En Marche fait long feu. Lui qui joue depuis 2017 les chevaliers blancs de la politique rationnelle, appuyée sur la science, face aux assauts du populisme obscurantiste, laisse désormais transparaître des motivations qui semblent plus banalement politiciennes, dans un pays où la participation électorale en faveur des partis centristes se concentre chez les plus âgés. Sans doute, les masques, après avoir manqué, devaient-ils finir par tomber.
Suède dans la moyenne haute européenne, Québec a plus de morts par personne et déplore une plus grande augmentation de décès ces dernières semaines que la Suède
Billet originel du 12 août 2020
Résumé :
Le taux de mortalité par habitant de la Suède est inférieur à celui de la Belgique, du Royaume-Uni et du Québec.
L’impact négatif du confinement sur l’économie est inférieur en Suède à celui-ci au Québec et à la moyenne européenne.
Les garderies, les écoles primaires et secondaires jusqu’à 16 ans sont restées ouvertes.
Le port du masque n’a jamais été obligatoire en Suède, mais la distanciation physique y a toujours été recommandée, les rassemblements de 50 personnes ou plus y ont été interdits. Les magasins sont restés ouverts tout au long de ce « confinement a minima ».
Le nombre de décès quotidien de la Covid-19 en Suède approche de zéro.
Le Québec et la Belgique ont des taux de mortalité supérieurs à celui de la Suède
La Suède mal aimée des médias
Les médias occidentaux n’ont pas ménagé leurs critiques quant à la stratégie suédoise qu’ils ont qualifiée de trop « laxiste ». Florilège.
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les politiciens, les fonctionnaires et bien
d’autres dans le monde préfèreraient que la Suède échoue et cela de façon spectaculaire.
Si la stratégie suédoise débouchait sur un nombre de décès analogue à leur pays, mais avec une économie en meilleur état et un moindre chamboulement social, scolaire et médical, les citoyens de ces autres pays commenceraient à poser des questions délicates.
Ajoutons à cela l’élément politique : Trump a essayé de relancer l’économie américaine en évitant un confinement trop strict. L’économie est en effet, à ses yeux, le succès le plus manifeste de son mandat. Le président américain misait sur une forte économie pour se faire réélire. Il a donc été tenté de prendre en exemple la Suède afin de relancer au plus tôt l’économie. Ses adversaires politiques semblent, eux, espérer que l’économie américaine ne reprendra pas du poil de la bête de si tôt afin de pouvoir attribuer l’effondrement économique (probablement temporaire) à la gestion « catastrophique » de la pandémie par Trump, tout en oubliant que la gestion de la Santé est très largement décentralisée aux États-Unis.
Bref, nombreux sont ceux qui veulent faire mal paraître la stratégie suédoise.
Cet élément de la stratégie suédoise de lutte contre le coronavirus a certainement été le plus populaire. Une étude conjointe avec les autorités de santé publique en Finlande, où presque tous les élèves ont été tenus à l’écart de l’école pendant deux mois, a révélé que les approches différentes adoptées par ces deux pays (absence ou présence à l’école) n’avaient entraîné aucune différence mesurable sur les taux de contagion.
Pourtant le fait d’avoir gardé les écoles ouvertes n’est pas sans conséquence. « Cela présente des avantages considérables pour les parents de jeunes enfants tout en évitant de perturber l’apprentissage des enfants et en prévenant des dégâts à long terme sur le marché du travail », a déclaré Karolina Ekholm, ancienne vice-gouverneure de la Banque centrale de Suède. Ajoutons que les enfants aiment jouer avec leurs compagnons, que l’école permet de détecter certains cas de maltraitance, de faire plus facilement du sport d’équipe.
Esbjorn Lundevall, analyste à la banque scandinave SE, a déclaré que garder les écoles ouvertes a fourni un coup de pouce important à l’économie. « J’ai travaillé à la maison pendant neuf semaines et mes enfants allaient à l’école tous les jours, ma productivité était plus élevée que s’ils étaient restés à la maison », a-t-il ajouté.
Rue de Stockholm cet été
Économie suédoise moins touchée
Bien que l’économie suédoise ait souffert de la pandémie, elle s’en sort mieux que des économies comme celles du Québec, de la Belgique ou de la France.
La semaine dernière, le Bureau suédois de la Statistique a indiqué mercredi que l’économie suédoise s’est contractée de 8,6 % par rapport au premier trimestre, et de 8,2 % en glissement annuel. C’est un cataclysme selon les normes habituelles, bien sûr, mais dans les
circonstances, cela ressemble à un triomphe. Le PIB de la zone euro a diminué de 12 %, l’économie espagnole plongeant de 18 % en rythme trimestriel.
La Suède, avec l’arrêt de l’économie de plusieurs voisins, ne pouvait échapper à une forte contraction. Volvo, par
exemple, a subi une baisse de 38 % de ses ventes en raison de la fermeture de salles d’exposition à travers l’Europe.
Néanmoins, il est possible que la Suède soit à peu près le seul pays développé à réussir à traverser la crise du Covid-19 sans connaître une récession — définie techniquement
comme deux trimestres consécutifs de croissance négative. Seule en Europe, elle a réussi à maintenir une faible croissance de 0,1 % au premier trimestre. On a également appris récemment que les grandes entreprises suédoises ont réalisé des résultats qui ont dépassé les attentes et qu’on déplorait moins de faillites que prévu. Qui plus est, ayant maintenu les usines et autres lieux de travail ouverts pendant toute la crise, les Suédois ont une longueur d’avance dans la reprise économique. La main-d’œuvre n’a pas perdu son emploi, ses habitudes de travail, elle est en grande partie restée à son poste. Pour sa part, le taux de chômage suédois s’est établi à 9,4 % en juin.
Selon les estimations du Mouvement Desjardins, le PIB québécois pourrait afficher de son côté une chute de 14,5 % au deuxième trimestre. Avec le plongeon de 2,7 % au premier trimestre, le Québec connaîtrait ainsi une récession selon la définition officielle, alors que la Suède l’a pour l’instant évitée, avec une croissance de 0,1 % au premier trimestre. Le chômage était à 10,7 % au Québec en juin.
Comme Johan Giesecke, ancien épidémiologiste en chef de la Suède et conseiller auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’a fait valoir en avril, nous ne serons pas vraiment en mesure de juger des performances sanitaires des différents pays tant que la crise n’aura pas abouti à une sorte de conclusion, soit par le biais d’un vaccin ou le déclin naturel du virus. Giesecke est convaincu que, à terme, des pays comparables auront des taux de mortalité similaires, mais l’épreuve — tant sanitaire qu’économique — s’étalera sur beaucoup plus de temps dans certains pays.
Si un vaccin efficace venait à être disponible cet automne (si c’est le cas, on n’aura guère d’indications sur des effets potentiellement indésirables à long terme), la stratégie de suppression proposée dans l’article du professeur Neil Ferguson de l’Imperial College du 16 mars qui fut suivie par la plupart des pays occidentaux semblera sage. Rappelons que cette stratégie de strict confinement faisait suite à des prédictions alarmistes que plusieurs ont très vite critiquées, notamment parce que Neil Ferguson est coutumier des prédictions catastrophistes qui ne se réalisent pas.
Mais pendant combien de temps les gouvernements sont-ils prêts à brider leurs économies ? Plus un vaccin prendra de temps à arriver — et il n’y a aucune garantie qu’un vaccin sera jamais approuvé, même si les premiers essais étaient prometteurs — plus l’approche suédoise qui mise sur le long terme et l’immunité collective semblera avoir été la bonne.
Malheureusement pour la Suède, les tests d’anticorps suggèrent que le pays est encore loin d’atteindre l’immunité collective dans sa définition classique. Leur agence de santé publique a révélé en juin que même à Stockholm, l’endroit le plus touché du pays, seuls 10 % de la population avaient des anticorps - bien en deçà des 60 à 80 % que l’on associe souvent pour atteindre l’immunité collective.
Cependant, il n’y a pas d’unanimité dans le domaine parmi les experts. La semaine dernière, un groupe international de scientifiques dirigé par Gabriella Gomes de l’Université Strathclyde a affirmé que, à la lumière de ses modélisations, les 60 % ne s’appliquent que lorsque l’immunité collective est acquise à l’aide d’un programme de vaccination administré au hasard à toute une population. En revanche, si un virus se propage naturellement, il affectera d’abord les personnes les plus sensibles (les personnes qui ont moins de défenses naturelles ou qui ont plus de contacts). Une fois que ce groupe a été infecté, le virus a beaucoup plus de mal à se propager et l’immunité collective sera atteinte à un niveau beaucoup plus bas — quand entre 10 et 20 pour cent de la population ont été infectés. Si tel est le cas, la Suède pourrait être bien plus proche de l’immunité collective qu’on ne le croyait auparavant. Ajoutons que plusieurs experts pensent (voir article de Science) que la population bénéficie déjà d’une certaine immunité dite croisée à la Covid-19 par le fait qu’elle a déjà été infectée par le passé par d’autres coronavirus.
Cela pourrait expliquer pourquoi le nombre de décès est en train de s’effondrer en Suède, même si seuls 10 à 20 % de la population auraient contracté la Covid-19 dans les centres urbains. La chute est telle que la Suède enregistre depuis quelques semaines moins de décès (toutes causes confondues) qu’à l’accoutumée. Ce « déficit » tendrait à montrer que les personnes les plus vulnérables sont mortes au début de l’année à cause du coronavirus, mais qu’un certain nombre d’entre elles seraient mortes de toute façon plus tard dans l’année.
La Suède connaît désormais un déficit de décès (la ligne mauve est passée ces dernières semaines sous la ligne verte qui représente le nombre moyen de décès de 2015 à 2019).
La Suède comparée à ses voisins scandinaves et au Québec
Mais les choses ne sont-elles pas simples ? Quand on compare la Suède à ses voisins scandinaves, il est évident que la Suède a choisi la mauvaise stratégie. En effet, la Suède semble avoir fait le mauvais choix : ses 571 décès par million d’habitants semblent très imprudents par rapport aux chiffres du Danemark (106) ou de la Norvège (47).
Il faut toutefois regarder les choses de plus près et se rappeler que près de la moitié des décès dus à Covid-19 en Suède sont survenus dans des maisons de retraite pour personnes âgées.
Or, comme Anders Tegnell le rappelle, les résidents des maisons de retraite en Suède sont plus âgés qu’en Norvège. Quant à Johan Giesecke, il souligne un autre aspect important : les maisons de retraite en Norvège sont généralement assez petites. Alors que les maisons de retraite en Suède sont assez grandes, avec des centaines de résidents. Ce qui signifie que si le virus pénètre dans une maison de retraite médicalisée en Norvège, cela affectera beaucoup moins de personnes qu’en Suède. Ce serait un des facteurs qui expliquerait la différence de mortalité entre la Suède et la Norvège.
Le Québec a également de grandes maisons de retraite et des résidences pour personnes âgées. Comme la Suède, le Canada en général et le Québec en particulier dépensent peu pour les soins à domicile des personnes âgées en perte d’autonomie. Selon l’OCDE, seuls 11 % des dépenses gouvernementales pour les soins de longue durée vont aux soins à domicile au Canada, 31 % en Suède… mais 81 % en Finlande et 66 % au Danemark. Pour bien comprendre l’impact potentiel du maintien à domicile, il faut savoir que seules 2 personnes âgées de plus de 65 ans sur 10 000 personnes habitant encore chez elles sont mortes de la Covid-19 au Québec, ce qui est 400 fois moins que celles hébergées dans les CHSLD (centres d’hébergement de soins de longue durée) et 31 fois moins que celles restées dans les RPA (résidences privées pour aînées). Cela s’expliquerait en partie parce que les gens qui restent chez eux sont moins sujets aux multiples contacts que connaissent les résidents des grands foyers pour aînés. Il existe, évidemment, d’autres raisons à cette moindre mortalité : une très grande partie des personnes qui restent chez elles sont encore en relative bonne santé et donc, probablement, plus à même de résister au virus.
Pour ce qui est de la Finlande, Johan Giesecke déclare que l’épidémie n’y a jamais vraiment pris pied : les autorités y ont enclenché le confinement dès que la pandémie éclatait ailleurs en Europe, avant même que l’épidémie n’ait commencé dans leur pays.
Pour Anders Tegnell, la Suède est très
différente de ses voisins scandinaves : elle ressemble plus à la Belgique ou aux Pays-Bas : elle a une population immigrée nombreuse, des villes
densément peuplées comme Stockholm. En outre, la Suède aurait adopté un des systèmes les plus généreux de comptabilisation des décès reliés à la Covid-19, car de très nombreux
décès ne sont pas directement causés par la Covid-19, mais s’accompagne de la Covid-19 plus particulièrement chez ceux
qui se trouvent des établissements de soins de longue durée qui ont d’autres maladies ou
sont très âgés.
Certaines zones
en Suède ont des taux de cas positifs aussi bas qu’en Norvège ou en Finlande. Dans le Sud de la Suède, le taux d’infection est plus bas qu’à Copenhague au Danemark, juste en face. La raison, selon Anders Tegnell, serait notamment due au nombre de personnes qui ont introduit le coronavirus en même temps.
Il y aurait, selon l’épidémiologiste suédois, une forte relation entre le nombre de Scandinaves qui ont voyagé à l’étranger pendant les vacances du printemps et la propagation de l’épidémie. Les vacances du printemps en Suède sont
étalées sur quatre semaines différentes selon la zone géographique et, malheureusement cette semaine de relâche pour la région de Stockholm, coïncidait avec une éclosion massive en Europe centrale et dans l’arc alpin. Beaucoup de Stockholmois sont revenus de leur congé avec la maladie, alors que ce ne fut pas le cas pour les autres régions de Suède, ainsi qu’en Norvège, au Danemark ou en Finlande. Une fois encore, il y a ici un parallèle possible avec le Québec dont la semaine de relâche a précédé les vacances du printemps de l’Ontario.
Autre point de similitude entre la Suède et le Québec : des taux d’infection initialement élevés dans certaines communautés de migrants qui vivent dans des appartements plus petits que la moyenne et parmi lesquels on retrouve de nombreux préposés aux soins dans les maisons de retraite et résidences pour personnes âgées.
Car il y a bien eu une catastrophe dans les maisons de retraite qui pourrait refléter des années de négligence pour un secteur composé de travailleurs sous-payés qui enchaînent souvent des mandats dans plusieurs établissements pour joindre les deux bouts.
Une enquête officielle a révélé que près de la moitié des décès dus à Covid-19 en Suède à la fin du mois de juin étaient survenus dans des maisons de retraite pour personnes âgées concentrées dans 40 des 290 municipalités du pays.
De même au Québec, plus de 80 % des décès sont de personnes de plus de 65 ans et près de 90 % de ces personnes vivaient dans une des trois formes d’établissements qui accueillent des personnes âgées (CHSLD, RI et RPA).
Tegnell a admis que l’État suédois aurait dû faire davantage pour les protéger. Il semble que de nombreuses personnes âgées aient simplement reçu de la morphine et qu’on les aurait laissés mourir plutôt que de les emmener à l’hôpital de peur de surcharger les services de soins intensifs.
Pourtant, malgré cet échec patent, Paul Franks,professeur d’épidémiologie à l’Université de Lund, considère que le confinement strict adopté par d’autres pays est « une mesure très brutale ». Pour ce professeur, la Suède n’a pas commis beaucoup d’erreurs. Il souligne que, selon le modèle de l’Imperial College qui a déclenché le confinement brutal de très nombreux pays occidentaux, la Suède aurait dû dénombrer entre 42 000 et 85 000 morts à cause de la Covid-19. Jusqu’à présent, ce pays de 10,1 millions d’habitants n’a dénombré que 5 763 morts, malgré le carnage des maisons de retraite et les taux d’infection élevés au départ dans certaines communautés immigrantes.
Peut-on juger de l’efficacité de la stratégie suédoise à ce stade ?
Certains continuent néanmoins de faire valoir que, selon eux, la stratégie adoptée par le gouvernement suédois a échoué.
Comme on l’a dit, la stratégie suédoise repose sur le pari qu’à long terme l’épidémie fera son office dans tous les pays — même si ceux-ci parviennent à ralentir temporairement sa diffusion — et qu’il est donc préférable d’atteindre rapidement l’immunité collective et de minimiser ainsi la durée des dégâts économiques, sociaux et psychologiques dans sa population. Aucune pandémie de ce type n’a jamais pu être contenue par le passé par des mesures de confinement, il serait étonnant qu’à notre époque de voyages intercontinentaux nous y parvenions, à moins d’avoir rapidement un vaccin étonnamment efficace et qu’on puisse vacciner une bonne partie de la population. On devrait être fixé sur la disponibilité d’un vaccin dûment testé d’ici quelques mois.
Le pari suédois pourrait s’avérer malavisé, mais le fait que la Suède actuellement compte plus de décès par habitant que certains pays (mais pas le Québec) ne démontre nullement que la stratégie suédoise est un échec, car il fallait s’attendre à cet excès de décès au début de la pandémie avec une stratégie qui consiste à accepter un niveau élevé de contagion dès le début tant que le réseau de la santé n'est pas saturé.
Les autres pays qui n’ont pas misé sur un accroissement rapide de l’immunité collective espèrent l’apparition rapide d’un vaccin ou d’un traitement miraculeux. En absence de ce traitement ou de ce vaccin, il est fort probable que la maladie réapparaisse comme la grippe saisonnière réapparaît. En effet, il semble que la Covid-19 ait une composante saisonnière, car la pandémie est largement jugulée dans l’hémisphère nord alors qu’elle éclate maintenant (pendant l’hiver austral) dans l’hémisphère sud (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Brésil) malgré des confinements commencés très tôt (en mars/avril) dans l’hémisphère sud et bien qu’il n’y eût alors que très peu de décès pendant l’été austral.
Même si un vaccin peut être développé et produit en quantité suffisante en un an, ce dont on peut douter, il ne résoudra pas le problème à moins que suffisamment de gens ne le prennent.
Dans de nombreux endroits, la vaccination ne sera pas facile à « vendre ». En effet, la confiance du public envers les autorités est entamée par la volte-face des experts et des autorités de la santé publique sur l’utilité du port du masque, leurs deux poids deux mesures quant aux manifestations (Black Lives Matter pas de souci, rassemblementd religieux ou conservateurs très mal), leur sévérité envers l’hydroxychloroquine bon marché, mais leur approbation rapide du Remsidivir (neuf, peu testé et très coûteux).
Peut-être est-ce regrettable, mais c’est ainsi et il sera difficile d’y changer grand-chose dans les mois à venir. Il est également impossible de rester terrer pendant encore de longs mois, les gens finiront par se lasser et à respecter de moins en moins les mesures draconiennes, malgré le battage médiatique constant auquel ils s’habitueront.
C’est pourquoi il est tout simplement prématuré d’affirmer que la stratégie de la Suède a échoué sur le plan médical parce qu’elle connaît un plus haut taux de mortalité par habitant que dans de nombreux autres pays, bien qu’elle ait fait mieux à ce chapitre que le Québec ou la Belgique. On ne pourra évaluer cette stratégie sanitaire qu’une fois que la pandémie aura suivi son cours et qu’elle sera terminée.
Rira bien qui rira le dernier. Stockholmois prenant le soleil cet été.
«Il faut être plutôt rassurant par rapport à ce qu'on voit [...] Je m'occupe de maladies infectieuses, j'ai des malades beaucoup plus inquiétants que le Covid actuellement», déclare Philippe Parola, chef de service Maladies infectieuses à l'IHU Méditerranée pic.twitter.com/Dx6Wa50wAr
Radio Présence revient sur l’interdiction programmée de l’école à la maison, avec Anne Coffinier, fondatrice d’Educ'France, présidente de Créer son école et administratrice de la Fondation Kairos-Institut de France, Rébecca Sirmons, co-auteur de « L’instruction en famille, une liberté qui dérange » (éditions L’Harmattan), et Clotilde et Robin Antoons, qui pratique aussi l’instruction en famille. Une émission à écouter, et à partager !
« Le 2 octobre dernier, Emmanuel Macron a, à l’occasion de la présentation d’un plan de lutte contre les séparatismes [euphémisme pour islamisme], annonçait que dès la rentrée scolaire 2021 l’instruction en famille (IEF) serait interdite dès 3 ans, en raison de la radicalisation religieuse de certaines familles. Une actualité qui n’a pas été tant relayée que cela et pourrait pourtant faire grand bruit. »
Ivan Zinger, enquêteur correctionnel fédéral au Canada, a publié son rapport annuel, dans lequel il demande un moratoire sur l’autorisation de l’« aide médicale à mourir » dans les établissements correctionnels fédéraux. Sur les trois cas connus par ses services sur l’année 2019/2020, des questions « de consentement, de choix et de dignité » se posent. Dans deux cas, une série d’erreurs et une mauvaise application de la loi ont été découvertes. Ivan Zinger demande « des solutions alternatives plus humaines », faisant notamment référence à un détenu euthanasié qui purgeait une peine de deux ans. Il était en phase terminale et s’était vu refuser une libération conditionnelle. Il recommande la création d’un « comité d’experts pour examiner les préoccupations éthiques et pratiquées liées à l’“aide médicale à mourir” dans les prisons », qui pourrait formuler des propositions de changement législatif.
Lettre ouverte de Frédérik Pesenti, M. Sc. Science politique, dans Le Devoir sur la censure dans les établissements universitaires et préuniversitaires qui va bien au-delà des mots tabous.
La controverse autour de Verushka [Vérouchka] Lieutenant-Duval, une professeure de l’Université d’Ottawa suspendue et harcelée en ligne pour avoir prononcé un mot tabou dans un contexte universitaire, a exacerbé le débat au sujet de la censure dans les milieux d’enseignement. Il faut toutefois éviter de tomber dans le piège de l’arbre qui cache la forêt et penser que la question de la censure à l’université et dans les cégeps ne se limite qu’à l’emploi ou non de certains termes bien précis, ou encore à un fait divers ne relevant que de la lâcheté momentanée de certaines administrations bien identifiées. Permettez-moi de l’illustrer à l’aide d’une anecdote personnelle révélatrice de l’esprit du temps.
Novembre 2019. Je passe un entretien d’embauche pour un poste d’enseignant dans un cégep de la grande région de Montréal. Vers la fin de l’entrevue, un des trois enseignants siégeant dans le comité m’interroge sur mes lectures du moment. Je demande une précision pour savoir si l’on parle de lectures relatives à la discipline, ce à quoi il rétorque : « Peu importe… tant que ce n’est pas Mathieu Bock-Côté ! » ponctué d’un rire bien gras auquel font écho ses deux collègues.
Je laisse échapper un petit rire étouffé par nervosité. Mais derrière cette façade complice, je suis tétanisé par la proscription implicite qui vient d’être prononcée. Car si je ne suis pas nécessairement un lecteur de M. Bock-Côté, je suis plongé pour l’heure dans saint Augustin et Hannah Arendt, des penseurs qui, si on ne peut remettre en question l’influence majeure qu’ils ont eue sur l’histoire de la pensée, ne logent certainement pas à la même enseigne idéologique qui semble être celle de ces messieurs. Les questions se bousculent dans mon esprit : dois-je dire la vérité, au risque d’enfoncer le dernier clou dans le cercueil d’un entretien qui ne se déroulait déjà pas rondement ? Dois-je plutôt tenter de marquer des points grâce à un mensonge flagorneur, quitte à me faire piéger par une question de suivi ? Le mensonge n’étant jamais l’ami du candidat, j’opte pour la première option, alea jacta est ! Sans surprise, bien loin d’éveiller leur curiosité, ma réponse passe à deux doigts de provoquer chez eux un long bâillement. Les jeux sont faits, mon profil n’est pas le bon. Avoir répondu « une pluralité de points de vue » à la question « Qu’apporteriez-vous au département ? » m’aurait sans doute fait perdre des points…
Ostracisme idéologique
La censure qui sévit dans les milieux d’enseignement s’exprime aussi de cette façon. On nous fera comprendre, explicitement ou implicitement, que toute lecture qui sort du credo du moment est considérée comme séditieuse et illégitime. D’un côté, on nous vantera la diversité et la pluralité, à juste titre, et, de l’autre, on s’assurera pourtant qu’elle ne puisse se manifester que parmi les quelques nuances d’une même couleur. Des diplômés se sentent contraints, afin de poursuivre une carrière dans certains domaines de recherche, de camoufler leurs inclinations conservatrices ou, pire encore, de faire leurs des opinions auxquelles ils ne croient pas. On les entendra ensuite les ânonner en public sans conviction… L’ostracisme idéologique peut s’immiscer si profondément dans les mœurs d’un département que certains en viennent à balayer du revers de la main, avec un naturel désarmant, des courants de pensée entiers, par exemple lors d’un entretien d’embauche ; au diable la pluralité des points de vue !
La censure d’aujourd’hui n’est pas qu’ostentatoire ; elle est aussi latente et insidieuse. On ne la retrouve pas que dans des fatwas qui agitent les réseaux sociaux ou sur des pétitions sur lesquelles des inquisiteurs enfilent les titres d’ouvrages déclarés offensants ou haineux. C’est pourquoi son efficacité est encore plus redoutable, car elle s’intègre de manière intrinsèque à la réflexion. Elle s’imprime dans l’esprit de chacun de ceux et celles qui, afin de pouvoir mettre du « pain sur la table », préféreront taire leurs opinions politiques et courber l’échine devant l’hégémonie idéologique en vigueur dans plusieurs départements de cégep et d’université. Une situation alarmante pour des institutions qui prétendent être les sanctuaires du libre débat d’idées et de la recherche de la vérité.
Hannah Arendt disait que l’essence de la politique est la pluralité ; ce n’est ainsi que par la confrontation des idées qui caractérise cette pluralité qu’il est possible d’en arriver, collectivement, à des vérités justes sur notre monde. Il est inquiétant de constater que ces mots, en certains quartiers, semblent désormais provoquer ennui plutôt qu’appétit.